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Moins que zéro de Brett Easton Ellis

Editeur : 10/18 (Format Poche)

Traducteur : Brice Matthieussent

Afin de fêter leurs 60 années d’existence, les chroniques Oldies de cette année seront consacrées aux 10/18.

Et nous commençons en fanfare avec un auteur dérangeant, le trublion Brett Easton Ellis.

L’auteur :

Né à Los Angeles, Bret Easton Ellis passe son enfance à Sherman Oaks, dans la vallée de San Fernando. Il est le fils de Robert Martin Ellis, promoteur immobilier, et de Dale Ellis, femme au foyer, qui divorcent en 1982.

Après des études secondaires dans une école privée, The Buckley School, il suit un cursus musical au Bennington College (l’université qui inspire le « Camden Arts College » dans Les Lois de l’attraction).

Parallèlement à ses études, il joue dans divers groupes musicaux, dont The Parents. Il est toujours étudiant à la sortie de son premier livre, Moins que zéro. Bien reçu par la critique, il s’en vend 50 000 exemplaires dès la première année.

En 1987, Bret Easton Ellis s’installe à New York pour sortir son deuxième roman Les Lois de l’attraction. Le roman est adapté au cinéma en 2001 par Roger Avary et interprété par James Van Der Beek et Jessica Biel. C’est dans ce livre que l’on voit apparaître un personnage nommé Patrick Bateman, que l’on retrouvera dans son roman suivant.

Son ouvrage le plus controversé est sans doute American Psycho (1991). Son éditeur Simon & Schuster lui avait versé une avance de 300 000 dollars pour qu’il écrive une histoire à propos d’un serial killer. À la suite de nombreuses protestations, l’éditeur refuse de publier le roman. En effet, celui-ci est considéré comme dangereusement misogyne. Il sort finalement en 1991, édité par Vintage Books. Certains voient dans ce livre, dont le protagoniste Patrick Bateman est une caricature de yuppie matérialiste et un tueur en série, un exemple d’art transgressif. American Psycho est porté à l’écran en 2000 par Mary Harron, le personnage principal étant interprété par Christian Bale.

(Source : Wikipedia)

Quatrième de couverture :

La révélation des années quatre-vingt assurément. Le premier livre du sulfureux Ellis, qui n’a alors que vingt ans, est un choc. À sa sortie pourtant, « Moins que zéro » est modérément accueilli par les critiques américains. Il connaît en revanche un énorme succès en France.

L’histoire, un puzzle dont on ne cesse de replacer les morceaux, est celle de personnages interchangeables, jeunes gens dorés sur tranche, désœuvrés et la tête enfarinée. L’un s’ennuie à mourir dans son loft de deux cents mètres carrés, l’autre cherche désespérément un endroit ou passer la soirée et tout ce joli monde de dix-huit ans à peine se téléphone et se retrouve dans les lieux les plus chics de Los Angeles. Pour méditer, bien entendu, sur les dernières fringues à la mode ou le meilleur plan dope de la ville. Et les parents dans tout ça? Ils sont trop occupés et stressés par leurs boulots, leurs maîtresses ou leurs psychiatres pour voir ce que devient leur charmante progéniture.

Au bout du compte, on a l’impression d’un immense vide, d’une vie qui n’a plus aucun sens. Et là où l’on était d’abord agacé, on finit par être ému, puis révolté. Car, c’est toute la force d’Ellis de nous faire comprendre que ce monde roule un peu trop souvent sur la jante. Stellio Paris.

Mon avis :

Pour un fan de cet auteur comme moi, la curiosité aiguisait mes appétits et j’attendais une occasion de lire ce roman. Ecrit à l’âge de 21 ans, il apparait comme une œuvre impressionnante de maturité. Déjà, il impose son style, très détaillé, à tel point que chaque geste évoqué nous donne l’impression de voir un film se dérouler devant nos yeux. Quant au sujet, il s’agit toujours d’une autopsie de la société américaine, en même qu’une charge féroce contre son anti-culture.

Clay revient à Los Angeles pour les vacances de Noël et retrouve ses amis et sa petite amie. Pendant deux semaines, il va arpenter les soirées, boire, fumer, sniffer, tout en observant ses contemporains. Fils d’un couple divorcé ultra-riche, il ne fait rien car ne trouve aucun intérêt à sa vie, et joue le rôle de suiveur, de témoin d’une génération en mal de repères et se laissant berner par les plaisirs faciles.

Mais derrière ces atours ensorcelants, Brett Easton Ellis nous peint une société propre sur elle, mais qui derrière le décor, se révèle la plus horrible possible. Entre son voisin fan de nazisme, une de ses connaissances qui utilise une jeune fille comme esclave sexuelle, ses amis qui se laissent aller aux pires vices, Clay nous montre les racines de cette société sans réel fondement que celui du fric qui cherche toujours plus de frissons au mépris des lois.

