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La compagnie des glaces de G.J.Arnaud Intégrale Tome 5

Editeur : Fleuve Noir

Je continue ma découverte de la plus grande saga de science fiction jamais écrite puisqu’elle comporte 63 romans. Voici les épisodes 17 à 20 :

Le gouffre aux garous :

Malgré sa victoire sur Lady Diana, le Kid décide de ne pas en profiter, mais de délaisser la ville de Kaménépolis, synonyme pour lui de dépravation, et aux mains des dissidents. De son coté, Leouan se rend compte que de l’eau chaude est déversée sous la ville et menace de couler Kaménépolis. Lien Rag se demande s’il n’était pas prédestiné à donner vie à un messie et part à la recherche de ses origines dans le grand Nord.

Si le Kid et Lady Diana sont quasiment absents de ce roman, l’histoire va se concentrer sur Leouan d’un coté qui veut sauver Kaménépolis et Lien Rag d’un autre qui cherche ses origines. La quête de Lien Rag est clairement la plus passionnante et démontre une fois de plus l’imagination de l’auteur. La partie concernant Leouan est moins passionnante.

Le dirigeable sacrilège :

Depuis qu’il a découvert les origines des Roux et de ses ancêtres, Lien Rag est menacé par des mercenaires payés par toutes les grandes compagnies. Il décide donc de quitter son cousin Lienty Ragus pour éviter de mettre en danger sa famille. De son coté, Lady Diana doit respecter l’armistice mais elle veut profiter de la faiblesse engendrée par la guerre. Quant au Kid, il accepte de reconstruire Kaménépolis, la cité rebelle sur l’insistance de Yeuse.

Ce volume repart sur un nouveau rythme et sans pour autant insuffler un certain rythme, passe d’un personnage à l’autre pour redistribuer les cartes de la géopolitique mondiale. Tous les nouveaux aspects sont passionnants et donnent lieu à nombre de rebondissements. Je ne dirai jamais assez la faculté de visionnaire de Georges-Jean Arnaud, en particulier ici quand il aborde le sujet du réchauffement climatique (qui dans le cas de la planète glacée peut devenir dramatique) et du retour d’une vague puritaine insufflée bien entendu par la Panaméricaine. Excellent tome.

Liensun :

Alors que Julius et Greorg arrivent à Tusk Station, ils sont attaqués par une amibe géante, nommé Jelly et risquent de mourir étouffés. Lien Rag assiste à la renaissance de Kaménépolis grâce à la culture et une pièce de théâtre se déroulant dans le monde d’avant. Il se rend compte que les Néo-catholiques ont créé la Compagnie de la Sainte Croix, avec un argent de source inconnue. Il se met à soupçonner le Kid.

Outre le suspense sur la lutte contre Jelly, on trouve peu d’action dans cet épisode. On y voit un Lien Rag vieillissant, qui met à jour des malversations financières qui le rendent paranoïaque. Enfin, on voit apparaitre Liensun, le demi-frère de Jdrien, âgé de trois ans et doté de pouvoirs qui semblent plus grands encore que ceux de son frère. Cet épisode donne envie de se plonger dans le suivant immédiatement.

Les éboueurs de la vie éternelle :

Lien Rag et sa femme Leouan se dirigent vers la Compagnie de la Sainte-Croix nouvellement créée par les Néo-Catholiques. Ils veulent libérer le savant ethnologue Harl Mern pour confronter les dernières trouvailles de Lien Rag et peut-être établir un lien entre l’origine des Roux et sa famille.

Du côté des Rénovateurs du Soleil, Ma Ker et Greorg finissent de mettre au point leur dirigeable à l’hélium qui pourra montrer au monde qu’il existe une autre voie de les Compagnies du Rail. Quant à Lady Diana, la toute puissante dirigeante de la Compagnie Panaméricaine, elle continue de faire appel aux Tarphys, des mercenaires sanguinaires pour faire taire Lien Rag.

Ainsi se termine le premier cycle de la Compagnie des Glaces, le cycle de Lien Rag. Autant roman tactique que roman d’action, les enjeux de chacun se mettent à jour dans une bataille autant armée qu’à distance pour le pouvoir, celui de régner sur la Terre de glace. La lecture de ce vingtième épisode donne furieusement envie de se lancer dans la suite.

La Blanche Caraïbe de Maurice Attia

Editeur : Jigal

Une fois n’est pas coutume, j’inaugure une nouvelle idée, celle de consacrer une semaine entière à un auteur. Comme Maurice Attia regroupe ses romans par trilogie, je vous propose donc la deuxième trilogie, publiée aux éditions Jigal. Pour votre information, j’ai tellement adoré ces polars que j’ai d’ores et déjà acheté la première trilogie publiée aux éditions Babel Noir.

1976. Cela fait huit ans que Paco Martinez a démissionné de son poste de flic à la brigade criminelle de Marseille. Depuis, il est devenu journaliste pour le journal Le Provençal, où il écrit des chroniques criminelles et des critiques de films cinématographies. Sa femme Irène connait un beau succès de modiste et s’occupe de leur fille Bérénice.

