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Oldies : La compagnie des glaces de G.J.Arnaud – Tome 1 et 2

Editeur : French Pulp

Les éditions French Pulp ont décidé de rééditer la saga de science fiction, en regroupant les romans par deux. Il s’agit, je crois, de la plus grande saga de science fiction jamais écrite puisqu’elle comporte 63 romans. Nous retrouvons dans ce premier tome La compagnie des glaces et Le sanctuaire des glaces.

La compagnie des glaces :

Depuis que la lune a explosé, la Terre est plongée dans une nouvelle ère glaciaire. La population s’est donc regroupée dans des trains, et les compagnies ferroviaires se partagent le monde. L’humanité s’est donc regroupée dans de gigantesques wagons, aménagés en villes, où la température atteint 15°C. A l’extérieur, personne ne pourrait survivre. Seule une race d’hommes roux dont l’origine est inconnue arrive à supporter ces températures négatives. On les utilise pour déblayer les lignes de chemin de fer.

Lien Rag est glaciologue. Il est présent dans la capitale pour préparer sa prochaine mission, qui consiste à analyser la glace dans le nord du pays. La difficulté est que la zone qu’il va exploiter est proche du front dans la guerre qui oppose deux compagnies ferroviaires. Il fait la connaissance du gouverneur et de sa charmante fille Floa, et va être plongé dans une intrigue politique qui le dépasse.

Malgré le fait que ce ne soit que le premier tome d’une série au long cours, le roman s’avère une très agréable lecture, puisque l’auteur ne passe pas des dizaines de pages à nous expliquer la situation. Il se contente de créer quelques scènes grâce auxquelles nous allons comprendre la situation. Ceci a pour effet de nous immerger dans une situation et un environnement nouveau, et de petit à petit nous lever le voile sur ce nouveau monde.

Rapidement, nous allons suivre les aventures de Lien, et il va devenir le personnage principal. L’écriture de ce roman s’avère moderne, alternant des scènes d’action, de stress, et des scènes de transition plus calmes. Après avoir tourné la dernière page, on ne peut que se dire : Vivement la suite !

Le sanctuaire des glaces :

La Compagnie a décidé d’organiser une gigantesque réunion de ses actionnaires. Ces derniers sont donc conviés à rejoindre Grand Star Station dans un train d’un luxe inimaginable. Parmi eux, Lucas Beryl, un petit porteur instituteur de son état. Pendant le transfert, le train est attaqué par des pirates emmenés par Kurst et les voyageurs kidnappés. Ils ne seront libérés que contre une forte rançon.

Parmi les otages figure Floa, la fille du gouverneur de la 17ème région, une des actionnaires principales de la Compagnie. Son père charge Lien Rag de la retrouver, en annonçant que ce transport d’actionnaires était en fait un piège et que sa destination était en fait le front de la guerre. Il semblerait que cela soit un guet-apens organisé par la Sécurité et les Néo-Catholiques. En échange de sa fille, le gouverneur promet à Lien Rag de lui révéler le lieu du laboratoire de Oun Fouge, le scientifique qui aurait créé les Hommes Roux. Lien Rag, qui est considéré comme un terroriste depuis qu’il a fait diffuser le livre de Oun Fouge La voie Oblique, se lance dans cette aventure.

Ce roman pourrait se décomposer en trois parties que l’on pourrait nommer : L’enlèvement, La rançon et La Quête de Lien. Dans chacune, on retrouve ce style fluide et agréable à lire, et cette inventivité aussi bien dans les décors que dans les situations. Sinon, il ne se passe pas grand’chose puisque l’auteur a voulu donner de l’épaisseur à son monde, nous expliquant comment La Sécurité (sorte d’armée) et les Néo-Catholiques (La Religion) fomentent des actions pour obtenir le pouvoir. Tout cela bien entendu est caché au public avec une bonne dose de désinformation, chose sur laquelle l’auteur insiste plusieurs fois. Si le ton et la conclusion sont noirs et réalistes, on ne peut s’empêcher avec le recul de se dire que GJ.Arnaud avait un don de visionnaire. Mais pour cela, il va vous falloir lire cet épisode … Je ne peux finir en vous affirmant que vous aurez droit bientôt à mon avis sur les deux autres épisodes de la série : Le peuple des glaces et Les chasseurs de glace.

