Archives du mot-clé Voleurs

Les deux coups de minuit de Samuel Sutra

Editeur : Flamant noir

Dire qu’on en est déjà à la sixième aventure de Tonton et sa bande … et que j’en redemande. J’ai la chance de les avoir tous lus, et de les avoir tous adorés. Tonton et sa bande, c’est un peu Dortmunder écrit par Michel Audiard, pour résumer rapidement le genre, bien que je n’aime pas les catégories. Tonton, c’est un voleur de grande classe et de grand âge, entouré par une équipe de bras cassés, qui se retrouve toujours dans des coups de haut vol qui ne finissent pas tout à fait comme il l’avait imaginé au départ.

C’est l’ancien mari de Donatienne, la bonne de Tonton, qui vient leur proposer un coup en or, facile comme pas deux. Le baron de Gayrlasse, qui habite Île-et-Mourut, en région parisienne leur propose, pour une commission raisonnable (forcément, il manque de fraiche !) de dévaliser un gang de Salvadoriens qui doivent échanger des armes lourdes contre des sacs non moins lourds d’argent, en plein palace du Royal Monceau.

Tonton prépare l’affaire, et déguise Bruno en groom. Au moment d’entrer dans l’ascenseur, le groom, le vrai se fait assommer en même temps qu’une vieille dame qui logeait à l’hôtel. Dommage collatéral, diront certains ! Bosses assurées diront les autres. Malgré ce contretemps et ce léger retard, (il fallait bien ramener la pauvre vieille, équipée d’un gros revolver tout de même, à sa chambre), la bande à Tonton braque les Salvadoriens et n’embarquent que les sacs de fric.

Rentré dans la splendide demeure de Tonton, à Saint Maur, les bouteilles se vident. Donatienne en profite même pour sortir la liqueur qu’elle fabrique elle-même. La nuit passe, et tout le monde a mal à la tête. Tonton se réveille dans le lit de Donatienne. Il trouve sa maison sens dessus dessous, sans dessous puisqu’il est nu comme un verre (pardon, un ver). Les sacs ont disparu, et un mort git sur la table du salon. D’ailleurs, Bruno et Donatienne manquent à l’appel. Que s’est-il donc passé ? Pourquoi a-t-on fouillé sa maison ? Qui a pris l’argent ? Et qui est le mort (vite enterré dans le parc attenant) ?

Une fois de plus Samuel Sutra fait mouche. J’ai l’impression que chaque roman qu’il écrit est meilleur que le précédent. Sa plume est pleine d’une verve humoristique que beaucoup n’ont pas (d’ailleurs je ne connais pas d’auteur aussi doué dans l’humour décalé à la Audiard). Plus la série des Tonton avance, et plus j’ai envie d’en lire. On est déjà au sixième épisode et j’ai l’impression de lire à chaque une nouvelle aventure, sans répétition aucune.

Donc je vous garantis que vous allez rire, sourire, vous esclaffer même (et cela m’arrive souvent en plein transport en commun, ce qui occasionne des regards étonnés des autres transportés. En fait, la plume humoristique de Samuel Sutra vous oblige à lire chaque mot, chaque phrase, car on y trouve dans chacune une expression ou une façon de décrire qui pousse au rire.

Mais ce roman ne se résume pas à un amoncellement de bons mots, d’excellents mots. Le scenario, une fois de plus, puisque j’avais été enchanté du précédent, est construit avec minutie, minuté de façon stricte, si bien qu’il est formidablement bien trouvé, et formidablement bien amené. L’auteur fait preuve d’une imagination sans borne, et il en fallait pour créer cette histoire. C’est tout simplement génial !

Si vous connaissez Tonton, vous devez déjà l’avoir lu. Si vous ne connaissez pas, jetez vous dessus, c’est du divertissement haut de gamme, un scenario diabolique, construit de telle façon que vous allez comprendre à la fin de quoi il en retourne, et vous allez passer un excellent moment.

Ne ratez pas l’avis de Yv et Unwalkers

 

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Oldies : Le condor de Stig Holmas

Editeur : Sonatine

Traduction : Alain Gnaedig

Attention, coup de cœur, gors coup de cœur, énorme coup de cœur !

