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La vallée de Bernard Minier

Editeur : XO éditions

Bernard Minier reprend son personnage récurrent le commandant Martin Servaz, après Glacé, Le cercle, N’éteins pas la lumière, Nuit et Sœurs. Je ne peux que vous conseiller de lire ces romans précédents avant d’attaquer celui-ci qui semble former une conclusion au cycle consacré à Marianne. Pour ceux qui ne les auraient pas lus, je vous conseille de ne pas lire mon résumé.

Martin Servaz vient d’être suspendu et rétrogradé au grade de capitaine suite à son affaire précédente. Il n’a donc plus ni insigne ni arme. Il attend son jugement au tribunal pénal puis sa sanction au conseil de discipline de la police. A cinquante ans, fréquentant le docteur Léa Delambre qui a 7 ans de moins que lui, en charge de son fils Gustav qu’il vient de découvrir, il se sent vieux, trop vieux.

La France vit au rythme de la Coupe de Monde de Football 2018, où la France poursuit son parcours. Gustav, l’enfant de Marianne, qui a été élevé par le tueur en série Julian Hirtmann, est maintenant hors de danger après son opération du foie. Il s’ouvre petit à petit mais c’est Martin qui s’inquiète de plus en plus, même si Hirtmann est détenu dans la prison 5 étoiles de Leoben en Autriche. Cette nuit-là, le téléphone sonne en pleine nuit. La voix de Marianne lui demande de le rejoindre, car elle est en danger.

Marianne lui annonce qu’elle s’est évadée, et qu’elle est dans les Pyrénées, proche d’un cloître. A la brève description des lieux, il reconnait l’abbaye d’Aiguesvives. La conversation se coupe, elle semble en danger. Il décide de partir sur le champ, est reçu par le Père Adriel. La battue qu’ils organisent pour retrouver Marianne ne donne rien, Le lendemain, il se rend à la gendarmerie et retrouve la capitaine Irène Ziegler, qu’il a rencontré 8 ans auparavant. Elle lui apprend qu’une série de meurtres est en cours à Aiguesvives.

Comme je le disais, ce roman semble clore un cycle que j’appellerai le cycle de Marianne, et cela ne vous dévoilera en rien ni l’intrigue, ni son dénouement. D’ailleurs je suis curieux de voir comment Bernard Minier va rebondir et redonner un second souffle aux enquêtes de Martin Servaz. Je parle de second souffle, car ce roman est une sacrée épreuve pour le lecteur, tant il est obligé de retenir son souffle pendant plus de 500 pages.

J’ai trouvé dans ce roman beaucoup de similitudes avec ses deux premiers romans, outre les présences de Marianne et la menace de Julian Hirtmann. Les décors sont aussi majestueux qu’ils sont menaçants, dans un village encastré dans les montagnes, inondées de brume à l’image de Martin Servaz, pris dans une enquête et en proie à ses doutes personnels et à son urgence.

J’ai trouvé dans ce roman une tension constante, un suspense haletant, beaucoup de fausses pistes démontrant toute la maîtrise et l’art de cet auteur que je suis depuis ses débuts. Une fois que vous avez commencé les premières pages, vous ne pourrez plus le lâcher, je vous le garantis. Et puis, Bernard Minier évite les descriptions gore qui auraient desservi l’intrigue, et son message.

Car derrière ce roman policier exemplaire, où il est bien difficile de trouver un point faible, on y trouve plusieurs dénonciations, dont la façon dont est vue et maltraitée la police, leur mal-être, mais aussi la difficulté des relations entre parents et enfants, et enfin cette nouvelle plaie qui s’appelle la manipulation par Internet via les tablettes ou les jeux en ligne. Une nouvelle fois, la démonstration, remarquablement bien menée, ayant pour point central un personnage de pédopsychiatre féminin d’une dureté incroyable, est exemplaire. Bernard Minier démontre encore une fois qu’il a des choses à dire.

Alors, oui, je suis fan de cet auteur et ce billet doit être lu dans ce sens. Et puis, cerise sur le gâteau, il introduit des vers de Patrick Steven Morrissey, dont je suis fan à vie, qui sait si bien dire les sensations de malaise, les impressions d’être seul contre tous. C’est simple, prenez une chanson, n’importe laquelle, lisez un vers et vous trouverez une impression que vous aurez ressentie. Alors oui, ce roman doit faire partie de vos lectures estivales, sans aucune restriction.

