Archives du mot-clé vengeance

Pleine balle de James Holin

Editeur : Editions du Caïman

De cet auteur, j’aurais lu avec plaisir tous ses polars pour ses intrigues bien construites mais aussi pour son ton sarcastique. On rit beaucoup à la lecture de ses histoires pleines de créativité et c’est encore le cas ici.

Camerone, commissaire de la Police Judiciaire de Creil, se rend à une réunion du directeur de cabinet du préfet, qui s’appelle Pisse-Vinaigre. Perdre son temps dans des beaux bureaux l’énerve au plus haut point, surtout un vendredi soir, à quelques jours de Noël. Camerone leur annonce avoir arrêté la meurtrière qui a tué le docteur à coups de marteau. Puis la discussion dérive sur des plaintes sans intérêt, du shebagging (les femmes qui mettent leur sac sur une place vide dans les transports en commun) au mansplanning (les hommes qui coupent la parole aux femmes) en passant par le manspreading (les hommes qui s’assoient les jambes trop écartées). Hilarant !

En rentrant chez lui, il aperçoit une équipe de gendarmes afférés sur une voiture brûlée, une Clio, en pleine campagne picarde. Camerone s’arrête un peu plus loin et leur demande de vérifier la plaque d’immatriculation. La radio leur confirme une plaque volée. Camerone est persuadé qu’un casse se prépare, ce qui serait cohérent avec l’attaque au gaz récente de deux guichets de distribution de billets.

Camerone apprend qu’un casse d’une concession automobile BMW a eu lieu dans la nuit. Il est persuadé que la Clio a été utilisée à cette fin. Effectivement, les truands ont emprunté une X6. Après avoir pris des informations auprès d’un de ses indics manouche, il va embarquer son équipe dans une folle équipée à la poursuite de la BMW, conduite à n’en pas douter par son ennemi personnel, le Blond.

James Holin va prendre le temps de nous présenter son personnage principal, Camerone, kabyle d’origine, entouré d’une aura de héros, suite à des événements passés que tout le monde a monté en épingle. Camerone donne l’impression, dès les premières pages, de se battre contre tout le monde. Peut-être est-ce dû au fait qu’il a perdu sa main droite, qu’il a remplacé par une prothèse en résine noire ? Ou bien à sa stature imposante ? Ou à son attitude toujours rentre-dedans qui laisse envisager qu’il n’a peur de rien ?

Camerone est obsédé par le Blond, qu’il a rencontré par le passé, et qu’il n’a pas réussi à arrêter. Son flair lui indique que le Blond prépare des casses de distributeurs automatiques. En totale autonomie, Camerone emmène toute son équipe : Leïla avec qui il a une relation et qui a demandé sa mutation, Bernard, Martoche et Testo le jeunot de l’équipe. Nos cinq comparses vont se partager entre deux voitures et commencer la course poursuite à travers la Picardie.

Et là, c’est tout simplement génial ! James Holin profite de cet huis-clos pour détailler les psychologies des flics et leurs relations entre eux. C’est d’autant mieux fait que par moments, cela tourne au Vaudeville, et le ton sarcastique et foncièrement cynique emporte l’adhésion. Et les événements sont suffisamment bien construits pour faire évoluer les cinq flics et notre perception de la réalité, bien différente de ce que l’on aurait pu imaginer de prime abord.

Finalement, James Holin fait encore plus fort que Bullitt, vous savez, le film avec Steve McQueen qui comportait une course-poursuite en voiture de plus de vingt minutes. James Holin fait plus fort car son intrigue tient sur 260 pages, et jamais on ne ressent de lassitude. Au contraire, plus on avance dans le livre, plus on se passionne pour cette histoire, pour ces personnages et la fin, totalement logique, fait tomber le rideau de grande et belle façon.

Ne ratez pas les avis de l’Oncle Paul et Jeanne Desaubry

Les âmes sous les néons de Jérémie Guez

Editeur : La Tengo éditions

Cela fait presque sept ans que j’attendais un roman de Jérémie Guez, depuis Le dernier tigre rouge. Entre temps, celui que je surnomme Le Petit Prince du Polar est passé du côté du cinéma, écrivant des scénarii et réalisant un film, Bluebird. Les âmes sous les néons permet donc de fêter le retour en grande forme de cet auteur du Noir.

Copenhague.

Elle vit une vie de rêve, belle maison, belles voitures, un bébé en forme, un homme qui l’aime.

La fête se déroule dans la joie, pour souhaiter la bienvenue au bébé.

Elle est énervée, Lars n’est pas là.

Elle est seule avec les amis de son compagnon.

Le téléphone sonne.

La police lui annonce que Lars vient d’être abattu d’une balle dans la tête, au volant de sa voiture.

