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Auguste l’aventurier de Marek Corbel

Editeur : GOATER Noir

Marek Corbel est déjà apparu sur Black Novel pour des romans aussi diverses que Concarn’noir, et En proie au Labyrinthe, des romans politiques, ou Les gravats de la rade ou Mortelle Sultane, à classer plutôt dans la case polar. Le voici de retour avec ce qui ressemble à une utopie, en forme de biographie inventée, mais c’est surtout un superbe hommage à Auguste Le Breton, ce grand auteur de polar.

Paris, 14 aout 1944. Suzanne est la « boniche des Mérieau » et traine son cabas difficilement. Bretonne d’origine, elle est à la recherche de sa sœur Louise. On lui conseille d’aller voir Le Léon. Il lui demandera de l’argent mais fera tout pour la trouver. Suzanne ne peut se résoudre à attendre : cela fait plusieurs jours qu’elle est sans nouvelles de Louise.

Nevez, Finistère, aout 1976. La canicule fait rage sur la France. Kerautret est gendarme à Pont-Aven. Avec l’adjudant-chef Picard, il fait route vers le château de Hénan sur un appel des pompiers pour la découverte d’un mort. C’est Joséphine Le Gac dit Fine, la femme de ménage, qui a découvert le corps du général Guyot de Kernavoelen.

Auguste Tréguier est un célèbre auteur de polar, retiré dans sa Bretagne natale. IL est en train de terminer un épisode pour la série populaire « Antigang », où il manie à merveille le mélange Sexe et Sang au détriment de l’intrigue. Avec Simonin, Auguste était célèbre, reconnu, mais c’était avant l’arrivée du Néo-Polar. Pourtant, ses « rififi » avaient une autre gueule. C’était le bon temps ! Il doit bientôt recevoir une correspondante de Télé-Ouest pour une interview. Originaire de Bretagne, il est monté à Paris et a connu le succès avec Du rififi pour les hommes, en 53 puis devint scénariste pour les plus grands auteurs de films noirs, dont Le clan des Siciliens.

Avec la mort du général et l’interview d’Auguste, Suzanne Le Bris va pouvoir d’une pierre deux coups. D’autant plus que le corps du général est en autopsie pour confirmer ou infirmer la mort naturelle due à la chaleur, et qu’elle a bien potassé la vie et l’œuvre d’Auguste Tréguier.

Comme ce livre est émouvant et bien fait ! Si la trame est la résolution d’une affaire criminelle (on trouvera à l’autopsie que le général a été assassiné), l’intérêt de ce livre ne se situe pas que là. En effet, le roman va avancer avec quatre trames différentes et quatre modes de narration différents. Cela confère à ce roman une originalité de ton et relance sans arrêt l’intérêt du lecteur.

D’un coté, on a la recherche de Louise en 1944 qui nous plonge dans une ambiance sous l’occupation allemande, sans en faire trop sur les résistants et les collabos, mais en insistant surtout sur les ambiances plus vraies que nature. Ensuite, on a l’enquête proprement dite menée par le gendarme Kerautret secondé par le commissaire Derain de la Brigade de Sureté de Rennes, qui va flirter avec la politique et la sécurité nationale. Il y a des chapitres où le narrateur tutoie le lecteur, où il est pris à parti, qui permet d’avoir un plus de recul par rapport à l’enquête.

Enfin, il y a ces formidables chapitres où l’auteur se permet de parler à la place d’Auguste, le faisant magiquement revivre sous nos yeux ébahis, utilisant des expressions qu’il aurait pu prononcer, ayant des réactions réalistes, et parlant avec cet argot dont il a inventé certains mots. Ce sont dans ces chapitres que l’on a l’impression que Marek Corbel s’est inséré dans l’esprit de Auguste Le Breton, d’autant plus qu’ils sont écrits à la première personne du singulier. L’auteur arrive à le faire revivre tellement bien que c’en est incroyable.

