Archives du mot-clé vengeance

Petite Louve de Marie Van Moere (La Manufacture de Livres)

Aux éditions de la Manufacture de livres, voici un premier roman d’une jeune auteure dont il va falloir suivre les prochaines parutions, tant sa façon de mener l’intrigue est prometteuse. Ne passez pas à coté de cette Petite louve.

Le premier chapitre est dur : il commence par une scène de meurtre. Une femme abat un homme d’une balle dans la tête. Avant de l’enterrer, elle lui éclate la tête pour récupérer la balle, pour ne pas laisser de traces … comme si cela pouvait effacer le passé. Elle vient de se débarrasser de celui qui a violé sa fille de 12 ans. Puis, elle et sa fille partent pour échapper aux éventuels poursuivants.

Car celui qu’elle vient de tuer est un gitan, Toni. Sa famille n’a plus de nouvelles de lui, alors elle lance aux trousses des deux jeunes femmes Ari et Ivo, les deux frères de Toni. Ce sont deux brutes, sans aucun état d’âme. La course poursuite va se dérouler sur l’ile de beauté, la Corse, devenue pour le coup l’ile des cauchemars. Un voyage entre Marseille et la Corse, un voyage en plein cauchemar.

La louve protège ses petits. Avec un sujet mille fois abordé, Marie Van Moere décline le thème de la vengeance et de l’instinct maternel sur des tons noir sur bleu, noir pour l’ambiance, bleu pour la mer corse et le ciel immaculé. Et ce qui est impressionnant dans ce premier roman, c’est la maitrise de l’intrigue, cette façon de raconter une histoire dramatique, sans en rajouter, mais en nous attirant dans le piège des dernières pages.

Ce que je trouve étrange, c’est aussi cette absence d’émotion. L’auteure reste très distante, très efficace dans son style et rend donc cette histoire d’autant plus dure qu’aucun sentiment ne va alléger cette histoire noire. Et même si par moments, je trouve certains passages inutilement démonstratifs dans une volonté de faire efficace (par exemple en utilisant des morceaux de phrases sans verbe, ce qui n’est pas utile au propos), l’efficacité de l’ensemble m’a épaté. Et je trouve incroyable que les femmes écrivent des romans aussi durs, voire même beaucoup plus durs que ceux écrits par des hommes.

Si la plus grande partie du roman est la course poursuite entre les gitans et le couple des deux femmes à distance, l’auteure évite soigneusement les redites, prouvant là encore sa grande maitrise de son intrigue. On ne cherchera pas à s’identifier aux uns ou aux autres, mais on recevra les scènes comme autant de coups de poings, avec le lecteur en guise de punching-ball.

On y trouve aussi des scènes plus calmes, tout aussi réussies, qui permettent de souffler un peu, mais rassurez vous, la noirceur du propos revient fort vite. Là aussi, dans l’alternance des rythmes, Marie Van Moere fait très fort.

C’est clairement un roman fort prometteur, qui va plaire à tous les amateurs de romans noirs, un roman qui mérite que l’on suive les prochains romans de l’auteure, qui m’a beaucoup impressionné et marqué. Et merci Coco pour le prêt du livre.

La maison des chagrins de Victor Del Arbol (Actes sud)

J’étais passé au travers de son précédent roman, La tristesse du samouraï, malgré tous les avis positifs qui ont été publiés. Il fallait bien que je m’essaie au petit dernier, que je qualifierai de surprenant à plus d’un égard. Nul doute que ce roman sera promis à un grand succès de par son intrigue, ses personnages et sa maitrise.

Eduardo est un peintre doué qui a laissé tomber sa carrière depuis la mort de sa femme et de sa fille dans un accident de voiture. Heureusement que sa galériste Olga, qui a toujours cru en lui, le soutient en lui offrant des portraits à réaliser, ce qui lui permet de survivre. Ses séances de psychiatre, une fois par mois, l’aident bien à tenir le coup, mais il reste dans un état instable. Sa seule satisfaction est de fréquenter sa voisine Graciela à qui il paie la location de son appartement et qui a une petite fille adorable.