Lors de l’interrogatoire, les flics lui apprennent que Lars dirigeait plusieurs bars à putes, blanchissait de l’argent sale de plusieurs mafieux.

Elle n’a rien vu, ne s’est intéressée à rien, a profité de l’argent qui coulait à flots.

Lors de l’enterrement, Libyens, Palestiniens, Syriens, Irakiens, Tchétchènes, Serbes, Albanais, et Somaliens viennent la saluer.

Elle ne les connait pas.

L’avocat de Lars lui annonce avoir trouvé des gens pour racheter le business de Lars.

Elle devrait signer, c’est un conseil.

Un homme sonne à la porte.

Il se présente comme le seul ami de Lars, son homme de main aussi.

Lars l’a chargé de veiller sur sa vie, qui va devenir à haut risque.

Il lui demande de ne pas accepter l’offre de l’avocat.

Question de survie.

Ce nouveau roman de Jérémie Guez s’annonce comme un nouveau coup de poing, un nouveau coup de pied au monde du polar. Bien que situé dans un pays nordique, il pourrait prendre place n’importe où ailleurs. L’auteur préfère mettre en avant les personnages et le mystère du monde interlope et caché de la nuit.

Les deux personnages principaux vont jouer un jeu dont ils ne connaissent pas les règles, se rencontrer, se frôler, se quitter en ne sachant pas s’ils peuvent se faire confiance. Leurs allers-retours ressemble à s’y méprendre à une danse moderne, où ils volettent d’un bout à l’autre de la scène.

De danse, il en est aussi question dans la forme de ce polar. Jérémie Guez a opté pour un style, non pas haché, mais fait de paragraphes formés d’une seule phrase, comme un slam rap brillant, une poésie noire et moderne, efficace menant tout droit à l’enfer. Dans chaque phrase, avec le minimum de mots, il se permet de dessiner des décors, de peindre des psychologies et de creuser des thèmes chers au polar.

L’amour, la solitude, la famille, la confiance, la loyauté, ces thèmes représentent les fondations de ce roman aussi brillant par son intrigue que par son style, sans montrer de sentiments superflus. Et à la fin de la lecture, on en vient à regretter d’avoir attendu aussi longtemps, presque sept ans, pour le lire. Bon sang, Jérémie, peux-tu nous en écrire d’autres de ce niveau-là, s’il te plait ?

Loin du réconfort de Gilles Vidal

Editeur : Zinedi

J’ai la chance de trouver, au gré de mes lectures, des lectures différentes. Il faut bien le dire, le travail que nécessite un blog comporte des avantages, dont celui de lire des auteurs peu connus et de grand talent. Gilles Vidal fait partie de ceux-là, capable de nous emmener ailleurs, de nous inventer des intrigues surprenantes et utilisant toujours la bonne formule. En début d’année, j’avais beaucoup apprécié son recueil de nouvelles, De but en noir. Avec Loin du réconfort, je crois avoir lu son meilleur roman.

Franck roule, sur une route déserte, avec son autoradio qui déverse des notes de musique, comme une sorte d’accompagnement, de motivation.

Parcourir cette route, au bout de laquelle il veut trouver une délivrance, c’est aussi l’occasion de revenir sur des faits qui ont marqué sa vie.

Car si la route est droite, sa vie est semée de virages qu’il n’a pas forcément su prendre ou bien négocier.

En premier lieu, il pense à Ivina, sa compagne, et à leur rencontre dans un rayon de supermarché. Rencontre brutale, rapide. Il n’y eut qu’une phrase échangée, qu’elle a chuchotée : « Pour toi, c’est où tu veux, quand tu veux. »

Coup du hasard, coup de foudre, cette rencontre devient un coup de soleil dans la vie terne de cet auteur de romans que personne ne lit.

Quelques kilomètres plus loin, il se rappelle son enfance, la mort de sa mère, quelques passages au collège.

Ivina est morte. Tuée par un déséquilibré. La police le convoque, le croit coupable. Mais elle est bien obligée de le relâcher faute de preuves.

Franck roule, sur une route déserte, à la poursuite du tueur de sa femme.

Il vous faut absolument lire ce roman.

En tant que narrateur, Franck va nous parler de sa vie, des quelques passages dont il se rappelle. Probablement pas les plus importants mais ceux qui lui viennent à l’esprit. Ils n’ont pas forcément de liens entre eux, mais participent à la construction du personnage et surtout à l’émotion engendrée par ce texte.

Parfois, au gré d’une rencontre, Franck va revenir dans le présent, décrire un personnage ou juste un lieu, une sensation, une couleur, une odeur. Et dans ces moment-là, Gilles Vidal prend des atours de poète moderne.

