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Train d’enfer de Jérémy Bouquin (Wartberg)

Cela fait un certain temps que j’essaie de suivre les publications de Jérémy Bouquin. Je dis que j’essaie, car c’est un auteur prolifique. Pour autant, je n’ai jamais été déçu par ce qu’il écrit, et c’est encore le cas avec ce voyage dans un train d’enfer.

Abel Jackal est un détective privé ultra select. En fait, personne ne le connait, il n’est répertorié nulle part, et n’est jamais connecté à Internet. Il utilise de faux papier, des téléphones jetables, et prend en charge des enquêtes sensibles, grâce à un bouche-à-oreille sans faille et efficace. Il faut dire qu’Abel Jackal ne connait pas l’échec. Sa dernière affaire en date va pourtant lui donner du fil à retordre …

Abel Jackal vient de boucler une affaire et amène donc son salaire (en liquide) à un propriétaire de boite de nuit, vers Toulon, spécialiste de blanchiment en tous genre. Ils se connaissent et se font confiance. Quand le patron d’une start-up l’appelle, c’est pour lui demander de filer son responsable commercial et de démontrer qu’il vole des données de son entreprise. Il faut dire que cette start-up gère des transfert de données ultra-confidentielles, venant même de l’état lui-même.

Abel Jackal va donc suivre pendant plusieurs semaines Christophe Sellard, sans rien trouver. Il semblerait que ce dernier ne vive que pour sa boite, étant célibataire et ne sortant jamais. Il prend le TER entre Tours et Blois toujours tôt le matin et tard le soir. Alors que rien ne laissait présager un quelconque rebondissement, le train s’arrête en pleine campagne, victime d’une panne d’électricité. Abel Jackal n’est pas au bout de ses surprises !

Ce roman (j’allais dire ce Bouquin !) est l’illustration même du pourquoi j’adore cet auteur. Il n’est pas besoin de passer des pages et des pages pour présenter un personnage. Jérémy Bouquin nous démontre qu’avec une ou deux scènes, des phrases courtes qui percutent, quelques réactions qui remplacent de longues descriptions suffisent à brosser la psychologie d’un personnage.

Outre un premier chapitre dont on comprend difficilement l’intérêt, on entre tout de suite dans le vif du sujet. Le style est vif, acéré mais pour autant, l’auteur prend le temps d’installer son intrigue proprement dite, puisque celle-ci ne démarrera qu’une cinquantaine de pages plus loin. Par contre, les scènes sont génialement mises en valeur, et Abel Jackal un personnage incroyable. En fait, dans notre monde fliqué où nos moindres gestes sont suivis, lui passe au travers des mailles du filet en utilisant la technologie mise à sa disposition : Une belle résistance à ce système, en somme.

Et puis, à partir de ce voyage en TER, l’intrigue bascule. A partir de là, Jérémy Bouquin va nous surprendre avec de grands coups de théâtre. Et comme on est pris par Jackal, on marche à fond. Ça va toujours aussi vite, sauf que ça fait de plus en plus mal. Ce passage dans le TER, qui prend une moitié du livre est angoissant au possible, tout en étant parfaitement maitrisé. Puis, le ton change à nouveau, on a droit à quelques petites surprises avant la conclusion magistrale.

Clairement, avec ce livre, Jérémy Bouquin nous montre l’étendue de son talent, capable de nous angoisser dans un huis clos infernal et violent, à l’aise dans les dialogues intimistes de la suite, et il nous épate avec l’imagination dont il est capable pour nous offrir autant de rebondissements en aussi peu de pages. J’adore ce roman, j’adore cet auteur. Je souhaite que vous l’adoriez aussi.