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Sans pitié ni remords de Nicolas Lebel (Marabook)

Il m’aura fallu découvrir Nicolas Lebel grâce à son précédent roman, le jour des morts,  pour être tombé amoureux de son personnage principal Mehrlicht. Et donc, c’est une maladie chez moi, je ne pouvais pas rater le petit dernier Sans Pitié ni remords.

9 novembre. Le meilleur ami du capitaine Mehrlicht et ancien collègue, Jacques Morel, celui qui faisait chier les infirmières, celui qui fumait comme un pompier dans sa chambre d’hôpital, celui qui vidait les bouteilles de Romanée-Conti quand il devait prendre ses médicaments, celui qui partait dans des tirades extraordinaires vient de rendre l’âme. Toute l’équipe de Mehrlicht assiste à l’enterrement et le commissaire Matiblout lui conseille de prendre quelques jours de congés.

Avant de partir en province, Mehrlicht est convoqué par un notaire pour la succession de Jacques Morel. Il lui remet une enveloppe marron, dans laquelle il trouve des jeux de reflexion (Mots fléchés et Sudoku) ainsi qu’une petite pierre précieuse. C’est alors que le capitaine Kabongo, membre de « la police de l’art » lui annonce que cette pierre fait partie d’un vol qui a eu lieu plusieurs années auparavant. Pour Mehrlicht, prouver l’innocence de son meilleur ami devient une question vitale.

Pendant ce temps là, l’équipe de Mehrlicht est appelée pour un suicide. Leur nouveau chef provisoire, pendant l’absence de Mehrlicht s’appelle Cuvier, un incompétent notoire, connu et reconnu comme tel. Le suicide est une pendaison d’un dénommé Ghislaini. Rien n’est signalé dans son dossier judiciaire. Ghislaini a juste été entendu dans une affaire d’œuvres d’art africain il y a une dizaine d’années. L’affaire se complique quand d’autres suicides font leur apparition.

Autant vous le dire tout de suite, si Nicolas Lebel écrit de très bons polars divertissants, il est aussi et surtout un auteur doué, très doué, capable de vous étonner. Etonnant, c’est bien le mot qui me vient après avoir tourné la dernière page. Ce n’est que le troisième roman de cet auteur, et il se permet de nous concocter un scenario surprenant, tout en y mettant les formes.

Car effectivement, vous allez être surpris par l’intrigue, jusque dans les dernières pages, mais vous allez aussi suivre le fil conducteur à travers plusieurs groupes de personnages. Et cela se passe avec autant de facilité parce que ces personnages sont forts. Mehrlicht occupe bien entendu le premier plan, et même s’il est moins en forme, moins présent, ses envolées lyriques sont toujours aussi jouissives et confines même au chef d’œuvre, telle celle des pages 156 à 158. L’équipe du capitaine, d’un autre coté, a affaire avec un remplaçant Cuvier que l’on adore détester voire même que l’on voudrait baffer. Enfin, vers le milieu du bouquin, on voit apparaitre un groupuscule responsable des suicides … et à la limite ce sont les passages que j’ai le moins aimé car ils m’ont semblé peu convaincants.

Le roman est donc divisé en deux temps, comme un opéra ou comme un film d’action. Vient d’abord Temps de deuil, où Nicolas Lebel met en place l’intrigue (complexe certes, mais dans laquelle on n’est pas perdu, loin de là, puisque le roman est réellement impossible à lacher). Puis arrive Temps de guerre où le rythme change et où le livre devient une course poursuite. Au-delà de ce rythme effrené, on y retrouve de pures idées comiques, telles les sonneries de téléphone que le fils de Mehrlicht installe sur le portable de son père et nous donne des moments comiques inoubliables !

Le livre se clot par deux pages de remerciements où l’auteur nous donne à lire une liste de blogueurs qui l’ont aidé, avec un dernier effet comique et j’ai adoré cet aspect de ne pas se prendre au sérieux. C’est aussi pour cela que j’adore cet auteur : il écrit d’excellents scenarii avec des personnages forts et malgré cela, il nous rappelle que tout cela n’est qu’un divertissement … quoique … Voici encore une réussite, une belle, signé Nicolas Lebel. Et ça rime !

Tiré à quatre épingles de Pascal Marmet (Michalon)

Après avoir lu A la folie, le Roman du parfum et le Roman du café, j’avais hâte de lire le dernier roman de Pascal Marmet, d’autant plus que c’est un roman policier et que nous allons faire connaissance avec un nouveau personnage.