Ce sont donc des chapitres, sous forme de paragraphes, numérotés de 1 à 65 qui vont composer ce roman, et dont la forme est aussi originale que le fond est terriblement prenant et sonne vrai. A ma lecture, j’ai ressenti tellement d’émotions que je me suis souvent demandé s’il s’agissait d’une autobiographie.

Avec peu de phrases, peu de mots, l’auteur brosse à la fois une histoire, un personnage, un pays et surtout une vraie réflexion sur la mémoire, le remords, le destin et la vengeance. Et la fin, comme tout le reste du livre, vous prendra aux tripes, par sa simplicité et par le fait qu’elle ne ressemble à aucune autre. Cette fin laissera d’ailleurs comme un gout amer en bouche, comme une démonstration que Franck aura décidément tout raté dans sa vie. Mais le roman, lui, est une formidable réussite ! Un roman que je garderai longtemps près de moi.

Noir côté cour de Jacques Bablon

Editeur : Jigal

Décidément, Jacques Bablon nous en fait voir de toutes les couleurs. Après Trait Bleu, Rouge écarlate, Nu couché sur fond vert, Jaune soufre, voici Noir côté cour. Rassurez-vous, le ton de ce nouveau roman reste sombre.

Galien Rivière habite un petit immeuble de Paris, qui appartient à son père. Il est obligé de déménager au gré des mises en vente des appartements que son père réalise, comme pour l’embêter. Pour le moment, il ne lui reste qu’un studio de 21 mètres carrés au cinquième étage. La nuit risque d’être agitée puisque les voisins du dessous organisent une fête. Par la fenêtre, il guette une jeune femme aux cheveux noirs. Sans qu’il s’en aperçoive, le robinet des WC se met à fuir.

Dorothée est fière de sa fête et de son buffet froid. L’attitude de Guillermo, son mec, est la seule ombre au tableau de cette soirée qui promet d’être grandiose.

Alors que l’eau s’infiltre sous le parquet, elle arrive dans l’appartement juste en dessous où seul le chat peut s’en rendre compte. Son propriétaire est déjà mort.

A côté vit UgoLighetti, dont la femme est morte suite à une infidélité conjugale dans des circonstances mystérieuses. Les enfants, Margy et Jacob ne connaissent pas non plus les détails de l’histoire. Ugo ne vit pas seul puisqu’il a invité une SDF à venir coucher chez lui … c’était il y a un mois. Elle s’appelle Tasamina et Ugo a une furieuse envie de la baiser.

A l’étage en dessous, Jerzy Glosky et Lukas Zukauskas sont inquiets des traces de sang qu’ils laissent sur la maquette. La blessure de Lukas inquiète son ami. Il faut dire qu’ils ont loué l’appartement pour une nuit seulement. Pas le temps de nettoyer, mais il leur faut fuir au plus vite. L’état de Lukas fait que Jerzy va devoir l’abandonner aux urgences.

Ce roman ressemble à s’y méprendre à une bombe à retardement : après avoir présenté quelques habitants de cet immeuble, l’auteur les dissémine aux alentours avec des dégâts meurtriers. Chacun va prendre le devant de la scène à tour de rôle, déroulant une petite intrigue, englobée dans une histoire globale faite de ressentiment, de vengeance, de violence gratuite.

Il ne faut pas attendre de la part de Jacques Bablon qu’il s’attarde sur la psychologie des personnages, leurs actes parlant pour eux-mêmes. Le lecteur devra faire le nécessaire, ajouter des décors ici tout juste brossés, ou en déduire les motivations ou réactions à insérer entre les dialogues brefs. Le mot d’ordre est et reste l’efficacité et le minimalisme en guise de religion pour cette histoire aux multiples facettes.

C’est, si je ne m’abuse, la première fois que l’auteur s’essaie à multiplier les personnages, qui sont tantôt attendrissants, tantôt détestables, tantôt affolants, tantôt décalés. Pourtant, c’est une nouvelle réussite dans ce court roman par la taille mais qu’il faudra lire assidument et tranquillement pour gouter la justesse des phrases et la force d’évocation exprimée en peu de mots. Noir, c’est noir.

Espace BD : Pendant les vacances, on bulle

Il est rare que je parle Bandes Dessinées parce que je ne suis pas un spécialiste du genre, et je n’ai pas la culture nécessaire et les références pour écrire un billet digne d’intérêt. Donc je ne peux que vous parler du plaisir que j’ai ressenti à la lecture de celles-ci. Voici donc trois BD qui m’ont procurées beaucoup de plaisir :

Holmes (1854/1891 ?) : Livre V – Le frère aîné

Scénario : Luc Brunschwig

Dessin : Cecil

Editeur : Futuropolis

Le docteur Watson continue son exploration de la jeunesse de Sherlock Holmes. Il va rencontrer l’ancienne nourrice de Mycroft et Sherlock. Elle va lui raconter le don de Mycroft pour les déductions logiques avec quelques indices, comment Sherlock découvre aussi ce don, et le rôle de leur mère dans les crises politiques qui secouent la Grande Bretagne en cette fin du XIXème siècle.

