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Noir côté cour de Jacques Bablon

Editeur : Jigal

Décidément, Jacques Bablon nous en fait voir de toutes les couleurs. Après Trait Bleu, Rouge écarlate, Nu couché sur fond vert, Jaune soufre, voici Noir côté cour. Rassurez-vous, le ton de ce nouveau roman reste sombre.

Galien Rivière habite un petit immeuble de Paris, qui appartient à son père. Il est obligé de déménager au gré des mises en vente des appartements que son père réalise, comme pour l’embêter. Pour le moment, il ne lui reste qu’un studio de 21 mètres carrés au cinquième étage. La nuit risque d’être agitée puisque les voisins du dessous organisent une fête. Par la fenêtre, il guette une jeune femme aux cheveux noirs. Sans qu’il s’en aperçoive, le robinet des WC se met à fuir.

Dorothée est fière de sa fête et de son buffet froid. L’attitude de Guillermo, son mec, est la seule ombre au tableau de cette soirée qui promet d’être grandiose.

Alors que l’eau s’infiltre sous le parquet, elle arrive dans l’appartement juste en dessous où seul le chat peut s’en rendre compte. Son propriétaire est déjà mort.

A côté vit UgoLighetti, dont la femme est morte suite à une infidélité conjugale dans des circonstances mystérieuses. Les enfants, Margy et Jacob ne connaissent pas non plus les détails de l’histoire. Ugo ne vit pas seul puisqu’il a invité une SDF à venir coucher chez lui … c’était il y a un mois. Elle s’appelle Tasamina et Ugo a une furieuse envie de la baiser.

A l’étage en dessous, Jerzy Glosky et Lukas Zukauskas sont inquiets des traces de sang qu’ils laissent sur la maquette. La blessure de Lukas inquiète son ami. Il faut dire qu’ils ont loué l’appartement pour une nuit seulement. Pas le temps de nettoyer, mais il leur faut fuir au plus vite. L’état de Lukas fait que Jerzy va devoir l’abandonner aux urgences.

Ce roman ressemble à s’y méprendre à une bombe à retardement : après avoir présenté quelques habitants de cet immeuble, l’auteur les dissémine aux alentours avec des dégâts meurtriers. Chacun va prendre le devant de la scène à tour de rôle, déroulant une petite intrigue, englobée dans une histoire globale faite de ressentiment, de vengeance, de violence gratuite.

Il ne faut pas attendre de la part de Jacques Bablon qu’il s’attarde sur la psychologie des personnages, leurs actes parlant pour eux-mêmes. Le lecteur devra faire le nécessaire, ajouter des décors ici tout juste brossés, ou en déduire les motivations ou réactions à insérer entre les dialogues brefs. Le mot d’ordre est et reste l’efficacité et le minimalisme en guise de religion pour cette histoire aux multiples facettes.

C’est, si je ne m’abuse, la première fois que l’auteur s’essaie à multiplier les personnages, qui sont tantôt attendrissants, tantôt détestables, tantôt affolants, tantôt décalés. Pourtant, c’est une nouvelle réussite dans ce court roman par la taille mais qu’il faudra lire assidument et tranquillement pour gouter la justesse des phrases et la force d’évocation exprimée en peu de mots. Noir, c’est noir.

Espace BD : Pendant les vacances, on bulle

Il est rare que je parle Bandes Dessinées parce que je ne suis pas un spécialiste du genre, et je n’ai pas la culture nécessaire et les références pour écrire un billet digne d’intérêt. Donc je ne peux que vous parler du plaisir que j’ai ressenti à la lecture de celles-ci. Voici donc trois BD qui m’ont procurées beaucoup de plaisir :

Holmes (1854/1891 ?) : Livre V – Le frère aîné

Scénario : Luc Brunschwig

Dessin : Cecil

Editeur : Futuropolis

Le docteur Watson continue son exploration de la jeunesse de Sherlock Holmes. Il va rencontrer l’ancienne nourrice de Mycroft et Sherlock. Elle va lui raconter le don de Mycroft pour les déductions logiques avec quelques indices, comment Sherlock découvre aussi ce don, et le rôle de leur mère dans les crises politiques qui secouent la Grande Bretagne en cette fin du XIXème siècle.

Je lis cette série depuis son début et il faut être patient puisque plusieurs années s’écoulent entre chaque parution. Mais quel plaisir à la lecture ! le scénario va donc montrer la lutte des classes à cette époque mais aussi les relations familiales, et l’explication de la dépendance aux drogues de Sherlock. L’air de rien, les auteurs nous proposent beaucoup d’explications, dans une narration qui m’a semblé plus fluide et facile à suivre que certains autres des tomes précédents.

Quant au déroulement, on retrouve toujours cet aller-retour entre le passé et le présent, illustré par des tons de couleurs différents ocre ou gris. Enfin, les dessins sont d’une beauté effarante, on a l’impression de voir des peintures, tellement détaillées, tellement fines, que cela ajoute un réel plaisir à la lecture, le plaisir des yeux. Indubitablement, je suis fan et je reste fan. Je suis prêt à attendre quelques années pour la suite.

