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L’étrange destin de Katherine Carr de Thomas H.Cook (Seuils Policier)

Voici le dernier roman en date d’un de mes auteurs favoris. Pour qui a lu Les feuilles mortes, Mémoire assassine ou bien Au lieu-dit Noir Etang, tout roman de Thomas H.Cook fait office d’événement. Celui-ci reprend les obsessions de l’auteur sur une variation originale.

George Gates est journaliste dans un journal local. Son fond de commerce est d’écrire des portraits des gens simples du cru. Il n’a pas eu une vie facile, ayant perdu sa femme lors de l’accouchement de son fils. Il y a sept ans, son fils a été enlevé par un homme, et le corps du petit garçon a été retrouvé plus loin, noyé. George ne se remettra jamais de la mort de Teddy, son petit garçon qu’il n’a jamais su protéger, d’autant plus que l’assassin court toujours. L’assassin de son fils n’a jamais été arrêté.

Dans un bar, George est attablé à sa place habituelle. Arlo, un flic à la retraite le rejoint. Il est hanté par deux enquêtes qui n’ont pas abouti : la mort de Teddy et la disparition d’une jeune femme vingt ans plus tôt. Elle s’appelait Katherine Carr. George voit en Arlo un bon sujet d’article, alors il feint de s’intéresser à la disparition de Katherine. Celle-ci a laissé des poèmes ainsi qu’un bout de roman étrange, qui alterne entre présent et passé.

George rencontre aussi la petite Alice, atteinte de progeria, la maladie du vieillissement accéléré. Une relation va se créer entre eux, George y voyant un autre sujet d’article et Alice une occasion de parler avec un adulte sans a priori. George va lui parler de Katherine et ils vont tous deux lire le roman de l’auteure et essayer de comprendre ce qui lui est arrivé.

Je ne pouvais pas passer au travers du dernier roman en date de Thomas H.Cook, qui fait partie des auteurs dont j’achète les yeux fermés (et ce n’est pas facile) les livres. Et au travers des thèmes qui hantent l’œuvre de cet auteur, la famille, la mémoire, les souvenirs, il était normal que Thomas H.Cook mette dans un de ses romans un personnage dont il insérerait des mémoires.

Alors, certes, ce ne sont pas des mémoires mais un roman écrit par Katherine Carr. Et puis, il divise en trois parties les 300 pages de cette intrigue, une par personnage (Arlo, Alice et Katherine Carr). Comme d’habitude, le style est envoutant, la psychologie subtile et le rythme lent. Et on se laisse porter par ce faux rythme pour ne découvrir la chute qu’à la toute dernière page. Il y a quelque chose d’intemporel dans tout ce qu’écrit Thomas H.Cook.

Ceci dit, je dois dire que ce roman m’a moins emporté que les autres. Je ne me suis pas laissé prendre par l’histoire de George Gates, je n’y ai pas trouvé les petits détails qui d’habitude me harponnent comme de petits hameçons. Et puis, si le but est bien de manipuler le lecteur, il m’a fallu plus de la moitié du roman pour être accroché à l’histoire. C’est un roman que j’aurais lu sans passion, et à coté duquel je suis probablement passé, parce que je n’ai pas su y trouver la scène, la petite phrase, le sourire ou le dialogue qui m’aurait époustouflé, tenu en haleine, intrigué ou ému. Ce roman à l’atmosphère évanescente, mystérieuse et brouillardeuse m’aura laissé indifférent. Mais cela ne change en rien ce que je pense de Thomas H.Cook et de son œuvre. N’hésitez pas à me donner votre avis, pour me faire regretter ce que j’ai raté !

INTERROGATOIRE DE THOMAS H. COOK par Jean

Retour de mon ami Jean dans la rubrique des invités du vendredi. Il me devait un article sur un roman qu’il avait aimé, adoré. Et quoi de mieux que de lire un roman de Thomas H.Cook, auteur qu’il a découvert car j’ai tant insisté pour qu’il lise les Feuilles mortes !