Je lis cette série depuis son début et il faut être patient puisque plusieurs années s’écoulent entre chaque parution. Mais quel plaisir à la lecture ! le scénario va donc montrer la lutte des classes à cette époque mais aussi les relations familiales, et l’explication de la dépendance aux drogues de Sherlock. L’air de rien, les auteurs nous proposent beaucoup d’explications, dans une narration qui m’a semblé plus fluide et facile à suivre que certains autres des tomes précédents.

Quant au déroulement, on retrouve toujours cet aller-retour entre le passé et le présent, illustré par des tons de couleurs différents ocre ou gris. Enfin, les dessins sont d’une beauté effarante, on a l’impression de voir des peintures, tellement détaillées, tellement fines, que cela ajoute un réel plaisir à la lecture, le plaisir des yeux. Indubitablement, je suis fan et je reste fan. Je suis prêt à attendre quelques années pour la suite.

Dans mon village, on mangeait des chats

Scénario : Philippe Pelaez

Dessin : Porcel

Editeur : Grand Angle

Années 70. Tout le village de Saïx raffole du pâté de Charon, le boucher qui est aussi le maire. Personne ne sait qu’il met de la viande chat. Sauf Jacques Pujol, qui le surprend un soir en train d’empoisonner les chats errants. Jacques Pujol est un adolescent atteint d’analgésie congénitale, donc il n’a jamais mal, surtout quand son père routier rentre à la maison et le corrige à coups de ceinturon. Jacques protège sa petite sœur Lily et sa mère qui se prostitue quand le père est sur les routes.

Jacques décide de mettre la pression sur Charon, en sous-entendant qu’il sait. Alors, Charon leur donne de la viande et des charcuteries gratuites pour acheter son silence, jusqu’à ce qu’il s’arrange pour le prendre comme apprenti. Charon est bien décidé à se débarrasser du môme gênant, mais Jacques arrive à lui mettre un pic en plein ventre et à mettre le feu à son laboratoire. Malheureusement, le soir, c’est le père Pujol qui perd l’équilibre en voulant lui mettre un coup de ceinturon et qui se tue. Jacques va donc être envoyé en ISES, Institution Spécialisée d’Education Surveillée, une prison pour adolescent.

C’est à un vrai roman noir que l’on voit se dérouler sous nos yeux, nous narrant une dizaine d’années de la vie de ce jeune adolescent, qui verse dans la violence et le banditisme. Si, au début, les auteurs nous offrent des traits d’humour, noir bien entendu, la suite reste bien sombre. Cette histoire nous montre l’importance du contexte de l’enfance sur la suite de la vie, à travers Jacques qui n’a connu que la violence aussi bien dans son village que dans sa famille. Et son passage à l’ISES ne va pas arranger les choses.

Les dessins sont à l’image de cette histoire, comme esquissés, montrant une certaine célérité et une rage en même temps qu’une noirceur dans les couleurs. Le découpage est particulièrement réussi et m’a rappelé par moments Watchmen avec le mixage de cases pour décrire une action. Cette histoire étant un « One-Shot », je regrette surtout que le début soit bien détaillé et que la suite soit si rapide. Cette vie dramatique de Jacques Pujol méritait certainement un deuxième tome.

Hit the road :

Scénario : Dobbs

Dessin : Khaled

Couleur : Josie de Rosa

Editeur : Comix Buro

1969, A Reno. Une jeune femme se fait tatouer. Elle se renseigne sur l’adresse d’un docteur peu regardant, avant de régler ses comptes.

Un homme sort de prison. Il rejoint son frère qui l’attend dans sa voiture. Ces deux-là sont prêts à prendre la route pour assouvir leur vengeance.

Vicky et Clyde vont se télescoper à Reno, la plus grande des petites villes des USA, et s’apercevoir qu’ils vont voir la même personne …

Voilà du vrai hard-boiled, qui prend place aux Etats-Unis, bien entendu. Tous les clichés sont là, l’homme et la femme, si ce n’est que les deux personnages sont aussi barrés l’un que l’autre. Le scénario est simple, le dessin remarquablement expressif et les couleurs alternent entre le bleu nuit et le jaune d’une journée ensoleillée. Avec du rouge sang. C’est violent, noir mais cela fait du bien de parler vengeance, loyauté et famille ! Dobbs, dont j’avais déjà apprécié ses adaptations de HG.Wells, confirme ici tout le bien que je pense de lui.