Dans mon village, on mangeait des chats

Scénario : Philippe Pelaez

Dessin : Porcel

Editeur : Grand Angle

Années 70. Tout le village de Saïx raffole du pâté de Charon, le boucher qui est aussi le maire. Personne ne sait qu’il met de la viande chat. Sauf Jacques Pujol, qui le surprend un soir en train d’empoisonner les chats errants. Jacques Pujol est un adolescent atteint d’analgésie congénitale, donc il n’a jamais mal, surtout quand son père routier rentre à la maison et le corrige à coups de ceinturon. Jacques protège sa petite sœur Lily et sa mère qui se prostitue quand le père est sur les routes.

Jacques décide de mettre la pression sur Charon, en sous-entendant qu’il sait. Alors, Charon leur donne de la viande et des charcuteries gratuites pour acheter son silence, jusqu’à ce qu’il s’arrange pour le prendre comme apprenti. Charon est bien décidé à se débarrasser du môme gênant, mais Jacques arrive à lui mettre un pic en plein ventre et à mettre le feu à son laboratoire. Malheureusement, le soir, c’est le père Pujol qui perd l’équilibre en voulant lui mettre un coup de ceinturon et qui se tue. Jacques va donc être envoyé en ISES, Institution Spécialisée d’Education Surveillée, une prison pour adolescent.

C’est à un vrai roman noir que l’on voit se dérouler sous nos yeux, nous narrant une dizaine d’années de la vie de ce jeune adolescent, qui verse dans la violence et le banditisme. Si, au début, les auteurs nous offrent des traits d’humour, noir bien entendu, la suite reste bien sombre. Cette histoire nous montre l’importance du contexte de l’enfance sur la suite de la vie, à travers Jacques qui n’a connu que la violence aussi bien dans son village que dans sa famille. Et son passage à l’ISES ne va pas arranger les choses.

Les dessins sont à l’image de cette histoire, comme esquissés, montrant une certaine célérité et une rage en même temps qu’une noirceur dans les couleurs. Le découpage est particulièrement réussi et m’a rappelé par moments Watchmen avec le mixage de cases pour décrire une action. Cette histoire étant un « One-Shot », je regrette surtout que le début soit bien détaillé et que la suite soit si rapide. Cette vie dramatique de Jacques Pujol méritait certainement un deuxième tome.

Hit the road :

Scénario : Dobbs

Dessin : Khaled

Couleur : Josie de Rosa

Editeur : Comix Buro

1969, A Reno. Une jeune femme se fait tatouer. Elle se renseigne sur l’adresse d’un docteur peu regardant, avant de régler ses comptes.

Un homme sort de prison. Il rejoint son frère qui l’attend dans sa voiture. Ces deux-là sont prêts à prendre la route pour assouvir leur vengeance.

Vicky et Clyde vont se télescoper à Reno, la plus grande des petites villes des USA, et s’apercevoir qu’ils vont voir la même personne …

Voilà du vrai hard-boiled, qui prend place aux Etats-Unis, bien entendu. Tous les clichés sont là, l’homme et la femme, si ce n’est que les deux personnages sont aussi barrés l’un que l’autre. Le scénario est simple, le dessin remarquablement expressif et les couleurs alternent entre le bleu nuit et le jaune d’une journée ensoleillée. Avec du rouge sang. C’est violent, noir mais cela fait du bien de parler vengeance, loyauté et famille ! Dobbs, dont j’avais déjà apprécié ses adaptations de HG.Wells, confirme ici tout le bien que je pense de lui.

Riposte de David Albertyn

Editeur : Harper & Collins

Traducteur : Karine Lalechère

Voici un premier roman dont on lit beaucoup de bien sur les blogs, et cet argument était suffisant pour me tenter. Même si la trame est classique, cet auteur a un vrai talent pour créer des scènes visuelles impressionnantes.

Il y a quinze ans, ils étaient les meilleurs amis du monde. Ils étaient quatre, Tyron, Keenan, Antoine et Naomi.

Tyron Shaw s’est engagé dans les Marines et a combattu en Irak. Il est de retour avec des cauchemars plein la tête.

Keenan est entré dans la police et vient de tuer une jeune noir, une bavure qui déclenche des manifestations, d’autant plus qu’il vient d’être innocenté. Il s’est recyclé depuis dans le service d’ordre du Reef, le casino de Las Vegas qui doit recevoir la soirée de boxe.

Naomi a toujours eu une forte carrure et a fait de la boxe avant de se tourner vers le Basketball. Ne pouvant passer professionnelle, elle est devenue entraîneuse d’une équipe féminine. Elle est mariée avec Keenan mais a eu un faible pour tous les trois.

Antoine a mal tourné, il a fait de la prison, ce qui lui a donné l’occasion de devenir boxeur professionnel. Ce soir, il va affronter Kolya Konystin, classé parmi les cinq meilleurs mondiaux que personne ne veut combattre, tant il a des poings en parpaing.

Cette journée va leur donner l’occasion de se retrouver.

Ce roman se déroule sur 24 heures. Presque rythmé minute par minute, c’est une intrigue qui va passer de l’un à l’autre des personnages, faisant avancer l’histoire vers un dénouement que l’on ne verra pas arriver, puisque l’auteur va nous en dévoiler les dessous au fur et à mesure. La construction en est juste parfaitement maîtrisée.