Un coup de téléphone va venir bouleverser leur petite vie bien tranquille. TigranKhoupigian, dit Khoupi, l’ancien collègue de Paco, l’appelle à l’aide depuis la Guadeloupe où il a trouvé refuge depuis huit ans, et leur dernière affaire ensemble. Khoupi avait en effet descendu de sang-froid les auteurs de la séquestration et du viol d’Irène, avant de prendre la fuite aux caraïbes avec sa compagne Eva.

Paco laisse derrière sa femme et sa fille pour retrouver son ami sous les orages, alors que la Soufrière menace d’entrer en éruption. Khoupi a beaucoup changé, avec son air de vieil alcoolique. Il va raconter à Paco son arrivée en Guadeloupe, son travail de garde du corps auprès de Célestin Farapati, un architecte puis vigile sur un chantier pendant qu’Eva devenait enseignante. Une nuit, Khoupi assiste à une scène hors du commun : deux hommes enterrent le corps de Farapati et coule du béton par-dessus.

Ce roman représente exactement tout ce que j’aime dans un polar. Avec une écriture parfaitement explicite et fluide, Maurice Attia nous plonge dans une atmosphère faite d’ombre et de menaces, les menaces venant à la fois du volcan et des morts qui vont s’amonceler dans l’environnement de Khoupi. Le petit microcosme dans lequel il s’est inséré avec Eva est peuplé de couples blancs qui se sont bien implantés mais qui semblent cacher bien des choses.

Khoupi n’étant pas tout à fait neutre ni apte à avoir le recul nécessaire, c’est Paco qui va devoir enquêter et retrouver les sensations liées à son activité préférée et regrettée de l’investigation. Et plus le roman avance, plus les morts s’amoncellent, plus le danger se rapproche et plus les différents trafics se révèlent, ce qui nous en apprend beaucoup sur la vie de cette île.

Et ce roman ne se contente pas d’être excellent dans son scenario ou la psychologie des personnages. Il ose aussi devenir un roman choral, chaque chapitre étant narré par une personne différente sans aucune indication en tête de chapitre. Si cela surprend au début, on comprend vite le principe et on apprécie d’autant plus le processus qui rajoute encore à l’attrait de ce roman. Le plaisir procuré par ce roman est à la hauteur de ce qu’il nous apprend de la vie sous le soleil, où derrière le décor enjôleur se cachent d’innombrables magouilles.

Château de cartes de Miguel Szymanski

Editeur : Agullo

Traducteur : Daniel Matias

Je crois bien (en fait, j’en suis sûr, mais je cherchais depuis plusieurs jours comment commencer ce billet) que ce roman constitue ma première incursion dans le domaine du polar portugais. Faut-il en déduire qu’ils sont en petit nombre, ou bien que leur qualité ne leur permet pas de traverser les Pyrénées ? Quoiqu’il en soit, les éditions Agullo, dans leur rôle d’aller dénicher de nouveaux auteurs prometteurs, nous proposent le premier roman d’une série à venir.

En ce vendredi 3 juin, Marcelo Silva atterrit à Lisbonne en provenance de Berlin. Après avoir laissé derrière lui une carrière de journaliste, et le scandale de la Fondation, il a accepté le poste d’enquêteur dans un service de la répression des fraudes en lien avec les marchés financiers. Dès son arrivée, il décide d’aller voir le tout nouvel immeuble où il travaillera et d’apporter les innombrables paperasses nécessaires à l’Etat. Cela lui permettra de passer un week-end tranquille avant d’attaquer de bon pied dès le lundi suivant.

Peu avant qu’il arrive, José Manuel Paiva Melo, le Président de l’Autorité des Marchés Financiers éructe face à un jeune auditeur mettant en cause de nombreuses irrégularités dans la gestion de la Banco de Valor Global. Le dossier, dit-il, ne possède aucune preuve, n’est qu’un ramassis de rumeurs. Il ajoute qu’Antonio Carmona, son propriétaire, est un grand nom de la Finance Européenne et qu’il est un de ses amis proches.

Alors que Marcelo se balade tout le week-end dans Lisbonne, dont la façade parait immaculée pour les touristes, il se rend compte que son pays, le Portugal, en faillite, a sacrifié sa population pour dépendre de l’argent des vacanciers. Quand il déjeune avec son amie Margarida dans un restaurant de luxe, il assiste à une altercation entre Antonio Carmona et Avelino Simoes, ancien ministre de la justice et de l’intérieur, et numéro 2 de la BVG. Le lendemain, Antonio Carmona disparait.

Ne vous inquiétez pas si vous hésitez à propos de ce roman. L’auteur, qui sait parfaitement de quoi il parle, ne va pas nous noyer sous des notions financières incompréhensibles. D’ailleurs, ce roman se rapproche plus d’un roman policier, où Marcello Silva va mener son enquête sur la disparition du Président de la BVG, en même temps qu’il va découvrir ce monde de pourris.

Antonio Carmona a appliqué les préceptes de Madoff selon le principe de la pyramide de Ponzi. Je vous explique : Il créé une banque, et attire ses clients grâce à des rendements exceptionnels. En réalité, il se sert de l’argent des nouveaux clients pour payer les intérêts des anciens. Le problème survient quand le nombre de nouveaux clients diminue et que les dépenses dépassent les rentrées d’argent frais.