Olga le contacte pour lui proposer un marché un peu spécial : Une riche veuve Gloria Tagger, veut qu’il réalise le portrait de Arthur, le célèbre propriétaire de l’INCSA, une des boites de gestion de fonds d’investissement en euros les plus connues. A travers cette peinture, elle souhaite voir ce qu’il y a derrière le visage de cet homme richissime et surpuissant qui a tué son fils, en l’écrasant sur un passage piéton.

Arthur qui purge une peine de prison arrive à se faire protéger au milieu d’une faune qui ne fait pas partie de son monde. Alors qu’il va réussir à alléger sa peine de prison pour bonne conduite, il va pouvoir poursuivre sa quête …

Les deux premiers chapitres sont vertigineux, montrant au travers les yeux de Eduardo son environnement, et Victor Del Arbol écrit comme un peintre construirait sa toile. J’ai tout simplement été époustouflé par ce début, tout en me demandant s’il allait pouvoir tenir jusqu’au bout des 475 pages que comporte ce récit. Puis il introduit petit à petit d’autres personnages, et, comme il est dit sur la quatrième de couverture, ce qui s’apparentait au début à un exercice de style devient un puzzle inextricable.

Alors que le rythme est lent, le style hypnotique et parfois éblouissant nous entraine dans une Espagne contemporaine, en nous détaillant les personnages par une analyse minutieuse de leur passé, et on a l’impression que l’auteur agit comme un médecin légiste, ouvrant le ventre de ses personnages pour en extraire leur racine. Le point commun de tous ces personnages, ce sont leurs cicatrices, ces moments douloureux du passé, leurs décisions parfois aléatoires qui font ce qu’ils sont aujourd’hui, des ombres sans but se fixant un objectif bien mystérieux.

Et au moment où je commençais à trouver le livre un peu long, c’est-à-dire après une grosse moitié du livre, Victor Del Arbol m’a asséné un grand coup de poing derrière la tête. Et ce que je pensais être un gigantesque puzzle devient en fait un château de cartes, que l’auteur a patiemment mis en place, avant de brutalement le détruire, par morceaux, par coups de scènes incroyablement violentes (sans effusions de sang) et incroyablement visuelles. Et tous les personnages se retrouvent liés les uns aux autres par le fil de l’histoire, de leur histoire, de leur douleur, de leur horreur. Avec pour fond de toile ou toile de fond, cette philosophie : la douleur comme règle de vie, la vengeance comme motivation, le malheur comme conclusion.

Victor Del Arbol nous aura proposé avec ce roman une histoire originale, forte, impressionnante et passionnante qui laissera des marques au fer rouge et qui passionnera grand nombre de lecteurs, malgré les quelques longueurs. En tous cas, il passionnera ceux qui recherchent les histoires fort bien écrites pour peu que l’on apprécie les surprises. Comme il est de bon ton en cette rentrée littéraire, sortez des sentiers battus, et laissez aller vos envies, laissez vous surprendre par cette Maison des chagrins.

On se retrouvera de Laetitia Milot et Johana Gustawsson (Fayard noir)

Voici un nouveau premier roman, que j’aurais mis deux jours à lire ; c’est dire si je l’ai lu avec plaisir. Il aborde un sujet difficile, la violence envers les femmes sous la forme d’une recherche des coupables.

Margot travaille à son compte, vendant des habits de prêt-à-porter féminins par Internet, avec son amie Alice. Elle est au chevet de sa mère, Christiane qui est atteinte d’un cancer incurable. Sur son lit de mort, Christiane va lui avouer qu’elle a été violée et torturée par quatre hommes dans sa jeunesse, et que Margot est l’enfant issue de ce viol.

