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Brutale de Jacques-Olivier Bosco

Editeur : Robert Laffont – La Bête Noire

C’est avec un grand plaisir que je vous présente le tout dernier Jacques-Olivier Bosco, dit JOB. Et quand on attaque un livre de JOB, il vaut mieux avoir la santé, car ça va vite, très vite. Place à l’action !

Quatrième de couverture :

Elle est jeune. Elle est belle. Elle est flic. Elle est brutale.

Des jeunes vierges vidées de leur sang sont retrouvées abandonnées dans des lieux déserts, comme dans les films d’horreur. Les responsables ? Des cinglés opérant entre la Tchétchénie, la Belgique et la France. Les mêmes qui, un soir, mitraillent à l’arme lourde un peloton de gendarmerie au sud de Paris.

Que veulent-ils ? Qui est cet « Ultime » qui les terrorise et à qui ils obéissent ?

Face à cette barbarie, il faut un monstre. Lise Lartéguy en est un. Le jour, elle est flic au Bastion, aux Batignolles, le nouveau QG de la PJ parisienne. La nuit, un terrible secret la transforme en bête sauvage. Lise, qui peut être si douce et aimante, sait que seul le Mal peut combattre le Mal, quitte à en souffrir, et à faire souffrir sa famille.

Mon avis :

Je connais peu d’auteurs qui œuvrent sur le créneau du roman d’action pure. Je connais encore moins d’auteurs qui le font avec un tel talent. Comme je le disais plus haut, quand on ouvre un livre de JOB, il vaut mieux être en bonne santé, et se préparer à un sprint. Avec Brutale, le sprint va durer 400 pages, dans une course effrénée contre des monstres qui, je l’espère, n’existent pas et n’existeront pas.

Il ne faut pas chercher de message dans ce livre, mais pour autant, on y retrouve les mêmes thèmes qui sont la justice ou l’injustice, et la vengeance expéditive. Le personnage qui va incarner ces thèmes se nomme Lise Lartéguy. Depuis sa plus tendre enfance, elle a des accès de violence qui mettent en danger ses proches. Grace à son père, elle entre dans la police et s’avère être une enquêtrice chevronnée mais totalement hors contrôle. Et lors de ses accès de rage meurtrière, elle devient aussi féroce et mortelle que les ennemis qu’elle pourchasse.

Et c’est parti pour 400 pages de folie. JOB maitrise parfaitement le sens du rythme, alternant les scènes d’action effarantes avec des pauses fort bien venues où il peut approfondir la psychologie de ses personnages. Cela donne un livre que l’on ne peut pas lâcher de la première à la dernière page. Je peux vous garantir qu’il y a des scènes d’action dans ce roman qui sont tout simplement époustouflantes, tout cela grace à ce style si évocateur et visuel et aussi grace à cette faculté de ne dire que ce qui est nécessaire.

Il faut tout de même ajouter que le but des romans de Job n’est pas d’être toujours crédible. Les méchants sont très méchants, les innocents sont gentils. Les traits sont grossis à la limite de la caricature, comme ce que fait Tarantino au cinéma. Et quand il nous lance dans le feu de l’action, la lecture est tout simplement jouissive. J’y ai juste trouvé quelques indices qui tombent du ciel pour guider Lise dans sa quête et j’ai trouvé cela dommage.

Par contre, j’ai eu beaucoup de plaisir à retrouver un personnage que j’aime beaucoup (le Cramé) ainsi que Mako (hommage à Laurent Guillaume), croisés au fil des pages. Et puis, j’y ai trouvé une bande son qui me parle, essentiellement rock (AC/DC, Unwalkers, U2 …) ou bien faite de bruit et de fureur, avec quelques passages de douceur dont Amy Winehouse. Cela donne aussi le ton de ce livre, qui alterne entre action et calme et qui procure une sensation de passer du bon temps. De la bonne vraie littérature divertissante et populaire, quoi !

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude

Bienvenue à Cotton’s Warwick de Michael Mention

Editeur : Ombres Noires

Pas sûr que vous soyez enclins de visiter Cotton’s Warwick, cette petite bourgade perdue en plein milieu du désert australien. D’ailleurs on se demande bien comment des gens peuvent encore habiter cette région aux conditions extrêmes. Imaginez juste cinq secondes : De 10 heures à 17 heures, il y fait plus de cinquante degrés. Voilà un village qui ressemble à l’enfer. Et c’en est un !

