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Le fruit de mes entrailles de Cédric Cham

Editeur : Jigal

Je sors d’une période où mes choix de lecture ont été peu judicieux (et je suis gentil). Ne comptez pas sur moi pour donner des titres ou des auteurs, ces romans n’étaient pas en adéquation avec mes goûts. Entre parenthèses, mes amis m’ont dit que j’étais trop exigent. Alors, je me suis tourné vers Jigal. Il y avait un roman que je n’avais pas lu de sa production 2018, le voici.

Simon Vrinks purge sa lourde peine de prison en toute solitude. Spécialiste des attaques à main (s) armée (s) de fourgons, il a été dénoncé par un collègue. Ce matin-là, on lui annonce une visite : sa femme Héléna vient lui annoncer que sa fille a été retrouvée morte. Les mutilations que comporte le corps indique qu’elle a été torturée avec d’être jetée à l’eau. Pour lui, c’est une évidence, il doit s’évader pour retrouver le coupable.

Amia a quitté sa famille et s’est retrouvée dans les griffes de la prostitution. Dimitri, son proxénète, est un homme sans pitié. Elle n’ose même pas lui dire qu’elle est malade, se retrouve à vomir sans explication. En en parlant avec la jeune femme avec qui elle partage une minuscule chambre, elle se rend compte qu’elle est fort probablement enceinte. Elle gardera le bébé. Il ne lui reste plus qu’à fuir.

Alice Krieg est capitaine de police. Elle sait se faire respecter dans ce monde d’hommes. Elle aussi porte ses cicatrices qu’elle sait fort bien cacher. En particulier, le fait de ne pas avoir connu son père lui a permis de se forger une carapace, à l’abri des émotions. C’est elle qui prendra en charge la traque de Vrinks. Quand elle apprend qu’elle est atteinte d’un cancer, son travail va constituer sa fuite de la réalité.

Si vous avez lu mon résumé, vous vous rendez compte que l’on est dans un domaine très largement traité dans le monde du polar. La fuite, la traque, le remords, les liens familiaux, la loyauté, ce sont autant de thèmes que l’on a déjà lu et relu. Je ne vais donc pas vous faire croire que le sujet est nouveau, mais plutôt en quoi ce roman s’avère un roman intéressant et en quoi il vaut le détour.

Le parti pris de l’auteur est de partir d’une situation simple, limpide et sans équivoque. Un truand décide de venger la mort de sa fille. Une prostituée se retrouve enceinte. Une policière doit traquer le truand. Mais ce roman ne fonctionnerait pas sans la force insufflée aux personnages, sans la psychologie simple mais tellement efficace qui est juste esquissée lors de scènes remarquablement bien faites. Et c’est bien parce qu’ils ne sont jamais totalement bons ou totalement méchants qu’on y croit. Ces personnages-là, on y croit parce qu’ils sont vrais, parce qu’ils sont beaux, parce qu’ils sont humains.

Le deuxième argument tient au respect des codes du polar. On y trouve un héros, une femme, une course poursuite, le copain de toujours ami jusqu’à la mort. Tous ces codes sont réactualisés, remis dans un contexte actuel, et tout se tient très bien. Ce roman se lit très bien, les situations se suivent fort logiquement, et la fluidité du style en fait une lecture très agréable. Il est à noter tout de même que la fin est remarquablement bien réussie, et noire bien entendu, avec une toute petite lueur d’espoir.

Et ce que j’ai apprécié par-dessus tout, c’est ce style direct, rapide, construit autour de chapitres courts, qui donnent une belle célérité au roman. La prose de Cédric Cham répond à un besoin d’urgence qui me faisait défaut lors de mes lectures précédentes. Les émotions passent à travers les actions et attitudes des personnages. Ce n’est pas bien nouveau mais c’est remarquablement bien fait. En fait, ce roman remplit ses objectifs : offrir un très bon divertissement noir, dans la pure tradition du polar.