Mais le fond du roman n’est pas là. Miguel Szymanski préfère démonter tout le système mis en place autour de ces banques fictives, et nous montre comment les grandes banques nationales et internationales, les grandes entreprises et les états européens, sous couvert d’amitié de longue date, utilisent ces systèmes et couvrent les défaillances de paiement en cas de souci (le terme souci est soigneusement choisi pour ne pas être grossier).

Ce roman étant annoncé comme le premier d’une série, l’auteur met du temps à nous présenter la ville de Lisbonne, Marcello Silva son personnage principal, ainsi que ses amis. Marcello est un sacré personnage à l’humour vache, du genre cynisme méchant. Le grand plaisir passé à visiter Lisbonne, que j’ai tant aimé, compense une intrigue complexe et une narration parfois peu claire. Et après la dernière page, je me demande bien comment l’auteur peut rebondir, ce qui suscite une curiosité qui me fera lire le prochain opus.

La cour des mirages de Benjamin Dierstein

Editeur : Les Arènes – Equinox

Attention, Coup de cœur !

Après La sirène qui fume, après La défaite des idoles, voici donc le troisième tome de cette trilogie consacrée à la fin du Sarkozysme sur fond d’enquête policière au long cours sur la prostitution enfantine et les réseaux pédophiles. Le premier était très bon, le deuxième excellent, le troisième est fantastique, un véritable feu d’artifice. Autant vous prévenir tout de suite : par certaines scènes explicites, ce roman est dur et est à réserver à des lecteurs avertis.

Jeudi 13 juillet 2006. La foule se masse dans le métro de Rennes, après le feu d’artifice. Un homme arrive à séparer une jeune fille de 8 ans de son père, et lui fait rater l’arrêt où elle aurait pu rejoindre son père. Au terminus, il lui fait croire qu’elle pourra téléphoner à son père, dans la camionnette blanche là-bas. On ne l’a plus revue. Le capitaine Gabriel Prigent ne s’est jamais remis de la disparition de sa fille Juliette.

Dimanche 17 juin 2012. Les élections législatives donnent une majorité confortable au nouveau président de la république François Hollande. Même Claude Guéant est battu à Boulogne-Billancourt. La commandante Laurence Verhaegen se moque de ce cirque. Elle attend Michel Morroni, son ancien chef à la Brigade criminelle, qui est à la retraite. Elle veut faire payer à ce pourri les menaces qu’il a fait peser sur sa fille Océane. Après une courte promenade, il s’assoit sur un banc public. Elle s’approche et lui tire une balle dans la tête.

Lundi 25 juin 2012. Prigent a pris trente kilos lors de son séjour en hôpital psychiatrique et les dizaines de pilules qu’il devait ingurgiter par jour. Il est accueilli par Nadia Châtel, la commissaire, et ses collègues n’oublient pas son passé de collabo, quand il a donné ses collègues à l’IGPN. Si on lui autorise un poste, c’est parce qu’il apparait aux yeux du public comme un héros suite à l’affaire de la Sirène qui fume.

Lundi 2 juillet 2012. Séparée de son mari Fab, Verhaegen subit les humeurs d’Océane qui entre dans l’adolescence et lui mène la vie dure. Océane préférerait aller vivre avec son père et Nadine sa belle-mère. Du coté professionnel, Verhaegen est virée de la DCRI et obligée d’intégrer la Police Judiciaire car elle a été suivie quand elle a tué Morroni. Les policiers à la charge de Manuel Valls veulent une taupe à la Préfecture de Paris, pour être surs que rien ne se trame contre les nouveaux hommes au pouvoir. Verhaegen intègre le service de Nadia Châtel.

Samedi 7 juillet 2012. Jacques Guillot, un ancien cadre politique est retrouvé pendu chez lui. Stéphanie, sa femme a été tuée dans la chambre de la propriété, un sac en plastique sur la tête. On a massacré la tête de Valentin, le fils, avec un jouet métallique. Seule manque à l’appel Zoé, la fille de Guillot. Le groupe de la brigade criminelle est sous haute pression. Prigent va suivre la piste de l’argent car Guillot avait des difficultés d’argent ; Verhaegen quant à elle prend celle des réseaux pédophiles.

Sur un pavé de plus de 800 pages, je peux me permettre de faire un résumé un peu long, mais il est nécessaire de bien planter le décor. Il s’agit du troisième tome de la trilogie sur la chute du Sarkozysme et Benjamin Dierstein va prendre une cinquantaine de pages pour présenter le contexte et les personnages principaux, Gabriel Prigent rencontré dans La sirène qui fume et Laurence Verhaegen qui était présente dans La défaite des idoles. Si l’on peut lire ce roman indépendamment des autres, je vous conseille de commencer par les autres tant ces trois romans forment une unité rare.