Dans ce village, n’y vivent (ou survivent) que des hommes. Leurs femmes se sont toutes suicidées. Et ceux qui restent n’ont pas eu le courage de partir. Alors, ils se retrouvent eu bar, à écluser des bières en attendant que le temps passe, fantasmant sur la propriétaire et serveuse du Warwick Hotel, Karen. C’est la seule femme du village et elle résiste à la bande de dégénérés que sont ses clients. Et quand la solitude se fait trop forte, Karen rêve de « l’autre », le jeune homme enfermé dans l’abattoir et qui dépèce les carcasses de sangliers ou de kangourous.

Dans ce monde plus animal qu’humain, Quinn fait figure de chef. C’est lui qui détient les armes, qui fait régner l’ordre, et qui prêche la bonne parole dans l’église du village, faite de bric et de broc. Outre qu’il s’octroie tous les droits, il en profite aussi pour mener à bien ses petits trafics. Seul Doc, le docteur itinérant dans son hélicoptère, n’est pas dupe et ne se déplace qu’en cas d’extrême urgence, c’est-à-dire quand un des habitants vient à passer l’arme à gauche.

C’est le vieux Pat, le menuisier, que l’on retrouve mort en haut d’un poteau, complètement cuit. Personne ne tient à savoir comment il est mort, et Doc fait juste un aller retour pour confirmer l’insolation. Et ce n’est que le début de la fin …

A nous décrire un coin qui ressemble fortement à l’enfer sur Terre, à nous assommer par cette chaleur insupportable, Michael Mention nous montre comment l’homme n’est finalement rien d’autre qu’un animal. Clairement, on se retrouve dans un endroit où on n’aurait pas envie de rester. C’est une des forces de ce roman, de nous faire vivre cet endroit imaginaire, peuplé de personnages tous plus menaçants les uns que les autres.

En fait, j’adore Michael Mention parce qu’on a la même culture, les mêmes repères. Et on retrouve dans ce roman beaucoup de références comme autant d’hommages à de grands auteurs, qu’ils soient écrivains ou réalisateurs de films. Evidemment, pour son lieu géographique, on pense à Cul-de-Sac de Douglas Kennedy. Mais j’ai toujours pensé à Harry Crews, avec ces personnages déformés, abimés par les dures conditions de vie, avec Quinn qui fait office de chef et presque de Dieu au milieu de nulle-part, et même à Sam Millar avec l’omniprésence de cet abattoir, comme un endroit où nous finirons tous. J’ai aussi pensé à Hitchcock quand les animaux se mettent de la partie, et surtout à John Carpenter par cette façon de créer des scènes d’une tension insoutenable.

Si on peut y trouver plusieurs niveaux de lecture, et chacun se fera son idée, j’en retire surtout l’incroyable inhumanité des hommes, cette volonté de détruire les plus faibles. On pourra aussi y voir une vengeance de la nature face à l’homme qui détruit son environnement et même une dénonciation des violences envers les femmes dans des scènes d’une violence non pas crue ou démonstrative mais tout simplement insupportable dans ce qu’elle ne montre pas mais laisse envisager.

Si ce roman s’avère comme un patchwork où fleurissent beaucoup d’hommages, nul doute que certains colleront à ce roman le statut de roman culte par les différents niveaux de lecture que l’on peut y trouver. En tous cas, ne croyez pas le titre : vous n’êtes pas le bienvenu à Cotton’s Warwick ! Par contre, vous êtes le bienvenu à parcourir ces pages écrites par un auteur décidément à part dans la littérature française.

