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Kabukicho de Dominique Sylvain

Editeur : Viviane Hamy

Le dernier roman en date de Dominique Sylvain nous emmène au Japon, dans la ville de Tokyo et plus exactement dans un quartier peu visité par les touristes. Le quartier de Kabukicho est en effet un quartier « mal famé » où l’on trouve des bars à hôtesses, joliment appelés Love Hôtels. Dans ces bars, les clients viennent surtout pour parler avec de jolies femmes. Elles sont d’ailleurs là pour pousser à la consommation. Elles peuvent avoir des relations sexuelles avec leur client, mais cela est laissé à la discrétion de l’hôtesse.

Yudai est un jeune homme très séduisant, qui a débarqué à Kabukicho parce qu’il trouvait ce lieu à la fois beau la nuit et amusant. Puis il est devenu le patron du Café Château et dirige le bar d’hôtes le plus prisé de ce quartier de Tokyo. Son quotidien est de jouer la comédie de l’amour avec des femmes qui ne demandent qu’à y croire. Après avoir passé du bon temps avec Akiko, il s’inquiète que Kate ne lui ait pas envoyé de mail. Kate avait débarqué au Café Château et l’avait séduit car elle parlait un Japonais parfait, ce qui est étonnant pour une étrangère et aussi très attirant.

Marie est la colocataire de Kate, et travaille dans le bar Club Gaïa. Depuis que Kate ne donne plus de nouvelles, elle s’est rapprochée de la patronne Sanae. Sanae s’inquiète du silence de Kate, car c’était la plus belle et la plus demandée de ses hôtesses. Marie adore Kate, lui envie son aisance, sa bonne humeur, sa beauté, son succès. Rentrée chez elle, elle se met au travail et continue à écrire son roman, La Cité Des Mensonges. Quand le téléphone sonne, c’est un homme s’exprimant en Anglais qui lui parle. Jason Sanders est le père de Kate. Il vient de recevoir une photo de Kate endormie sur son portable, avec un simple message en Japonais : « Elle dort ici ». Sur l’insistance de Jason, Marie va au commissariat pour signaler la disparition de Kate au capitaine Kentaro Yamada, avant que Jason ne débarque au Japon.

Dominique Sylvain nous entraine dans le quartier sulfureux de Tokyo avec beaucoup de subtilité, de respect et de tendresse. Elle arrive à nous faire ressentir cet esprit asiatique de retenue, de secret, de mystère à travers trois personnages principaux qui auront chacun leurs chapitres, en forme de roman choral ; en forme seulement puisque l’écriture est à la troisième personne du singulier.

Dominique Sylvain arrive à nous montrer ce quartier si paisible le jour, qui se transforme en monde des rêves et des lumières la nuit. Elle nous parle d’un monde où les gens viennent parler avec des inconnus, payés pour les écouter, et nous montre les envies de ces hôtes et hôtesses derrière leur masque. Elle nous montre aussi, derrière ce voile de secrets, leurs rêves, leur vie au quotidien.

Dominique Sylvain évite les scènes de sexe, préférant s’intéresser à la psychologie de ses personnages, à travers une histoire de disparition qui se terminera par une belle surprise, maitrisant de bout en bout son intrigue, laissant son écriture au service de son histoire. Et petit à petit, elle va lever le voile, révéler la violence sous-jacente, les rackets, la présence de la mafia, les envies et jalousies qui polluent la vie.

Dominique Sylvain nous livre un roman abouti, passionnant à plusieurs égards, pour une visite guidée dans une ville peu connue des occidentaux. Elle nous dévoile des pans particuliers sur la façon de penser et de vivre des Japonais. Avec ce roman, Dominique Sylvain nous partage son amour pour ce pays où elle y a vécu plusieurs années. Elle y a mis sa passion, son amour, son respect. Cité des mensonges ? Cité des secrets ? Cité des passions déçues. Superbe !

Je vous mets un lien vers deux billets que j’ai trouvé excellents : celui de Genevieve et celui de Polar Noir & Blanc , ainsi que l’interview du Concierge Masqué.

