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Nickel boys de Colson Whitehead

Editeur : Albin Michel

Traducteur : Charles Recoursé

« Même morts, les garçons étaient un problème. »

Pour son Noël 1962, Elwood Curtis reçut un cadeau qui allait changer sa vie : un disque appelé Martin Luther King at Zion Hill. Les mots gravés sur la galette de vinyle lui apportèrent une vérité : un homme noir a autant de droit qu’un homme blanc. Elwood, jeune noir, se rendit compte qu’il valait autant que n’importe qui. Elevé par sa grand-mère Harriet, il travailla dès l’âge de neuf ans à l’hôtel Richmond à la plonge.

Dans sa volonté d’exister, il chercha à devenir le meilleur à la plonge. Alors que les cuistots organisaient un concours d’essuyage d’assiettes, Elwood fut opposé à Pete, un petit nouveau. Pour le vainqueur, le prix était une encyclopédie complète qu’un représentant avait oubliée dans sa chambre. Elwood gagna et eut toutes les peines du monde à ramener les 10 tomes par le bus. Rentré à la maison, fier de sa victoire, il se rendit compte que seul le premier tome était complet, les neuf autres ne comportaient que des feuilles blanches.

Persuadé de faire la différence par son intelligence, Elwood lisait beaucoup. Les années passèrent et il vit sa chance arriver quand les écoles s’ouvrirent aux jeunes noirs, avec l’arrêt Brown vs Board of education. Elwood avait quitté l’hôtel Richmond pour le bureau de tabac de M.Marconi. Ce dernier l’aida à économiser son argent si bien qu’un jour, Elwood fut capable d’aller à l’université. Alors qu’il faisait du stop pour s’y rendre, une voiture s’arrêta. Il monta sans arrière-pensée. Quand la voiture fut arrêtée par la police, le conducteur noir et Elwood furent accusé d’avoir volé la voiture. Les deux passagers étant noirs, le juge n’hésite pas : ils iront en prison pour vol ; et comme Elwood est mineur, il sera envoyé à la Nickel Academy, une maison de correction chargée de remettre les jeunes noirs sur le bon chemin.

Quelle histoire ! Quel roman ! Ce roman, qui a valu son deuxième Prix Pulitzer à son auteur, m’a ouvert les yeux sur un écrivain hors norme. A la fois engagé pour la cause noire, mais aussi et surtout humaniste, Colson Whitehead construit une histoire hallucinante en prenant le recul nécessaire pour ne pas être accusé de partisanisme, tout en montrant les incohérences qui en deviennent des évidences, des anormalités qui devraient relever du simple bon sens.

On peut donc être surpris par ce style froid, factuel, qui se contente de dérouler les scènes, sans y insérer le moindre dialogue (il y en a moins d’une dizaine dans le roman). Personnellement, j’ai eu l’impression de relire Candide de Voltaire, une version moderne autour d’un combat d’un autre âge, la lutte des noirs pour leurs droits civiques. Le style se veut simple, et les conclusions de chaque scène sont ponctuées de remarques, que même un enfant de dix ans comprendrait et en déterminerait le ridicule.

On peut dès lors trouver un ton de cynisme dans l’écriture de Colson Whitehead, voire même trouver certains passages drôles tant cela nous parait ridicule. Par exemple, quand ils se font arrêter par la police à bord d’une Plymouth Fury 61, le juge en déduit qu’un noir ne peut pas conduire une telle voiture et que c’est donc forcément une voiture volée. C’est aussi dans ces évidences que le roman tire sa force, une force dévastatrice.

A la fois combat pour une cause de toute évidence juste, et malheureusement toujours contemporaine (il suffit de regarder les journaux télévisés), ce roman décrit aussi la perte de l’innocence mais aussi la naïveté d’une partie de la population, par l’écart gigantesque entre les discours officiels et la réalité. Et le retour à la réalité sont illustrés par des scènes de punition (non décrites dans le détail) qui sont autant de rappels sur le chemin qui reste à faire.

En conclusion du roman, Colson Whitehead explique le pourquoi de son roman, nous donne les pistes pour comprendre que ce genre de maison de correction a existé et qu’il s’est inspiré de la “Arthur G. DozierSchool for Boys”, qui a fermé ses portes en 2011 ! D’une puissance rare, ce roman est un vrai plaidoyer rageur contre un combat qui n’est pas fini, et que la lutte doit continuer.