Pour finir, je suis tombé par hasard sur deux liens intéressants : une rencontre de l’auteur et un avis bloguesque sur la compagnie des glaces.

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Il ne faut jamais faire le mal à demi de Lionel Fintoni

Editeur : Editions de l’Aube

Vous le savez si vous êtes un fidèle de mon blog, j’adore lire des premiers romans pour à la fois découvrir de nouveaux auteurs mais aussi pour découvrir derrière une intrigue la passion qui anime l’auteur. Le premier roman de Lionel Fintoni est surprenant et s’avère une grande réussite.

Livia et Georghe sont deux enfants Roms. Ils ont récupéré un beau butin dans le RER, grâce aux vols à l’arraché aux distributeurs de billets. Il ne reste plus qu’a rentrer au camp, rejoindre le clan. Soudain une voiture noire les course. Trois hommes les coincent. Les deux enfants assommés, ils font une piqure à Livia et la mettent dans le coffre. Puis l’un des hommes brise la nuque de Goerghe et le laisse dans les poubelles.

Malik Mahoudi est à la tête d’une société de transport créé par son père, Kamel. Originaire de Kabylie, Kamel est travailleur et a donné ce gout à son fils. Il a commencé par une épicerie, puis un garage, avant de se lancer dans le transport.

Sammy est photographe chez PhotoPro. Il n’est pas doué, fait des photos sans âmeque Charlotte Salmon, sa chef, arrive quand même à placer. Sammy sent qu’il va se faire virer. Alors il improvise et annonce à Charlotte qu’il prépare un gros reportage sur les mafias de l’Europe de l’Est.

Aïcha travaille pour des associations caritatives pour les Emirats Arabes Unies, et en particulier la promotion pour l’éducation des jeunes filles dans son pays. Elle débarque à Paris, en provenance de Dubaï. Elle doit subir une visite dans une clinique de chirurgie plastique, la clinique Bellefond, pour retrouver sa virginité perdue.

Didier était médecin légiste. Au bout du rouleau, il s’est orienté dans les œuvres humanitaires. Il demande à son ami Alain Dormeuil, capitaine de la PJ d’enquêter sur des disparitions d’enfants roms. Une enfant de 14 ans a été retrouvée morte, avec des cicatrices sur les cotés. A l’intérieur du corps, il manquait des organes.

Honnêtement, il faut s’accrocher un peu au début du livre, la raison en étant qu’il y a une dizaine de personnages sans liens apparents entre eux. De même, nous allons savoir dès le début que le fond de l’intrigue tourne autour de meurtres d’enfants roms afin de fournir des organes pour les transplantations. Alors, on se demande pourquoi continuer à suivre cette intrigue si nous savons tout depuis le début … Eh bien justement parce que ce roman s’avère plutôt une dénonciation de cette société amorale, inhumaine, sans limites, qui se permet tout au détriment des vies humaines. Au fur et à mesure de l’intrigue, l’intrigue va prendre de l’ampleur et les éléments du puzzle vont se mettre tout doucement en place, les personnages se rejoindre, et l’ensemble du roman va se construire et constituer un ensemble cohérent et époustouflant pour un premier roman.

Il y a dans ce roman beaucoup de personnages, et tous ont une psychologie avec une logique qui leur est propre. Il n’y a pas de bons ou de méchants, et tout le monde grenouille pour sa paroisse personnelle. Et finalement, le personnage principal de ce roman devient le contexte et la description de cette société communautariste avide d’argent, dans une ambiance lourde, noire et révoltante. Ce roman est d’une lucidité crue, d’une noirceur difficile à accepter, d’une cruauté rare, sans aucune effusion de sang ou scène gore.

Malgré les nombreux personnages, on ne va jamais être perdu, et les retrouver alternativement pour faire avancer cette intrigue où finalement la morale aura le dernier mot. Enfin, dernier mot, ce n’est pas sûr, car les derniers chapitres nous montrent, que si les plus dégueulasses ne s’en sortent pas, d’autres, tout aussi salauds, font de la manipulation leur fond de commerce et restent bien en place.