A partir de là, Margot va rechercher les coupables impunis, parmi lesquels elle compte son père. Elle commence par rechercher des nouvelles dans les archives des journaux locaux. Un simple entrefilet la mène sur la piste de la journaliste qui a suivi l’affaire. Puis, elle va retrouver les gendarmes en charge de l’affaire. Cette quête va chambouler sa vie, puisqu’elle va aller de découverte en découverte et trouver sur son chemin l’amour.

Comme je le disais plus haut, c’est un livre que j’ai lu en deux jours, tant il est facile à lire. Il n’y a pas de temps mort, et on passe d’une scène à l’autre très rapidement. Le personnage de Margot est suffisamment complexe pour que l’on s’y attarde : elle est tout à fait normale dans sa vie de tous les jours mais se transforme en furie dès qu’elle est en présence d’un des violeurs. D’ailleurs l’alternance entre les moments de la vie de tous les jours et ses recherches sont un des points forts de ce livre, nous permettant de souffler, et ménageant des calmes entre les temps forts.

Il y a aussi les dialogues, remarquablement bien faits, qui m’ont paru d’une efficacité et d’une véracité rare pour un premier roman. Et puis, il y a ces séances chez le psychologue, qui nous éclairent sur la psychologie de Margot et qui en même temps, nous donne plein de pistes à suivre. Bref, on trouve dans ce livre plein d’idées que l’on trouve chez d’autres romanciers mais qui ont été mis au service de l’histoire, et qui ont été assimilés.

Alors évidemment, c’est un premier roman à propos duquel on ne peut que donner des conseils : il y a parfois une volonté d’insister dans les scènes fortes avec des synonymes comme pour insister sur une scène ou une action alors qu’une expression bien trouvée, une image bien peinte en une phrase aurait suffi. Et puis il y a cette fin, la découverte du dernier coupable qui est définitivement ratée puisque tombée du ciel d’une façon bien maladroite.

Sinon, je dois dire que ce roman est une bonne surprise avec un scenario plausible, et plutôt linéaire, avec quelques retours dans le passé, des passages en italique pour insister sur les pensées de Margot qui m’ont paru bien venu. Et puis, on sent que ce livre a été écrit avec passion, que les auteures avaient à cœur d’écrire cette histoire, et que la dénonciation des violences faites aux femmes est bien un thème important, même si j’ai du mal à accrocher à celui de la vengeance personnelle pour pallier aux manques de la justice. Mais si ce livre me fait réagir, c’est qu’il m’a intéressé, non ? Alors à votre tour de découvrir ce bon roman.

Vengeance sans visage de Fabrice Pichon (Editions du citron bleu)

Ceux qui passent par ce blog doivent savoir que j’aime lire les premiers romans de jeunes auteurs, non encore connus. C’est le cas pour Vengeance sans visage de Fabrice Pichon, un roman policier régional prometteur.

Besançon, de nos jours : On vient de découvrir le corps d’un homme crucifié sur la porte de la Citadelle. Peu après, C’est sur le fronton de la Porte Noire que l’on découvre un deuxième corps. De toute évidence, le même tueur a sévi deux fois. Le seul point commun entre ces deux morts : Ils sont tous les deux architectes.

La commissaire Nicole Desvignes va avoir la charge de cette enquête. Elle a trois jours pour résoudre cette énigme. Alors qu’elle vient de perdre son collègue, le commandant Victor, qui s’est suicidé pour éviter de se voir condamné par l’Inspection Générale des Services, elle va subir l’arrivée d’un nouvel adjoint en la personne de Alexandre Pulien.

C’est ensuite Stéphane, le fils du commandant Victor qui disparait. Sachant qu’il a effectué des stages chez les deux architectes morts, il devient le suspect numéro 1, en même temps que cela renforce la potentielle culpabilité du commandant Victor. Les nerfs du commissaire Nicole Desvignes vont être mis à rude épreuve.

