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Un coup dans les urnes de Julien Hervieux

Editeur : Alibi

Le précédent roman, Sur les quais, nous présentait Sam et Malik et leur façon de monter leur trafic de drogue de façon moderne, comme une vraie entreprise. Un coup dans les urnes poursuit donc l’histoire …

Sam Ramiro, ancien directeur marketing, a vite compris qu’il pouvait appliquer les règles du marketing au trafic de drogue. Avec son comparse Malik Rojas, il a monté un commerce de cocaïne Haut-de-Gamme à destination de la jet set parisienne, qu’ils ont nommée Cut It Yourself. A Sam le montage financier, à Malik la logistique. Pour couvrir cette activité, Malik dirige en parallèle la revente de shit dans la cité des Deux-Chênes.

Pour faire bonne mesure et s’acheter une tranquillité, ils ont passé un accord avec le capitaine Blanchard en lui servant un plateau des saisies et parfois de petits dealers … enfin, ceux qui commencent à être dangereux pour Malik. Officiellement, Sam gère sa société de marketing et Malik une galerie d’art où il vend des graffitis, ce qui fait vivre la cité et permet de blanchir les quantités colossales d’argent sale générées par la cocaïne.

Les élections municipales approchant, Madelon, sombre directeur de cabinet au ministère de l’intérieur, prend contact avec Sam. Il a mis des équipes pour mettre à jour le trafic des deux comparses et leur demande de l’aider à se faire élire maire à la place de Mme Grégeois grâce aux voix des habitants de la cité des Deux-Chênes. Les deux amis se retrouvent face à un chantage qui n’en porte pas le nom.

Moi qui n’ait pas lu Sur les quais, je n’ai ressenti aucune gêne dans ma lecture. Je dirais même que c’est intelligemment écrit pour présenter la situation sans en avoir l’air. En un chapitre, on a tout compris grâce à une scène intelligemment construite et des dialogues bigrement intelligents. Tout ceci nous permet de plonger directement, dès le deuxième chapitre, dans le cœur de l’intrigue.

Le sujet du roman se situe au niveau de la politique locale, des luttes intestines pour obtenir les clés d’une municipalité. Mais, rassurez-vous, tout cela est construit et mené comme un polar, avec juste ce qu’il faut de rebondissements et de solutions imaginatives, aidés en cela par un parfait équilibre entre la narration et les dialogues. Cela en devient juste savoureux, on se délecte des aventures de nos deux comparses et des solutions qu’ils trouvent pour s’en sortir.

Le livre est à la a fois rythmé par les étapes menant aux élections, premier et second tour, et par des chapitres venant en alternance et nous présentant les pensées de Sam ou Malik, ce qui permet de voir leur amusement devant ce qu’il faut bien appeler un gigantesque bordel orchestré pour en faire bénéficier quelques uns. La morale de l’histoire devient dès lors très simple : dès que vous obtenez le pouvoir, vous avez tous les droits … mais quelle lutte acharnée il faut mener au préalable !

Accompagné de quelques anecdotes, ou de précisions sur le règlement des lois régissant les municipalités, l’auteur en profite en grossissant le trait (parfois) pour laisser Sam et Malik s’en amuser et se moquer de ce qu’on appelle « la démocratie ». Alors, si je ne peux que conseiller ce roman qui m’a beaucoup amusé (parce que je suis un cynique de base), je ne suis pas sûr (du tout) qu’il donne envie à ses lecteurs d’aller voter. Et finalement, cela me donne furieusement envie d’aller lire les autres écrits de Julien Hervieux ! Excellent !

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L’insurrection impériale de Christophe Léon

Editeur : Le Muscadier

Les éditions Le Muscadier inaugure en ce début d’année une nouvelle collection « Noir », qui se présente ainsi :

« La collection Le Muscadier Noir propose des romans de littérature noire engagés qui s’articulent autour d’une mise en question de la société, des romans noirs de critique sociale qui s’opposent à la littérature du « moi » et proposent une littérature de société, qui s’enracinent dans les circonstances sociales dans lesquelles leur action se déroule, qui, enfin, déchiffrent et décodent le fonctionnement de la société à travers la fiction. »

Deux titres sont d’ores et déjà disponibles dès le mois de janvier, et je vous propose le premier d’entre eux, L’insurrection impériale qui va faire grincer des dents.

Jeffrey Poux de Maizieux (qu’on appelle JPM) fait partie des gens qui comptent dans notre pays, surfant sur l’argent et les entreprises qu’il dirige. Il se repose pour cela sur son chauffeur – garde du corps – homme à tout faire Gaëtan Morizet de la Barre. Ce dernier lui rappelle d’ailleurs qu’il doit assister à la réunion de préparation des championnats de monde de Waterpolo, non pas pour la beauté du sport mais pour y rencontrer le dirigeant d’une société avec laquelle JPM aimerait signer un contrat juteux. En sortant du siège de la FFWP, un homme se jette sur JPM et lui fend le crâne avec une feuille de boucher.