Si le roman est minuté, il bénéficie aussi d’un style direct et remarquablement visuel. Ce nouvel auteur a un vrai don pour brosser des scènes en quelques phrases. On citera par exemple les cauchemars de Tyron et surtout le combat de boxe incroyablement réaliste où on se sent sectateur à l’intérieur du ring. Et je ne vous parle pas des scènes finales. Je resterai un peu plus mesuré sur les dialogues, trop basiques.

Enfin, c’est aussi l’intrigue et la façon dont elle est menée qui sorte ce roman du lot : l’intrigue est maligne, fort bien amenée. Le passé des quatre amis se découvre au fur et à mesure et on comprend comment une vengeance implacable est mise en place pour aboutir à une conclusion digne des hard-boiled américain.

On apprend dans la biographie de l’auteur, qu’il est né en 1983 (seulement !) et qu’il a toujours voulu écrire des histoires depuis l’âge de 6 ans. Effectivement, on ressent une assurance, une volonté de partager une histoire. Ce roman s’avère une très belle réussite venant d’un auteur sud-africain qu’il va falloir suivre à l’avenir.

Chez les petits éditeurs …

Je vous propose un petit coup de projecteur sur deux polars sortis chez de petits éditeurs, qui n’ont pas la chance d’avoir de la visibilité. Voici donc mes avis sur Haine à la personne de Roland Sadaune (Le Lys Bleu) et Noir de Marc Falvo (Faute de frappe)

Haine à la personne de Roland Sadaune

Editeur : Le Lys Bleu

Omar Ling a rendez-vous avec un de ses indics ce matin-là, à la gare de Cergy. Malheureusement, Maxime Morgon, un SDF, n’est pas là. Il apprend par un autre SDF Paulo que Max a été amené par deux hommes sur une civière, en sale état. Il a probablement été tabassé et laissé pour mort. C’est le troisième SDF à être assassiné dans le département. Le commissaire Santi, son chef, charge donc Omar Ling des trois meurtres. Il sera aidé pour cela d’un nouvel équipier, le brigadier-chef Duroy.

A première vue, on peut penser avoir affaire à un roman policier classique, porté par son personnage principal Omar Ling. Le personnage est un flic solitaire, indépendant et plutôt taiseux, faisant le tour des lieux en discutant avec les passants, les SDF. Il s’attire donc les foudres de sa hiérarchie à force de d’être absent du bureau. Et puis, il se permet de pénétrer sur des scènes liées aux crimes en dépit des règles élémentaires.

Et il y a dans ce roman, outre la visite du département du Val d’Oise, une description de la vie des gens sans logis, de ceux que l’on ne voit même plus, comme s’ils faisaient partie du décor. Et puis, petit à petit, Omar Ling franchit de plus en plus la ligne blanche et le roman débouche sur une fin totalement inattendue. Je vous laisse méditer cette phrase présente en quatrième de couverture :

« On combat pas la précarité en supprimant les pauvres… Pour moi, c’est quelqu’un qui hait les exclus ».

Ce roman est à rapprocher d’autres romans traitant de ce sujet :

Après les chiens de Michèle Pedinielli (Editions de l’Aube)

Les chemins de la haine d’Eva Dolan (Liana Levi)

Dans la dèche à Los Angeles de Larry Fondation (Fayard)

Le crépuscule des gueux d’Hervé Sard (La Gidouille)

Putain de pauvres de Maurice Gouiran (Jigal) qu’il faut que je lise …

Noir de Marc Falvo

Editeur : Faute de frappe

Franck Rigetti se prépare, met au point son scénario et roule sa voiture sans aucun remords. Il ne s’intéresse que peu au monde qui l’entoure, refuse même l’invitation à manger qu’on lui fait. Il est hors de question que quoi que ce soit ou qui que ce soit ne le détourne de son objectif.

Leonard Krieg va sortir de prison après quatre années de souffrance. En sortant, son ami de toujours Vince lui prévoit une soirée avec Lucie, suivi d’une nuit mémorable. Mais quand elle rappelle Leonard, il ne lui répond.

Franck et Léonard vont se rencontrer … pour le pire.

Ce roman est divisé en trois parties toutes très différentes les unes des autres. Et la quatrième de couverture ne va pas vous aider dans ce sens. Dans la première partie, les chapitres vont alterner entre Franck et Leonard, entre avant et après la libération de Léonard. Cette partie est assez déconcertante, non pas pour le déroulement de l’intrigue, mais parce qu’on se demande où l’auteur veut en venir.

A partir de la deuxième partie, on comprend que Franck a enlevé Leonard pour se venger. Si tout est écrit en forme de duel entre les deux personnes, l’accent est tout de mis sur le passé de Franck et pourquoi il en est arrivé là. C’est donc un aspect psychologique que nous propose l’auteur, qui est plus passionnant que la première partie, car cela m’a semblé moins bavard. Mais à la fin de la deuxième partie, on ne sait toujours pas pourquoi Franck a fait cela.

Il faudra attendre la troisième partie,pour entrer réellement dans le duel, à distance puisque la structure narrative va évoluer. Chaque personnage a droit à un chapitre par alternance écrit à la première personne. C’est rapide, efficace et passionnant après le renversement de situation en fin de deuxième partie. Et en termes de duels, c’est plutôt une course poursuite, qui aboutit à une conclusion tout à fait originale.

