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Des poches pleines de poches

Voici le retour de cette rubrique consacrée aux livres au format poche.

Les dames blanches de Pierre Bordage

Editeur : L’Atalante

Dans un futur proche, de mystérieuses sphères blanches apparaissent en différents endroits du monde. Elles semblent absorber les enfants âgés de trois ans, ce qui arrive à Léo, le fils d’Elodie. Les pays s’allient pour essayer de les faire exploser mais rien n’y fait. Seuls les enfants avalés permettent de freiner leur progression. L’ONU propose alors de sacrifier des enfants de trois ans, armés d’une ceinture d’explosifs, et promulgue la loi d’Isaac, celle du sacrifice d’un enfant de chaque couple.

Ce roman est rythmé par des chapitres d’une dizaine de pages, portant le prénom d’un personnage rencontré lors de l’intrigue. Il faut savoir aussi qu’aucune notion de temps n’est indiquée, mais que chaque chapitre peut se dérouler plusieurs années après le précédent. Une fois assimilé ce principe, le lecteur peut pleinement se laisser emporter par ce formidable conteur qu’est Pierre Bordage.

L’histoire fait la part belle aux personnages, dont certains se retrouve au centre de l’affaire. C’est le cas d’Elodie, la première mère victime des sphères, de Lucho Herrera, le premier artificier de l’armée française à leur être confronté, de Camille, la première journaliste qui va être consacrée comme la spécialiste des sphères, ou de Basile Traoré, ufologue qui va ressentir une sensation de chaleur à leur proximité.

Les sphères engendrant des parasites et troublant les communications, la société entière va connaitre une régression technologique, revenant par exemple aux pigeons pour communiquer. Il suffit d’imaginer une vie sans transports, sans télévision, sans aucune innovation telle que nous la connaissons aujourd’hui. L’histoire va tourner aux drames terriblement émouvants sur une cinquantaine d’années pour aboutir à une conclusion emplie d’humanisme et de cri au secours envers la souffrance de la Terre. Un roman qu’il serait dommage de ne pas lire.

Goliat de Mehdi Brunet

Editeur : Taurnada

2019 : David Corvin se réveille devant sa bouteille d’alcool vide.

Septembre 2016 : Ancien agent du FBI, David s’est reconverti comme agent de sécurité à San José pour l’amour de sa femme Abigaël, qui en tant que scientifique spécialisée dans la chimie moléculaire. La prochaine mission d’Abigaël doit l’envoyer sur une plateforme pétrolière norvégienne, ce qui déclenche une grosse crise dans le couple. David décide de la suivre.

Octobre 2015 : Sur un chantier à San Francisco, le corps d’une femme est découvert mutilé  et exposé. L’inspecteur de police Curtis reçoit l’aide des agents du FBI Diaz et Munny. C’est le cinquième victime d’un tueur en série qu’ils pourchassent.

Juillet 2013 : Un Boeing 777 en provenance d’Incheon prévoit d’atterrir à San Francisco. Rowdy Yates se réjouit de retrouver sa femme Maggie, après un contrat juteux signé en Corée.

Juillet 2013 : Franck est un ancien soldat, marqué par ce qu’il a vécu en Irak. Il prend la route en direction de l’aéroport de San Francisco pour retrouver Jessica sa femme et Evelyne sa fille qui reviennent de Seoul par le vol du Boeing 777.

Juillet 2013 : Le Boeing 777 en provenance de Corée s’écrase à l’atterrissage.

Ce petit roman, par la taille, est véritablement une surprise pour moi et une véritable réussite. La construction, faite d’allers-retours entre présent et futur, passant d’un personnage à l’autre, d’un lieu géographique à l’autre, peut sembler compliquée. Il n’en est rien tant la maitrise en est impressionnante et les personnages parfaitement marqués et reconnaissables au premier paragraphe. Le fait que David Corvin soit le narrateur dans quelques chapitres rajoute à la tension et à notre envie de savoir comment cela va finir.

