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L’homme de Tautavel de Jérôme Zolma

Editeur : TDO éditions

Cela faisait un petit bout de temps que je n’avais pas lu un roman de Jérôme Zolma … et voilà que m’arrive comme un don du ciel, ce roman au titre mystérieux. En route pour une enquête dans le Sud-Ouest.

Un coin de morilles, ça ne se partage pas, sauf au dernier jour de notre vie. C’est ce que Fernand Marty, l’oncle de Fabrice Puig, ne cesse de lui répéter. Et puis, au détour d’une soirée arrosée, Fernand l’emmène à l’endroit secret. Le lendemain, Fernand mourait. Depuis Fabrice, vigneron de son état, fait bien attention quand il va à la cueillette aux morilles à ne pas être suivi.

Ce jour-là, la récolte est bonne, le panier est plein. Alors qu’il s’apprête à partir, il aperçoit un corps, tourné face contre terre. N’écoutant que son civisme, il descend au village appeler les gendarmes. Arrivés près du mort, ils interrogent Fabrice qui ne sait que dire la vérité. Mais quand il veut justifier sa cueillette aux morilles, il s’aperçoit que son panier a disparu. Fabrice est immédiatement arrêté.

Raphaël Sarda, détective privé, lit son journal chez son ami boucher Gervais, qui tient la célébrissime boucherie Carné d’Aubrac. Dans un entrefilet, il apprend la découverte d’un mort et l’arrestation d’un suspect qui ressemble à s’y méprendre à son ami Fabrice Puig. N’écoutant que son sens de l’amitié et sa curiosité, il se lance dans l’aventure, qui sera l’occasion de rencontrer l’avocate Lina Llopis.

Depuis la disparition des éditions de la Baleine, nous ne pouvons que regretter l’absence du Pulpe, Gabriel Lecouvreur, des étals des libraires. Cette enquête avait été destinée à mettre en scène le détective aux bras démesurés, mais le destin en a décidé autrement … Exit Gabriel, exit les signes distinctifs physiques, exit Cherryl et le bar de la Sainte Scolasse, voici Raphaêl Sarda et son amie Kristgerour, islandaise d’origine.

Après un petit relifting des caractéristiques de la série, on se retrouve avec une enquêtes fort bien menée, écrite dans un style fluide. L’auteur va nous faire suivre des pistes sans suite avant de trouver enfin le nom de l’assassin. Remarquablement mené, le rythme apporté au déroulement et l’intrigue en forme d’hommage au Poulpe en font un très bon divertissement. D’ailleurs, ça me donne envie de reprendre une histoire du Poulpe, moi !

Amères Thunes de Zolma (Krakoen)

Voici une des nouvelles parutions des éditions Krakoen. Récemment, je vous parlais du dernier roman de Hervé Sard, Le crépuscule des gueux, voici donc le dernier roman de Zolma, Amères thunes.

Rémy Baugé a la chance de rencontrer Raoul Trille, qui vient de créer un supermarché de proximité. Alors qu’il n’a pas de formation particulière, il est chargé des achats et fait vivre les artisans du coin. Jusqu’au jour où Raoul Trille part en retraite et que débarque le nouveau maître des lieux, Jean-Edgar de Fourchon, un jeune homme surdiplômé, qui va apporter sa nouvelle loi, et instaurer l’amélioration de la rentabilité à tout prix.

Rémy est tout d’abord remis en cause dans ses pratiques d’achats, arguant qu’il doit acheter moins cher, en Chine ou en Inde. Puis, il est chargé des sales besognes et en particulier de débarrasser le supermarché de jeunes voleurs de caddie ou bien, plus grave encore, de diminuer la masse salariale.

Il va donc, au nom de sa propre survie, participer à l’éviction de certains de ses ex-collègues. Puis, la spirale infernale s’enclenche. Le supermarché devient une enseigne de hard-discount, et ce qui devait arriver arriva : Rémy se fait virer comme un malpropre. Il met alors au point sa vengeance : monter un casse pour toucher les actionnaires là où ça fait le plus mal : l’argent.

Epatant ! Si on doit résumer ce polar en un mot, c’est bien celui là. Car ne connaissant pas (encore) l’œuvre de Zolma, j’ai été plus qu’agréablement surpris, j’ai été carrément passionné par cette lecture. Car quand on a une bonne histoire, une excellente intrigue et qu’on sait la raconter, le lecteur prend son pied. C’est mon cas.

Epatant ! Malgré la petite vingtaine de chapitres, on peut découper ce roman en trois actes. Le premier décrit comment, au nom du profit, on dégrade, démolit, détruit une paisible supérette de campagne. La façon de décrire ce passage est tellement logique et implacable que c’en est révoltant. La deuxième concerne la vengeance et là on entre dans un polar plus classique mais fort enlevé par le rythme des rebondissements et l’inventivité des situations. La troisième, c’est l’après vengeance, et là on plonge dans le noir, le roman noir pur et dur, celui qui suit la logique de la vie et pas celle des sentiments, sans aucune pitié.

Epatant ! Les personnages sont formidables, Zolma, outre sa fluidité de style, est très à l’aise dans tous les domaines. Que ce soient les situations, les dialogues, les scènes « animées », les passages intimistes, tout y est efficace. Pas de lourdeurs, pas de chapitres interminables, mais toujours une foultitude de scènes toujours inventives qui relancent et font avancer l’intrigue.

Epatant, je vous dis : un polar à la trame plutôt classique, mais bien ancré dans la réalité d’aujourd’hui, avec des personnages attachants, des rebondissements inattendus, des éclats de rire aussi avec certains retournements de situation; un polar qui sous ses dehors de divertissement, va un peu plus loin, celui de pousser les gens à bout ; un polar qui montre que nul n’est blanc, ni noir, mais quelque part entre gris clair et gris foncé. Un polar à ne pas rater, tout simplement.