Encore une fois, Marc Salvo nous offre un polar à l’intrigue simple, abordant le thème de la vengeance et la justice, avec une construction toute personnelle. Et si on peut être surpris au fur et à mesure de la lecture, il n’en reste pas moins que l’originalité du roman l’emporte dans cette histoire terrible et noire … comme son titre.

Les 3 brestoises tomes 2 et 3

Depuis Haines, j’ai découvert le personnage de Léanne Vallauri, qui a vu le jour dans Mortels trafics, prix du Quai des Orfèvres 2017. Depuis qu’elle revenue à Brest, elle a retrouvée ses deux amies d’enfance, Elodie médecin légiste et Vanessa psychologue judiciaire. Ses deux dernières enquêtes viennent de paraître aux éditions du Palémon, toujours sous la plume de Pierre Pouchairet.

La cage de l’Albatros :

Cela fait 25 ans, 3 mois et 22 jours que Jean-Luc Kernivel est veuf pour son bonheur. Depuis, il collectionne les aventures féminines. Chaque matin, il fait un footing pour entretenir sa forme. Comme il fait beau, il va pouvoir suivre le sentier des falaises, son préféré. A mi-chemin, il longe un parking et sent quelqu’un qui le suit. Un peu plus loin, il se sent poussé vers le précipice et subit une chute mortelle.

En planque dans une voiture, Léanne attend le bon moment pour déclencher la descente visant une énorme livraison de drogue, en compagnie de Noreen Lebel, la petite nouvelle. Quand l’action se déclenche, tout ne se déroule pas comme il faut et Léanne se retrouve menacée par un trafiquant. Noreen n’hésite pas un seconde et abat le truand. Léanne va devoir gérer ce cas devant la Police des polices.

Que ceux qui n’ont pas lu le premier tome se rassurent, ils peuvent lire celui-ci sans être gênés. Par contre, ce roman est bien la suite du précédent, et fait référence à des personnages qui ont été présentés dans Haines. Je ne peux que vous conseiller de lire donc Haines avant de lire celui-ci.

La cage de l’Albatros dispose des mêmes qualités que le précédent, à savoir une enquêtes classique avec plein de fausses pistes, des personnages forts et réalistes, et surtout une impression de plonger dans une enquête réaliste. Je dois dire que je suis épaté de lire comment Pierre Pouchairet arrive à insérer ses trois personnages féminins dans une même enquête, sans qu’aucune d’elles ne reste au second plan.

Avec de telles forces de caractère, je verrai bien cette série adaptée en série télévisée, car on y trouve tous les ingrédients pour passionner le spectateur. Il est à noter les nombreux clins d’œil faits aux collègues, dont Nicolas Lebel ou Olivier Norek qui donnent un aspect plus léger à une enquête qui s’avère bien noire. Et la fin est bien noire comme il se doit, et donne envie de lire la suite immédiatement. Ce qui démontre qu’il y a une forme d’addiction à lire les enquêtes des 3 brestoises.

L’assassin qui aimait Paul Bloas :

Rien ne va plus pour Léanne, puisqu’elle vient d’être mise en examen par l’’IGPN (la Police des Polices) suite à sa précédente affaire. C’est une nouvelle affaire qui lui permet de s’en sortir, mais elle n’aura pas droit à l’erreur. Un cadavre a été découvert dans les tunnels qui peuplent les alentours de Brest : le corps a subi de nombreuses coupures puis une mise à mort par poignard. A-t-il été torturé ? Bien vite, les équipes trouvent un deuxième corps et Léanne se voit affublée de 4 autres morts suspectes et identiques, bien que le coupable soit soi-disant sous les barreaux.

Autant on peut lire le précédent tome sans avoir lu les autres, autant il vaut mieux avoir lu La cage de l’Albatros avant d’entamer celui-ci, puisqu’il en est directement la suite. Je ne louerai jamais assez le talent de Pierre Pouchairet pour bâtir des intrigues complexes en les rendant à la fois simples et passionnantes. On a l’impression que l’histoire se déroule normalement comme dans la vraie vie, aidée en cela par un souci de véracité qui rend cette lecture addictive.

On retrouve les trois femmes aux affaires, Vanessa, Elodie et Léanne en proie avec une intrigue bien difficile à démêler et avec cette urgence dans l’écriture que j’adore. La visite des tunnels (les mines et ceux reliant les blockhaus entre eux) est passionnante et certaines scènes sont impressionnantes. On aura droit aussi à une fin haletante ce qui démontre une fois de plus que Pierre Pouchairet respecte les codes du polar en les adaptant à sa façon de raconter. Et c’est encore une belle réussite à mettre au crédit de cet auteur prolifique pour notre plus grand plaisir.

L’aigle des tourbières de Gérard Coquet

Editeur : Jigal

Je suis passé au travers de Connemara Black, son précédent roman, alors la lecture de ce roman fait office de session de rattrapage. Je vous propose de partir à la découverte d’un nouvel auteur : Gérard Coquet.

