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Léo tout faux de Claude Charles (Editions Territoires Témoins)

Ce roman qui flirte avec les codes du polar est un roman fort plaisant. Outre l’occasion d’ajouter un auteur supplémentaire à ma liste des découvertes, on découvre une autre façon d’appréhender une intrigue d’arnaque.

Uniphone est une entreprise leader dans le domaine des abonnements de téléphonie mobile. Chaque mois, elle reçoit de ses clients plus d’une trentaine de millions d’abonnements, ce qui correspond à un chiffre d’affaires d’un milliard d’euros. Cette entreprise est dirigée par Pierre Mahon, un patron tyrannique qui dirige d’une main de fer. Le 14 aout 2013, un homme appelle au téléphone et se présente en tant que membre du cabinet du premier ministre. Quand cet homme a Mahon au téléphone, il lui annonce avoir détourné 200 millions d’euros des comptes de la société.

10 Janvier 2013. Sandrine est l’assistante de direction de Mahon. Elle est épuisée quand elle sort du travail. A un feu rouge, une voiture lui entre dedans. Le cinquantenaire en faute s’excuse et lui propose de l’argent en liquide en guise de dédommagement. Il s’appelle Christian Maillard et est vendeur d’œuvres d’art. Ils vont fricoter … Une histoire d’amour vient de commencer …

9 avril 2013. Caro vient de recevoir un SMS. Léo, un ancien amant, lui propose un rendez-vous. Quand ils se rencontrent, il y a Damien dit DD et Rémy, deux retraités. Cette petite équipe a été réunie pour réaliser un casse : détourner les prélèvements destinés à Uniphone durant le mois d’aout. Le butin est estimé à 200 millions d’euros et Léo s’arrangera pour que Mahon n’ait aucun recours. Chaque membre de l’équipe a une expertise qui permettra de mener à bien ce vol informatique, mais c’est sans compter la personnalité de chacun.

Ce roman est un sacré défi : nous montrer avec cette intrigue comment on peut détourner de l’argent … virtuel … et le blanchir sans que personne ne s’aperçoive de rien. Si cela parait un peu rocambolesque, le déroulement de l’intrigue apparait tout à fait réaliste et surtout en devient passionnant. On y trouve juste ce qu’il faut de rebondissements pour que l’on reste accroché à cette lecture.

On a donc droit à un mélange de Ocean 11 pour le casse, sans les élucubrations acrobatiques que l’on trouve dans le film, et de Mission Impossible quant à la réunion d’une équipe d’expert. En effet, chacun est expert qui en sécurité informatique, qui en liaisons telecoms, qui en blanchiment d’argent. Quant à Léo, c’est une sorte de chef de projet qui mène à bien son affaire pour atteindre son objectif.

Là où c’est original, c’est dans la psychologie des personnages. Chacun se retrouve affublé de petits travers qui vont de la colère à l’envie d’aller voir des prostituées qui viennent enrichir l’intrigue. Car c’est bien parce que Léo a en face de lui des gens et non des machines qu’il va avoir des sueurs froides, voire même des imprévus dangereux. Je ne vous dirai rien quant au dénouement qui est assez inattendu ou en tout cas surprenant.

Le seul petit reproche que l’on peut faire à ce roman concerne les dialogues qui, s’ils sont bien faits et très réalistes, s’avèrent nombreux, longs ce qui nuit un peu à l’efficacité du roman. Certes, ils font avancer l’intrigue mais ils auraient bien eu besoin d’un peu de coupe. Ceci dit, on finit par penser que ce roman, pour très intéressant et passionnant qu’il soit, s’avère être un scenario qui mériterait d’être adapté au cinéma. Car il y a de sacrés numéros d’acteurs à en attendre.

Ne ratez pas l’avis de l’oncle Paul.

Amnésie de Serge Radochévitch (Editions Territoires Témoins)

Le sujet de l’amnésie a été maintes fois traité dans le polar, et dans la littérature en général. Quoi de mieux, en effet, que de partir d’un personnage qui a tout oublié et qui se retrouve vierge, sans passé. Le roman de Serge Radochévitch en est une déclinaison.