Ce roman est écrit dans un style simple, et il est surprenant d’y lire autant de maitrise. Les scènes vont faire avancer beaucoup d’intrigues en parallèle avant que le feu d’artifice final éclate, avec des chapitres courts qui accélèrent le rythme de l’intrigue. Ce roman est une grande réussite et le premier roman de Lionel Fintoni une belle découverte quant à l’ambition affichée et réussie de l’ensemble. Je suis sorti de ce roman époustouflé, impressionné. Car c’est bien la crédibilité de cette intrigue qui fait le plus mal au ventre, mal au cœur.

Ne ratez pas les avis de QuatreSansQuatre, de Nyctalopes et de l’incontournable Claude

Pukhtu – Secundo de DOA

Editeur : Gallimard – Série Noire

J’avais été tellement impressionné par le premier tome, Pukhtu-Primo, que j’ai mis un peu de temps à ouvrir le deuxième, probablement par peur d’être déçu. Car le premier tome était tellement foisonnant, comportait tant de personnages et autant de fils narrateurs qu’il était difficile de ne pas être fasciné par l’ambition et la grandeur de ce roman qui montrait le bourbier du conflit Afghan en 2008.

Evidemment, je ne vais pas vous résumer le début de ce deuxième tome, sinon, je serais obligé de vous dévoiler une grande partie de l’intrigue du premier ! Sachez juste que ce deuxième tome débute par une dizaine de pages qui résument la situation du pays, et qui présentent de façon remarquablement claire les différents personnages et les différentes intrigues. De même, en fin de roman, nous avons droit à un glossaire et à une liste des personnages, dont la longueur montre la grandeur de ce roman.

Comme dans le précédent tome, nous retrouvons la société de mercenaires 6N, payée par les Américains ; nous sommes plongés au centre du trafic de drogue ; nous sommes enfermés dans des geôles sales dans l’attente d’un interrogatoire musclé ou d’une mort prochaine ; nous sommes invités dans les grands salons parisiens où les hommes politiques flirtent avec les espions, où les journalistes draguent des femmes fatales, où le destin du monde se jouent entre faux semblants et vrais mensonges ; nous sommes face à un panorama complet de la situation politique, en nous ouvrant les yeux sur des situations qui nous dépassent, en nous montrant comment tout un chacun cherche à profiter de son prochain, au détriment des populations civiles. Dommage collatéral, disent-ils ! Le gros changement va se situer au niveau de la situation financière, puisque nous allons être plongés en plein cœur de la crise financière de 2008-2009.

Dans ce deuxième roman, les passages sur le terrain se font plus rares mais ils sont toujours aussi impressionnants de réalité. C’est écrit avec crudité, cruauté, réalisme, et violence. La situation ne s’améliore pas pour les Afghans, mais on ne voit pas comment cela pourrait s’améliorer puisque personne ne travaille dans ce sens.

Dans ce deuxième roman, nous sommes plus immergés dans les salons des hommes politiques qui dirigent le monde, qui prennent les grandes décisions parce qu’ils ont les informations qui comptent. On voit surtout des hommes et des femmes qui cherchent à tirer leur épingle du jeu, parlant à demi-mot, mentant pour obtenir plus d’informations, décrétant une action pour avancer leur pion. Amel et Chloé ont la part la plus importante dans ce roman et vont fréquenter tout ce qui peut influencer les décisions du monde.

J’ai eu l’impression qu’il y avait moins de fils narrateurs, moins de personnages, dans ce roman. J’ai eu l’impression que ce deuxième tome avait un peu perdu de la richesse du premier, alors que l’auteur sait parfaitement où il veut nous emmener. J’ai donc trouvé ce deuxième tome un poil en dessous du premier, même s’il fait une suite logique au premier. Et puis, DOA se permet de relier ses personnages avec ceux de ses précédents romans, et ça c’est vraiment fort. Avec Pukhtu, il a créé le trait d’union qui manquait entre tous ses romans et démontre qu’il est en train de construire une œuvre : La situation géopolitique moderne. Impressionnant.