L’action débute en 1981, en Albanie. La dictature d’Enver Hoxha est en bout de course. Les prétendants à la prise du pouvoir sont nombreux. Il n’empêche que ce dictateur, au pouvoir depuis la fin de la deuxième guerre mondiale fait des envieux. Susan Guivarch, membre du PCOF, débarque là-bas pour faire une interview du chef suprême, accompagnée de son fils Robert, dit Bobby.

Cela fait un an qu’elle attend son entrevue : on lui explique qu’elle doit s’imprégner de la culture albanaise. Elle obtient enfin un rendez-vous avec le ministre Carçani. Il lui annonce que le Numéro 2 du régime vient de se suicider et que dorénavant, c’est lui qui lui servira d’intermédiaire. Mais le guide et amant de Susan, Bessian Barjami, sait que l’on ne se suicide pas d’une balle dans le dos. Ils doivent fuir l’Albanie au plus vite, aidés par un contrebandier Zlatko.

Irlande, 2015. Ciara McMurphy est convoquée dans le bureau de son chef. Elle pense qu’elle va se faire renvoyer, mais elle est accueillie par des représentants du MI6 et d’Interpol. On lui demande de mettre la main sur un terroriste international, Bobby le Fou, dit Bobby McGrath, dit Robert Guivarch. La première piste est un corps retrouvé dans une tourbière, sans mains, et broyée par une pelleteuse. Ce n’est que le début d’une macabre série.

Ce roman est surprenant dans sa forme, puisque divisé en deux parties. D’aucuns auraient fait des allers-retours entre le passé et le présent. Gérard Coquet préfère placer sa première partie de 90 pages en Albanie avant d’installer l’intrigue de son polar en 2015. Et autant dans la première partie, on a plusieurs personnages à suivre (Susan, Bobby, les militaires du gouvernement), autant la deuxième partie se concentre sur Ciara.

Et les deux parties sont déroulées selon deux modes de narration différentes : une course poursuite tout d’abord en Albanie, puis une enquête sous couvert de complot, d’espionnage en Irlande. Cela peut donner l’impression d’avoir deux livres pour le prix d’un, ce qui est le cas. Ce qui est sûr, c’est que Gérard Coquet réussit le pari de nous plonger dans deux espaces temps différents, deux lieux géographiques différents et deux genres différents avec à chaque fois la même facilité. Car dans les deux cas, on retrouve la même sécheresse de ton avec un style rêche, âpre.

On ne peut s’empêcher de comparer aussi les ambiances des deux parties : l’air est étouffant, l’ambiance est menaçante, la loi du Kanun albanais (œil pour œil, dent pour dent) fait qu’on ne peut se fier à personne ; en Irlande, le climat est humide et froid, le rythme de la narration y est plus élevé, mais le mystère entourant cette enquête est pesant. On a la sensation que l’on ne nous dit pas tout, qu’on se fait manipuler pendant que le nombre de cadavres augmente sérieusement.

Tout ceci donne un roman au style indéniablement irlandais, et un polar costaud, réussi dans la forme, même si j’ai plus apprécié la deuxième partie, parce que j’ai pu me reposer sur un personnage central fort. C’est un polar qui insiste sur les lois ancestrales implicites, dures, violents et sanglantes, que nous, européens ne pouvons que difficilement appréhender. Et c’est un excellent sujet pour un polar, empli de trahisons, de vengeances et de sang. Après cette lecture, je sais qu’il ne me reste qu’une chose à faire : lire Connemara Black pour retrouver Ciara dans sa première enquête.

Ne ratez pas les avis de Psycho-Pat et de mon ami Jean le Belge

Espace Bob Morane : Le cycle de l’Ombre Jaune 4

Le châtiment de l’Ombre Jaune d’Henri Vernes

Editeur : Marabout – 1959

J’ai lu beaucoup d’aventures de Bob Morane quand j’étais au collège, peut-être une centaine, et j’en ai gardé un souvenir extraordinaire. Il fallait bien que je me limite dans les centaines de romans publiés et donc j’ai choisi le cycle de l’Ombre Jaune tel qu’il est décrit dans Wikipedia, soit 23 romans.

Suite à la disparition de Bob Morane dans la précédente aventure, Bill Ballantine a décidé de traquer l’Ombre Jaune. Jack Star, un ami journaliste, lui a confié une énigme juste avant de mourir. Le voici donc à Rangoon, en Birmanie, pays en proie à la guerre civile entre les troupes gouvernementales, les brigands et les Drapeaux Verts, sorte de milice qui veut rétablir l’ordre.

Dans le salon du Strand Hotel, un serveur annonce un message pour Bill Ballantine, alors que personne n’est sensé être au courant de sa présence. Le message lui donne rendez-vous le soir même sur l’escalier de la pagode des Nats, dans un quartier malfamé. Effectivement, ce sont des dacoïts qui l’attendent. Heureusement, un personnage mystérieux, un lépreux aveugle, vient lui porter main forte avant de disparaître. Au niveau de la dixième statue, une vois lui propose de se rendre à Mandalay, dans les terres, pour poursuivre son aventure.

Ce roman-là, je l’avais lu. Le relire m’a comblé de joie. C’est une aventure où Bill Ballantine est le personnage principal et le seul héros. Et dans cette aventure, qui se déroule dans un pays en guerre, Bill va poursuivre sa quête envers et contre tous. Ce qui fait que l’on ne sait jamais qui est gentil et qui est méchant dans cette histoire. A chaque fois qu’il se croit sauvé, et qu’il peut prendre la route sereinement, il retombe dans un nouveau piège.

