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Apnée noire de Claire Favan (Toucan Noir)

Après Le tueur intime et sa suite Le tueur de l’ombre, Claire Favan nous revient avec de nouveaux personnages pour une histoire de tueur en série. On y retrouve toutes ses qualités avec aussi une nouvelle maturité dans le style. Ce roman est un must pour les amateurs de thrillers.

8 juin 2009. Vernon Chester est dans la dernière ligne droite. Il est face aux spectateurs venus assister à sa mort. Il est accusé d’une trentaine de meurtres de jeunes femmes. Il fixe Megan Halliwell dans les yeux, l’agente du FBI qui l’a arrêté. Il mime la phrase : « Tu me reverras ».

8 juin 2009. Vince Sandino rentre de sa journée harassante au poste de police de Columbia. Ils doivent aller manger dans sa belle famille, et Janice sa femme finit d’habiller Laura. Il a oublié d’acheter une bouteille de vin, et la scène de ménage menace. Alors en partant, ils vont à l’épicerie en face. Ils débarquent en plein braquage et cela se termine en carnage. Vince prend plusieurs balles et tombe dans le coma.

8 mai 2010. Vince s’en est sorti mais il est devenu une épave, une barrique d’alcool à lui tout seul. Il se juge seul coupable du drame survenu à sa famille. Un meurtre vient d’être signalé : une jeune femme noyée dans sa baignoire, les mains attachées dans le dos. Sur le robinet, un pendentif de couleur bleue. La recherche dans le fichier des criminels fait ressortir le cas de Vernon Chester mort un an plus tôt. Vince va mener l’enquête avec une enquêtrice du FBI fort impliquée, Megan Halliwell.

S’il est estampillé Thriller, ce roman est bien un roman policier, un sacré roman policier. Certes, on y trouve bien un serial killer, l’action se passe aux Etats Unis, mais l’essentiel de l’intrigue est bien une enquête policière à la recherche d’un tueur en série … mort dix ans plus tôt. Et c’est un roman dans lequel il n’y a pas la moindre goutte de sang ! Il a toutes les qualités pour plaire aux amateurs de thriller comme de romans policiers. Un roman qui ratisse large mais avec réussite.

La créativité du scenario est bluffante. A partir d’une idée complètement folle, Claire Favan en tire une conclusion qui vous laisse pantois. Avec un style incroyablement fluide, et des dialogues très bien montés, Claire Favan nous emmène où elle veut avec tout le talent des grands auteurs. On dit souvent que le deuxième ou le troisième roman sont des étapes difficiles à franchir. Claire Favan a franchi ces marches quatre par quatre, et ce roman est celui que je préfère de l’auteur, car il me semble être à la fois une étape mais aussi une démonstration de la maturité dans la maitrise de l’auteure.

L’autre grande qualité de Claire Favan, c’est sa faculté à construire des personnages forts. Vince, un flic démoli par les difficultés de sa vie, n’est certes pas nouveau, mais sa personnalité est là pour servir l »histoire. Le « couple » qu’il forme avec Megan est excellent tant la danse qu’ils jouent ensemble faite d’amour-haine, guerre-paix est prenante. Si Megan est la personne forte du roman, avec sa façon d’être froide, distante, cinglante presque inhumaine, on y découvre des cicatrices et elle parait d’autant plus humaine.

Ce couple là n’est pas prêt de quitter ma mémoire, comme la fin du roman, d’ailleurs. Car même si on comprend qui est l’auteur de ces nouveaux meurtres une petite centaine avant la fin, c’est oublier un peu vite le talent de Claire Favan. Car dans les quatre dernières pages, non contente de nous avoir baladé pendant 380 pages, elle nous assène une scène finale toute en retenue mais fortement chargée d’émotions lors de laquelle les plus sensible verseront leur petite larme. Voilà un excellent roman, une vraie réussite à tous points de vue vendue à un prix très attractif (13,90€) ce qui en fait un excellent divertissement … voire un peu plus. Merci Mme Favan.