Ne ratez pas les avis des amis Jean-Marc, Claude et Yvan

Là où les lumières se perdent de David Joy

Editeur : Sonatine

Traduction : Fabrice Pointeau

On pourrait être tenté de comparer Le verger de marbre d’Alex Taylor avec Là où les lumières se perdent de David Joy, surtout si on survole la quatrième de couverture. Certes, ce sont deux romans à classer dans la case « roman rural américain ». Certes, ce sont deux premiers romans. Certes ce sont deux romans sortis au mois d’aout 2016 en France. Mais la comparaison s’arrête là, du moins c’est mon avis. Au départ, c’est la quatrième de couverture qui m’a fait acheter ce livre. Si elle est juste sur l’intrigue du roman, elle en dit beaucoup et m’a quelque peu induit en erreur. Car ce roman parle avant tout d’émancipation.

En Caroline du Nord, tout le monde connait le nom de McNeely. Tout le monde craint le nom de Mc Neely. Car à The Creek, un petit village, vit Charly McNeely, le caïd du trafic de drogue local et sa réputation d’être ultra-violent et intransigeant fait que tout le monde est soit à sa botte, soit a peur de lui.

Jacob McNeely va rendre visite à sa mère, Laura qui est séparée de Charly. En effet, celui-ci l’a virée car elle se droguait trop et devenait paranoïaque. Alors il lui a offert une maison au fond des bois, de façon à ne plus la voir. Jacob fait ça en douce de son père, sinon il pourrait bien recevoir une sacrée correction. Sa mère cherche son ampoule et accuse son fils de l’avoir cachée. Avant que cela ne dégénère, Jacob préfère s’en aller

Arrivé chez son père, celui-ci lui confie une mission, celle de surveiller l’interrogatoire de Robbie Douglas, car il aurait bavé sur les activités de Charly. Le passage à tabac, réalisé en bonne et due forme dans un hangar isolé par les frères Cabe, se termine mal, très mal. Jacob est obligé de nettoyer tout cela et d’emmener Robbie Douglas dans les bois. Nerveusement à bout, Jacob s’incruste dans une fête d’anniversaire et voit Maggie, son amie d’enfance se faire draguer. C’en est trop, il craque et passe à tabac le jeune dragueur. Jacob ferait bien de changer d’air … s’il le peut.

Ce roman est une surprise car, honnêtement, je ne m’attendais pas du tout à cette intrigue. Je m’attendais à une écriture noire et poétique et je me retrouve avec des images sombres et des scènes ultra-violentes. Je m’attendais à une histoire de course poursuite, de survie, et je trouve finalement un thème proche de l’émancipation d’une jeune adulte. Avec une question qui revient sans cesse au long de cette lecture : Pour s’émanciper, faut-il tuer le père ?

Si le sujet a déjà été lu et traité maintes et maintes fois dans le polar, je dois dire que David Joy a bien son style à lui, à défaut d’être original dans les décors ou le sujet. Il ressort de ses phrases une violence, exprimée ou non, qui en fait un livre choc. J’ai même parfois eu l’impression de recevoir des claques, tant j’étais pris dans la lecture aux mots imagés et explicites. Pour autant, ce n’est pas gore (à part quelques scènes, quand même).

Le narrateur, Jacob, est donc un jeune homme de 18 ans, qui est à un tournant de sa vie, puisqu’il est devant un choix crucial : partir ou rester. Rester, c’est vivre en enfer mais dans la facilité. Partir, c’est vivre honnêtement avec Maggie, le paradis quoi ! Enfer ou paradis ? Et tout le livre tient dans la réaction de Jacob à cette situation, sachant ce qu’est la meilleure solution mais se retrouvant plongé dans l’univers de son père. Il m’a fait penser à un chien dont on donne un peu de mou à la laisse pour lui faire croire qu’il est libre, avant de tirer dessus. Ou bien à Al Pacino dans le Parrain 3 qui dit : « Just when I think I’m out, they put me back in ».

C’est en tous cas un premier roman intéressant, qui montre tout le talent d’écriture de ce nouvel auteur, dont il va falloir suivre les prochains sujets. Car je n’ai rien à reprocher à ce livre, ses personnages sont passionnants et l’ambiance bigrement prenante. Une bien belle découverte.

 

Qu’ils crèvent de Michel Vigneron

Editeur : Pôle Nord éditions

J’avais découvert Michel Vigneron dans une enquête de Luc Mandoline, Harpicide. Voici sa dernière création en date, où je retrouve les qualités que j’avais apprécié, même si la violence de certaines scènes m’a gêné.