Plus calme que ses deux romans suivants, moins gores, mais tout aussi marquants, ce roman est sans pitié sur ces jeunes gens riches qui ne savent rien faire d’autre que profiter, de leur argent et des autres. D’ailleurs, Clay le dit plusieurs fois : « On peut disparaitre ici sans même s’en apercevoir ». Je vous rajoute aussi une phrase qui fait froid dans le dos de la part de Rip, un copain de Clay : « Quand on veut quelque chose, on a le droit de le prendre. Quand on veut faire quelque chose, on a le droit de le faire. » (Page 228). J’ajouterai sans aucune limite, le No Limit des années Carter puis Reagan.

Je tiens à signaler la traduction exceptionnelle de Brice Matthieussent, et ne peux que vous conseiller de plonger dans ce roman puis d’enchainer avec Les lois de l’attraction et American Psycho tout en vous mettant en garde sur des scènes ultra-violentes dans ces deux derniers, pour mieux enfoncer le clou.

Traverser la nuit d’Hervé Le Corre

Editeur : Rivages/Noir

Acheté dès sa sortie en début d’année, je m’étais mis ce roman de coté pour mes ultimes lectures de 2021. Annoncé comme un roman noir, c’est effectivement une lecture qu’il vaut mieux entamer avec un bon moral, tant le ton y est sombre.

Un homme est retrouvé à un arrêt de tramway, vraisemblablement ivre. Les flics le ramènent au poste de police et se rendent compte que son tee-shirt est ensanglanté. Pour récupérer l’habit, ils lui enlèvent les menottes mais le prisonnier en profite pour prendre un pistolet. Mis en joue, l’homme ne sait quoi faire, puis se jette par la fenêtre. Quelques étages plus bas, sur le trottoir, la flaque de sang s’agrandit.

Louise a pris la bonne décision ; elle a pris son fils Sam et a quitté le domicile conjugal. Elle n’en pouvait plus qu’il la roue de coups chaque fois qu’il avait trop bu. Après avoir conduit son fils à l’école, elle va faire le ménage chez des petits vieux et faire leurs courses, avec cette menace pesante que son mari pourrait bien la retrouver.

Le commandant Jourdan entre dans l’appartement. La voisine a entendu les coups de feu, cinq ou six. La femme a été abattue dans la salle de bains, les corps des trois enfants parsemés dans la salle de séjour et le couloir, tués froidement. Le forcené s’est réfugié dans sa belle famille pour les descendre. Quand Jourdan arrive, la maison est bouclée et il décide d’y aller seul.

Christian vit seul et rend souvent visite à sa mère. Il doit subir les différentes humeurs, en général mauvaises, de ses clients à qui il livre des matériaux de construction. Depuis son retour du Tchad, il est pris de bouffée de haine, qu’il assouvit en poignardant de jeunes femmes rencontrées au hasard. Justement, il vient d’en repérer une à la sortie d’un bar. Cela lui donne comme une bouffée, une pulsion incontrôlable.

Bâti autour de trois piliers, des personnages plus vrais que nature, inoubliables, Hervé Le Corre construit un roman noir implacable, d’une noirceur et d’une violence brutale. Que ce soit Louise, Jourdan ou Christian, il nous présente trois âmes en peine, en souffrance : Louise obligée de s’en sortir seule et sous la menace constante de son ex-compagnon, Jourdan plongé dans les pires horreurs des drames familiaux et Christian obligé de tuer pour calmer ses pulsions.

Toutes ces scènes mises bout à bout vont passer en revue leur vie somme toute banale, dans une société que l’auteur nous montre sans pitié, ayant perdu toute humanité, où on est capable de frapper, de tuer sans raison. Il est par conséquent difficile de retenir son souffle, d’autant plus qu’on s’empêche de respirer devant tant de noirceur, grâce à la minutie apportée à la psychologie des personnages principaux et secondaires.

Si on sait qu’Hervé Le Corre fait partie des meilleurs auteurs de romans noirs français, il confirme ici sa capacité à nous plonger dans une réalité d’une noirceur infinie grâce à sa plume capable de décrire l’horreur et de décrire poétiquement une ville en automne, où derrière les ombres se cachent les monstres. Comme je vous le disais, il vaut mieux avoir le moral avant d’attaquer ce livre fantastiquement noir, sans nuances, et ce n’est pas la fin qui va vous soulager. Malgré cela, le monde doit continuer à tourner …

La chasse

Cette année, nous avons vu apparaitre deux romans portant le même titre, d’où l’idée de les regrouper dans le même billet. Ils n’ont rien à voir l’un avec l’autre, ni dans le sujet traité, ni dans le genre abordé.

La chasse de Gabriel Bergmoser

Editeur : Sonatine

Traducteur : Charles Recoursé

Maintenant. Franck tient une station-service à 10 kilomètres de la ville, ce qui fait qu’il ne voit quasiment personne. Pour rendre service à son fils, il garde Allie, sa petite-fille de 14 ans. Deux jeunes gens s’arrêtent pour cause de panne de voiture. Puis une autre voiture déboule. Une jeune femme en sort, et s’écroule, couverte de boue et de sang.