Riposte de David Albertyn

Editeur : Harper & Collins

Traducteur : Karine Lalechère

Voici un premier roman dont on lit beaucoup de bien sur les blogs, et cet argument était suffisant pour me tenter. Même si la trame est classique, cet auteur a un vrai talent pour créer des scènes visuelles impressionnantes.

Il y a quinze ans, ils étaient les meilleurs amis du monde. Ils étaient quatre, Tyron, Keenan, Antoine et Naomi.

Tyron Shaw s’est engagé dans les Marines et a combattu en Irak. Il est de retour avec des cauchemars plein la tête.

Keenan est entré dans la police et vient de tuer une jeune noir, une bavure qui déclenche des manifestations, d’autant plus qu’il vient d’être innocenté. Il s’est recyclé depuis dans le service d’ordre du Reef, le casino de Las Vegas qui doit recevoir la soirée de boxe.

Naomi a toujours eu une forte carrure et a fait de la boxe avant de se tourner vers le Basketball. Ne pouvant passer professionnelle, elle est devenue entraîneuse d’une équipe féminine. Elle est mariée avec Keenan mais a eu un faible pour tous les trois.

Antoine a mal tourné, il a fait de la prison, ce qui lui a donné l’occasion de devenir boxeur professionnel. Ce soir, il va affronter Kolya Konystin, classé parmi les cinq meilleurs mondiaux que personne ne veut combattre, tant il a des poings en parpaing.

Cette journée va leur donner l’occasion de se retrouver.

Ce roman se déroule sur 24 heures. Presque rythmé minute par minute, c’est une intrigue qui va passer de l’un à l’autre des personnages, faisant avancer l’histoire vers un dénouement que l’on ne verra pas arriver, puisque l’auteur va nous en dévoiler les dessous au fur et à mesure. La construction en est juste parfaitement maîtrisée.

Si le roman est minuté, il bénéficie aussi d’un style direct et remarquablement visuel. Ce nouvel auteur a un vrai don pour brosser des scènes en quelques phrases. On citera par exemple les cauchemars de Tyron et surtout le combat de boxe incroyablement réaliste où on se sent sectateur à l’intérieur du ring. Et je ne vous parle pas des scènes finales. Je resterai un peu plus mesuré sur les dialogues, trop basiques.

Enfin, c’est aussi l’intrigue et la façon dont elle est menée qui sorte ce roman du lot : l’intrigue est maligne, fort bien amenée. Le passé des quatre amis se découvre au fur et à mesure et on comprend comment une vengeance implacable est mise en place pour aboutir à une conclusion digne des hard-boiled américain.

On apprend dans la biographie de l’auteur, qu’il est né en 1983 (seulement !) et qu’il a toujours voulu écrire des histoires depuis l’âge de 6 ans. Effectivement, on ressent une assurance, une volonté de partager une histoire. Ce roman s’avère une très belle réussite venant d’un auteur sud-africain qu’il va falloir suivre à l’avenir.

Chez les petits éditeurs …

Je vous propose un petit coup de projecteur sur deux polars sortis chez de petits éditeurs, qui n’ont pas la chance d’avoir de la visibilité. Voici donc mes avis sur Haine à la personne de Roland Sadaune (Le Lys Bleu) et Noir de Marc Falvo (Faute de frappe)

Haine à la personne de Roland Sadaune

Editeur : Le Lys Bleu

Omar Ling a rendez-vous avec un de ses indics ce matin-là, à la gare de Cergy. Malheureusement, Maxime Morgon, un SDF, n’est pas là. Il apprend par un autre SDF Paulo que Max a été amené par deux hommes sur une civière, en sale état. Il a probablement été tabassé et laissé pour mort. C’est le troisième SDF à être assassiné dans le département. Le commissaire Santi, son chef, charge donc Omar Ling des trois meurtres. Il sera aidé pour cela d’un nouvel équipier, le brigadier-chef Duroy.

A première vue, on peut penser avoir affaire à un roman policier classique, porté par son personnage principal Omar Ling. Le personnage est un flic solitaire, indépendant et plutôt taiseux, faisant le tour des lieux en discutant avec les passants, les SDF. Il s’attire donc les foudres de sa hiérarchie à force de d’être absent du bureau. Et puis, il se permet de pénétrer sur des scènes liées aux crimes en dépit des règles élémentaires.

Et il y a dans ce roman, outre la visite du département du Val d’Oise, une description de la vie des gens sans logis, de ceux que l’on ne voit même plus, comme s’ils faisaient partie du décor. Et puis, petit à petit, Omar Ling franchit de plus en plus la ligne blanche et le roman débouche sur une fin totalement inattendue. Je vous laisse méditer cette phrase présente en quatrième de couverture :

« On combat pas la précarité en supprimant les pauvres… Pour moi, c’est quelqu’un qui hait les exclus ».

