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La 5e saison de Mons Kallentoft (Seuil)

Voici le cinquième tome du cycle des saisons, après Hiver, Eté, Automne et Printemps. Autant vous dire que j’étais content de retrouver Malin Fors, le personnage principal de cette série, jeune femme fragile qui a la faculté d’entendre les morts.

L’intrigue se déroule évidemment à Linköping, et Malin Fors s’octroie quelques vacances avec Peter, son compagnon. Elle a peu de nouvelles de sa fille Tove, mais essaie d’arrêter de boire. Lorsque l’on retrouve le corps d’une jeune femme horriblement mutilée en pleine forêt, Malin Fors fait le parallèle avec une affaire vieille de sept ans, qui la hante. En effet, Maria Murvall avait été retrouvée violée et mutilée en pleine forêt. Elle a survécu à son martyre mais en est ressortie muette, et depuis elle est internée dans un hôpital psychiatrique.

Alors que Peter la presse pour avoir un enfant, car ils approchent de la quarantaine, Malin va se plonger dans cette affaire, et le fait que d’autres meurtres apparaissent lui démontre qu’elle bien face à un puzzle dont la conclusion va semer le doute dans sa vie, ses croyances et ses illusions sur la société suédoise.

C’est la deuxième fois en peu de temps que je lis un roman qui démontre et dénonce les travers de la société suédoise. Ce pays parait de l’extérieur si beau, si lisse, si parfait que, à l’instar de Henning Mankell, ces auteurs montre ce qui se cache derrière le décor. Et le résultat n’est pas beau, fait de personnes haut placées qui se permettent de transgresser les règles, n’acceptant aucune limite et s’auto-protégeant face aux risques de la justice.

Si ce roman ne brille pas par son suspense, au sens où l’on comprend à la moitié du livre qui assassine ces jeunes femmes, il en ressort une tension palpable. Mons Kallentoft a écrit là un livre dur, violent, et sa plume sèche, acérée nous assène des coups de poignard aussi profonds pour dénoncer la corruption généralisée et surtout une société de plus en plus violente sans raisons. Malin Fors est le témoin d’un pays où des gamins se font planter dans la rue, où des gens sont assassinés pour de la monnaie, où des professeurs sont agressés sans raison. Certes cela n’est pas nouveau, mais le propos porte remarquablement bien.

Et malgré cela, même si j’ai été véritablement choqué par ce livre, par certains passages très durs et malgré tout sans scènes sanguinolentes, j’ai été moins convaincu quand Mons Kalletoft réduit la course poursuite de Malin Fors à une lutte entre le bien et le mal. Certes cela ne fait que quelques courts passages dans ce roman de 450 pages, mais cela m’empêche de mettre un coup de cœur.

Car j’aurais lu avec avidité ce livre, il m’aura par moment laissé abasourdi par des scènes ou des propos et, la dernière page tournée, je ne souhaite qu’une seule chose : retrouver Malin Fors pour une prochaine enquête … enfin j’espère. Car il est indiqué sur la quatrième de couverture, que c’est la dernière enquête de Malin Fors. Ah zut ! je viens de vous dévoiler que Malin Fors ne meurt pas à la fin. Il ne vous reste plus qu’à lire le reste du livre pour savoir ce qui va lui arriver. Car elle n’en sortira pas indemne.

Chiennes de vie de Frank Bill (Gallimard série noire)

Depuis quelque temps, on voit apparaitre une nouvelle vague d’auteurs américains, qui écrivent surtout du roman noir, et veulent montrer l’autre face de la plus grande démocratie du monde. C’est le cas de Eric Miles Williamson, de Donald Ray Pollock, de Larry Fondation. Gallimard a trouvé en Frank Bill un auteur fort prometteur, qui montre au travers de ce recueil de nouvelles beaucoup de qualités.

Comme bon nombre de ses compatriotes, Frank Bill créé des personnages de la campagne, ceux qui vivent de peu, de rien, ceux qui font leur trafic de méthamphétamine pendant les matches de boxe, ceux qui tirent plus vte que leur ombre. Le message au travers ces 17 nouvelles n’est pas folichon, et d’ailleurs, il vaut mieux avoir le moral avant d’attaquer ce recueil.