Si le premier tome abordait la prostitution d’adolescentes et le lien avec des hommes politiques, et le deuxième les magouilles politiques pour détenir le pouvoir policier entre ses mains, ce roman relie ces deux thèmes en y ajoutant l’évasion fiscale et les transferts d’argent vers des paradis fiscaux et les réseaux pédophiles internationaux. Et si de nombreux personnages connus apparaissent dans ces romans, l’auteur assure que cette intrigue est totalement inventée. Aux premières places de ce monument, on trouve deux personnages de flics fissurés, cassés, en passe d’être broyés par la machine que représente l’Etat.

Deux flics nous racontent cette histoire en alternance. D’un côté, Gabriel Prigent qui sort d’une énième cure en hôpital psychiatrique, bourré de médicaments. Hanté par la disparition de sa fille dont il refuse la funeste issue, il poursuit son enquête en douce et se lance à corps perdu dans les liens financiers de Jacques Guillot, quand il découvre ses liens avec Marchand, un spécialiste de finance internationale. On a droit à une démonstration du travail génial de ce flic, entrecoupé de visions hallucinées, de voix qui le hantent dans des paragraphes longs où son obsession devient la nôtre.

De l’autre, Laurence Verhaegen, sous pression de toutes part, membre du syndicat Synergie-Officiers ancré à droite et obligée de travailler en tant que taupe pour le SNOP (Syndicat National des Officiers de Police) qui défend le nouveau pouvoir en place. Deux flics en perdition, deux tons dans la narration, deux fils d’enquête, deux pans sur l’horreur de notre société moderne. Quand elle est sur le devant de la scène, le style est plus haché, en particulier dans les scènes d’interrogatoires géniales et l’auteur arrive à nous imprégner du stress ressenti par cette flic.

Car outre les magouilles politicardes pour protéger les gens en place, Benjamin Dierstein nous dévoile l’horreur inimaginable que représentent les réseaux pédophiles et leur façon de manipuler des enfants dès le plus jeune âge. Il est juste impossible de ne pas réagir devant la façon dont il démontre ces organisations ignobles, impliquant des familles, des enfants rabatteurs et des hommes riches de tous bords profitant des enfants. Il utilise des images tenant en une phrase, souvent hachée, pour mieux nous faire ressentir l’infamie d’un polaroïd. Le cœur au bord des lèvres, la rage monte avec une envie de meurtre.

En même temps, ce mélange des genres fait naitre une sensation de révolte, où on s’aperçoit que pour protéger des gens immensément riches, au-dessus des lois, on se permet de laisser filer d’immondes assassins. Des flics, des juges, des procureurs, tout le monde est impliqué et fait passer avant tout la nécessité de détenir le pouvoir par le contrôle de la police et de la justice. On ressent la peur de la Gauche de se trouver déstabilisée par des enquêtes, en même temps qu’ils veulent faire tomber les sympathisants de la Droite. Un portrait effarant, édifiant, scandaleux de notre société corrompue jusqu’à la moelle. Et au bout de ce roman, à la toute fin, avec toute la tension accumulée, Benjamin Dierstein a réussi à me faire pleurer.

Mêlant la politique, la police, la justice à des affaires d’évasion fiscale et de réseaux pédophiles, le portrait que nous offre apparait édifiant et bien noir. Autant dans la forme que dans le fond, ce pavé de plus de 800 pages s’avale aussi facilement que la pilule est difficile à avaler. Il apparait effectivement bien difficile à distinguer le vrai du faux, tant Benjamin Dierstein nous dévoile des affaires qui ne peuvent que nous faire réagir et nous dégouter. Ce roman ressemble à un pavé dans la mare, un sacré monument, un grand roman noir sur notre époque, dont il ne faut pas avoir peur.

Coup de cœur, je vous dis !

LËD de Caryl Ferey

Editeur : Les Arènes – Equinox

Après la Nouvelle Zélande, l’Afrique du Sud, l’Argentine et le Chili, Caryl Ferey nous emmène dans des contrées tout aussi hostiles, à Norilsk, en Sibérie, l’une des villes les plus au Nord du cercle polaire, mais aussi l’une des villes les plus polluées.

Alors que la tempête se déchaine à l’extérieur, Gleb Berensky tient absolument à prendre une photo du jour qui se lève, chose rare que cette nuit pourpre. Dehors, il fait -64°C, les vents dépassent les 200 km/h. Laissant son compagnon Nikita au chaud, il grimpe les marches en direction du toit. En restant à l’abri de l’escalier, il devrait y arriver ; il aura tout juste deux minutes pour appuyer sur le bouton. Il aperçoit alors le toit d’un immeuble voisin emporté par la tornade, s’écrasant sur le corps d’un homme mort.

Boris et Anya Ivanov forment un couple disparate, lui ayant le double de l’âge de sa femme. Anya apprécie la gentillesse et l’honnêteté de son mari, bien qu’il ne soit pas beau. Lors de la visite chez le pneumologue, ils apprennent des nouvelles bien peu réjouissantes. La seule solution serait d’être acceptée dans un sanatorium sur le continent. De retour au bureau, Adrian Illitch charge Boris d’identifier le corps trouvé sous les décombres du toit. Sa seule piste réside dans les vêtements de la victime, en peaux de rennes, comme les éleveurs autochtones, les Nenets.