Si je vous dis que ce roman est un roman policier régional plein de charme, vous n’allez pas lire la suite de ce que j’ai à vous dire. Vous auriez bien tort de ne pas faire ce petit voyage en Franche-Comté, et à Besançon en particulier, la ville où il fait bon vivre. Et apparemment, il fait bon y mourir aussi. Car ce qui ressort de ce roman, c’est que l’ensemble est étonnamment maitrisé.

D’un roman régional, Vengeance sans visage en a toutes les qualités. Sans être lourdingue, il nous montre cette belle région de Franche-Comté, son architecture, ses bois, ses collines. Il me semble qu’il n’y manque que la gastronomie. Et comme c’est très bien écrit, on dévore ça avec grand plaisir !

Du roman policier, il en a tous les ingrédients et surtout toutes les qualités. L’intrigue est menée avec beaucoup de rigueur, mélangeant l’enquête sur le meurtre des architectes avec le dilemme du commissaire Desvignes quant à sa volonté d’innocenter son adjoint. Comme le titre l’indique, la solution est à chercher dans le passé des protagonistes. Si les moyens utilisés par le tueur sont un peu extrêmes, l’auteur montre son intérêt pour les racines et l’importance ou les conséquences que peuvent avoir certains actes sur le devenir des gens.

Il y a aussi et surtout toute une pléiade de personnages, dont le commissaire Desvignes, une femme qui en a, qui semble bien peu sympathique au premier abord, mais qui, par sa volonté et son obsession, finit par emporter l’adhésion du lecteur que je suis. Et puis, il y a aussi les autres enquêteurs, qui ne sont pas là juste pour le décor, mais qui font partie intégrante de l’histoire. Et l’auteur en dit suffisamment pour laisser présager une suite dans ce commissariat de Besançon.

Que disais-je déjà ? Vengeance sans visage est un roman policier régional. Mais c’est un premier roman fort réussi et prometteur pour la suite. D’ailleurs, la suite s’appellera Le complexe du prisme, et sortira l’année prochaine, toujours aux éditions du citron bleu. Je serai au rendez vous.

Si vous voulez plus d’avis, voici une petite sélection webienne :

http://unpolar.hautetfort.com/archive/2012/04/01/vengeance-sans-visage-de-fabrice-pichon.html

http://www.livresque-du-noir.fr/2012/09/vengeance-sans-visage-par-fabrice-pichon/

http://lenoiremoi.overblog.com/vengeance-sans-visage-de-fabrice-pichon

http://ivre.de.livre.chroniques.over-blog.com/article-vengeance-sans-visage-de-fabrice-pichon-105320114.html

http://www.k-libre.fr/klibre-ve/index.php?page=livre&id=2290

Parjures de Gilles Vincent (Editions Jigal)

La France est bourrée de talent, et plus je lis de polars, plus je découvre de nouveaux auteurs qui méritent que l’on parle d’eux. C’est le cas ici avec Gilles Vincent qui nous concocte, sous des allures de roman policier classique, un roman à la pirouette finale fort surprenante.

La commissaire Aïcha Sadia est au fond du trou. Folle amoureuse de Sébastien, son collègue, elle se morfond depuis la mystérieuse disparition de celui-ci près d’une plage aux alentours de Marseille. On a seulement retrouvé ses habits, il s’est probablement noyé. Toutes les recherches de Aïcha sont restées vaines, le corps n’a pas été retrouvé.

Un corps vient d’être retrouvé décapité dans une zone industrielle. Il va être bien difficile de retrouver des traces pour les mener vers une piste. Seules les similitudes avec un assassinat semblable il y a un mois de cela les amène à enquêter sur une série de meurtres.

Les victimes sont toutes d’anciens condamnés pour des crimes atroces qui viennent d’être libérées pour bonne conduite. Le prochain libéré s’appelle Abdel Charif, condamné pour le meurtre de sa patronne. Or, il vient d’échapper à son enlèvement, et il demande à Aïcha de prouver son innocence contre des informations sur le lieu de détention de Sébastien.