Avant. Simon veut découvrir l’Australie authentique et part à l’aventure. Dans un bar, il rencontre une jeune femme, Maggie. Ils décident de faire la route ensemble, et elle choisit la route à l’aide d’une carte étalée sur les genoux. Ils débarquent bientôt dans un village perdu en plein désert, un village à l’atmosphère étrange.

On a affaire à un pur roman d’action et les comparaisons indiquées sur la quatrième de couverture sont quelque peu erronées. Seule la mention de Sam Peckinpah peut donner une idée de cette intrigue et de la façon dont elle est menée. Après être déclinée sur deux fils narratifs, l’histoire va rapidement se concentrer sur l’assaut de la station-service, et là, c’est un véritable massacre.

Le style, direct, descriptif et sans concession, laisse la place à l’action avec une ultra violence, ce qui fait que je conseillerai d’éviter ce roman aux âmes sensibles. Il faut dire que les habitants de ce village n’ayant aucune limite veulent coute que coute récupérer Maggie, dans un univers proche de Mad Max, sans l’humour mais avec l’hémoglobine. Un bon roman, bien violent, et surtout un premier roman d’un auteur intéressant dans sa façon de gérer ses scènes.

La chasse de Bernard Minier

Editeur : XO éditions

Octobre 2020. Un homme court dans les bois, poursuivi par ses assassins. Il débouche, apeuré, sur une petite départementale. Les phares d’une voiture l’éblouissent ; le conducteur, un infirmier, n’a pas le temps de freiner. Le choc est fatal. Quand il sort de sa voiture, l’infirmier s’aperçoit qu’il s’agit d’un homme nu, portant une tête de cerf irrémédiablement fixée sur son occiput.

L’équipe de Servaz est appelée sur place, celui-ci étant étonné de devoir intervenir sur un accident de la route. Quand il se penche sur le corps, il aperçoit le mot JUSTICE gravé sur la poitrine du jeune mort. Peu après, il obtient son identité : Moussa Sarr, 18 ans, reconnu coupable d’un viol et tout juste relâché de prison. Il semble que certains veuillent se faire justice eux-même.

Dans cette enquête, Martin Servaz doit faire face à quelques changements. Son nouveau patron se nomme Chabrillac, et semble être le genre d’homme à ne pas se mouiller, trop politique. Et il doit intégrer un petit jeune, Raphael Karz, tout juste sorti de l’école de police. Bref, Bernard Minier dévoile tout son art à mettre en place un scénario avec un déroulement dont il a seul le secret.

Pour autant, après le cycle consacré à la poursuite de Julian Hirtmann, Bernard Minier sort de son confort pour nous parler de nous, de notre société. Il a minutieusement choisi son thème pour parler de la place de la police dans notre société, du mal-être de ceux sensés faire régner l’ordre et détestés par le plus grand nombre, mais aussi des journalistes qui mettent de l’huile sur le feu, des trafiquants de drogue et des cités. Bref, voilà un vrai bon roman social dans lequel l’auteur s’engage, et qui nous surprend par le fait qu’on ne l’attendait pas sur ce terrain là. Très bien.

Oldies : Les effarés de Hervé Le Corre

Editeur : Gallimard Série Noire (1996) ; L’éveilleur (2019) ; Points (2020)

En cette année 2020, nous allons fêter les 50 années d’existence de la collection Points, et les 40 ans de Points Policier. C’est l’occasion de revenir sur un roman paru à l’origine à la Série Noire et réédité à juste titre, qui est le troisième de ce grand auteur français du Noir.

L’auteur :

Hervé Le Corre, né le 13 novembre 1955 à Bordeaux, est un auteur de roman policier.

Hervé Le Corre fréquente le lycée Michel-Montaigne, où il obtient son baccalauréat, série littéraire, en 1972. Il suit ensuite des études de Lettres à l’Université Bordeaux Montaigne.

Professeur de lettres dans un collège de Bègles, il est un lecteur passionné entre autres de littérature policière. Il commence à écrire sur le tard à l’âge de 30 ans des romans noirs et connaît un succès immédiat.

Son écriture, le choix de ses personnages, l’atmosphère assez sombre de ses livres le placent d’entrée parmi les auteurs français les plus noirs et les plus primés du roman policier hexagonal. Ses romans ont été primés à de nombreuses reprises.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Des jeunes désœuvrés qui matent des revues pornos, un trio de petites frappes qui commettent l’irréparable pendant le braquage d’un camion dont ils tuent le chauffeur, un commanditaire sans scrupule qui se fait confier une gamine tentant d’échapper aux griffes de son beau-père, une inspectrice de police lâchée au milieu de ce microcosme adipeux où règne la loi du plus fort ou du plus crapuleux…

Les figures de ce roman naviguent dans les eaux troubles d’un quartier à l’abandon en bord de Garonne, à l’ombre d’un immense immeuble voué à la démolition. Violent et réaliste, sans concession ni pathos, Hervé Le Corre déploie dans l’un de ses premiers romans, enfin réédité, sa vision d’une société corrompue où peut sourdre une lumière pas toujours si inquiétante qu’on le craindrait.

