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Lagos Lady de Adenle Leye

Editeur : Métaillié (Grand Format) ; Points (Format poche)

Traducteur : David Fauquemberg

Si ce roman a fait l’objet du cadeau annuel aux abonnés de l’association 813 (Merci 813 !), il fait l’objet de la sélection pour les Balais d’or 2017 de mon ami le Concierge Masqué. D’ailleurs, c’est lui qui me l’avait conseillé l’année dernière. Et comme le résumé de l’éditeur est très bien fait, je vous le mets en guise de résumé :

Quatrième de couverture :

Mauvaise idée de sortir seul quand on est blanc et qu’on ne connaît rien ni personne à Lagos ; Guy Collins l’apprend à ses dépens, juste devant le Ronnie’s, où il découvre avec la foule effarée le corps d’une prostituée aux seins coupés. En bon journaliste, il aime les scoops, mais celui-là risque bien de lui coûter cher : la police l’embarque et le boucle dans une cellule surpeuplée, en attendant de statuer sur son sort.

Le sort, c’est Amaka, une splendide Nigériane, ange gardien des filles de la rue, qui, le prenant pour un reporter de la BBC, lui sauve la mise, à condition qu’il enquête sur cette vague d’assassinats. Entraîné dans une sombre histoire de Juju, la sorcellerie du cru, notre journaliste à la manque se demande ce qu’il est venu faire dans cette galère, tandis qu’Amaka mène la danse en épatante femme d’action au milieu des notables pervers.

Hôtels chics, bars de seconde zone, jungle, bordels, embouteillages et planques en tout genre, Lagos bouillonne nuit et jour dans la frénésie highlife ; les riches font tinter des coupes de champagne sur Victoria Island pendant que les pauvres s’entretuent à l’arme lourde dans les bas quartiers.

Mon avis :

Sachez que ce roman est un premier roman, et à ce titre, je peux vous dire que l’avenir de cet auteur est tout tracé ! Prenant des personnages principaux auxquels on s’attache rapidement, mais laissant planer quelque doute au début du roman, nous allons suivre les tribulations d’un reporter anglais au Nigeria qui va se retrouver embringué dans des affaires criminelles qui vont le dépasser …

Que du classique, me direz-vous ? A la fois oui, à la fois non, ai-je envie de répondre. Les chapitres courts et l’efficacité du style en font un polar fort agréable à lire, voire même passionnant. Il se démarque des polars américains du même genre par le fait qu’il évite ce rythme préfabriqué, ce mélange d’action / pause / action en mettant au premier plan ses personnages.

De personnages, il y a certes Guy Collins, mais il y a surtout Amaka, jeune fille qui se bat pour la justice des femmes de son pays, mais pas de la façon dont vous pourrez l’imaginer (et je vous laisse le découvrir). On y trouvera aussi en alternance de nombreux chapitres mettant en scène les chefs de gangs, mais aussi les flingueurs et autres rabatteurs, dont la présence est surtout là pour montrer la situation catastrophique d’un pays où les femmes se prostituent (toutes ?) pour survivre.

C’est d’ailleurs ce qui ressort de ma lecture. Le fait de centrer son intrigue sur les prostituées en négligeant les autres aspects de la société nigériane, nous donne à croire qu’il n’y a que des prostituées au Nigeria. J’aurais aimé être plongé dans ce pays de façon plus réaliste. D’autre part, le roman est écrit pour moitié à la première personne par Guy et pour moitié à la troisième personne quand il s’agit des gangs de truands. Et ce passage de l’un à l’autre, cette hésitation (?) fait que cela m’a sorti de l’histoire par moments. Bref, j’aime moyennement.

Sinon, c’est un roman qui est très bien mené, bien écrit, qui va vite et qui nous apprend beaucoup de choses. Et la finalité de cette intrigue, même si elle m’a rappelé un autre roman, reste intéressante par le fait qu’elle tire un signal d’alarme. Et puis, rien que pour Amaka, une sacrée battante, ce roman vaut le coup d’être lu !