Il fait très chaud en ce mois d’aout. Paris a été déserté de ses habitants, remplacé par de nombreux touristes. Les aéroports et les gares sont pris d’assaut. Les appartements étant délaissés, c’est le bon moment pour les cambrioleurs de fomenter leurs larcins. C’est le cas de Samy, qui est serrurier de profession et qui a un sacré savoir faire dans ce domaine. Il a déjà repéré une voie sans issue, avec des immeubles de belle allure. Il ne lui manque qu’un complice. Il repère alors un grand garçon dégingandé, affublé d’une tenue vert pomme, qui confine au ridicule. Le jeune homme, qui s’appelle Laurent Bastos est, effectivement, lent à la détente. Rien de plus facile que de l’embobiner …

Les deux hommes arrivent à entrer dans l’immeuble et grimpent à l’étage intéressant. Pendant que Samy s’occupe de la chambre, Samy découvre au bas de l’escalier la propriétaire des lieux, une femme de 40 ans, qui n’arrive plus à bouger. Elle lui explique qu’elle est tombée dans les escaliers et lui propose de l’argent s’il l’aide. Lui qui vient d’en voler de quoi remplir son caleçon, lui amène simplement un verre d’eau. Sans rien dire à Samy, Laurent suit son comparse.

C’est l’été aussi au 36 Quai des Orfèvres. Toute l’équipe du commissaire Chanel est débordée. Et pourtant, une affaire vient de tomber : Le corps de la propriétaire d’un appartement vient d’être retrouvé avec trois balles dans le corps. On pourrait penser à un cambriolage qui a mal tourné, mais l’autopsie va contredire cette hypothèse. D’autant plus que la victime s’avère être la femme du préfet assassiné six mois plus tôt.

Voilà un pur roman policier dont les nombreuses qualités en font une intrigue attachante. Et après avoir tourné la dernière page, on ne demande qu’à lire la prochaine enquête du commissaire Chanel.

J’ai aimé cette intrigue, qui, l’air de rien, est très rigoureuse et est déroulée avec une belle rigueur.

J’ai aimé ce contexte d’arts africains, domaine collectionné par la femme du préfet, qui nous apprend plein de choses, sans étaler sa science.

J’ai aimé ces détails sur le fonctionnement du 36 Quai des Orfèvres qui nous plonge dans l’action.

J’ai aimé ce style si simple et si subtil, cette façon de décrire ces ambiances si réaliste, ce léger décalage de vue, cette façon si personnelle de peindre un décor, ces descriptions si efficaces de montrer un personnage, une psychologie.

J’ai aimé ces chapitres courts, qui vont à l’essentiel, qui allègent la lecture et qui créent un suspense naturel de par leur structure.

J’ai aimé ces digressions qui parfois durent plusieurs chapitres, et qui viennent s’intéresser aux autres personnages que Chanel, nous offrant par là-même une belle galerie de personnages secondaires, qui, pour le coup, sont partie intégrante de l’intrigue.

J’ai aimé ce personnage de Chanel, sorte d’enquêteur surdoué, cinquantenaire débonnaire à qui on demande de former les futures générations, et qui ne s’encombre pas d’autre compagnie que lui-même. J’ai aimé quand il offre le logis à une jeune fille rencontrée dans le train, et s’aperçoit qu’il vaut mieux avoir auprès de soi une présence pour meubler les silences.

J’ai aimé ce roman pas comme les autres, avec un style pas comme les autres, avec un personnage pas comme les autres, et une intrigue menée de façon originale. Voilà un roman policier bien attachant. Et j’espère qu’on retrouvera bientôt le commissaire Chanel !

La bonne, la brute et la truande de Samuel Sutra (Flamant noir)

C’est déjà la cinquième aventure de Tonton et sa bande de bras cassés et je ne m’en lasse pas. Cette série fait son chemin, et devient pour moi une référence, une assurance de bonne humeur. Ce roman est une nouvelle fois excellent, et même le meilleur de la série avec Akhanguetno. N’hésitez plus, jetez vous sur les (més) aventures de Tonton !

Au manoir de Tonton, à Saint Maur, le téléphone sonne. Tonton hurle, ordonne à Donatienne, sa bonne d’aller répondre. Car un homme tel que lui, la référence nationale, mondiale et universelle de la truande ne peut se résoudre à s’abaisser à aller répondre. Donatienne, qui est aux toilettes et qui est déjà bien attaquée par son petit déjeuner à la Suze, va décrocher.

Le mystérieux interlocuteur vient de proposer à Tonton le célèbre, magnifique diamant, le Waïen-Bicôze, dont tout le monde parle depuis plus d’un an. Ce diamant devait être mis en vente à Drouot un an auparavant et avait disparu juste avant la mise aux enchères. Les voleurs étaient passés par les toilettes des femmes, dont le mur était adjacent avec la cave d’une vieille dame. Aucun voleur n’avait été arrêté. Mais Tonton savait tout cela, puisque le Waïen-Bicôze, c’est lui qui l’a volé.