Il a prévu, du haut de ses vingt ans, de poursuivre ses études à la Sorbonne. Mais sa mère est tombée malade suite à un cancer foudroyant, et l’entreprise qui l’employait a profité de la COVID pour délocaliser ses activités et la licencier. Obligé d’abandonner ses perspectives d’avenir, il sent la rage monter devant l’impunité des Grands de cette société. L’idée de se venger, de montrer l’exemple, fait jour en lui et sa première victime sera JPM, le success-man le plus en vue du moment, celui qui goûtera à la feuille de boucher qu’il vient d’acquérir. Une autre personne l’insupporte, Georges-Henri Charançon, qui se permet d’organiser des repas en plein confinement …

Le commandant Olivier Lacelle, qui attend sa retraite proche de neuf mois, est chargé de cette enquête qui ne doit pas durer longtemps, dixit ses chefs ainsi que d’éminents membres du gouvernement. Son contact auprès du ministère se nomme Fleur Viam, commissaire de 31 ans atteinte du syndrome d’Asperger.

L’insurrection impériale est donc le premier roman que je lis de Christophe Léon, auteur prolifique dans beaucoup de genres, de la littérature générale à la littérature jeunesse en passant par des essais. Ce roman est un vrai polar, et montre pourquoi et comment les gens arrivent à être excédés par les attitudes de leurs dirigeants, les richesses étalées au grand jour, les impunités dont ils bénéficient.

En grossissant le trait, par moments, et en se basant sur certains faits récents montés en épingle par les médias, l’auteur construit une intrigue qui amène à faire réagir le lecteur. Alors que l’on peut s’attendre à une enquête en bonne et due forme, on se retrouve plutôt à une analyse détaillée des personnages à travers des scènes qui aboutissent à une conclusion attendue : on ne peut pas lutter contre le pouvoir.

Au début du roman, le style très littéraire et cultivé m’a semblé pompeux, ajouté à des paragraphes très longs ce que je n’apprécie pas. Au fur et à mesure de la lecture, je me suis habitué et j’ai vraiment apprécié cette lecture. Bien que l’on n’ait pas réellement affaire à un roman d’enquête, l’auteur arrive à nous accrocher et à suivre son intrigue sur deux fils directeurs en parallèle.

D’un côté, les deux policiers vont plutôt subir la situation et compter les morts, en l’absence de pistes sérieuses. De l’autre, nous avons ce jeune homme qui subit une situation familiale dramatique et qui est excédé par ce que se permettent les grands de ce monde. On en ressort avec un plaidoyer qui va opposer les deux camps si on prend un peu de recul : les révoltés (faisons tomber des têtes, comme en 1789) face aux légalistes (rien ne peut justifier un meurtre, quel qu’il soit). Comme vous le voyez, je suis aussi capable de grossir le trait.

Tout cela pour arriver à ma conclusion : lisez ce roman par son aspect original et sa démonstration de la raison pour laquelle les gens en arrivent à être excédés par ce qu’on nous montre à la télévision (aspect d’ailleurs qui aurait pu être plus détaillé). Car il remplit pleinement son rôle de réfléchir à la situation actuelle et nous poser des questions, avec ses accents de révolte.

Je suis un monstre de Jean Meckert

Editeur : Joëlle Losfeld

Les éditions Joëlle Losfeld ont décidé de rééditer les romans de Jean Meckert, ce qui n’est que justice pour un auteur majeur injustement tombé dans l’oubli. Après avoir adoré Nous avons les mains rouges (N°7), La marche au canon (N°1) et La ville de plomb (N°8), je vous propose le N°2 de cette collection, Je suis un monstre.

Afin de gagner de l’argent pour ses études, Narcisse, comme on le surnomme, a trouvé un travail de pion pour une classe verte dans un petit village de Savoie. Cela devrait lui permettre de terminer sa thèse sur la Fatigue pour sa licence ès Lettres. Alors qu’il est assis sous les derniers rayons de juin, il entend des enfants crier, probablement des Aiglons, puis un cri inhumain qui finit de l’inquiéter.

Alors qu’il redescend pour faire l’appel, Mathis lui annonce qu’eun de chez eux va manquer à l’appel. Se remémorant le cri, Narcisse se dépêche et découvre à la faveur du faisceau de sa lampe de poche le corps, lapidé par ses camarades. Devant l’horrible spectacle, Mathis, en tant que témoin, raconte les insultes sur Boucheret, puis le ton qui monte, puis comment ils s’y sont mis à quatre, avec Crussol en chef de bande.

Mathis propose de camoufler le corps, et dans un premier temps, il est de cet avis et rejoins sa cahute sans toucher au corps. Puis, arrivé en bas, il va voit le psychiatre et directeur, M.Gourzon, appelé le Grand-Condor pour lui annoncer la présence d’un blessé. Pour ce dernier, il n’y a pas de doute, il est inutile de faire appel aux gendarmes, Boucheret est sorti contre le règlement et a fait une mauvaise chute …

Dans la bibliographie de Jean Meckert, ce roman paru en 1952 est le dernier qu’il a publié chez Gallimard dans la collection blanche. A ce titre, on sent une certaine rage dans le traitement du sujet et on assiste à une volonté de choquer le lectorat. Que l’on tue quelqu’un pour ses idées, cela s’est déjà vu ; mais que ce genre de règlement de comptes concerne des adolescents de quatorze à seize ans, c’est beaucoup moins commun.

Jean Meckert n’hésite pas une minute pour nous présenter son contexte : au bout d’une dizaine de pages, Narcisse découvre le corps à la tête fracassée. D’emblée, l’horreur ne le choque pas, et il se fait chevalier sans peur et sans reproche du porteur de la vérité contre les hypocrites qui veulent camoufler le meurtre en banal accident de campagne. Dans ces moments-là, sa plume se fait rage pure, et le combat pour l’honnêteté démarre.

Ce roman porte en lui aussi le portrait d’un jeune homme d’une vingtaine d’années, incertain quant à son avenir, incertain dans sa vie sentimentale, incertain dans sa position dans la société. Quand la colonie de jeunes va se scinder en deux, les rouges contre les popotins, il va se retrouver malgré lui à la tête d’adolescents qui veulent plus braver l’autorité que faire vivre des idées politiques.

Narcisse va aussi découvrir l’amour, se découvrir homosexuel et pédophile en même temps, tombant amoureux d’un jeune garçon auprès de qui il va s’ouvrir à la nature, au monde qui l’entoure, au besoin, au désir, au plaisir de l’autre. Jean Meckert sait nous montrer la poésie de la nature qu’il oppose à la bestialité des idées des hommes. Narcisse apparait à nouveau comme le chevalier blanc.

L’issue dramatique de ce roman ne viendra pas des hommes directement, mais de la nature, d’un événement météorologique qui va se venger de son inaction à faire un choix, par sa vie, celle des autres, l’échec d’un chef de clan qui n’en est pas un. D’une portée universelle, outre le portrait éminemment complexe de Narcisse, Jean Meckert fustige les hypocrites prêts à poignarder dans le dos ceux qui les gêne et pose la question du choix entre responsabilité personnelle et responsabilité collective. Un grand roman sur un être humain perdu dans un monde d’adultes !

L’or vert du Sangha de Pierre Pouchairet

Editeur : Alibi (Ex-Filatures)

Et si avec L’or vert du Sangha, Pierre Pouchairet avait été son grand roman. Je ne lui souhaite pas car j’espère lire encore beaucoup de romans de cet auteur prolifique de ce niveau là. Pour ce faire, il a créé un pays africain de toutes pièces et nous dresse un état actuel des pays de l’Afrique noire.

Le Sangha est un pays d’Afrique centrale bordé par l’Océan atlantique. Il est richement doté de ressources naturelles, telles que le pétrole, le gaz, les minerais ou les bois précieux. Bien qu’il soit considéré comme une démocratie, le pays se prépare aux élections qui vont opposer le président sortant Honoré-Martin Atangana, qui en est déjà à son sixième mandat à une ancienne star du football Luc Otsiemi.

Luc Otsiemi s’est fait prendre la main dans le sac de cocaïne par la Police Judiciaire. Alors qu’il s’attendait à faire de la prison, on lui propose de jouer le rôle du challenger dans les élections du Sangha. On lui octroie pour l’occasion un chef de campagne, Jacques Lavergne, rompu à ce genre d’événements. Depuis, avec son slogan promettant le pouvoir au peuple et l’arrêt de la corruption, sa côte monte en flèche.

Claire Dorval se voit proposer un reportage pour suivre les élections présidentielles par son patron Jean-Michel Mebareck. Arrivée à l’aéroport de Bénoué, elle est « fraichement » accueillie par les officiers des douanes avant de retrouver son chauffeur Abou. Après sa rencontre avec Otsiemi, elle décide de revenir an France pour enquêter sur sa jeunesse. Mais elle doit bien vite retourner au Sangha quand on retrouve le corps dévoré par des crocodiles de Jean-Pierre Mounier, un collègue journaliste.

Il ne faut pas avoir peur devant les 440 pages de ce pavé, surtout quand on y voit la police de caractère de petite taille. Car dès les premières pages, on sait que l’on a devant les yeux un polar costaud, un polar d’aventure, un polar politique, un polar engagé. Et nous retrouvons après une centaine de pages les deux personnages principaux de ce roman, Claire Dorval et le commissaire Kuate, en charge du meurtre de Jean-Pierre Mounier.

Evidemment, les deux enquêtes vont se dérouler en parallèle, et les deux personnages se rencontrer pour mettre en commun leurs informations. Et si les chapitres ne sont pas courts (comme dans un thriller), on sent bien que Pierre Pouchairet a pris son sujet à bars le corps et y a insufflé sa passion pour des pays qui se font exploiter par toutes les grandes puissances du monde.

D’ailleurs, on ne s’y trompe pas, on y verra la présence des chinois, des russes, des turcs sans compter les corses et les italiens, tout cela pour y exercer des trafics en tous genres tels que la drogue ou le bois, du bois rare de plusieurs centaines d’années, dont la coupe et le commerce est soi-disant réglementé. Et on peut passer d’un personnage à l’autre, d’un pays à l’autre, que l’on se rassure : Pierre Pouchairet est un conteur hors-pair, capable de nous emmener au bout du monde.

Plus que costaud, je qualifierai ce roman de génial tant j’y ai trouvé tout ce que j’attends d’un polar politique. Les situations sont réalistes, les personnages plus vrais que nature dans leurs réactions, les dialogues formidables, et la tension croissante jusqu’à une scène (presque finale) dans le port décoiffante. Et ne croyez pas que ce roman se terminera à l’eau de rose, le Sangha, comme tous les pays d’Afrique, est sans pitié où chacun essaie de rattraper un peu de la manne financière qui lui passe sous le nez.

Forcément, on prend énormément de plaisir à parcourir ces pages, on espère, on a peur, on est enchanté par la façon dont les scènes s’enchainent, et surtout, on a la rage au ventre de voir ces populations exploitées, spoliées, décimées. On a envie de hurler devant le massacre des forêts africaines dont on ne parle jamais (la forêt amazonienne est plus à la mode), de dire STOP !

Les corps solides de Joseph Incardona

Editeur : Finitude

Mais où s’arrêtera-t-il ? Joseph Incardona est probablement le seul auteur à savoir me surprendre à chacun de ses romans, le seul aussi à me donner à chaque fois un plaisir sans cesse renouvelé.

Anna essaie de s’en sortir avec son adolescent Leo. Elle achète ses poulets dans une ferme bio du coin, et a aménagé une camionnette en rôtisserie pour arpenter les marchés du coin. Un soir, elle heurte un sanglier sur la route et échappe de peu au feu qui se déclenche et détruit son outil de travail. Cet événement représente le premier grain de sable dans un engrenage fragile.

Leo, naturellement doué pour le surf, doit s’entrainer avec une planche qui a vieilli. Mais il doit aussi subir le harcèlement d’élèves de son collège. Alors que l’assurance refuse de rembourser la camionnette, Anna se retrouve en difficulté pour faire vivre ou survivre sa famille. L’annonce d’un nouveau jeu télévisé permettant de gagner une voiture d’un montant de 50 000 euros peut changer la donne.

Dans les hautes sphères, l’idée d’un nouveau jeu fait son chemin. Le but du jeu est simplissime, vingt candidats devront toucher le fleuron de la gamme française jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un. Ce jeu cache aussi d’autres objectifs, tels relancer le constructeur au losange, replacer la première chaine au sommet des audiences mais aussi donner de l’espoir au petit peuple.

Après Le formidable Soustraction des possibles, dont l’intrigue était implantée parmi les cadres de la finance internationale, Joseph Incardona nous propose un roman parmi les pauvres gens, ceux qui luttent tous les jours pour trouver assez d’argent pour passer la journée. Pour eux, le moindre événement peut avoir des conséquences catastrophiques, ce qu’il nous démontre dans la première partie, en grossissant un peu le trait.

La deuxième partie va s’intéresser au jeu proprement dit, en élargissant le scope, et cela en devient jouissif. De la réalité du terrain, on passe à une gigantesque manipulation des masses, pour occuper le peuple (la chaine de télévision cherche à améliorer ses audiences), pour relancer l’industrie automobile (le constructeur veut redorer son image) et pour assurer un calme social (jusqu’au plus haut niveau de l’état). Dans ce contexte, il est évident qu’il devient nécessaire d’adapter les règles du jeu pour favoriser le bon poulain.

Car les participants à ce jeu ne sont rien d’autres que des animaux que l’on veut faire courir plus vite au nom du spectacle. Et ce sujet a déjà été abordé par Joseph Incardona, dans Trash Circus (description d’un présentateur de télé-réalité) ou bien Chaleur (un concours extrême de sauna). Ici, nous nous retrouvons avec un sujet plus proche de On achève bien les chevaux d’Horace McCoy, sa version modernisée, actualisée dans notre monde d’aujourd’hui.

Et Joseph Incardona insiste bien sur notre monde de jeux à outrance, en n’exagérant pas son propos. Il suffit de regarder les programmes télévisés actuels, leur propension à aller toujours plus loin dans l’horreur, cette façon de désincarner l’humain pour le transformer en simple jouet. Comment avons-nous pu transformer ce formidable outil potentiel de culture et d’éducation en un tel balai à chiottes ?

Sans jamais juger aucun de ses protagonistes, Joseph Incardona se contente d’être le questionneur en chef d’une intrigue qu’il a créé pour poser des questions à ses lecteurs. A la fois émotionnel et terriblement factuel, il n’en rajoute pas dans le pathos, ni dans le démonstratif, et présente cette intrigue avec juste ce qu’il faut de recul pour nous frapper en plein abdomen. Très fort !

Le jour des fous de Stéphane Keller

Editeur : Toucan Noir

Alors qu’il nous avait habitué à des polars racontant l’histoire contemporaine des années 50 aux années 80, dans Rouge parallèle, Telstar et L’affaire Silling, Stéphane Keller nous invite à un saut dans le futur en 2035, un voyage qui fait froid dans le dos.

Depuis 2033, la France a basculé dans la VIIème république, un régime presque dictatorial, fortement fascisant. L’Euro est oublié et a fait place au Franc Républicain. La moindre faute entraine la suppression des droits nationaux dont la carte d’identité bleue qui donne droits à des avantages sociaux. Le programme scolaire a été remodelé, avec la suppression des règles d’orthographe, de l’histoire, la géographie, la philosophie, le latin et le grec. Les médiathèques sont fermées, les livres et journaux interdits. Tout propos sexiste ou homophobe entraine une inscription sur le casier judiciaire. Les voyages à l’étranger sont prohibés à cause de l’empreinte carbone. Enfin, les effectifs de la police sont triplés et les criminels enfermés dans des cités surveillées par des gardes armés.

Le 17 avril 2035, Alexeï Ignatiev, premier violon à l’orchestre national de Paris étrangle un mendiant dans le métro. Le même jour, Mélanie Ribeiro, affublée d’un poids excessif, poignarde plusieurs personnes sur son lieu de travail. Au bois de Boulogne, un promeneur frappe à mort et noie un garçon qui l’a insulté. Porte de la Chapelle, un vieil homme déclenche une fusillade dans un bus, balayant plusieurs passagers. A Clichy, Kamel, ex-espoir raté du football devenu grutier, assassine toute sa famille.

Les journaux télévisés avaient débordé d’imagination pour nommer cette journée Le jour des fous. Krikor Sarafian, qui vient d’être nommé capitaine premier échelon de la brigade criminelle, est un être violent qui convient bien à cette époque. Il va hériter de l’affaire d’Alexeï Ignatiev et devra faire équipe avec une aspirante enquêtrice Illinka Bazevic. Il n’a aucune idée de l’engrenage dans lequel il vient de glisser un bras.

Le roman commence par nous présenter la Nouvelle Société Française puis le personnage de Krikor Sarafian. Et on le déteste, ce personnage de flic ultra-violent, du genre à tirer avant d’interroger, et de tuer pour tuer. Puis l’auteur forme le couple du vieux et de la jeune et on se dit naturellement que l’on a déjà lu ce genre de polar, qu’il soit situé aujourd’hui ou dans le passé ou dans le futur.

ERREUR !

Je suis sincèrement persuadé que l’auteur a voulu de début, a fait le pari qu’on accepterait de la suivre au-delà du deuxième chapitre. Et effectivement, il déroule son intrigue de façon tout à fait classique mais en y introduisant différents aspects sociétaux, sans en rajouter outre mesure. On citera pêle-mêle le fossé entre les riches et les pauvres, la nuisance des chaines d’information en continu, la déprime généralisée, la façon inhumaine de traiter les délinquants petits ou grands, la lutte contre l’homophobie qui est devenue une guerre Hommes contre Femmes, les hommes politiques peints comme des comédiens, l’insoutenable chaleur de la canicule omniprésente …

Et on se régale de petites phrases telles celle-ci : « La farce était toujours risible ou détestable, il en avait toujours été ainsi car l’homme ne savait que corrompre ce qu’il touchait, il changeait l’or en plomb, ses mains ne savaient que souiller et flétrir ».

Et plus on avance dans le roman, plus on est pris par le paysage qui y est décrit. Stéphane Keller a pris une photographie de notre monde d’aujourd’hui, et l’a déformé pour imaginer demain, en forme de cauchemar. Au niveau de l’intrigue, il la mène de main de maitre, et nous fait aller dans des directions inattendues, et il nous concocte même une fin bien noire qui nous démontre qu’il s’est bien amusé à écrire ce livre et que surtout, et c’est le plus important, on ressent qu’il y a mis sa passion, sa volonté de passer son message. Un excellent roman à ne pas rater.

Venture de Philippe Paternolli

Editeur : Editions du Caïman

Ce roman constitue une belle découverte en ce qui me concerne et ce n’est qu’après avoir tourné les premières pages que je me suis aperçu qu’il s’agissait déjà du septième roman mettant en scène Vincent Erno, membre d’un groupe de barbouzes dirigé directement par le premier ministre. Comment ai-je pu passer au travers de ce cycle ? Toujours est-il que je n’ai ressenti aucune gêne en n’ayant lu aucune des aventures précédentes, ce qui est très bon signe.

L’ambiance bat son plein au Stade Vélodrome pour le « Classico » français, opposant L’olympique de Marseille au Paris Saint-Germain. Pour l’occasion, le gouvernement s’est déplacé, si ce n’est en nombre, au moins en importance : Deux hommes du gouvernement Fréville se sont déplacés, Xavier Bréhémont le premier ministre et Laurent Chazelet le ministre de l’intérieur.

Juste avant le coup d’envoi, deux hommes pénètrent sur la pelouse. L’un d’entre eux chipe la balle et va marquer un but au gardien parisien pendant que le deuxième filme tout sur son portable. La foule en liesse les encense, pendant que les deux hommes du gouvernement révisent leur discours de fin de match, qui ont été écrit à l’avance. Chacun a prévu un message différent en fonction du futur score. Soudain, la tribune présidentielle explose.

Heureusement, les deux hommes politiques s’en sortent indemnes. Le premier ministre convoque Vincent Erno, qui a démissionné du Cube, cette cellule secrète dirigé par Xavier Bréhémont. On lui donne tous les pouvoirs, bénéficiera d’un contrat spécial et devra faire le jour sur cette tentative d’attentat, avec la DCRI dirigée Par Laurent Chazelet. Vincent Erno va devoir démêler le vrai du faux qui se cache dans ce panier de crabes, d’autant plus que le président Fréville a annoncé ne pas vouloir se représenter, laissant la place à ses deux dauphins.

Comme je le disais, je suis rentré dans ce roman sans aucune gêne, malgré le fait que cela constitue le septième tome des enquêtes de Vincent Erno (et le dernier, nous dit l’auteur en fin de volume). Et a situation, pour compliquée qu’elle puisse paraitre, s’avère remarquablement bien expliquée pour qu’elle nous devienne limpide. Voilà déjà une des grandes qualités de ce roman.

Le scénario va comporter beaucoup de fausses pistes et nous mène en bourrique un peu à la façon de ceux de Mission Impossible. Par contre, s’il y a quelques scènes d’action, ce n’est pas le but de l’auteur. Philippe Paternolli nous concocte plutôt une enquête classique qui va petit à petit devenir un roman intime quand Vincent Erno va être obligé de se planquer chez une projectionniste de cinéma.

Et dans ce moment-là, on apprécie à sa juste valeur la fluidité du style de l’auteur et sa faculté à être aussi à l’aise dans les scènes d’enquête que dans les scènes intimes. A tel point, qu’on est triste de laisser les personnages de ce livre et qu’on a pris du plaisir à fréquenter Vincent et Raphaëlle. En ce qui me concerne, ce roman est une très bonne découverte, une belle réussite, alors n’hésitez pas !

La compagnie des glaces de G.J.Arnaud Intégrale Tome 5

Editeur : Fleuve Noir

Je continue ma découverte de la plus grande saga de science fiction jamais écrite puisqu’elle comporte 63 romans. Voici les épisodes 17 à 20 :

Le gouffre aux garous :

Malgré sa victoire sur Lady Diana, le Kid décide de ne pas en profiter, mais de délaisser la ville de Kaménépolis, synonyme pour lui de dépravation, et aux mains des dissidents. De son coté, Leouan se rend compte que de l’eau chaude est déversée sous la ville et menace de couler Kaménépolis. Lien Rag se demande s’il n’était pas prédestiné à donner vie à un messie et part à la recherche de ses origines dans le grand Nord.

Si le Kid et Lady Diana sont quasiment absents de ce roman, l’histoire va se concentrer sur Leouan d’un coté qui veut sauver Kaménépolis et Lien Rag d’un autre qui cherche ses origines. La quête de Lien Rag est clairement la plus passionnante et démontre une fois de plus l’imagination de l’auteur. La partie concernant Leouan est moins passionnante.

Le dirigeable sacrilège :

Depuis qu’il a découvert les origines des Roux et de ses ancêtres, Lien Rag est menacé par des mercenaires payés par toutes les grandes compagnies. Il décide donc de quitter son cousin Lienty Ragus pour éviter de mettre en danger sa famille. De son coté, Lady Diana doit respecter l’armistice mais elle veut profiter de la faiblesse engendrée par la guerre. Quant au Kid, il accepte de reconstruire Kaménépolis, la cité rebelle sur l’insistance de Yeuse.

Ce volume repart sur un nouveau rythme et sans pour autant insuffler un certain rythme, passe d’un personnage à l’autre pour redistribuer les cartes de la géopolitique mondiale. Tous les nouveaux aspects sont passionnants et donnent lieu à nombre de rebondissements. Je ne dirai jamais assez la faculté de visionnaire de Georges-Jean Arnaud, en particulier ici quand il aborde le sujet du réchauffement climatique (qui dans le cas de la planète glacée peut devenir dramatique) et du retour d’une vague puritaine insufflée bien entendu par la Panaméricaine. Excellent tome.

Liensun :

Alors que Julius et Greorg arrivent à Tusk Station, ils sont attaqués par une amibe géante, nommé Jelly et risquent de mourir étouffés. Lien Rag assiste à la renaissance de Kaménépolis grâce à la culture et une pièce de théâtre se déroulant dans le monde d’avant. Il se rend compte que les Néo-catholiques ont créé la Compagnie de la Sainte Croix, avec un argent de source inconnue. Il se met à soupçonner le Kid.

Outre le suspense sur la lutte contre Jelly, on trouve peu d’action dans cet épisode. On y voit un Lien Rag vieillissant, qui met à jour des malversations financières qui le rendent paranoïaque. Enfin, on voit apparaitre Liensun, le demi-frère de Jdrien, âgé de trois ans et doté de pouvoirs qui semblent plus grands encore que ceux de son frère. Cet épisode donne envie de se plonger dans le suivant immédiatement.

Les éboueurs de la vie éternelle :

Lien Rag et sa femme Leouan se dirigent vers la Compagnie de la Sainte-Croix nouvellement créée par les Néo-Catholiques. Ils veulent libérer le savant ethnologue Harl Mern pour confronter les dernières trouvailles de Lien Rag et peut-être établir un lien entre l’origine des Roux et sa famille.

Du côté des Rénovateurs du Soleil, Ma Ker et Greorg finissent de mettre au point leur dirigeable à l’hélium qui pourra montrer au monde qu’il existe une autre voie de les Compagnies du Rail. Quant à Lady Diana, la toute puissante dirigeante de la Compagnie Panaméricaine, elle continue de faire appel aux Tarphys, des mercenaires sanguinaires pour faire taire Lien Rag.

Ainsi se termine le premier cycle de la Compagnie des Glaces, le cycle de Lien Rag. Autant roman tactique que roman d’action, les enjeux de chacun se mettent à jour dans une bataille autant armée qu’à distance pour le pouvoir, celui de régner sur la Terre de glace. La lecture de ce vingtième épisode donne furieusement envie de se lancer dans la suite.

La Blanche Caraïbe de Maurice Attia

Editeur : Jigal

Une fois n’est pas coutume, j’inaugure une nouvelle idée, celle de consacrer une semaine entière à un auteur. Comme Maurice Attia regroupe ses romans par trilogie, je vous propose donc la deuxième trilogie, publiée aux éditions Jigal. Pour votre information, j’ai tellement adoré ces polars que j’ai d’ores et déjà acheté la première trilogie publiée aux éditions Babel Noir.

1976. Cela fait huit ans que Paco Martinez a démissionné de son poste de flic à la brigade criminelle de Marseille. Depuis, il est devenu journaliste pour le journal Le Provençal, où il écrit des chroniques criminelles et des critiques de films cinématographies. Sa femme Irène connait un beau succès de modiste et s’occupe de leur fille Bérénice.

Un coup de téléphone va venir bouleverser leur petite vie bien tranquille. TigranKhoupigian, dit Khoupi, l’ancien collègue de Paco, l’appelle à l’aide depuis la Guadeloupe où il a trouvé refuge depuis huit ans, et leur dernière affaire ensemble. Khoupi avait en effet descendu de sang-froid les auteurs de la séquestration et du viol d’Irène, avant de prendre la fuite aux caraïbes avec sa compagne Eva.

Paco laisse derrière sa femme et sa fille pour retrouver son ami sous les orages, alors que la Soufrière menace d’entrer en éruption. Khoupi a beaucoup changé, avec son air de vieil alcoolique. Il va raconter à Paco son arrivée en Guadeloupe, son travail de garde du corps auprès de Célestin Farapati, un architecte puis vigile sur un chantier pendant qu’Eva devenait enseignante. Une nuit, Khoupi assiste à une scène hors du commun : deux hommes enterrent le corps de Farapati et coule du béton par-dessus.

Ce roman représente exactement tout ce que j’aime dans un polar. Avec une écriture parfaitement explicite et fluide, Maurice Attia nous plonge dans une atmosphère faite d’ombre et de menaces, les menaces venant à la fois du volcan et des morts qui vont s’amonceler dans l’environnement de Khoupi. Le petit microcosme dans lequel il s’est inséré avec Eva est peuplé de couples blancs qui se sont bien implantés mais qui semblent cacher bien des choses.

Khoupi n’étant pas tout à fait neutre ni apte à avoir le recul nécessaire, c’est Paco qui va devoir enquêter et retrouver les sensations liées à son activité préférée et regrettée de l’investigation. Et plus le roman avance, plus les morts s’amoncellent, plus le danger se rapproche et plus les différents trafics se révèlent, ce qui nous en apprend beaucoup sur la vie de cette île.

Et ce roman ne se contente pas d’être excellent dans son scenario ou la psychologie des personnages. Il ose aussi devenir un roman choral, chaque chapitre étant narré par une personne différente sans aucune indication en tête de chapitre. Si cela surprend au début, on comprend vite le principe et on apprécie d’autant plus le processus qui rajoute encore à l’attrait de ce roman. Le plaisir procuré par ce roman est à la hauteur de ce qu’il nous apprend de la vie sous le soleil, où derrière le décor enjôleur se cachent d’innombrables magouilles.

Château de cartes de Miguel Szymanski

Editeur : Agullo

Traducteur : Daniel Matias

Je crois bien (en fait, j’en suis sûr, mais je cherchais depuis plusieurs jours comment commencer ce billet) que ce roman constitue ma première incursion dans le domaine du polar portugais. Faut-il en déduire qu’ils sont en petit nombre, ou bien que leur qualité ne leur permet pas de traverser les Pyrénées ? Quoiqu’il en soit, les éditions Agullo, dans leur rôle d’aller dénicher de nouveaux auteurs prometteurs, nous proposent le premier roman d’une série à venir.

En ce vendredi 3 juin, Marcelo Silva atterrit à Lisbonne en provenance de Berlin. Après avoir laissé derrière lui une carrière de journaliste, et le scandale de la Fondation, il a accepté le poste d’enquêteur dans un service de la répression des fraudes en lien avec les marchés financiers. Dès son arrivée, il décide d’aller voir le tout nouvel immeuble où il travaillera et d’apporter les innombrables paperasses nécessaires à l’Etat. Cela lui permettra de passer un week-end tranquille avant d’attaquer de bon pied dès le lundi suivant.

Peu avant qu’il arrive, José Manuel Paiva Melo, le Président de l’Autorité des Marchés Financiers éructe face à un jeune auditeur mettant en cause de nombreuses irrégularités dans la gestion de la Banco de Valor Global. Le dossier, dit-il, ne possède aucune preuve, n’est qu’un ramassis de rumeurs. Il ajoute qu’Antonio Carmona, son propriétaire, est un grand nom de la Finance Européenne et qu’il est un de ses amis proches.

Alors que Marcelo se balade tout le week-end dans Lisbonne, dont la façade parait immaculée pour les touristes, il se rend compte que son pays, le Portugal, en faillite, a sacrifié sa population pour dépendre de l’argent des vacanciers. Quand il déjeune avec son amie Margarida dans un restaurant de luxe, il assiste à une altercation entre Antonio Carmona et Avelino Simoes, ancien ministre de la justice et de l’intérieur, et numéro 2 de la BVG. Le lendemain, Antonio Carmona disparait.

Ne vous inquiétez pas si vous hésitez à propos de ce roman. L’auteur, qui sait parfaitement de quoi il parle, ne va pas nous noyer sous des notions financières incompréhensibles. D’ailleurs, ce roman se rapproche plus d’un roman policier, où Marcello Silva va mener son enquête sur la disparition du Président de la BVG, en même temps qu’il va découvrir ce monde de pourris.

Antonio Carmona a appliqué les préceptes de Madoff selon le principe de la pyramide de Ponzi. Je vous explique : Il créé une banque, et attire ses clients grâce à des rendements exceptionnels. En réalité, il se sert de l’argent des nouveaux clients pour payer les intérêts des anciens. Le problème survient quand le nombre de nouveaux clients diminue et que les dépenses dépassent les rentrées d’argent frais.

Mais le fond du roman n’est pas là. Miguel Szymanski préfère démonter tout le système mis en place autour de ces banques fictives, et nous montre comment les grandes banques nationales et internationales, les grandes entreprises et les états européens, sous couvert d’amitié de longue date, utilisent ces systèmes et couvrent les défaillances de paiement en cas de souci (le terme souci est soigneusement choisi pour ne pas être grossier).

Ce roman étant annoncé comme le premier d’une série, l’auteur met du temps à nous présenter la ville de Lisbonne, Marcello Silva son personnage principal, ainsi que ses amis. Marcello est un sacré personnage à l’humour vache, du genre cynisme méchant. Le grand plaisir passé à visiter Lisbonne, que j’ai tant aimé, compense une intrigue complexe et une narration parfois peu claire. Et après la dernière page, je me demande bien comment l’auteur peut rebondir, ce qui suscite une curiosité qui me fera lire le prochain opus.