Ne ratez pas les avis de Charybde2, Yan et Jean-Marc

Le jeu des apparences de Muriel Mourgue

Editeur : Ex-Aequo

J’ai déjà lu quelques romans de Muriel Mourgue, et j’apprécie beaucoup ses intrigues et un de ses personnages, Thelma Vermont, dont les enquêtes se situent dans les années 50. Dans ce roman, nous faisons connaissance avec un nouveau personnage et nous faisons un voyage dans le futur, en 2026.

Nous sommes donc en 2026, et la France a élu à sa tête une femme, la présidente Rose Leprince. Celle-ci vise la conquête de la présidence de l’Europe Unie. Son argument pour mettre en avant la France est l’envoi d’un vol habité à destination de la planète Mars, qui doit avoir lieu dans quelques jours, le jour de Noel. La présidente doit à la fois montrer son prestige et faire attention aux terroristes.

En ces temps troubles, elle a nommé Luc Malherbe en tant que Responsable de la Sécurité, qui ne doit rendre des comptes qu’à elle. Luc est troublé, car son amour d’enfance Clara vient de mourir à Lisbonne. Officiellement, elle a été renversée par une voiture. La question qui se pose est : Est-ce un accident ? Est-ce un suicide ? Est-ce un meurtre ?

Luc Malherbe va donc faire appel à son amie Angie Werther, qui a pris sa retraite pour se donner à sa passion, les romans graphiques. Celle-ci a de grandes connaissances des arcanes du pouvoir, et a la possibilité d’enquêter en sous-main, sans que personne n’en sache rien. Elle accepte donc de rendre service à Luc, et part  pour Lisbonne. Cela tombe bien, Clara était embauchée dans une librairie de Lisbonne, où on vend des romans graphiques.

Science fiction ? Anticipation ? J’aurais tendance à dire ni l’un, ni l’autre, tant le contexte de ce roman semble actuel, et qu’on n’y vois pas apparaitre de gadgets délirants et autres inventions futuristes. Finalement, d’après Muriel Mourgue, rien ne va beaucoup changer. Les magouilles politiques vont bon train, les opposants au régime forment des groupuscules et on suspecte des actes de terrorisme. Même l’Europe a changé de nom mais pas son organisation, si ce n’est qu’il y a une vraie Europe politique.

Muriel Mourgue est maintenant une auteure aguerrie, avec une dizaine de romans ou nouvelles au compteur, et malheureusement pas assez connue. Car il y a un vrai savoir faire dans sa façon de structurer ses romans et de mener ses intrigues qui en font des lectures distrayantes et plaisantes. Si il y a du savoir faire, il y a un équilibre bienvenu entre les descriptions et les dialogues, et une logique fort plaisante.

Le hasard veut que je sois allé à Lisbonne au printemps et que j’ai visité tous les coins et recoins de cette magnifique ville. Et je dois dire que j’ai éprouvé un plaisir particulier à re-parcourir ces quartiers en compagnie d’Angie Werther. Si le roman s’avère plutôt classique, c’est plutôt pour un aspect personnel qui fait que je m’y suis attaché. A cela, j’ajoute une chute fort bien venue qui m’a rappelé certains romans de Bob Morane. Bref, voilà à nouveau un nouveau roman à mettre au crédit de Muriel Mourgue.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

Oldies : Le bon frère de Chris Offutt

Editeur : Gallimard La Noire (Grand format) : Gallmeister Totem (Format poche)

Traducteur : Freddy Michalski

Cela faisait un sacré bout de temps que je voulais lire ce roman. Et c’est bien la raison pour laquelle existe cette chronique des oldies : se rappeler des grands romans, des romans importants. Le bon frère est une lecture immanquable.

L’auteur :

Chris Offutt, né le 24 août 1956 à Lexington dans le Kentucky, est un écrivain américain de roman policier. Principalement connu pour ses romans et ses recueils de nouvelles, il a également collaboré, de manière épisodique, comme scénariste à plusieurs séries télévisées américaines.

Fils de l’écrivain Andrew J. Offutt, il grandit dans le Kentucky et suit les cours de l’Université d’État de Morehead. Diplômé, il entreprend un voyage à travers les États-Unis et exerce différents métiers pour vivre. Il publie, en 1992, un premier recueil de neuf nouvelles, intitulé Kentucky Straight, qui dépeint le quotidien rural du Kentucky. Il commet par la suite deux romans semi-autobiographiques, un roman de fiction et un second recueil de nouvelles.