Boris commence son enquête par les habitants voisins de l’immeuble en ruine. Il fait la connaissance de Dasha, une costumière et Gleb, mineur de profession dont la passion est la photographie. Sur un blog, il reconnait la victime et l’auteur de la photo. Mais il ne peut que lui confirmer qu’il s’agit d’un Nenets. Il va lui falloir attendre plusieurs semaines avant de rencontrer la troupe d’éleveurs de rennes.

Caryl Ferey adopte le rythme de cette région du bout du monde, où l’Homme tente de survivre dans des conditions extrêmes. Tout ça pour prévenir que le rythme de ce roman policier est lent, et empreint d’une ambiance glaciale. Il insiste sur la météorologie et sur la façon dont les habitants vivent, nous immergeant ainsi dans une zone que je ne visiterai probablement jamais.

L’accent est mis sur les conditions de vie, ainsi que sur l’histoire de cette région, d’un aspect politique, économique et humain. Et comme pour chaque roman de Caryl Ferey, tout ceci est inséré dans l’intrigue, et devient tout de suite passionnant. Comment peut-on expliquer que des femmes et des hommes acceptent de vivre dans une ville bâtie sur un ancien goulag, n’aient pour seul espoir que de travailler dans les mines de Nickel dans une atmosphère létale, si ce n’est pour gagner de l’argent et partir loin vers des contrées plus accueillantes ?

Au-delà de Norilsk, Caryl Ferey nous parle aussi de la Russie, de son rêve de société égalitaire à une dictature corrompue, de consortiums entre les mains des dirigeants politiques à la suite de la chute du communisme, de Norilsk Nickel, société d’exploitation des mines de Nickel qui pollue l’air, tue ses mineurs mais en tire des sommes astronomiques pour les hommes du pouvoir de Moscou.

Encore une fois, Caryl Ferey nous offre un roman à hauteur d’hommes (et de femmes) et ne montre jamais d’émotions, se contentant de faire son travail de témoin et d’écrivain, déroulant son intrigue d’une façon remarquable pour arriver à une conclusion forcément noire. La grosse différence dans ce roman, par rapport aux précédents, c’est l’écriture de Caryl Ferey, qui a muri, qui est portée par une assurance tranquille, nous permettant de nous plonger dans ce décor infernal. LËD est le roman le plus abouti, le mieux écrit par l’auteur.

Le carnaval des ombres de Roger Jon Ellory

Editeur : Sonatine

Traducteur : Fabrice Pointeau

Roger Jon Ellory fait partie des auteurs incontournables dans le paysage du polar, situant ses intrigues aux Etats-Unis et présentant à chaque fois des personnages complexes et des sujets toujours très intéressants. Ce dernier roman en date risque de surprendre son lectorat, par son aura mystérieuse.

1958. Le corps d’un homme a été découvert sous le manège d’un cirque ambulant à Seneca Falls. L’agent spécial superviseur du FBI Tom Bishop confie cette enquête à Michael Travis, et le nomme pour l’occasion agent spécial sénior. Il devra se rendre sur place en solo, ce qui est inhabituel, et déterminer s’il s’agit d’un meurtre local donc de la responsabilité du shérif ou d’un crime fédéral.

Arrivé sur place, Travis fait la connaissance du shérif Charles Rourke. Ce dernier lui assure qu’il fera tout ce qui est en pouvoir pour l’aider, ce qui veut dire qu’il veut se débarrasser d’une enquête qui vient troubler la quiétude de cette petite ville. Rourke ne lui cache pas que l’arrivée du Carnaval Diablo, mené par Edgar Doyle, avec ses magiciens, ses géants et ses membres difformes gêne la tranquillité des habitants.

A la morgue, l’examen du corps ne lui apprend rien de plus : l’homme a été tué ailleurs et son corps glissé sous un manège tournant. Une lame l’a poignardé à l’arrière de la tête. Le corps comporte un nombre impressionnant de vieilles blessures ce qui laisse penser à un membre de gangs ou un soldat. Sur l’arrière du genou, Travis remarque un tatouage en forme de point d’interrogation inversé.

On pourrait penser à un simple roman policier, à la lecture de ce bref résumé qui parcourt les premières dizaines de pages. Puis, quand on entend parler de monstres exhibés dans un cirque, on se dit qu’on va avoir droit à un défilé de Freaks. En fait, le roman aborde plusieurs thèmes, beaucoup de thèmes qui vont bien au-delà du rejet de la population envers des gens différents.

Le personnage principal est remarquablement bien construit. Son passé montre un enfant issu d’une famille violente, son père alcoolique battant sa mère. Un jour, celle-ci tue le père et se livre aux autorités. Travis va alors aller dans une maison de correction avant d’être adopté par sa tante. Il recevra une éducation lui inculquant de suivre les règles, de ne pas sortir des limites qu’on lui a fixées.

Et le Carnaval Diablo va faire voler en éclats ce qu’il considère comme acquis et ce que lui demande son travail au FBI. Sortir des règles et dénicher ce qui se cache derrière les apparences lui permettra de découvrir l’identité du mort mais aussi des exactions du FBI et de la CIA, en particulier l’Opération Paperclip, à la fin de la 2ème guerre mondiale, consistant à récupérer les scientifiques nazis. J’ai trouvé remarquable la façon dont l’auteur nous oppose un esprit matérialiste et cartésien avec l’irrationnel des membres du cirque.