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L’archange du chaos de Dominique Sylvain (Viviane Hamy)

Dominique Sylvain nous régale depuis vingt ans avec des romans policiers que l’on peut classer en trois cycles, centrés autour de ses personnages. Les plus connus sont indéniablement Ingrid Diesel et Lola Jost, car ces personnages très typés sont deux femmes fortes qui se débattent avec des affaires complexes et déstabilisantes. Il y a aussi le cycle Louise Morvan, un autre personnage féminin, qui cultive ses contradictions dans sa vie personnelles. Deux autres romans, enfin, (Vox et Cobra) mettront en scène le commissaire Bruce. Bref, vous l’aurez compris, Dominique Sylvain a l’art de construire des intrigues policières autour de personnages forts. Pour L’archange du chaos, nous avons affaire avec deux nouveaux personnages, Bastien Carat et Franka Kehlmann.

Vendredi 15 mars. Victoire est urgentiste. Après une journée difficile, elle récupère sa voiture dans un parking désert. Elle se fait enlever, et se réveille dans une cave. Un homme s’approche. Elle cherche de le maitriser par des paroles rassurantes, avant de commencer à paniquer. L’homme n’aime pas les paroles, il lui coupe la langue.

Mardi 26 mars. Un coup de fil anonyme au commissariat du 15ème arrondissement signale la présence d’un corps rue du Laos. C’est un immeuble en construction, le chantier est à l’arrêt, le corps est dans une cave, bien aligné avec les murs. La police judiciaire est sur le coup. C’est Christine Santini qui est à la tête du département. Elle prévient Bastien Carat qui aura la charge de l’enquête.

Le groupe de Carat comprend Bergerin, Kehlmann et Garut. Bergerin est en attente de son premier bébé. Kehlmann est une jeune recrue, qui vit avec son frère Joey. Hervé Garut quant à lui est un vieux de la vieille. Le groupe Carat va apprendre que le corps a été torturé, brulé, avant d’être soigné avec de la Biafine. Cette affaire promet d’avoir affaire avec un cinglé, c’est pour cela qu’ils craignent que le coupable ne soit un serial killer.

Ceux qui connaissent l’univers de Dominique Sylvain vont adorer ce nouveau roman et ces nouveaux personnages, les autres vont la découvrir. Car si ses précédents romans parlaient d’événements politiques (Guerre sale et Ombres et soleil), celui-ci nous parle de Serial Killer. Pour autant, je ne qualifierai pas ce roman de thriller, mais plutôt de roman policier, avec des aspects psychologiques qui concernent les deux personnages principaux, ou bien de premier roman d’un nouveau cycle.

Oui, c’est un nouveau cycle, qui raconte les enquêtes d’une nouvelle équipe de la Police Judiciaire, ou du moins je l’espère. Dominique Sylvain place certes l’enquête au premier plan, mais ce qui la passionne, ce qui nous passionne, ce sont les relations entre toutes les personnes de l’équipe. Ce sont les relations Carat – Kehlmann qui cherche chacun à savoir de quoi est fait l’autre, qui mènent une sorte d’enquête sur l’autre ; ce sont les relations Carat – Santini qui sont plutôt orageuses ; ce sont les relations Carat avec son équipe qui sont au beau fixe, mais Bergerin et et Garut sont remarquablement professionnels et autonomes ; ce sont les relations de Franka avec son frère, comme une mère avec son enfant ; ce sont les relations de Franka avec son père très tendues. Ce sont aussi les zones d’ombre que chacun porte sur ses épaules, comme Carat qui a fait virer son meilleur ami, qui buvait en service. Bref, c’est un roman de personnages, qu’ils soient au premier rang ou bien au second plan.

Pour autant, et c’est là qu’on reconnait la « patte » de Dominique Sylvain, on ne s’attarde par, on ne s’appesantit pas sur ces aspects psychologiques. La priorité est donnée à l’action et surtout à l’efficacité. C’est ce que j’adore chez cette auteure, le fait que ce soit le lecteur qui en tire les conclusions, qui tire ses propres enseignements d’après les réactions des personnages. C’est aussi ce qui peut en surprendre plus d’un, cette difficulté de se raccrocher à un personnage, une sorte de repère dans la lecture. Car Dominique Sylvain passe d’un personnage à l’autre rapidement, facilement, et cela ne m’a pas posé de problèmes.