Mon avis :

Richard et Manuel sont deux petites frappes que l’ont charge d’un braquage : quand le chauffeur du Poids Lourd ira se chercher un sandwich, ils devront voler le camion empli de magnétoscopes. Mais en fait de braquage, cela se termine en tabassage à mort quand Richard perd le contrôle. Puis ils conduisent leur chargement jusqu’à un hangar où les attend leur commanditaire, François.

Bienvenue dans la cité Lumineuse du quartier de Bacalan, dans le Nord de Bordeaux. De ce fait divers violent, Hervé Le Corre va se faire le témoin de la vie des cités dans les années 90. Mais est-ce que cela a tant changé ? Avec son style direct, brut et violent, ne dépassant jamais les 10 pages, ce roman se lit d’une traite et parle de la société d’alors comme le ferait un reportage.

Car au-delà de ces voleurs, Hervé Le Corre y ajoute beaucoup de personnages, tant trafiquants que flics, simples habitants que femmes maltraitées ou violées, et nous assène des scènes d’une violence non pas démonstrative mais crue. Sans vouloir être trop explicite bien que certaines figures de style démonstratives soient bavardes, il nous plante le décor de cette société en transformation vers le pire, que ce soit vis-à-vis de la place de la femme dans la société, de la violence dont celle faite aux femmes ou de l’irrespect qui mène au crime.

C’est une société sans espoir, noire au possible que l’auteur nous décrit, comme une sorte de prémonition de ce qu’elle est devenue aujourd’hui. Et l’écriture est parfois noire, parfois poétique, parfois rouge sang pour décrire ce contexte de déchéance. A ce titre, ce roman a sa place aux cotés des romans de Thierry Jonquet entre autres. Un roman effarant, comme son titre.

Oldies : Bad City Blues de Tim Willocks

Editeur : Editions de l’Olivier (Grand Format) ; Points (Format Poche)

Traducteur : Elisabeth Peellaert

En cette année 2020, nous allons fêter les 50 années d’existence de la collection Points, et les 40 ans de Points Policier. Et quoi de mieux que de revisiter le premier roman de Tim Willocks, un vrai hard-boiled.

L’auteur :

Tim Willocks est un médecin et écrivain britannique né en 1957 à Stalybridge (dans le Grand Manchester), en Angleterre. Il est auteur de romans policiers. Il vit aujourd’hui à Rome.

Tim Willocks est un médecin, formé à la fois en tant que chirurgien et psychiatre.

Il peint son propre portrait à travers les caractères de différents personnages de ses romans. On retrouve ainsi un personnage central avec une connaissance approfondie en médecine, en drogues et en arts martiaux. Willocks est lui-même ceinture noire de karaté. Il est aussi un grand fan de poker.

Son premier roman, Bad City Blues a été adapté au cinéma. Il a également coécrit le documentaire de Steven Spielberg, The Unfinished Journey.

Son roman La Religion se déroule pendant l’année 1565 durant le Grand Siège de Malte, et est le début d’une trilogie romanesque ayant pour héros Mattias Tannhauser. Le deuxième tome s’appelle Les douze enfants de Paris.

Doglands, publié en France en 2012 aux éditions Syros, est son premier roman pour la jeunesse. Il a obtenu en 2012 la Pépite du Roman adolescent européen au Salon du Livre Jeunesse de Montreuil.

(Source Wikipedia complété par moi-même)

Quatrième de couverture :

Callie, ex-prostituée camée à la cocaïne, réussit le casse du siècle en braquant la banque de son mari : un million de dollars à partager avec Luther Grimes, un vétéran du Vietnam reconverti dans le trafic de stupéfiant. Pour doubler son complice, la belle séduit son frère, Cicero Grimes, un psy déjanté. Et le capitaine Jefferson, un flic sadique, espère bien récupérer sa part du butin…

Tim Willocks est psychiatre, scénariste, producteur et écrivain. Souvent comparé à James Ellroy ou Norman Mailer, il est l’auteur de plusieurs polars d’une intensité et d’un réalisme rares.

« Il faut lire ce roman noir déjanté, hystérique, unique. » Lire

Mon avis :

Callilou Carter, Callie pour les intimes, ex-prostituée, ex-droguée est mariée avec le pasteur de l’Eglise évangéliste du Seigneur, Cleveland Carter. Cleveland est aussi le propriétaire d’une banque qui vient de subir un casse. Il vient d’apprendre que Callie a renseigné les voleurs et qu’elle revient de chez son amant Cicero Grimes. Après quelques maltraitances elle parvient à s’enfuir.

Cleveland Carter fait donc appel à Clarence Seymour Jefferson, le capitaine de police. Ce dernier voit très vite que la situation peut tourner à son avantage. Il flingue le pasteur et part à la poursuite du million de dollars, qu’il va pouvoir garder pour lui. Car Jefferson est plutôt du genre à ne pas faire dans la demi-mesure.

