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La Colombienne de Wojciech Chmielarz

Editeur : Agullo

Traducteur : Eric Veaux

La Colombienne est la troisième enquête du Kub, l’inspecteur Mortka, après Pyromane (bien aimé) et La ferme aux poupées (pas encore lu). Comme toutes les séries mettant en scène un personnage récurrent, je ne peux que vous conseiller de les lire dans l’ordre pour suivre l’évolution du Kub.

Le travail de Polaco, c’est de faire du rabattage, trouver des naïfs jeunes dans une discothèque, qui veulent gagner de l’argent facile. Polaco se pointe dans une discothèque, et rameute quelques jeunes pour leur proposer de tourner une publicité pour Coca-Cola avec son van rouge. Polaco emmène le groupe de jeunes dans un hôtel de luxe, sur la mer des Caraïbes, all inclusive, tous frais payés. Quelques jours après, la mauvaise nouvelle tombe : le tournage de la pub est annulé, mais les frais sont payés. Quelques jours plus tard, les jeunes doivent payer leur séjour auprès d’un groupe armé ou faire un travail pour eux : ramener en Pologne de la cocaïne. Cette fois-là, Agnieszka se rebelle. Elle sera battue puis arrêtée par la police.

Deux clochards, frère et sœur, finissent de cuver leur vin quand ils aperçoivent une voiture qui s’arrêtent un peu plus loin. Le conducteur porte un colis sur le pont enjambant la Vistule. Apercevant le clochard, le conducteur leur ordonne d’appeler la police pour venir constater son œuvre. L’inspecteur Mortka arrive sur les lieux pour découvrir un corps suspendu et éviscéré. Embringué dans ses affaires familiales et sa séparation d’avec sa femme, il doit aussi faire face à une épée de Damoclès suspendue au dessus de sa tête : Il doit impérativement vérifier s’il est atteint du virus du SIDA. Malheureusement pour lui, il va devoir mener cette enquête seul : son adjoint est assigné à une affaire étrange : le corps d’une femme a été retrouvé les poignets tailladés dans sa baignoire alors que l’appartement est fermé à clé : un suicide évidemment. Quoique …

Comme vous pouvez le lire sur mon résumé, les intrigues foisonnent dans cet excellent roman policier, troisième de la série. Par rapport au premier roman, Pyromane, le style s’est affermi et le mélange entre vie privée de Jakub Mortka et vie professionnelle se fait plus consistant. Il en ressort que l’on partage ce que le Kub traverse et que l’on compatit (plus qu’on ne s’identifie) à ce qui lui arrive.

On y voit un personnage de père fort, attaché à ses deux garçons, et toujours aussi meurtri de sa séparation avec sa femme. Professionnellement parlant, il se retrouve affublé d’une nouvelle collègue, l’aspirante Suchocka, dite La Sèche, eu égard à son physique, et doit reprendre du service avec un bras dans la plâtre. Avec la menace du SIDA, cela créé autour du Kub une tension émotionnelle intense que l’on ressent très bien à la lecture, que l’on vit même.

Outre le trafic de cocaïne, qui grandit en Pologne, Wojciech Chmielarz aborde nombreux autres thèmes, dont les loisirs faciles, l’acceptation des homosexuels, les malversations financières et la facilité de détourner de l’argent ou de le blanchir, et enfin, la maltraitance des femmes. Tous ces thèmes se mêlent, s’entremêlent, se fondent dans les différentes intrigues pour donner un roman plus qu’intéressant, passionnant par ce qu’il montre, et c’est d’autant mieux fait que tout se fond de manière parfaite avec les différents personnages.

Par rapport à Pyromane, j’ai trouvé le style plus fluide (merci pour cette formidable traduction), et la multiplicité des intrigues font qu’il ressort de ce roman une puissance fictionnelle et émotionnelle intense. A la limite, c’est un roman où on est plus concerné par le devenir de son personnage principal que par le dénouement des intrigues, ce qui est paradoxal. En tous cas, cela m’inspire un regret : celui de ne pas avoir lu (encore) La ferme aux poupées. Ne ratez pas cette série polonaise !

Ne ratez pas l’avis de Velda

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Des poches pleines de poches

Suite de cette nouvelle rubrique dans Black Novel, consacrée aux livres de poche. La précédente était là.

Entre deux romans grand format, je lis aussi des romans au format de poche et je ne prends jamais le temps d’en parler. D’où ce titre énigmatique qui répertorie des romans de plus court format qui sont aussi bien des novellas que des romans.

