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Origine Paradis de Thierry Brun

Editeur : Hors d’Atteinte

Le rythme de parution des romans de Thierry Brun s’accélère, puisqu’un an seulement nous sépare de Ce qui reste de candeur, sorti chez Jigal. Et comme à chaque fois, on trouve dans Origine Paradis plusieurs niveaux de lecture.

A dix ans, Thomas ne peut pas comprendre ce qui lui arrive, quand il se lève ce matin-là. Il surprend des gens dans leur appartement, alors que ses parents viennent de mourir. A dix ans, on ne peut pas comprendre que ses parents se sont défenestrés. Ce jour-là, Thomas a perdu plus que ses parents, ses sentiments, ses émotions envers le monde, envers les gens se sont envolés.

Sa tante va donc l’élever, même si elle ne l’a pas voulu ni demandé et Thomas va se construire sa vie tout seul, dans un internat où il va passer ses années de collège. Tout le pousse à mener sa vie tout seul, à se construire son avenir, en toute méfiance vis-à-vis des autres. Il se construit un cercle très restreint de copains, pas d’amis, Laurent et Mounir. Et Thomas décide de sortir du système, d’arrêter sa scolarité à 16 ans.

De petits boulots en travail au noir, il arrive tant bien que mal à payer son loyer, n’ayant pas de besoins particuliers en termes d’argent. S’il ne ressent aucune empathie envers les autres, les gens le trouvent sympathiques et travailleur. Son oncle lui trouve alors un poste de rédacteur dactylo chez France Réelle, une association dirigée par un homme froid et paranoïaque Damien Saint-Clair.

Fait de chapitres courts, ce roman, qui présente la vie d’un jeune homme marqué par son passé, est écrit dans un style froid et distant, ce qui colle parfaitement avec le personnage principal. On sent aussi que Thierry Brun a volontairement voulu se positionner en retrait de son histoire, préférant laisser le devant de la scène à ses personnages. Pour autant, on va suivre la vie de Thomas, et le voir évoluer sous nos yeux.

Le thème, enfin, devrais-je dire, le premier thème de ce roman est donc la nécessité de se rattacher à ses racines, mais aussi l’impact de ses origines sur notre vie. Entre les environnements familiaux ou professionnels, Thomas qui souffre d’amnésie dissociative selon les médecins, subit des accès de colère ou de violence sans pouvoir rien y faire ; sa seule défense étant de s’éloigner des autres. Peut-on décemment envisager l’avenir en effaçant, négligeant, oubliant le passé ?

Le deuxième thème plus matériel et évident, concerne les associations qui orientent les sources d’argent vers les partis politiques, comment dans un cadre légal, elles arrivent, en créant des micro-partis pour noyauter le système politique. Sans rentrer dans les détails, ce qui aurait pu faire de ce roman un document intéressant, ce thème sert de trame pour justifier la fin du roman. Moins engagé que les romans de Jérôme Leroy, il est suffisamment explicite pour démonter cette mécanique.

Enfin, l’auteur revient sur un thème qui lui est cher, celui de la lucidité par les autres et par les femmes. Thomas va rencontrer Audrey Lourre, journaliste d’investigation, avec laquelle il va vivre une histoire d’amour. Elle va aussi lui ouvrir les yeux sur la réalité du monde et par là-même, sur son passé. Thierry Brun nous montre comment nous devons tenir et assumer le passé, comment nous devons vivre avec les autres, combien les femmes peuvent sauver le monde (même si ce n’est que celui de Thomas). Les femmes et l’amour sont-ils les seuls espoirs qu’il nous reste ? Même si le ton est clinique, ce roman est un plaidoyer pour l’amour, l’amour des autres et l’amour de soi.

Ce qui reste de candeur de Thierry Brun

Editeur : Jigal

Cela faisait un petit bout de temps que l’on n’avait plus de nouvelles de Thierry Brun, depuis 2016 et son formidable Les rapaces. Avec cet auteur, on a l’assurance de passer un bon moment avec un personnage vivant à vos cotés. Une nouvelle fois, c’est un très bon polar, qui va vous malmener.