J’ai voulu oublier ce jour de Laura Lippman (Toucan noir)

Le dernier roman de Laura Lippman est, d’après ses dires, le plus personnel, le plus autobiographique car il se déroule dans une ville imaginaire qui se rapproche le plus de celle son enfance. Dickeyville est une petite ville des Etats Unis ; on y trouve des bois, et une portion d’autoroute qui se termine en cul de sac, pour déboucher sur une petite route. Au bout, trone un énorme mur de béton. Nombreux sont ceux qui ont eu un accident de voiture au bout de cette autoroute jamais terminée.

C’est le cas de Gordon, dit Go-Go. Alors qu’il sort d’un bar, complètement saoul, il rumine des souvenirs d’un temps bien révolu, de ces cicatrices qui ne se referment pas. Il appuie sur l’accélérateur, sur cette autoroute sans issue, et encastre sa voiture dans le mur en béton. Accident ou suicide ? Ses amis d’enfance se retrouvent donc pour son enterrement, et renouent avec une ville et une vie qu’ils avaient laissées derrière eux.

Ils étaient cinq, comme les doigts de la main. C’était il y a plus de trente ans. Gwen, 10 ans était devenue la meilleure amie de Mickey, la plus grande, plus vieille que les autres de quatre ans. Ils avaient rapidement formé un groupe avec les frères Halloran, Tim, Sean et Gordon dit Go-Go. A cet âge, le monde est pur et n’est qu’amusement. Seul Go-Go semble plus lent que les autres, plus violent parfois aussi.

Juste à coté de Dickeyville, dans les bois où les cinq jeunes ont pris l’habitude de se retrouver, il y a une cabane. Les animaux domestiques en cage, poules, lapins, leur indiquent que c’est habité. Ils vont trouver une guitare sous le lit, puis rencontrer un ermite étrange du nom de Chicken George. Alors qu’un ouragan balaie la région, Chicken George est retrouvé mort, poussé au fond d‘un ravin. Ces trois familles vont être marquées par ce drame, d’autant plus que l’on dit que Chicken George aurait abusé de Go-Go.

Dire que ce roman est un roman à suspense serait tromper le futur lecteur. Car on a bien affaire là à un roman psychologique, qui va fouiller les personnages, et décrire leur façon de faire face à un drame qui les dépasse. Rarement, j’aurais lu un roman où l’auteure détaille à ce point les petits gestes, les petites expressions qui sont anecdotiques dans la plupart des cas, mais qui veulent dire tant de choses là où les paroles sont si inutiles.

Comment faire face à un drame ? Et comment surmonter des souvenirs que l’on a fini par se forger, modifier, pour les rendre plus beaux, moins durs pour soi et plus présentables vis-à-vis d’autrui. Les réactions de chacun vont être passés à la moulinette, avec toujours cette question lancinante pour le lecteur : Mais que s’est-il donc réellement passé lors de cet ouragan ? Et pourquoi trrente ans plus tard, Go-Go a-t-il jugé bon de s’encastrer dans ce mur de béton ?

Le rythme va être lent, pour arriver à une conclusion bien atroce et totalement différente de ce que l’on aura pu imaginer. Ma seule réserve vient de la traduction (il me semble) qui se veut parfois réellement littérale, rendant certaines expressions étranges, ou certains passages inutilement bavards. Assurément, ce roman vient de me faire découvrir une auteure à la subtilité rare, et J’ai voulu oublier ce jour est un beau roman sur les mensonges du passé qui deviennent les dures réalités d’aujourd’hui.

Stone Island de Alexis Aubenque (Toucan)

Voici le nouveau roman de Alexis Aubenque, après Canyon creek que j’avais beaucoup aimé. Stone Island est décorrélé du cycle de River Falls, mais il constitue le début d’un nouveau cycle, qui se déroule sur une ile paradisiaque.