Comme d’habitude, il est inarrêtable. Et quand on lit son avis, on ne peut que se précipiter chez son libraire pour acheter son roman. Alors, courez acheter Interrogatoire de Thomas H.Cook, vous ne serez pas déçus ! Et bien entendu, allez faire un tour sur son blog dont le nom évoque Jack Taylor : http://jackisbackagain.over-blog.com/

Après Les feuilles mortes, Interrogatoire est le deuxième roman que j’ai lu de cet immense auteur.

L’un comme l’autre sont des incontournables. Je vous mets en garde : ce n’est pas un sourire béat qui vous barrera le visage quand vous refermerez ces écrins. Le visage, vous l’aurez plutôt en forme de point d’interrogation, la bouche en O; votre entourage risque de vous demander si vous allez bien.

1952. Albert Jay Smalls, un vagabond est interpellé près d’un terrain vague où est retrouvé le corps d’une fillette de huit ans. Je précise que notre vagabond vit dans un tunnel cylindrique en béton. Il voit et sait tout ce qui se passe alentours.

Les inspecteurs Jack Pierce et Norman Cohen sont chargés de l’interrogatoire.

Tous deux convaincus de la culpabilité de « Jay », ils n’ont aucune preuve et ont douze heures, pas une minute de plus, pour faire craquer leur « client ». Faute de quoi, la loi les y oblige, ils seront contraints de relâcher leur suspect.

Cette affaire touche les deux policiers au plus profond d’eux-mêmes.

Jack Pierce a perdu sa fille, assassinée par un sadique que la police n’a jamais arrêté ; ou plutôt, il y a bien eu arrestation d’un suspect mais la police n’a jamais pu rassembler les preuves de la culpabilité de cet homme qui est ressorti libre comme l’air.

Norman Cohen, lui, a été marqué au fer rouge par ce qu’il a vu en 1945, lorsqu’il a participé à la libération des camps nazis.

L’homme aime avoir des certitudes, savoir ce qui est bien ou mal, qui fait le bien, qui fait le mal. Cette frontière est rassurante, elle permet de vivre sa vie en étant du bon côté. Tout ce qui nous rapproche de cette frontière, là où les extrêmes se touchent, se heurtent, s’affrontent nous plonge dans le malaise, le mal-être.

Si l’on vous dérobe votre portefeuille, vous préférez pouvoir affirmer « c’est lui » que dire « c’est peut-être lui ». Dire « c’est lui » clôt presque instantanément l’incident, vous pouvez classer l’auteur du larcin dans la colonne du mal. Par contre, « c’est peut-être lui » ouvre la porte des suppositions, du doute, de l’incertitude. C’est extrêmement dérangeant, pas de quiétude possible, sérénité envolée.

Thomas H. Cook nous plonge avec génie dans le registre de l’ambiguïté. Le bien et le mal cohabitent, flirtent, il n’y a pas de frontière. On passe de l’un à l’autre au gré de nos convictions de l’instant, convictions balayées l’instant d’après.

On se sent très mal. A quoi nous raccrocher ?

Je vous pose une question : avez-vous jamais grimpé un escalier en béton d’un immeuble en construction dont la rampe n’a pas encore été placée ? La terreur s’installe au fur et à mesure que vous gravissez les marches inégales, vous longez les murs qui n’offrent aucune prise, vous ne pouvez vous empêcher de jeter un regard d’effroi vers le vide, vos jambes n’ont plus l’assurance du début, vous êtes tentés de poser vos mains sur la marche devant vous et puis vous le faites, carrément. Vous songez à vous asseoir un instant, c’est encore pire ! Vous avez la bouche sèche, vos muscles sont tétanisés, sueurs froides. Poursuivre l’ascension ou redescendre marche après marche sur votre postérieur ? Vous n’êtes plus capables ni de l’un ni de l’autre.