Quatrième de couverture :

Quelques heures de la vie de deux policiers de la BAC de Cayenne, à la poursuite de tueurs qui ont massacré une vieille femme et un adolescent dealer de crack. Sur fond de règlements de comptes et de trahisons, une traque violente dans les bas-fonds de la capitale de la Guyane.

Policier pendant cinq ans en Guyane, Michel Vigneron a rapporté de son séjour outre-mer un guide touristique à ne pas mettre entre toutes les mains. Qu’ils crèvent ! est une plongée ultra-réaliste dans les multiples trafics et affaires criminelles qui rythment le quotidien de ses anciens collègues. La ville de Cayenne n’aura jamais été autant bousculée dans un polar !

Mon avis :

Cayenne, de nos jours. Nikson est un jeune homme qui ramène un paquet de drogue, du crack sur son scooter. Les flics l’arrêtent parce qu’il n’a pas de casque. Mais il arrive à sortir sans que personne ne s’en aperçoive. Rentré chez lui, des malabars débarquent et le torturent. Ils pensent qu’il a bavé aux flics pour être sorti si vite. Sa mère sort de la cuisine à ce moment là, et les truands n’hésitent pas une seconde, ils tuent la vieille dame.

José et Gaby font partie de la BAC et reçoivent un tuyau de leur indic Edwige. Un cambriolage est en cours. Ils tombent rapidement sur le voleur, qu’ils arrêtent. De retour au commissariat, on leur indique des coups de feu. Ils repartent et découvrent Nikson et sa mère morts au milieu de la salle à manger. La vieille dame est en fait la tante de José et c’est elle qui l’a élevé. La course poursuite commence.

Bienvenue à Cayenne, une ville de Guyane extrêmement pauvre. Les gens ne vivent que du tourisme et on y trouve une société ravagée par la prostitution, le crack et le SIDA. Bienvenue en enfer. Il faut donc avoir un moral d’enfer pour supporter cela au jour le jour. Les flics de la BAC courent d’un crime à l’autre , ne sachant plus où donner de la tête. C’est bien pour cela qu’un jeune arrêté sans casque peut ressortir dans le bordel ambiant du commissariat.

Pour le coup, il faut avoir le cœur bien accroché pour lire ce livre. Car Michel Vigneron ne nous cache rien, de la description des rues aux personnages, des scènes ultra-violentes au contexte. Il rentre dans les détails et nous montre des gens accros à la drogue et au sexe. Les flics dans ce contexte font ce qu’ils peuvent, essayant de faire régler un ordre qui ne veut plus rien dire pour la population.

C’est bien le coté réaliste d’un reportage qui fait toute la qualité de ce roman, allié à une intrigue tirée au cordeau dont la fin vous surprendra. Et le style est à l’avenant, sec, presque brutal. On sent aussi que ce roman tient à cœur à ‘auteur, qu’il a envie de nous ouvrir les yeux, sans rien nous cacher. Vous voilà prévenus, bienvenue à Cayenne, bienvenue en enfer !

Je ne peux que vous conseiller de lire cet article trouvé sur le Net ici, ainsi que d’aller faire un tour sur le site des éditions Pôle Nord éditions

Les noces perdues de Anna Jansson (Toucan)

Il est étonnant de ne pas plus entendre parler de ce roman. Car le début du roman est tout simplement brillant. En ce qui me concerne, j’avais découvert Anna Jansson avec Derrière les remparts, et ce roman m’a surpris car je ne m’attendais pas du tout à cette façon de traiter un tel sujet, à savoir les relations de couple.

En Suède, sur l’île de Gotland, dans la vieille cité de Visby. Maria Wern rentre chez elle après un diner avec Erika et Anders. Erika est une collègue et Anders, son amour du moment, un médecin de district. Sur le chemin du retour qu’elle a décidé de faire à pied, elle entend un appel au secours. Elle aperçoit trois hommes battre à mort un jeune homme. Elle s’interpose et les trois se retournent contre elle. Elle échappe au viol, mais l’un d’eux lui enfonce une aiguille emplie de sang, avant de partir. Et si on l’avait infecté du Sida ?