Paradisiaque, si on veut. Certes, le cadre de cette petite ile du Pacifique semble bien agréable. Il y a bien du soleil, des plages de sable blanc, et des criques surmontées de parois rocheuses. Il y a bien des populations locales, les Ma’ohi, et des blancs qui dirigent l’ile, de riches propriétaires d’ailleurs si l’on en juge la propriété que découvre Fiona Taylor quand elle débarque chez son père, qu’elle n’a jamais vu. En effet, elle a été abandonné à la mort de sa mère et est de retour sur cette ile car elle vient d’apprendre la mort de son père. En tant qu’héritière des affaires de la famille McGregor, c’est avec une certaine appréhension qu’elle va faire la connaissance de sa grand-mère.

Tout commence avec un accident de voiture, dans lequel périssent M.Keawe et son fils ainé. Le commandeur de la police locale Jack Turner, assisté de Jerry Coupland, débarque sur les lieux. L’affaire s’avère bien plus complexe que prévue quand il se rend compte que la famille Keawe a été attaquée par un tueur mystérieux chez eux. De nombreux meurtres vont suivre et déterrer des secrets de famille qui auraient mieux fait de rester cachés. Et au milieu de ces imbroglios, la détective privée Jade va amener des pistes inattendues.

Alexis Aubenque nous donne à lire un roman d’aventure comme on en lisait il y a quelques dizaines d’années. N’y lisez pas un reproche dans ce que je lis, mais plutôt une description de la façon dont je l’ai apprécié. Ce roman est un pur divertissement, idéal pour l’été, pour ne pas se prendre la tête.

On y retrouve d’ailleurs les qualités que j’avais appréciées dans Canyon Creek, cette façon de construire lentement une intrigue riche et complexe, cet amour de ses personnages, cette alternance entre les moments forts et les moments calmes. Si on ajoute à cela une bonne fluidité dans le style, ce roman se lit comme du petit lait. Tout juste, j’ai trouvé par moments quelques maladresses à force d’insister sur les réactions des personnages par exemple.

Par contre, Alexis Aubenque confirme sa capacité à construire des intrigues à la façon des grandes sagas américaines, en ajoutant des rebondissements, en faisant exprès de prendre le lecteur à rebours. Finalement, c’est un roman d’aventure bien distrayant, qui vous changera les idées, qui vous dépaysera en cet été qui tarde à arriver. S’il ne révolutionnera pas le genre, il remplira sa fonction : vous changer les idées.

N’hésitez pas à aller voir l’avis de l’ami Claude ici. Ainsi que l’avis de l’ami Paul là.

Enfin, voici l’avis d’un petit nouveau : Du Bruit dans les oreilles, De la poussière dans les yeux.

Le vallon des parques de Sylvain Forge (Toucan noir)

Dans les nouveautés de ce début d’année 2013, il va falloir compter avec ce deuxième roman de Sylvain Forge publié aux éditions du Toucan, un roman qui nous plonge dans le Vichy de 1943 au travers d’une enquête policière pour la découverte d’un tueur en série.

1943, c’est une date charnière pour le régime de Vichy, puisque c’est l’année à partir de laquelle Vichy, qui était jusque là située en zone libre, passe sous contrôle allemand. Quatre corps de jeunes filles vont être découverts atrocement mutilées dans les bois environnants, et les Allemands vont demander au préfet français de faire preuve d’efficacité dans la résolution de ce massacre sous peine de perdre son autonomie.

L’enquête va être confiée à André Lange, un ancien mobilard, c’est-à-dire qu’il a fait partie des brigades du tigre et à ce titre jugé compétent mais mis sur la touche car dévoué à Clémenceau. Pour cette mission, il va être nommé directeur de la Sûreté de l’État français, et est chargé de former son équipe. Il va naturellement se tourner vers ses anciens collègues, mobilards comme lui.

Il va réunir Paul Montford, ancien commissaire des brigades du tigre, et trois de ses anciens collègues. Mais l’enquête va se révéler bien difficile et le nom du coupable va entrainer des difficultés plus politiques que policières.

C’est un roman que l’on a envie de défendre, malgré quelques réserves qui ne remettent en rien en cause la lecture passionnante de ce roman. Car au travers cette enquête que je qualifierai de classique, Sylvain Forge montre et démontre la situation politique de Vichy, tous les services en charge de la « sécurité », de la Gestapo à la police allemande, de la police française aux milices, et toutes les pressions pour sauver un peu d’indépendance.

