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Les Anges de la Nuit de John Connoly

Editeur : Presses de la cité (Grand format) ; Pocket (Format Poche)

Traducteur : Jacques MARTINACHE

Je continue mon exploration de l’univers de Charlie Parker avec ma huitième lecture. Après un épisode franchement emballant, ce roman m’a surpris, m’a pris à revers. La liste de mes billets sur Charlie Parker est à la fin.

Quatrième de couverture :

Quand les trahisons se paient au prix fort…

On les surnomme les Faucheurs, et ils sont l’élite des tueurs. Des hommes si terrifiants qu’on ose à peine prononcer leur nom. Louis, l’ami du détective Charlie Parker, a été formé par cette armée de l’ombre avant de tirer un trait sur son passé. Mais aujourd’hui il est la cible des Faucheurs, et plus particulièrement de Bliss, le tueur des tueurs. Charlie Parker, que Louis a souvent tiré de mauvaises passes, parviendra-t-il à le sauver ?

Tableau d’un monde crépusculaire où tout n’est que corruption, où les crimes demeurent impunis mais où les trahisons se paient au prix fort, Les Anges de la nuit fascine et glace le sang.

Mon avis :

Après un épisode noir et qui avait, me semble-t-il relancé la série, John Connoly décide de creuser ses personnages. Entre Louis et Angel, il a choisi Angel. C’est donc l’histoire d’Angel que nous allons lire, avec en parallèle une course poursuite, sorte de duel entre tueurs, un peu comme Highlander. Louis, a été élevé par un groupe de tueurs. L’un d’eux, Bliss, veut à tout prix le tuer pour se venger du passé, puisque Louis l’a brulé plusieurs années auparavant.

Certes cet épisode est glauque, car John Connoly arrive à nous montrer un univers parallèle, dont nous n’avons pas idée. C’est aussi l’occasion de nous offrir encore une fois des scènes incroyablement visuelles, mais j’y ai trouvé peu de scènes d’angoisse. Par contre, entre deux moments de tension, on rigole beaucoup, puisque Louis et Angel nous offrent des dialogues truculents voire inénarrables.

Il faut juste savoir que Charlie Parker n’apparait que très peu dans cet épisode, puisqu’il entre vraiment en scène qu’à partir des deux tiers du roman. Donc la narration n’est pas à la première personne et cela m’a créé comme une distance par rapport aux précédents opus. Par contre, cela m’a donné envie d’en relire un autre tout de suite, parce que je n’ai pas eu ma dose de Charlie Parker.

Liste des épisodes précédents :

Dompteur d’anges de Claire Favan

Editeur : Robert Laffont

J’ai déjà dit et redit tout le bien que je pense de Claire Favan, sa capacité à écrire des histoires marquantes, à créer des personnages incroyables et à nous prendre dans ses filets pour nous faire passer d’excellents moments de lecture. A chaque fois, ses romans sont différents, et encore une fois, Dompteur d’anges est une formidable réussite.

Tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Max Ender est depuis sa naissance marqué d’une sorte de destin funeste. Quand il est né, sa mère Faye a vu son père Derek partir, arguant qu’il ne voulait pas d’enfant. Alors elle l’élève seule, courageusement. Quand un camion la fauche, Max se retrouve seul à gérer sa vie, alors qu’il a à peine 19 ans. Et comme il est gentil, les gens lui confient des petits travaux.

Il rencontre Kyle, le fils des Legrand chez qui il travaille. A 12 ans, Kyle est remarquablement intelligent et ils deviennent les meilleurs amis du monde. Alors que Max se blesse, Kyle propose de rentrer chez lui pour aller chercher des compresses. Kyle prend son vélo et se précipite, pendant que Max se rend chez Mme Briggs, son prochain chantier. Personne ne reverra Kyle.