L’auteur :

Stig Holmås, né le 25 février 1946 à Bergen, en Norvège, est un poète et romancier norvégien, auteur de quelques romans policiers et d’ouvrages de littérature d’enfance et de jeunesse.

Il est bibliothécaire avant d’être librettiste, scénariste et anthologiste. Il publie tout d’abord des recueils de poèmes puis des ouvrages pour la jeunesse. En 1982, il reçoit le prix Kulturdepartementets pour la littérature enfantine.

En 1991, il fait paraître son premier roman O.K. Corral. En 1994, il publie Le Condor (Kondoren), dont la « construction formelle sophistiquée et très habilement agencée permet au lecteur d’oublier les situations très conventionnelles décrites dans ce roman, curieuse incursion d’une écriture lyrique et métaphorique dans le monde du roman noir », selon Catherine Chauchard.

À partir de 2003, il signe des scénarios pour la série télévisée norvégienne Taxi, Taxi.

Il est le père de l’homme politique Heikki Holmås.

Source : Wikipedia

Quatrième de couverture :

William Malcolm Openshaw, poète, intellectuel et amoureux des oiseaux, a eu plusieurs vies. Depuis des années, il erre aux quatre coins du globe, de Mexico à Tanger, en passant par Bogotá et Le Caire, ne fréquentant que les quartiers les plus pauvres. « Je me contente de traverser les villes, de les quitter en marchant lentement. » William est un homme hanté par de mystérieuses tragédies, par des secrets dont il ne parle pas. Au Portugal, à la suite d’une agression, il fait la connaissance de Henry Richardson, attaché à l’ambassade britannique de Lisbonne. Ce dernier semble en savoir beaucoup sur le passé de William, beaucoup trop même. Sur les disparitions, les morts violentes, les ombres et les trahisons qui ont jalonné son parcours. Richardson a peut-être même les réponses aux questions que se pose William sur sa vie d’avant, sur la tragédie qui a brisé son existence. Une véritable partie d’échecs à base de manipulations s’engage alors entre les deux hommes, dont l’issue ne peut être que tragique.

Stig Holmås, tout en nous proposant une intrigue d’une efficacité absolue, s’interroge sur la condition humaine avec une lucidité déchirante. La beauté et la puissance de l’écriture ne font qu’ajouter à l’éclat de cette perle noire, publiée en 1991, et considérée par beaucoup d’amateurs comme un chef-d’œuvre absolu du genre.

Stig Holmås est né en 1946 à Bergen. Publié précédemment en France dans la «Série noire», en 2001, Le Condor est son premier roman.

Mon avis :

Je ne vais pas tourner autour du pot : cette lecture est une des plus impressionnantes que j’aie jamais lu. Et cela m’a tellement impressionné que j’ai bien du mal à dire autre chose que « Jetez vous dessus ! ». Si on y regarde d’un peu plus près, nous avons à faire avec l’histoire d’une vie, d’un jeune homme qui vit dans les bas-fonds de Lisbonne, et se fait offrir un verre par un homme qui l’interroge et semble connaitre sa vie mieux que lui-même.

Au lieu d’avoir un duel, nous avons droit au déroulement d’une vie, d’abord par bribes, comme des pièces de puzzle éparpillées, puis le tableau d’ensemble se met en place. De sa jeunesse à la mort de son père, de l’alcoolisme à la maladie de sa mère, de ses études aux influences communistes de ses camarades, de ses braquages à la prison puis sa fuite vers … nulle part.

Ce roman, c’est à la fois l’histoire d’une fuite du réel, mais aussi l’histoire d’un échec, l’histoire d’un homme qui s’est bercé d’illusions, l’histoire d’un homme qui a raté ses rencontres, qui a perdu ses femmes, l’histoire d’un homme qui s’est fourvoyé dans un monde trop grand pour lui. Et quand il cherche à se raccrocher à quelque chose, c’est pour s’apercevoir que les autres lui ont menti, ou peut-être est-ce lui qui s’est menti lui-même.