Dans le genre plongée dans un monde de déjantés, ce roman se place en bonne position. Entre Callie, Jefferson et les frères Grimes, tous sont plus cinglés les uns que les autres, avec une forte dominance pour la violence, voire le sexe, voire le sexe violent. Ne croyez pas qu’il n’y a pas de scénario, car même s’il est simple, il offre de belles parenthèses entre passé et futur, entre réalité et illusion.

Il n’empêche qu’il ne vaut mieux pas mettre ce roman entre toutes les mains, le style étant explicite et les décors et actions remarquablement bien décrites jusqu’à devenir insoutenables dans certains cas (enfin, moi, j’ai passé des paragraphes …). C’est le genre de roman à réserver aux aficionados de scénario bien fait mais ultra violent. Vous voilà prévenus.

Celle qui pleurait sous l’eau de Niko Tackian

Editeur : Calmann Levy

Après une infidélité à son personnage récurrent, Niko Tackian revient à Tomar Kahn, à travers une enquête qui va nous plonger dans une actualité sociétale dramatique, la violence faite aux femmes. C’est un polar costaud.

Une jeune femme a été découverte dans la piscine Pailleron, flottant en plein milieu, ses cheveux comme une corolle. Apparemment, elle s’est ouverte les veines et n’avait aucune chance de s’en sortir. La question qui se pose est : comment a-t-elle fait pour s’introduire dans l’établissement de nuit, alors qu’il est fermé au public ? Et puis, pourquoi a-t-on repéré des traces de pied plus grands que sa pointure ?

On sait bien peu de choses à propos de Clara Delattre, si ce n’est qu’elle venait souvent faire de la natation, qu’elle était instituteur et qu’elle était du genre solitaire. On sait tout juste par une collègue de travail qu’elle avait rencontré un homme. L’autopsie démontre qu’elle a pris des anticoagulants, ce qui finit par convaincre la hiérarchie policière qu’il s’agit bel et bien d’un suicide. Et sa relation avec le maître-nageur José Mendez ne semble être qu’un non-événement.

Le commandant Tomar Kahn n’a pas trop la tête à se pencher sur ce cas, d’autant plus que tout converge vers un suicide. L’arrivée d’une nouvelle procureure Ovidie Metzger va bouleverser son quotidien, d’autant plus qu’elle veut faire le jour sur l’assassinat de Thomas Müller, un inspecteur de l’IGPN qui voulait mettre en cause Tomar. Et puis, la mère de Tomar, Ara, a affaire avec des voisins dont la femme subit les assauts violents de son mari. Seule Rhonda Lamarck, la lieutenante et amante de Tomar, ne croit pas au suicide et s’obstine à faire éclater la vérité.

Construit comme un scénario de film, ce roman va vite à l’aide de ses chapitres courts. Je ne vais pas revenir sur les qualités d’auteur de Niko Tackian, tant tout y est construit avec beaucoup d’application et de savoir-faire. A part des paragraphes un peu longs à mon goût, les descriptions sont efficaces, les dialogues exemplaires de concision et il est bien difficile de trouver des défauts dans ce roman policier costaud.

Si les deux précédentes enquêtes (Toxique et Fantazmë) reposaient sur le personnage principal, Tomar Kahn, celui-ci se divise en deux entre Tomar et Rhonda. Tomar va essayer de lever les doutes sur les accusations qui le visent, et Rhonda va se pencher sur le cas de ce soi-disant suicide. Si le passé des personnages est bien expliqué au début du roman, je vous conseille tout de même de lire les deux précédentes enquêtes de Tomar, ne serait-ce que pour suivre l’évolution du personnage et des intrigues connexes.

Un dernier mot concernant ce roman et le sujet de fond abordé ici. Tous les trois jours, une femme meurt sous les coups de son conjoint. Et on ne parle pas des femmes (ou hommes) poussés au suicide. Faut-il que le polar aborde mille fois ce sujet pour que, enfin, quelque chose bouge ? La France est-elle à ce point dans l’immobilisme pour ne pas prendre de mesures afin que cela cesse ? C’est le deuxième roman qui aborde ce thème que je lis, après Du poison dans la tête de Jacques Saussey (French Pulp). Je vous conseille fortement ces deux lectures, car les deux sont des polars costauds.

Laisse le monde tomber de Jacques Olivier Bosco

Editeur : French Pulp

Jacques Olivier Bosco, dit JOB, est un des meilleurs dans la littérature française en termes de polars d’action. Il est capable de vous construire des scènes visuelles telles que l’on se trouve plongé en plein milieu d’un champ de bataille. On en baisserait presque la tête pour éviter de se prendre un projectile. Son petit dernier rajoute une corde à son arc.

Budapest, au début de l’hiver. Deux flics ramassent une jeune fille mineure pour la ramener au poste. Il faut dire qu’il fait froid et qu’elle est mignonne, elle pourrait rassasier des collègues frustrés. Alors qu’ils la laissent dans une pièce chauffée, elle va ouvrir une porte de secours pour faire entrer un commando de choc. Armés de couteaux et de mitraillettes, ils assassinent tout l’effectif policier.