Et l’intrigue, me direz-vous ? Elle est présentée du point de vue de la police, et c’est au lecteur d’avancer au rythme des indices qui tombent. De ce fait, le début avance vite, les pistes sont nombreuses et cela peut paraitre opaque. Malgré cela, j’ai suivi cette histoire avec énormément de plaisir. J’ai juste regretté que la fin (les 50 dermières pages) soit si abruptes, ce qui donne l’impression que l’auteure a vite voulu arriver au dernier chapitre. Car ce dernier chapitre, ou du moins, cette dernière scène à Rungis, est fantastique, et la conclusion d’une noirceur que j’adore. Après un premier tome si réussi, on ne peut qu’en demander plus. Alors, à quand le prochain ?

Ombres et soleil de Dominique Sylvain (Viviane Hamy)

Après l’excellent Guerre sale, voici le tout dernier roman de Dominique Sylvain, qui vient fêter en beauté les 20 ans de la collection Chemins Nocturnes de Viviane Hamy. Guerre Sale fut un coup de cœur Black Novel. Et Ombres et soleil, qui en est la suite aurait tout aussi bien pu l’être. Ma seule réserve est qu’à mon avis, il vaut mieux avoir lu Guerre Sale (qui vient de sortir en format poche chez Points) avant de lire celui-ci.

Lola Jost s’ennuie, ou du moins, elle se retrouve seule, depuis qu’elle a quitté la police et depuis que son amie de toujours Ingrid Diesel est repartie aux Etats Unis. Mais cela ne dure pas longtemps, car le corps du patron de la Police Criminelle Arnaud Mars a été retrouvé sur un chantier d’une maison. Le corps a été abandonné, et il semble qu’il a été abattu d’une balle dans la tête. Mais la température est tellement chaude et le climat tellement humide que le corps est dans un état de décomposition avancé.

L’analyse balistique de la balle montre que l’arme utilisée est celle de Sacha Dugain, l’amie de Lola et ancien amant d’Ingrid. Arnaud Mars a été abattu de front, son assassin lui a pointé l’arme sur le front et a tiré sans remord. Il n’en faut pas plus pour Lola pour se jeter à corps perdu dans cette enquête et démontrer l’innocence de son ami.

Dans Guerre Sale, Dominique Sylvain avait déjà fait une incursion dans la politique étrangère africaine de la France, mais il semblerait que le sujet méritait d’être creusé encore plus profondément. Et en allant un peu plus profond, on se découvre des magouilles nauséabondes, que l’auteure montre, démontre, démonte et dénonce, au travers de faits imaginaires (quoique !) qui vont impliquer les plus hautes personnes de l’état.

Des différents ministères jusqu’aux candidats aux élections présidentielles, tous se battent pour décrocher le Graal, uniquement pour leur illusion de petit pouvoir. Les malversations sentent de plus en plus mauvais, et on s’aperçoit avec ce livre que quand on soulève le tapis, l’odeur nauséabonde devient de plus en plus tenace, dégoutante et révoltante.

Evidemment, on retrouve nos deux héroïnes favorites, toujours aussi actives, ne se laissant pas faire et sachant tirer toutes les ficelles à travers une intrigues aux rebondissements nombreux et incessants, qui laissent au lecteur à la fois peu de temps pour respirer au lecteur mais aussi une envie de dévorer ce roman à la vitesse de l’éclair.

Il y a aussi, je trouve, une évolution dans le style de Dominique Sylvain. Il m’a semblé qu’elle a épuré ses phrases, enlevé tout adjectif superflu, pour ne plus laisser que l’ossature principale. En cela, et avec les sujets évoqués, j’ai trouvé beaucoup de similitudes avec les romans de Dominique Manotti (et pour moi, c’est un hommage !). Et rassurez vous, si vous pensiez avoir tout lu sur les magouilles politiciennes, détrompez vous ! Ce roman va encore plus loin et va bien vous surprendre. Mais auparavant, il vous faudra lire l’excellent Guerre Sale !