C’est de l’excellent divertissement, avec ce qu’il faut d’émotions, ce qu’il faut de mystères, quelques scènes morbides non explicites, et une tension qui monte jusqu’à un final fort réussi. Si l’identité du tueur est connue une centaine de pages avant la fin du roman, c’est pour mieux nous serrer entre ses serres pour savoir comment cela va se terminer. Les recettes à la fois du thriller et du roman policier sont respectées, avec une volonté de construction qui ajoute au mystère et à la tension nerveuse croissante. Le final, en pleine tempête est à la hauteur de l’attente, la conclusion noire comme il faut. Bref, ce roman est un très bon divertissement surprenant.

Des poches pleines de poches

Pour ce nouvel épisode consacré aux livres de poche, j’ai choisi d’être éclectique, de mélanger un livre ancien et un livre récent.

Noyade en eau douce de Ross MacDonald

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Jacques Mailhos

Une jeune femme se présente au bureau de Lew Archer. Maude Slocum apparaît choquée, arguant que quelqu’un cherche à détruire sa famille. Elle a, en effet, surpris une lettre dans le courrier de son mari annonçant qu’il était cocu. La lettre a été posté juste à côté de là où ils habitent. James son mari travaille dans le théâtre en tant qu’acteur et n’est pas riche, au contraire de sa mère, qui est très riche. Mais quand Lew Archer débarque lors d’une réception donnée par la “reine” mère, un meurtre va très vite changer la donne.

Dès le début, Ross MacDonald nous prend à froid, nous mettant de suite dans le feu de l’action, avec son humour cinglant qui accroche immédiatement. Et après ce premier chapitre, on s’attend à un roman d’enquête standard, avec un détective privé qui plonge ses yeux dans ceux d’une femme fatale, mais qui va trouver la solution après maintes péripéties, cascades et tutti quanti.

Que Nenni ! on retrouve le thème favori de l’auteur, à savoir la famille et ses différentes ramifications, et surtout les traîtrises. L’intrigue se révèle particulièrement nébuleuse et malgré cela, terriblement simple à suivre. C’en est impressionnant. Les dialogues sont d’une intelligence rare, alternant entre humour et indice caché, quand ce n’est pas l’évocation d’un trait psychologique.

Et puis, il y a ce dénouement que je n’avais pas vu venir, qui montre qu’encore une fois, Lew Archer arrive à s’en sortir dans un monde d’apparences et de menteurs. De ci de là, j’ai lu que ce roman était le meilleur de l’auteur. Je confirme : c’est un excellent polar, un classique du genre, à lire, relire ou découvrir.

Mauvais genre d’Isabelle Villain

Editeur : Taurnada

1993. Hugo Nicollini est un jeune garçon de 12 ans qui n’est bien qu’en présence de sa mère. Il subit les railleries de ses camarades de classe et il n’est pas rare qu’il rentre à la maison en pleurant. Quand son père revient du travail saoul, une dispute éclate entre ses parents et son père frappe sa mère … comme d’habitude. Mais cette fois-ci, les coups seront mortels.

2016. Rebecca de Lost est commandant à la police judiciaire. Elle a perdu son mari, assassiné par un psychopathe et s’est jurée de ne plus tomber amoureuse. Mais Tom, capitaine dans un autre service l’a fait craquer. Ce matin là, ils sont appelés sur le lieu d’un meurtre : une jeune femme a été poignardée chez elle. Tout semble orienter les recherches vers son entourage proche jusqu’à ce qu’ils s’aperçoivent que la jeune fille est en fait une transexuelle. Angélique Lesueur, la victime, se nomme en réalité Hugo Nicollini.

A la lecture de ce roman, on sent bien que l’auteure a assimilé et appliqué les codes du polar. C’est donc un roman policier de facture classique auquel on a droit, bien écrit avec des chapitres ne dépassant pas les 10 pages, ce qui donne une lecture agréable. Dans la première partie, on y parle des transsexuels et de leur difficulté à vivre avec un sexe qui n’est pas en adéquation avec ce qu’ils ressentent. Cette partie là est remarquablement bien faite et peu traitée dans le polar.

A la moitié du roman, apparaît une deuxième affaire, liée à une enquête précédente. Le déroulement du scénario devient plus classique, avec une accélération du rythme. Mais l’intrigue est redoutablement bien déroulée. C’est un vrai plaisir à lire, Et là où on pense que tout se terminerait bien, l’auteure se permet une fin noire et bien énigmatique.