La mère de Kyle appelle Max le soir. Elle est inquiète. Alors Max refait le chemin retour pour retrouver son ami. Il aperçoit un vélo caché sur le bas-côté de la route, et découvre le corps de Kyle. Il a été violé et assassiné. Max n’étant pas très cultivé, il fait figure de coupable idéal. La police ne cherche pas plus loin et l’envoie en prison. Mais en prison, on n’aime pas les violeurs d’enfants.

Max va subir les pires outrages, pendant plusieurs années. Et son histoire, il va la mettre sur le dos de son manque de culture. Il va lire des livres et des livres … jusqu’à ce que le véritable coupable soit trouvé et Max se retrouve dehors. Son calvaire, sa torture va devenir sa motivation : la société devra payer et ceux qui l’ont enfermé vont souffrir comme lui a souffert. Avec l’argent qu’il touche, il achète une caravane et rencontre Suzy. Son avenir, il le voit très simplement : il va élever des enfants dans la haine de la société. Pour cela, il va enlever Tom Porter, le fils d’un de ceux qui l’ont enfermé.

Construit en trois actes, nommés Dompteur d’anges, Frères de sang et Frères ennemis, ce roman est un excellent exemple de ce que Claire Favan est capable de nous écrire en termes de créativité de l’intrigue. Je ne vais pas vous le cacher longtemps, j’ai lu ce roman de 400 pages en 2 jours, et m’a presque fait passer une nuit blanche ! Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas été pris dans un engrenage si savamment dosé, accroché aux pages pour savoir comment cela allait se dérouler.

Si l’histoire commence avec Max Ender, comme je l’ai fait lors de mon résumé (qui ne couvre qu’une cinquantaine de pages, rassurez-vous), elle va vite s’orienter sur Cameron (le nouveau nom de Tom Porter, après son adoption par Max). Max va alors former, éduquer Cameron à devenir une arme contre la société, de façon à réaliser sa vengeance, qui prend ici une dimension inédite.

Si la vengeance est bien le thème central du début du livre, la question qui est posée par Claire Favan est bien celle de l’éducation de nos chères têtes blondes. En grossissant le trait, parce que nous sommes dans un roman, Claire Favan nous montre comment on peut créer des monstres, ou des antisociaux. Et le lecteur que je suis, qui a depuis belle lurette éteint sa télévision pour ne pas subir les programmes débilitants, a fortement apprécié ces questionnements.

Le début du livre est donc dur, psychologiquement parlant, bien sur. Car en plus de nous placer face à ce débat, Claire Favan place ses personnages dans une situation ambigüe, et les rend attachants, ou du moins suffisamment pour que l’on se pose en juge. Evidemment, cela n’est possible que parce que les personnages sont encore une fois formidables et les situations potentielles possibles. Et surtout, logique. L’enchainement des rebondissements est un pur plaisir, et il y en a tellement qu’on est pris par la narration pour ne plus s’arrêter, d’où ma nuit presque blanche.

La suite du roman est à l’avenant : nous sommes questionnés sur les relations fraternelles, sur la culpabilité, sur les erreurs de la justice, sur la subjectivité des gens, sur les couleuvres qu’on nous fait avaler à longueur de la journée. Et tout cela dans un roman à suspense, un parfait page-turner, qui ne vous laissera jamais tranquille. Même lors du dernier chapitre, on se demande si cela va se terminer bien ou mal.

Voilà, voilà. Vous trouverez tout cela et même plus dans ce roman. Vous l’aurez compris, Claire Favan est incontournable dans le paysage polardeux français, et avec ce roman, elle a écrit une fois écrit un fantastique thriller (dans le bon sens du terme). Et jusqu’à maintenant, en ce qui me concerne, elle a réalisé un sans fautes ! Terrible, ce roman !

Oldies : Tueurs de flics de Frédéric H.Fajardie

Editeur : Gallimard (La Table Ronde)

C’est tout d’abord Jean Marc Lahérrère qui a attiré mon attention sur cet auteur, dont je ne connaissais que le nom. Puis, la couverture, le titre et la réédition chez La Table Ronde ont fait que je me suis jeté dessus. Quelle claque !