Si, effectivement, la résolution de l’énigme peut se deviner aux deux tiers du livre, il s’avère qu’avec ce roman, Marek Corbel a écrit son meilleur livre à ce jour, émouvant, riche, complet, unique et enrichissant. Les chapitres consacrés à Auguste sont une vraie charge d’émotion et on a vraiment l’impression d’être assis en face de ce grand auteur et de l’écouter parler. Même si ce roman est édité par une petite maison d’édition, je ne peux que vous conseiller d’acquérir ce roman qui n’est pas uniquement destiné aux fans du polar, mais aussi à ceux qui ont envie de se plonger dans la France de ces années là. Ce roman possède une aura de nostalgie magique en même temps qu’il est un très bel hommage envers un grand auteur.

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La reine noire de Pascal Martin

Editeur : Jigal

Bien que Pascal Martin soit connu dans le milieu du polar, je n’avais lu un de ses romans auparavant. L’erreur est maintenant réparée et j’ai découvert un super polar, exemplaire à tous points de vue.

Avec son nom qui rappelle des champs fleuris, on pourrait croire que la petite ville de Chanterelle est idyllique. Hélas, comme beaucoup de villes de l’Est de la France, elle a subi la crise économique et la fermeture de son usine principale, la raffinerie de sucre, a engagé son déclin. Le seul vestiges qui demeure est cette gigantesque cheminée qui trône sur les ruines de l’usine et que tout le monde appelle La Reine Noire, comme une malédiction, comme pour rappeler aux habitants leur malheur de tous les jours.

Un homme au volant de sa BMW débarque en conduisant comme un fou. Il est habillé tout de noir et porte des lunettes de soleil opaques à travers lesquelles on ne peut voir son regard. Il s’attable au Bar du Centre et demande une boisson. Puis, il demande à Amandine, la serveuse s’il n’y aurait pas une maison à louer dans le coin. Elle l’oriente vers une agence de Bar-Le-Duc qui lui propose une petite maison isolée que tout le monde appelle La Maison du Fada. Il n’en faut pas plus pour que les discussions aillent bon train avec l’arrivée d’un homme qui ressemble à La Faucheuse.

Le même jour, un deuxième homme, moins énigmatique mais tout aussi inconnu débarque. Il ne cherche pas une  maison à louer mais une chambre qu’il trouve à l’auberge de Joe. D’un aspect amène, il pue l’eau de toilette pour homme et se dit psychiatre, ce qui lui permet de s’intéresser à beaucoup de gens.

En réalité les deux hommes se connaissent : l’homme en noir se nomme Toto Wotjeck et est tueur à gages pour le compte d’un Indonésien. Le deuxième se nomme Michel Durand et est flic. Il est chargé de surveiller Wotjeck. Les deux ont grandi à Chanterelle avant de suivre chacun leur parcours, l’un en Indonésie, l’autre dans la police. Quand des larcins sont perpétrés et que quelques corps sont retrouvés, la ville endormie de Chanterelle se réveille.

Malgré un début que j’ai trouvé maladroit, au moins pour les deux premiers chapitres, que j’aurais aimés plus descriptif pour que l’on entre directement dans le décor, ce polar arrive à captiver par l’efficacité du style et l’économie des descriptions. Pour tout dire, dès le troisième chapitre, j’étais pris, embringué dans cette histoire où, tout du long, on se demande où l’auteur veut en venir, sans pouvoir lacher le livre, pour finalement arriver à un final renversant, formidable.

Nous allons donc suivre l’itinéraire de deux hommes, en parallèle, qui vont débarquer dans une petite ville calme en apparence, mais où règne un ressentiment fataliste envers ceux qui ont fermé la raffinerie. L’auteur arrive à nous plonger dans ce décor, arrive à nous immerger dans des discussions de bistrot, et à nous présenter les âmes de cette ville abîmées par ce drame économique. L’ambiance y est noire, triste, et tout le monde y cherche un bouc émissaire, que les alcooliques du dimanche trouvent en Wotjeck puisqu’il n’est pas comme eux.

Puis l’histoire se construit, et on découvre que les deux hommes, Wotjeck et Durand se sont connus dans leur enfance, qu’ils ont grandi ensemble, mais du même coté de la barrière. L’un était le fils du directeur de l’usine, l’autre le fils d’un ouvrier. De ces deux personnages, l’auteur image une lutte des classes sous le refrain de la vengeance est un plat qui se mange froid comme la mort. Sans vouloir donner de leçons, ni être revendicateur outre mesure, il construit en toute simplicité un roman qui, personnellement, m’a impressionné justement par son apparente simplicité.