En revanche, vous n’auriez probablement aucune difficulté à monter ce même escalier équipé d’une main courante ou d’un garde corps en bois, provisoire et nullement garant d’une chute mortelle. C’est cela, l’ambiguïté, ce garde-corps symbolique dont seule la vue vous rassure mais qui, en réalité, ne vous protège de rien.

Pierce et Cohen vont commencer à interroger Albert Jay Smalls ensemble. Mais Jay n’est pas du genre causeur. En langage policier, on dit le soi-disant Albert Jay Smalls; en effet, on ne sait rien de sa véritable identité ni de l’endroit d’où il vient, âge approximatif : 25-30 ans.

Au hasard de l’interrogatoire, en réponse à une question de Cohen, Jay lâche que sa mère l’emmenait tous les jours sur la grande roue quand il était gosse.

Cohen en déduit en déduit que cette grande roue devait être installée en permanence. Or, la seule grande roue permanente dans la région était située à Seaview. Et Jay a l’accent du coin.

Pierce, après un échange verbal un peu rude avec Cohen, va partir à la recherche du passé de Jay ; l’interrogatoire a commencé à 19h17. A 21h37, Cohen se retrouve seul aux commandes et ce jusqu’à 06h le lendemain matin.

Thomas H. Cook est un virtuose. Son récit est remarquablement balancé autour des scènes d’interrogatoire de Jay et les recherches de Pierce à Seaview…qui vont l’emmener ailleurs.

Au gré des réponses vagues et laconiques de Jay, l’auteur nous plonge dans le parc où la fillette a été retrouvée. Jay dit beaucoup de « conneries », du genre, « il y avait un autre homme… ». Tout ce qu’il lâche sera minutieusement vérifié.

Le parc et la plaine de jeu n’auront plus de secret pour vous.

Vous découvrirez d’autres lieux et d’autres protagonistes ; moi, je descends ici mais avant, je ne peux m’empêcher de vous dire que le final de cette petite perle est tout bonnement époustouflant. Que du bonheur !


Interrogatoire

Thomas H. Cook

Le livre de Poche

317 pages

Interrogatoire de Thomas H.Cook (Livre de poche)

Battez les tambours ! Voici venir sur Black Novel une nouvelle invitée. Rencontrée virtuellement sur un site social (comme on dit), amateur de polars, et douée pour donner son avis. Alors, bien entendu, n’écoutant que mon amour pour le polar, je lui ai proposé de venir, quand elle veut, quand elle peut, pour parler des romans qu’elle a adoré. Je pourrais appeler cela « Les chroniques de Foumette » mais je préfère faire du lobbying pour qu’un jour béni, elle se décide à créer son propre blog. En attendant, c’est Black Novel qui profite de ses avis, et voici donc Interrogatoire de Thomas H. Cook par Foumette :

Un excellent thriller très captivant qui vous plongera au coeur des ténèbres de l’âme humaine. Un meurtre atroce, celui d’une petite fille de 8 ans, un suspect est arrêté mais il n’y a pas de preuves, ni de témoins et surtout aucune trace … que celui-ci soit bien le meurtrier.

Oui mais, ce suspect était présent non loin du drame, c’est un SDF, un gars qui vit dans un tunnel, un exclu de la société, un éclopé de la vie.

Une seule solution pour que justice soit rendue, le faire avouer à tout prix et ce, avant de devoir le relâcher. Il ne reste donc que 12 heures à ces inspecteurs pour avoir ses aveux car il est clair pour ceux-ci qu’il est coupable.

Démarre alors un interrogatoire d’une extrême tension.

Un récit saisissant où le doute s’immisce, se glisse et finit par s’installer au fil des pages. Comme le fait si bien Thomas H. Cook, on se retrouve plongé dans la noirceur, dans la part d’ombre de ses personnages, des hommes en souffrance que le passé rattrape et où se mêlent regret et culpabilité.

Ce SDF est-il coupable? 

Pourquoi a-t-il ce comportement étrange?

Pourquoi ne veut-il pas parler de son passé?