Il y a un an, Tonton et son équipe au complet (Gérard, Pierre, Bruno, Mamour, et Kiki son Teckel) ont donc dérobé ce diamant, et ont décidé de le planquer le temps que l’affaire se tasse. Ils l’ont donc enfoui dans le jardin de Tonton en comptant 10 pas à partir de la dernière marche du perron. Mais comment se rappeler un an après dans quelle direction partait les 10 pas en question, quand toute l’équipe était murgée comme une estafette de gendarmerie après le petit déjeuner ?

Le contexte est bien lancé, délirant à souhait et c’est alors que Samuel Sutra se déchaine. Le parc est retourné, le diamant n’est plus là, et l’auteur va nous concocter un scenario diabolique où le lecteur va devoir deviner qui a le diamant en sa possession. Le roman va donc alterner, mettre en avant chacun des personnages, pour montrer ce qui s’est passé pour chacun d’eux avant, pendant et après le vol du Waïen-Bicôze.

Car n’ayant pas été payé et étant embringué dans des affaires compliquées, chacun se voit obligé de voler le diamant pour sauver sa peau … ou celle du voisin … Le scenario est diabolique, une sorte de mécanique parfaitement huilée, un pur plaisir pendant lequel on se demande réellement qui a bien pu faire la nique à Tonton. Et on tourne les pages en se marrant comme une baleine car toutes les ficelles du comique sont utilisées ici avec perfection : du comique de situation aux présentations des personnages, de leur nom (Le Russe Vladlezbrouf par exemple) aux quiproquos, des dialogues hilarants au style enlevé et plein de dérision, ce roman s’avère un livre indispensable pour détendre ses zygomatiques.

Alors, évidemment, par son coté humoristique, par ses personnages d’une connerie inimaginable, et surtout avec son scenario en béton, on pense à Donald Westlake et en particulier à Pierre qui roule. Car si le scenario est différent ici, on retrouve bien tous les ingrédients qui font la force d’un roman comique. On ne peut qu’être époustouflé devant le talent de cet auteur. Avec ce roman, le cycle des Tonton vient de franchir un nouveau pas et ce tome-là est le meilleur avec Akhanguetno et sa bande.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul ainsi que l’interview du Concierge Masqué.

Par ailleurs, je vous signale que Akhanguetno et sa bande, le troisième tome des aventures de Tonton vient d’être réédité par les éditions du Flamant Noir. Ce roman a par ailleurs reçu un Coup de Cœur Black Novel ici.

Akhanguetno flamant

La quatrième de couverture dit ceci :

Il y a deux-mille cinq-cents ans, la vallée d’Uroch a vu s’éteindre l’un des plus puissants pharaons de la quatrième dynastie : Akhänguetno. Bien au chaud dans son tombeau, couché sur un colossal matelas d’or, le grand homme était prêt pour son voyage dans l’au-delà, bien décidé à n’emmerder personne. Mais si un égyptologue nous lit, qu’il lève le doigt : Tonton voudrait bien savoir comment ce pharaon a fait pour se retrouver enterré dans son parc, près de son plan d’eau.

Burn out de Didier Fossey (Flamant noir)

C’est après la rencontre avec l’auteur lors du dernier salon du livre de Paris que je me suis décidé à lire ce livre. Car une sorte de courant est passée, juste dans sa façon de parler, ou bien dans son regard … bref, j’y ai trouvé une humilité qui m’a donné envie de découvrir l’univers de Didier Fossey, sans même savoir de quoi il retournait. En un mot, passionnant, ce roman est passionnant.

Le roman s’ouvre sur des extraits d’articles de journaux, évoquant les suicides des policiers. Puis, on entre dans le vif du sujet. Bienvenue dans le groupe du Commandant Boris Le Guenn. Ancien Parachutiste, agé de 49 ans, c’est un bon meneur d’hommes. Ils sont 6 dans le groupe : Frederique Belvet, la seule femme du groupe, experte en filature ; Marco et Dédé sont les deux fortes gueules ; Guillaume a des problèmes de couple et Antoine Furlon vit le parfait amour avec une fonctionnaire de police.

Cette nuit là, la BAC du 20ème arrondissement est en planque à proximité du cimetière du Père Lachaise. La restriction des budgets fait que la brigade de répression des trafics des œuvres d’art leur a confié une affaire de vols de statues mortuaires. Ils sont 3 : Romain le chauffeur, Frank l’ancien et Manu. Manu a une envie pressante, alors il se cherche un endroit calme. Quand les autres ‘inquiètent de son absence, ils foncent dans le cimetière et le trouvent à terre, poignardé par un tournevis.