Meudun, banlieue de Paris. Dans un terrain vague, au milieu de barres logeant des milliers de gens pauvres, un corps est retrouvé atrocement mutilé. Découpé, le visage arraché, il semblerait que le jeune garçon a été attaqué par un fauve. On se croirait dans un roman, Le chien des Baskerville pour ne pas le nommer. Après l’autopsie, il semblerait que quelques morceaux du visage aient été découpés avec un instrument tranchant.

La substitut du procureur est bien tentée de confier cette affaire à la Police Judiciaire. Mais pour faire une fleur à JEF, elle laisse l’affaire à la police locale. JEF, c’est Jean-François Lenantais, alcoolique notoire. Il est affublé d’Hélène Lartigue, dite La Trique pour son physique de petite femme costaude. Bientôt ils vont faire la connaissance de Tracy de la brigade des stupéfiants.

Ces trois-là ont bien des points communs. Ils ont tous des cicatrices, de celles qui vous marquent à vie, pire que des tatouages, qui eux ne font mal qu’en surface. Mais ils ont tous la même rage qui les habite et la même volonté d’agir devant une société et une hiérarchie qui ont baissé les bras. Le titre est d’ailleurs tiré d’un dialogue : « Que veux-tu que l’on fasse ? Qu’on laisse le monde tomber ? »

JOB ajoute donc une corde à son arc, celle d’une plongée dans un quotidien noir, sale, glauque. En prenant comme décor la banlieue parisienne, JOB nous propose presque un document, une enquête journalistique sur la réalité qu’on ne voit pas. Il y ajoute aussi un scénario rondement mené. Si les personnages sont un peu caricaturaux, la démonstration de leur motivation est exemplaire sans être balourde, et est aussi passionnante que ce que nous montre un Didier Fossey, par exemple.

Avec son style toujours aussi efficace, avec sa science de montrer des scènes d’action fantastiques, avec son sens du rythme, JOB nous emmène dans les bas-fond des banlieues, ceux des trafiquants, des tueurs, mais aussi des gens normaux qui doivent subir cette situation au quotidien. Et au milieu de ce décor de guerre latente, il y a les flics, pour qui plus personne n’a de respect, puisqu’ils sont plus gênants qu’autre chose. D’ailleurs, JOB évite le poncif du flic corrompu, et c’est tant mieux !

Tout cela donne un roman policier fort, noir et dérangeant. Dérangeant par ce qu’il montre, dérangeant par ce qu’il nous assène, dérangeant aussi par sa violence crue. Ne voulant pas prendre parti, il ne nous épargne rien ce qui nous amène à éprouver du respect pour ces flics dans un monde sans espoir. Ce n’est pas un roman militant, mais un roman vrai qui soufre à mon avis d’une violence débridée, explicite qui m’a personnellement gêné. Ce sera mon seul bémol, vous êtes prévenus.

 

Cool killer de Sébastien Dourver

Editeur : Editions de la Martinière

Normalement, je n’aurais pas parlé de ce roman, s’il n’y avait des thèmes qui m’ont interpellé. C’est un premier roman, et l’auteur, qui travaille dans les média, a montré toute sa passion dans ce sujet.

Alexandre Rose rentre chez lui, retrouver sa femme et ses enfants qu’il n’aime pas. Quand un adepte de la trottinette arrive en face de lui, il fait un petit pas de coté et lui assène un coup d’épaule. Le passager perd l’équilibre et tombe sur la voie chaussée, au moment où un camion arrive et l’écrase. Alexandre jette un coup d’œil, vérifie qu’on ne l’a pas vu et rentre chez lui, comme si de rien n’était.

Sur les chaines d’information continue, Infononstop tient le haut du pavé. Une journaliste stagiaire l’appelle au téléphone pour avoir son témoignage. Elle a surement eu son numéro grâce à la police. L’accident a été filmé par des touristes et la vidéo a été vue par des millions de personnes. Immédiatement, il vérifie qu’on ne le voit pas sur la vidéo et se rassure. D’ailleurs, il aimerait bien en savoir plus sur cette journaliste, Clothilde Collard.

Alexandre Rose est un génie de l’informatique, et travaille dans une entreprise qui propose aux internautes des liens ou vidéo en les adaptant à leurs goûts et leurs besoins, à l’aide de l’algorithme génial qu’il a créé. Il décide de démissionner et de créer un forum où les gens peuvent se lâcher en écrivant des scènes de meurtres envers les gens qu’ils n’aiment pas. Il appelle son entreprise Cool Killer. Quand des meurtres reproduisent ce que les internautes, son succès est immédiat. Mais son objectif est d’aller bien au-delà.

Ce roman est le genre de roman où on est clairement dérangé, mis à mal dans notre confort. D’un style méchant et hargneux, il pousse le vice jusqu’à nous mettre dans la peau de complices de ses inactions. Entendons nous, Alexandre Rose ne va pas se salir les mains et faire agir les autres en les manipulant. Et cela devient une manipulation qui va bien au-delà de ce que l’on peut imaginer.