Et ne ratez pas l’avis de l’oncle Paul ici

Outre la sortie de Guerre Sale chez Points, les éditions Viviane Hamy proposent les deux polars adaptés Passage du désir et Manta corridor au prix de 5,99 € ainsi qu’un omnibus des trois premières aventures d’Ingrid et Lola au prix de 13.99 € (disponibles à partir du 20 mars) en édition numérique. Tous les autres romans en édition papier sont disponibles à 8,90€. Ne résistez plus !

La Madone de Notre-Dame de Alexis Ragougneau (Viviane Hamy)

Si je ne peux que vous conseiller qu’une chose, c’est de vous précipiter sur ce petit roman, le premier de son auteur qui regorge de qualités. Cela s’appelle La madone de Notre-Dame, c’est écrit par Alexis Ragougneau. Un auteur à suivre, sans aucun doute.

Au lendemain des processions des cérémonies de l’assomption, une touriste anglaise vient allumer des cierges devant l’autel réservé à Notre-Dame des Sept Douleurs, dans la cathédrale Notre-Dame de Paris. Elle demande l’aide d’une jeune femme, assise là sans bouger, qui semble prier sans bruit. N’obtenant pas de réponse, l’Anglaise s’approche, et en la touchant, fait tomber le corps. La jeune femme, habillée de blanc en mini jupe est morte.

La jeune magistrate Claire Kaufman n’a pas beaucoup d’expérience, mais c’est à elle qu’échoit cette affaire bien difficile. Elle va être épaulée par le commandant de police Landard, qui est réputé pour ne pas être une flèche, malgré sa vingtaine d’années de service. Rapidement, le légiste leur annonce que le vagin de la victime a été scellé avec de la cire d’un cierge.

Les témoins se souviennent de cette jeune femme, habillée de façon inconvenante voire provocante dans un tel lieu de culte. Elle a d’ailleurs été prise à partie par un jeune homme la veille, pour cette même raison. Ce jeune homme, Thibault, est bien vite arrêté et fait un coupable idéal. Mais l’affaire ne va pas être si simple …

Quand on lit un premier roman, on est forcément attentif à la fois au style et à la façon dont est menée l’intrigue. Que l’on se rassure, le style est très fluide, et j’ai pris un énorme plaisir à lire ce roman. Ce qui m’a époustouflé, c’est la force des images, la capacité à nous faire ressentir l’atmosphère feutrée de la cathédrale Notre-Dame. S’il y a eu un énorme travail en ce sens, cela ne se sent pas au travers de la lecture tant cela semble naturel. J’avais même l’impression d’avoir les statues devant moi, la magnificence des sculptures autour de moi.

Et puis, il y a l’intrigue, que l’auteur a voulue simple. Si c’est la première impression qui en ressort, c’est aussi et surtout parce que, vers la moitié du roman, l’auteur s’amuse à la déstructurer pour changer de personnage principal et faire diriger l’enquête par un prêtre, le père Kern, qui est affublé d’une petite taille due à un problème de croissance dans sa jeunesse. Et le livre se retrouve donc comme un puzzle dont l’auteur se serait amusé à mélanger les pièces une fois que nous l’aurions presque terminé. Pour un habitué aux romans policiers, c’est peu commun, pour le lecteur c’est bigrement intéressant et passionnant à suivre, d’autant plus que la solution va nous être dévoilée dans les toutes dernières pages.

Enfin, on trouve dans ce roman de formidables personnages, des gens que l’on aimerait côtoyer, pour discuter avec eux. Ce roman, empli de spiritualité, se montre surtout comme un hymne au respect. L’auteur aime ses personnages, il ne les juge jamais, mais se veut explicite pour montrer leur position vis-à-vis de la religion. Il n’y a pas à proprement parler de bons ou de méchants, tout n’est pas blanc ou noir, mais tous les personnages sont humains avec leurs qualités et leurs faiblesses. Et croyez moi, c’est un des grands points forts de ce roman.