Qui est cet homme qu’il dit avoir vu observer la petite fille?

Ce seront les questions qui vous hanteront tout au long de ce récit ficelé de main de maître. Sans compter une fin qui vous laissera sans voix !

Une fois ce récit achevé…il restera dans votre esprit et ne vous quittera pas de si tôt.

Un bon conseil, lisez-le!

Ouah ! Je vais le ressortir illico presto de ma bibliothèque ! Trop envie de le lire ! Merci Foumette !

Au lieu-dit Noir-Étang de Thomas H.Cook (Seuil Policiers)

Coup de cœur ! Thomas H. Cook, vous le savez, est un de mes auteurs favoris. Parce qu’il fouille des thèmes qui me sont chers, parce que ses intrigues sont subtiles, parce que son style est fluide, parce que … Voici son dernier en date :
Dans les années 20, à Chatham, la vie était tellement tranquille. Henri Griswald se rappelle cette petite ville, l’école de garçons que son père Arthur a créée, le grand lac qui s’appelle Noir-Etang, et le drame qui a à jamais changé la ville, les gens, mais aussi sa vision et sa philosophie sur le monde. Tout a commencé en cette année 1926, quand Melle Channing est descendue du bus à Chatham.
Mlle Elizabeth Channing est une jeune femme qui vient pour occuper le poste de professeur d’arts plastiques. Outre qu’elle est très belle, sa façon de s’habiller très élégante et ses attitudes de distance et d’empathie font que Henry, jeune adolescent de 11 ans, va tomber sous le charme. Comme son père veut bien l’accueillir et l’aider à s’installer dans la petite maison près du lac Noir-Etang, Henry va le suivre et être souvent avec Mlle Channing.
Elle va ainsi lui raconter sa jeunesse, son éducation, ayant été éduquée par son père lors de voyages en Europe. Henry se sent enfermé dans sa petite ville de Chatham, et ne pense qu’a vivre ses rêves les plus fous. Il se met à détester son environnement, sa vielle ses parents pour leur petitesse d’esprit, et de nombreux habitants tombent sous le charme de Mlle Channing, dont M. Reed, lui aussi professeur à l’école de garçons.
Pour tout vous dire, à force de lire les romans de Thomas H.Cook, je commence à m’habituer à son style, à sa construction. Et le début du roman m’a un peu déçu, au sens où j’avais l’impression de lire Les leçons du mal. J’ai mis un peu de temps à me plonger dans cette intrigue, mais, à force d’amonceler les petites scènes du présent, enchevêtrées aux scènes du passé, Thomas H. Cook m’a à nouveau enthousiasmé et emporté jusqu’à une fin qui est tout bonnement extraordinairement géniale.
Comme d’habitude, il y a un homme, qui revient sur son passé, qui détaille son passé, qui dissèque les lieux, les attitudes, les gestes si petits qu’ils paraissent insignifiants, les paroles sans prétention mais si lourdes de conséquence au bout du compte, avec toujours cette finesse d’analyse dans les motivations des uns et des autres. Quel savoir faire impressionnant !
Thomas H. Cook y creuse, y questionne la force des institutions, la bêtise des a priori, l’injustice de la justice, l’idiotie des gens bien pensants au travers d’un adolescent qui s’ouvre au monde, qui croit découvrir la vérité alors qu’elle n’est que sa vérité avec les seuls éléments qu’il voit, qu’il ressent et l’expérience qu’il ressent. C’est un roman qui va toucher tout le monde, même s’il se passe dans les années 20 et que les mœurs ont évolué.
Une nouvelle fois, Thomas H. Cook fait mouche par sa construction, sa fluidité, son intelligence, ses personnages. Qui ne va pas craquer devant Mlle Channing, qui ne va pas se reconnaître devant Henry, qui ne va pas excuser Arthur devant ses non dits, qui ne va pas détester Me Parsons le procureur aveuglé par ses convictions ? Qui ne va pas adorer ce roman d’un souffle épique impressionnant ? Ce n’est pas parce que c’est un roman de Thomas H. Cook que je lui mets un coup de cœur, c’est parce que c’est un formidable roman, qui mérite de devenir un classique de la littérature … tout court. Grandiose !