Et c’est sans compter la fin, qui évidemment et comme le reste du livre, est étonnante et renversante, mais sans aucune esbroufe, et avec beaucoup de créativité, d’ingéniosité et de malice. Décidément, ce roman s’avère surprenant du début à la fin, à tous points de vue et se place juste à coté des romans de Pascal Garnier, auteur que j’adore.

Ne ratez pas l’avis de Claude et de l’Oncle Paul

Une assemblée de chacals de S.Craig Zahler

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Janique Jouin-de Laurens

Allez savoir pourquoi, je n’aime pas les westerns, en littérature. J’ai du lire un roman se déroulant dans le Far-West et j’ai du trouver cela mauvais pour ne pas m’en rappeler ni d’ailleurs avoir envie de tenter à nouveau ma chance. Et pourtant j’ai lu Une assemblée de chacals, sans doute parce qu’il est édité par les éditions Gallmeister, mais surtout parce qu’Olivia Castillon a insisté pour que je le lise. Eh bien, je remise mes aprioris au placard, ce roman est fantastique, à tous points de vue.

On pourrait penser qu’Oswell Danford est un simple fermier de Virginie, qu’il se contente de vivre une vie tranquille, entouré de sa femme et de ses deux enfants. Quand Elinore lui annonça qu’un télégramme venait d’arriver du Montana, il ne pouvait se douter de sa teneur. Le message vient de James Lingham, un fantôme du passé, et lui annonce qu’il va épouser Béatrice Jeffries. La fin du message est sans équivoque : « Toutes les vieilles connaissances seront présentes ».

Godfrey son frère ainé approcha et il a reçu aussi le même télégramme. Ils se sentent obligés d’aller à ce mariage, et ils vont récupérer Richard Sterling dit Dicky le troisième de la bande. Godfrey tient tout de même à se rassurer et demande si Oswell a toujours son arsenal. Il est effectivement là, enterré sous le porche. Ils peuvent donc se mettre en route pour assister à ce mariage même si cela ressemble plus à un voyage vers l’enfer.

Pendant le voyage, Oswell tient à rédiger ses mémoires, pour laisser une trace pour sa femme et ses enfants. Il va raconter comment Godfrey, Dicky et Oswell ont rencontré Lingham, comment ils ont formé le Gang du Grand Boxeur, un gang de voleurs de grands chemins, jusqu’à ce qu’ils rencontrent Quinlan, un Irlandais complètement cinglé, assoiffé de sang, qui leur a montré à quoi ressemblait l’enfer.

Construit en trois parties, ce roman peut sembler à tout égard classique. Tout d’abord, il y a le voyage jusqu’au Montana, puis les préparatifs du mariage, et enfin la confrontation finale. C’est dans la première partie que tout se joue, où on s’attache aux personnages et où les mémoires d’Oswell sonnent remarquablement juste. Il y a dans ces passages une simplicité et une honnêteté qui nous font adhérer à l’histoire.

Puis vient la deuxième partie, où nous nous trouvons dans une ville peuplée de gens honnêtes, attachants, et où la menace est constante et ne fait que monter. Avec des phrases minutieusement choisies, le stress de la présence de Quinlan se fait sentir alors qu’on ne le voit pas. Et c’est d’autant plus intenable que l’on sait de quoi il est capable. En contrepartie, la préparation du mariage montre des gens heureux, des décorations joyeuses, alors que l’on sait que cela va virer au cauchemar.

Puis vient la confrontation finale, qui dure plus de cent pages. Et là, c’est un véritable festival, une vision apocalyptique et violente pendant un moment qui ne devrait laisser augurer que de doux sentiments. Et là encore, le style de l’auteur fait mouche, avec cette façon si imagée de décrire les scènes, opposant les familles heureuses avec une violence venue d’ailleurs.