A tout cela, il faut rajouter, et c’est ce que j’ai préféré, une ambiance mystérieuse, où on voit Travis perdu dans ses convictions, dans une affaire, qui, au fur et à mesure de son avancement, va devenir obscure. Les artistes bizarres du cirque vont ajouter une aura brouillardeuse à des événements étranges tels que la disparition du corps et l’accumulation de mystères ou même la possibilité de lire les pensées d’autrui.

La plume de Roger Jon Ellory s’avère toujours aussi hypnotique (et la traduction lui rend un formidable hommage), même si j’y ai trouvé des moments longuets où l’auteur en rajoute. Et le fait qu’il multiplie les thèmes donne une impression qu’il ne sait pas où il veut nous emmener. Décidément, ce roman détonne par rapport aux précédents opus de l’auteur et on passe un bon moment à parcourir ce pavé de plus de 600 pages.

La sirène qui fume de Benjamin Dierstein

Editeur : Nouveau Monde (Grand format) ; Points (Format Poche)

Benjamin Dierstein a décidé de consacrer une trilogie aux années 2010, celles qui ont vu la défaite de Nicolas Sarkozy, dont deux tomes sont déjà parus. J’avais adoré le deuxième (La défaite des idoles) … eh oui, je les ai lus dans le désordre … et j’ai donc décidé de revenir en arrière avec La sirène qui fume.

Dimanche 13 mars 2011. Une Renault Espace est garée devant le Bunny Bar. La conductrice fait un signe à une jeune femme qui en sort. Elles se rejoignent et prennent la direction de la place de Clichy. Une BMW les suit. Elles se garent sur un parking de Saint Ouen. Le conducteur de la BMW empoigne un Ruger et se dirige vers la Renault. Arrivé à la porte, il tue les deux jeunes femmes de sang froid.

Samedi 19 mars 2011. Le lieutenant Christian Kertesz se traine à son bureau de la Brigade de Répression du Proxénétisme. Il se désintéresse des déclarations de viol du week-end, et rentre chez lui. Au milieu des vapeurs d’alcool médicamenteux, il entend son voisin frapper sa femme et débarquent chez eux, armé de son Sig Sauer. Le coup de téléphone d’un de ses amis corses lui demande de rendre un service : retrouver Clothilde, la fille du sénateur Edouard Le Maréchal. Cette affaire peut lui permettre de rembourser une partie de sa dette de plusieurs millions d’euros envers la mafia corse.

Lundi 28 mars 2011. Le capitaine Gabriel Prigent n’a pas encore terminé de déballer ses cartons avec sa femme Isabelle. Il arrive de Rennes et sent bien que sa fille de 15 ans, Elise, le déteste. Accueilli par la commissaire Nadia Chatel de la Brigade Criminelle, il fera équipe avec la brigadier Nesrine Bensaada pour l’exécution dans un parking de Saint-Ouen. Mais ses collègues le regardent de travers ; ils n’oublient pas qu’il a dénoncé ses collègues à al police des polices.

Même s’il s’est passé un an et demi entre ma lecture de La défaite des idoles et celui-ci, je n’ai rien oublié de l’histoire ni du style de l’auteur. Je savais donc ce à quoi je devais m’attendre, et je n’ai pas été déçu. Ces deux personnages de flic qui entament leur descente aux enfers sont juste inoubliables dans leurs excès, leurs obsessions, leurs cicatrices ouvertes et leur passé qui les hantent ; deux hommes solitaires courant après une solution non pas en guise de rédemption mais en guise de course vers un idéal inatteignable.

Outre le contexte très fortement policier et formidablement bien décrit, on y découvre l’ampleur de la guerre des services de police, chacun gardant ses informations pour soi. On y découvre aussi des femmes et des hommes prêts à tout, obligés d’affronter le pire. Le fait que Prigent et Kertesz enquêtent séparément dans deux enquêtes qui vont se rejoindre se révélera plus anecdotique, tant l’aura de ces deux-là emplit tout l’espace.

On se retrouve aussi en plein contexte politique bouillonnant : la course aux élections présidentielles bat son plein, la gauche semblant pouvoir l’emporter grâce à son « champion » DSK, avant que la célèbre affaire n’éclate à New-York. L’auteur en dit d’ailleurs dans une interview que ces trois années ont été les plus importantes pour la France et que c’est pour cela qu’il veut y consacrer une trilogie.

L’ambiance, les décors, les personnages nagent donc dans un univers glauque, à base de prostitution infantile et déroule une enquête où tout le monde est impliqué et doit arranger la vérité pour sauver sa peau (ou son poste). Et cela donne un premier roman impressionnant, qui amoncelle les scènes comme on entasse les morceaux de cadavres, c’est violent, dur, aidé par une plume acerbe, rapide, hachée qui donne un rythme infernal à la lecture. On n’a pas envie de lâcher ce roman, et le plaisir qu’il procure nous rendra indulgent quant à certaines scènes de la fin du livre, quelque peu excessives. Vivement le troisième !