Pssica d’Edyr Augusto

Editeur : Asphalte

Traducteur : Dinhiz Galhos

J’avais été enchanté, effaré par Nid de vipères, un roman court et violent, autopsiant la société brésilienne et la corruption généralisée, à travers une histoire de vengeance terrible. Et si l’histoire était marquante, le style si particulier fut pour moi une révélation. Pssica (qui veut dire Malédiction), pour moi, va encore plus loin, et fait plus mal.

Janalice est une collégienne comme les autres. Et pourtant, ce jour là est pour elle comme l’ouverture d’une porte vers l’enfer. Sa beauté, sa couleur de peau blanche en font une des vedettes du lycée. Quand elle est convoquée par la directrice, c’est pour apprendre que son petit ami Fenque a filmé leurs ébats sexuels et les a mis sur un réseau dit social.

La directrice lui demande de partir et de revenir avec ses parents. Quand elle arrive chez elle, elle en parle à sa mère, qui est effondrée. La réaction du père est plus extrême, il lui demande de partir de la maison et il la jette dehors. Elle trouve refuge chez une amie, et essaie de tourner la page. Mais en se promenant dans la rue, elle est enlevée dans une camionnette par deux hommes. Le père de Janalice a des remords. Il fait appel à Amadeu, un policier à la retraite, pour retrouver sa fille.

On va suivre aussi beaucoup d’autres personnages dans ce roman. Manoel Tourinhos a fui son pays d’origine l’Angola quand la révolution a éclaté et a rejoint l’île de Marajo, où il ouvre un commerce avec sa femme Ana Maura. Une bande de délinquants débarque et tue atrocement sa femme. Prea a pris la suite de son père à la tête du gang de tueurs. Leur activité va du vol au meurtre, du trafic de drogue à la corruption. Prea est un des exemples de chefs de gangs dans un milieu ultra-violent.

Comme je l’ai dit pour le précédent roman, le style du roman est particulier, complètement personnel. Là où dans le précédent roman, le lecteur devait emboiter les pièces pour construire l’histoire, on se retrouve ici avec une histoire plutôt linéaire ou plutôt plusieurs histoires en parallèle. Et dans ce cas là, son style fait mouche. Les phrases sont courtes et frappent le lecteur. Les dialogues ne sont pas séparés, ils sont inclus dans un même paragraphe, et le lecteur n’a aucune difficulté à s’y retrouver. En fait, on a plutôt l’impression que Edyr Augusto nous prend la tête entre ses mains et nous la secoue bien fort.

Car la situation est proprement hallucinante, voire déprimante, nous montrant des gens communs aux mains de tueurs qui n’ont aucune limite. Les scènes sont éloquentes, l’auteur ne nous cachant rien. Il faut s’attendre à des scènes crues et être préparé à ce voyage en enfer. Car les victimes vont s’amonceler et le lecteur n’en sortira pas indemne. Si on peut qualifier ce roman de roman noir, c’est aussi et surtout un roman de dénonciation.

Car à travers la galerie de personnages, tous personnage principal de l’histoire à un moment donné, Edyr Augusto livre un témoignage éloquent sur l’état de son pays, aux mains de tueurs sans états d’âmes, inhumains jusqu’au bout des ongles, de tous les trafics qui nourrissent ces gangs, de l’argent qui va remplir les poches des politiciens. Et la morale, dans tout cela ? J’ai bien peur qu’elle ait été enterrée avant le début de ce roman.

Avec ce roman, Edyr Augusto va encore plus loin dans la dénonciation et la dérive de son pays. Il ne met pas de gants, et ne nous épargne rien. C’est un roman fort, un roman coup de poing, qui mérite d’avoir un large écho pour que son message porte. C’est un roman dur, apre, dans lequel on ne trouvera aucune rédemption, aucun espoir, aucun avenir. Et peut-être faut-il que l’on se prenne des claques dans la figure pour nous en rendre compte ? Vous l’avez compris, il faut absolument lire ce roman hallucinant.

Ne ratez pas les avis de Yan, de Jean-Marc et l’excellent billet de la librairie Charybde