Si les psychologies sont remarquablement décrites, si les scènes sont remarquablement enchaînées, ce roman vire dans une jouissance totale, nous faisant revivre les meilleurs westerns cinématographiques, tels Sergio Leone ou Tarantino. Il y a dans cette histoire une volonté de montrer des personnages extrêmes dans des décors sentant bon le Far West, mais pas celui policés de beaucoup de westerns, plutôt celui dur et âpre du sable qui fouette les visages et la chaleur qui assèche les bouches. Et cette idée d’avoir situé l’église en dehors de la ville, au milieu du désert est l’une des clés de la réussite de cette fin.

Attendez-vous à prendre une belle claque avec ce western réaliste et violent, peuplé de personnages à la limite de la caricature. C’est un voyage que vous n’oublierez pas de sitôt. Quant à moi, je remise au placard mes aprioris car ce roman m’a époustouflé.

Ne ratez pas l’avis de Yan

Ne dis rien à papa de François-Xavier Dillard

Editeur : Belfond

Voilà un auteur dont j’ai beaucoup entendu parler, en bien. Ayant raté son précédent roman, Fais le pour maman, j’ai voulu tester son petit dernier en date. Le moins que je puisse dire, c’est que j’ai bien fait, parce que c’est un roman terriblement addictif, que je l’ai lu en deux jours. Vous êtes prévenu : si vous commencez ce roman, vous allez perdre quelques heures de sommeil.

Il est allongé. Il se réveille et ne se souvient de rien. Il a du mal à respirer, il semble être dans une boite, ou du moins dans un espace confiné. Le bruit de la terre qui tombe sur la boite l’obsède. On l’enterre vivant ? Au secours !

Fanny est une femme heureuse en famille. Elle vit avec Mickael et les deux jumeaux Arno et Victor. Depuis qu’elle a écrit un livre à succès, sur comment décorer sa maison avec des fleurs, sa boutique a du succès. La cinquantaine apaisée, elle apprécie sa vie de couple au milieu des peintures de Mickael. Tout juste est-elle inquiète de Victor, et son envie de faire souffrir son frère. Il semble avoir une envie de faire du mal.

Le commissaire divisionnaire Dubois est au cimetière. Il déteste ça, mais il est forcé de rester là puisque c’est sa mère qu’on enterre. Il vient de recevoir un SMS : Le professeur Jacques Jakubovitch, le chirurgien esthétique des stars vient d’être retrouvé assassiné, et l’assassin a fait preuve d’imagination.

Elle est étudiante en deuxième année de médecine à Paris VII. Elle a toujours eu un penchant pour l’alcool, buvant à en oublier sa vie, son stress, à s’en rendre malade. Ce soir là, saoule comme d’habitude, elle a accepté de prendre les pilules proposées par Marc. Puis, ils sont devenus plusieurs. Puis ils l’ont emmenée dans un coin. Puis ils l’ont violée. Tous. Les uns après les autres.

Après la lecture de ce roman, je comprends pourquoi François-Xavier Dillard reçoit autant de compliments pour ses romans. On a en effet affaire à un thriller costaud, plutôt classique dans la forme et parfaitement maitrisé. Ce roman est construit comme un puzzle. On a vraiment l’impression de se retrouver devant ce type de jeu. On est face à plusiuers pièces, n’ayant aucun rapport les unes avec les autres. Certaines ont des couleurs qui se ressemblent, les formes sont différentes, et on n’a aucune idée de l’ensemble.

Nous allons donc passer d’un personnage à l’autre, sans aucune notion de temps ou d’espace. Malgré cela, on n’est jamais perdu et c’est la grande force de ce roman. Chaque scène est minutieusement décrite, les scènes sont d’une justesse incroyable, ce qui rend les chapitres fascinants. Même les scènes de tous les jours, qui peuvent paraitre habituelles, faisant part d’une certaine routine deviennent passionnante par cette minutie apportée dans l’écriture. Et si on a l’impression d’être transporté d’une scène à l’autre, on est passionné par ces chapitres qui s’accumulent.