C’est donc une belle découverte pour moi. Malgré le fait que je n’ai pas lu les précédentes enquêtes du groupe de Lost, je ne me suis jamais senti perdu et ce roman policier, même s’il n’innove pas dans la forme, s’avère intéressant dans le fond tout en réservant quelques heures de bon divertissement.

Le vase rose d’Eric Oliva

Editeur : Taurnada

Parfois, je me demande pourquoi les éditeurs inscrivent Thriller sur leur couverture, sauf à attirer le regard du futur lecteur. Joël des éditions Taurnada m’a contacté et ma première réaction a été dubitative justement à cause de ce terme qui ma fait penser à une énième histoire de tueur en série avec des litres d’hémoglobine à la clé … enfin, à chaque page tournée. J’ai fait confiance à Joël … et j’ai eu raison. Le vase rose est un excellent polar.

Je ne connaissais pas Eric Oliva, ni sa plume, mais je ne peux dire qu’une chose : merci d’avoir écrit ce livre. Ce roman a pour lui une vraie recherche d’efficacité, comme le démontre le premier chapitre qui nous met directement dans le sujet. Et c’est bien ce premier chapitre, qui est dur, mais qui nous plonge dans cette histoire horrible. On tourne donc cette couverture mystérieuse, ce titre enchanteur de conte de fée et …

Frédéric Caussois a tout pour être heureux. Son travail de chef d’entreprise marche bien, sa femme Luan a une bonne place dans la communication. Leur fils Tao est un ange. Ce soir-là, Luan est retenue en réunion et Frédéric arrive au dernier moment à la garderie pour récupérer Tao. Il est aussi obligé de passer par la pharmacie récupérer des médicaments pour Tao, qui est sujet à des allergies rares et peut enfin démarrer sa fin de journée.

Frédéric prépare donc le repas du soir, ils mangent puis Tao rejoint sa chambre. Puis, Frédéric donne son médicament à son fils. Il tient absolument à lire une histoire à Tao tous les soirs, et ce soir, c’est Le vase rose. Soudain, Tao est pris de convulsions, il étouffe. Frédéric appelle à l’aide Luan, qui ne l’entend pas car elle est dans le garage. Après quelques minutes, il ne lui reste que le petit corps sans vie entre ses bras.

Sa vie s’effondre, à tel point qu’il devient un mort-vivant. Les gendarmes font leur travail, mais l’interrogatoire ne donne rien, évidemment. Frédéric va délaisser son entreprise, et Luan va prendre du recul et quitter le domicile conjugal. En lui, il ne restera qu’une seule question : Pourquoi ? Alors qu’il est accoudé dans un bar, il rencontre par hasard la préparatrice de la pharmacie.

Ce premier chapitre est terrible, en ce qu’il évite les aspects larmoyants de l’histoire pour adopter une attitude factuelle, presque froide. Et c’est d’autant plus marquant. En tous cas, on plonge directement la tête dans l’eau froide. Ensuite on entre dans l’enquête proprement dire, à la croisée du polar, du roman policier et du roman psychologique. Et dans ces cas-là, je suis exigent, très exigent.

Concernant l’intrigue, et même la fin, je dois dire que j’ai été surpris par la maîtrise. Et quand je vois que c’est le cinquième roman de l’auteur, je dois reconnaître qu’il y a une vraie volonté de coller à une certaine réalité. Frédéric n’est pas une copie de Bruce Willis, c’est un homme comme tout le monde qui veut aller au bout des choses qu’il entreprend. Et c’est une des grandes réussites de ce roman.

Mais il en est une autre que je voulais aborder, c’est l’aspect psychologique du personnage. Des auteurs auraient créé un personnage enquêteur amoncelant les indices et trouvant le dénouement grâce à son esprit de déduction. Ici, Frédéric va avancer grâce à des personnes rencontrées par hasard et avancer dans le noir, la plupart du temps. De même, l’aspect psychologique est très bien fait : on y voit un homme brisé qui se relève, qui a des moments de volonté incroyables mais aussi des moments de doute, des faiblesses qui le poussent presque à tout abandonner. C’est un personnage avec le moral en dents de scie, et c’est écrit d’une façon à la fois très réaliste et c’est remarquablement bien réussie.