Ne ratez pas les avis d’Yves, Delph; Sonia; Annick; Laulo; et Psycho-Pat

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La chronique de Suzie : Les 7 jours du Talion de Patrick Senécal

Editeur : Fleuve Noir

Bonjour amis lecteurs. Me voici de retour à la surface. Je suis remontée car une drôle de musique est parvenue jusqu’à moi. L’entendez-vous.? Elle est plus forte à ce niveau. Ça fait « Joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, … »

Mais, bien sur. Aujourd’hui est un jour important dans la vie de notre hôte. C’est le jour de son anniversaire.

Donc permettez-moi de souhaiter un joyeux anniversaire à Pierre. Que cette nouvelle année lui propose de nombreux bonheurs littéraires et surtout des coups de cœur extraordinaires.

Du coup, je vais profiter de cette sortie inopinée pour vous parler de ma dernière lecture : « les 7 jours du talion » de Patrick Senécal.

Patrick Senécal, pour ceux qui ne le connaissent pas, est un auteur québécois qui possède une vingtaine de livres à son actif. Celui-ci est le cinquième à être publié en France (semblerait-il). Mais, ce roman a été publié en 2002, puis réédité en 2010 au Canada. La réédition correspond à l’adaptation du livre en film, scénarisé par l’auteur, sous le même titre avec quelques différences entre les deux supports.

Mais, retournons au livre, et en particulier vers la couverture. La couverture canadienne du format poche est très explicite. On y découvre un jeune homme blond, tête penchée, attaché à des chaines, au plafond par les poignets et un homme, de coté, dont on n’aperçoit qu’une jambe et un bras portant une masse. La couverture française est beaucoup plus sombre et plus sobre. Elle va jouer sur l’implicite au niveau des couleurs. Le titre est mis en avant avec une police orangé sur un fond sombre représentant une forêt et une maison. L’ensemble projette une ambiance de terreur et d’horreur. Les deux couvertures font leur effet et atteignent leur objectif.

Au niveau du synopsis, celui-ci est simple. Ce sont les implications et les conséquences qui vont se révéler complexes.

Lorsqu’il constate l’assassinat de sa fille unique Jasmine, à la sortie de l’école, Bruno Hamel, quadragénaire, chirurgien, voit son monde basculer. Incapable de pleurer, il essaie de faire son deuil. Jusqu’au moment où il apprend que son assassin a été arrêté. A partir de ce moment, Bruno Hamel va tout mettre en œuvre pour kidnapper ce « monstre ». Il va l’emprisonner et le torturer pendant sept jours jusqu’à sa mort, le dernier jour. Ira-t-il jusqu’au bout?

L’histoire va être structurée en huit parties. La première qui détaille la cause, le plan et l’enlèvement. Les sept autres correspondront à chacun des jours du décompte. Le synopsis va tourner autour de Bruno Hamel mais également d’un autre personnage qui est le sergent-détective Mercure. Ce dernier peut être considéré comme son alter-ego. A tour de rôle, ces deux personnages vont exprimer leurs pensées ainsi que leurs doutes. Ils ont un point commun qui les rapproche mais ils ont pris des directions différentes. Enfin, le fait de kidnapper et de torturer un « monstre » va engendrer des problèmes sociétaux. Faut-il considérer ce personnage comme une victime et déployer toutes les forces possibles ou laisser la justice personnelle s’en charger. Dans quel camp, vous rangeriez-vous? Et, si on laisse dériver, est-il encore possible de parler de justice?

Le personnage de Bruno Hamel est un personnage troublant car il ressemble à monsieur tout le monde, avec certes, plus de moyens. Mais, il est un père aimant qui ferait tout pour sa fille unique, ayant des émotions et pas aussi calme que l’on pourrait l’envisager. Il a également un coté impulsif qui apparaît sous certaines conditions. Après avoir appris le nom du meurtrier, il va se conditionner pour pouvoir accomplir ce qu’il pense devoir être fait. On a l’impression d’être face à un robot méthodique, sans émotion, qui suit le programme qui a été prévu pour lui.

Des failles vont apparaître lors de l’humanisation du « monstre ». C’est pour cela qu’il ne veut connaitre aucun renseignement sur sa victime. Enfin, bien que son plan soit axé sur la torture physique, il va découvrir que la torture psychologique est tout aussi gratifiante et synonyme d’horreur. L’espoir peut vous entraîner en enfer.