François-Xavier Dillard évite aussi les longues descriptions. Ses phrases son courtes, font mouche à tous coups. Et ses chapitres ne dépassent pas 5 à 6 pages, ce qui donne un rythme à la lecture et une certaine frénésie dans l’esprit du lecteur qui veut en découdre avec cette intrigue tortueuse. Toutes ces qualités font que l’on n’a pas envie de lâcher ce roman avant la dernière page.

Si j’ai déjà lu des thrillers traitant de ce sujet, il n’en reste pas moins que la forme de ce roman et le talent de l’auteur en font un roman réellement passionnant. Comme je l’ai dit, l’écriture arrive à nous rendre fascinantes toutes les scènes ce qui rend la lecture de ce roman addictif, impossible à lâcher. Cela en fait un roman hautement recommandable et un excellent divertissement procurant un plaisir difficilement oubliable.

Compte à rebours de Martin Holmén

Editeur : Hugo & Cie

Traducteur : Marina Heide

On avait fait connaissance avec Harry Kvist dans le premier tome de ce qui est annoncé comme une trilogie, Corps-à-corps. Dans ce roman glauque et noir, nous étions transporté dans le Stockholm des années 30, en pleine crise économique, avec toute la pauvreté que cela a engendré. Après 1932, voici 1935.

Depuis que nous l’avons laissé, Harry Kvist est en train de terminer un séjour de 18 mois en prison. Et il a rencontré là-bas un jeune homme dont il est tombé amoureux. Il se nomme Gusten et il a réussi à attendrir notre boxeur aux poings d’acier. Harry doit sortir aujourd’hui, et Gusten dans une semaine. Alors, il l’attendra … d’où le compte à rebours du titre, chaque chapitre rythmant les jours qui le séparent de ses retrouvailles avec Gusten.

Harry doit donc attendre une semaine, avant de changer de vie, et se ranger des affaires louches dans lesquelles il était impliqué. Il retrouve évidemment son ami croque-mort, dont les activités sont toujours florissantes. C’est lui qui l’informe que Beda, une vieille dame qu’Harry aimait beaucoup, est morte. Or beda lui avait écrit en prison, lui demandant de prendre soin de son fils Petrus, sourd et muet.

Quand il va aux nouvelles au commissariat, il apprend que Petrus a été accusé du meurtre de sa mère. Cela parait bien peu réaliste. Comme il a été jugé arriéré, il est envoyé dans un asile. Pour rendre justice et respecter la promesse qu’il a faite à Beda, Harry va enquêter …

Alors que le premier tome de cette trilogie nous envoyait en 1932, nous voici en 1935 quand Harry Kvist sort de prison. La vie à Stockholm a un peu évolué et le sujet du roman aussi. Alors que dans Corps-à-corps, Martin Holmén nous décrivait l’état de délabrement de la société suédoise, dans une ambiance glauque où tout le monde cherchait à survivre, vendant ce qu’ils pouvaient pour manger, la situation en 1935 s’est un peu améliorée.

Si les pauvres sont toujours à arpenter les rues, le sujet du roman se recentre sur le personnage de Harry Kvist à propos duquel nous allons en apprendre un peu plus. On découvre un homme amoureux, prêt à se ranger des recouvrements de dettes. Il s’apprête donc à tourner la page, et songe même à se caser en rachetant un marchand de tabac. On le découvre plus humain, on le découvre loyal, cherchant à respecter la parole qu’il a donnée à Beda, une vieille dame qu’il aime beaucoup.

La deuxième évolution de ce roman est la montée du nationalisme. On sent bien dans la rue, la montée des idées nauséabondes, et on sent bien la présence du voisin qui infuse ses théories. Le fait d’avoir choisi un héros homosexuel est aussi une bonne façon d’illustrer cette période, puisque Harry est touché au premier plan. Et une nouvelle fois, le propos n’alourdit pas le roman, mais est abordé par petites touches. C’est vraiment très bien fait.

Enfin, c’est un épisode violent, très violent. Déjà dans le précédent roman, l’ambiance était glauque. Dans celui-ci, la violence est omniprésente et Harry Kvist va prendre cher. L’auteur semble montrer un personnage qui veut s’assagir et qui est malmené par la société. Et pour le coup, il va en prendre, des coups. Quant à la fin, elle est à la fois triste, poétique et cruelle. Voilà de quoi vous décider à lire cette trilogie !