L’auteur :

Il grandit dans la librairie de son père bouquiniste et libertaire, rue de Tolbiac dans le 13e arrondissement de Paris, où il lit de très nombreux romans et nouvelles. Dès l’âge de 16 ans, le marxisme devient le repère idéologique de sa vie. En 1968, acquis aux idées de gauche, il milite à la Gauche prolétarienne, exerce divers petits métiers et, dès le mois de mai 1968, veut devenir le premier militant « engagé » à écrire des romans noirs.

Il publie son premier roman noir Tueurs de flics, en août 1979. Dans cette adaptation très libre de l’Orestie, un mythe de la Grèce antique, un commissaire est chargé d’une enquête qui doit lui permettre «d’arrêter des tueurs qui se plaisent à découper ses collègues». Ce premier roman s’inscrit dans le nouveau genre littéraire du néo-polar. Il est salué, dès cette époque, par les critiques Max-Pol Fouchet et Alain Dugrand.

À partir du milieu des années 1980, il signe des scénarios pour le cinéma et commence en parallèle à publier des romans de facture plus classique, tout en poursuivant son œuvre dans le roman noir. En 1989, le critique Renaud Matignon fait son éloge.

Réfractaire aux étiquettes et aux ghettos, il n’apprécie pas le socialisme mitterrandien, contre lequel il écrit, en 1993, Chronique d’une liquidation politique.

En 1998, avec la bénédiction du critique Bernard Frank, il participe à l’émission littéraire Le Cercle de minuit.

Il a été le parrain du Salon du livre d’expression populaire et de critique sociale d’Arras ; l’édition 2009 de ce salon lui a rendu un grand hommage.

Pour Fajardie, polar et roman noir sont les meilleurs moyens d’explorer l’envers et les travers de la société contemporaine. Dans son œuvre, où l’esprit chevaleresque de ses personnages s’oppose à la médiocrité contemporaine, son gauchisme politique s’allie aux valeurs d’honneur, de fidélité et souvent de fraternisation au-delà des oppositions idéologiques ou historiques.

Ses œuvres, dans leurs versions publiées aux éditions NÉO (reprises ensuite par La Table ronde), portent des couvertures dessinées par Jean-Claude Claeys. Elles restituent à merveille la sombre atmosphère urbaine, la violence et la désillusion qui se mêlent dans l’œuvre de Fajardie.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

 » Tuer les flics, comme ça, c’est déjà bizarre, mais les découper en lamelles, en faux-filets, en fines tranches et finir par les bouffer, ça vous a carrément un coté farce.

Sauf que ces trois types étaient plutôt du genre pince-sans-rire. « 

Mon avis :

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le commissaire Padovani n’a pas la langue dans sa poche. Et ce qu’il raconte va forcément en choquer quelques uns, par le ton cru et l’acuité de ses observations sur notre société. Ecrit en 1975, on pourrait penser qu’il parle d’aujourd’hui, tant rien n’a changé ! Et ça flingue, ça claque et Dieu que c’est bon !

Ne vous arrêtez pas à la quatrième de couverture qui date des années 70 et qui, je trouve dessert quelque peu le roman, car on peut croire à un mélange d’humour glauque et de gore.

Le roman commence par une scène d’anthologie, et je pèse mes mots. Le commissaire Padovani est envoyé en tant que négociateur pour une prise d’otage dans un magasin d’électroménager. Le preneur d’otage est nu, et revêt seulement un gigantesque paquet de lessive Paic. Il n’a pas de revendications et Padovani finit par le descendre. Ses supérieurs apprécient moyennement ce dénouement et lui demandent de démissionner. Mais avant cela, il doit mettre fin à des meurtres en série de flics, à raison d’un par semaine.