Rares sont les romans qui vous plongent dans la psychologie d’un personnage en une page. Le début du roman est un vrai régal, et le reste est à l’avenant. Le roman est court et c’est grâce à l’efficacité du style de l’auteur que l’on suit cette enquête avec rapidité. Si la forme est celle d’un roman policier classique, il sort du lot justement par son personnage principal attachant et sa vitesse. Ce roman ressemble en fait à une course de demi-fond, un peu comme un 1000 mètres couru au sprint.

Et si l’intrigue est très bien maitrisée, le suspense ne résidera pas dans l’identité des coupables des décapitations, qui nous sont présentés dès le début du roman. Le suspense est bien dans la recherche de Sébastien, avec cette épée de Damoclès alors que la commissaire ne sait jamais s’il est vraiment vivant ou pas.

Au bout du compte, cher futur lecteur de ce roman, vous ne trouverez pas les tenants et aboutissants de l’intrigue. Il n’y a pas d’indices comme on pourrait les trouver dans un Whodunit, mais un vrai retournement de situation qui va vous surprendre. Parjures, dans la forme et le fond, est un bon roman policier, par son efficacité et son personnage principal, personnage qu’on aura plaisir à retrouver.

Rouge Connemara de Seamus Smyth (Fayard noir)

De Seamus Smyth, je garde un bon souvenir de Trois accidents et un suicide, un roman qui, par son humour noir et méchant m’avait fait passer un excellent moment. Dans ce roman, on ne change pas le style avec une histoire liée aux orphelins irlandais confiés à l’église catholique et traités comme des esclaves.
Irlande, 1949. Une femme accouche de jumeaux. Elle est trop pauvre pour les élever et la police les lui enlève pour les confier à des orphelinats effroyables – les « goulags irlandais » – gérés par l’Eglise. Réduits en esclavage, affamés, battus et abusés, les petits souffrent le martyre. A l’âge de neuf ans, Sean, l’un des jumeaux meurt sous les coups. Robert « Red » Dock, son frère, jure qu’il vouera sa vie à le venger. De l’Eglise, de l’officier de police qui les a placés et du reste de sa famille, qui les a abandonnés.
Pendant des années, il médite et organise son implacable vengeance. D’abord, enlever le dernier-né du policier qui les a retirés à leur mère, et confier l’enfant à un orphelinat de bonnes sœurs, dans le Connemara – où la petite, rebaptisée Lucille, connaîtra l’enfer. Puis attendre vingt ans de plus pour faire de la jeune femme l’instrument inconscient de sa vengeance délirante…
Red Dock a tout prévu, sauf que sa route criminelle croiserait celle d’un psychopathe, orphelin à l’enfance brisée comme la sienne. Car Picasso séquestre et torture des jeunes femmes, dont il peint le portrait moribond…
J’ai copié ce résumé sur le site de Fayard, car je l’ai trouvé très bien fait. Comme d’habitude, Seamus Smyth ne fait pas dans la dentelle. Ce n’est pas son genre, il n’a pas de tendresse dans sa narration en stock, son genre, c’est plutôt le bulldozer à base de remarques méchantes et humoristiques, inconvenantes et décapantes. Son personnage de Red Dock n’a pas de sentiment, et n’a pas d’autre but que de se venger et d’y consacrer sa vie.

Clairement, c’est un personnage que vous allez détester, ses pensées vont vous révulser, vous rebuter, peut-être même allez vous refermer le livre ! Mais au milieu de ces chapitres nauséabonds écrits à la première personne, vous aurez droit à des passages plus doux où vous pourrez respirer de l’air pur, ceux consacrés à Lucille (écrits à la troisième personne).