Il y a aussi les personnages, dont aucun n’est ni blanc ni noir, cherchant à sauver leur peau. Il y a ceux qui sont persuadés que les Alliés vont débarquer et qui font partie des résistants (actifs ou passifs). Il y a ceux qui préparent leur avenir, en se faisant bien voir par les Allemands tout en soignant leurs relations avec les Allemands. Il y a des Allemands qui profitent de leur pouvoir, et font des menaces incessantes et des policiers compétents concentrés sur leur travail.

Et puis, il y a les Français moyens, ceux qui vivent tout simplement, qui élèvent des lapins dans les caves, des poules dans leur jardin, qui subissent et se battent pour survivre. C’est au travers d’une multitude de personnages que le roman va avancer pour illustrer avec beaucoup de talent l’ambiance et la situation de ce gouvernement félon pendant cette période si particulière. Je suis resté ébahi devant le talent de l’auteur pour savoir faire vivre autant de personnages différents (une quinzaine, quand même !) et pour les mettre au service de l’ambiance et de la situation politique.

Il y a bien quelques petites choses qui apportent un léger bémol à ce roman, telles que des indices qui ne sont pas triviaux, ou quelques personnages plus accessoires car avec des motivations difficiles à cerner, ou bien une fin que je trouve rapide et compliquée car regroupant tout le monde au même endroit. Mais je défendrai ce roman contre vents et marées car la force des psychologies des personnages et la façon qu’a Sylvain Forge de nous plonger dans cette ambiance des années 40 sans lourdeurs font que ce roman se révèle une excellente lecture. J’ai adoré ce roman, et je souhaite du fond du cœur que vous l’aimiez aussi. Sylvain Forge est un nom a retenir.

Les avis des copains et copines blogueurs :

http://lespolarsdemarine.over-blog.fr/article-le-vallon-des-parques-sylvain-forge-113745191.html

http://leventsombre.cottet.org/service-de-presse/2012/le-vallon-des-parques

http://www.unwalkers.com/le-vallon-des-parques-de-sylvain-forge-editions-du-toucan/

http://blue-moon.fr/spip.php?article7792

Derrière les remparts de Anna Jansson (Toucan noir)

Bonne pioche pour ce roman policier venu du froid, et découverte d’un nouvel auteur et d’un nouveau personnage récurrent, à classer dans les romans psychologiques.

Présentation de l’éditeur :

En Suède, au bord de la Baltique se cache sur l’île de Gotland la vieille cité de Visby, où chaque été se tient le célèbre festival médiéval. Mais, derrière les remparts de la ville, de mystérieuses lueurs transpercent les marécages et les cabanes de pêcheurs pourraient abriter d’anciens secrets. Wilhem Jacobsson meurt un soir dans une rixe qui l’oppose à un homme étrange, et sa femme Mona est témoin de la scène. Témoin ou complice ?

L’enquêtrice Maria Wern, aidée de deux acolytes venus du continent, va se pencher sur l’affaire. Qui aurait pu souhaiter la mort de Wilhem, et pourquoi ? Un de ses fils ? Son plus proche voisin ? Un festivalier ? La belle Birgitta, troublante femme-enfant errant au milieu des ruines, ne dissimule-t-elle rien derrière son apparente innocence ?

Derrière les remparts, (Silverkronan), s’est vendu à plus de 50 000 exemplaires en Suède et a donné lieu à une adaptation pour la télévision suédoise.

Mon avis :

La première impression à la lecture de ce roman fut de lire une enquête de Colombo version féminine.  Car dès le début du roman, on connaît l’identité de l’assassin, ou du moins de sa complice. L’intérêt de ce roman ne se situe donc pas dans la découverte du meurtrier, mais plutôt dans la psychologie des personnages et dans la description du paysage de l’ile de Gotland. Il faut donc s’attendre à un rythme lent, aussi bien dans l’avancement de l’enquête que dans la description des personnages.