Il faut dire qu’il y a de l’argent à se faire, à voler de véritables œuvres d’art. Dubreuil est un ancien entrepreneur de BTP qui s’est reconverti dans la réinsertion de criminels. Avec Sergueï, il organise ces vols. L’assassinat d’un flic va changer la donne. Il faut se débarrasser de la camionnette … et des deux complices par la même occasion.

Je m’arrête là, en qui concerne le résumé des premières pages, car c’est un roman à plusieurs personnages que l’on va découvrir, avec une intrigue aux multiples rebondissements. Et je dois dire que j’ai été époustouflé par la maitrise de ce roman. En fait, l’auteur a trouvé un équilibre entre l’action, l’enquête et la psychologie des personnages. Cela en fait un roman passionnant, et surtout, l’immersion est totale dans ces équipes de flics. A la limite, les chapitres consacrés à Dubreuil et sa bande de voleurs nous permet presque de souffler un peu.

Car, je ne sais pas pourquoi, mais je l’avais déjà remarqué à la lecture de Beau temps pour les couleuvres de Patrick Caujolle, édité par les éditions du Caïman, quand un roman est écrit par un ancien policier, il en ressort un ton de vérité, une sorte d’honnêteté dans la description des hommes et des femmes, et quand c’est bien fait, c’est carrément prenant. Pour autant, ne croyez pas que cela soit fait à la façon d’un reportage, c’est bien à un roman auquel on a affaire, avec une intrigue béton, implacable.

Il n’empêche que ce que l’on retiendra de ce roman, c’est bien ces écorchés de la vie, ces êtres confrontés au pire et qui, par passion pour leur travail, vont se pencher sur la ligne qui sépare la folie de la passion. Deux personnages sont remarquables et vont hanter ces pages : Guillaume, en situation de burn-out, cherche un équilibre entre sa vie professionnelle et sa vie personnelle. Quand sa femme s’en va, il bascule, il tombe, sans aucune possibilité de retour. Frank, lui, qui est pourtant un vieux de la vieille, va être marqué par l’assassinat de Manu, son collègue, et va mener sa propre enquête.

Ce roman aborde clairement la difficulté du travail de flic, mais aussi tous les à-côtés qui compliquent encore leur tache. De la hiérarchie qui clairement ne sait pas « manager » ses hommes, des décisions politiques qui visent à réduire les budgets, des relations entre services, tous ces sujets sont abordés tout au long de l’intrigue sans venir alourdir le propos. De la même façon que j’avais adoré le roman de Patrick Caujolle, j’ai adoré le roman de Didier Fossey. Car cette lecture est plus qu’un divertissement, c’est instructif, c’est passionnant. Je ne pense pas que le but de l’auteur soit de donner des leçons, il est juste un témoin qui montre un état de fait. Il ne prend pas partie mais montre une situation inacceptable. Et quand, en plus, l’intrigue est très bien menée, cela fait de Burn-out un livre à découvrir, à lire.

Imagine le reste de Hervé Commère (Fleuve éditions)

Hervé Commère n’est pas un inconnu dans le monde du polar. Car, avec un style simple et imagé, il créé des intrigues qui se révèlent étonnantes et pleines de créativité. Ce roman, si vous vous baladez dans le petit monde des blogueurs est tout simplement encensé par tous ceux qui l’ont chroniqué. D’ailleurs, le bandeau du livre est explicite : « Conquis ou remboursé ».

Le livre s’ouvre sur l’itinéraire de deux copains, deux amis inséparables, Frédéric Abkarian et Karl Avanzato. Originaires de Calais, ils vivent de petits délits, mais surtout, ils ont été livreurs de mystérieux paquets pour un caïd du coin, Cimard. Fred s’est fait serrer, a fait quelques mois de prison, et retrouve son pote, qui l’attend dans la voiture de sa mère. Sur le siège arrière, il y a une sacoche. Et dans la sacoche, il y a deux millions d’euros.

Ils envisagent de prendre l’autoroute qui les mènerait en Aquitaine. Ils vont rejoindre la fille de leur rêve, Carole. Elle habitait aussi à Calais, et tous les deux étaient amoureux d’elle. %ais elle est partie à Bordeaux quelques années auparavant. Karl explique comment il a volé l’argent à Cimard, l’emmène au Touquet pour lui faire visiter la demeure du mafieux, qui est parti en vacances en Thaïlande.

Puis ils se dirigent vers le sud, rejoindre leur rêve inaccessible. C’est là-bas que va se dérouler le drame …

Le roman va se poursuivre en nous présentant un chanteur doué mais qui n’a pas encore rencontré le succès … jusqu’à ce qu’il rencontre un producteur octogénaire. Le livre de Hervé Commère est composé de quatre chapitres, qui se nomment Karl, puis Nino, puis Serge puis All together … comme la chanson des Beatles. D’ailleurs, il sera beaucoup question de musique dans ce roman.