L’autre figure forte de ce roman est le sergent-détective Mercure. Celui-ci a tendance à compiler les informations qu’il récolte et à tomber juste, assez souvent. Il est calme et prend son temps pour comprendre. Il ne se précipite pas. Il a un profil similaire à celui de Bruno Hamel mais en restant humain. D’autres protagonistes secondaires vont faire avancer l’histoire dans un sens ou dans un autre, prendre parti pour un camp ou l’autre. Rien n’est blanc ou noir. On a juste une sélection de gris. Enfin, il y a une œuvre artistique qui va jouer un rôle important dans cette histoire et expliquer certains points. Laquelle? Je peux juste vous dire qu’elle est immense et que le fait de la voir est impressionnant et déconcertant.

Lorsque j’ai commencé à lire ce livre, bizarrement, l’histoire d’un film est apparue à mon esprit : « Prisoners » de Denis Villeneuve qui est également un film québécois. Quelle attitude adopterions-nous dans ce cas de figure? Je ne sais pas. Il y a une phrase dite par un personnage qui expose les différents types de monstres. Je vous laisse le plaisir de la découvrir dans son contexte original.

La question que se pose ce livre est de savoir si le personnage de Bruno va aller au bout de ses convictions ou s’il va s’arrêter avant, pris de remords ? Qu’est ce que la culpabilité, comment l’assumer? Comment vivre après un tel traumatisme? Un deuxième point va être également traité : la déshumanisation du monstre. Dans les différents films ou épisodes de séries ainsi que les livres que j’ai vu ou lu (dans la réalité, je ne sais pas si c’est le cas), on vous explique que le fait d’appeler une personne par son nom, sa qualité permet de l’ancrer dans un contexte précis et de ne pas la considérer comme une chose. Dans le cas de ce livre, le protagoniste principal fait l’inverse. Pourquoi à votre avis? Enfin, une des clés qui permet de comprendre le comportement de Bruno est représentée par un autre personnage … Je n’en dis pas plus.

C’est un livre que j’ai lu d’une traite. Le personnage de Bruno est une personne lambda qui pourrait être n’importe quel quidam. Mais, le cerveau humain peut entraîner des comportements erratiques lorsque celui-ci est soumis à un très fort traumatisme. On n’est pas égaux devant les traumatismes et la psyché se protège comme elle peut, quitte à accomplir des actes ignobles. Que feriez-vous à sa place?

Sur cette conclusion, je retourne à mon antre en souhaitant de nouveau un joyeux anniversaire à mon cher hôte. Je reviendrai prochainement avec une nouvelle lecture. A bientôt.

Artifices de Didier Fossey

Editeur : Flamant Noir

Après le choc du précédent roman de Didier Fossey, Burn-out, son petit dernier faisait office de lecture obligatoire pour moi. Nous retrouvons donc Boris Le Guenn et son équipe pour une nouvelle enquête compliquée à souhait.

Ce roman s’appuie sur trois piliers, trois histoires qui petit à petit vont se rejoindre. La première concerne un tueur qui a été jugé non responsable de ses actes et qui se retrouve enfermé dans un asile psychiatrique. De 2013 à 2015, il va fomenter sa sortie en montrant aux docteurs qu’il est guéri, alors qu’il ne prend plus les pilules qu’on lui prescrit. Mais son objectif reste toujours le même : se venger.

La deuxième histoire concerne une jeune fille de 8 ans de la DDASS, qui est placée dans une famille qui habite un petit village. Plusieurs fois par semaine, elle doit aller chercher des œufs et du lait à la ferme d’à coté. Le propriétaire de la ferme voit bien l’intérêt de recevoir cette gamine et il l’emmène rapidement dans sa grange où il va abuser d’elle, et ce durant plusieurs années sans que personne ne dise rien.

Boris Le Guenn est appelé sur une scène de meurtre bien particulière. En plein milieu d’une forêt, un jogger découvre une voiture carbonisée et un corps explosé (au premier sens du terme). L’homme a été attaché à un arbre à l’aide d’un film plastique et on a déposé des explosifs entre ses jambes. Bien vite, Boris Le Guenn va diriger son enquête dans le domaine des artificiers, d’autant plus que les cadavres continuent de s’accumuler.