Et voilà comment, à partir d’un synopsis simple, on se retrouve avec une pépite de polar noir, avec des vrais gens dedans, et surtout un observateur cynique et parfaitement lucide qui va raconter ce qu’il voit et ce qu’il pense. Quelque soit la situation, il va nous remettre à notre place et montrer le ridicule d’une société de consommation, de communication, et j’en passe qui sont à la fois drôle, grinçant, rebelle et clairvoyant.

Si on assiste au quotidien de la vie de flic, si on voit à quelle (s) pression (s) ils ont affaire, c’est le style de l’auteur qui marque les esprits. Le style est direct comme autant d’uppercuts qu’on prend dans la gueule. Pour autant, il n’y a jamais de vulgarités, mais juste des mots, des phrases qui nous remettent à notre place. L’efficacité littéraire a rarement atteint un tel degré de perfection.

Et si j’ai parlé de la scène d’introduction, je peux vous dire que toutes les scènes sont géniales sans qu’il n’y ait jamais de temps mort. Même la scène de fin, en forme de western apocalyptique, décalé et énorme va vous en mettre plein les yeux.

Depuis, je me suis renseigné : C’est la première aventure du commissaire Antonio  Padovani qui, sur la demande de l’écrivain et journaliste Jean-Paul Kauffmann, reviendra dans La théorie du 1% et deviendra un héros récurrent dans l’œuvre de Fajardie.

Ne ratez pas les billets de Charybde2 et les billets de Jean-Marc sur d’autres romans de Frédéric Fajardie ici et .

L’alignement des équinoxes de Sébastien Raizer

Editeur : Gallimard – Folio

J’ai un peu de mal à caractériser ce roman, car c’est un roman qui flirte avec le polar et l’anticipation, tout en penchant par moment vers la philosophie ou l’anticipation. Bref, cela sent le roman original inclassable.

Quatrième de couverture :

Un homme décapité et, à ses côtés, une jeune femme samouraï avec son sabre japonais : par la pureté de son geste, elle vient d’atteindre l’équinoxe de la mystérieuse loi de l’alignement.

Wolf, ancien commando déphasé, et Silver, boxeuse zen laotienne, les deux flics de la Criminelle chargés de l’enquête, sont déroutés par ce meurtre, et plus encore par la suspecte.

Tandis que des liens invisibles et dangereux se tissent entre Wolf et la fille samouraï, des cadavres au front gravé d’une étoile sont retrouvés dans Paris. Silver et Wolf sont alors entraînés dans un univers mutant et, pour essayer de s’en sortir, ils vont devoir redéfinir ce qu’ils tenaient jusque-là pour réel. Pendant ce temps, dans l’ombre, la Vipère poursuit son œuvre démiurgique, en attendant son propre équinoxe…

Mon avis :

Voilà le genre de roman qui vaut le détour, pour peu que l’on soit curieux. Car la quatrième de couverture est opaque, et les premiers chapitres un peu du même genre, même si on a l’impression de lire des descriptions de personnages déjà rencontrés. Puis, arrive le meurtre, un homme décapité à la perfection, par une jeune femme découverte sur les lieux du crime, et nos deux flics vont nager ou du moins se débattre dans un monde mystico-philosophique dont les sources sont à chercher du coté du Japon.

En effet, la tueuse Karen Thilliez leur donne à demi-mot le fait que son meurtre était nécessaire pour se rapprocher de l’alignement des équinoxes, état de sublimation de l’être. Dit comme ça, cela ressemble plus à un roman de science fiction qu’à un polar, et pourtant on y trouve des scènes hallucinantes aux cotés de connotations philosophiques qui m’ont laissé froid.

Cela donne une lecture en dents de scie, atteignant parfois le génie d’un Maurice Dantec (dans les Racines du mal) et nous larguant parfois sur le bord de la route dans des décors ou des considérations métaphysiques. Cela donne aussi une impression d’alterner entre rêve et réalité, à tel point que, par moments, on ne sait plus où on est … et pourtant on continue à lire à il y a comme une sensation d’hypnotisme dans le style de Sébastien Raizer.