Car il n’y a pas d’espoir quand on laisse les hommes livrés à eux même. D’ailleurs, il y a bien longtemps qu’il n’y a plus aucune limite nulle part, ni morale, ni humaine. Chaque nouvelle va montrer une tranche de vie d’un personnage et va se terminer mal. C’est d’ailleurs ce que je reprocherai à ces nouvelles : se terminer un peu de la même façon.

Mais vous auriez tort de passer outre ce nouvel auteur. La peinture est tout juste brossée mais tellement juste, les gens vivent de rien et sont réduits à vivre de contrebande ou de vol, ou obligés de vendre leurs enfants. Accrochez vous, ou bien allez chez votre libraire et lisez les trois premières nouvelles, (les plus réussies à mon avis). Après avoir reçu ces trois claques dans la figure, vous achèterez ce livre.

Nul doute que cet auteur est à suivre, et je suis curieux de savoir ce que serait son œuvre sur une distance un peu plus longue. Pour finir de vous convaincre, je reproduis l’avis de Donald Ray Pollock qui apparait sur la quatrième de couverture : « Bon sang, mais d’où il sort, ce type-là ? Il carbure à toute blinde et cogne fort, très fort, vous laissant sonné comme si vous aviez pris un coup de masse sur le crâne après avoir sniffé de l’acide de batterie ».

Je dois rendre hommage à Jean Marc qui m’a donné envie de lire ce livre. Son article est ici.

Pike de Benjamin Withmer (Gallmeister)

Ils se sont mis à trois pour me tenter, pour me dire qu’il fallait que je le lise. Pas un, trois à la fois. Et dans la même semaine, en plus ! Bref, quand Jean Marc, Yan et Jeanne s’y mettent, vous disent qu’il faut lire tel livre, c’est difficile, très difficile de résister. Le livre en question, c’est Pike. L’auteur c’est Benjamin Withmer. Le résultat, c’est le premier roman d’un auteur que l’on est pas près d’oublier. Retenez ce nom : Benjamin Withmer, car il est le digne héritier des plus grands noms du roman noir américain. Et quand on lit Pike, on pense forcément à Jim Thompson.

Le livre s’ouvre sur une scène de poursuite entre un jeune noir et un flic, Derrick. La ville est sombre, même pas éclairée par la neige qui recouvre les trottoirs. Derrick ne perd pas son temps à poser des questions, il descend le noir d’une balle dans le dos. Le sang va s’écouler en petite rigole sur le blanc immaculé. Derrick, c’est le flic qui a penché du coté obscur.

Pike, c’est l’inverse, le truand qui s’est rangé. Avec le jeune Rory, il essaie de se racheter une conduite, d’éduquer le fils qu’il n’a pas eu. Rory, lui, le suit telle son ombre, étant un peu son bras armé, son coté violent, puisque Rory est boxeur amateur. Quand la petite fille de Pike, Wendy débarque, Pike se rappelle qu’il a abandonné sa fille Sarah alors qu’elle avait 6 ans, il se rappelle ce qu’il a essayé d’oublier, et va se trouver une nouvelle quête : celle de comprendre pourquoi sa fille est morte d’overdose, et pourquoi Derrick semble la connaitre et s’intéresser à Wendy.

Et c’est un duel à distance auquel nous allons assister, entre le méchant qui est devenu bon et le bon qui est devenu méchant. Derrick va semer la violence autour de lui, pour faire marcher son trafic, et Pike va mener l’enquête, rencontrant de nombreux personnages, dans des paysages naturels si beaux et si bien décrits. Ce sont donc de multiples chapitres, ne dépassant pas quatre pages qui vont faire avancer l’intrigue.

Et le style de Benjamin Withmer est tout simplement lumineux. Il a l’art de trouver des mots magnifiquement beaux pour décrire un monde noir absolu, et je peux vous dire que certains chapitres sont de purs chef d’œuvre de simplicité, d’efficacité et de suggestion, alliés à des dialogues tout simplement brillants. Et si par moments, on a l’impression que l’on assiste à une suite de petites scènes, certes magnifiques, mais parfois trop linéaires, il n’en reste pas moins que Benjamin Withmer se pose comme un futur grand s’il continue sur ce chemin.

Et je vais finir mon petit message par un conseil : Entrez dans une librairie, ouvrez le livre au dernier chapitre, lisez le ; après vous ne pourrez que l’acheter. Car ce dernier chapitre va vous prendre à la gorge sans déflorer l’intrigue, il est aussi la parfaite illustration de la noirceur du roman et l’exemple idéal pour que vous soyez envoutés par le style de l’auteur. Benjamin Withmer : A noter du coté des espoirs du roman noir et à ne pas oublier.

