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Broyé de Cédric Cham

Editeur : Jigal

J’avais bien aimé Le fruit de mes entrailles, son précédent roman. Il me fallait découvrir une autre facette du talent de ce jeune auteur, dont on a tant parlé sur la toile. N’hésitez pas une seconde, courez acheter ce roman brutal.

Christo est un homme taiseux, solitaire qui traîne sa colère comme un boulet. N’étant pas particulièrement intelligent ni cultivé, il se contente de se taire pour ne pas utiliser de mauvais termes. Il a la chance de trouver un emploi dans une casse automobile. Cela lui permet de travailler sans être obligé de fréquenter qui que ce soit. Un soir, il rencontre des jeunes qui transportent à l’arrière d’une voiture un chien torturé. Après une discussion animée (c’est le moins que l’on puisse dire), il le sauve d’une mort certaine. Il l’appellera Ringo et deviendra son unique et fidèle compagnon. Puis il rencontre Salomé …

Mathias a 14 ans quand il décide de faire une fugue, pour éviter les coups assénés par ses parents. Il se réveille dans une cage minuscule après un kidnapping dont il a du mal à se rappeler. Un homme à la taille démesurée lui donne à manger et à boire, juste de quoi subsister. Puis, il lui annonce qu’il va le dresser. Petit à petit, Mathias va devenir une bête aux ordres de son maître. Petit à petit, jour après jour, il va devoir mériter sa pitance, jusqu’à entrevoir un bout du tunnel : la raison pour laquelle il est enfermé là.

Si on retrouve le style factuel et haché de Cédric Cham, la progression par rapport au roman précédent est phénoménale. L’auteur a expurgé les descriptions, les décors, les dialogues, pour se concentrer sur les personnages et leurs réactions. Et le fait de laisser le lecteur imaginer et réagir voire créer l’intrigue est d’autant plus efficace que l’histoire est brutale, inhumaine, viscérale.

En suivant les deux itinéraires alternativement, on reste suspendu à la vie de ces deux personnes et aux événements qui vont leur survenir. Ceux concernant Christo vont nous montrer un personnage reclus, renfermé sur lui-même, évitant tout contact étranger et le choc de sa rencontre avec Salomé. Ceux concernant Mathias sont durs, violents, et vont se concentrer sur le ressenti du jeune garçon, en étant rythmé de façon factuelle par le nombre de jours de captivité en tête de chapitre.

Cette forme est remarquable d’efficacité, opposant finalement les deux personnages, l’un étant asocial, proche d’une bête sauvage apeurée, l’autre étant innocent, avide de vivre et devenant une bête sauvage. Plus le roman avance, plus Cédric Cham va nous montrer les transformations en nous donnant petit à petit des clés pour, non pas comprendre, mais pour s’assurer que l’on est toujours au bout de l’hameçon. Car, en évitant le gore, et en centrant son roman sur l’aspect psychologique intime des personnages, c’est bien nous qu’il tient au bout de sa ligne.

C’est d’autant plus remarquable que le style se marie magnifiquement avec l’histoire. Et que je n’ai pas vu venir la chute avec les dernières dizaines de pages. Creusant des thèmes tels que l’humanité, les relations familiales, mais aussi la communication sociale, Cédric Cham nous offre un roman noir, sale, brutal, avec deux personnages que l’on n’est pas prêt d’oublier. Une surprenante et excellente réussite sur un sujet bien casse-gueule.