Thomas Boral se retrouve coincé sur l’autoroute menant vers Mazamet où se déroule l’organisation du Rallye Montagne Noire. Il fait une chaleur torride, et sans climatisation, c’est l’enfer dans la Ford. Quand il regarde dans le rétroviseur, il aperçoit un SUV Mercedes. Il est sûr d’avoir déjà aperçu le véhicule et son chauffeur en costume auparavant. Il est maintenant persuadé d’être suivi.

Il faut dire que Thomas Boral vient de sortir de prison. En échange de sa libération, il doit témoigner contre Franck Miller, patron d’Intermediation Group et tueur de la mafia pour qui il a travaillé. Alors, il tourne et retourne avant de se garer sur un parking proche d’une banque. Il va y déposer de l’argent qu’il a dérobé à son ancien patron.

Sur les conseils de Rousseau, chargé de sa protection, il trouve une maison à louer à Caunes-Minervois, et cherche à occuper son temps libre. Il fait la connaissance de son voisin, Adrian et de sa superbe femme Delphine. Il se remet au sport, et commence à faire du bricolage, tout ça pour oublier la menace qui pèse au dessus de sa tête. Surtout quand la nuit, il entend de drôles de bruits.

Une nouvelle fois, on entre dans le personnage de Thomas Boral, avec une facilité déconcertante. On entend des bruits, on sursaute à la moindre surprise et, imperceptiblement, la tension se met en place. Thierry Brun ne met qu’une petite dizaine de pages pour placer son décor, mettre en route son intrigue, puis il nous prend en charge … et on le suit avec plaisir !

Ce qui est un comble. Thierry Brun ne nous prend pas par la main, il nous place une corde autour du coup, avec un nœud coulant, et il resserre petit à petit le nœud jusqu’à ce qu’on ne puisse plus respirer. La tension monte de plus en plus au fur et à mesure du déroulement du roman, au fur et à mesure des événements qui vont enfoncer notre pauvre Franck Boral. A croire qu’il cherche les problèmes !

C’est un roman sous haute tension, qui nous met à mal, parce qu’il remet sans cesse en cause nos certitudes. On finit par ne plus savoir qui est le gentil, qui est le méchant, dans cette histoire. A tel point que l’on devient paranoïaque ! A cela s’ajoute une atmosphère étouffante, liée à la température mais aussi au stress qui monte. Et, on est vraiment soulagé quand cela se termine, car on n’aurait pas pu tenir longtemps à ce rythme. Ce roman s’avère être un très bon polar étouffant.

Les rapaces de Thierry Brun

Éditeur : Le Passage éditions

Avec seulement 3 romans au compteur, Thierry Brun a su créer son propre style, en inventant à chaque de nouvelles histoires, de nouveaux personnages. C’est toujours avec un énorme plaisir que je découvre ses nouvelles créations.

Alexandra Blaque est originaire des cités de Vitry. Elle a du faire face à la violence de son environnement pour s’en sortir, et a commencé à vivre du trafic de drogue très tôt vers l’âge de 16 ans. Petit à petit, au fur et à mesure que les opportunités se présentaient, elle a monté les échelons. Elle a accepté des missions de plus en plus importantes, de plus en plus dangereuses.

Puis elle est devenue indispensable, le bras droit du caïd local. Avec son garde du corps, Nicolas, elle a mis en place la production de la drogue, au Pérou. Intransigeante sur la qualité, elle a créé cela comme si elle montait une entreprise. Jusqu’à ce que le gang concurrent arrive à la faire tomber lors d’un rendez-vous à Toronto. Son arrestation a fait les gros titres des journaux.

Extradée en France, elle a bénéficié d’une remise de peine. Elle a donné des informations mais elle a gardé l’essentiel. Elle ne cherche qu’une chose : retrouver Nicolas, essayer de bâtir une vie, sa vie. Mais beaucoup de gens veulent sa peau, entre trafiquants de drogue et flics. C’est l’entrée en scène d’une journaliste un peu casse-cou qui va déclencher un séisme dont bien peu en sortiront indemne.