Pyromane de Wojciech Chmielarz

Editeur : Livre de poche (Grand format : Agullo)

Traducteur : Erik Veaux

Le fait que cet hiver soit aussi froid à Varsovie arrange plutôt le criminel qui va mettre le feu à une maison bourgeoise de la banlieue de Varsovie. Il va trouver une échelle dans le jardin, et balancer son cocktail Molotov par la cheminée. A l’intérieur, Klaudia Kameron, ancienne star de la chanson s’efforce de sortir du dressing dans lequel elle est bloquée. Elle arrivera à sortir avec de nombreuses blessures en sautant par la fenêtre alors que son mari, l’industriel Jan Kameron, finira carbonisé.

L’inspecteur Jakub Mortka, dit le Kub, est chargé de l’enquête et se rend sur le site avec son adjoint Kochan. Le responsable des pompiers demande à le voir : l’aspirant Marcin Kowalski lui confirme l’origine criminelle de l’incendie par la présence de morceaux de verre et l’odeur d’essence. Kowalski annonce ensuite au Kub qu’il s’agit du troisième incendie de ce type, les deux autres n’ayant pas fait de victimes.

Premier roman de Wojciech Chmielarz et premier roman d’une série mettant en scène le Kub, cette lecture constitue une très belle découverte. Elle permet en tous, au travers d’une enquête policière que je qualifierai de classique, d’avoir une bonne vision de la société polonaise, pays qui connait des températures extrêmes en hiver. C’est l’un des aspects très intéressant de ce roman, avec le personnage du Kub, rustre et solitaire, divorcé et loin des enquêteurs doués que l’on connait, puisque l’on découvre un policier travailleur et acharné, aimant aller au bout des choses avec obstination.

L’autre aspect de ce roman est de montrer un peuple mystérieux et taiseux, où certains hommes frappent leur femme, où la pègre est bien implantée et a mis la main sur les industriels, où les travailleurs subissent le règne de l’argent volé par les mafias. Le dernier aspect qui va vous décider à lire ce livre est bien l’intrigue, qui malgré quelques longueurs est remarquablement bien menée et qui réserve une surprise de taille dans le dernier chapitre. Décidément, c’est un premier roman qui donne envie de lire la suite, qui est déjà sortie chez Agullo, qui s’appelle La ferme des poupées et dont je devrais vous parler très bientôt.

La dernière expérience d’Annelie Wendeberg

Editeur : 10/18 (Grand format : Presses de la cité)

Traductrice : Mélanie Blanc-Jouveaux

Après une première enquête menée avec Sherlock Holmes (voir Le Diable de la Tamise), Anna Kronberg s’est retirée dans son cottage du Sussex. La jeune femme médecin pensait qu’elle et son célèbre coéquipier étaient parvenus à annihiler une organisation secrète qui expérimentait des bactéries pour en faire des armes de guerre. Mais le professeur Moriarty, véritable dirigeant de l’organisation, a survécu.

Et il a décidé d’utiliser Anna pour entamer des recherches sur la peste… Pour arriver à ses fins, Moriarty kidnappe Anna ainsi que son père. Si la jeune femme veut revoir ce dernier en vie, elle devra obéir. Vivant désormais sous haute surveillance entre la demeure luxueuse de son geôlier à Londres et un entrepôt où elle réalise ses expériences, Anna tente de trouver un moyen pour prendre contact avec Holmes.

Alors qu’elle fomente le meurtre de Moriarty, une relation ambiguë s’instaure avec cet homme violent, manipulateur et effrayant.

Ceux qui ont lu Le Diable de la Tamise vont se jeter sur cette deuxième aventure d’Anna Kronberg, cette jeune femme brillante qui s’est déguisée en homme pour obtenir son diplôme de médecin dans l’Angleterre victorienne. Ceux qui ne l’ont pas lu devront le faire avant de lire celui-ci car l’auteure dévoile beaucoup de choses de l’intrigue de la précédente aventure.

C’est un roman de séquestration auquel Annelie Wenderberg nous convie, et donc on n’y trouvera point d’enquêtes. Tout juste y verra-t-on l’esprit brillant de la jeune chercheuse à l’œuvre pour en déduire où elle est, et son aptitude à monter des stratagèmes pour s’en sortir. Il est tout de même intéressant de voir comment Anna est écartelée entre le professeur Moriarty à la fois brillant et violent et entre son désir de lutter contre la manœuvre maléfique basée sur une guerre bactériologique.

Construit de façon chronologique, égrenant les jours les uns après les autres, nous allons suivre Anna dans un roman très psychologique, avec peu d’action mais beaucoup de détails quant à ses recherches qu’elle est obligée de mener sous peine de voir son père assassiné. Sherlock Holmes fera quelques apparitions comme quelqu’un qui agit dans l’ombre et la fin appelle un tome supplémentaire qui promet, je ne vous dis que ça. Ce roman est tout de même à réserver aux aficionados du grand enquêteur anglais.

Ne ratez pas l’avis de la Belette, grande spécialiste de Sherlock Holmes et de l’ami Claude