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Une assemblée de chacals de S.Craig Zahler

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Janique Jouin-de Laurens

Allez savoir pourquoi, je n’aime pas les westerns, en littérature. J’ai du lire un roman se déroulant dans le Far-West et j’ai du trouver cela mauvais pour ne pas m’en rappeler ni d’ailleurs avoir envie de tenter à nouveau ma chance. Et pourtant j’ai lu Une assemblée de chacals, sans doute parce qu’il est édité par les éditions Gallmeister, mais surtout parce qu’Olivia Castillon a insisté pour que je le lise. Eh bien, je remise mes aprioris au placard, ce roman est fantastique, à tous points de vue.

On pourrait penser qu’Oswell Danford est un simple fermier de Virginie, qu’il se contente de vivre une vie tranquille, entouré de sa femme et de ses deux enfants. Quand Elinore lui annonça qu’un télégramme venait d’arriver du Montana, il ne pouvait se douter de sa teneur. Le message vient de James Lingham, un fantôme du passé, et lui annonce qu’il va épouser Béatrice Jeffries. La fin du message est sans équivoque : « Toutes les vieilles connaissances seront présentes ».

Godfrey son frère ainé approcha et il a reçu aussi le même télégramme. Ils se sentent obligés d’aller à ce mariage, et ils vont récupérer Richard Sterling dit Dicky le troisième de la bande. Godfrey tient tout de même à se rassurer et demande si Oswell a toujours son arsenal. Il est effectivement là, enterré sous le porche. Ils peuvent donc se mettre en route pour assister à ce mariage même si cela ressemble plus à un voyage vers l’enfer.

Pendant le voyage, Oswell tient à rédiger ses mémoires, pour laisser une trace pour sa femme et ses enfants. Il va raconter comment Godfrey, Dicky et Oswell ont rencontré Lingham, comment ils ont formé le Gang du Grand Boxeur, un gang de voleurs de grands chemins, jusqu’à ce qu’ils rencontrent Quinlan, un Irlandais complètement cinglé, assoiffé de sang, qui leur a montré à quoi ressemblait l’enfer.

Construit en trois parties, ce roman peut sembler à tout égard classique. Tout d’abord, il y a le voyage jusqu’au Montana, puis les préparatifs du mariage, et enfin la confrontation finale. C’est dans la première partie que tout se joue, où on s’attache aux personnages et où les mémoires d’Oswell sonnent remarquablement juste. Il y a dans ces passages une simplicité et une honnêteté qui nous font adhérer à l’histoire.

Puis vient la deuxième partie, où nous nous trouvons dans une ville peuplée de gens honnêtes, attachants, et où la menace est constante et ne fait que monter. Avec des phrases minutieusement choisies, le stress de la présence de Quinlan se fait sentir alors qu’on ne le voit pas. Et c’est d’autant plus intenable que l’on sait de quoi il est capable. En contrepartie, la préparation du mariage montre des gens heureux, des décorations joyeuses, alors que l’on sait que cela va virer au cauchemar.

Puis vient la confrontation finale, qui dure plus de cent pages. Et là, c’est un véritable festival, une vision apocalyptique et violente pendant un moment qui ne devrait laisser augurer que de doux sentiments. Et là encore, le style de l’auteur fait mouche, avec cette façon si imagée de décrire les scènes, opposant les familles heureuses avec une violence venue d’ailleurs.

Si les psychologies sont remarquablement décrites, si les scènes sont remarquablement enchaînées, ce roman vire dans une jouissance totale, nous faisant revivre les meilleurs westerns cinématographiques, tels Sergio Leone ou Tarantino. Il y a dans cette histoire une volonté de montrer des personnages extrêmes dans des décors sentant bon le Far West, mais pas celui policés de beaucoup de westerns, plutôt celui dur et âpre du sable qui fouette les visages et la chaleur qui assèche les bouches. Et cette idée d’avoir situé l’église en dehors de la ville, au milieu du désert est l’une des clés de la réussite de cette fin.

Attendez-vous à prendre une belle claque avec ce western réaliste et violent, peuplé de personnages à la limite de la caricature. C’est un voyage que vous n’oublierez pas de sitôt. Quant à moi, je remise au placard mes aprioris car ce roman m’a époustouflé.