Un grand merci à Richard qui m’a offert ce roman !

Mémoire Assassine de Thomas H.Cook (Points2 Seuil)

Attention coup de cœur ! Ceux qui sont des inconditionnels de ce blog auront compris que cette introduction est aussi la conclusion de ce billet. Pour les autres, ne lisez pas ce billet, courez acheter ce roman remarquable à tous points de vue.

Dans les années 1990, Steve Farris est travaille dans un cabinet d’architectes. On pourrait dire de lui qu’il est un homme comme les autres. Il vit heureux avec sa femme Marie et son fils Peter, a comme tout un chacun ses joies et ses peines. Sauf que Peter porte en lui un drame qui l’a marqué et qui fait qu’il ne sera jamais comme tous les hommes : un jour, son père William a abattu sa famille et seul Steve en a réchappé, sans comprendre vraiment pourquoi.

Un jour, Une jeune femme prend contact avec lui. Elle se nomme Rebecca et est en train d’écrire une étude sur cinq cas de meurtres similaires, et cherche à comprendre ce qui a pu pousser ces hommes à exécuter ces atrocités. Elle a déjà terminé quatre de ses études et le cas Farris est le dernier qu’elle veut élucider. Elle va donc discuter avec Steve lors de rendez vous de ses souvenirs.

Steve, qui a gommé ce pan dramatique de sa jeunesse puisqu’il a été élevé par sa tante puis son oncle, va retrouver des bribes qu’il va assembler petit à petit. La soif de comprendre le pourquoi va devenir obsessionnelle et revivre pendant un moment la vie de famille de l’époque avec son père William, quincaillier passionné de bicyclettes, sa mère Dorothy une femme effacée à l’air toujours malheureux, Jamie le frère aîné toujours révolté, solitaire et de mauvaise humeur, et Laura, sa grande sœur pour qui il avait une admiration et un amour sans bornes.

Remarquable, beau, passionnant, dramatique, subtil, profond, tels sont les quelques adjectifs que je pourrais donner pour vous donner envie de lire ce livre. Car je ne vais pas répéter tout le bien que je pense de Thomas H.Cook, le talent de parler de sujets difficiles en partant d’une histoire simple. Son style fluide est un vrai plaisir à lire, et il va sûrement faire partie, comme pour moi, de vos auteurs favoris.

Ce roman, à la construction implacable (et j’y reviendrai) est écrit à la première personne. Et cela donne d’autant plus de poids à la psychologie de Steve, cet homme marqué à vie, avec cette cicatrice qu’il a refermée lui-même et qui, tout au long de l’intrigue, va se rouvrir, jusqu’à devenir sa seule obsession, au risque de se perdre. C’est un portrait d’un écorché vif, qui vit avec une seule question : Pourquoi a-t-il réchappé de ce massacre, et pourquoi son père a fait cela ?

Et c’est bien l’un des sujets du roman : Comment construisons nous notre vie, sur quels souvenirs, quelle est la part de subjectivité dans nos événements passés, comment et pourquoi nous aveuglons nous nous-mêmes ? Car petit à petit, Steve va retrouver des petites scènes, des mots, des expressions qui vont, comme de petites touches sur un tableau de peinture, dresser une image de sa famille qui va s’avérer moins idyllique que ce qu’il a toujours cru.

C’est une histoire aussi de l’innocence perdue, de la prise de conscience des autres, de la famille, de la versatilité de l’amour, du fragile équilibre des relations entre les êtres qui s’aiment, des rêves qui ne restent que des rêves, des cauchemars qui sont des cauchemars indélébiles. Tout au long du roman, Thomas H. Cook nous dissémine des indices qui ne s’expliqueront qu’à la fin, et on ne peut qu’être admiratif devant l’art du maître, devant cette construction implacable et dramatique.