A l’hôpital, Tomas Hartman, son commissaire, vient prendre de ses nouvelles. Mais elle ne peut lui donner que de maigres indices concernant les agresseurs. Puis, c’est Jonatan Erikson, le spécialiste des maladies infectieuses qui vient la rassurer quant au risque qu’elle court et qu’elle peut faire courir à son amant Per Arvidsson, policier lui aussi. Quand elle se lève à la recherche du jeune homme battu à mort, Linus, elle rencontre son père qui lui annonce sa mort et veut se venger des assassins.

Linn Brogen est infirmière à l’hôpital. Elle rentre chez elle, en pensant à sa fille, Sara, en attente d’une greffe de poumons. Et comme son mari Claes est en mer, elle ne dort pas beaucoup. C’est dans un parking qu’elle se fait agresser par trois hommes ; elle aurait pu être violée si son voisin Harry n’avait pas sorti ses chiens. Ce traumatisme supplémentaire ne va pas arranger ses insomnies, d’autant plus que quelqu’un vient frapper à sa fenêtre en pleine nuit.

Linn va voir Anders pour qu’il lui donne des somnifères. Anders est le genre de médecin à écouter longuement ses patients, ce qui lui fait perdre beaucoup de temps. Mais cela lui permet de les comprendre. Linn ne lui dit rien de son agression, et parle de sa volonté de quitter son mari. Puis c’est Harry qui est hypocondriaque, qui vient consulter et Anders lui prescrit des analyses d’urine.

Un matin, on découvre un corps décapité au sommet d’une colline…

Que ceux qui cherchent des sensations et des romans rythmés passent leur chemin. Il s’agit bien ici d’un roman policier psychologique, où l’auteure prend le temps d’installer ses personnages ainsi que le décor. Le corps de Linn ne sera, en effet découvert qu’après 100 pages, ce qui montre qu’auparavant, on aura eu le temps de se familiariser avec les différents protagonistes.

Le début de ce roman est tout simplement brillant. L’auteure commence par un personnage, lui en fait rencontrer un autre, que le lecteur va à son tour suivre, jusqu’à en rencontrer un troisième que nous allons suivre et ainsi de suite. C’est brillamment fait, et surtout les descriptions sont justes. Certes, l’auteure prend son temps, mais les traits qu’elle dessine sont tous parfaitement placés. A cela s’ajoute le fait que les personnages habitent tous le même quartier, ce qui simplifie les transitions.

Puis arrive le meurtre et l’aspect policier peut se mettre en place. Et même là, l’auteure semble placer l’enquête au deuxième plan, préférant s’attarder sur la vie quotidienne de ces gens qui habitent sur une ile, en presque totale autarcie. Cela permet ainsi de fouiller certains aspects de notre société, et surtout la difficulté des relations humaines, la vie de couple ou bien la difficulté d’être accepté en tant qu’homosexuel. Même si ce roman n’est un pamphlet, chaque personnage incarne un aspect de ces thèmes.

C’est remarquablement fait et c’est psychologiquement passionnant. Il y a bien des passages un peu bavards, surtout vers le milieu du livre, mais ils sont vite effacés au profit d’une fin stressante et surtout inattendue, d’autant plus qu’elle est bien amenée. Ce qui fait que je garderai de ce roman un souvenir particulier, comme un voyage sur cette ile où j’aurais vraiment eu l’impression de vivre auprès de gens simples, engoncés dans leurs problèmes quotidiens. Très bon !

Oldies : A coups redoublés de Kenneth Cook (Livre de poche)

C’est grâce à mes deux amis Jean le Belge et Vincent Gracia que je dois cette lecture fantastique, et il est donc tout à fait normal que je leur dédie ce billet. Et, comme moi, vous ne connaissez pas ce petit roman, il faut absolument que vous couriez chez votre libraire acheter ce roman décidément pas comme les autres.

L’auteur :

Kenneth Cook (1929-1987) est un journaliste, réalisateur, scénariste et écrivain australien. Né à Lakemba (en), en Nouvelle-Galles du Sud en Australie, il étudia à Fort Street High School. Il a fondé un nouveau parti politique ainsi que la première ferme de papillons en Australie. Il est mort d’une crise cardiaque en 1987.