City of windows de Robert Pobi

Editeur : Les Arènes / Equinox (Grand Format) ; Points (Format poche)

Traductrice : Mathilde Helleu

J’étais passé à coté lors de sa sortie en grand format, ne trouvant pas le temps de l’ouvrir. Sa sortie en format poche est l’occasion pour moi d’effectuer une séance de rattrapage pour cet excellent thriller.

19 décembre, New York. Nimi Olsen tente de traverser la 42ème rue en dehors des passages réservés pour les piétons. Par chance, une bonne âme lui fait signe de passer et elle le remercie d’un simple sourire. A ce moment-là, le pare-brise éclate et la tête de l’homme au volant disparait. Puis, le coup de feu retentit. Par un pur reflexe, le corps appuie sur l’accélérateur et la voiture bondit en avant. Le bilan se monte à deux morts.

Alors qu’il termine son cours de licence à l’université de Columbia, le docteur Lucas Page souhaite de joyeuses fêtes de Noël aux étudiants puis rejoint son secrétariat, balayant rapidement les nombreux messages reçus dans la journée. Sur la télévision branchée sur CNN, il assiste à un compte-rendu de l’assassinat qui vient de survenir, mais préfère l’ignorer volontairement.

Lucas Page a perdu une jambe, un bras et un œil dans une précédente enquête pour le FBI. Il a refait sa vie avec Erin, qui l’a soigné. Ils forment une famille unie avec les enfants estropiés qu’ils adoptent. Quand l’agent spécial Brett Kehoe sonne à la porte, Lucas Page sait qu’il est le seul à pouvoir les aider à trouver d’où a été tiré le coup de feu, grâce à son génie mathématique. Il accepte contre l’opinion d’Erin, et fera équipe avec l’agent spécial Whitaker. Et la série de meurtres ne fait que commencer.

Pour l’introduction d’un nouveau personnage, Robert Pobi en a choisi un avec de nombreux handicaps, mais il lui a surtout concocté un caractère bien particulier basé essentiellement sur un humour ravageur, fortement cynique. L’auteur y ajoute de bons sentiments avec sa vie de famille et le fait qu’ils aient décidé d’adopter des enfants estropiés. N’en jetez plus : ce personnage là, on l’adopte et pour longtemps.

Robert Pobi fait montre d’un beau savoir faire, à la fois dans la conduction de son intrigue mais aussi dans la construction de son intrigue, écrite sur la base de chapitres courts. Il nous montre un sacré talent dans la description de scènes d’action ; j’en veux la scène où un groupuscule investit sa maison, où on se retrouve à dévorer une trentaine de pages sans prendre le temps de respirer.

Et puis, Robert Pobi nous présente son avis, au travers de ce personnage qui a acquis une grande lucidité sur le monde qui nous entoure. Il nous donne son avis sur les lobbyistes de tout poil, les défenseurs des possesseurs d’armes à feu, le racisme de tout poil mais aussi les préjugés de la police, les journalistes et les politiciens si prompts à désigner des boucs émissaires pour le peuple. Voilà un excellent thriller qui donne envie de poursuivre l’aventure avec Lucas Page.

Leur âme au diable de Marin Ledun

Editeur : Gallimard – Série Noire

Dans son dernier roman, Marin Ledun, après un intermède comique avec Rose, revient à son genre de prédilection et la critique de notre société. Avec Leur âme au Diable, il s’attaque aux cigarettiers et à leurs trafics.

La Havre, 28 juillet 1986. Deux camions citernes pleins d’ammoniac sont arrêtés, et les conducteurs kidnappés et enfermés dans un coffre de Renault 9. Le convoi se dirige vers une carrière désaffectée. Ils transfèrent le produit dans d’autres camions. Quand ils ouvrent le coffre, un des conducteurs arrive à prendre la fuite, l’autre est mort d’hémorragie cérébrale. Anton Muller, l’instigateur, abat ses complices et met le feu aux camions.

Muller sait où habite le fuyard : Guérin habite avec Hélène, et il se rend compte que c’est elle qui a fourni les itinéraires des camions. Muller appelle son commanditaire, David Bartels, à la tête d’une société de communication, qui le rejoint un peu plus tard pour l’exécution en règle. Bartels et Muller sont unis surtout pour le pire. Quant à Muller, il rejoint son amante Hélène pour lui annoncer la mort de son mari. Il lui laisse la vie sauve.

David Bartels, à la tête de Fox and Reynolds Consulting, est chargé de fluidifier les circuits d’argent pour le compte des grands cigarettiers, et en particulier European G. Tobacco. Il prend à son compte l’aspect marketing et la visibilité des marques de cigarettes dans les grands événements sportifs. A cette occasion, il rencontre Sophie Calder, dite Valentina et lui propose de créer une boite d’escort-girls qui devra fournir des femmes mais aussi espionner les personnes influentes gravitant autour du tabac.

Simon Nora est flic à la Brigade Financière. Sa première mission est de contrôler les comptes de l’industrie du tabac, pour sa faculté à ne pas lâcher un os à ronger. La plainte sur laquelle il enquête émane de la société Yara contre la SEITA pour un chargement d’ammoniac non payé. En fait, il s’aperçoit que plusieurs convois ont été braqués en quelques années.