On ne peut pas dire que Didier Fossey ait choisi la facilité dans la construction de son histoire. A défaut de prendre une structure inédite, il alterne les chapitres entre les différentes histoires pour nous narrer trois histoires sans lien apparent. Heureusement, il y a des repères qui nous guident, soit des dates en tête de chapitre, soit la fonte du texte qui est différente. Et on a hâte de savoir de quoi il retourne.

Là aussi, on est surpris par le parti-pris de l’auteur de nous en dire beaucoup dès le début de l’histoire. Nous savons dès le début que l’assassin est une femme, et qu’elle maîtrise les feux d’artifice. L’auteur nous fait apparaître une experte en explosifs qui vient semer le trouble, mais le fait qu’il y ait des zones d’ombres interpelle. En fait, on continue la lecture voracement pour connaitre le fin mot de l’histoire, c’est-à-dire dans notre cas : comment Boris Le Guenn et son équipe vont-ils pouvoir démêler cette pelote de laine ?

C’est bien la fluidité de l’écriture et cette alternance de chapitres courts qui rendent cette lecture addictive. Certes, on a déjà lu des polars avec cette structure, on a déjà lu des histoires de vengeance, mais quand c’est bien fait, c’est passionnant. Et avec ce roman, qui peut se lire indépendamment des précédents opus, Didier Fossey nous offre là un roman policier costaud sans tomber dans une empathie facile envers la vraie victime de cette histoire. Chapeau !

Ne ratez pas les avis de Val et Lord Arsenik

Place à l’originalité !

Parfois cela fait du bien de sortir des codes du polar, et de lire des romans en marge. L’avantage, c’est que cela nous laisse des traces, des souvenirs justement parce qu’ils se démarquent de nos lectures. Je vous propose deux romans entrant dans cette catégorie des romans inclassables.

Ciel de traîne de Gilles Vidal

Editeur : Editions Zinedi

Quand on commence un roman de Gilles Vidal, il faut s’attendre à être surpris. Car bien souvent, la forme c’est-à-dire la façon de raconter une histoire s’avère chez cet auteur bigrement originale. C’est une nouvelle fois le cas avec ce roman qui nous présente plusieurs personnages habitant la région de Virelay, une ville française imaginaire. Et il s’y passe d’étranges choses.

Antoine Rouvier a bien déclaré à la police la disparition de sa compagne Josy Gellert, mais cela n’intéresse personne. Puis des coups de téléphone anonymes lui promettent de retrouver la jeune femme. Il est guidé dans un entrepôt dans lequel, évidemment, il ne trouve rien. Désespérant.

Dans les bois autour de Virelay, on y chasse les truffes. Le corps d’un homme égorgé est retrouvé dans les bois, avec dans la main, un os d’oiseau. Le policier Franck Kamensky est en charge de l’enquête et va se retourner vers un ornithologue.

Vincent Appert revient à Virelay, la ville où il y a passé son enfance. Romancier raté, il emménage dans la maison des Sauvard et tombe sur une petite annonce proposant un secrétaire ressemblant à celui qu’il a entrevu dans son enfance.

Voici une petite galerie des personnages que l’on va rencontrer dans ce roman. On va passer d’un personnage à l’autre avec une facilité déconcertante. Chaque chapitre se retrouve donc isolé comme si on lisait des nouvelles. Et on ne peut s’empêcher de penser que le talent de l’auteur rend chaque scène fascinante car redoutable de précision et de justesse.

Surtout, chaque personnage n’a aucun lien avec le suivant, ce qui fait qu’on se demande lors de la lecture où l’auteur veut en venir. Je peux vous dire que c’est déstabilisant, et il faudra attendre le dernier chapitre pour comprendre de quoi il retourne. Plus qu’un exercice de style, ce roman s’avère donc un sacré tour de force et relève un beau défi. Original, je vous dis !