Car, il y a aussi la vie présente. Ce livre ne fait pas que fouille dans les limbes de la mémoire de Steve. Il décrit aussi tous les petits gestes de la vie de tous les jours, toutes les petites discussions avec sa femme ou son fils, les petites expressions si insignifiantes qui vont aussi aboutir à construire cette histoire dramatique et même si je ne peux vous en dire plus, le passage entre les pages 400 et 420 sont un grand moment de roman noir comme j’en ai rarement lu et vécu. Ce roman est un monument, à classer juste à coté de Les feuilles mortes, c’est dire son niveau ! Il faut aussi, à mon avis, rendre hommage au traducteur Philippe Loubat-Delranc qui a su retranscrire toute la subtilité du style de Thomas H.Cook.

C’est un inédit qui date de 1993 et il est publié en format poche, alors n’hésitez pas ! Le format Points2 et un format particulier qui propose une lecture verticale. Un petit mot sur ce format, d’ailleurs : Si la lecture est aisée grâce à une excellente qualité du papier et de l’impression, j’aurais aimé quelques millimètres supplémentaires sur les marges droite et gauche du texte pour faciliter la prise en main ainsi qu’un liseré marque page … pour marquer les pages. Sinon, le format ultra compact du livre est une grosse qualité de cette collection Points2 avec une très bonne lisibilité.

Les leçons du mal de Thomas H. Cook (Seuil Policiers)

Après les lectures géniales de Les feuilles mortes et enthousiastes de Les liens du sang, Thomas H.Cook est un auteur dont je lis tous les nouveaux romans. Voici le dernier en date : Les leçons du mal.

Nous voici donc dans le sud des Etats-Unis, au Mississipi. Jack Branch, devenu un vieil homme, se rappelle sa jeunesse, et en particulier l’année 1954, quand il est revenu dans sa ville natale de lakeland, pour enseigner au lycée une thématique sur le Mal. Il a affaire à une douzaine d’adolescents, et n’hésite pas à illustrer ses propos des pires exemples ayant existé dans l’histoire mondiale.

Un jour, l’une de ses étudiantes Sheila disparaît. Jack pense l’avoir aperçue dans la camionnette de Eddie Miller, un autre de ses étudiants. Eddie n’est autre que le fils du célèbre meurtrier Luther Miller, qui a tué la jeune Linda. Luther a été arrêté, a reconnu les faits et est mort en prison. Alors que l’émotion est grande, que tout le monde pense Eddie coupable, il s’avère que Sheila avait fugué pour donner une leçon à son petit ami avec qui elle s’entend mal.

Jack se sent coupable d’avoir dénoncé un innocent au sheriff Drummond, et va le prendre sous son aile. Alors qu’il donne un devoir à sa classe, à savoir disserter sur un personnage maléfique, Eddie choisit comme sujet de son mémoire son propre père. Jack va aider le jeune adolescent à remonter dans le passé et à enquêter sur un père qu’il a peu connu puisqu’il avait cinq ans au moment des faits.

Thomas H.Cook est un orfèvre et un sacré écrivain. Il prend une situation basique, avec des gens basiques, invente des petites scènes et les insère délicatement, relie le tout avec une ligne directrice basée sur une psychologie sans failles, et ajoute un peu de piment au travers d’un style mystérieux, qui nous amène à toujours se demander où il veut en venir et où il va nous mener. Thomas H. Cook est un super conteur.

Au-delà de toutes ces qualités, les personnages sont d’une grande complexité. Jack est un professeur de grande qualité, issu d’une bonne famille et qui enseigne aux « pauvres », pour les élever dans la société. Eddie, lui, traîne sa vie, lesté d’un poids incommensurable lié à l’exaction de son père qu’il n’a pas connu, il est rejeté, taciturne, méfiant, réservé et il veut percer l’abcès avec ce passé qui lui ronge sa vie et son âme. Ces personnages permettent à Thomas H.Cook d’aborder des thèmes aussi divers que l’héritage familial, la culpabilité, la jalousie, l’éducation, les relations Maître – élève ou les relations père – fils.