Ses cinq titres ont été traduits en France, dont trois au sein de la collection La Noire de Gallimard, ce qui laisse penser que Chris Offutt est un simple écrivain de roman policier, quand bien même ces écrits dépassent le cadre du genre et peuvent se rattacher à l’univers d’auteurs aussi différents que William Faulkner, Larry Brown ou Daniel Woodrell. Deux nouvelles de l’auteur sont par ailleurs présentes dans le recueil Le Bout du monde, paru à la Série noire en 2001.

En parallèle à sa carrière d’écrivain, Chris Offutt a été professeur dans plusieurs universités américaines et a collaboré avec différentes revues et journaux américains (New York Times, Men’s Journal …). Il a également travaillé comme scénariste pour des séries télévisées américains (Weeds, True Blood et Treme).

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Virgil Caudill a toujours respecté la loi, laissant la rébellion et la violence à son frère Boyd. Mais Boyd est mort et tout le monde (y compris le shérif et la propre mère de Virgil) s’attend à ce que Virgil, se pliant ainsi au vieux code des collines du Kentucky, venge la mort de son frère.

Virgil ne peut briser ce code, mais, s’il accepte de tuer, il est bien déterminé à stopper la spirale de la vengeance. Il abandonne ses collines et ses modestes espérances, change d’identité et, comme d’innombrables fugitifs l’ont fait avant lui, il met le cap sur l’Ouest. Virgil s’attend à ce que les paysages désolés du Montana lui offrent une chance de se cacher mais les parents de l’homme qu’il a tué continuent à le chercher et, trébuchant sur un autre acte de violence, il rejoint malgré lui les milices du Montana dans leur lutte sans merci contre le gouvernement fédéral. Virgil comprendra alors que, quoi qu’il fasse, la violence colle à sa vie comme une seconde peau.

Mon avis :

Si ce roman ne fait pas partie des classiques de la littérature américaine, il devrait les rejoindre très rapidement. Clairement, la plume de Chris Offutt est très littéraire et atteint des sommets entre la poésie et la beauté, un style à la fois détaillé, descriptif et efficace. Il est réellement difficile d’y trouver un défaut, tant tout s’y enchaîne magnifiquement et il est impossible de ne pas être fasciné.

Ce roman peut être divisé en deux parties, la première étant l’errance de Virgil avant de prendre sa décision suite au meurtre de son frère aîné, la deuxième étant la fuite de son passé. Dans la première, chaque scène est très détaillée entre son travail et sa visite de sa famille, portée par des dialogues qui en disent plus long que toute description. Et à chaque fois, nous retrouvons Virgil plongé dans ses marasmes quotidiens, alors que la nature qui l’entoure est si belle. Dans la deuxième partie, Virgil se retrouve au milieu de la nature, et son errance qui n’en pas une se retrouve être une renaissance.

Si dans la première partie, le roman nous propose une réflexion sur le doute, la difficulté de prendre une décision, et les questionnements qui vont impacter une vie, la deuxième partie nous parle de renaissance, d’émancipation, mais aussi de politique. Car ce roman s’avère être une forte et belle charge contre la démocratie américaine qui va se terminer par un final extraordinaire (car je ne trouve pas d’autre mot) qui vous marquera longtemps en laissant un gout bien amer dans la bouche.

Si le roman est centré sur le personnage de Virgil, il devient grand, énorme dans sa deuxième partie, s’ouvrant sur le monde. D’une modernité qui interpelle, d’une lucidité qui fait mal, Chris Offutt nous montre comment circule l’information, comment le pouvoir gère le peuple, et comment on étouffe l’opposition, tout en ayant l’air de leur laisser le choix. Du choix individuel au choix collectif, ce roman pose des questions plus qu’il n’y répond et c’est sa grande force, de nous placer face à nos responsabilités de citoyen.

Il est tout de même incroyable de s’apercevoir que ce roman est le seul roman de fiction écrit par Chris Offutt. Y en aura-t-il un deuxième ? Je le souhaite de tout cœur !