Pierre-Julien Renouard est un jeune homme de 29 ans qui a un poste de commercial. Alors qu’il revient d’un rendez-vous d’affaires, il a un accident de voiture. Le traumatisme crânien n’est pas grave au point d’intenter à sa vie, mais il passe tout de même un mois dans le coma. Quand il se réveille, il s’avère qu’il est amnésique.

Cet événement dramatique va surtout marquer ses proches. Si lui se laisse aller, presque bercer par le temps qui passe, ce sont ses parents, ses amis qui vont vouloir le retrouver comme il était avant. Alors, ils vont lui rappeler des souvenirs qu’il a perdus, et qu’il n’a pas forcément envie de retrouver. En particulier, il apprend qu’il est divorcé parce qu’il était violent envers sa femme. Le fait qu’il se fasse virer de son travail va lui donner l’occasion de disposer de la liberté qu’il recherche.

Après avoir décidé de tirer un trait sur son passé et d’avoir amputé son prénom (il devient dorénavant Julien), il passe ses journées à se promener et ses soirées dans des bars. Il fait la connaissance d’un jeune homme qui habite dans un camping. Daniel lui montre un roman qu’il a écrit et Julien lui propose de le lire pour lui donner son avis. Comme il a rencontré Michelle, une journaliste, il a la possibilité de lui donner un coup de pouce. Sauf que … il décide de dire à Michelle que c’est lui l’auteur de ce roman.

Voilà une variation sur le thème de l’amnésie qui présente des aspects très positifs et d’autres qui me laissent sur ma faim. Ce qu’il faut savoir, c’est que ce roman est globalement construit selon trois actes, comme une pièce de théâtre. La première concerne la sortie de Pierre-Julien de l’hôpital ; La deuxième parle du vol du roman et la troisième de l’enquête d’un journaliste … mais je ne peux vous en dire plus sans dévoiler complètement l’intrigue, et ce serait dommage.

Si la construction est très carrée, je dois dire que cela donne un roman avec une intrigue efficace. D’ailleurs, le format relativement court du roman le prouve. Ensuite, les dialogues sont très bien faits. Il y a une vraie recherche pour en dire le juste nécessaire. Enfin, le thème abordé, l’air de rien, est bien : est-on foncièrement mauvais ou devient-on mauvais ? Quelle part le hasard tient-il dans la trajectoire du commun des mortels ? Et il est presque dommage que le roman soit si explicite à la fin. J’aurais aimé qu’il y reste une part de mystère … mais bon !

Sinon, je suis resté surpris et dubitatif devant certains effets de style qui m’ont laissé pantois. Passer dans une scène d’une narration à la troisième personne puis, sans prévenir à la première personne, est très surprenant. A tel point que l’on se demande qui parle. De même, j’ai trouvé la première partie peu passionnante, la faute peut-être à certains manques de développement de certaines scènes, alors que dès que Julien rencontre Daniel, le roman prend son envol.

Voilà donc un nouvel auteur épinglé sur Black Novel dont le roman aborde le thème de l’amnésie … mais pas seulement. En tous cas, je suis curieux d’avoir votre avis.

Concerto pour 4 mains de Paul Colize (Fleuve Noir)

Génial, le dernier Paul Colize est génial. Prenant d’un bout à l’autre, il nous montre le destin de deux hommes, avec une simplicité telle que ce roman est impossible à lacher, et malgré cela, la structure du livre n’est pas si évidente que cela. Pour un lecteur lambda, cette lecture vous paraitra évidente et passionnante. Pour un spécialiste du polar, cette lecture laissera pantois par la maitrise montrée dans la conduite de l’intrigue. Je disais que ce roman est génial : Erreur ! il est impressionnant.

Le 18 février 2013, un fourgon charge une cargaison de diamants dans un avion. Un camion enfonce un mur de protection et débarque lors du chargement. Rapidement, les malfaiteurs mettent en joue les convoyeurs et embarquent les nombreux sacs. Quelques minutes plus tard, le camion se sauve par le même chemin qu’ils ont utilisé pour arriver. La rapidité, la précision font de ce braquage un chef d’œuvre du vol sans effusion de sang. Ce braquage serait-il l’œuvre de Franck Jammet ?