L’affaire de la belle évaporée de J.J.Murphy

Editeur : Baker Street

Traducteur : Yves Sarda

Un petit tour dans les Etats Unis des années 20, ça vous tente ? Et en bonne compagnie, s’il vous plait. J’ai nommé Dorothy Parker, célèbre poète et scénariste américaine, connue pour son humour caustique, ses mots d’esprit et le regard acéré qu’elle porta sur la société urbaine du XXème siècle. (Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

En compagnie de ses fidèles amis, Woollcott et Benchley, Dorothy Parker fête le nouvel an à l’hôtel Algonquin. La grande star de théâtre et de cinéma, Douglas Fairbanks, y organise une réception dans sa luxueuse suite. Alors que la soirée bat son plein, l’un des invités, le Docteur Hurst, annonce qu’un cas de variole vient d’être détecté, et l’hôtel est mis en quarantaine. Le cauchemar ne s’arrête pas là : quelques heures après le début des festivités, Bibi Bibelot, l’extravagante vedette de Broadway, est retrouvée sans vie dans un bain de champagne.

Dans une course contre la montre, Dorothy va mener l’enquête, épaulée par Sir Conan Doyle, le célèbre créateur de Sherlock Holmes. Une investigation à huis clos, où personnages réels et fictifs se croisent et se recroisent. D’un étage à l’autre, questions, dilemmes et révélations s’enchaînent et s’entrechoquent, alors que le meurtrier, lui, continue à échapper aux membres du Cercle Vicieux.

Mon avis :

Ce roman est le deuxième de la série de la Table Ronde, dont le premier se nomme Le cercle des plumes assassines et vient de sortir en poche chez Folio. Il n’est pas utile de lire le premier tome pour suivre cette enquête, les personnages étant suffisamment décrits et l’auteur nous évitant des rappels qui auraient alourdi le propos. Et, pour ma part, comme cela se passe dans la nuit de la Saint Sylvestre, je l’ai lu à la fin de l’année dernière, pour rester dans une ambiance festive.

Il n’y a pas de volonté, de la part de l’auteur de faire un roman à message, mais uniquement de livrer un divertissement fort drôle. Nous avons affaire à un huis-clos, dans la plus pure tradition du roman policier à énigmes, et si le titre peut sembler mystérieux, sachez que la Belle Evaporée, à savoir Bibi Bibelot, va mourir et son corps va disparaitre … Désolé de vous enlever une partie du mystère …

En guise de huis-clos, l’essentiel de l’intrigue va se dérouler entre la suite de Douglas Fairbanks, une autre suite quelques étages plus bas, l’entrée de l’hôtel Algonquin et ses sous-sols. On aurait pu penser que, l’hôtel étant plein, nous aurions droit à des dizaines de suspects. Nous n’en aurons qu’une bonne dizaine parsemés dans l’hôtel ce qui est déjà pas mal. Il est d’ailleurs amusant de rencontrer Sir Arthur Conan Doyle (qui ne tient pas la place de vedette d’ailleurs) ou Harpo Marx qui nous donne droit à des répliques cinglantes.

A la lecture de ce roman, on pense évidemment à Agatha Christie et la comparaison va en faveur de la Grande Dame. L’intrigue avance avec ses nombreux dialogues souvent drôles, et à des situations humoristiques. Mais la psychologie des personnages qui devrait nous mener au coupable est quelque peu absente et la solution arrive avec des révélations qui m’ont semblé pas toujours justifiées par la déduction. Et puis, j’ai trouvé certains passages un peu longuets même s’ils donnent souvent lieu à des bons mots et des dialogues fort drôles.

Bref, c’est un roman fort divertissant, qui arrive tout de même, et c’est un coup de force, à ne pas nous perdre avec les dizaines de personnages et à nous amuser pendant les 320 pages de cette énigme. Il est à noter qu’en fin de roman, l’auteur nous donne des aspects de ses personnages, rectifiant la part vraie de celle inventée par son esprit créatif. Si vous voulez passer du bon temps, sans vous prendre la tête, ce roman est pour vous.

De force de Karine Giebel

Editeur : Belfond

Karine Giebel change de boutique et passe de Fleuve Editions à Belfond. Pour autant, je retrouve toutes les qualités que j’aime chez cette auteure à savoir un thriller psychologique passionnant.