Patrick Brun est chargé d’enquêter sur la disparition d’Hélène Thomas. Ses parents n’ont plus eu de contacts avec elle depuis le début de l’été. Elle était apprentie dans une grosse entreprise nommée Yara et n’a plus donné de signe de vie brutalement. Tout ce qu’ils savent, c’est qu’Hélène aurait arrêté ses études et serait partie avec un dénommé Stéphane. Ils jugent qu’il a une mauvaise influence sur elle, mais le fait qu’elle soir majeure fait qu’ils attendu longtemps avant de s’inquiéter et de contacter la police.

J’ai lu quelque part que Marin Ledun avait mis quatre années pour réunir toute la documentation qui va nourrir ce roman. Quatre années pour évoquer vingt années d’exactions et de trafics de la part des cigarettiers. Vous n’avez aucune idée de ce que l’industrie du tabac a mis en place, et ce que Marin Ledun est probablement encore en dessous de la vérité.

Mais il fallait bien présenter tout cela sous la forme d’un roman noir ou policier. L’auteur alterne entre roman et reportage et donc,nous construit quatre personnages principaux, ou devrais-je dire deux (Bartels et Nora) autour desquels viennent graviter des personnages secondaires venant prendre le devant de la scène. Plutôt que d’avoir à faire avec un duel entre deux personnes, c’est plutôt un combat entre deux factions, les cigarettiers d’un coté, la police de l’autre.

Ce que décrit Marin Ledun est tout simplement hallucinant et la toile d’araignée qu’il tisse fait appel à notre mémoire, ce qui nous oblige à constater qu’il y a beaucoup d’éléments véridiques dans ce récit. Il montre comment cette industrie va s’organiser en termes de marketing, de trafics, de corruptions et de meurtres pour faire en sorte que les usines tournent à plein régime et que les lois sur la limitation de la consommation de cigarettes soient ralenties, voire reportées.

Marin Ledun déploie toute sa passion pour son sujet, tout son talent pour nous faire vivre presque une dizaine de personnages, toute son imagination pour créer des situations et des événements en les étayant de bulletins d’informations. Le style est direct, sans concession, sans émotions, journalistique et cela convient parfaitement au genre. Il faut que vous lisiez ce roman pour comprendre comment vous avez été programmé à votre insu avant d’allumer votre prochaine cigarette. Effarant !

Secrets en sourdine de Muriel Mourgue

Editeur : Ex-Aequo éditions

Parmi les romans de Muriel Mourgue, on y trouve deux cycles différents. Angie Werther qui est une agent secret française dans un monde futuriste proche et Thelma Vermont qui est une détective privée new-yorkaise dans les années 60. Ce roman nous propose de revenir en automne 1960 avec Thelma Vermont.

En cette fin d’année 1960, tout le monde est en effervescence avec les élections présidentielles à venir, et le duel entre John Fitzgerald Kennedy et Richard Nixon. Surtout, JFK apporte avec lui un espoir que la société change dans le bon sens. Thelma Vermont inaugure ses nouveaux bureaux de Sullivan Street, dans Manhattan et les affaires sont florissantes, essentiellement pour démontrer qu’un homme ou une femme trompe sa femme ou son mari.

Thelma traine ses souvenirs, ne retenant que les drames qui ont parsemé son passé. De la guerre où elle fut secrétaire d’un gradé militaire, elle peine à surmonter la mort de ses parents et la perte de James, un pilote anglais qui fut l’amour de sa vie, et la mort de Leroy un pianiste de jazz abattu lors d’un règlement de comptes. Alors, elle se console en écoutant les chansons de Dana Raise.

Rien de tel que le travail pour oublier ses malheurs ! Barbara Ceder débarque dans son bureau pour engager Thelma. Son mari Curtis a disparu depuis plusieurs jours et la police ne prend pas au sérieux cette affaire. Ils supposent une affaire de couple en perdition. Barbara est infirmière à temps partiel, alors que Curtis travaille dans une entreprise de publicité, avec grand succès. Son engagement dans la campagne électorale de JFK lui laisse peu de temps, mais leur couple est solide. Thelma va donc commencer par l’environnement professionnel, puis familial avant que le FBI ne débarque et ne rebatte les cartes.

Si vous n’avez pas lu les autres enquêtes de Thelma Vermont, cela n’a aucune importance. Vous pouvez parfaitement commencer par celle-ci sans vous sentir perdu. Des deux personnages récurrents que Muriel Mourgue fait vivre sous sa plume, Thelma a mes faveurs tant le rythme jazzy de l’écriture, toute en douceur et l’ambiance années 60 sont subtilement rendus par petites touches.

L’œuvre de Muriel Mourgue comporte plus d’une dizaine de romans et nouvelles, et à chaque fois, j’apprécie son écriture fluide et sans esbroufe et sa façon de construire ses intrigues en respectant les codes du roman policier. Elle nous offre une trame pleine de fausses pistes tout en décrivant des sujets de société qui, malheureusement, n’ont pas changé. Cette enquête est une nouvelle fois une belle réussite et s’adresse à tous ceux qui sont à la recherche d’intrigues rigoureuses.