Ne ratez pas l’avis de Yan

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Le livre sans nom (Sonatine)

L’histoire de ce livre est hallucinante. Il a été mis en ligne sur internet par quelqu’un, dont on ne connaît pas l’identité. Il a connu un énorme succès avant d’être publié en Grande Bretagne puis aux Etats Unis. Nouveau succès. Le voici donc en France, Sonatine ayant décidé d’éditer ce roman culte.

C’est l’histoire d’une pierre bleue, l’Oeil de la lune, qui rend invincible. Cette pierre a été volée et tout le monde pense que c’est un tueur du nom de Bourbon Kid (titre original du livre) qui a fait le coup. Cet homme fait peur à tout le monde car c’est un tueur redoutable, capable de tuer cinquante personnes avec une main ficelée dans le dos.

Cinq ans auparavant, Bourbon Kid est entré dans un bar, le Tapioca. Ce bar est un repère d’êtres malfaisants (c’est un euphémisme) tenu par Sanchez. En cinq minutes, après avoir avalé un bourbon, il a assassiné plus d’une quarantaine de truands. La légende dit qu’il a détenu la pierre bleue, et qu’il tue tous les gens qu’il rencontre. Seule une jeune femme s’en est sortie, c’est Jessica, et elle est dans le coma depuis.

Revenons à aujourd’hui : La pierre bleue était conservée dans un monastère par des moines spécialistes de karaté et autres arts martiaux. Elle vient d’être dérobée et une grande partie des moines décimés. Père Taos, le gardien de temple, décide d’envoyer deux jeunes moines à sa recherche, Kyle et Peto.

Avec tout cela, j’ajouterai que cette histoire se déroule à Santa Mondega, une ville reconnue pour son taux de criminalité record, que Jessica va sortir de son coma, que l’on y rencontre des personnes aussi sympathiques que Marcus la Fouine ou Elvis, des tueurs à gages, Jefe un chasseur de primes ou des flics Jensen et Somers, qui ne sont pas très nets non plus ! Et le livre sans nom, me direz vous ? C’est un livre qui, quand on le lit, vous assure une mort prochaine.

Mais qu’est-ce que c’est que ce truc ? C’est effectivement ce que je me suis dit au début de ce roman. Parce que, avec la pléthore de personnages, les lieux délirants, les personnages hauts en couleurs, les situations toutes plus abracadabrantesques les unes que les autres, j’ai été un peu surpris (et le terme un peu est faible).

Ce livre est en fait une gigantesque encyclopédie synthétique de tout ce qui a connu du succès populaire ces vingt dernières années, en terme de musique et cinéma. Et tout est passé en revue, de Seven à Kayser Sözé (Usual suspects) sans oublier La Guerre des Etoiles pour le cinéma, de Elvis Presley aux Fine Young Cannibals pour la musique. Ce livre est un gigantesque hommage délirant envers tout ce que nous avons aimé.

Le meilleur résumé que je pourrais trouver pour ce roman, c’est que c’est une oeuvre de fou, un scénario de film qui aurait pu être écrit par Tarantino, (Tendance Boulevard de la mortou Kill Bill)dans une ville dessinée par Frank Miller (Sin City), réalisé par Robert Rodriguez  ou Guillermo Del Toro sur une bande son de … B52’s. Pas le temps de respirer, les scènes d’action se suivent au rythme d’une Ferrari lancée à fond sur l’autoroute sans frein, le sang coule à flot comme aux chutes du Niagara.

Le style permet d’aller vite, les dialogues sont uniquement là pour se mettre au service de l’action. La question est : Est-ce que ça marche jusqu’au bout ? Car le livre fait quand même 460 pages. Eh bien oui ! Ça ne ralentit jamais, ça n’est même pas répétitif. C’est fou, débile, déjanté, délirant mais ça fait du bien parfois. Les scènes s’enchaînent et l’ensemble est très bien construit, avec logique. C’est un comble. C’est résolument un livre à réserver à ceux qui ont gardé une âme d’adolescent nostalgique, fan de cinéma, musique pop et bande dessinée. Une bonne définition de livre culte.

Alors si vous êtes prêt à faire un voyage sous amphétamines, en oubliant tout sens des réalités, montez dans ce TGV sanglant, en ayant pris votre dose de café, vous passerez un bon moment de lecture; et je vous garantis que vous oublierez vos problèmes présents.