Maud Reynier promène son chien Charly aux abords de la propriété familiale, sur les hauteurs de Grasse. C’est la fin de journée et la luminosité baisse lentement. Un homme de grande taille l’aborde. Il connait son nom, semble même tout connaitre d’elle. Puis il devient agressif, assomme le chien. Il s’apprête même à la violer, quand un jogger s’arrête, se bat avec le colosse et arrive à le mettre en fuite.

L’homme providentiel, le sauveur, s’appelle Luc Garnier. Et par chance, il est gardien de sécurité dans un musée. Il raccompagne Maud chez elle et découvre qu’elle est la fille du célèbre chirurgien Armand Reynier, propriétaire de sa propre clinique, remarié avec une jeune femme Charlotte. Ce dernier lui propose de l’argent que Luc va refuser. Il n’a pas fait cela pour le fric, mais parce que son métier, c’est garde du corps.

Quelques jours plus tard, Armand Reynier reçoit une lettre de menace. Ayant peur pour sa fille, il contacte aussitôt Luc et lui demande de protéger sa fille. Luc lui demande de contacter la police, ce qu’Armand refuse catégoriquement. Luc est donc engagé à plein temps, et fait la connaissance de la cuisinière Amanda et du jardinier. Quand les menaces se font de plus en plus précises et que les sentiments s’en mêlent, la situation devient très rapidement compliquée et difficilement contrôlable.

J’avais déjà beaucoup aimé Le purgatoire des innocents, et j’ai entamé cette lecture en étant sur de passer un bon moment de lecture. Car Karine Giebel n’est pas n’importe qui, et est capable de construire une intrigue basée sur des psychologies de personnages fortes. Ce roman ne fait pas exception à la règle. On part d’une idée simple, classique, déjà traitée de nombreuses fois par le passé. On enferme tout ce joli monde dans une propriété. On dévoile petit à petit la psychologie des personnages, en parsemant de ci de là quelques rebondissements, jusqu’à un final … surprenant.

Si je trouve que ce roman n’est pas le meilleur de l’auteure, je dois dire qu’il est très agréable à lire, que c’est du très bon divertissement, et que, une fois de plus, on se laisse prendre au jeu, car j’ai l’impression que Karine Giebel joue avec ses lecteurs et que c’est une des raisons pour lesquelles elle a tant de succès (mérité). J’ajouterai juste qu’il y a beaucoup de dialogues, et que cela m’a donné l’impression que le roman aurait gagné en puissance et en efficacité avec quelques pages en moins.

Ceci dit, il est indéniable que c’est un roman maitrisé de A à Z et que c’est toujours un plaisir de se laisser emmener dans des histoires fouillées et étouffantes, un bon divertissement pour cet été, en somme.

 

Train d’enfer de Jérémy Bouquin (Wartberg)

Cela fait un certain temps que j’essaie de suivre les publications de Jérémy Bouquin. Je dis que j’essaie, car c’est un auteur prolifique. Pour autant, je n’ai jamais été déçu par ce qu’il écrit, et c’est encore le cas avec ce voyage dans un train d’enfer.

Abel Jackal est un détective privé ultra select. En fait, personne ne le connait, il n’est répertorié nulle part, et n’est jamais connecté à Internet. Il utilise de faux papier, des téléphones jetables, et prend en charge des enquêtes sensibles, grâce à un bouche-à-oreille sans faille et efficace. Il faut dire qu’Abel Jackal ne connait pas l’échec. Sa dernière affaire en date va pourtant lui donner du fil à retordre …

Abel Jackal vient de boucler une affaire et amène donc son salaire (en liquide) à un propriétaire de boite de nuit, vers Toulon, spécialiste de blanchiment en tous genre. Ils se connaissent et se font confiance. Quand le patron d’une start-up l’appelle, c’est pour lui demander de filer son responsable commercial et de démontrer qu’il vole des données de son entreprise. Il faut dire que cette start-up gère des transfert de données ultra-confidentielles, venant même de l’état lui-même.

Abel Jackal va donc suivre pendant plusieurs semaines Christophe Sellard, sans rien trouver. Il semblerait que ce dernier ne vive que pour sa boite, étant célibataire et ne sortant jamais. Il prend le TER entre Tours et Blois toujours tôt le matin et tard le soir. Alors que rien ne laissait présager un quelconque rebondissement, le train s’arrête en pleine campagne, victime d’une panne d’électricité. Abel Jackal n’est pas au bout de ses surprises !