Clairement, ce roman n’est pas à mettre entre toutes les mains, et flirte souvent avec la ligne jaune. Entre apologie de la violence et dénonciation de l’utilisation d’Internet, voulue ou non, l’auteur va dérouler son intrigue en flinguant Internet mais aussi les politiques et les médias. Et son explication est, je dois l’avouer, convaincante ; c’est bien ce qui est inquiétant dans ce roman.

Aujourd’hui un site qui est capable de récupérer toutes vos données, vos photos, vos vidéos, peut vous proposer l’objet idéal que vous cherchez. Laissez aller votre imagination … le voisin qui vous fait chier, vous les mettriez bien dans une fosse emplie de crocodiles. Ce roman montre et démontre toute l’inhumanité du monde quand on lui donne l’occasion de se lâcher et d’effacer toutes les limites.

C’est un roman extrêmement dérangeant, qui rappelle Fight Club de Chuck Palaniuk par son coté anarchiste. Le monde est en pleine décadence et il faut mettre un gros coup de balai. Celui qui va s’y atteler s’appelle Alexandre Rose et ce roman sulfureux fait froid dans le dos, ne se posant aucune limite dans l’horreur sans pour autant avoir une scène gore. Il laisse juste notre imagination imaginer l’inimaginable. Je ne peux pas dire que j’ai aimé, mais je l’ai lu très vite, il m’a fait réagir et je ne risque pas de l’oublier. Car j’en ai retiré beaucoup de questions dérangeantes. Avis aux amateurs …

Enfermé.e de Jacques Saussey

Editeur : French Pulp

Avant d’entamer les romans de 2019, je vous propose de revenir sur quelques lectures de l’année précédente qui furent marquantes, c’est le moins que l’on puisse dire. Et je vais commencer par le dernier roman en date de Jacques Saussey, que j’adore, et qui sera l’auteur que j’aurais le plus lu en 2018, avec 3 romans à mon compteur personnel : 7/13 (Toucan) qui va sortir au format poche en février, De sinistre mémoire (French Pulp) et celui-ci.

On a l’habitude de suivre les enquêtes de son couple de flics Daniel Magne et Lisa Heslin, mais cet auteur de polars nous offre parfois des romans orphelins comme Sens interdits, une enquête de Luc Mandoline ou Le Loup Peint. Avec Enfermé.e, c’est encore le cas puisque nous allons suivre la vie de Virginie, cette petite fille née dans un corps de garçon. Avec ce roman, Jacques Saussey nous montre les souffrances subies par quelques jeunes gens, qui ne sont pas compris par les règles bien-pensantes de notre société.

Je ne vais pas insister à nouveau sur le talent de Jacques Saussey de construire des intrigues complexes, s’amusant à aller et venir, voyager entre présent et passé avec une facilité déconcertante mais oh combien plaisante. Virginie, qui est le seul personnage du roman à avoir un prénom, aura très tôt la certitude d’avoir été trompée par la nature, elle qui se sent jeune fille puis femme et qui est enfermée dans un corps de garçon.

De l’incompréhension, le désespoir, le refus et la violence de ses parents, elle n’en tirera que plus de détermination à vivre sa vie. Elle subira aussi les moqueries, les coups des enfants de sa classe. Elle passera des heures et des heures, jeune adolescente, à raconter ce qu’elle ressent à un psychiatre alors qu’elle arrive à l’adolescence, parce qu’il est persuadé qu’il peut la sauver ( ! ). Elle quittera le cauchemar familial vers 18 ans et vivra avec La Fouine et Beau Gosse qui sont les deux amis qui la comprendront.

Et puis, avec eux deux, ils planifieront un casse, un petit larcin qui se terminera mal pour les deux amis de Virginie qui se feront tuer. Elle se retrouvera à nouveau enfermée, en prison cette fois-ci, où elle subira à nouveau la violence, les coups, les viols. A sa sortie, elle trouvera un travail dans un hospice, un asile de vieux, un mouroir, où elle se sentira enfermée, encore, toujours.

Construit de courts chapitres, chacun racontant une scène marquante de la vie de Virginie, le roman va s’avancer doucement en nous montrant sans insister le cauchemar de ce jeune garçon né jeune fille. Il nous montrera la haine des autres envers ceux qui ne sont pas comme eux, il nous montrera l’incompréhension, il nous montrera la douleur de vivre en subissant des règles trop étriquées.

Ne croyez pas que je vous ai tout dit de ce roman par ce long résumé, car il se passe encore beaucoup de choses, et chaque scène est comme une plaidoirie envers ces personnes mal dans leur peau parce que nées dans le mauvais corps. C’est aussi et surtout un beau réquisitoire contre les racistes ou homophobes ou quelque soit leur nom, les étroits du bulbe qui n’acceptent pas les gens différents d’eux.

C’est un roman dur, très dur, et le style se fait discret, direct comme si l’auteur avait voulu rester en retrait de son histoire forte, et laisser Virginie parler, la mettre au devant de la scène, elle qui veut avant tout vivre sa vie. C’est un roman dur, très dur mais utile et important car il nous pose des questions sans nous imposer des réponses. C’est un roman dur, très dur que vous vous devez de lire.