Si vous êtes anglophones, je vous joins l’article du Tampa Bay Times, sinon, je vous joins le billet de Hugues de la librairie Charybde

Francis Rissin de Martin Mongin

Editeur : Editions Tusitala

J’ai entendu parler de ce roman grâce à l’Association 813 qui en parlait dans son forum de discussion. Puis est arrivé l’article de Yan et cela m’a décidé de l’acquérir pour le lire. Ce fut un vrai chemin de croix, puisqu’on a du mal à trouver les livres des petits éditeurs et je ne commande pas sur Internet. Bref, j’avais l’objet, plus de 600 pages pour m’expliquer qui est Francis Rissin.

Le roman s’ouvre sur un avertissement : ce qui va suivre n’est pas une œuvre littéraire mais un recueil de témoignages à propos de ce nom. 11 chapitres vont donc nous éclairer sur ce nom énigmatique.

Le premier chapitre est le cours d’une professeur de la Sorbonne, Catherine Joule, intitulé Approche centrée sur la personne. L’objet de son cours est de parler des œuvres citées dans des romans et n’existant pas. Pendant une petite soixantaine de pages, elle va nous expliquer comment elle est tombée sur une bibliographie parlant de « Approche de Francis Rissin » de Pierre Tarrent, et comment elle est partie à sa recherche. Si cela peut sembler rébarbatif comme un cours de fac, avec le recul, c’est fascinant car tant dans la forme que dans le fond, l’auteur arrive à rendre ce passage véridique, et il sème des mystères à la limite de la science fiction.

Puis le deuxième chapitre présente un rapport de l’inspection générale des polices qui va synthétiser les événements qui ont débuté dans de petits villages de l’Ain : Des affiches bleues et blanches portant le nom de Francis Rissin ont été sauvagement collées. Le troisième chapitre va relater l’enquête visant à chercher Francis Rissin que personne n’a jamais vu. Il va s’apercevoir que ses réunions publiques sont annoncées par des tracts et va essayer de suivre ce mouvement.

Et cela continue comme cela pendant onze chapitres, représentant une histoire qui, à force de rigueur et d’intelligence, est non seulement hallucinante mais totalement effrayante et donc par là-même géniale. Flirtant parfois avec le fantastique, cette dystopie s’avère un véritable joyau de littérature, une perle de style à la fois épuré et descriptif, totalement juste durant les onze témoignages qui vont construire cette histoire comme onze tableaux formant un tout cohérent.

Ce roman est surtout d’une finesse incroyable pour un premier roman, un plaidoyer passionné pour une société qui s’enfonce et qui est capable de s’accrocher à n’importe quoi … pourvu qu’on lui vende quelque chose, un espoir, une petite lueur. L’auteur a choisi la voie des affiches. Cela parait idiot au premier abord, mais il arrive à créer à partir de ce morceau de papier un roman atteignant des hauteurs d’intelligence peu communes.

Yan a trouvé le bon terme : ce roman est vertigineux. Il est hypnotisant et effrayant par les scènes, les actes et les conséquences de l’apparition de ce nom. Il montre de façon éloquente une société en perte de repères, cherchant à se raccrocher à une lueur, juste un petit espoir pour aller plus loin, quitte à plonger dans l’horreur. C’est simple, je ne me rappelle pas avoir lu une intrigue aussi intelligente depuis Les Falsificateurs d’Antoine Bello. Sacrée référence !

Comme je le dis souvent, il vaut mieux lire un bon roman qui vous apprend quelque chose, qui vous place dans un situation et vous oblige à réfléchir à votre situation, à notre situation, plutôt que d’allumer la télévision et / ou écouter les journaux télévisés. Ce roman-là, lu in extremis en 2019, intègre d’office mon TOP 10 de l’année, pour sa dimension politique, sociale et sa justesse lucide. Car c’est un roman incroyable, hallucinant … un roman de fou avec une ambition de fou. Une réussite totale pour un premier roman indispensable.

Hevel de Patrick Pécherot

Editeur : Gallimard

C’est un fait, je ne lis pas assez Patrick Pécherot, et je n’en parle pas assez. Tranchecaille m’avait très fortement impressionné, à tel point que je m’en rappelle encore. Pour d’autres romans, je dois dire que quand le coté historique prend le pas sur l’intrigue, j’accroche moins.