La première partie du roman est tout simplement géniale. Il y a dans ce début tout ce que j’adore dans les romans de Hervé Commère. Des chapitres courts, une innovation à chaque chapitre, des rebondissements, des retournements de situation, et un réel talent pour peindre des personnages simples et attachants. Franchement, quand il écrit comme ça, je pourrais lire des centaines de pages sans même m’en rendre compte, tant je me laisse emporter.

Puis vient la deuxième partie avec un énorme retournement de situation. Et là, je me dis : « Chouette, ça repart sur de bonnes bases, je vais m’éclater ». Evidemment, on y parle de Nino, chanteur doué, dont le rêve est de devenir connu, ou du moins d’être reconnu à sa juste valeur. Et là, je ne sais pas pourquoi, mais je me suis détaché du roman. Je n’ai plus été intéressé, pris par la trajectoire de Nino. En gros, ce qui pouvait arriver à Nino m’indifférait. Il y avait bien quelques rebondissements avec lesquels je me retrouvais, mais j’ai trouvé cette partie … longue.

Puis viennent les deux autres parties où à nouveau, je suis emballé par ce que Hervé Commère a écrit. Si vous cherchez des avis sur Internet, vous ne trouverez, sauf erreur de ma part, que des avis élogieux, voire des coups de cœur. Tout ça pour vous dire que j’adore Hervé Commère, que j’ai adoré son livre, sauf la deuxième partie, où je suis passé à coté. Ça doit surement être ça, une rencontre ratée.

Il ne vous reste plus qu’à aller voir du coté de Yvan, Claude, Unwalkers, Cannibaleslecteurs, Foumette, entre autres.

La traque de la musaraigne de Florent Couao-Zotti (Jigal)

Les éditions Jigal, après avoir trouvé Janis Otsiemi, nous ont dégotté un autre auteur africain. Et je peux vous dire qu’il n’y a pas à hésiter, La traque de la musaraigne, c’est du bon, du tout bon, du très bon. Il nous propose de suivre l’itinéraire de deux personnages : Stephane Néguirec et Jesus Light à Porto Novo au Benin.

Stéphane Néguirec est Breton qui a émigré en Afrique sans réel but dans la vie. Il erre de bar en bar, profitant de la compagnie des prostituées. Dans l’un d’eux, il sort avec l’une d’elles quand il se fait agresser dans la rue. Une autre jeune femme lui propose de l’aider, lui offrant même de le guider et de le payer pour rester avec lui. De fait, elle sort une liasse de billets dans une peluche. Son attitude parait bien étrange, jusqu’à ce qu’elle lui propose un mariage blanc en l’échange d’argent. Mais leur aventure est loin d’être terminée.

Jesus Light s’appelle en réalité Ansah Ossey. Il est plutôt un petit bandit ghanéen à la petite semaine, sauf qu’il vient de faire un gros braquage et qu’il est le seul survivant de cette affaire. Et comble de malchance, sa petite amie Pamela est partie avec ce qui reste du butin. Il part donc à sa recherche et rejoint le Benin. A peine arrivé, un commissaire de police lui prend ce qui lui reste d’argent pour éviter une arrestation. La course poursuite commence.

Florent Couao-Zotti nous concocte là un super polar, très maitrisé, avec de superbes personnages, et surtout une ambiance poussiéreuse à souhait. Il nous montre, à travers les pérégrinations de ces deux personnages, la vie des pauvres gens, au gré des différentes rencontres, qui sont parsemées d’humour au second degré. Ces deux personnages vont donc avoir chacun à leur tour à un chapitre, principe classique mais redoutablement efficace quand il s’agit de décrire deux trajectoires qui sont destinées à se croiser.

Car c’est bien dans le dernier chapitre que tout va se dénouer, la rencontre tant attendue va avoir lieu dans le dernier chapitre et je peux vous dire que cela vaut largement le détour. L’ensemble du roman est maitrisé, de bout en bout, et je dois dire qu’en ce qui concerne le style, on ne fait pas mieux que les auteurs africains. Leur façon d’utiliser des expressions du cru, ajoutée à des mots, verbes ou phrases imagées sont redoutablement efficaces et surtout un formidable plaisir de lecture.

Contrairement à son collègue Janis Otsiemi, Florent Couao-Zotti ne va pas faire l’autopsie de sa société ou de son pays. Il utilise ses personnages pour nous montrer leur vie, pour nous immerger dans un nouveau contexte sans pour autant pointer ouvertement certains travers. Par contre, l’intrigue est parfaitement construite, et ce roman se savoure comme un repas beninois de luxe, tant le plaisir est au rendez vous. Et puis, en terme de style imagé, on fait difficilement mieux que les auteurs africains, tant ils semblent être les nouveaux créateurs de la langue française.