Son roman, Wake in Fright, a été adapté en 1971 au cinéma par Ted Kotcheff sous le titre Réveil dans la terreur.

(Source Wikipedia)

Le sujet :

L’hôtel-bar-discothèque Calpe, isolé au bord de la plage, est un véritable assommoir moderne. Mick et Jenny, les gérants, occupés à servir le plus de verres d’alcool possible, veulent absolument éviter les ennuis en se déchargeant de toute responsabilité.

Mais avec la présence d’une paire d’équarrisseurs assoiffés – comme tous les week-ends – de prostituées et leurs souteneurs, et d’une foule de jeunes au cerveau embrumé par l’alcool et les hormones, le cocktail a tout pour devenir explosif.

Les pulsions brutales des uns, les frustrations des autres vont se combiner et aboutir à ce qui est peu à peu mis en perspective, en parallèle au récit des événements, par de courts extraits du procès à suivre: viol, bagarres, puis issue fatale pour l’un des protagonistes. Le sort des acteurs de ce huis clos est à tel point lié, le drame agissant par ricochets, qu’on aura en fin de compte bien du mal à déterminer qui est vraiment victime, et qui est coupable.

Mon avis :

La forme aussi bien que le fond a une importance dans ce roman. Il s’agit, en alternance, de suivre des personnages, entrecoupés de passages d’un procès, les réquisitoires du procureur général, de l’avocat de la défense et du juge. Mais on ne saura pas ce qui s’est réellement passé, sauf à la dernière ligne.

On y trouve donc Mick et Jenny qui tiennent un gigantesque hotel, et qui accueillent le week-end des jeunes gens qui se saoulent pour oublier leur quotidien de la semaine. Ils n’ont pas d’enfants et accordent plus d’importance à leur chat Mol qu’aux humains. John Verdon travaille aux abattoirs et est doué pour tuer les bœufs d’un coup de marteau bien placé. Autour d’eux s’agitent des personnages entre prostituées et macs, jeunes mineures et travailleurs pour un roman décidément pas comme les autres.

Car on a droit à une belle galerie de déjantés, ne cherchant que l’oubli, oubliant qu’ils ont une once d’humanité. On se retrouve surtout dans un huis-clos qui rappelle les pires scènes de débauche des Romains, comme quoi le monde a bien peu changé. C’est enfin un roman où l’auteur s’en donne à cœur joie pour critiquer la société et même si le roman a été écrit en 1964, il est d’une modernité confondante. Hésitant entre la comédie de situation, la violence pure et l’exercice de style, le roman réussit l’exploit de nous tenir en haleine jusqu’au bout, tout en nous forçant à nous poser des questions sur la justice et l’interprétation des faits, comme sur l’absurdité de la société. C’est un roman coup de poing, une sacrée découverte à propos de laquelle je remercie mon ami Jean Le Belge pour l’envoi.

A mains nues de Paola Barbato (Denoël Sueurs froides)

Conseillé par mon ami Richard, conforté par le billet de Jean Marc, j’ai donc lu ce roman, dont le sujet, bien noir, me semblait bien violent pour me convenir parfaitement. Finalement, il m’aura fallu à peine trois jours pour avaler ces 480 pages. Quel livre !

Davide est un jeune homme de 16 ans, de bonne famille, dont le père est notaire, et qui fête son anniversaire en compagnie de nombreux amis dans une grande propriété. Alors qu’il sort dans la nuit, pour pisser, on lui met une cagoule sur la tête et on l’enferme à l’arrière d’un camion. Dans le noir, il ressent une présence. Soudain, l’autre se jette sur lui, le frappant sans raison. Alors qu’il envisage de se laisser faire, son instinct de survie le fait réagir et il tue son premier adversaire. Reclus de fatigue, il s’effondre.

Il se réveille dans une pièce avec d’autres personnes. La tristesse l’emporte et il fond en larmes. Les autres, très musclés se désintéressent de lui, sauf un, qui va l’endurcir et le considérer plus comme un compagnon que comme un ami. Il va lui apprendre qu’ils sont des combattants, des gladiateurs modernes. Ils doivent tuer pour ne pas mourir. Les entrainements se déroulent dans un camion, mais les matches se déroulent en public.