Avec ce roman là, le contexte est bien historique mais il ne sert qu’à illustrer une trame présentant le témoignage de Gus. Au début, on a l’impression de lire une confession, celle d’un homme qui a vécu la guerre d’Algérie et qui revenu de l’enfer devient chauffeur livreur avec son acolyte André. Puis, petit à petit, on se rend compte que Gus parle à quelqu’un, à un journaliste ou à un romancier qui veut avoir son avis.

D’ailleurs, dès le début du roman, on croit que l’auteur s’adresse à nous mais il s’agit bien de Gus :

« Soit, puisque vous y tenez, je vais vous raconter. Mais ce sera comme je l’entends. Quand j’en aurais fini, vous déciderez. Vous prendrez ou vous laisserez. Vous comprenez, tant mieux. Vous ne pigez pas, tant pis. »

Tout le début du roman est un pur joyau. Avec son parlé vrai, simple, direct, l’auteur et Gus nous emmènent dans les années 50, en province, dans le Jura, avec ses routes déglinguées qui maltraitent le camion en mauvais état. Les secousses viennent bercer les chauffeurs, et il faut un petit coup d’alcool pour se réveiller.

Puis, Gus va nous parler de son histoire, brièvement, et de ses ressentiments envers les étrangers, ceux qui les ont foutus dehors et qui se permettent de faire grève chez nous, mettant à genoux notre pays. Sans jamais dépasser la ligne jaune, en étant trop voyant, trop trivial, l’auteur insère des piques pour mieux expliquer la psychologie de son personnage. Et les pages vont petit à petit se remplir de sang.

Puis les souvenirs deviennent flous, parfois à dessein, les faits se contredisent, et les non-dits deviennent mensonges, les oublis des accusations. Et le roman témoignage d’une partie de cette génération devient psychologiquement passionnant et se transforme en dénonciation des oubliés de la guerre et des citoyens abandonnés. Ce qui n’était que quelques morceaux épars de porcelaine se transforme en mosaïque d’une population qui n’a pas compris ce qui se passait parce qu’on ne lui a rien expliqué.

C’est sur cet équilibre fragile que se construit le drame de ce roman, dans un exercice de style qui peut paraître hermétique, ou du moins pas facile à appréhender et qui se révèle réussi au sens où il remplit l’ambition que l’auteur s’était fixée au départ. Patrick Pécherot est un témoin primordial de la France et des Français et ce roman le démontre une fois de plus. Et ce roman, malgré son contexte très centré années 50 n’en devient que très actuel, terriblement actuel.

Ne ratez pas entre autres l’avis de Hannibal

Métier de chien de Marc Louboutin (Rouge Sang éditions)

Habituellement, je ne chronique que des romans. Et pourtant, ce livre, qui est un témoignage, vaut le détour voire plus, par son aspect direct et sa volonté de montrer la vérité du métier de policier.

L’auteur :

L’auteur se présente ainsi sur le site des éditions Rouge Sang : Quinquagénaire résolument misanthrope.

CV express 1976/2013 : commis de cuisine, animateur de centres de vacances, sous-lieutenant d’infanterie, inspecteur puis lieutenant de police (1984-2001), compétiteur d’épreuves extrêmes d’endurance, reporter-photographe, directeur de rédactions, gérant de société de presse, sdf, barman-videur de nuit, chef d’équipe dans le bâtiment, consultant en sécurité publique, auteur.

Quatrième de couverture :

Depuis des années, la sécurité publique est sur toutes les lèvres, notamment celles des responsables politiques, de droite comme de gauche. Pourtant, pour chaque policier de terrain une évidence s’impose : les discours, les articles de presse, et leurs commentateurs ignorent volontairement la réalité de leur métier.

Marc Louboutin a été inspecteur puis lieutenant de police durant dix-sept ans. À Paris, Chambéry et Quimper, il a fait partie, ou a encadré, de nombreux types d’unités de police. En 2001, constatant que l’administration lui demandait explicitement de ne plus se focaliser sur l’interpellation de délinquants, fussent-ils criminels, il a claqué la porte.