Lire un roman de Thierry Brun, c’est forcément rencontrer et côtoyer des personnages forts. Décider de choisir une femme, intransigeante, implacable, n’est pas un hasard à mon avis. Car Alexandra n’a rien de féminin dans son approche, dans son attitude. Nous sommes dans un environnement qui n’a rien d’humain, un environnement d’animaux, où il est plus question de lutte pour la survie, de gagner du terrain, le terrain du concurrent que d’humanité.

Endurcie par son enfance, insouciante quand il s’agit de relever des défis, Alexandra va monter dans la hiérarchie du mal. Et pour autant, alors qu’on aurait aimé voir cette partie plus développée, ce n’est pas le sujet principal du roman. Il s’agit de voir la lutte des clans, et une jeune personne, devenue femme en prison, qui aspire à de la tranquillité. Il y est question de vie, d’amour, d’espoir, de loyauté, de trahisons, de morts.

C’est un roman qui ne vous dira pas tout, et c’est la marque de fabrique de cet auteur : Son style direct et efficace ne vous en dit que le principal ; l’auteur laisse l’imagination du lecteur faire le reste, voir les plaines arides du Pérou, les décors des bars de luxe lors des négociations, les gouttes de sueur, de peur, sur les fronts quand on entend une branche se casser dans la forêt environnante. L’auteur nous brosse un trait, et c’est à nous d’imaginer ce qui va autour. Alors, ça va vite, c’est fort, sans sentiment parce que ce monde là est à cette image. Et c’est probablement cela que je retiendrai de ce roman : Dans un monde d’animal, il est vain de vouloir redevenir humain.

Je vous appelle mes avis sur Surhumain et Ligne de tir.

La ligne de tir de Thierry Brun (Editions Le passage)

Lorsque j’avais lu Surhumain, j’avais pressenti la patte d’un auteur qu’il fallait suivre. De la composition des personnages jusqu’aux situations très cinématographiques, il y avait des promesses pour l’avenir. Voici le deuxième bébé de Thierry Brun, plus grand, plus complet, plus ambitieux.

Difficile de trouver un personnage central dans ce roman, car on a droit à une pléiade de vies, qui se suivent, se pourchassent, se traquent, se rencontrent et s’entrechoquent. Le commissaire Fratier est celui qui va déclencher le cataclysme. Depuis la mort du parrain local nancéen, Hocine Albane, qu’il a fait éliminer pour cause de concurrence, les juges Lachaume et Clira ont décidé de le poursuivre pour au moins le délit de corruption.

Car Fratier est un vrai pourri, trafiquant de drogue en mèche avec le nouveau parrain Shadi Atassi le Syrien, entouré par ses gardes du corps sans pitié. Fratier sait que toute l’accusation repose sur le témoignage de Loriane Ornec, une flic infiltrée qui est passée du coté obscur avant de se ranger des trafics. Dans ce petit monde de truands, fourmille de nombreux tueurs, dont Patrick Jade, formidable personnage froid et sans pitié, atteint d’une maladie oculaire qui va lui faire perdre la vue dans l’année.

Loriane Orsec va disparaître, à la suite d’une négociation ratée pour le compte de Atassi. Tout le monde va la rechercher pour la tuer. Patrick Jade, qui est amoureux de Loriane, va aussi la poursuivre pour la sauver.

C’est un véritable coup de force que Thierry Brun nous concocte là, en nous narrant une course poursuite avec plusieurs chasseurs et plusieurs lapins. Chacun court après l’autre, chacun devient le chasseur avant de devenir le chassé, et cela permet de laisser le lecteur dans l’expectative, car il ne sait pas qui va vivre, qui va survivre et qui va mourir. L’intrigue est foisonnante, passant d’un personnage à l’autre, avec des chapitres courts qui ne laissent pas le temps de respirer.

Pour autant, on n’est pas perdu au milieu de ce microcosme. Chaque personnage a son passé, son histoire, et c’est probablement là le vrai sujet du roman. Thierry Brun essaie de nous montrer quelles sont les actes qui forgent une vie, les moments qui font que l’on passe de l’autre coté de la ligne jaune, que l’on devient froid comme l’acier d’une lame. On a droit à des scènes d’une violence inouïe, sans être démonstrative, laissant le lecteur imaginer les détails et qui construisent la psychologie des tueurs mercenaires par petites briques. C’est aussi l’occasion de passer par les dénonciations des horreurs au Congo, en Serbie, et l’utilisation de tueurs payés par l’état pour nettoyer le linge sale.