Un moindre mal de Joe Flanagan

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Janique Jouin-de Laurens

Comme beaucoup de mes collègues blogueurs, je vais vous donner le même conseil : ne lisez pas le bandeau qui est sensé vendre le roman. Dire de ce roman qu’il est l’équivalent du L.A. Confidential de James Ellroy transposé à Cape Cod est exagéré. Certes, c’est vendeur mais c’est faux. Et je vous détaillerai tout cela juste après mon petit résumé.

Cape Cod, 1957. Un corps de jeune enfant vient d’être découvert, tué et violé. Alors que les élections approchent, la pression se fait forte sur les épaules de la police pour résoudre ce crime, que l’on espère isolé. Hélas, d’autres corps vont suivre …

Au premier rang de ceux qui vont subir la pression, il y a Warren, qui fait partie de la police locale. Il a un fils légèrement attardé, et la disparition de sa femme, vraisemblablement partie sous d’autres cieux l’oblige à gérer difficilement sa vie professionnelle et sa vie personnelle. Comme son fils fait figure de bouc émissaire, Warren est bien obligé de le placer dans une institution spécialisée.

Dans cette école, des ecclésiastiques viennent aider les institutrices. C’est le cas du Père Boyle, trituré entre sa foi et ses envies. D’un naturel solitaire, il passe beaucoup de temps à se balader seul dans les bois, et considère de son devoir de visiter les malades et d’aider les enfants.

Quand d’autres corps apparaissent, le procureur Elliott Yost fait appel à la police d’Etat. On leur dépêche Dale Stasiak, un policier à la réputation sulfureuse. Celui-ci a le vent en poupe, puisqu’il vient de faire tomber un caïd de la pègre de Boston, dans l’affaire Attanasio. Par contre ses méthodes violentes et son non respect des règles font de lui quelqu’un d’honni dans la police.

Ce n’est pas parce que l’on a affaire à trois personnages que l’on est en droit de comparer ce roman avec ceux de James Ellroy. Et c’est la même remarque pour le fonctionnement de la police, la corruption, les religieux ou les politiciens. Et ce n’est pas non plus le style de l’auteur, plutôt littéraire et imagé qui va rappeler James Ellroy. Bref, déchirez le bandeau, afin de mieux apprécier ce roman.

Car on ne va tout de même pas juger un roman sur son bandeau de publicité !  Et pour un premier roman, c’est une vraie réussite. On a droit à un scenario très bien mené, des personnages tous très typés, représentant chacun leur confrérie, et une illustration de ce que les Etats Unis sont capables de nous sortir quand ils parlent de leur système et de son dysfonctionnement.

Sans forcément vouloir dénoncer quoi que ce soit, ce roman nous montre beaucoup de choses, de la corruption généralisée à l’impunité des religieux, de la lutte entre le bien et le mal et des liens familiaux. De ces thèmes abordés, on retiendra évidemment le combat entre deux façons de rendre la justice : l’honnête (Warren) et la violente (Stasiak). Même si les confrontations sont rares, la tension entre les deux monstres (entendez personnages) est constante et grimpe au fur et à mesure des pages.

J’ai beaucoup aimé le style de l’auteur, tout en retenue, ne s’encombrant pas de sentiments, laissant la part belle à l’intrigue, qui elle est fantastique. Se contentant de décrire les paysages, les personnages par leurs actions, on est plongé dans un film de façon très classique, très académique mais bigrement efficace. Et sans en rajouter plus que cela, on est transporté dans une autre époque, les années 50 et les positions de la pègre pour s’octroyer plus de pouvoir dans la reconstruction.

C’est donc un premier roman impressionnant, de ceux qui font plaisir à lire, de ce genre de polar costaud que l’on est heureux d’avoir ouvert, de ceux qui nous remplissent de satisfaction. Et pour finir de vous convaincre, je vous joins un certain nombre d’avis de collègues, plus ou moins d’accord avec le mien, dont Nyctalopes, Lecturissime, K-Libre, Unwalkers, La Belette et Jean-Marc.