Et puis, il y a ce style si simple, si expressif, si beau, si poétique, que l’on n’a pas envie de poser le livre, que l’on n’a pas envie de le quitter. En fait, je crois bien que j’ai trouvé le livre parfait, celui qui me parle car il est tellement bien écrit, qui me parle et qui va parler à beaucoup d’entre nous. C’est un livre magnifique, extraordinaire. Coup de cœur !

Nratez pas les avis du boss de Unwalkers ou de Jeanne Desaubry qui sont unanimes !

Maudits soient les artistes de Maurice Gouiran

Editeur : Jigal

Je ne sais pas pour vous, mais moi, quand je ne sais pas quoi lire, que j’hésite entre tous les livres qui me font de l’œil dans mes biliothèques et qui encombrent mon bureau, je prends un Maurice Gouiran. J’ai l’assurance de passer un bon moment et d’apprendre des choses. Son dernier roman en date est une nouvelle fois une réussite.

Samira, la femme de ménage, débarque chez Albert Facciolini. C’est en arrivant dans la cuisine qu’elle découvre le propriétaire des lieux scotché sur une chaise, surplombant une flaque de sang. Le médecin légiste remarque que le pauvre homme a été torturé au cutter avant d’être achevé de plusieurs coups à la tête. Comme les assassins ont laissé les armes sur place, ils cherchaient forcément autre chose. C’est très étonnant de tuer un homme pauvre comme les blés.

Clovis Narigou est bien obligé de se remettre au travail et de faire quelques piges pour le magazine Les Temps Nouveaux. C’est la survie de ses chèvres qui sont en jeu. Alors, il s’intéresse à la mort dans un incendie d’un vieil homme, Alexandre, qui ne sortait jamais de chez lui, mais qui pouvait bien être le mathématicien le plus doué du XXème siècle. D’ailleurs, Clovis s’aperçoit qu’Alexandre a séjourné au camp de Rieucros. Ce qui lui donna une idée d’article supplémentaire sur l’existence de ce camp en France. Sauf que la tranquillité de Clovis est remise en cause quand son fils annonce qu’il débarque avec trois couples de ses amis.

  1. Otto Landau a 23 ans, et a une passion pour l’art moderne. Au musée de Zwickau, devant une toile de Pechstein, Otto tombe sur Hildebrand Gurlitt, le directeur. Otto a grandi à Dresde, et était voisin de ce grand peintre. Les deux hommes nouent une amitié basée sur leur amour pour la peinture moderne.

Sur ce début d’intrigue qui a l’air de partir dans tous les sens, on a un peu l’impression que l’auteur ne sait pas où il va. Et puis, petit à petit, l’histoire se resserre, même s’il y a au moins deux ou trois fils conducteurs, et une nouvelle fois, je me suis laissé avoir. Parce que l’air de rien, Maurice Gouiran va nous faire traverser la deuxième guerre mondiale, dans le monde des collectionneurs d’art et au passage, j’allais dire comme d’habitude, on va apprendre plein de choses. La grande qualité, c’est d’ailleurs de situer son intrigue sur un terrain mieux construit que le lamentable film Monuments Men de George Clooney, et de proposer un polar solide, costaud et bien plus réaliste.

Bon, voilà, j’ai dévoilé le sujet du roman ! mais rassurez vous, je n’ai rien dévoilé de l’histoire de ce roman, qui de façon nonchalante, s’avère remarquablement construit. Et je dois dire que les quelques chapitres qui passent en revue la vie d’Otto et d’Hildebrand sont fantastiques de retenue et de véracité. J’ai même regretté que ces chapitres ne soient pas plus nombreux … mais il ne fallait pas en dire trop de peur de déflorer la chute.

Une nouvelle fois, je me suis fait avoir. J’ai aimé que Clovis, ce grand garçon, se révèle un peu moins gamin, et un peu plus drôle. Cela permet de faire évoluer ce personnage à qui on a du mal à donner un âge, mais qui a une verve de jeune homme. Que ce soit ce roman ou un autre, je ne peux que vous conseiller de découvrir cet auteur pas comme les autres, qui vient sans cesse se renouveler et déterrer des drames passés que l’on aurait tendance à tort d’oublier. Parce que c’est toujours bien !

Encore et toujours des novellas …

Je vous propose deux romans, 2 novellas comme on les appelle, écrites par 2 auteurs que j’adore. Faites vous plaisir !