Si le sujet est polémique et mérite que cela se sache, Seamus Smyth a plutôt construit un thriller. Ce qui à mon avis, donne moins de poids à son message, et à sa dénonciation des exactions de l’église catholique. Et quand apparaît le psychopathe, l’auteur s’en donne à cœur joie pour décrire des horreurs mais je pense que le livre n’avait pas besoin de cet artifice. Finalement, d’un roman dénonciateur, Seamus Smyth en a fait un thriller, et j’ai trouvé cela bien dommage. Si je me suis bien amusé, car j’aime bien ces romans où je déteste les personnages, j’aurais tout de même préféré un roman plus engagé et dénonciateur. Mais ce n’est clairement pas le style de Seamus Smyth qui préfère être et rester méchant. Accrochez vous ! C’est tout de même une lecture décoiffante.

Pour être complet, vous devez lire sur le même sujet, mais avec un traitement différent Le martyre des magdalènes du maître Ken Bruen (Folio)

Un grand merci à Lilas et aux éditions Fayard noir. Ce roman sortira le 14 septembre 2011 chez Fayard Noir.

Maelstrom de Stéphane Marchand (Flammarion)

Alors que j’avais fait un petit clin d’œil à mon ami Bruno et son blog Passion Polar à propos d’un jeu pour gagner Maelstrom de Stéphane Marchand, l’auteur m’a gentiment offert son roman dédicacé. Voici donc ce thriller prenant.

Tout commence avec le meurtre de Robert Galway. Adepte des plus incroyables sports à haute sensation, il a été jeté du 52ème étage pour un dernier saut à l’élastique avec un lest de 30 kilogrammes, et s’écrase sur le trottoir. Dexter Borden du FBI se retrouve sur le coup et trouve un indice lui demandant de contacter un écrivain en manque d’inspiration : Harold Irving. Il l’appelle au téléphone mais celui-ci a toutes les difficultés à répondre : il est menotté à son lit.

En effet, Harold vient de passer une nuit de folie avec une prostituée du nom de Katsumi. Celle-ci l’a attaché au lit et lui a fait l’amour dans toutes les positions, tout en le filmant avec un caméscope. Quand Dexter débarque chez Harold, il est écrit au mur en lettres de sang : « Je suis venu vous dire que vous allez mourir », et c’est signé Le Maestro. Puis tout leur est expliqué dans un message : Ils doivent lui obéir sinon il fera exploser des bombes. D’autres cadavres vont suivre avec des indices. A eux de trouver la clé de l’énigme s’ils veulent le rencontrer.

Le Maestro connaît tout d’eux et a tout prévu. Il leur annonce qu’il sait que Dexter est homosexuel et que personne au FBI ne le sait. Il sait que Harold a abusé de drogues et d’alcool et qu’il a oublié son passé et qu’il faudra qu’il fouille sa mémoire. Il a embauché une experte légiste, Franny Chopman, qui fera les autopsies pour eux. Ils n’ont qu’à se laisser mener et obéir. Le jeu de pistes ne fait que commencer. Et Harold va être obligé de retourner vers un passé cauchemardesque.

Ce roman a tous les ingrédients du page turner (comme ils disent de l’autre coté de l’Atlantique) : Un tueur machiavélique bigrement calculateur, un mystère lié au passé, un héros (?) amnésique au cœur du massacre, un flic impliqué malgré lui dans l’affaire, des belles jeunes femmes, et une action qui se situe aux Etats-Unis. Le mot d’ordre est l’action, la rapidité, alors l’auteur écrit des phrases courtes, de courts dialogues, des chapitres courts, et ça se lit bigrement (trop ?) vite.

Contrairement à ce qui est écrit sur la couverture, où il est marqué Thriller, j’ai plutôt eu l’impression de suivre une enquête, mouvementée certes, plus qu’un bouquin sous haute tension. Cela est peut-être du au fait que je l’ai lu pendant le week-end de la Pentecôte et que j’étais détendu ! Le style de l’auteur vise le rythme, avec peu de place à des descriptions, des chapitres courts passant d’un personnage à l’autre. Ceux-ci sont d’ailleurs suffisamment bien dessinés pour qu’on ne soit pas perdus. Je m’attendais aussi à des scènes sanglantes, mais je dois dire que c’est très acceptable, je ne me suis jamais caché les yeux, je n’ai pas sauté de passages.