Vous l’aurez compris, avec cette ambiance impeccablement rendue, avec son intrigue originale et surprenante, avec ses personnages formidablement attachants, ce premier roman est une grande réussite qu’il vous faut découvrir. Retenez bien ce nom, Alexis Ragougneau, car vous pourriez bien en entendre parler bientôt.

L’armée furieuse de Fred Vargas (Viviane Hamy)

Cela faisait un bout de temps que je n’avais pas fait d’incursion dans le monde de Fred Vargas. La sortie de son dernier roman en date, L’armée furieuse, au titre alléchant m’a permis de constater que Fred Vargas n’a rien perdu de son talent, bien au contraire.

Le commissaire Adamsberg doit résoudre une affaire pour le moins étrange. Un retraité, Julien Tuilot, contacte à propos de la mort de sa femme. Celui-ci accuse les rats d’avoir tué sa femme. Ce sont deux rats qui s’appellent Toni et Marie, qui cohabitent avec la famille Tuilot. Adamsberg dénoue bien vite les fils de cette histoire et découvre que ce retraité a étouffé sa femme en lui enfonçant de la mie de pain dans la gorge.

Revenu au commissariat, Valentine Vendermot, une vieille dame l’attend. Celle-ci vient lui apprendre qu’elle a vu l’Armée Furieuse du seigneur Hellequin. C’est une vision de morts vivants qui apparaît de temps en temps, avec dans ses filets des visages de gens qui vont bientôt mourir. A la suite de cette vision, les morts commencent à tomber à Ordebec dans le Calvados.

En parallèle, Adamsberg doit apprendre à être père, puisque son fils Zerk vient de débarquer, résoudre une affaire où une Mercedes a brûlé dans laquelle Antoine Clermont-Brasseur, grand ponte de l’industrie française est retrouvé mort, et trouver qui s’amuse à attacher les pattes des pigeons pour les faire mourir à petit feu. Autant dire que Adamsberg et son équipe ont du pain sur la planche.

Quoi de neuf, depuis que j’ai délaissé Fred Vargas ? Eh bien, l’histoire part dans tous les sens sans que le lecteur se sente perdu, le style est d’une fluidité exemplaire avec des dialogues très bien faits, ça se lit à une vitesse foudroyante parce qu’on n’a pas envie de lâcher ce bouquin, les fausses pistes sont multiples et les déductions du commissaire inénarrables.

Et puis, il y a les qualités que j’adore chez Vargas : cet humour froid, distant et légèrement décalé, ces quiproquos qui viennent vous arracher un sourire, cette absence de violence et ces personnages sympathiques que l’on abandonne avec tant de regrets. Fred Vargas a du succès ? Eh bien c’est non seulement normal mais mérité. Sans vraiment me surprendre, j’ai passé, avec ce roman, un très bon moment avec Adamsberg, comme des retrouvailles entre vieux amis. Ce roman donne un vrai plaisir de lecture et le seul reproche que je ferais, c’est que ça se lit trop vite malgré ses 425 pages.

Le Mur, le Kabyle et le marin de Antonin Varenne (Viviane Hamy)

Putain, deux ans ! Comme disaient les Guignols de l’info. Deux ans que je l’attends, ce roman de Antonin Varenne. Deux ans, depuis le choc Fakirs et le premier coup de cœur de Black Novel. Eh bien, le voici ! Et c’est un coup de cœur … encore !