C’est réellement une excellente surprise à propos de laquelle j’espère vous avoir donné envie de le lire. Car c’est un très bon polar, qui mérite d’être plus connu. Et sous ce titre enchanteur, il y a un polar avec un personnage que vous n’oublierez pas.

Ne ratez pas les avis de Fanny chez Geneviève et de Pauline

Le meurtre d’O’Doul Bridge de Florent Marotta

Editeur : Taurnada

Je n’avais plus lu de romans de Florent Marotta depuis L’échiquier d’Howard Gray, surtout parce que je n’avais pas vu, ou fait attention à ses parutions. C’est donc avec grand plaisir que je me suis plongé dans l’univers de ce faiseur d’histoires.

San Francisco, de nos jours. Calvin sort dans la rue, fermant la porte sur le brouhaha ambiant. Il prit sa voiture de location et se lacha dans les rues désertes, pestant contre sa lacheté. Soudain une voiture déboule derrière lui, le forçant à accélérer. Coincé au pont amovible Lefty O’Doul, il sort de sa voiture mais des gros balèzes armés arrivent. Courant à perdre haleine, il arrive à un parking, sort son portable et compose un numéro au hasard. L’un des hommes tire une balle dans le portable, broyant sa main par la même occasion, avant de lui tirer une balle dans la tête.

Michael Ballanger est français et s’est installé ici pour fuir la France où il a vécu un drame familial. Il est devenu coach, et ce qui est différent d’un psychologue, puisqu’il écoute ses patients et leur prodigue des conseils pour les remonter psychologiquement, que ce soit dans leur vie professionnelle ou personnelle. Ce matin-là, il termine une consultation avant d’apprendre qu’un de ses clients a annulé sa séance et qu’il est donc en week-end.

Après un rendez vous dans un bar avec son vieil ami, le professeur Neal Brown, il a l’idée d’inviter son amie Kimberly dans un chalet perdu au fond des bois. Kim fut une ancienne escort-girl pour payer ses études de psychologie, et ces deux là sont devenus des amis, Kim jouant le rôle de psychologue de Michael. Ils vont s’isoler dans un chalet perdu en pleine montagne. Le lendemain, ils sont brutalement réveillés par la police de San Francisco : Ballanger est leur suspect dans le meurtre de Calvin, le mari de Teagan Robbins-Tennesson, qui est à la tête de la célèbre entreprise pharmaceutique.

Accrochez vous ! Pour vous imager le rythme de ce livre, sachez que ce résumé ne représente en fait que les 30 premières pages. Si on pourrait le classer dans les polars classiques, avec tout ce qu’il faut de gentils, de méchants, de belles femmes, je dois avouer qu’il regorge de qualités, pour être un très bon divertissement.

Le héros se trouve plongé dans une affaire qu’il ne comprend pas, et c’est le genre de sujet qui me plait, quand l’aspect psychologique est bien fait : voir comment il réagit. Eh bien, justement, outre que l’auteur dirige de main de maitre son intrigue, il se permet de construire un personnage complexe, à la fois marqué par son passé (il a laissé sa famille en France suite à un drame que vous découvrirez vers la fin), mais il a une relation avec les gens particulière au sens où il les analyse et comprend leurs motivations. Il se permet même de penser à leur donner des conseils en tant que coach (penser seulement, car il vend ses conseils à ses clients ! Il faut bien vivre !), conseils d’ailleurs qu’il a du mal à s’appliquer à lui-même dans les situations de stress.

Du rythme, de l’action, il y en a donc à foison, des visites dans des bars louches ou stylés, des rencontres avec des balèzes qui parlent avec leurs poings ou des femmes intraitables, avec par moments, quand Michael cauchemarde, des retours vers son passé et ses regrets. Si ce roman ne révolutionnera pas le genre, et ce n’est pas son ambition, il vous fera passer un très bon moment de lecture car l’auteur a bien appliqué les règles du genre et a su créer un personnage … que l’on devrait retrouver dans une prochaine aventure si j’en crois le dernier chapitre. Et je peux vous dire que je serai au rendez-vous.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul