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L’eau rouge de Jurica Pavicic

Editeur : Agullo

Traducteur : Olivier Lannuzel

Bénéficiant d’avis unanimes chez les blogueurs ainsi que d’un bouche-à-oreille plus que positif, j’avais acheté ce roman et l’avais mis de côté pour ce mois de décembre. Si je devais trouver un qualificatif à cette lecture, il tiendrait en un mot : Magnifique !

Le roman nous présente une famille habitant Misto, à coté de Split. Dans ce petit village de pêcheurs, la vie y est paisible et imperméable aux remous de la fin des années 80. Jakob Vela, le père de famille occupe un poste de comptable et Vesna, sa femme travaille au collège en tant que professeur de géographie. Ils ont eu la chance d’avoir deux jumeaux hétérozygotes, Silva et Mate, adolescents de 17 ans.

En ce 23 septembre 1989, après le repas du soir, Silva monte dans sa chambre et en redescend habillée pour sortir. Elle leur annonce qu’elle va à la fête des pêcheurs. Ses derniers mots sont : « J’y vais… Allez salut. ». Le lendemain matin, la chambre ne montre aucun signe attestant qu’elle est rentrée. Toute la famille va donc signaler la disparition et rencontre Gorki, l’inspecteur qui sera en charge de l’enquête.

Après avoir interrogé les jeunes gens qui ont rencontré Silva à la fête, les policiers vont fouiller la maison et découvrent un paquet de drogue caché dans la gouttière. Toute la famille va se mettre à chercher Silva en arpentant la Yougoslavie, devant la lenteur de l’enquête. Bientôt, la mort de Tito, la chute du communisme et le conflit serbo-croate vont reléguer Silva aux oubliettes, mais pas pour Jakob, Mate et Vesna.

Autant le dire de suite, ce roman est une pure merveille, à tel point qu’il en devient vertigineux par moments. Si l’intrigue peut faire penser à celle d’un polar, l’auteur choisit de montrer l’impact de cette disparition, dans une spirale qui part de la famille pour s’étendre à l’échelle du pays. Cette histoire dramatique va s’étaler sur trente années pendant lesquelles la vie de chacun et de tous va connaitre des changements irrémédiables.

L’auteur va donc décrire la famille, et sa volonté de ne jamais baisser les bras. Jakob et Mate vont donc arpenter les routes de l’Europe à la recherche de la moindre trace, collant des affiches, interrogeant la moindre personne, utilisant Internet pour créer un site dédié à Silva. Puis, Jurica Pavicic va étendre son observation aux habitants du village, Gorki bien-sûr, marqué par cette affaire qui va résonner comme un terrible échec, mais aussi les jeunes qui vont la fréquenter lors de cette dernière soirée.

Après deux ans d’enquête, la Yougoslavie va entrer dans une terrible et meurtrière guerre qui va reléguer leur recherche au second plan. Pour autant, l’auteur va continuer à nous montrer l’itinéraire de chacun, tout en élargissant son scope au pays, plongé dans une guerre fratricide, qui va inaugurer des changements irrémédiables et mener la Croatie à se laisser séduire par les chants de la modernité : le tourisme, l’argent facile, les créations de lotissements en bord de mer, la perte de leur identité.

Jusqu’aux dernières pages, nous ne saurons pas comment va finir cette histoire. Mais tout au long de ces 360 pages, nous aurons vécu trente années de transformation d’un pays, en se positionnant au niveau des gens. Avec une forme de roman psychologique, l’auteur a su créer une spirale époustouflante qui va mêler et mélanger les petites histoires avec la Grande Histoire, sans jamais juger, mais en nous montrant clairement que l’on ne peut lutter contre un bulldozer, juste observer les conséquences. Magnifique !