Les rues de Santiago de Boris Quercia (Asphalte)

Attention ! Coup de cœur !

Ce roman a été encensé par Bernard Poirette, qui tient la rubrique C’est à lire le samedi matin à 8H20 sur RTL, disant que c’était un pur joyau noir et à partir de ce moment là, il me fallait forcément le lire.

Quand j’ai ouvert le livre, je me suis aperçu que le premier chapitre faisait quatre page et ne comprenait qu’un seul paragraphe. Et là, je me suis dit que ça allait être une mauvaise pioche … jusqu’à ce que je le commence. On y lit à la première personne la planque de Santiago Quenones, sous une voiture qui attend un gang de braqueurs. Il est mal placé, est serré, stressé et a des crampes. Il a peur, et ne veut pas tuer quelqu’un aujourd’hui. Puis, il pense à sa compagne Marina qui, à cette heure matinale, doit se lever, aller à la douche, pour aller travailler. Puis, tout s’accélère. Les braqueurs sortent, une course poursuite s’engage. Mais la distance est trop grande, il va falloir utiliser son flingue. Doit il tirer dans les jambes, ou dans le bras. A cette distance, c’est risqué. Et dire que Marina ne se doute de rien ! Dans une ruelle, il tire et atteint le braqueur au cou.

Au bout de quatre malheureuses pages, le décor est planté. Le personnage principal est bigrement humain, réel, et le lecteur que je suis, finit ce premier chapitre à bout de souffle, épuisé par la course imposée par Boris Quercia. Et cela va durer cent cinquante pages, serrées comme un expresso. Avec un style expressif et efficace, Boris Quercia parvient à nous plonger dans le quotidien des Chiliens, mais aussi dans le quotidien des policiers. Et cela marche parce que l’on croit à ce personnage, on s’attache à lui, et on a envie de le suivre.

De toute évidence, Boris Quercia a lu les auteurs américains, les plus grands d’entre eux, et il a transposé leur univers dans le sien, mais il s’est surtout approprié les Hard-Boiled, leurs intrigues, leurs personnages, leur univers, tout en se démarquant par son univers propre et son style. L’ensemble est une formidable réussite, où, outre Santiago, on y rencontrera une femme fatale, des tueurs qui en veulent à Santiago, des pourris de toutes sortes.

S’il n’y avait que cela, ce serait un très bon polar. Là où il dépasse le genre, ou du moins, là où il se démarque, c’est dans les petites remarques subtiles sur l’état de la société chilienne, qui font que ce roman devient fort. De la violence continue à laquelle les habitants sont obligés de s’habituer et de s’adapter à la corruption généralisée, tout cela est passé en revue dans l’intrigue sans que cela ne soit réellement le sujet premier du roman. Un exemple : il est hallucinant que les policiers soient réduits à de la chair à canon, voire même à des cibles pour des tueurs qui peuvent trouver leurs armes chez le marchand du coin.

Encore une fois, les éditions Asphalte ont découvert un formidable auteur, qui nous écrit là un formidable premier roman noir, un vrai polar condensé, comme on aimerait en lire plus souvent. Je n’aurais qu’un conseil, allez dans une librairie, lisez le premier chapitre et vous tomberez sous le charme de cette plume exceptionnelle. Bernard Poirette sur RTL disait : « Ça fait du bien de lire ça : court, net et sans bavure, c’est un petit bijou tout noir venu de l’autre bout du monde. » Je n’ai qu’une chose à ajouter : C’est une petite perle noire à ne pas rater. Coup de cœur !

Akhänguetno et sa bande (Tonton, la momie, et Set et Ra) de Samuel Sutra

Attention ! coup de cœur ! Ce roman est un pur joyau de comédie, le troisième de la série après Le pire du milieu et Les particules et les menteurs et il devient pour moi l’un de mes livres de chevets. Un grand roman de comédie à ne pas rater.

Ce matin là, Tonton affublé de sa toge romaine, dominant sa propriété boisée tel le Jules César de la truande, le dinosaure du crime qu’il est, est allongé en cette nuit de canicule quand il entend un bruit. Pas de doute, de curieux malotrus ont osé faire un trou de la taille d’un camion benne dans son jardin, celui là même où il enterre les cadavres d’autres malotrus. Le verdict est sans appel : on lui a volé un mort !

Affublé d’une bonne à tout faire bonne à rien, Donatienne, Tonton de son vrai nom Aimé Duçon tient à faire le jour dans cette affaire, car le vol étant son métier, il est hors de question qu’on lui dérobe quoi que ce soit. Le nombre de cadavre étant trop nombreux pour que les quelques neurones qui lui restent en retienne les emplacements de leur sépulture, d’autant plus que son propre père avait enterré les siens, il va demander des éclaircissements auprès de Guy La Fosse, le creuseur de son père.