Ce récit, parfois très cru, est celui de sa carrière, sans concession envers les faits ni envers lui-même. C’est l’expérience vécue d’une partie de l’histoire des Inspecteurs de police, aujourd’hui disparus, au-delà des fictions de cinéma.

L’histoire d’une vocation devenue un dégoût avec l’arrivée de la police « moderne » au début des années 2000, celle dans laquelle, aujourd’hui, des « flics de terrain » tentent toujours de surnager.

Mon avis :

Ce livre a été publié une première fois en 2007. A la suite d’une émission télévisée, le livre a été censuré, sous prétexte qu’il pourrait attenter à la fonction de la police. On peut bien se demander pourquoi, puisque ce livre ne m’a pas semblé être un brûlot ou une dénonciation. Il s’agit plutôt d’un témoignage d’un homme, qui fut passionné par son travail, qui était de rendre service à la population, et de ses désillusions.

Dès le début du roman, l’auteur nous prend par la main voire nous prend par la peau du cou pour nous montrer sans état d’âme et sans tabou de la réalité du terrain, et de la façon dont il l’a vécu et ressenti. Et Marc Louboutin va nous détailler ses dix sept années de vie dans la Grande Maison par le menu, en commençant par la formation à l’école de police de Montereau jusqu’aux différents postes qu’il va occuper.

L’auteur va donc nous détailler de nombreuses affaires, qu’il a prises en charge ou auxquelles il a participé, pour démontrer son propos, mais surtout pour nous immerger dans un monde qui nous est finalement très étranger. Entre chaque affaire, il s’adresse au lecteur, le tutoie, le prend à partie, sans forcément prendre de gants. Ces passages, imprimés en italique, peuvent faire penser à des redites alors qu’en réalité, elles constituent un lien pour tout ce qui du propos général du livre.

Car ce qui retient l’attention, et ce qui finit par être passionnant, c’est cette façon de rendre l’ensemble d’une grande cohérence. Le fait que tout soit remarquablement écrit, formidablement bien introduit, fait que l’on suit ce livre, on tourne les pages, et qu’on le reprend avec plaisir, car on a l’impression de côtoyer quelqu’un qui a beaucoup de choses à nous apprendre.

Alors, tout ne va pas être rose, loin de là. Des scènes vont être crues, des passages détaillés de façon très sale et réaliste, on va passer en revue tous les types d’affaires possibles et imaginables, des petites affaires de braquage aux simples vols de mobylettes, des putes aux consommateurs de drogue, des affaires de meurtres aux suicides. Mais ce qui ressort de tout cela, ce sont les exigences liées à ce métier qui sont énormes …

Car on est flic 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 et 365 jours par an. Il n’y a pas de juste milieu, pas de temps mort, pas de week-end, pas de jours fériés. De même, on ne peut envisager de vie privé, ou bien cela se termine rapidement par un divorce. Et quand on travaille dans un milieu sale, on rencontre forcément des gens sales. Il ressort de ce livre que les policiers doivent avoir un mental blindé pour faire ce métier, alors qu’ils ne sont peut-être pas formés ou recrutés avec ce profil.

Ce livre est avant tout un témoignage mais c’est aussi et surtout l’histoire d’un homme passionné par son métier qui s’est trouvé désavoué, trahi par ses hiérarchies. La course des hommes politiques aux chiffres font que Marc Louboutin a vu un changement dans les objectifs fixés par ses chefs. Il devenait plus important que faire du chiffre que de résoudre des affaires importantes qui auraient permis de remplir la fonction réelle de la police. En ce sens, ce livre prend son importance et permet au lecteur de se rendre compte que personne n’est tout blanc ou tout noir et que la réalité du terrain, la sécurité des gens, n’est peut-être pas la priorité de tout le monde. Lisez ce livre, car sa lecture est importante et fort passionnante.

Vous pouvez commander ce livre sur le site des éditions Rouge-Sang ici : http://www.rouge-sang-editions.com/livres/metier-de-chien/

Beau temps pour les couleuvres de Patrick Caujolle (Editions du Caïman)

Une nouvelle fois, les éditions du Caïman nous ont dégotté un auteur qui mérite le détour. Ce roman, sous ses allures de roman policier, s’avère une sorte de témoignage, une vision de l’intérieur du métier de policier.