La vocation de Franck Jammet lui est dévoilée le jour où, enfant de chœur, il voit le curé mettre dans sa poche un gros billet récupéré lors de la quête de fin de messe. Ce jour-là, il comprend que l’on peut être voleur et ne pas se faire prendre. Scout par la suite, il invente une arnaque pour sauver des animaux en voie de disparition avec son ami de toujours XXX. C’est lors de ses études qu’il commence à monter des braquages judicieux, non violents et très rémunérateurs.

De nos jours, Jean Villemont, avocat au barreau de Bruxelles, doué et travailleur acharné, est appelé par M.Bachir pour défendre son fils Akim, qui vient d’être accusé de vol. En effet, Akim a été arrêté alors qu’il réalisait un braquage avec un couteau et à visage découvert. Le premier contact entre Akim et Jean se passe mal : Akim ne veut pas être défendu. Jean va mener son enquête et s’apercevoir qu’au lieu de braquer le bureau de poste, Akim cherchait en fait à échapper à la grosse voiture qui l’attendait dehors, et que, pour ce faire, il est entré précipitamment dans la banque pour simuler un braquage.

Ce roman est incroyable, impressionnant de maitrise, un pur plaisir de lecture. Il repose sur deux personnages forts, un voleur de haut vol et un avocat. D’emblée, Paul Colize alterne les chapitres afin de leur donner à chacun un temps de parole identique. Les chapitres se parlent, se répondent, et on entre dans cette intrigue avec deux hommes qui sont chacun d’un coté de la ligne jaune.

Franck Jammet est un truand qui se revendique comme tel, Jean Villemont est un avocat honnête qui se revendique comme tel. Ce qui attire mon attention, c’est le réalisme des scènes, et l’humanité des personnages. Paul Colize a mis beaucoup de passion dans son roman, et il nous l’insuffle, il nous conte une histoire à laquelle, il me semble, tout le monde se doit d’adhérer car elle est simple et humaine ; elle nous parle.

Cette construction faite d’alternances n’est pas nouvelle et on attend avec imaptience la rencontre entre les deux personnages. Elle est rendu plus complexe par le fait que les chapitres concernant Frank Jammet racontent sa vie depuis son adolescence. Malgré cette complexité voulue et revendiquée, ce roman est remarquable par sa fluidité, sn évidence. Ce roman se lit tout seul, le style est simple, mais chaque mot, chaque phrase veulent dire quelque chose.

Pour avoir lu plusieurs romans de Paul Colize, ce roman doit lui permettre d’atteindre à la reconnaissance parmi les meilleurs conteurs francophones contemporains. J’ai été époustouflé par la créativité des scènes, par l’imagination qui en découle, par l’évidence des enchainements et par la beauté de cette histoire, de ces deux destins. Et pendant toute la lecture, on ne se pose pas la question de comment ces histoires peuvent finir, parce que l’on aime se laisser porter par la narration.

Si je considère qu’Un long moment de silence est son chef d’œuvre à ce jour, ce roman là en est très proche tant ce roman est passionnant d’un bout à l’autre. Et si je dois vous donner un conseil pour vos cadeaux de Noel, n’hésitez plus : Ce roman là est sans aucun doute en ce qui me concerne un roman qui va plaire à tout le monde. Laissez vous emporter par ce concerto pour 4 mains !

Ne ratez pas les avis des amis : David et Yvan,

Sans pitié ni remords de Nicolas Lebel (Marabook)

Il m’aura fallu découvrir Nicolas Lebel grâce à son précédent roman, le jour des morts,  pour être tombé amoureux de son personnage principal Mehrlicht. Et donc, c’est une maladie chez moi, je ne pouvais pas rater le petit dernier Sans Pitié ni remords.

9 novembre. Le meilleur ami du capitaine Mehrlicht et ancien collègue, Jacques Morel, celui qui faisait chier les infirmières, celui qui fumait comme un pompier dans sa chambre d’hôpital, celui qui vidait les bouteilles de Romanée-Conti quand il devait prendre ses médicaments, celui qui partait dans des tirades extraordinaires vient de rendre l’âme. Toute l’équipe de Mehrlicht assiste à l’enterrement et le commissaire Matiblout lui conseille de prendre quelques jours de congés.