C’est donc un polar psychologique auquel il faut s’attendre, qui peut s’apparenter à un huis-clos, qui va prendre son temps pour poser ses personnages, pour plonger le lecteur dans l’ambiance médiévale de cette cité de Visby. Les dialogues, remarquablement bien faits peuvent occuper un chapitre entier, les descriptions des fêtes plusieurs pages. Bref, n’allez pas y chercher de course poursuite effrénée,

Les chapitres sont courts, passant de Maria à Mona et la lecture est rapide grâce au style efficace de l’auteur. Mais l’auteur met au premier plan Mona, jeune femme à la vie difficile, ballotée entre un père handicapé insultant et un mari qui l’ignore. On arrive à éprouver de l’empathie pour un témoin de meurtre. Et puis il y a tous les autres personnages, apparaissant petit à petit, qui se révèlent de plus en plus complexes au fur et à mesure que l’on progresse dans l’histoire. On a l’impression d’avoir à faire à des gens qui se protègent derrière leurs propres remparts, cachant leurs secrets et leurs propres ressentiments. Assurément, ce roman s’avère une belle découverte, au succès mérité en Suède, et nous montre une nouvelle fois que le polar scandinave sait sortir des sentiers battus et nous proposer des psychologies passionnantes.

Canyon Creek de Alexis Aubenque (Toucan noir)

Il faut que tu lises la série River Falls ! C’est ce qu’on n’arrête pas de me dire. Et comme je suis d’un naturel rebelle, j’ai décidé de découvrir Alexis Aubenque avec son dernier roman en date Canyon Creek. Bingo, j’ai beaucoup aimé.

De nos jours, aux Etats-Unis, à Canyon Creek. Dans cette petite ville tranquille qui borde le célèbre canyon, des jeunes filles sont découvertes violées, tuées et jetées du haut de la falaise surplombant le canyon. Personne ne s’inquiète de ces cas, ce sont juste des latinos, probablement des immigrées, des prostituées assassinées par un client mécontent.

La sergente Suzie McNeill n’est pas de cet avis : elle est sure qu’un tueur en série rôde dans les parages de cette tranquille petite ville. Son père, Le sheriff McNeill ne veut pas entendre parler de cette théorie, et ses trois lieutenants Marcus, Parker et Spencer. Dans le cadre de sa formation, elle va passer dans l’équipe de chacun d’eux, et va continuer en sous main sa propre enquête.

A l’hopital de Canyon Creek, au même moment, Dale Turner se réveille d’un coma de quelques semaines. Il se réveille amnésique, et trouve Karen, psychologue, à son chevet. Petit à petit, il va découvrir son passé, celui d’un homme qui ne lui plait plus. Il va aussi interférer avec l’enquête sur les meurtres des jeunes filles latinos.

Je comprends, à la lecture de ce roman, pourquoi tant de lecteurs me l’ont conseillé. Son style est d’une fluidité exemplaire, centré sur les personnages. En fait, les dialogues alternent avec les pensées des personnages. C’est redoutablement efficace, et cela m’a permis de m’approprier les caractères de chacun, et de les suivre.

Si d’ailleurs les personnages sont clairement au centre de l’intrigue, j’ai juste un tout petit regret, c’est le fait que les paysages soient si peu décrits, qu’ils passent au second plan. En plus, avec les lieux choisis, il y avait de quoi faire. Mais c’est un bien petit reproche face au déroulement de l’histoire. Car tous les personnages vont se rencontrer, interférer, se perdre pour mieux se retrouver, dans une virevolte redoutablement orchestrée.

Car, en distillant quelques événements sans qu’on s’y attende, cela donne une envie de continuer, d’aller au bout. Car tous ont des secrets, pas forcément avouables, et cela donne, en parallèle de l’enquête des rebondissements fort agréables, tous axés sur les personnages, leur vie passée et présente, leur expérience. Clairement, c’est une lecture fort agréable, qui fait que je vous conseille de glisser dans vos valises ce Canyon Creek, d’autant plus que c’est un inédit, qu’il parait en format de poche et que donc c’est un très bon rapport qualité prix. De mon coté, il va falloir que je lise River Falls, et je vais vous dire, je les ai !