C’est donc une aventure en forme de jeu de piste, avec de nombreux rebondissements, des retournements de situation et des scènes d’action écrites de façon très littéraires. Si on peut penser que le style a quelque peu vieilli, je dois dire que je me suis surpris à me dire que certains passages, dans la jungle en particulier, était bien écrits. Et puis, je suis étonné de l’imagination d’Henri Vernes pour créer les décors. Une excellente aventure en somme.

Dans le livre que j’ai lu, édité par Marabout Junior, l’accent est mis sur les serpents, puisque Bill Ballantine  va en rencontrer beaucoup au cours de son aventure. On nous détaille donc les quatre grands groupes de serpents, avant de se concentrer sur les races venimeuses, à savoir le cobra, la vipère et le crotale et les mocassins. De quoi enrichir sa culture en s’amusant !

Les romans chroniqués sur le duel entre Bob Morane et L’Ombre Jaune sont :

La couronne de Golconde

L’Ombre Jaune

La revanche de l’Ombre Jaune

Si je meurs avant mon réveil … de Philippe Setbon

Editeur : AO éditions

C’est totalement par hasard que je suis tombé sur le dernier polar de Philippe Setbon. Depuis que je l’ai découvert grâce aux éditions du Caïman, je ne peux qu’être fervent de ses scénarii tordus et vicieux. C’est encore le cas ici.

Josée Vallée dit Jo débarque à Biarritz auréolée de sa chevelure de feu. La première chose qu’elle fait est d’enlever sa doudoune et d’aller prendre une bière au bar en face de la gare. John Fitzsimmons, Fitzie pour les intimes, la remarque aussitôt et lui paie un verre. Son plan drague est un peu trop voyant et elle le plante là, alors qu’il lui proposait de l’aider et de l’héberger en tout bien tout honneur. A force de se côtoyer, Fitzie va proposer à Jo un travail de serveuse chez des amis, Lucille et Louis « le gros loulou » qui tiennent un restaurant près des halles.

C’est dans un vieux grenier que l’on a retrouvé la pince du grand-père Victor. De la forme d’un sécateur, avec un grand clou à son extrémité, cet outil forgé des mains du « vieux » servait à tuer les animaux et à les dépecer. Victor, avant de mourir, a raconté pour la seule et unique fois à son petit-fils comment il a inventé et réalisé son outil, comment il l’a utilisé pendant la deuxième guerre mondiale contre les Allemands et tous ceux qui les ont aidés. Victor appelait cela « aller aux champignons ».

C’était un an plus tôt. Un an avant la dégringolade. Une année avant la chute libre jusqu’au fond des abysses. Elvire Gallia était alors capitaine des forces de police. Ce matin-là, elle reçoit un coup de fil de son jeune lieutenant, Rodolphe Noro. Il lui annonce que le corps d’Alice Julienne vient d’être atrocement découpé dans une forêt proche de Biarritz. Alice était la meilleur amie d’Elvire, sa seule amie.

Autre temps, autre lieu. Il y a la petite Marie, 10 ans. En ce 31 décembre 2000, alors que tout le monde craint et attend le bug, elle attend sa mère. Elle a prévenu qu’elle allait arriver plus tard. Elle s’endort tard, et est réveillée par des voix : celle de sa mère et celle d’un homme. Elle se cache sous le lit de sa mère et malheureusement pour elle, elle va entendre sa mère se faire tuer et découper. Elle sera ensuite élevée par son oncle.

On a l’habitude de lire des scénario diaboliques de la part de Philippe Setbon, celui-ci n’échappe par à la règle. Menant son intrigue sur quatre fronts, il nous malmène et nous emmène des années 40 à nos jours, passant d’un personnage à l’autre, d’une époque à l’autre. C’est fait avec une maestria remarquable puisque, malgré la complexité de sa construction, cela se lit très facilement.

Et quand je dis que cela se lit très facilement, je devrais dire qu’on ne peut pas s’arrêter. Une fois que l’on a compris à quelle sauce Philippe Setbon va nous cuisiner, une fois qu’on a intégré chaque personnage, chaque lieu, chaque tems, et chaque psychologie, on en redemande, en se demandant où il va bien nous emmener. Et je suis sur que vous mourez d’envie de savoir … eh bien, je ne vous dirai pas !

J’adore les chapitres courts, j’adore la fluidité du style et j’adore ce scénario diabolique, à la limite vicieux sans description macabre ou sanguinolente qui ne soit nécessaire, j’adore ces dialogues remarquablement bien faits, et le visuel de chaque scène qui me fait dire que cela devrait faire un bon film ou une bonne série. J’adore ce roman pour ce qu’il est : un excellent divertissement.

Le fruit de mes entrailles de Cédric Cham

Editeur : Jigal

Je sors d’une période où mes choix de lecture ont été peu judicieux (et je suis gentil). Ne comptez pas sur moi pour donner des titres ou des auteurs, ces romans n’étaient pas en adéquation avec mes goûts. Entre parenthèses, mes amis m’ont dit que j’étais trop exigent. Alors, je me suis tourné vers Jigal. Il y avait un roman que je n’avais pas lu de sa production 2018, le voici.