Avant de partir en province, Mehrlicht est convoqué par un notaire pour la succession de Jacques Morel. Il lui remet une enveloppe marron, dans laquelle il trouve des jeux de reflexion (Mots fléchés et Sudoku) ainsi qu’une petite pierre précieuse. C’est alors que le capitaine Kabongo, membre de « la police de l’art » lui annonce que cette pierre fait partie d’un vol qui a eu lieu plusieurs années auparavant. Pour Mehrlicht, prouver l’innocence de son meilleur ami devient une question vitale.

Pendant ce temps là, l’équipe de Mehrlicht est appelée pour un suicide. Leur nouveau chef provisoire, pendant l’absence de Mehrlicht s’appelle Cuvier, un incompétent notoire, connu et reconnu comme tel. Le suicide est une pendaison d’un dénommé Ghislaini. Rien n’est signalé dans son dossier judiciaire. Ghislaini a juste été entendu dans une affaire d’œuvres d’art africain il y a une dizaine d’années. L’affaire se complique quand d’autres suicides font leur apparition.

Autant vous le dire tout de suite, si Nicolas Lebel écrit de très bons polars divertissants, il est aussi et surtout un auteur doué, très doué, capable de vous étonner. Etonnant, c’est bien le mot qui me vient après avoir tourné la dernière page. Ce n’est que le troisième roman de cet auteur, et il se permet de nous concocter un scenario surprenant, tout en y mettant les formes.

Car effectivement, vous allez être surpris par l’intrigue, jusque dans les dernières pages, mais vous allez aussi suivre le fil conducteur à travers plusieurs groupes de personnages. Et cela se passe avec autant de facilité parce que ces personnages sont forts. Mehrlicht occupe bien entendu le premier plan, et même s’il est moins en forme, moins présent, ses envolées lyriques sont toujours aussi jouissives et confines même au chef d’œuvre, telle celle des pages 156 à 158. L’équipe du capitaine, d’un autre coté, a affaire avec un remplaçant Cuvier que l’on adore détester voire même que l’on voudrait baffer. Enfin, vers le milieu du bouquin, on voit apparaitre un groupuscule responsable des suicides … et à la limite ce sont les passages que j’ai le moins aimé car ils m’ont semblé peu convaincants.

Le roman est donc divisé en deux temps, comme un opéra ou comme un film d’action. Vient d’abord Temps de deuil, où Nicolas Lebel met en place l’intrigue (complexe certes, mais dans laquelle on n’est pas perdu, loin de là, puisque le roman est réellement impossible à lacher). Puis arrive Temps de guerre où le rythme change et où le livre devient une course poursuite. Au-delà de ce rythme effrené, on y retrouve de pures idées comiques, telles les sonneries de téléphone que le fils de Mehrlicht installe sur le portable de son père et nous donne des moments comiques inoubliables !

Le livre se clot par deux pages de remerciements où l’auteur nous donne à lire une liste de blogueurs qui l’ont aidé, avec un dernier effet comique et j’ai adoré cet aspect de ne pas se prendre au sérieux. C’est aussi pour cela que j’adore cet auteur : il écrit d’excellents scenarii avec des personnages forts et malgré cela, il nous rappelle que tout cela n’est qu’un divertissement … quoique … Voici encore une réussite, une belle, signé Nicolas Lebel. Et ça rime !

Tiré à quatre épingles de Pascal Marmet (Michalon)

Après avoir lu A la folie, le Roman du parfum et le Roman du café, j’avais hâte de lire le dernier roman de Pascal Marmet, d’autant plus que c’est un roman policier et que nous allons faire connaissance avec un nouveau personnage.