Ce roman est à rapprocher d’autres romans traitant de ce sujet :

Après les chiens de Michèle Pedinielli (Editions de l’Aube)

Les chemins de la haine d’Eva Dolan (Liana Levi)

Dans la dèche à Los Angeles de Larry Fondation (Fayard)

Le crépuscule des gueux d’Hervé Sard (La Gidouille)

Putain de pauvres de Maurice Gouiran (Jigal) qu’il faut que je lise …

Noir de Marc Falvo

Editeur : Faute de frappe

Franck Rigetti se prépare, met au point son scénario et roule sa voiture sans aucun remords. Il ne s’intéresse que peu au monde qui l’entoure, refuse même l’invitation à manger qu’on lui fait. Il est hors de question que quoi que ce soit ou qui que ce soit ne le détourne de son objectif.

Leonard Krieg va sortir de prison après quatre années de souffrance. En sortant, son ami de toujours Vince lui prévoit une soirée avec Lucie, suivi d’une nuit mémorable. Mais quand elle rappelle Leonard, il ne lui répond.

Franck et Léonard vont se rencontrer … pour le pire.

Ce roman est divisé en trois parties toutes très différentes les unes des autres. Et la quatrième de couverture ne va pas vous aider dans ce sens. Dans la première partie, les chapitres vont alterner entre Franck et Leonard, entre avant et après la libération de Léonard. Cette partie est assez déconcertante, non pas pour le déroulement de l’intrigue, mais parce qu’on se demande où l’auteur veut en venir.

A partir de la deuxième partie, on comprend que Franck a enlevé Leonard pour se venger. Si tout est écrit en forme de duel entre les deux personnes, l’accent est tout de mis sur le passé de Franck et pourquoi il en est arrivé là. C’est donc un aspect psychologique que nous propose l’auteur, qui est plus passionnant que la première partie, car cela m’a semblé moins bavard. Mais à la fin de la deuxième partie, on ne sait toujours pas pourquoi Franck a fait cela.

Il faudra attendre la troisième partie,pour entrer réellement dans le duel, à distance puisque la structure narrative va évoluer. Chaque personnage a droit à un chapitre par alternance écrit à la première personne. C’est rapide, efficace et passionnant après le renversement de situation en fin de deuxième partie. Et en termes de duels, c’est plutôt une course poursuite, qui aboutit à une conclusion tout à fait originale.

Encore une fois, Marc Salvo nous offre un polar à l’intrigue simple, abordant le thème de la vengeance et la justice, avec une construction toute personnelle. Et si on peut être surpris au fur et à mesure de la lecture, il n’en reste pas moins que l’originalité du roman l’emporte dans cette histoire terrible et noire … comme son titre.

Les 3 brestoises tomes 2 et 3

Depuis Haines, j’ai découvert le personnage de Léanne Vallauri, qui a vu le jour dans Mortels trafics, prix du Quai des Orfèvres 2017. Depuis qu’elle revenue à Brest, elle a retrouvée ses deux amies d’enfance, Elodie médecin légiste et Vanessa psychologue judiciaire. Ses deux dernières enquêtes viennent de paraître aux éditions du Palémon, toujours sous la plume de Pierre Pouchairet.

La cage de l’Albatros :

Cela fait 25 ans, 3 mois et 22 jours que Jean-Luc Kernivel est veuf pour son bonheur. Depuis, il collectionne les aventures féminines. Chaque matin, il fait un footing pour entretenir sa forme. Comme il fait beau, il va pouvoir suivre le sentier des falaises, son préféré. A mi-chemin, il longe un parking et sent quelqu’un qui le suit. Un peu plus loin, il se sent poussé vers le précipice et subit une chute mortelle.

En planque dans une voiture, Léanne attend le bon moment pour déclencher la descente visant une énorme livraison de drogue, en compagnie de Noreen Lebel, la petite nouvelle. Quand l’action se déclenche, tout ne se déroule pas comme il faut et Léanne se retrouve menacée par un trafiquant. Noreen n’hésite pas un seconde et abat le truand. Léanne va devoir gérer ce cas devant la Police des polices.

Que ceux qui n’ont pas lu le premier tome se rassurent, ils peuvent lire celui-ci sans être gênés. Par contre, ce roman est bien la suite du précédent, et fait référence à des personnages qui ont été présentés dans Haines. Je ne peux que vous conseiller de lire donc Haines avant de lire celui-ci.