 

 

 

Karst de David Humbert

Editeur : Liana Levi

Premier roman, premier coup de maître !

De nombreux auteurs de polars aimeraient avoir un sujet en or comme celui-là, une facilité à créer un personnage tel que Paul Kubler et un talent pour déployer une intrigue en béton. Après la lecture de ce roman, je persuadé d’avoir découvert un futur grand auteur de polars. Avis aux amateurs !

Paul Kubler est un lieutenant de la police qui vient d’être muté de Paris à Rouen, sa ville natale, suite à une sanction. Il est du genre pressé, voulant toujours être occupé à faire quelque chose. C’est pour cela qu’il travaille beaucoup, énormément, quasiment 7 jours sur 7. Ce matin-là, une grande réunion a lieu avec la Brigade Anti-Criminalité pour préparer la surveillance de la manifestation qui va intervenir dans la journée. Le but est évidemment d’éviter tout débordement.

Les ouvriers d’EuroGaz débarquent pour protester contre les licenciements massifs qui ont été annoncés. Kubler s’ennuie et va boire un café dans un bar, quand il remarque une Porsche Cayenne garée dans une impasse. La manifestation se passe calmement, signe que les ouvriers attendent le ministre qui doit venir dans quelques jours. Kluber rentre chez lui prendre une douche, mais ne peut se rincer car l’eau est d’une couleur rose.

Quelques jours plus tard, c’est le jeudi de l’Ascension et Kubler va manger chez ses parents, qui habitent dans le coin. Son frère n’est pas là, et Kubler a toujours fait montre d’indépendance, ce qui est mal vu dans la famille. Quand sa mère veut laver sa salade, l’eau du robinet coule verte. Comme Kubler a le don de mettre son nez là où il ne faut pas, le voilà chargé d’enquêter sur ceux qui polluent l’eau de l’agglomération de Rouen. Et il n’est pas au bout de ses peines.

Voilà exactement pourquoi j’aime lire les premiers romans : les auteurs prennent un sujet qui leur tient à cœur, se lancent dans l’aventure, et nous concoctent des intrigues en respectant les codes du genre, et en prenant des libertés que beaucoup de cadors n’osent plus faire. Je vous le dis tout de suite, et sans ambages : ce roman est génial, inlâchable dès qu’on l’a commencé car tout y est simple et passionnant.

C’est le cas ici. David Humbert choisit un personnage de flic simple, et pour qu’il soit omniprésent dans l’histoire, en fait un jeune homme qui se fait chier … alors quoi de mieux que de travailler. Comme c’est écrit à la première personne, on entre tout de suite dans la psychologie du personnage, mais l’auteur a le don de ne pas trop en faire, de donner les informations juste quand il le faut. Et pour un premier roman, c’est carrément un coup de force, à tel point que j’en ai été impressionné par moments.

Les chapitres sont rythmés par les jours qui passent. Donc chaque chapitre narre une journée de Paul Kubler. Si le procédé n’est pas nouveau, il donne un ton de véracité et un certain rythme au livre. Cela participe aussi au plaisir de suivre Kubler car on vit réellement à ses cotés. Encore une fois, c’est simple, mais ça fait du bien et surtout c’est extrêmement plaisant de suivre un flic au jour le jour.

Enfin, David Humbert va nous expliquer tout ce qui concerne l’eau, les nappes phréatiques, les bétoires, les karsts, le traitement et la distribution de l’eau. Ayant pris comme personnage principal quelqu’un qui n’y connait rien, les scientifiques qu’interroge Kubler vont être très explicites et didactiques. Certains passages valent leur pesant d’or et devraient être utilisés dans les écoles ou dans certains reportages. J’ai appris plein de choses, parce que c’est très bien fait, passionnant.

Je ne peux que vous conseiller ce premier roman qui m’a carrément bluffé par toutes ses qualités, de la narration à la psychologie, du sujet à sa pédagogie. Tous ces points en font un roman attachant à ne pas rater, et j’espère lire bientôt les futurs romans de ce jeune auteur qui nous laisse entrevoir tant de promesses pour l’avenir.

Ne ratez pas l’excellent billet sur le site Appuyezsurlatouchelecture, ainsi que celui de l’ami Bob Polar