Le sang d’un autre de Amanda Coetzee (Toucan noir)

C’est la quatrième de couverture qui m’a décidé, avec ce personnage de flic, obligé de retourner là où il a été élevé. C’était aussi l’occasion d’ajouter un nouvel auteur à la liste qui s’allonge.

1985. Une jeune mère donne un billet de manège à son fils. Alors qu’il monte sur un cheval de bois, elle l’abandonne.

2001. Timmy est un jeune garçon qui aimerait bien continuer à jouer mais il n’a plus d’argent. Il s’approche d’un homme étrange pour faire la manche et celui-ci lui propose de vendre des cassettes spéciales. Elles sont dans le coffre de la voiture. Timmy va donc les chercher, et l’homme le bascule dans le coffre. Timmy se retrouve emprisonné dans un garage. L’homme va lui apporter à manger, lui donner des habits. Trois jours plus tard, l’homme massacre Timmy à coups de marteaux.

2009. Un jeune garçon de la communauté des Gens du Voyage a disparu. Ils parlent une langue différente, le shelta, dialecte traditionnel des Pavee ; ils n’ont pas confiance dans les autres, se méfient des flics ; seul le clan est fort. La police va chercher et trouver un flic qui peut les aider : il s’appelle Harry O’Connor, et est à la tête d’un groupe d’intervention anti-drogue au New Scotland Yard. Et cette enquête va le toucher bien plus qu’il ne l’aurait voulu, puisqu’il va être obligé de retourner dans le camp où il a été élevé.

Pour un premier roman, l’intrigue de ce roman est plutôt bien menée, et pourtant, je ne peux m’empêcher après avoir refermé la dernière page, de ressentir de la déception. C’est la faute à la quatrième de couverture probablement, qui m’avait si bien vendu le livre. Du coup j’ai l’impression d’avoir lu un roman qui n’a pas grand-chose à voir avec ce que j’espérais ou du moins, qui n’a fait qu’effleurer les sujets que j’attendais.

L’intrigue, donc, est bigrement bien faite, bien construite, et le suspense bien tenu jusqu’aux cinquante dernières pages. On passe d’un personnage à l’autre, ça va vite, avec un style concis dans un souci d’efficacité et je dois dire que c’est un livre que j’ai lu rapidement et sans jamais m’ennuyer. Le rythme de l’enquête est rapide car cela doit se dérouler sur trois jours, et, tout le temps, on ressent l’urgence de la situation. Ça, c’est pour le point positif.

Et voici ce que j’attendais : Un personnage écorché vif tiraillé entre le passé et le présent et la confrontation entre deux mondes, le monde sédentaire et celui des gens du voyage, avec leurs us et coutumes. Le personnage de Harry n’étant pas au centre de l’intrigue, ou pas complètement, sa description m’a semblé brossée, juste esquissée d’autant plus que la scène où il est introduit m’a semblé maladroite car trop centrée sur les événements (Harry est infiltré dans un gang de trafiquants de drogues et participe à leur arrestation). Et avec un personnage si prometteur, j’ai regretté que le roman ne soit pas narré par Harry lui-même, à la première personne.

Enfin, du monde du voyage, nous n’en saurons pas beaucoup plus. Ils parlent une langue étrange, ne se fient à personne d’autre qu’eux-mêmes, ont une chef de clan voyante prédiseuse de l’avenir. Je n’y ai rien trouvé sur les coutumes, leur vie, ni sur ce qu’ils pensent de notre société ou comment ils vivent. Là aussi, je suis resté sur ma faim, attendant bien plus du sujet promis.