La cage de l’Albatros dispose des mêmes qualités que le précédent, à savoir une enquêtes classique avec plein de fausses pistes, des personnages forts et réalistes, et surtout une impression de plonger dans une enquête réaliste. Je dois dire que je suis épaté de lire comment Pierre Pouchairet arrive à insérer ses trois personnages féminins dans une même enquête, sans qu’aucune d’elles ne reste au second plan.

Avec de telles forces de caractère, je verrai bien cette série adaptée en série télévisée, car on y trouve tous les ingrédients pour passionner le spectateur. Il est à noter les nombreux clins d’œil faits aux collègues, dont Nicolas Lebel ou Olivier Norek qui donnent un aspect plus léger à une enquête qui s’avère bien noire. Et la fin est bien noire comme il se doit, et donne envie de lire la suite immédiatement. Ce qui démontre qu’il y a une forme d’addiction à lire les enquêtes des 3 brestoises.

L’assassin qui aimait Paul Bloas :

Rien ne va plus pour Léanne, puisqu’elle vient d’être mise en examen par l’’IGPN (la Police des Polices) suite à sa précédente affaire. C’est une nouvelle affaire qui lui permet de s’en sortir, mais elle n’aura pas droit à l’erreur. Un cadavre a été découvert dans les tunnels qui peuplent les alentours de Brest : le corps a subi de nombreuses coupures puis une mise à mort par poignard. A-t-il été torturé ? Bien vite, les équipes trouvent un deuxième corps et Léanne se voit affublée de 4 autres morts suspectes et identiques, bien que le coupable soit soi-disant sous les barreaux.

Autant on peut lire le précédent tome sans avoir lu les autres, autant il vaut mieux avoir lu La cage de l’Albatros avant d’entamer celui-ci, puisqu’il en est directement la suite. Je ne louerai jamais assez le talent de Pierre Pouchairet pour bâtir des intrigues complexes en les rendant à la fois simples et passionnantes. On a l’impression que l’histoire se déroule normalement comme dans la vraie vie, aidée en cela par un souci de véracité qui rend cette lecture addictive.

On retrouve les trois femmes aux affaires, Vanessa, Elodie et Léanne en proie avec une intrigue bien difficile à démêler et avec cette urgence dans l’écriture que j’adore. La visite des tunnels (les mines et ceux reliant les blockhaus entre eux) est passionnante et certaines scènes sont impressionnantes. On aura droit aussi à une fin haletante ce qui démontre une fois de plus que Pierre Pouchairet respecte les codes du polar en les adaptant à sa façon de raconter. Et c’est encore une belle réussite à mettre au crédit de cet auteur prolifique pour notre plus grand plaisir.

L’aigle des tourbières de Gérard Coquet

Editeur : Jigal

Je suis passé au travers de Connemara Black, son précédent roman, alors la lecture de ce roman fait office de session de rattrapage. Je vous propose de partir à la découverte d’un nouvel auteur : Gérard Coquet.

L’action débute en 1981, en Albanie. La dictature d’Enver Hoxha est en bout de course. Les prétendants à la prise du pouvoir sont nombreux. Il n’empêche que ce dictateur, au pouvoir depuis la fin de la deuxième guerre mondiale fait des envieux. Susan Guivarch, membre du PCOF, débarque là-bas pour faire une interview du chef suprême, accompagnée de son fils Robert, dit Bobby.

Cela fait un an qu’elle attend son entrevue : on lui explique qu’elle doit s’imprégner de la culture albanaise. Elle obtient enfin un rendez-vous avec le ministre Carçani. Il lui annonce que le Numéro 2 du régime vient de se suicider et que dorénavant, c’est lui qui lui servira d’intermédiaire. Mais le guide et amant de Susan, Bessian Barjami, sait que l’on ne se suicide pas d’une balle dans le dos. Ils doivent fuir l’Albanie au plus vite, aidés par un contrebandier Zlatko.

Irlande, 2015. Ciara McMurphy est convoquée dans le bureau de son chef. Elle pense qu’elle va se faire renvoyer, mais elle est accueillie par des représentants du MI6 et d’Interpol. On lui demande de mettre la main sur un terroriste international, Bobby le Fou, dit Bobby McGrath, dit Robert Guivarch. La première piste est un corps retrouvé dans une tourbière, sans mains, et broyée par une pelleteuse. Ce n’est que le début d’une macabre série.

Ce roman est surprenant dans sa forme, puisque divisé en deux parties. D’aucuns auraient fait des allers-retours entre le passé et le présent. Gérard Coquet préfère placer sa première partie de 90 pages en Albanie avant d’installer l’intrigue de son polar en 2015. Et autant dans la première partie, on a plusieurs personnages à suivre (Susan, Bobby, les militaires du gouvernement), autant la deuxième partie se concentre sur Ciara.