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Mortelle sultane de Marek Corbel

Editeur : Horsain

Quatrième de couverture :

12 janvier 2015. Le lendemain de la manifestation « Charlie », Sihem, une jeune célibataire en difficulté, issue des cités du 93, entame une longue cavale. Accompagnée par deux improbables complices, Diane et Laurence, elle revisite durant cette fuite les dernières heures précédant le forfait dont elle est complice.

Une semaine plus tôt, le capitaine Belkacem, sous la protection paternelle de son vieil ami Francis Duval, se remet doucement en selle à la brigade financière où il vient d’être affecté. Aux dires d’un de ses indics, un braquage tout en douceur est prévu prochainement dans un magasin de luxe. Une course-poursuite s’amorce, dans un Paris pétrifié par les attentats du mois de janvier.

Né dans le Finistère, Marek Corbel travaille, dans le civil, comme juriste pour le ministère de l’Éducation Nationale, Paris. Il évolue entre le roman noir à coloration politico-historique, et le polar régional, plus classique. Ses influences en matière d’écriture sont diverses puisqu’elles proviennent aussi bien de « Un Pays à l’aube » (Dennis Lehane) que des auteurs du néo-polar français.

Mon avis :

Dans cette novella, nous allons suivre alternativement un capitaine de police avant l’attentat de Charlie, puis la cavale de Sihem qui vient de commettre un vol. Si les chapitres sont courts et confèrent un rythme à l’intrigue, il vaut mieux avoir lu la quatrième de couverture pour le savoir. Car j’ai trouvé que cette lecture demande une certaine concentration et un certain effort pour comprendre comment ces 2 trajectoires s’emmêlent (ou pas).

Si cette nouvelle n’est pas parfaite, on peut y apprécier l’ambition de cet auteur, et son art d’user et d’abuser du style direct et des non-dits. Chaque chapitre est d’une efficacité redoutable, et c’est aussi le reproche que je ferai à cette nouvelle : A trop abuser de style direct et de ne pas être explicite, on y perd le lecteur. Du coup, je me suis retrouvé avec une somme de scènes qui, prises une à une, sont très bien faites mais qui mises ensemble, manque de liant, d’un début et d’une fin. En gros, j’aurais aimé quelques dizaines de pages en plus !

Ceci dit, c’est une excellente occasion pour vous lecteur curieux de découvrir un nouvel auteur, prometteur en devenir ; du moins, c’est mon avis. Allez lire aussi celui de l’oncle Paul.

CAT 215

CAT 215 d’Antonin Varenne

Editeur : Manufacture de livres

Quatrième de couverture :

Un jeune mécanicien, Marc, « qui répare des choses inutiles depuis toujours », accepte de quitter la métropole et sa compagne Stef, pour rejoindre en Guyane son ancien patron, Julo. Celui-ci a un projet dément : devenu orpailleur, trafiquant d’or, il doit changer le moteur d’une monstrueuse pelle Caterpillar 215 qu’il a entrepris de faire convoyer par un ancien légionnaire Jo et un mystérieux Brésilien qui l’assiste dans cet enfer vert. La machine, après avoir avalé des kilomètres, est immobilisée au milieu de la forêt, loin de la mine sauvage. Aidé d’un piroguier, Marc rejoint les deux hommes et va s’atteler à réparer la bête d’acier et de feu au milieu du paysage dans lequel l’engin s’est frayé un passage en luttant contre la jungle à la fois fragile et menaçante. Les hommes vont alors se battre bardage contre leur propre folie, contre cette nature qui les fait souffrir et qu’ils torturent en vain au pied de la pelleteuse, plantée au milieu de la forêt, à la fois imposante et ridicule. Enorme quand ils se tiennent à côté, ridicule face à ce qui l’entoure.