Et vous savez quoi ? Sébastien Raizer vient de sortir la suite, qui vient d’être publiée chez Gallimard – Série Noire, et je crois bien que je vais la lire quand même. Dites, je suis fou, non ? C’est grave, docteur ?

Ne reste que la violence de Malcolm MacKay (Liana Levi)

C’est avec une grande tristesse que je vous annonce la fin de la trilogie de Glasgow de Malcolm MacKay. Car, au travers de son épopée sur les clans mafieux, il parvenait à nous démontrer de façon très originale comment créer une œuvre qui mérite de figurer aux cotés des grandes tragédies intemporelles. Ce dernier tome de la trilogie, après Il faut tuer Lewis Winter et Comment tirer sa révérence, se nomme Ne reste que la violence.

A Glasgow, de nos jours, le commerce du crime est partagé entre Jamieson et MacArthur. La trilogie s’ouvrait avec l’apparition d’un troisième larron, plus jeune, qui voulait sa part du gâteau. Shug, accompagné de son bras droit Fizzy, a essayé de gratter des parts de marché. Mais ce n’est pas facile quand on a affaire avec de grands stratèges.

Ce troisième tome s’ouvre sur Richard Hardy, le comptable de Shug. Un policier vient le convoquer pour un interrogatoire. Il faut dire qu’il est le comptable de Shug. En fait d’interrogatoire, il s’agit d’une exécution en bonne et due forme. C’est Calum, le tueur de Jamieson qui s’en occupe. Comme d’habitude, avec la précision qui le caractérise, il tue le comptable, ainsi que Kenny, qui l’accompagnait, et qui est chauffeur pour Jamieson. Kenny est en effet soupçonné d’être une balance.

C’est décidé, ce meurtre sera le dernier de Calum, le dernier avant sa retraite. Il avait déjà demandé à Jamieson de lui permettre de se retirer. Devant le refus, il a tout préparé : Comment s’absenter une semaine, comment récupérer un passeport, comment s’offrir une nouvelle identité, comment s’envoler vers une nouvelle destination. Pour cela, il va demander l’aide de son frère, William …

J’avais déjà dit tout le bien de Malcolm MacKay, de son style coup de poing, fait de phrases courtes, centrées sur tous les petits gestes, tous les petits détails, car ces gens là ne doivent rien oublier. J’avais déjà parlé de cette façon de montrer des truands qui agissent comme tout un chacun, quand nous allons au travail. J’avais été enthousiasmé par cette description de ce petit microcosme, de ce petit monde où tout le monde se connait, où tout le monde sait tout sur tous. Eh bien, ce dernier tome est pareil pour toutes ses qualités, en allant encore plus loin, en faisant plus fort.

Car dans ce roman, Malcolm MacKay av plus loin dans l’analyse stratégique de la situation. Il fait un parallèle très clair entre le monde de la pègre et celui du travail. Outre que les tueurs agissent comme des gens qui vont au boulot, il détaille les réactions de chacun (avec toujours autant d’efficacité) face à un nouvel événement. Par exemple, après le meurtre de Hardy, chaque camp va interpréter la disparition du comptable, de Shug à la police. Et ce roman va apparaitre comme un véritable jeu d’échec où chacun avance ses pions, où chacun essaie de comprendre la stratégie de l’autre avant d’établir la sienne. Passionnant !

C’est aussi le volume le plus noir de la trilogie, surtout au travers de Calum. Alors qu’il a décidé d’impliquer son frère pour disparaitre, il a une démarche très personnelle, très égoiste, il a tout prévu pour que cela se passe sans encombre. Mais dans ce monde où tout se sait, où tout se devine, Les drames ne sont jamais loin. Sans en faire trop, sans montrer la moindre émotion, Malcolm MacKay nous assène les coups durs comme autant de coups de poing, et on finit par jeter l’éponge devant une intrigue aussi implacable et bien menée. Indéniablement, l’auteur avait prévu de finir en fanfare et la fin, que l’on aurait pu deviner, s’avère étonnante et surtout noire, très noire. Chapeau !