Gégé, c’est Gérard Escaude, un vieux de la vieille au commissariat de Toulouse. Il est chargé de former un jeune stagiaire, Victor Galéras, tout frais sorti de l’école de formation de Cannes-Ecluse. Et comme les deux ont le même humour grinçant, ils vont s’entendre comme larrons en foire.

Ce devait être un week-end tranquille, jusqu’à ce que le téléphone sonne en ce vendredi 12 avril. Madame Duval vient d’être retrouvée poignardée à son domicile, et son mari, à ses cotés, indemne mais en état de choc et couvert de sang. C’est une véritable boucherie, elle a reçu plus d’une trentaine de coups de couteau de cuisine. Très vite, Marcel Duval est envoyé à l’hôpital, en observation.

Quelques heures plus tard, Marcel Duval s’échappe de l’hôpital, mais Gégé lance un appel aux voitures qui sillonnent le coin et il est vite rattrapé. Lors de son premier interrogatoire, Marcel Duval, personnage très cultivé et amateur de peinture, lui décrit sa vie maritale, tombée dans la routine et l’ennui. C’est, dit-il, un message reçu sur son portable de la part de son amante Marie-Jo Vigouroux, qui a rendue folle de rage sa femme.

A la question : « Avez-vous tué votre femme ? », Marcel répond que oui. Il faut dire que le couteau comporte ses empreintes et que lui même était couvert de sang. Mais le légiste observe quelque chose de bizarre : Madame Duval a vomi avant d’être assassinée. Elle avait, semble-t-il, avalé de nombreux comprimés de Phénobarbital, un médicament interdit depuis de nombreuses années. Si la hiérarchie de Gégé aimerait classer l’affaire rapidement pour faire du chiffre, Gégé ressent le besoin de creuser encore un peu.

Excusez-moi du terme, mais Patrick Caujolle a des couilles. Je m’explique : Partant d’une affaire la plus simple qui soit, il arrive à nous intriguer tout au long des quelques 250 pages que dure son roman, et voire même à nous épater. Car je vous le dis tout de go : Ce roman est une petite pépite, qui recèle bien des trésors. Commençons par le début :

L’intrigue, qui avance doucement, est d’une logique implacable. Aucun indice ne vient comme un cheveu sur la soupe et on suit avec délectation les réflexions de Gégé. Patrick Caujolle démontre aussi, à travers cette histoire, qu’il n’est pas utile d’en faire des tonnes pour intéresser le lecteur, une simple affaire familiale suffisant pour passionner tout amateur de roman policier.

C’est aussi la vie des gens simples qu’il nous montre dans Beau temps pour les couleuvres. Là encore, pas besoin d’ultra-riches, d’ultra-pauvres, Marcel Duval est un retraité de la SNCF, il nous détaille sa vie, faite de petites passions simples et de son couple qui se délite doucement sous le poids de la routine.

C’est aussi un des gros points forts de ce roman, cette façon de montrer la psychologie des personnages au travers de dialogues extraordinaires. Entre l’humour cynique des policiers (pour se détacher des horreurs auxquelles ils sont confrontés) et le ton hautain de Marcel Duval, on a affaire là à de somptueux passages, de savoureux moments doucement grinçants. J’ai adoré Gégé et son stagiaire, j’ai traité de con son supérieur Le Nizir (Mais quel con celui là !), j’ai compris les difficultés des juges …

Et puis, il y a ce petit plus, ces passages positionnés dans les scènes, où l’auteur nous montre la réalité du métier de policier. Mais il n’en fait pas trop, il se contente de montrer, avec humour le plus souvent, les conneries du système, le fonctionnement erratique de la justice, l’imbécilité des chiffres ou bien seulement la façon dont les policiers sont traités par la population. Ces passages-là, extrêmement bien écrits, sont passionnants en même temps qu’ils s’intègrent bien à l’histoire. On s’apercevra vers la fin du livre qu’ils passent à la première personne du singulier ce qui montre que l’auteur devient la personne qui nous parle de notre société.

Voilà donc un très bon roman, qui tient la route du début à la fin (d’ailleurs, ne ratez pas la fin, extraordinaire !), et qui grâce à des personnages formidables, un excellent sens du dialogue et un aspect témoignage attachant, font que c’est une sacrée découverte. A votre tour de le découvrir ! D’ailleurs, l’ami Claude ne s’y est pas trompé et lui a décerné un coup de cœur.