Avril 2008. Combat de boxe sordide entre un jeune homme d’une vingtaine d’années et un autre boxeur de quarante ans. Le combat est âpre, difficile entre Gabin le jeune et Georges Crozat le flic, dit le mur. On l’appelle comme cela car il sait encaisser. Il est patient, prend les coups, et surveille les faiblesses de son adversaire. Il reçoit d’innombrables coups, les supporte mais aime ça. Puis, au cinquième round, Gabin est fatigué, baisse sa garde, et Le Mur le cueille d’un uppercut magistral : KO

A la fin du match, Paolo, son entraîneur, est fier de lui, même s’il aurait préféré qu’il attende le sixième round pour le descendre. Se pointe alors le Pakistanais, qui lui propose un marché : tabasser des mecs pour une bonne somme, tout cela sans risque, pour venger quelques cocus. Le Mur refuse puis finit par accepter cette manne qui va lui permettre de se payer quelques putes supplémentaires. Un bristol glissé dans sa boite aux lettres, le nom de la future victime et voilà Crozat devenu le poing armé de la pègre. C’est le tour de Dulac puis de Brieux puis de deux autres hommes, jusqu’à ce qu’il croise le chemin de Bendjema, qui va lui ouvrir les yeux.

1957. Verini est un jeune homme issu d’une famille d’ouvriers. Son père lui a dit : « casse toi, ne viens pas travailler à l’usine ». Alors, il s’applique pour ses études de dessin industriel puis s’engage dans l’armée. Avec l’aide du piston du père de sa petite amie, il est envoyé en région parisienne. Mais le coup de piston a un prix : il ne doit pas revoir sa copine. Il refuse alors l’autorité et reçoit sa punition : la mesure disciplinaire est de l’envoyer en Algérie, en plein cœur du conflit.

Après le choc Fakirs, attendez vous à une deuxième rafale, toute aussi puissante. Et là où Antonin Varenne montrait notre société avec une enquête sur un jeune homme qui se transperçait pour son public, cette fois ci, il nous oblige à regarder ce que beaucoup ne veulent pas se rappeler : la guerre d’Algérie. Entre les entraînements et les images de propagande, tout est bon pour monter les gentils Français contre les méchants Algériens. Puis, ce sont les descriptions des DOP (les Dispositifs Opérationnels de Protection), cette institution de torture des ennemis. Et, encore une fois, l’auteur nous décrit cela au travers de Verini sans prendre position, ce qui en rajoute encore dans notre imaginaire à nous, lecteurs. « La guerre ne forme pas la jeunesse, elle la viole ».

Et puis, on a encore affaire à de beaux portraits d’hommes entre Crozat, ce policier municipal, « même pas policier », boxeur bientôt à la retraite, désespérément seul, qui aime la douleur, qui est vide comme une baudruche, qui est bigrement attachant aussi. Brahim Bendjema, un vieil algérien qui a tout vu, tout connu et qui trouve la bonne raison au bon moment pour se venger, essayer de créer un semblant de justice, et Verini, ce jeune homme devenu un homme vide, une victime dans le clan des gagnants / perdants marqué à vie et qui veut juste oublier.

L’ambiance est lourde, glauque, violente, malsaine, avec toujours cette qualité pour les dialogues. Par contre, j’ai l’impression d’une grande progression dans l’utilisation de la langue, une volonté de ne pas en rajouter, mais de trouver les mots justes, les verbes qui frappent. C’est un roman que j’ai lu lentement, buvant chaque mot, avalant chaque phrase de peur de rater un moment ou une expression important. C’est le roman de la maturité pour Antonin Varenne, le roman qui ne se lit pas comme on lirait un thriller mais qui se déguste comme un verre de cognac : doucement mais avidement, avec un goût âpre et inoubliable sur la fin. Bienvenue dans l’horreur, celle qui fait mal aux tripes.

La dernière page du livre est un hommage de l’auteur pour son père, ce père qui a connu ces horreurs, qui a tout caché jusqu’à dévoiler quelques bribes du passé avant de mourir. De cette page, avec cette page, le roman prend un tout autre éclairage, devient d’autant plus éblouissant, plus lourd à porter aussi. Votre père peut être fier de vous, M.Varenne.

Guerre sale de Dominique Sylvain (Viviane Hamy)

Attention, coup de coeur ! Vous connaissez mon plaisir à découvrir de nouveaux auteurs. Dominique Sylvain n’est pas une nouvelle dans le domaine du roman policier mais je n’avais jamais lu ses romans. Ce roman est tellement bien construit que je vais mettre ses précédents romans sur ma liste d’achat.