N’hésitez pas à consulter les avis de Yan, Jacques et Jean Marc.

Le poil de la bête de Heinrich Steinfest (Carnets Nord)

J’avais raté ses deux premières parutions en France, à savoir Requins d’eau douce et le onzième pion, malgré le bien que j’en ai lu ici ou là, sur l’humour loufoque et déjanté qui fusent au travers des pages. Voici donc mon rendez vous avec cet auteur autrichien à l’univers si particulier.

Anna Gemini est une belle blonde discrète, mère célibataire, devenue tueuse à gages pour assurer une vie un peu plus confortable à son fils Carl, adolescent handicapé dont elle ne se sépare jamais. Anna s’impose deux principes en guise de morale : elle part toujours en mission avec son fils, et ses victimes doivent s’acquitter elles-mêmes du prix de leur élimination.

Au cours d’une rencontre pour le moins étrange et amusante, elle fait la connaissance d’un employé de bureau, fonctionnaire dans un service qui n’a plus de travail. A moitié agent secret, à moitié truand à la petite semaine, Kurt Smolek, autrichien de son état va lui servir d’intermédiaire et lui trouver les contrats à remplir. La seule mission qu’Anna va accomplir sans Smolek est l’assassinat d’un diplomate norvégien pour le compte de sa femme.

Il s’appelle Markus Cheng et il est détective privé. Il incarne le flegme viennois avec un physique de Chinois, et ne se sépare jamais de son chien Oreillard incontinent. Cheng a perdu sa femme et un bras au cours d’une enquête précédente. Il va se retrouver à enquêter sur le meurtre de ce diplomate autrichien.

Tous ces personnages vont se rencontrer, chercher, courir, deviser sur la vie, leur vie et ce qui les entoure. Dire que ce roman est particulier est un euphémisme. Car si on peut penser à un roman policier, il s’agit plutôt d’un roman qui n’appartient à aucun genre mais qui en créé un à lui tout seul : celui de roman philosophique policier humoristique cynique bizarroïde intelligent.

A la façon d’un Samuel Beckett, qui dans En attendant Godot nous décrit deux personnages qui attendent un événement (l’arrivée de Dieu) qui n’interviendra jamais, Heinrich Steinfest prend trois ou quatre personnages principaux et les fait aller d’un endroit à l’autre, courant à la recherche d’un secret qu’ils ne trouveront jamais (la recette de l’eau de Cologne) pour mieux regarder par le bout de la lorgnette le monde actuel et en profiter pour deviser sur l’homme dans le monde et son inutilité, cela avec un cynisme de fort bon aloi.

Je vous livre d’ailleurs la citation écrite en quatrième de couverture pour vous faire une idée : « C’est triste à dire mais en Autriche, il faut toujours que les nazis se montrent pour qu’il se passe un peu quelque chose. »

Je me rappelle en terminale que nous avions lu en classe Le château de Franz Kafka. J’avais adoré ce roman, et j’avais été le seul dans la classe à trouver cela un formidable roman d’humour absurde. C’est exactement le cas pour ce roman : J’y ai trouvé du Desprosges pour le coté absurde, du Pierre Dac pour l’humour de certains dialogues, du John Irving dans les scènes à plusieurs personnages. Mais j’ai surtout pensé à Franz kafka pour la similitude du sujet et sa façon froide et désintéressée d’analyser la société et ses contemporains. Je dois vous prévenir que la lecture n’est pas aisée, qu’il faut parfois s’accrocher mais le résultat est à la hauteur : c’est de la grande littérature gentiment loufoque.