Ce roman (j’allais dire ce Bouquin !) est l’illustration même du pourquoi j’adore cet auteur. Il n’est pas besoin de passer des pages et des pages pour présenter un personnage. Jérémy Bouquin nous démontre qu’avec une ou deux scènes, des phrases courtes qui percutent, quelques réactions qui remplacent de longues descriptions suffisent à brosser la psychologie d’un personnage.

Outre un premier chapitre dont on comprend difficilement l’intérêt, on entre tout de suite dans le vif du sujet. Le style est vif, acéré mais pour autant, l’auteur prend le temps d’installer son intrigue proprement dite, puisque celle-ci ne démarrera qu’une cinquantaine de pages plus loin. Par contre, les scènes sont génialement mises en valeur, et Abel Jackal un personnage incroyable. En fait, dans notre monde fliqué où nos moindres gestes sont suivis, lui passe au travers des mailles du filet en utilisant la technologie mise à sa disposition : Une belle résistance à ce système, en somme.

Et puis, à partir de ce voyage en TER, l’intrigue bascule. A partir de là, Jérémy Bouquin va nous surprendre avec de grands coups de théâtre. Et comme on est pris par Jackal, on marche à fond. Ça va toujours aussi vite, sauf que ça fait de plus en plus mal. Ce passage dans le TER, qui prend une moitié du livre est angoissant au possible, tout en étant parfaitement maitrisé. Puis, le ton change à nouveau, on a droit à quelques petites surprises avant la conclusion magistrale.

Clairement, avec ce livre, Jérémy Bouquin nous montre l’étendue de son talent, capable de nous angoisser dans un huis clos infernal et violent, à l’aise dans les dialogues intimistes de la suite, et il nous épate avec l’imagination dont il est capable pour nous offrir autant de rebondissements en aussi peu de pages. J’adore ce roman, j’adore cet auteur. Je souhaite que vous l’adoriez aussi.

Un vent de cendres de Sandrine Colette (Denoel)

Après le magistral Des nœuds d’acier, Grand prix de la littérature policière 2013, la lecture du deuxième roman de Sandrine Colette est pour moi une obligation en même temps qu’une curiosité. Et en effet, il est très différent.

Andreas, Octave et Laure sont trois jeunes gens qui reviennent d’un mariage tard dans la nuit. L’ambiance est festive dans la voiture, quand ils aperçoivent devant Matthieu et Aude dans leur Peugeot. Andreas enfonce l’accélérateur de la Mercedes et Laure détache sa ceinture de sécurité pour leur faire signe par le toit ouvrant. Ils n’ont pas vu le camion loin devant eux qui perd son chargement de poutres métalliques. L’accident, à cette vitesse, est inévitable et Laure perd la vie décapitée.

Dix années plus tard, dans leur propriété de Champagne, l’heure des vendanges a sonné. Les travailleurs saisonniers débarquent, et parmi eux deux jeunes gens, Malo et Camille. Malo est un impulsif, n’hésitant pas à monter sur ses grands chevaux dès que le ton monte. Camille est plus jeune, plus pure, plus innocente, plus calme et très belle avec sa chevelure blonde envoutante.

De jour en jour, l’ambiance est bonne malgré la fatigue de la cueillette. Octave, le propriétaire, défiguré par l’accident de voiture, est fasciné par la beauté de Camille et sa ressemblance avec Laure. Malo voit cet attrait malsain d’un mauvais œil, et il se dispute avec Camille, jusqu’à ce qu’à l’aube du troisième jour, il disparaisse sans laisser de message, ni de trace. Camille est partagée entre inquiétude pour Malo et fascination pour Octave.

La scène d’ouverture est terrible, et on retrouve toutes les raisons pour lesquelles on aime Sandrine Colette, cette faculté de rentrer dans la tête des gens, de décrire leur psychologie de façon si simple, juste en trouvant les mots justes, visuels et parfaits. D’une soirée qui aurait du se poursuivre si gaiement, on plonge dans l’horreur, avec ce corps crachant ses litres de sang au milieu d’un paysage vert de printemps.

Changement de décor. Jour 1 : les jeunes gens qui veulent se faire un peu d’argent de poche à la sueur de leur front débarquent dans cette propriété riche de champagne. Là encore, inutile de s’attarder sur les paysages, ou les personnages, leurs paroles, leurs faits et gestes parlent pour eux. Et puis, la présence du propriétaire, mystérieuse, étend son spectre sur les soirées, sans qu’on le voie.