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude

Les retournants de Michel Moatti

Editeur : HC éditions

C’est en aout 1918 que Michel Moatti situe l’action de son dernier roman en date. Et on n’est pas surpris de ce « retournement », lui qui a l’habitude de passer d’un genre à l’autre, d’une époque à l’autre : En aout 1918, la dernière offensive va être lancée contre les troupes allemandes. Mais il n’y a bien que les généraux pour croire encore que ce sera la dernière, car les soldats, eux, qui ont vécu la boucherie de quatre années horribles ont bien du mal à y croire.

Adrien Jansen et Pierre Vasseur ont pris leur décision. Quand les troupes avancent, eux partent à contre-sens. Ils ont choisi la vie de lâche à la mort en héros. Comme tous les déserteurs, ils vont prendre la direction exactement opposée de l’armée. Les deux hommes se connaissent peu, et quand ils rencontrent un gendarme, Jansen va se rendre compte que Vasseur prend du plaisir à tuer : il fait équipe avec un psychopathe.

Je n’ai pas été surpris par le talent de Michel Moatti à peindre les ambiances. Nous quittons donc le bruit des canons et les gémissements des hommes qui meurent pour le silence de la campagne. Malgré un sujet pareil, qui rappelle un peu le Prix Goncourt de Pierre Lemaitre, Michel Moatti met l’accent sur ce qui se passe loin du front, le manque de nourriture, le marché noir, l’ignorance des gens, l’importance de la propagande … et surtout la vie de ces gens qui, après quatre ans, commencent aussi à douter du bien-fondé de cette guerre.

Puis nos deux hommes arrivent dans un château, après être passés par quelques villages et s’être créés une nouvelle identité de médecins. A partir de là, l’ambiance devient étrange entre le patriarche malade, la fille malade de la tête et la bonne qui aimerait bien que ces hommes restent. C’est probablement à partir de ce moment là que j’ai ressenti un manque. Je m’explique :

Michel Moatti nous propose plein de thèmes, pleins de possibilités avec son histoire et ses événements mais il n’en creuse aucun. Il se place avec beaucoup de recul en tant que conteur. Il en est de même avec le Chien de Sang, ce lieutenant chargé de poursuivre les déserteurs. Quel personnage génial ! Michel Moatti va l’évoquer pendant quelques chapitres (3 ou 4) alors qu’il aurait pu en faire un facteur de stress supplémentaire dans une histoire finalement bien calme.

Il m’aura fallu attendre les dernières pages et les remerciements et explications de l’auteur pour comprendre pourquoi il avait écrit ce livre. Et ce passage-là, très personnel, est très émouvant. Et si je l’avais lu avant, j’aurais apprécié différemment le roman. Car au bout du compte, je le trouve bigrement attachant. Je pense que la mention Thriller de la couverture dessert aussi le contenu. Donc mon conseil est de lire les explications de l’auteur avant d’attaquer le livre, et vous serez transporté par ce conte.

Ne ratez pas l’avis de Jean le Belge

 

Fantazmë de Niko Tackian

Editeur : Calmann Levy (Grand Format); Livre de poche (Format Poche)

fantazmë

Lors de ma lecture de Toxique, j’étais tombé amoureux de son personnage principal Tomar Kahn, qui était sa première enquête. Je n’allais pas laisser passer beaucoup de temps avant de lire la suite. Voici donc Fantazmë.

Tomar Kahn se balade dans une forêt qu’il connait bien. Il fouille la terre, à un endroit bien précis et déterre un crane qui lui parle : « Dis bonjour à Papa ! ». Il se retourne quand un couteau s’enfonce dans son ventre, lui procurant une brûlure de douleur … Tomar ouvre les yeux ; décidément, ces cauchemars reviennent le hanter de plus en plus souvent. A ses cotés, Rhonda qu’il vient de réveiller s’inquiète de ces images qui reviennent de plus en plus souvent.

Janvier 2017, Boulevard de la Villette. Assan passe sous les arches du métro, où s’étalait un camp de migrants quelques jours auparavant. Assan vit de ventes de cigarettes de contrebande au métro Stalingrad. Sur le bord du quai, il remarque une silhouette vêtue d’une capuche noire. Il décide de s’enfuir mais l’autre le rattrape et lui assène un énorme coup de poing au ventre, avant de le finir en frappant sa tête contre le trottoir … sans un mot.