Des novellas pour vous …

Il semble que cela soit à la mode d’éditer de courts romans, dotés d’une centaine de pages. Pour l’éditeur c’est l’occasion d’offrir une offre alternative, pour le client c’est une possibilité de découvrir un auteur à moindre cout … quoique. Pour l’auteur, c’est en tous cas un exercice extrêmement difficile, se situant entre le roman et la nouvelle. Voici donc deux romans qui valent le coup d’être lus.

Rouge ballast de Jean Paul Le Chevère (éditions des ragosses) :

Rouge Ballast

C’est un village perdu au milieu de nulle part, traversé par une unique voie de chemin de fer, et écrasé par les odeurs de mort qui émanent de l’abattoir. Gabrielle qui veut qu’on l’appelle Gaby est une jeune adolescente qui va au collège et doit s’occuper de ses deux jeunes frères Djezon et Jirès.

Son père Bruno travaille à l’abattoir puisque c’est la seule entreprise encore ouverte dans le coin et il s’est mis en ménage avec Louise puisque la mère de Gaby est morte. Ce qui inquiète Gaby, c’est la disparition de Mathilde, c’est la dernière en date à « avoir pris le train ». Selon les ragots du coin, plusieurs jeunes femmes se sont jetées du haut du pont qui passe sur la voie ferrée. Suicide ou meurtre ?

C’est un très court roman qui a la chance d’être vendu relativement peu cher : 10 euros pour 100 pages. Voici un roman narré par Gaby, avec son franc parler, son vocabulaire de jeune femme. Gaby nous raconte sa petite vie, les voisins, les histoires, les ragots. Finalement, elle rêve d’ailleurs, d’un ailleurs qu’elle ne connait pas mais elle n’est pas malheureuse.

Avec un style qui s’adapte à son sujet, l’auteur nous fait ressentir le désespoir ou plutôt le manque d’espoir de ces familles bloquées dans un village dont ils ne sortiront pas. Ce roman s’avère un bon roman noir que l’on lira plus pour sa performance dans sa création du langage adolescent que pour son intrigue simpliste. Un roman tout en ambiance, assez pesant mais agréable à lire, qui m’a donné l’impression d’avoir vécu dans ce village horrible.

 

Tu n’as jamais été vraiment là de Jonathan Ames (Editions Joelle Losfeld)

jamais été vraiment là

Joe est un ancien Marines, ancien du FBI, qui est retourné chez sa mère après avoir pêté un plomb lors d’une enquête difficile. Depuis, il travaille pour McCleary, qui lui trouve des missions à remplir. Il passe par l’épicier pour recevoir des messages, cela permet de rassurer sa paranoïa et d’éviter que l’on sache où il habite.

Ce matin là, McCleary lui demande d’aller voir le sénateur Votto. Sa femme vient de se suicider et sa fille a disparue. Il vient de recevoir un SMS lui donnant l’adresse où elle est détenue. Joe achète donc un marteau, son arme de prédilection et se rend à l’adresse indiquée. Mais les apparences sont trompeuses …

Voilà un livre coup de poing qui ne tourne pas autour du pot et qui va droit au but. En presque cent pages, Jonathan Ames nous brosse le portrait d’un homme qui aurait aimé se suicider, qui est une arme vivante que rien ne retient à la vie. Le style se colle parfaitement à l’action, et la traduction de Jean Paul Gratias est impressionnante tant elle parvient à nous retranscrire toute la noirceur du texte et la volonté de l’auteur d’écrire un roman dur, noir, violent et direct.

Quand on lit ce livre, il vaut mieux se préparer à recevoir des coups car les phrases sont toutes très visuelles et l’intrigue simple est faite de flashes comme autant de coups de marteau. Et si l’on peut regretter le prix un peu élevé (12,90€), c’est une lecture qui impressionne et qui restera longtemps dans ma mémoire. D’ailleurs, dans la rue, je me retourne au cas où je sois suivi par un homme portant un marteau …