Antonin Varenne, alpiniste du bâtiment, charpentier, a travaillé en Islande, en Guyane et aux Etats-Unis. Avec Fakirs, il reçoit le grand prix Sang d’encre, le prix Michel-Lebrun et le prix du meilleur polar des lecteurs de Points. Le Mur, le Kabyle et le Marin a reçu le prix des lecteurs Quais du polar/20 Minutes, le prix du polar francophone et le prix Amila-Meckert. Il vient de publier Battues à la Manufacture de livres et Trois mille chevaux vapeur chez Albin Michel (Le Livre de Poche)

Mon avis :

J’ai retrouvé dans cette novella toutes les raisons pour lesquelles j’adore Antonin Varenne. Je le connaissais excellent dans le polar et le roman noir (xxx). Il m’avait époustouflé dans le roman d’aventures (xxx). Eh bien cet auteur est aussi génial dans des nouvelles. Sur un format aussi court, et avec une histoire aussi simple, Antonin Varenne nous passionne pour ce mécanicien qui part au bout du monde travailler pour de l’argent. Il abandonne famille et patrie et se lance vers l’inconnu … ou presque puisqu’il a déjà effectué ce genre de mission par le passé.

Avec une économie remarquable de mots, de phrases, l’auteur arrive à nous passionner, à nous faire vivre au milieu de la jungle, à voir les gouttes de sueur sur les fronts, à sentir la moisissure de la jungle, à entendre des bruits étranges venant du fin fond de la forêt menaçante. On sent que l’auteur s’est amusé à écrire cette nouvelle, et le plaisir est communicatif pour un voyage dans une contrée inconnue.

Ne ratez pas l’excellent avis de l’ami Yvan

L’homme posthume de Jake Hinkson (Gallmeister)

Traduit par Sophie Aslanides

Editieur : Gallmeister Collection NeoNoir

Jake Hinkson m’avait fortement impressionné avec son premier roman, L’enfer de Church Street pour lequel je lui avais décerné un coup de cœur Black Novel. Ce roman a par ailleurs été distingué par le Prix Mystère de la critique 2016. Voici donc le deuxième roman de Jake Hinkson, qui s’avère être un auteur de grand talent.

Elliott Stilling se réveille à l’hôpital, les murs blancs l’éblouissent. Petit à petit, il se rappelle pourquoi il est allongé sur ce brancard. Il vient de faire une tentative de suicide, a avalé des dizaines de pilules. Le docteur annonce à haute voix qu’il est mort pendant trois minutes, mais ils ont réussi à le sauver. Avant de replonger dans l’inconscience, un visage d’ange lui apparaît, celui d’une infirmière.

Le lendemain, il se réveille dans une chambre. L’infirmière qui lui a donné l’envie de se battre est là. Elle s’appelle Felicia Vogan. Elle travaille aux urgences et est juste venue prendre de ses nouvelles. Ils discutent, se trouvent des affinités mais elle est obligée de partir travailler. Elliott ne veut pas rester là, partir avec que sa femme Carrie ne débarque. Il se lève péniblement, s’habille difficilement, et sort de l’hôpital.

Il s’assoit dans le square d’en face, au soleil. Il attend Felicia et quand elle sort, il la rejoint. Il lui propose d’aller boire un verre. Elle accepte mais elle doit rentrer chez elle pour se changer, car elle porte encore sa blouse d’infirmière. Sur le chemin, elle se fait arrêter par un flic, bedonnant, menaçant, un peu barré. Au lieu d’une amende pour excès de vitesse, DB, le flic, les accompagne jusque chez Felicia. Là bas, dans une petite maison charmante de banlieue, les attend la copie conforme de DB : le frère sosie de DB se nomme Tom et est muet. Il semblerait que les deux hommes attendent un troisième larron, Stan The Man. Les portes de l’enfer viennent de s’ouvrir …

Il y a tant de choses à dire sur ce roman qui pourtant ne fait même pas 200 pages ! On y retrouve toutes les qualités rencontrées dans le premier roman, et en particulier ce style si simple, si efficace que j’avais apprécié. Le sujet, en relation avec des bouseux, avec en arrière plan la religion, est aussi présent. Elliott est un ancien pasteur, marié puis divorcé … mais on en saura pas beaucoup plus avant d’avoir bien avancé dans le livre.