Il fait très chaud en ce mois d’aout. Paris a été déserté de ses habitants, remplacé par de nombreux touristes. Les aéroports et les gares sont pris d’assaut. Les appartements étant délaissés, c’est le bon moment pour les cambrioleurs de fomenter leurs larcins. C’est le cas de Samy, qui est serrurier de profession et qui a un sacré savoir faire dans ce domaine. Il a déjà repéré une voie sans issue, avec des immeubles de belle allure. Il ne lui manque qu’un complice. Il repère alors un grand garçon dégingandé, affublé d’une tenue vert pomme, qui confine au ridicule. Le jeune homme, qui s’appelle Laurent Bastos est, effectivement, lent à la détente. Rien de plus facile que de l’embobiner …

Les deux hommes arrivent à entrer dans l’immeuble et grimpent à l’étage intéressant. Pendant que Samy s’occupe de la chambre, Samy découvre au bas de l’escalier la propriétaire des lieux, une femme de 40 ans, qui n’arrive plus à bouger. Elle lui explique qu’elle est tombée dans les escaliers et lui propose de l’argent s’il l’aide. Lui qui vient d’en voler de quoi remplir son caleçon, lui amène simplement un verre d’eau. Sans rien dire à Samy, Laurent suit son comparse.

C’est l’été aussi au 36 Quai des Orfèvres. Toute l’équipe du commissaire Chanel est débordée. Et pourtant, une affaire vient de tomber : Le corps de la propriétaire d’un appartement vient d’être retrouvé avec trois balles dans le corps. On pourrait penser à un cambriolage qui a mal tourné, mais l’autopsie va contredire cette hypothèse. D’autant plus que la victime s’avère être la femme du préfet assassiné six mois plus tôt.

Voilà un pur roman policier dont les nombreuses qualités en font une intrigue attachante. Et après avoir tourné la dernière page, on ne demande qu’à lire la prochaine enquête du commissaire Chanel.

J’ai aimé cette intrigue, qui, l’air de rien, est très rigoureuse et est déroulée avec une belle rigueur.

J’ai aimé ce contexte d’arts africains, domaine collectionné par la femme du préfet, qui nous apprend plein de choses, sans étaler sa science.

J’ai aimé ces détails sur le fonctionnement du 36 Quai des Orfèvres qui nous plonge dans l’action.

J’ai aimé ce style si simple et si subtil, cette façon de décrire ces ambiances si réaliste, ce léger décalage de vue, cette façon si personnelle de peindre un décor, ces descriptions si efficaces de montrer un personnage, une psychologie.

J’ai aimé ces chapitres courts, qui vont à l’essentiel, qui allègent la lecture et qui créent un suspense naturel de par leur structure.

J’ai aimé ces digressions qui parfois durent plusieurs chapitres, et qui viennent s’intéresser aux autres personnages que Chanel, nous offrant par là-même une belle galerie de personnages secondaires, qui, pour le coup, sont partie intégrante de l’intrigue.

J’ai aimé ce personnage de Chanel, sorte d’enquêteur surdoué, cinquantenaire débonnaire à qui on demande de former les futures générations, et qui ne s’encombre pas d’autre compagnie que lui-même. J’ai aimé quand il offre le logis à une jeune fille rencontrée dans le train, et s’aperçoit qu’il vaut mieux avoir auprès de soi une présence pour meubler les silences.

J’ai aimé ce roman pas comme les autres, avec un style pas comme les autres, avec un personnage pas comme les autres, et une intrigue menée de façon originale. Voilà un roman policier bien attachant. Et j’espère qu’on retrouvera bientôt le commissaire Chanel !

La bonne, la brute et la truande de Samuel Sutra (Flamant noir)

C’est déjà la cinquième aventure de Tonton et sa bande de bras cassés et je ne m’en lasse pas. Cette série fait son chemin, et devient pour moi une référence, une assurance de bonne humeur. Ce roman est une nouvelle fois excellent, et même le meilleur de la série avec Akhanguetno. N’hésitez plus, jetez vous sur les (més) aventures de Tonton !

Au manoir de Tonton, à Saint Maur, le téléphone sonne. Tonton hurle, ordonne à Donatienne, sa bonne d’aller répondre. Car un homme tel que lui, la référence nationale, mondiale et universelle de la truande ne peut se résoudre à s’abaisser à aller répondre. Donatienne, qui est aux toilettes et qui est déjà bien attaquée par son petit déjeuner à la Suze, va décrocher.