Oldies : Le bon frère de Chris Offutt

Editeur : Gallimard La Noire (Grand format) : Gallmeister Totem (Format poche)

Traducteur : Freddy Michalski

Cela faisait un sacré bout de temps que je voulais lire ce roman. Et c’est bien la raison pour laquelle existe cette chronique des oldies : se rappeler des grands romans, des romans importants. Le bon frère est une lecture immanquable.

L’auteur :

Chris Offutt, né le 24 août 1956 à Lexington dans le Kentucky, est un écrivain américain de roman policier. Principalement connu pour ses romans et ses recueils de nouvelles, il a également collaboré, de manière épisodique, comme scénariste à plusieurs séries télévisées américaines.

Fils de l’écrivain Andrew J. Offutt, il grandit dans le Kentucky et suit les cours de l’Université d’État de Morehead. Diplômé, il entreprend un voyage à travers les États-Unis et exerce différents métiers pour vivre. Il publie, en 1992, un premier recueil de neuf nouvelles, intitulé Kentucky Straight, qui dépeint le quotidien rural du Kentucky. Il commet par la suite deux romans semi-autobiographiques, un roman de fiction et un second recueil de nouvelles.

Ses cinq titres ont été traduits en France, dont trois au sein de la collection La Noire de Gallimard, ce qui laisse penser que Chris Offutt est un simple écrivain de roman policier, quand bien même ces écrits dépassent le cadre du genre et peuvent se rattacher à l’univers d’auteurs aussi différents que William Faulkner, Larry Brown ou Daniel Woodrell. Deux nouvelles de l’auteur sont par ailleurs présentes dans le recueil Le Bout du monde, paru à la Série noire en 2001.

En parallèle à sa carrière d’écrivain, Chris Offutt a été professeur dans plusieurs universités américaines et a collaboré avec différentes revues et journaux américains (New York Times, Men’s Journal …). Il a également travaillé comme scénariste pour des séries télévisées américains (Weeds, True Blood et Treme).

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Virgil Caudill a toujours respecté la loi, laissant la rébellion et la violence à son frère Boyd. Mais Boyd est mort et tout le monde (y compris le shérif et la propre mère de Virgil) s’attend à ce que Virgil, se pliant ainsi au vieux code des collines du Kentucky, venge la mort de son frère.

Virgil ne peut briser ce code, mais, s’il accepte de tuer, il est bien déterminé à stopper la spirale de la vengeance. Il abandonne ses collines et ses modestes espérances, change d’identité et, comme d’innombrables fugitifs l’ont fait avant lui, il met le cap sur l’Ouest. Virgil s’attend à ce que les paysages désolés du Montana lui offrent une chance de se cacher mais les parents de l’homme qu’il a tué continuent à le chercher et, trébuchant sur un autre acte de violence, il rejoint malgré lui les milices du Montana dans leur lutte sans merci contre le gouvernement fédéral. Virgil comprendra alors que, quoi qu’il fasse, la violence colle à sa vie comme une seconde peau.

Mon avis :

Si ce roman ne fait pas partie des classiques de la littérature américaine, il devrait les rejoindre très rapidement. Clairement, la plume de Chris Offutt est très littéraire et atteint des sommets entre la poésie et la beauté, un style à la fois détaillé, descriptif et efficace. Il est réellement difficile d’y trouver un défaut, tant tout s’y enchaîne magnifiquement et il est impossible de ne pas être fasciné.

Ce roman peut être divisé en deux parties, la première étant l’errance de Virgil avant de prendre sa décision suite au meurtre de son frère aîné, la deuxième étant la fuite de son passé. Dans la première, chaque scène est très détaillée entre son travail et sa visite de sa famille, portée par des dialogues qui en disent plus long que toute description. Et à chaque fois, nous retrouvons Virgil plongé dans ses marasmes quotidiens, alors que la nature qui l’entoure est si belle. Dans la deuxième partie, Virgil se retrouve au milieu de la nature, et son errance qui n’en pas une se retrouve être une renaissance.