C’est alors que je e appelle que c’est un premier roman, que ce roman plein de promesses par son intrigue et par le choix de son sujet n’est resté qu’au stade des promesses et que cette auteure est capable d’écrire quelque chose de bien mieux. Ou peut-être étais-je de mauvaise humeur quand je l’ai lu ? Ou peut-être fut-ce une rencontre ratée, de celles où on se dit que ce n’est que partie remise ? Alors, voici deux avis qui sont en opposition avec le mien, comme pour me rappeler que c’est un livre que je n’ai pas su apprécier :

http://www.lectures-plumeblanche.com/article-le-sang-d-un-autre-amanda-coetzee-ed-du-toucan-101497627.html

http://www.unwalkers.com/full-aux-as-au-edition-du-toucan/

L’apparence de la chair de Gilles Caillot (Toucan noir)

En fait, il arrive que l’on craque dès la quatrième de couverture. Bien que le sujet, tel qu’il est présenté soit plutôt connu, j’étais curieux de voir comment il serait traité. Je dois dire que je n’étais pas au bout de mes surprises !
Quinze ans que le capitaine de police Sylvie Branetti souffre. Sa dernière affaire date de 15 ans, elle était à la poursuite du tueur en série que tout le monde appelait le Tanneur. Celui-ci enlevait la peau de ses victimes avant de leur recoudre et d’abandonner les corps. Il y a quinze ans, Sylvie a été prisonnière du Tanneur, avec sa neuvième victime. Les flics arrivèrent trop tard pour intercepter l’assassin, et seule Sylvie en sortit indemne.
Le Tanneur, avant de disparaître, a kidnappé la fille de Sylvie. Cela fait quinze ans que Sylvie n’a pas de nouvelles de sa fille, quinze ans qu’elle cherche, qu’elle veut comprendre, qu’elle veut savoir ce qu’il est advenu de sa fille. Elle a passé une longue période de dépression en asile psychiatrique et est obligée maintenant de faire des séances d’hypnose chez son psychiatre.
La découverte d’un nouveau cadavre, quinze ans après, relance l’affaire. Sur un article de journal laissé par le tueur, il laisse entendre qu’il veut que Sylvie s’implique dans cette traque. Aidé de son collègue et ancien amant Paul Benito, lui aussi capitaine de police, Sylvie va s’impliquer dans cette enquête qui va mettre en danger sa santé mentale, mais peut-être lui permettre de savoir ce qui est arrivé à sa fille.
Comme je le disais en introduction, c’est le sujet qui m’a attiré pour ce bouquin. Outre l’hommage de Frank Thilliez en couverture, je n’aime rien moins que ces personnages brisés, au fond du trou, errant au milieu des autres avec leurs cicatrices, la plaie ouverte. Ce fut donc un peu une surprise de lire les premières pages du roman. Car je n’y ai pas vu une femme brisée, mais une femme battante, une quêteuse de la vérité. Sa vie est devenue une course contre la seule chose qui puisse lui servir d’objectif : Qu’est devenue sa fille ? Que lui est-il arrivé ?
Du roman noir que je m’imaginais, on passait à un roman sur-vitaminé, ou du moins un roman rapide, pressé, stressé avec de petits paragraphes, de petites phrases, pour montrer cette femme qui court pour savoir et qui a chaque fois se prend un mur. Jusqu’à cette scène chez son psychiatre, où l’histoire commence à dérailler. Et tout d’un coup, l’histoire devient toute autre.
Petit à petit, Sylvie va être harcelée par des cauchemars, aussi bien en pleine nuit que lors de ses petites siestes en pleine journée. Parfois, elle s’endort sans même s’en rendre compte. Et puis, il y a des quartiers qui changent, qui ne sont pas tout à fait comme elle les a vus ou imaginés. D’ailleurs, où est la part de vérité dans ce qu’elle vit ? Peut elle faire confiance à ce qu’elle voit, à ce qu’elle entend, à ce qu’elle sent ou ressent ? Est-elle tout simplement malade, victime de son cerveau aux abois ?
Le lecteur, donc moi, se retrouve ballotté d’une scène à une autre, sans forcément comprendre, si ce n’est que c’est un jeu. Ce roman est un jeu orchestré par l’auteur, tout en sachant que de toutes façons, on aura perdu. Comme c’est remarquablement écrit, on se laisse prendre au jeu, on se pose des questions, on échafaude des hypothèses et puis on avance. Et puis, la bonne trouvaille, c’est de conjuguer les verbes au présent dans toutes les scènes, ce qui fait que même le lecteur y perd tous ses repères.
Bon, c’est bien joli, tout ça, mais ça peut paraître lassant. A partir du milieu du livre, le rythme s’accélère, les interrogations se font multiples, le coupable semble se dessiner, mais c’est sans compter sur l’imagination de l’auteur, qui nous concocte une fin aux petits oignons. Sur la première page du livre, est écrit : « Bluffant ». C’est exactement ça : ce roman est bluffant … de bout en bout.