Et les deux parties sont déroulées selon deux modes de narration différentes : une course poursuite tout d’abord en Albanie, puis une enquête sous couvert de complot, d’espionnage en Irlande. Cela peut donner l’impression d’avoir deux livres pour le prix d’un, ce qui est le cas. Ce qui est sûr, c’est que Gérard Coquet réussit le pari de nous plonger dans deux espaces temps différents, deux lieux géographiques différents et deux genres différents avec à chaque fois la même facilité. Car dans les deux cas, on retrouve la même sécheresse de ton avec un style rêche, âpre.

On ne peut s’empêcher de comparer aussi les ambiances des deux parties : l’air est étouffant, l’ambiance est menaçante, la loi du Kanun albanais (œil pour œil, dent pour dent) fait qu’on ne peut se fier à personne ; en Irlande, le climat est humide et froid, le rythme de la narration y est plus élevé, mais le mystère entourant cette enquête est pesant. On a la sensation que l’on ne nous dit pas tout, qu’on se fait manipuler pendant que le nombre de cadavres augmente sérieusement.

Tout ceci donne un roman au style indéniablement irlandais, et un polar costaud, réussi dans la forme, même si j’ai plus apprécié la deuxième partie, parce que j’ai pu me reposer sur un personnage central fort. C’est un polar qui insiste sur les lois ancestrales implicites, dures, violents et sanglantes, que nous, européens ne pouvons que difficilement appréhender. Et c’est un excellent sujet pour un polar, empli de trahisons, de vengeances et de sang. Après cette lecture, je sais qu’il ne me reste qu’une chose à faire : lire Connemara Black pour retrouver Ciara dans sa première enquête.

Ne ratez pas les avis de Psycho-Pat et de mon ami Jean le Belge

Espace Bob Morane : Le cycle de l’Ombre Jaune 4

Le châtiment de l’Ombre Jaune d’Henri Vernes

Editeur : Marabout – 1959

J’ai lu beaucoup d’aventures de Bob Morane quand j’étais au collège, peut-être une centaine, et j’en ai gardé un souvenir extraordinaire. Il fallait bien que je me limite dans les centaines de romans publiés et donc j’ai choisi le cycle de l’Ombre Jaune tel qu’il est décrit dans Wikipedia, soit 23 romans.

Suite à la disparition de Bob Morane dans la précédente aventure, Bill Ballantine a décidé de traquer l’Ombre Jaune. Jack Star, un ami journaliste, lui a confié une énigme juste avant de mourir. Le voici donc à Rangoon, en Birmanie, pays en proie à la guerre civile entre les troupes gouvernementales, les brigands et les Drapeaux Verts, sorte de milice qui veut rétablir l’ordre.

Dans le salon du Strand Hotel, un serveur annonce un message pour Bill Ballantine, alors que personne n’est sensé être au courant de sa présence. Le message lui donne rendez-vous le soir même sur l’escalier de la pagode des Nats, dans un quartier malfamé. Effectivement, ce sont des dacoïts qui l’attendent. Heureusement, un personnage mystérieux, un lépreux aveugle, vient lui porter main forte avant de disparaître. Au niveau de la dixième statue, une vois lui propose de se rendre à Mandalay, dans les terres, pour poursuivre son aventure.

Ce roman-là, je l’avais lu. Le relire m’a comblé de joie. C’est une aventure où Bill Ballantine est le personnage principal et le seul héros. Et dans cette aventure, qui se déroule dans un pays en guerre, Bill va poursuivre sa quête envers et contre tous. Ce qui fait que l’on ne sait jamais qui est gentil et qui est méchant dans cette histoire. A chaque fois qu’il se croit sauvé, et qu’il peut prendre la route sereinement, il retombe dans un nouveau piège.

C’est donc une aventure en forme de jeu de piste, avec de nombreux rebondissements, des retournements de situation et des scènes d’action écrites de façon très littéraires. Si on peut penser que le style a quelque peu vieilli, je dois dire que je me suis surpris à me dire que certains passages, dans la jungle en particulier, était bien écrits. Et puis, je suis étonné de l’imagination d’Henri Vernes pour créer les décors. Une excellente aventure en somme.

Dans le livre que j’ai lu, édité par Marabout Junior, l’accent est mis sur les serpents, puisque Bill Ballantine  va en rencontrer beaucoup au cours de son aventure. On nous détaille donc les quatre grands groupes de serpents, avant de se concentrer sur les races venimeuses, à savoir le cobra, la vipère et le crotale et les mocassins. De quoi enrichir sa culture en s’amusant !

Les romans chroniqués sur le duel entre Bob Morane et L’Ombre Jaune sont :

La couronne de Golconde

L’Ombre Jaune

La revanche de l’Ombre Jaune