Tomar et son équipe arrivent rue Caillé et descendent dans la cave, par où doivent passer toutes sortes de trafics. Le corps comporte une tête en bouillie. Rhonda trouve un papier de mande d’asile au nom d’Assan Barazi, originaire d’Alep. Apparemment, on l’a torturé avant de l’achever. De retour au bureau, un homme débarque : Le lieutenant Belko de l’Inspection Générale des Services demande à voir Rhonda. Des ennuis en perspective …

Il faut appréhender les enquêtes de Tomar Kahn comme une vraie série, avec un début et … une fin, peut-être ; mais espérons que la fin arrive le plus tard possible. Je dis tout cela parce que je vous encourage fortement à lire la première enquête, Toxique, avant d’entamer Fantazmë. En effet, les personnages sont les mêmes et on retrouve dans ce roman des conséquences de quelques événements et décisions qui sont advenus dans le premier. Donc, si vous n’avez pas lu Toxique, arrêtez de suite votre lecture et courez l’acheter, car il vient de sortir au Livre de Poche.

On retrouve donc Tomar en proie à ses démons, hanté par le personnage de son père et embringué dans une enquête sur un tueur qui pourrait bien être un justicier solitaire … comme lui. Cet épisode est plus centré sur Tomar et sa relation avec Rhonda, et donc, on ne voit pas apparaître son frère Goran, ni leur relation fraternelle que j’avais beaucoup aimé. Tomar devient de plus en plus le centre de cette série, cerné par deux cercles, l’un ami et l’autre ennemi.

Du premier tome, il nous reste tout de même Ara, la mère de Tomar, et leur relation trouble entre apaisement et protection. Ara représente la part humaine qui reste enfouie au fond de Tomar. C’est elle aussi qui va introduire l’un des grands thèmes de ce roman, à savoir le sort des migrants en France, et leur difficulté à survivre loin du pays qu’ils ont quitté. Niko Tackian va nous décrire les conditions insalubres et scandaleuses de leur vie, montrant un Paris de misère, de rues sales, de bas-fonds sombres, peuplé par des âmes en peine mourant de froid.

C’est au niveau du style et de la construction de l’intrigue que Niko Tackian étonne. Le style est plus direct, plus imagé. On retrouve de moins en moins des paragraphes interminables pour retrouver des décors très visuels. De même, l’intrigue est plus solide, plus construite et les différents points de vue permettent d’accélérer le rythme de lecture. Enfin, on devine, on ressent les influences de Niko Tackian, des séries populaires comme The Shield (que j’adore) aux films tels que les Dirty Harry (que j’adore aussi), une culture populaire bienvenue à laquelle ce roman rend un bel hommage.

Toute l’originalité tient dans la magie de la construction et dans le personnage de Tomar qui recycle des thèmes connus en les modernisant dans une période actuelle de moins en moins humaine. Car Niko Tackian, sans prendre ouvertement partie (sauf à la toute fin, ce qui était évitable) livre ici une deuxième enquête formidablement réussie. Il ne reste plus qu’à prendre son mal en patience pour lire la troisième enquête.

Ne ratez pas l’avis de Black Kat :

https://livrenvieblackkatsblog.wordpress.com/2018/02/04/fantazme-niko-tackian/

Auguste l’aventurier de Marek Corbel

Editeur : GOATER Noir

Marek Corbel est déjà apparu sur Black Novel pour des romans aussi diverses que Concarn’noir, et En proie au Labyrinthe, des romans politiques, ou Les gravats de la rade ou Mortelle Sultane, à classer plutôt dans la case polar. Le voici de retour avec ce qui ressemble à une utopie, en forme de biographie inventée, mais c’est surtout un superbe hommage à Auguste Le Breton, ce grand auteur de polar.