Tous ceux qui aiment lire des livres d’action doivent passer leur chemin. Ceux qui aiment lire une histoire avec des personnages consistants se jetteront dessus. Car Thomas H.Cook, c’est quand même le top, cela se lit comme du petit lait (euh, l’expression vient de ma femme !), et même si parfois, on voit les ficelles de l’auteur, ce roman est quand même d’un très bon niveau. J’adore !

Les liens du sang de Thomas H. Cook (Gallimard)

L’année dernière, j’avais été enthousiasmé par Les feuilles mortes de Thomas H. Cook, au point de la classer parmi les trois meilleurs livres que j’avais lus. Alors, évidemment, je ne pouvais pas rater celui-ci.

David Sears est un petit avocat civil de province. Il est marié à Abby, a une fille Patty. Il porte en lui le poids d’une éducation sévère et stricte que lui a donné son père, qui était paranoïaque et schizophrène. Mais il s’en est sorti, alors que sa sœur Diana présente les mêmes symptômes. Dans ce petit environnement familial, surgit un drame : Le fils de Diana, Jason, se noie dans un étang proche de leur maison. Diana voit son environnement exploser : Mark son mari la quitte et elle a du mal à faire face à ce deuil. Alors elle met en doute les conclusions du juge et pense que son fils a été assassiné. David qui est le narrateur de cette histoire va enquêter sur la mort de Jason, après que Diana commence à avoir une influence inquiétante sur sa fille.

A nouveau, Thomas H. Cook analyse les liens familiaux, les relations humaines, les actes, et les interprétations que l’on peut en faire. Mais par rapport à son précédent roman, il ajoute un thème qui est le poids de l’éducation sur la vie des gens. David doit-il avoir confiance en sa propre sœur ? Ou bien souffre-t-elle de la même maladie mentale que son père ? Et pendant tout le livre, on oscille entre ces deux questions. Car jamais, il ne nous donne de réponses. Cook est très doué pour distiller de petits indices pour nous emmener exactement où il veut. Et on ne sait jamais comment cela peut se terminer.

C’est aussi les liens entre le frère et la sœur. Elle est un génie qui a stoppé ses études pour garder leur père jusqu’à sa mort, lui s’est « permis » de finir ses études pour devenir avocat. Mais il n’est jamais devenu ni brillant, ni génial. Diana, elle, malgré son manque de diplômes , est toujours restée un cran au dessus de David. Le fait que Jason ait été considéré comme « arriéré » par son propre père a déclenché une tempête dans le cerveau de Diana.

La construction du roman aide à la progression de cette intrigue psychologique. Les chapitres alternent entre la narration de David à la première personne, et l’interrogatoire de David par un inspecteur de police. Cela nous donne l’impression d’avoir la déposition d’un témoin. Et plus on avance dans le roman, plus on se dit que l’on n’a qu’une seule version des événements. Ce choix de construction narrative est diabolique car il permet à Thomas H. Cook de nous manipuler.

N’attendez pas un roman d’action. C’est un roman d’ambiance poisseuse, où l’auteur s’amuse avec ses personnages. L’atmosphère est lourde, pesante, et comme c’est un témoignage, ou un interrogatoire, il n’y a pas de grandes descriptions, juste les impressions du narrateur. Le rythme est lent, comme les souvenirs qui vous reviennent les uns après les autres à la mémoire.

Voilà donc un très bon roman, que je pense être un cran en dessous des feuilles mortes, car il y avait une progression dans le doute qu’il n’y a pas ici. Ne faisons pas de comparaison entre les deux romans qui n’ont rien à voir. Le précédent était excellent, celui-ci est très bon. Thomas H. Cook, un auteur à part, assurément, avec un vrai univers à lui. Entrez donc le visiter, vous ne serez pas déçu.