Le premier appelé de Christian Ego (Toucan noir)

Jamais je n’aurais lu ce livre ! Que je vous raconte : lors du déjeuner avec les jurés de Meilleurpolar.com, nous discutions de nos lectures, des livres que nous avons aimé ou pas, qu’ils fassent partie de la sélection ou non. Ainsi, nous avons échangé nos conseils, et donc, nous avons parlé de ce livre. Ni une, ni deux, le voici donc chroniqué ici, et je crois bien que j’ai découvert un futur grand auteur de thrillers.

1941, en Ukraine. La guerre fait rage depuis que les Allemands ont entamé l’invasion des territoires soviétiques. La Blitzkrieg fait des ravages sur ces territoires immenses et peu peuplés, et l’armée avance vite vers Kiev. Le général Ziliev est à la tête des lignes de défense et reçoit dans son bureau l’archimandrite, le premier prélat de l’église chrétienne orthodoxe.

Celui-ci est inquiet de l’avancée des troupes allemandes et lui demande un service bien particulier : organiser un transport exceptionnel et confidentiel d’objets religieux très précieux afin de les mettre en zone sure et de les protéger. Hélas, des avions attaquent le transport et les objets sont interceptés par un régiment français qui s’est engagé aux cotés des Allemands pour combattre les Bolcheviques. Ils récupèrent le trésor, l’enterrent et jurent de se le partager après la guerre.

2003, à Rambouillet. Deux hommes sont retrouvés assassinés d’une balle de 9mm et brûlés dans leur fourgonnette. La commissaire Evelyne Delmas va mener l’enquête, alors qu’elle n’a strictement aucun indice et qu’un meurtre de cette envergure est inhabituel dans cette banlieue paisible. Les maigres pistes vont la diriger vers un vieil homme de plus de 80 ans.

Un grand merci à ceux et celles qui ont insisté pour que je lise ce livre. Car j’ai lu probablement le premier roman d’un futur grand écrivain de thriller. Alors certes, ce n’est pas parfait, ce roman ne plaira pas aux aficionados du roman noir, ou aux adeptes de style direct. Par contre, il va ravir ceux qui aiment se lancer dans une fresque bien écrite avec des personnages consistants et un suspense sur fond historique.

Car ce roman m’a bluffé. La documentation est édifiante et surprenante et elle n’est pas étalée de façon voyante mais par petites touches. Les personnages sont bien faits, Christian Ego les aime et nous le fait ressentir. Le rythme est relativement lent, laissant le lecteur s’imprégner de la psychologie au travers de dialogues remarquablement réussis. J’ai été emballé par le style de l’auteur qui m’a empêché de lâcher ce livre.

Après avoir lu ce roman, on retrouve la joie de lire une bonne histoire racontée avec brio par un jeune auteur qui décide de jouer son va-tout, de se lancer dans l’aventure sans jamais se poser de questions, avec un grand sens de l’équilibre dans l’intrigue. On a l’impression que c’est très maitrisé, et c’est clairement un roman fait pour le grand public, pour passer un bon moment dans cette enquête située en France où l’on y trouve des Russes, des nazis, des religieux, des policiers.

Lisez ce livre, car vous seriez trop déçu dans quelques années de ne pas avoir lu le premier roman de cet auteur de thriller dont, à partir de maintenant, j’attends beaucoup. Et si sur internet, on classe ce roman dans les polars historiques, sachez qu’il s’agit avant tout d’une enquête dont le fond est historique (c’est une petite précision pour ceux que l’histoire rebute).