Paris, 14 aout 1944. Suzanne est la « boniche des Mérieau » et traine son cabas difficilement. Bretonne d’origine, elle est à la recherche de sa sœur Louise. On lui conseille d’aller voir Le Léon. Il lui demandera de l’argent mais fera tout pour la trouver. Suzanne ne peut se résoudre à attendre : cela fait plusieurs jours qu’elle est sans nouvelles de Louise.

Nevez, Finistère, aout 1976. La canicule fait rage sur la France. Kerautret est gendarme à Pont-Aven. Avec l’adjudant-chef Picard, il fait route vers le château de Hénan sur un appel des pompiers pour la découverte d’un mort. C’est Joséphine Le Gac dit Fine, la femme de ménage, qui a découvert le corps du général Guyot de Kernavoelen.

Auguste Tréguier est un célèbre auteur de polar, retiré dans sa Bretagne natale. IL est en train de terminer un épisode pour la série populaire « Antigang », où il manie à merveille le mélange Sexe et Sang au détriment de l’intrigue. Avec Simonin, Auguste était célèbre, reconnu, mais c’était avant l’arrivée du Néo-Polar. Pourtant, ses « rififi » avaient une autre gueule. C’était le bon temps ! Il doit bientôt recevoir une correspondante de Télé-Ouest pour une interview. Originaire de Bretagne, il est monté à Paris et a connu le succès avec Du rififi pour les hommes, en 53 puis devint scénariste pour les plus grands auteurs de films noirs, dont Le clan des Siciliens.

Avec la mort du général et l’interview d’Auguste, Suzanne Le Bris va pouvoir d’une pierre deux coups. D’autant plus que le corps du général est en autopsie pour confirmer ou infirmer la mort naturelle due à la chaleur, et qu’elle a bien potassé la vie et l’œuvre d’Auguste Tréguier.

Comme ce livre est émouvant et bien fait ! Si la trame est la résolution d’une affaire criminelle (on trouvera à l’autopsie que le général a été assassiné), l’intérêt de ce livre ne se situe pas que là. En effet, le roman va avancer avec quatre trames différentes et quatre modes de narration différents. Cela confère à ce roman une originalité de ton et relance sans arrêt l’intérêt du lecteur.

D’un coté, on a la recherche de Louise en 1944 qui nous plonge dans une ambiance sous l’occupation allemande, sans en faire trop sur les résistants et les collabos, mais en insistant surtout sur les ambiances plus vraies que nature. Ensuite, on a l’enquête proprement dite menée par le gendarme Kerautret secondé par le commissaire Derain de la Brigade de Sureté de Rennes, qui va flirter avec la politique et la sécurité nationale. Il y a des chapitres où le narrateur tutoie le lecteur, où il est pris à parti, qui permet d’avoir un plus de recul par rapport à l’enquête.

Enfin, il y a ces formidables chapitres où l’auteur se permet de parler à la place d’Auguste, le faisant magiquement revivre sous nos yeux ébahis, utilisant des expressions qu’il aurait pu prononcer, ayant des réactions réalistes, et parlant avec cet argot dont il a inventé certains mots. Ce sont dans ces chapitres que l’on a l’impression que Marek Corbel s’est inséré dans l’esprit de Auguste Le Breton, d’autant plus qu’ils sont écrits à la première personne du singulier. L’auteur arrive à le faire revivre tellement bien que c’en est incroyable.

Si, effectivement, la résolution de l’énigme peut se deviner aux deux tiers du livre, il s’avère qu’avec ce roman, Marek Corbel a écrit son meilleur livre à ce jour, émouvant, riche, complet, unique et enrichissant. Les chapitres consacrés à Auguste sont une vraie charge d’émotion et on a vraiment l’impression d’être assis en face de ce grand auteur et de l’écouter parler. Même si ce roman est édité par une petite maison d’édition, je ne peux que vous conseiller d’acquérir ce roman qui n’est pas uniquement destiné aux fans du polar, mais aussi à ceux qui ont envie de se plonger dans la France de ces années là. Ce roman possède une aura de nostalgie magique en même temps qu’il est un très bel hommage envers un grand auteur.

La reine noire de Pascal Martin

Editeur : Jigal

Bien que Pascal Martin soit connu dans le milieu du polar, je n’avais lu un de ses romans auparavant. L’erreur est maintenant réparée et j’ai découvert un super polar, exemplaire à tous points de vue.