Le mystérieux interlocuteur vient de proposer à Tonton le célèbre, magnifique diamant, le Waïen-Bicôze, dont tout le monde parle depuis plus d’un an. Ce diamant devait être mis en vente à Drouot un an auparavant et avait disparu juste avant la mise aux enchères. Les voleurs étaient passés par les toilettes des femmes, dont le mur était adjacent avec la cave d’une vieille dame. Aucun voleur n’avait été arrêté. Mais Tonton savait tout cela, puisque le Waïen-Bicôze, c’est lui qui l’a volé.

Il y a un an, Tonton et son équipe au complet (Gérard, Pierre, Bruno, Mamour, et Kiki son Teckel) ont donc dérobé ce diamant, et ont décidé de le planquer le temps que l’affaire se tasse. Ils l’ont donc enfoui dans le jardin de Tonton en comptant 10 pas à partir de la dernière marche du perron. Mais comment se rappeler un an après dans quelle direction partait les 10 pas en question, quand toute l’équipe était murgée comme une estafette de gendarmerie après le petit déjeuner ?

Le contexte est bien lancé, délirant à souhait et c’est alors que Samuel Sutra se déchaine. Le parc est retourné, le diamant n’est plus là, et l’auteur va nous concocter un scenario diabolique où le lecteur va devoir deviner qui a le diamant en sa possession. Le roman va donc alterner, mettre en avant chacun des personnages, pour montrer ce qui s’est passé pour chacun d’eux avant, pendant et après le vol du Waïen-Bicôze.

Car n’ayant pas été payé et étant embringué dans des affaires compliquées, chacun se voit obligé de voler le diamant pour sauver sa peau … ou celle du voisin … Le scenario est diabolique, une sorte de mécanique parfaitement huilée, un pur plaisir pendant lequel on se demande réellement qui a bien pu faire la nique à Tonton. Et on tourne les pages en se marrant comme une baleine car toutes les ficelles du comique sont utilisées ici avec perfection : du comique de situation aux présentations des personnages, de leur nom (Le Russe Vladlezbrouf par exemple) aux quiproquos, des dialogues hilarants au style enlevé et plein de dérision, ce roman s’avère un livre indispensable pour détendre ses zygomatiques.

Alors, évidemment, par son coté humoristique, par ses personnages d’une connerie inimaginable, et surtout avec son scenario en béton, on pense à Donald Westlake et en particulier à Pierre qui roule. Car si le scenario est différent ici, on retrouve bien tous les ingrédients qui font la force d’un roman comique. On ne peut qu’être époustouflé devant le talent de cet auteur. Avec ce roman, le cycle des Tonton vient de franchir un nouveau pas et ce tome-là est le meilleur avec Akhanguetno et sa bande.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul ainsi que l’interview du Concierge Masqué.

Par ailleurs, je vous signale que Akhanguetno et sa bande, le troisième tome des aventures de Tonton vient d’être réédité par les éditions du Flamant Noir. Ce roman a par ailleurs reçu un Coup de Cœur Black Novel ici.

Akhanguetno flamant

La quatrième de couverture dit ceci :

Il y a deux-mille cinq-cents ans, la vallée d’Uroch a vu s’éteindre l’un des plus puissants pharaons de la quatrième dynastie : Akhänguetno. Bien au chaud dans son tombeau, couché sur un colossal matelas d’or, le grand homme était prêt pour son voyage dans l’au-delà, bien décidé à n’emmerder personne. Mais si un égyptologue nous lit, qu’il lève le doigt : Tonton voudrait bien savoir comment ce pharaon a fait pour se retrouver enterré dans son parc, près de son plan d’eau.

Burn out de Didier Fossey (Flamant noir)

C’est après la rencontre avec l’auteur lors du dernier salon du livre de Paris que je me suis décidé à lire ce livre. Car une sorte de courant est passée, juste dans sa façon de parler, ou bien dans son regard … bref, j’y ai trouvé une humilité qui m’a donné envie de découvrir l’univers de Didier Fossey, sans même savoir de quoi il retournait. En un mot, passionnant, ce roman est passionnant.