Simon Vrinks purge sa lourde peine de prison en toute solitude. Spécialiste des attaques à main (s) armée (s) de fourgons, il a été dénoncé par un collègue. Ce matin-là, on lui annonce une visite : sa femme Héléna vient lui annoncer que sa fille a été retrouvée morte. Les mutilations que comporte le corps indique qu’elle a été torturée avec d’être jetée à l’eau. Pour lui, c’est une évidence, il doit s’évader pour retrouver le coupable.

Amia a quitté sa famille et s’est retrouvée dans les griffes de la prostitution. Dimitri, son proxénète, est un homme sans pitié. Elle n’ose même pas lui dire qu’elle est malade, se retrouve à vomir sans explication. En en parlant avec la jeune femme avec qui elle partage une minuscule chambre, elle se rend compte qu’elle est fort probablement enceinte. Elle gardera le bébé. Il ne lui reste plus qu’à fuir.

Alice Krieg est capitaine de police. Elle sait se faire respecter dans ce monde d’hommes. Elle aussi porte ses cicatrices qu’elle sait fort bien cacher. En particulier, le fait de ne pas avoir connu son père lui a permis de se forger une carapace, à l’abri des émotions. C’est elle qui prendra en charge la traque de Vrinks. Quand elle apprend qu’elle est atteinte d’un cancer, son travail va constituer sa fuite de la réalité.

Si vous avez lu mon résumé, vous vous rendez compte que l’on est dans un domaine très largement traité dans le monde du polar. La fuite, la traque, le remords, les liens familiaux, la loyauté, ce sont autant de thèmes que l’on a déjà lu et relu. Je ne vais donc pas vous faire croire que le sujet est nouveau, mais plutôt en quoi ce roman s’avère un roman intéressant et en quoi il vaut le détour.

Le parti pris de l’auteur est de partir d’une situation simple, limpide et sans équivoque. Un truand décide de venger la mort de sa fille. Une prostituée se retrouve enceinte. Une policière doit traquer le truand. Mais ce roman ne fonctionnerait pas sans la force insufflée aux personnages, sans la psychologie simple mais tellement efficace qui est juste esquissée lors de scènes remarquablement bien faites. Et c’est bien parce qu’ils ne sont jamais totalement bons ou totalement méchants qu’on y croit. Ces personnages-là, on y croit parce qu’ils sont vrais, parce qu’ils sont beaux, parce qu’ils sont humains.

Le deuxième argument tient au respect des codes du polar. On y trouve un héros, une femme, une course poursuite, le copain de toujours ami jusqu’à la mort. Tous ces codes sont réactualisés, remis dans un contexte actuel, et tout se tient très bien. Ce roman se lit très bien, les situations se suivent fort logiquement, et la fluidité du style en fait une lecture très agréable. Il est à noter tout de même que la fin est remarquablement bien réussie, et noire bien entendu, avec une toute petite lueur d’espoir.

Et ce que j’ai apprécié par-dessus tout, c’est ce style direct, rapide, construit autour de chapitres courts, qui donnent une belle célérité au roman. La prose de Cédric Cham répond à un besoin d’urgence qui me faisait défaut lors de mes lectures précédentes. Les émotions passent à travers les actions et attitudes des personnages. Ce n’est pas bien nouveau mais c’est remarquablement bien fait. En fait, ce roman remplit ses objectifs : offrir un très bon divertissement noir, dans la pure tradition du polar.

Ne ratez pas les avis d’Yves, Delph; Sonia; Annick; Laulo; et Psycho-Pat

La chronique de Suzie : Les 7 jours du Talion de Patrick Senécal

Editeur : Fleuve Noir

Bonjour amis lecteurs. Me voici de retour à la surface. Je suis remontée car une drôle de musique est parvenue jusqu’à moi. L’entendez-vous.? Elle est plus forte à ce niveau. Ça fait « Joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, … »

Mais, bien sur. Aujourd’hui est un jour important dans la vie de notre hôte. C’est le jour de son anniversaire.

Donc permettez-moi de souhaiter un joyeux anniversaire à Pierre. Que cette nouvelle année lui propose de nombreux bonheurs littéraires et surtout des coups de cœur extraordinaires.

Du coup, je vais profiter de cette sortie inopinée pour vous parler de ma dernière lecture : « les 7 jours du talion » de Patrick Senécal.

Patrick Senécal, pour ceux qui ne le connaissent pas, est un auteur québécois qui possède une vingtaine de livres à son actif. Celui-ci est le cinquième à être publié en France (semblerait-il). Mais, ce roman a été publié en 2002, puis réédité en 2010 au Canada. La réédition correspond à l’adaptation du livre en film, scénarisé par l’auteur, sous le même titre avec quelques différences entre les deux supports.

Mais, retournons au livre, et en particulier vers la couverture. La couverture canadienne du format poche est très explicite. On y découvre un jeune homme blond, tête penchée, attaché à des chaines, au plafond par les poignets et un homme, de coté, dont on n’aperçoit qu’une jambe et un bras portant une masse. La couverture française est beaucoup plus sombre et plus sobre. Elle va jouer sur l’implicite au niveau des couleurs. Le titre est mis en avant avec une police orangé sur un fond sombre représentant une forêt et une maison. L’ensemble projette une ambiance de terreur et d’horreur. Les deux couvertures font leur effet et atteignent leur objectif.