Et un grand merci à Valérie pour le cadeau !

My absolute darling de Gabriel Tallent

Editeur : Gallmeister

Traductrice : Laura Derajinski

Attention, coup de cœur !

Bénéficiant d’avis dithyrambiques, je m’étais gardé ce roman pour la fin de l’année. Et quand j’ai ouvert le livre, j’avais un peu peur, peur de passer à coté, peur de ne pas être touché, peur d’être déçu. Bon sang … quel roman !

Elle s’appelle Julia, se surnomme elle-même Turtle. Son père Martin l’appelle Croquette. Elle a 14 ans et n’a de cesse de se construire. Ce matin-là, elle nettoie son arme à feu, avant que son père ne lui demande de venir s’entraîner au tir. Quand il entre dans la cuisine de leur petite maison, en face de l’océan, elle braque l’arme sur lui. Va-t-elle tirer ? Non, pourtant il le faudrait. Son père insiste sur la nécessité de se défendre, d’être forte pour se préparer quand le monde se détruira. Car le point de non-retour est atteint. Après la séance de tir, son père la frappe, ou la viole. Turtle le déteste pour ça, mais elle l’aime aussi. Il est le seul qui prend soin d’elle, qui le protège contre le monde, qui la prépare au pire.

Julia fait ses devoirs avec son père, mais n’y arrive pas. Car elle est persuadée de ne pas y arriver. Alors il finit par s’énerver puis, philosophe, sait que cela ne sert pas à grand-chose : Bientôt seules les armes parleront. Au collège, Turtle n’a pas d’amis, pas même de « relations ».  Anna, sa professeure de langue voudrait bien l’aider, car elle sait que Julia peut y arriver. Mais Turtle est persuadée qu’elle va faire des erreurs. Et quand le directeur demande à voir son père, c’est un dialogue de sourds, car Martin refuse qu’elle voie un psychologue.

Turtle va souvent voir son grand-père avec qui elle joue aux cartes. Son grand-père n’a pas le même message que Martin, lui incitant à s’instruire et à s’ouvrir. Mais Turtle ne comprend pas ça, ne veut pas comprendre ça. Elle préfère s’évader, faire de longues marches dans la forêt, qu’elle arrive à dominer, à maîtriser. Elle est capable de survivre pendant plusieurs jours en totale autarcie, de se trouver de quoi manger, boire, se soigner et aménager des endroits pour dormir. Sa rencontre avec deux jeunes gens du lycée va bouleverser les certitudes que Turtle a mises en place dans la tête de Julia.

Rares sont les romans qui, dès le premier chapitre, vous chavirent à ce point. Dans ce premier chapitre, je suis passé de la tendresse à l’amour, des larmes à l’horreur. Dès ce premier chapitre, je savais que j’allais adorer ce roman, que j’allais laisser Turtle me prendre par la main, et me guider dans son monde, noir, terrible, réaliste, dur et impitoyable, comme un long tunnel entrecoupé par moments de quelques étincelles de lumières.

Car ce roman va nous faire voyager dans l’esprit d’une adolescente qui doit se construire, qui doit apprendre des autres sur elle-même, entre les certitudes qu’elle se forge, les vérités qu’on lui assène, et les interprétations qu’elle doit faire. Pour elle, la vie est un combat, contre la nature, contre les gens qui l’entourent, contre elle-même, qu’elle doit gagner, pour ne pas se perdre.

Alors il y a Julia, son prénom officiel, qui ne veut plus rien dire pour elle. Il y a Croquette, surnom affectueux que lui donne son horrible père, et qui est le seul lien affectif qu’elle entretient avec le monde. Et puis, il y a Turtle, cette tortue, qui représente si bien ce qu’elle est : une tortue qui, tout au long de ce roman, va sortir ses pattes, sa tête, prudemment, en ayant toujours la prudence de ne pas se blesser, de se protéger, de survivre. Car pour elle, la vie est une lutte de tout instant et elle ne peut se permettre de se laisser aller, à de l’amour, de l’amitié ou même juste une conversation.

La plume de ce tout jeune auteur est tout simplement incroyable, tout en finesse et en légèreté, bien que le sujet soit difficile et l’intrigue d’une noirceur et d’une cruauté énorme. La cohérence de son roman, alors qu’il a mis 8 ans à l’écrire est incroyable. Les personnages qu’il a inventés sont d’une réalité incroyable. En fait, ce roman est incroyable de force, de poésie, de rage, de beauté, de violence. Ce roman est de ces romans qu’on n’oublie pas, de ceux dont on veut garder une trace, une cicatrice. On lit un roman de cette force une fois tous les 10 ans. La dernière fois que j’ai ressenti une telle vague d’émotions, c’était pour Le Diable, tout le temps de Donald Ray Pollock. Gabriel Tallent a écrit le roman des années 2010, le meilleur roman que j’ai lu depuis longtemps, mon roman de cette décennie.

Coup de cœur !