Petit à petit, le mystère va faire place à un personnage brisé, cassé, défiguré, dont on n’a pas peur tant il est touchant, boitant sur sa canne. Mais petit à petit, certaines scènes sèment le doute, les regards entre Octave et Camille se font lourd, et la menace pèse. Seul Malo la sent. Pour le lecteur, c’est le conte de la Belle et la Bête que Sandrine Colette nous réécrit à sa manière. Mais pas pour longtemps … Malo disparait.

Le stress monte d’un cran, en même temps que cette relation étrange, et on balance entre féérie et horreur, car dans un conte, les deux sont forcément liés. Et la tension monte jusqu’à l’apothéose des deux derniers chapitres. En cela, ce roman est proche Des nœuds d’acier mais aussi tellement éloigné. Car il ne se passe rien, mais le lecteur se pose plein de questions, imagine des fins, des hypothèses alors que … Sandrine Colette confirme son art de brosser des tableaux psychologiques, des histoires terrifiantes en nous offrant ce très bon polar. Vivement le prochain !

Purgatoire des innocents de Karine Giebel (Fleuve noir)

Il est vrai qu’à force de lire du bien des romans de Karine Giebel, je me rends bien compte que je n’en lis pas assez. A ce jour, je n’en ai lu qu’un seul, que j’avais trouvé excellent d’ailleurs, et qui était Les morsures de l’ombre. Comme j’ai eu la chance d’être sélectionné parmi les participants du partenariat de Book en stock, j’ai donc lu (mais le terme dévoré conviendrait mieux à ma lecture) son dernier roman en date. Et je peux vous dire que c’est un excellent thriller, qui joue sur toutes les cordes de l’émotion. Fichtre !

Le roman commence de façon fort classique, puisqu’il s’agit d’un braquage d’une bijouterie qui commence mal. Raphael Orgione vient de monter un hold-up avec son frère William et deux complices Fred et Christel. A la sortie de la bijouterie, une voiture de flics les attend. La fusillade fait rage, un policier tombe, une passante meurt et William est touché, salement amoché. Ils s’enfuient et se réfugient à 300 km de là, dans un village proche de Châteauroux, chez une vétérinaire.

Elle se nomme Sandra, et Raphael la prend en otage le temps qu’elle remette son frère sur pied. Son mari, qui se nomme Patrick, est gendarme et est absent de la maison pour quelques jours. Quand Patrick va rentrer, le rapport de force va évoluer, et pas forcément dans le sens que l’on imagine.

La grande force de Karine Giebel, c’est de forger des personnages aux psychologies inoubliables, et de nous toucher avec des émotions qu’elle va nous arracher au plus profond de nous-mêmes. Et quoi de mieux qu’un huis-clos pour fouiller, décortiquer, découper, détailler des personnages. Outre Raphael et William, dont les liens sont très forts, se soutenant l’un l’autre, il y a Fred et Christel qui forment un couple « je t’aime moi non plus », puis Sandra qui de victime devient de plus en plus étrange et forte. Et puis, il y a Patrick … bref, vous l’aurez compris, des personnalités très marquées, exacerbées, extrêmes, pour nous pousser dans nos retranchements dans la suite de l’histoire.

L’autre grande force de Karine Giebel, c’est de jouer avec les personnages comme avec des pions. L’histoire passe en premier, il est très difficile de savoir où elle veut nous emmener et on est d’autant plus surpris quand elle nous assène en une phrase, une scène choc, suffisamment évocatrice pour qu’elle nous marque au fer rouge. Karine Giebel déroule son intrigue et peu importe qu’elle choque le lecteur ou pas, avec une logique implacable. Elle n’est pas là pour ressentir de l’empathie ou de la pitié, et donc le lecteur qui commençait à bien aimer un personnage est très surpris quand il arrive sur un passage où il s’en prend plein la figure. Karine Giebel ne juge pas ses personnages, elle n’en place pas un au dessus des autres, ce sont juste des acteurs au sens hitchcockien du terme, au service de l’intrigue. C’est redoutablement efficace quand il s’agit de surprendre le lecteur.