Faute d’indices pouvant le mettre sur la piste de ses dérobeurs, Tonton n’a plus qu’à se jeter sur les souvenirs et les vieux papiers cachés au grenier. C’est alors qu’ils mettent la main sur un vieux livre contant l’expédition de Errol Lingston et de sa découverte du caveau de Akhänguetno, l’un des plus célèbres pharaons de la quatrième dynastie. Aidé par son équipe de bras cassés (et encore, je suis gentil !), ils vont chercher à récupérer le fameux tombeau.

J’aurais pu écrire un billet humoristique pour ce troisième volume des aventures de Tonton et sa bande, comme j’ai essayé de la faire pour Les particules et les menteurs. Mais il m’a semblé plus judicieux d’essayer de vous décrire pourquoi ce roman est un grand moment de comédie et d’humour, et pourquoi je pense que Samuel Sutra a écrit un grand moment de littérature comique qui je l’espère rencontrera un grand succès, ou du moins le succès qu’il mérite.

Car ils ne sont pas nombreux, ceux qui osent s’aventurer sur le chemin de croix du rire, et ce roman est une formidable réussite. Car le scenario est parfaitement maitrisé, cachant des moments de rire incroyables. Samuel Sutra joue sur tous les registres, du jeu de mots au comique de situation avec toujours autant de réussite. C’est un vrai régal, et je me suis surpris à avoir des éclats de rire lors de la lecture, ce qui est bien rare. En plus, il n’est pas utile de lire les précédentes aventures pour suivre celle-ci, même si je vous le conseille fortement pour vous dérider les zygomatiques.

Cette troisième aventure de Tonton et sa bande est encore meilleure que les autres, disais-je. Tout y est plus drôle évidemment, mais surtout sans répit, j’y ai trouvé plus de maitrise dans les scènes, les dialogues. Samuel Sutra écrit du Tonton flingueur avec son identité à lui. C’est un roman qu’il faut lire attentivement, pour se délecter de chaque mot, de chaque phrase, car chaque ligne recèle un sourire, voire un rire.

En plus, chaque chapitre commence par une phrase qui devrait entrer au panthéon des meilleures citations, et je vous livre celle que je préfère : « Je dépense moins d’énergie à m’accommoder de mes problèmes qu’à tenter de les résoudre ». Comme le disait l’oncle Paul, les livres de Samuel Sutra devraient être remboursés par la sécurité sociale, et celui-ci est un pur joyau de rigolade, un grand moment de divertissement, un immanquable qui rejoint ma table de chevet. Coup de cœur !

J’attraperai ta mort de Hervé Commère (Pocket)

Que voilà un excellent petit polar, par la taille bien sur, au scenario implacable. C’est aussi une découverte en ce qui me concerne, avec la lecture du premier roman de Hervé Commère, un roman impressionnant de maitrise.

Paul Serinen est un cambrioleur qui peaufine ses coups pour éviter toute effusion de sang. Il peut mettre plusieurs jours, plusieurs semaines avant de passer à l’action. S’il doit faire appel à des complices, alors il s’arrange pour que ceux-ci ne le voient pas, passant par les petites annonces pour organiser les rendez vous.

Paul est sur un coup. Il suit des camions qui sortent d’une usine. Il est patient, et attend plusieurs jours avant d’en suivre un qui se dirige vers le nord. Dans un parking d’autoroute, il subtilise le camion rempli de sacs en crocodile de luxe. Il conduit alors jusqu’à son receleur à Rotterdam et récupère plusieurs dizaines de milliers d’euros pour cette affaire. Il va acheter une maison à Etretat et va s’attaquer à sa prochaine affaire.

Mais à force de tirer le diable par la queue, l’une de ses affaires va le confronter à un riche diamantaire et un cancer du pancréas va arrêter sa destinée …

Sacrée découverte que ce roman, découpé en deux parties : l’une est consacrée à Paul Serinen, l’autre aux futurs acheteurs de la maison du cambrioleur. Si le but n’est pas de s’identifier au voleur, d’en éprouver une quelconque affection ou même de le détester, il s’agit bien de suivre une histoire dont les fils sont irrémédiablement tissés pour raconter une aventure implacable dont la conclusion n’est pas sans humour … noir.

Le style de l’auteur est à l’avenant, montrant un pointillisme sans faille, montrant tout le raisonnement de ce cambrioleur qui met tous les atouts de son coté pour ne pas faire la moindre erreur. S’il a parfois des doutes, il bâtit son affaire avec le plus grand soin et s’avère un voleur pointilleux ne laissant derrière lui aucune trace.