Car nous avons bien à faire avec un personnage mystérieux qui a eu un passé trouble et dramatique et qui veut tourner la page. Non seulement, il veut oublier son passé, mais il veut aussi changer de personnalité. De religieux il passe de l’autre coté de la ligne jaune, en étant embringuer dans un vol avec les autres cinglés DB, Tom et Stan. En fait, c’est un personnage tout en contradiction, qui à la fois cherche à s’oublier, mais aussi cherche une présence ; qui veut se punir et à la fois se venger ; c’est un personnage en colère contre la vie, contre l’injustice de la vie, contre les limites de la vie.

Ce qui est impressionnant dans ce court roman, c’est la façon qu’a l’auteur de construire ses personnages et l’ambiance, donnant autant d’importance aux personnages principaux qu’aux personnages secondaires. Et dans ce domaine là, on flirte avec des ambiances telles que l’on en rencontre dans Blue Velvet de David Lynch, dans lequel on peut rajouter des énergumènes complètement barrés que l’on pourrait rencontrer chez les frères Coen.

Bref, ce nouveau roman de Jake Hinkson confirme tout le bien que j’avais pu penser de cet auteur, un auteur à part qui sait construire ses propres intrigues et ses propres univers en empruntant avec beaucoup d’intelligence et de sagesse ce que l’on peut trouver chez les meilleurs du polar noir. Une réussite

Léo tout faux de Claude Charles (Editions Territoires Témoins)

Ce roman qui flirte avec les codes du polar est un roman fort plaisant. Outre l’occasion d’ajouter un auteur supplémentaire à ma liste des découvertes, on découvre une autre façon d’appréhender une intrigue d’arnaque.

Uniphone est une entreprise leader dans le domaine des abonnements de téléphonie mobile. Chaque mois, elle reçoit de ses clients plus d’une trentaine de millions d’abonnements, ce qui correspond à un chiffre d’affaires d’un milliard d’euros. Cette entreprise est dirigée par Pierre Mahon, un patron tyrannique qui dirige d’une main de fer. Le 14 aout 2013, un homme appelle au téléphone et se présente en tant que membre du cabinet du premier ministre. Quand cet homme a Mahon au téléphone, il lui annonce avoir détourné 200 millions d’euros des comptes de la société.

10 Janvier 2013. Sandrine est l’assistante de direction de Mahon. Elle est épuisée quand elle sort du travail. A un feu rouge, une voiture lui entre dedans. Le cinquantenaire en faute s’excuse et lui propose de l’argent en liquide en guise de dédommagement. Il s’appelle Christian Maillard et est vendeur d’œuvres d’art. Ils vont fricoter … Une histoire d’amour vient de commencer …

9 avril 2013. Caro vient de recevoir un SMS. Léo, un ancien amant, lui propose un rendez-vous. Quand ils se rencontrent, il y a Damien dit DD et Rémy, deux retraités. Cette petite équipe a été réunie pour réaliser un casse : détourner les prélèvements destinés à Uniphone durant le mois d’aout. Le butin est estimé à 200 millions d’euros et Léo s’arrangera pour que Mahon n’ait aucun recours. Chaque membre de l’équipe a une expertise qui permettra de mener à bien ce vol informatique, mais c’est sans compter la personnalité de chacun.

Ce roman est un sacré défi : nous montrer avec cette intrigue comment on peut détourner de l’argent … virtuel … et le blanchir sans que personne ne s’aperçoive de rien. Si cela parait un peu rocambolesque, le déroulement de l’intrigue apparait tout à fait réaliste et surtout en devient passionnant. On y trouve juste ce qu’il faut de rebondissements pour que l’on reste accroché à cette lecture.

On a donc droit à un mélange de Ocean 11 pour le casse, sans les élucubrations acrobatiques que l’on trouve dans le film, et de Mission Impossible quant à la réunion d’une équipe d’expert. En effet, chacun est expert qui en sécurité informatique, qui en liaisons telecoms, qui en blanchiment d’argent. Quant à Léo, c’est une sorte de chef de projet qui mène à bien son affaire pour atteindre son objectif.

Là où c’est original, c’est dans la psychologie des personnages. Chacun se retrouve affublé de petits travers qui vont de la colère à l’envie d’aller voir des prostituées qui viennent enrichir l’intrigue. Car c’est bien parce que Léo a en face de lui des gens et non des machines qu’il va avoir des sueurs froides, voire même des imprévus dangereux. Je ne vous dirai rien quant au dénouement qui est assez inattendu ou en tout cas surprenant.