Si dans la première partie, le roman nous propose une réflexion sur le doute, la difficulté de prendre une décision, et les questionnements qui vont impacter une vie, la deuxième partie nous parle de renaissance, d’émancipation, mais aussi de politique. Car ce roman s’avère être une forte et belle charge contre la démocratie américaine qui va se terminer par un final extraordinaire (car je ne trouve pas d’autre mot) qui vous marquera longtemps en laissant un gout bien amer dans la bouche.

Si le roman est centré sur le personnage de Virgil, il devient grand, énorme dans sa deuxième partie, s’ouvrant sur le monde. D’une modernité qui interpelle, d’une lucidité qui fait mal, Chris Offutt nous montre comment circule l’information, comment le pouvoir gère le peuple, et comment on étouffe l’opposition, tout en ayant l’air de leur laisser le choix. Du choix individuel au choix collectif, ce roman pose des questions plus qu’il n’y répond et c’est sa grande force, de nous placer face à nos responsabilités de citoyen.

Il est tout de même incroyable de s’apercevoir que ce roman est le seul roman de fiction écrit par Chris Offutt. Y en aura-t-il un deuxième ? Je le souhaite de tout cœur !

Espace BD : Lowlifes de Brian Buccellato (Scenario) & Alexis Sentenac (Dessins)

Editeur : Glénat

Il est bien rare que je chronique des bandes dessinées. Mais quand elles allient un scenario 100% pur polar et un dessin sombre, je ne peux que vous le conseiller.

Quatrième de couverture :

On dit que la vie n’a pas de prix. La leur ne vaut rien.

Los Angeles… Derrière le soleil, les plages de surfeurs et les tapis rouges, la cité des anges cache un monde de démons, sans morale et sans rêves. Grand est un flic hanté par la vengeance qui tente désespérément de s’accrocher au type bien qu’il croyait être. Leonard est un toxico qui veut retrouver sa famille. Rip est un voyou impliqué dans les combats clandestins. Wendall est celui qui tire toutes les ficelles… Quand la juteuse recette d’une de ses parties de poker est dérobée, ces trois vauriens vont se rendre compte que rédemption et destruction sont leurs seuls tickets de sortie.

Après Sukeban Turbo, Glénat Comics vous propose un nouveau mariage d’auteurs transatlantiques ! L’Américain Brian Buccellato et le Français Alexis Sentenac conjuguent ici leurs talents pour ce récit noir comme la nuit, dans les rues glauques et sauvages de Los Angeles…

En fin d’ouvrage retrouvez, en bonus, le making of de l’album, des études graphiques de personnages et des hommages exclusifs d’auteurs phares de la scène BD ou comics.

Mon avis :

Dans cette bande dessinée écrite en quatre chapitres, nous allons suivre Richard Grand est un flic dont la femme a été violée. La vengeance le mine alors qu’il connait le coupable et ne peut rien faire d’autre que le regarder continuer à vivre. Jusqu’à ce qu’il rencontre Wendall, un caïd avec qui il va passer un marché. Mais il devra payer l’addition !

Le scenario est simple, et d’une redoutable efficacité, et montre une descente aux enfers, alors qu’on lui a promis le paradis. Il fait appel aux meilleurs romans hard-boiled américains, et nous balade dans les bas-fonds de Los Angeles. Quant aux dessins, ils sont d’une simplicité étonnante, et surtout d’une précision remarquable. Avec les couleurs sombres de l’histoire, ils nous plongent dans cet univers sans pitié, avec ce scenario qui vous surprendra jusqu’à la dernière page. Tout est dans l’ambiance sombre que l’ensemble créé, très visuel, très cinématographique.

A la fin du volume, on trouvera une interview des auteurs ainsi que des pages illustrant tout le travail du dessinateur, la façon dont il construit sa pages, ses dessins et le coloriage, ce qui est très instructif.

Il est à noter que cette bande dessinée ferait un excellent film, et que si les discussions sont entamées, rien n’est encore fait. Par contre, Brian Buccellato annonce que c’est une trilogie. Les personnages suivants n’auront rien à voir avec ceux rencontrés ici, le seul point commun étant Los Angeles, la cité des anges perdus.