Florian Vidal est un avocat spécialisé dans les contrats d’armement et les relations franco-africaines. Son cadavre vient d’être découvert aux abords de la piscine de sa propriété de Colombes. Vidal a été menotté et brûlé vif, un pneu enflammé autour du cou. Cette méthode est connue sous le nom du supplice du père Lebrun, et a été très utilisée à Haïti lors du règne des tontons macoutes. Son Blackberry a été retrouvé au fond de la piscine mais la carte en a été enlevée.

Aucun autre document ne permet de démarrer cette enquête. Si ce n’est que cinq ans auparavant, Toussaint Kidjo, qui travaillait sous les ordres de Lola Jost, a été assassiné de la même manière. Lola a démissionné de la police un an avant sa retraite. Le meurtre de Toussaint y est pour beaucoup. Elle y voit là l’occasion de retrouver les assassins de son collaborateur et ami. Elle ne pourrait pas mener à bout son enquête sans son amie Ingrid Diesel.

Du coté officiel, Sacha Duguin se voit confier cette enquête. Il découvre rapidement que Vidal travaillait pour Richard Gratien, l’homme incontournable pour tous les contrats d’armement à destination de l’Afrique. Mister Africa, comme on le surnomme, a pris Vidal sous son aile, le considérant comme son fils naturel, allant même jusqu’à lui payer ses études de droit. Souvent suspecté de détournement de fonds, Gratien n’a jamais été condamné. Sacha et Lola vont enquêter en parallèle, presque comme des concurrents, pour démêler ce sac de nœuds qui va s’avérer bien noir et bien dangereux.

Le contexte de ce roman est dur, noir et sans concession. Ceux qui s’attendent à un roman policier classique ne seront pas déçus, au sens où l’enquête avance au rythme des interrogatoires et des indices éparpillés ça et là, mais ils auront en plus ce contexte si particulier lié aux ventes d’armes. Arrêtez d’être naïfs, la fabrication d’armes est une activité importante dans le PNB des pays riches, et où il faut bien des intermédiaires qui ont les bonnes relations pour vendre plus et mieux. Dégueulasse, non ? Mais c’est la réalité !

Au-delà du contexte, le style est direct. Quel punch ! Quelle brutalité parfois ! J’ai vraiment été surpris au départ, tant les phrases sont directes, sans fioritures. Cela donne une force au propos, mais aussi une impression que l’on vous assène des coups de poing. C’est un style violent, direct, acéré, que j’ai trouvé très agréable à lire. Et bien que je l’aie lu dans une période où je n’aie pas eu beaucoup de temps à consacrer à la lecture, le livre me faisait des clins d’œil quand je l’ouvrais.

Et puis, il a les personnages. Ils sont FORMIDABLES ! Il y a Sacha, enquêteur rigoureux et professionnel, poussé par sa hiérarchie, son chef qui fait partie des incorruptibles. Lola, fantastique femme que j’imagine de petite taille, toute en nerfs, en détermination, aidée en cela par le porto qu’elle boit comme du petit lait. Elle a un désir de résoudre cette affaire car c’est ce qui l’a poussée à démissionner, mais elle est aussi fidèle à Toussaint, son ancien ami, à qui elle veut donner une justice. Et puis, il y a Ingrid, cette américaine, qui est le trait d’humour de cette histoire, qui apprend le français en le parlant, se trompant toujours de mot quand elle utilise des expressions françaises.

Bien que ce roman ne soit pas leur première enquête, vous pouvez commencer celui-ci sans pour autant avoir lu les autres, puisque les informations nécessaires à comprendre les personnages sont distillées par petites touches au début du roman. Tout ce petit et complexe mélange fonctionne à plein régime. On a une impression de vitesse, d’urgence. Nos trois protagonistes tentent de surnager dans une piscine noire, cynique, inhumaine. C’est un excellent roman qui me fait dire que vous allez bientôt entendre parler de Dominique Sylvain chez Black Novel. D’ailleurs j’en ai déja acheté six qui sont ré-édités chez Points.