Le roman s’ouvre sur des extraits d’articles de journaux, évoquant les suicides des policiers. Puis, on entre dans le vif du sujet. Bienvenue dans le groupe du Commandant Boris Le Guenn. Ancien Parachutiste, agé de 49 ans, c’est un bon meneur d’hommes. Ils sont 6 dans le groupe : Frederique Belvet, la seule femme du groupe, experte en filature ; Marco et Dédé sont les deux fortes gueules ; Guillaume a des problèmes de couple et Antoine Furlon vit le parfait amour avec une fonctionnaire de police.

Cette nuit là, la BAC du 20ème arrondissement est en planque à proximité du cimetière du Père Lachaise. La restriction des budgets fait que la brigade de répression des trafics des œuvres d’art leur a confié une affaire de vols de statues mortuaires. Ils sont 3 : Romain le chauffeur, Frank l’ancien et Manu. Manu a une envie pressante, alors il se cherche un endroit calme. Quand les autres ‘inquiètent de son absence, ils foncent dans le cimetière et le trouvent à terre, poignardé par un tournevis.

Il faut dire qu’il y a de l’argent à se faire, à voler de véritables œuvres d’art. Dubreuil est un ancien entrepreneur de BTP qui s’est reconverti dans la réinsertion de criminels. Avec Sergueï, il organise ces vols. L’assassinat d’un flic va changer la donne. Il faut se débarrasser de la camionnette … et des deux complices par la même occasion.

Je m’arrête là, en qui concerne le résumé des premières pages, car c’est un roman à plusieurs personnages que l’on va découvrir, avec une intrigue aux multiples rebondissements. Et je dois dire que j’ai été époustouflé par la maitrise de ce roman. En fait, l’auteur a trouvé un équilibre entre l’action, l’enquête et la psychologie des personnages. Cela en fait un roman passionnant, et surtout, l’immersion est totale dans ces équipes de flics. A la limite, les chapitres consacrés à Dubreuil et sa bande de voleurs nous permet presque de souffler un peu.

Car, je ne sais pas pourquoi, mais je l’avais déjà remarqué à la lecture de Beau temps pour les couleuvres de Patrick Caujolle, édité par les éditions du Caïman, quand un roman est écrit par un ancien policier, il en ressort un ton de vérité, une sorte d’honnêteté dans la description des hommes et des femmes, et quand c’est bien fait, c’est carrément prenant. Pour autant, ne croyez pas que cela soit fait à la façon d’un reportage, c’est bien à un roman auquel on a affaire, avec une intrigue béton, implacable.

Il n’empêche que ce que l’on retiendra de ce roman, c’est bien ces écorchés de la vie, ces êtres confrontés au pire et qui, par passion pour leur travail, vont se pencher sur la ligne qui sépare la folie de la passion. Deux personnages sont remarquables et vont hanter ces pages : Guillaume, en situation de burn-out, cherche un équilibre entre sa vie professionnelle et sa vie personnelle. Quand sa femme s’en va, il bascule, il tombe, sans aucune possibilité de retour. Frank, lui, qui est pourtant un vieux de la vieille, va être marqué par l’assassinat de Manu, son collègue, et va mener sa propre enquête.

Ce roman aborde clairement la difficulté du travail de flic, mais aussi tous les à-côtés qui compliquent encore leur tache. De la hiérarchie qui clairement ne sait pas « manager » ses hommes, des décisions politiques qui visent à réduire les budgets, des relations entre services, tous ces sujets sont abordés tout au long de l’intrigue sans venir alourdir le propos. De la même façon que j’avais adoré le roman de Patrick Caujolle, j’ai adoré le roman de Didier Fossey. Car cette lecture est plus qu’un divertissement, c’est instructif, c’est passionnant. Je ne pense pas que le but de l’auteur soit de donner des leçons, il est juste un témoin qui montre un état de fait. Il ne prend pas partie mais montre une situation inacceptable. Et quand, en plus, l’intrigue est très bien menée, cela fait de Burn-out un livre à découvrir, à lire.