Au global, ce fut une lecture très distrayante sur une affaire bien mystérieuse et il m’a manqué quelques petits trucs pour être complètement emporté : tout d’abord, les lieux sont peu décrits et d’ailleurs je me demande pourquoi l’auteur a situé le roman aux Etats-Unis. Ensuite, j’aurais aimé plus de présence et d’épaisseur pour les personnages féminins, Franny et Katsumi. Enfin, l’indice final pour trouver le Maestro m’a semblé tomber comme un cheveu sur la soupe. Par contre, la fin est génialement bien trouvée. Bref, lisez ce roman, c’est un bon thriller à apprécier avec un jus de tomate bien rouge.

Deux avis complémentaires sont disponibles sur le net chez Oncle Paul et Dup.

Chambre 26 de Tecia Werbowski (Les Allusifs)

De la maison d’édition Les Allusifs, je connaissais les aventures de Morgado de Gabriel Trujillo Muñoz mais je ne savais pas qu’il y avait d’autres auteurs édités dans cette collection ¾ polar. Il aura fallu un commentaire de Michel pour que je m’intéresse à ce Chambre 26.

L’action se déroule à Paris, le 25 octobre 2008, à l’hôtel Saint André des Arts. Le corps d’un homme est retrouvé dans la baignoire de la chambre 26. La porte de l’hôtel et la porte de la chambre sont ouvertes. Le corps a été découvert car la baignoire commençait à goutter et de l’eau tombait sur le comptoir de la réception.

L’homme est un inconnu. Tout ce que l’on sait de lui, c’est qu’il possède deux chiens, Masa et Dasa. Immédiatement, une dame qui séjourne souvent dans l’hôtel se propose d’adopter les deux chiennes. Elle s’appelle Maya Ney, est polonaise, et semble savoir des choses.

Patrick Vernier, jeune inspecteur de la police criminelle, mène l’enquête et retrouve l’identité de la victime : Josephy Hlavatsy. Celui-ci est originaire de la république tchèque et fait la manche à Paris, vivant de la bonté des passants. Les différentes recherches l’amènent vers ce qui s’est passé derrière le rideau de fer vingt années auparavant.

C’est une vraie belle découverte que ce livre, à mi chemin entre roman policier et grande littérature. Les personnages sont très bien décrits, les situations efficacement explicites et l’histoire poignante à souhait. La description des petites gens et de leur vie derrière le rideau de fer m’a réellement touché, entre ceux qui luttent pour survivre et ceux qui profitent du système.

Vous allez me dire que tout ça, c’est du très classique. Certes, mais quand on prend un plaisir fou à chaque phrase, que tout y est d’une fluidité et d’une simplicité qui frise le génie sans que l’on ressente le travail de l’auteur, on peut se dire que  l’on tient une auteure de qualité. Sur une trame classique de vengeance et de rancune mesquine mais néanmoins mortelle. Et puis, il ya le personnage de Maya, tellement humain mais malheureusement seulement esquissé.

Alors pourquoi n’est-ce pas un coup de cœur ? Parce que ce roman est court, trop court, bien trop court. Et ça ne nuit pas à l’ensemble du roman qui est très cohérent, loin de là. J’ai plutôt trouvé cela frustrant. Le livre aurait fait 200 pages de plus, il aurait été un pur chef d’œuvre. Malgré cela, ce roman est fortement recommandé pour le musicalité de la langue qu’il déploie. Ce n’est pas un gros diamant, c’est un petit bijou.

Pour être tout à fait honnête, ma femme n’a pas aimé. Elle préfère les livres avec un peu plus de rythme, et celui là est plutôt une enquête. Chacun ses goûts, n’est-ce pas ?