Avec son nom qui rappelle des champs fleuris, on pourrait croire que la petite ville de Chanterelle est idyllique. Hélas, comme beaucoup de villes de l’Est de la France, elle a subi la crise économique et la fermeture de son usine principale, la raffinerie de sucre, a engagé son déclin. Le seul vestiges qui demeure est cette gigantesque cheminée qui trône sur les ruines de l’usine et que tout le monde appelle La Reine Noire, comme une malédiction, comme pour rappeler aux habitants leur malheur de tous les jours.

Un homme au volant de sa BMW débarque en conduisant comme un fou. Il est habillé tout de noir et porte des lunettes de soleil opaques à travers lesquelles on ne peut voir son regard. Il s’attable au Bar du Centre et demande une boisson. Puis, il demande à Amandine, la serveuse s’il n’y aurait pas une maison à louer dans le coin. Elle l’oriente vers une agence de Bar-Le-Duc qui lui propose une petite maison isolée que tout le monde appelle La Maison du Fada. Il n’en faut pas plus pour que les discussions aillent bon train avec l’arrivée d’un homme qui ressemble à La Faucheuse.

Le même jour, un deuxième homme, moins énigmatique mais tout aussi inconnu débarque. Il ne cherche pas une  maison à louer mais une chambre qu’il trouve à l’auberge de Joe. D’un aspect amène, il pue l’eau de toilette pour homme et se dit psychiatre, ce qui lui permet de s’intéresser à beaucoup de gens.

En réalité les deux hommes se connaissent : l’homme en noir se nomme Toto Wotjeck et est tueur à gages pour le compte d’un Indonésien. Le deuxième se nomme Michel Durand et est flic. Il est chargé de surveiller Wotjeck. Les deux ont grandi à Chanterelle avant de suivre chacun leur parcours, l’un en Indonésie, l’autre dans la police. Quand des larcins sont perpétrés et que quelques corps sont retrouvés, la ville endormie de Chanterelle se réveille.

Malgré un début que j’ai trouvé maladroit, au moins pour les deux premiers chapitres, que j’aurais aimés plus descriptif pour que l’on entre directement dans le décor, ce polar arrive à captiver par l’efficacité du style et l’économie des descriptions. Pour tout dire, dès le troisième chapitre, j’étais pris, embringué dans cette histoire où, tout du long, on se demande où l’auteur veut en venir, sans pouvoir lacher le livre, pour finalement arriver à un final renversant, formidable.

Nous allons donc suivre l’itinéraire de deux hommes, en parallèle, qui vont débarquer dans une petite ville calme en apparence, mais où règne un ressentiment fataliste envers ceux qui ont fermé la raffinerie. L’auteur arrive à nous plonger dans ce décor, arrive à nous immerger dans des discussions de bistrot, et à nous présenter les âmes de cette ville abîmées par ce drame économique. L’ambiance y est noire, triste, et tout le monde y cherche un bouc émissaire, que les alcooliques du dimanche trouvent en Wotjeck puisqu’il n’est pas comme eux.

Puis l’histoire se construit, et on découvre que les deux hommes, Wotjeck et Durand se sont connus dans leur enfance, qu’ils ont grandi ensemble, mais du même coté de la barrière. L’un était le fils du directeur de l’usine, l’autre le fils d’un ouvrier. De ces deux personnages, l’auteur image une lutte des classes sous le refrain de la vengeance est un plat qui se mange froid comme la mort. Sans vouloir donner de leçons, ni être revendicateur outre mesure, il construit en toute simplicité un roman qui, personnellement, m’a impressionné justement par son apparente simplicité.

Et c’est sans compter la fin, qui évidemment et comme le reste du livre, est étonnante et renversante, mais sans aucune esbroufe, et avec beaucoup de créativité, d’ingéniosité et de malice. Décidément, ce roman s’avère surprenant du début à la fin, à tous points de vue et se place juste à coté des romans de Pascal Garnier, auteur que j’adore.

Ne ratez pas l’avis de Claude et de l’Oncle Paul