Et effectivement, le style de Thierry Brun a beaucoup progressé, ou plutôt évolué depuis Surhumain. Chaque scène est impeccablement construite, servie par un style d’une efficacité bluffante. Chaque phrase vise avant tout l’efficacité, il n’y a pas un mot de trop, pas une description inutile, et les dialogues font mouche à tous coups. J’ai trouvé que chaque page était un plaisir à lire, par la mise en scène simple, et les petits détails qui font mouche dans l’imagination du lecteur.

Sous couvert d’une course poursuite multiple, ce roman démontre que Thierry Brun est bien un auteur à suivre, et qu’il va falloir suivre de très près ses prochaines productions. Car La ligne de tir est un roman impressionnant, un roman sur la construction d’une vie.

La chronique de Suzie : Surhumain de Thierry brun (Nuit Blanche-Plon)

Voici le premier d’une toute nouvelle collection Nuit Blanche de chez Plon. Et comme je l’ai vu dans un autre blog, j’ai décidé de donner la parole à une invitée, une folle des livres à qui j’ai prêté le livre pour qu’elle me dise ce qu’elle en a pensé. Elle dévore énormément de romans de la fantasy au fantastique en passant par les thrillers. C’est une collègue de travail, avec une voix chantante qui a une grande qualité : elle a toujours le sourire, et c’est bigrement important. Voici donc la prose de Suzie :

 Le parrain de la région nancéienne a décidé de se retirer en beauté. Pour éviter la mise en place d’un second empire, Béatrice Rapaic est envoyée dans le but de faire tomber le Parrain avant son départ et démanteler le réseau local. Mais, pas facile d’être infiltrée dans ce milieu surtout lorsqu’on est une femme flic, un peu paumée et  qu’on se sent en contradiction avec ses convictions.

Dans ce contexte assez changeant, malsain arrive celui qu’on n’attendait plus : Thomas Asano, un enfant du pays, venu enterrer sa mère et qui en veut au parrain et à certains des membres de son entourage, en quête de revanche …

Au début, on ne sait pas trop où on tombe. On se retrouve projeté dans une histoire assez glauque, sans avertissement préalable. Et au fur et à mesure, on est comme happé par cette atmosphère décrite, par ces personnages et leur personnalité qui se dessinent par touches successives. C’est comme si on se retrouvait dans un tunnel et qu’on puisse voir une lumière tout au fond qui approche au fur et à mesure que l’on avance, que l’on court vers elle.

Ce livre se lit quasiment d’une seule traite tellement on veut savoir, sortir en pleine lumière. Le personnage de Béatrice est tout en contrastes. On a l’impression de voir un papillon essayer désespérément de sortir de sa chrysalide mais en rester prisonnier. Et le personnage d’Asano fait écho dans une certaine mesure à celui de Béatrice.

Personnages torturés et torturant, ce roman alliant flash-back et les événements en cours, vous hantera tant et si bien que vous ne le lâcherez pas avant la fin . Et là, vous vous direz : « déjà ? ».

Je n’ai pas grand’chose à rajouter aux propos de Suzie, je l’ai lu aussi, j’ai eu aussi un peu de mal à rentrer dans l’histoire. Mais on se retrouve vite emporté grâce à de nombreux personnages fort bien décrits et pas aussi lisses qu’il n’y paraît. Thierry Brun a construit son roman comme une toile d’araignée, tissant un à un les fils pour mieux les détruire. C’est aussi l’histoire de deux écorchés, qui sont destinés à tomber. Plus qu’un polar d’ambiance, c’est un polar de personnages. Le seul reproche que je ferai, c’est qu’il m’a manqué un peu de sentiment dans le style. Un roman à découvrir, et un auteur à suivre, assurément.

Merci à Emmanuelle Allibert pour la découverte de cet auteur. Merci à Thierry Brun pour son message lors de l’articleQuelques infos pour les mordus du noir et du thriller  

Un petit message à Suzie, pour finir : voilà, il ne te reste plus qu’à ouvrir ton blog.