La deuxième partie du roman est consacrée au couple qui va acheter la maison d’Etretat. S’ils sont totalement innocents, ils vont se montrer trop curieux pour une broutille, et la mécanique implacable du polar va se mettre en route vers une conclusion à la fois amusante et jouissive.

Indéniablement, ce roman permet de découvrir un auteur à la logique impressionnante et dont j’attends beaucoup pour ma prochaine lecture. Un coup d’essai formidablement réussi, pour un moment de lecture hautement jouissif. Ne passez pas à coté de cet excellent scenario d’autant plus qu’il vient d’être édité en format de poche et qu’il vous garantit deux heures de lecture de haute qualité.

Oldies : Des voleurs comme nous de Edward Anderson (Points)

Quelle bonne idée que cette réédition, je devrais dire déterrement, de ce pur roman noir, écrit en 1937, mais d’une modernité confondante.

L’auteur :

Edward Anderson est un auteur américain né en 1906 et mort en 1969. Edward Anderson est un de ces Américains des années 30 qui aura tout fait : tromboniste, boxeur, matelot. Il n’a publié que deux romans. »Tous des voleurs » et « Il ne pleuvra pas toujours ».

Le premier Il ne pleuvra pas toujours dont le titre original est Hungry men (Des hommes affamés) est presque l’autobiographie de l’auteur. Il raconte la vie d’Axel Stecker, un hobo, un vagabond de la Grande Dépression. C’est une histoire de bourlingue entre trains clandestins et nuits dans les parcs et les églises.

Publié deux ans après, en 37, Tous des voleurs (Thieves like) est un peu plus célèbre surtout par l’adaptation essentielle de Nicholas Ray en 49 sous le titre Les Amants de la nuit (They Live by Night) .

En 1974, le roman est adapté une nouvelle fois par Robert Altman : Nous sommes tous des voleurs (Thieves Like Us). C’est une histoire de gangsters, un Bonnie and Clyde un peu plus rural, qui obtiendra un certain succès. Mais Edward Anderson ne fera jamais fortune, Hollywood ne lui fera pas de cadeau et il ne publiera que deux nouvelles dans les trente années qu’il lui reste à vivre.

Quatrième de couverture :

Avoir cinq planques, chacune avec un garage à deux places. Ne jamais se promener à deux et n’admettre aucune question de la part des voisins. Aucune. Et toujours satisfaire la logeuse. En cavale au Texas avec deux autres détenus, Bowie sait qu’il ne peut plus reculer. Ils sont allés trop loin, les flics de la région sont nerveux. Il ne leur en veut pas. Dans le fond, chacun fait ce qu’il a à faire.

« En le relisant aujourd’hui, on peut se demander si Anderson n’est pas le grand oublié des années trente. Et ce roman reste aussi dur et fort que quand il était admiré seulement de quelques connaisseurs. » Libération

Mon avis :

Trois prisonniers s’échappent du pénitencier de l’Oklahoma : Bowie Bowers, Chicamaw et T-Doub. Alors que Bowie est un assassin, les deux autres sont plutôt des braqueurs de banque. Ce roman va raconter leur cavale, de vols de voitures en vols de banques. Ils vont se cacher, se terrer, raconter leur vie, comment ils en sont arrivés là. Ils vont aussi raconter leurs plus grands faits de guerre, même si on les soupçonne de parfois exagérer.

Alors que Bowie semble le plus dangereux des trois au départ, il en vient à s’adoucir au fur et à mesure jusqu’à envisager de se ranger ; Alors que les autres sont et resteront des bouledogues inconscients jusqu’au bout. Cette fuite vers l’enfer, cette course vers nulle part ne pourra que se terminer de façon dramatique.

De ce roman, brillant du début à la fin, on ne peut que regretter que Edward Anderson n’ait écrit qu’un roman (en fait il en a écrit deux mais le deuxième ressemble à une biographie). Car le roman est découpé au millimètre près en scènes, et tout avance surtout grâce à des dialogues formidables. Toute la psychologie des personnages passe par ces moments où ils se retrouvent entre eux.

De même, le sujet est remarquablement intemporel, assenant son message jusqu’à en devenir démonstratif. Tous sont des voleurs, les banquiers, les politiques, les avocats … seules les armes diffèrent. Et le roman atteint dans ces moments là une dimension sociologique autre, Edward Anderson se faisant le porte parole des gens qui sont restés sur le coté de la route, les oubliés du rêve américain.

Des voleurs comme nous est un roman remarquable aussi bien par son sujet que par son traitement. Et on a du mal à imaginer qu’il a été écrit en 1937, tant il est transposable à n’importe quelle époque. Evidemment, je ne peux que vous encourager de courir vous procurer ce livre et de le déguster. Du Roman Noir Pur Malt garanti !