Le seul petit reproche que l’on peut faire à ce roman concerne les dialogues qui, s’ils sont bien faits et très réalistes, s’avèrent nombreux, longs ce qui nuit un peu à l’efficacité du roman. Certes, ils font avancer l’intrigue mais ils auraient bien eu besoin d’un peu de coupe. Ceci dit, on finit par penser que ce roman, pour très intéressant et passionnant qu’il soit, s’avère être un scenario qui mériterait d’être adapté au cinéma. Car il y a de sacrés numéros d’acteurs à en attendre.

Ne ratez pas l’avis de l’oncle Paul.

Amnésie de Serge Radochévitch (Editions Territoires Témoins)

Le sujet de l’amnésie a été maintes fois traité dans le polar, et dans la littérature en général. Quoi de mieux, en effet, que de partir d’un personnage qui a tout oublié et qui se retrouve vierge, sans passé. Le roman de Serge Radochévitch en est une déclinaison.

Pierre-Julien Renouard est un jeune homme de 29 ans qui a un poste de commercial. Alors qu’il revient d’un rendez-vous d’affaires, il a un accident de voiture. Le traumatisme crânien n’est pas grave au point d’intenter à sa vie, mais il passe tout de même un mois dans le coma. Quand il se réveille, il s’avère qu’il est amnésique.

Cet événement dramatique va surtout marquer ses proches. Si lui se laisse aller, presque bercer par le temps qui passe, ce sont ses parents, ses amis qui vont vouloir le retrouver comme il était avant. Alors, ils vont lui rappeler des souvenirs qu’il a perdus, et qu’il n’a pas forcément envie de retrouver. En particulier, il apprend qu’il est divorcé parce qu’il était violent envers sa femme. Le fait qu’il se fasse virer de son travail va lui donner l’occasion de disposer de la liberté qu’il recherche.

Après avoir décidé de tirer un trait sur son passé et d’avoir amputé son prénom (il devient dorénavant Julien), il passe ses journées à se promener et ses soirées dans des bars. Il fait la connaissance d’un jeune homme qui habite dans un camping. Daniel lui montre un roman qu’il a écrit et Julien lui propose de le lire pour lui donner son avis. Comme il a rencontré Michelle, une journaliste, il a la possibilité de lui donner un coup de pouce. Sauf que … il décide de dire à Michelle que c’est lui l’auteur de ce roman.

Voilà une variation sur le thème de l’amnésie qui présente des aspects très positifs et d’autres qui me laissent sur ma faim. Ce qu’il faut savoir, c’est que ce roman est globalement construit selon trois actes, comme une pièce de théâtre. La première concerne la sortie de Pierre-Julien de l’hôpital ; La deuxième parle du vol du roman et la troisième de l’enquête d’un journaliste … mais je ne peux vous en dire plus sans dévoiler complètement l’intrigue, et ce serait dommage.

Si la construction est très carrée, je dois dire que cela donne un roman avec une intrigue efficace. D’ailleurs, le format relativement court du roman le prouve. Ensuite, les dialogues sont très bien faits. Il y a une vraie recherche pour en dire le juste nécessaire. Enfin, le thème abordé, l’air de rien, est bien : est-on foncièrement mauvais ou devient-on mauvais ? Quelle part le hasard tient-il dans la trajectoire du commun des mortels ? Et il est presque dommage que le roman soit si explicite à la fin. J’aurais aimé qu’il y reste une part de mystère … mais bon !

Sinon, je suis resté surpris et dubitatif devant certains effets de style qui m’ont laissé pantois. Passer dans une scène d’une narration à la troisième personne puis, sans prévenir à la première personne, est très surprenant. A tel point que l’on se demande qui parle. De même, j’ai trouvé la première partie peu passionnante, la faute peut-être à certains manques de développement de certaines scènes, alors que dès que Julien rencontre Daniel, le roman prend son envol.

Voilà donc un nouvel auteur épinglé sur Black Novel dont le roman aborde le thème de l’amnésie … mais pas seulement. En tous cas, je suis curieux d’avoir votre avis.