Il semblerait que le responsable de ce centre de détention s’appelle Minuto. Celui-ci a la soixantaine, mais sa démarche à elle seule impressionne. Il va agir avec plus d’attention envers Davide qu’avec tous les autres. IL va apprendre à Davide comment juger les coups, comment jauger les adversaires, comment tuer à mains nues.

Ce roman est divisé en trois parties. La première raconte l’éducation de Davide et occupe les trois quarts du livre. Les deux dernières parties racontent … mais chut ! Il est bien difficile de parler de ce roman, car aussi bien la quatrième de couverture que le résumé du début que je viens de faire peuvent donner une fausse idée de ce que contient réellement ce roman. Donc, je vais plutôt vous décrire mes impressions de lecture.

Tout d’abord, si on ne m’avais pas conseillé ce livre, je ne l’aurais pas lu. Parce que, quand on entend ici ou là que c’est un roman du niveau de Fight Club, je suis du genre à préférer rester sur l’original plutôt que de lire une copie. La moindre des choses que je puisse dire, est que l’on rentre très vite dans le vif du sujet, car au bout d’une trentaine de pages, Davide a déjà tué son premier adversaire. Et là, une bonne chose, la scène de combat est suffisamment tournée vers le personnage de Davide pour ne pas être explicitement violente. Malgré cela, je vous l’avoue, c’est violent, très violent, mais surtout très bien écrit … et traduit.

Davide se réveille donc dans une sorte de cave. A partir de ce moment, le roman ressemble plus à un huis-clos. Et l’histoire avance forcément avec beaucoup de dialogues et de petites scènes. L’auteure prend son temps pour installer les psychologies des personnages. Je ne vous cache pas que je me suis demandé deux ou trois fois si je n’allais pas arrêter ma lecture, parce que je ne voyais pas où on voulait m’emmener. Mais quelque chose dans le style, dans la construction des scènes a fait que je me suis trouvé accroché, à tel point que j’enfilais les pages sans m’en rendre compte. Au bout d’une journée, j’avais lu 230 pages ! Et passé une nuit amputée de la moitié de mes heures de sommeil.

Dans cette première partie, nous allons assister à l’évolution de Davide, du désespoir initial à la construction d’un assassin, à la fois aidé par son collègue de cave Rafaelo, à la fois éduqué par Minuto son maître. Si je l’appelle maître, c’est parce que les hommes enfermés dans la cave sont appelés des chiens. Ces chiens sont devenus des gladiateurs modernes, combattant dans des arènes pour que des gens nantis puissent profiter du spectacle et parier sur son issue. Nous passons de longues heures dans la cave, sans avoir l’impression que les scènes se répètent et nous assistons à des combats (voire nous participons) à des combats sanglants, dont la force visuelle est et hallucinante et frappante et choquante.

Dans la deuxième partie, Davide sort (et en disant cela je ne dévoile rien de l’intrigue) et c’est la partie que j’ai trouvé la moins intéressante. Puis dans la troisième partie, Paola Barbato se renouvelle d’une façon particulièrement vicieuse et visuellement stressante, pour arriver à un final qui va vous surprendre … jusqu’à la dernière ligne. Et je peux vous assurer que cela n’est pas exagéré, tout se passe réellement dans la dernière phrase !

On pourrait trouver de nombreux messages dans ce roman, le lire à plusieurs niveaux. On peut y trouver une dénonciation du tout spectacle sans limites, ou bien une métaphore de la société où il faut tuer pour progresser. Ou même se demander si l’auteure n’interroge pas sur les origines du mal, sur la naissance d’un assassin. Personnellement, j’avoue que certaines phrases m’ont fait me poser des questions, mais sans plus. Je préfère voir ce roman comme un grand spectacle remarquablement construit, à l’écriture addictive, qui comporte des personnages et des scènes qu’il me sera bien difficile d’oublier. La seule mise en garde que je ferai, c’est : Attention ! Des scènes peuvent choquer des personnes sensibles. Vous êtes prévenus : ça va faire mal !

 Et un grand merci à Coco pour le prêt !