Au niveau du synopsis, celui-ci est simple. Ce sont les implications et les conséquences qui vont se révéler complexes.

Lorsqu’il constate l’assassinat de sa fille unique Jasmine, à la sortie de l’école, Bruno Hamel, quadragénaire, chirurgien, voit son monde basculer. Incapable de pleurer, il essaie de faire son deuil. Jusqu’au moment où il apprend que son assassin a été arrêté. A partir de ce moment, Bruno Hamel va tout mettre en œuvre pour kidnapper ce « monstre ». Il va l’emprisonner et le torturer pendant sept jours jusqu’à sa mort, le dernier jour. Ira-t-il jusqu’au bout?

L’histoire va être structurée en huit parties. La première qui détaille la cause, le plan et l’enlèvement. Les sept autres correspondront à chacun des jours du décompte. Le synopsis va tourner autour de Bruno Hamel mais également d’un autre personnage qui est le sergent-détective Mercure. Ce dernier peut être considéré comme son alter-ego. A tour de rôle, ces deux personnages vont exprimer leurs pensées ainsi que leurs doutes. Ils ont un point commun qui les rapproche mais ils ont pris des directions différentes. Enfin, le fait de kidnapper et de torturer un « monstre » va engendrer des problèmes sociétaux. Faut-il considérer ce personnage comme une victime et déployer toutes les forces possibles ou laisser la justice personnelle s’en charger. Dans quel camp, vous rangeriez-vous? Et, si on laisse dériver, est-il encore possible de parler de justice?

Le personnage de Bruno Hamel est un personnage troublant car il ressemble à monsieur tout le monde, avec certes, plus de moyens. Mais, il est un père aimant qui ferait tout pour sa fille unique, ayant des émotions et pas aussi calme que l’on pourrait l’envisager. Il a également un coté impulsif qui apparaît sous certaines conditions. Après avoir appris le nom du meurtrier, il va se conditionner pour pouvoir accomplir ce qu’il pense devoir être fait. On a l’impression d’être face à un robot méthodique, sans émotion, qui suit le programme qui a été prévu pour lui.

Des failles vont apparaître lors de l’humanisation du « monstre ». C’est pour cela qu’il ne veut connaitre aucun renseignement sur sa victime. Enfin, bien que son plan soit axé sur la torture physique, il va découvrir que la torture psychologique est tout aussi gratifiante et synonyme d’horreur. L’espoir peut vous entraîner en enfer.

L’autre figure forte de ce roman est le sergent-détective Mercure. Celui-ci a tendance à compiler les informations qu’il récolte et à tomber juste, assez souvent. Il est calme et prend son temps pour comprendre. Il ne se précipite pas. Il a un profil similaire à celui de Bruno Hamel mais en restant humain. D’autres protagonistes secondaires vont faire avancer l’histoire dans un sens ou dans un autre, prendre parti pour un camp ou l’autre. Rien n’est blanc ou noir. On a juste une sélection de gris. Enfin, il y a une œuvre artistique qui va jouer un rôle important dans cette histoire et expliquer certains points. Laquelle? Je peux juste vous dire qu’elle est immense et que le fait de la voir est impressionnant et déconcertant.

Lorsque j’ai commencé à lire ce livre, bizarrement, l’histoire d’un film est apparue à mon esprit : « Prisoners » de Denis Villeneuve qui est également un film québécois. Quelle attitude adopterions-nous dans ce cas de figure? Je ne sais pas. Il y a une phrase dite par un personnage qui expose les différents types de monstres. Je vous laisse le plaisir de la découvrir dans son contexte original.

La question que se pose ce livre est de savoir si le personnage de Bruno va aller au bout de ses convictions ou s’il va s’arrêter avant, pris de remords ? Qu’est ce que la culpabilité, comment l’assumer? Comment vivre après un tel traumatisme? Un deuxième point va être également traité : la déshumanisation du monstre. Dans les différents films ou épisodes de séries ainsi que les livres que j’ai vu ou lu (dans la réalité, je ne sais pas si c’est le cas), on vous explique que le fait d’appeler une personne par son nom, sa qualité permet de l’ancrer dans un contexte précis et de ne pas la considérer comme une chose. Dans le cas de ce livre, le protagoniste principal fait l’inverse. Pourquoi à votre avis? Enfin, une des clés qui permet de comprendre le comportement de Bruno est représentée par un autre personnage … Je n’en dis pas plus.

C’est un livre que j’ai lu d’une traite. Le personnage de Bruno est une personne lambda qui pourrait être n’importe quel quidam. Mais, le cerveau humain peut entraîner des comportements erratiques lorsque celui-ci est soumis à un très fort traumatisme. On n’est pas égaux devant les traumatismes et la psyché se protège comme elle peut, quitte à accomplir des actes ignobles. Que feriez-vous à sa place?

Sur cette conclusion, je retourne à mon antre en souhaitant de nouveau un joyeux anniversaire à mon cher hôte. Je reviendrai prochainement avec une nouvelle lecture. A bientôt.