Le chronique de Gregory : DOBERMANN intégrale Tome 1 de Joël Houssin (Ring)

Voici un nouvel invité dans les colonnes de Black Novel. C’est lui qui m’a sollicité et qui m’a proposé ce billet. Ce qu’il aime, ce sont les romans qui vont vite, qui ne perdent pas de temps. Parmi ses lectures, les mangas … jusqu’à ce que je lui parle de Dobermann, dont il connait le film. Avec ce premier tome de l’intégrale, ils se sont trouvés …

Son avis :

Le livre nous plonge dans une France des années 80, arrosée de champagne Cristal, de fusillades, de copinages et de tabassages. Nous suivons sur les 7 histoires de cet intégrale 1 Yann Lepentrec et Christini Sauveur. Chacun son style, chacun sa manière, chacun son métier mais tout les deux des tueurs.

Notre premier anti-héros, Yann Lepentrec, c’est le Dobermann, des yeux aux paillettes dorés, une chevelure blonde, un chien de la taille d’un cheval, un cerveau de stratège ; il a aussi une femme merveilleuse. Il a du talent dans le banditisme nouvelle génération, fini l’époque des cowboys, lui il réfléchit, avance ses pions, vise, et tire 3 balles avec son 357 magnum. Le Dobermann ne respecte que son code éthique, il ne tue pas les civils qui ne sont pas impliqués, ne gaspille pas ses balles inutilement ; ce n’est pas que ça coûte cher, c’est juste pour s’assurer de toujours en avoir pour les flics.

Notre deuxième anti-héros Sauveur Chrisitini, c’est Voldemort, c’est l’Empereur, c’est Sauron, celui qu’on déteste, pour ses méthodes et ses manières, mais qu’on aime pour son tempérament, son charisme, pour ce qu’il représente. Il est brutal, perfide, malsain, pervers, dérangé, fanatique, mais il est surtout le chef de la brigade Grand Banditisme du quai d’Orsay. Un flic aux méthodes douteuses, il faut dire qu’il a la loi pour lui. Un héros pour le grand public, un monstre pour la police des affaires internes, un camarade de jeu du Dobermann.

Autour de nos deux anti-héros , tout un univers de tueurs, policiers et gangsters, que ce soit Nat la gitane, Gina, Clodarec ou le chien du Dobermann, ils sont tous intéressants et s’intègrent parfaitement à l’histoire.

Pas d’histoires de clichés, pas de rebondissements mielleux, les histoires s’enchainent et s’entremêlent, ne se répètent pas dans les situations et restent palpitantes. C’est violent, puissant et ça « carnage » dans tout les sens. On se surprend à espérer que tel personnage meure, et vite, c’est mieux. L’auteur nous fait bien comprendre qu’ici dans ce Paris, c’est le mieux équipé qui survit et qu’il faut savoir vider son chargeur avant de dire bonjour.

Le roman, c’est donc une claque dans l’univers du polar. Il démolit toutes nos habitudes du genre, les dés sont pipés, les flics sont pourris, les gangsters paraissent beaux, les putains sont dégueulasses. Les limites du bien et du mal sont complètement redéfinies par une règle simple: que tu sois policier ou politicien, civil ou gangster, tu restes une ordure.

 » Le voyou, c’est comme le gibier : faut que la viande pourrisse un peu pour qu’elle soit bonne. »

Grégory Fairbrooks.

4eme de couverture

Né en Janvier 1981, le Dobermann a, en 4 ans et 19 romans, dont l’un fut adapté au cinéma par Jan Kounen, taillé une sanglante balafre dans le paysage du polar. Une anthologie du braquage, un best-of du hold-up ! Côté flics, le mot d’ordre est clair : « Personne n’a envie de voir le Dobermann et son gang en prison. Il y a des voyous qu’on n’arrête pas. Le Dobermann, c’est pas un gangster comme les autres. Il respecte rien. Il braque les banques pour le plaisir. C’est pas humain. On n’a pas le droit de mépriser l’argent comme ça. L’argent, ça se mérite. Et le Dob, il mérite que d’aller au trou… Un trou bien profond avec de la terre par-dessus. Alors collez-moi un paquet de balles dans la tête de ces tueurs de flics ! » Christini.