Enfin, l’écriture est d’une fluidité rare. Le style Karine Giebel est facilement reconnaissable, fait de dialogues excellents et de phrases courtes voire coupées. On n’y retrouvera pas de descriptions sans fin, tout est laissé à la disposition du lecteur pour qu’il se fasse sa propre idée du décor, des portraits des personnages. Cela participe aussi à l’imprégnation de lecteur dans l’histoire, et c’est d’autant plus marquant quand un des personnages que l’on a imaginé nous même meurt soudain, au détour d’une page.

C’est donc un roman sous haute tension, qui m’aura fait passer par toutes sortes d’émotion et en cela c’est définitivement et indéniablement très réussi. Et même si parfois c’est un peu gros, difficilement croyable, j’ai couru comme un malade devant cette histoire pour arriver à une conclusion du livre extraordinaire. Ce roman va vous faire passer par une quantité incroyable d’émotions parmi celles qui jonchent votre palette, jusqu’à une petite larme à la fin. C’est un thriller excellemment réussi que je vous conseille fortement.

J’en profite pour remercier les filles de Book-en-stock et les éditions Fleuve Noir pour m’avoir permis de lire ce formidable roman. J’en profite pour vous signaler que sur Book-en-stock, le mois de septembre, c’est justement le mois de Karine Giebel, et que c’est l’occasion d’aller poser plein de questions à cette auteure pleine de talent. Allez y de ce pas, c’est ici.

Interrogatoire de Thomas H.Cook (Livre de poche)

Battez les tambours ! Voici venir sur Black Novel une nouvelle invitée. Rencontrée virtuellement sur un site social (comme on dit), amateur de polars, et douée pour donner son avis. Alors, bien entendu, n’écoutant que mon amour pour le polar, je lui ai proposé de venir, quand elle veut, quand elle peut, pour parler des romans qu’elle a adoré. Je pourrais appeler cela « Les chroniques de Foumette » mais je préfère faire du lobbying pour qu’un jour béni, elle se décide à créer son propre blog. En attendant, c’est Black Novel qui profite de ses avis, et voici donc Interrogatoire de Thomas H. Cook par Foumette :

Un excellent thriller très captivant qui vous plongera au coeur des ténèbres de l’âme humaine. Un meurtre atroce, celui d’une petite fille de 8 ans, un suspect est arrêté mais il n’y a pas de preuves, ni de témoins et surtout aucune trace … que celui-ci soit bien le meurtrier.

Oui mais, ce suspect était présent non loin du drame, c’est un SDF, un gars qui vit dans un tunnel, un exclu de la société, un éclopé de la vie.

Une seule solution pour que justice soit rendue, le faire avouer à tout prix et ce, avant de devoir le relâcher. Il ne reste donc que 12 heures à ces inspecteurs pour avoir ses aveux car il est clair pour ceux-ci qu’il est coupable.

Démarre alors un interrogatoire d’une extrême tension.

Un récit saisissant où le doute s’immisce, se glisse et finit par s’installer au fil des pages. Comme le fait si bien Thomas H. Cook, on se retrouve plongé dans la noirceur, dans la part d’ombre de ses personnages, des hommes en souffrance que le passé rattrape et où se mêlent regret et culpabilité.

Ce SDF est-il coupable? 

Pourquoi a-t-il ce comportement étrange?

Pourquoi ne veut-il pas parler de son passé?

Qui est cet homme qu’il dit avoir vu observer la petite fille?

Ce seront les questions qui vous hanteront tout au long de ce récit ficelé de main de maître. Sans compter une fin qui vous laissera sans voix !

Une fois ce récit achevé…il restera dans votre esprit et ne vous quittera pas de si tôt.

Un bon conseil, lisez-le!

Ouah ! Je vais le ressortir illico presto de ma bibliothèque ! Trop envie de le lire ! Merci Foumette !

Chronique virtuelle : Fiché coupable de André Delauré (Storylab)

Je suis sur que vous n’avez pas entendu parler de ce roman, sauf si vous êtes un adepte de la lecture électronique et autres ipad.

Storylab m’a contacté pour me présenter ce roman. Cet ouvrage, publié par les éditions Storylab est uniquement disponible au format numérique au prix de 2,99€ (pour un temps moyen de lecture de 110 minutes). N’étant pas équipé de ces nouveaux équipements électroniques, j’ai donc eu accès à ce roman sous une forme imprimable.

Ils sont trois, enfermés dans une salle de commissariat : Il y a le capitaine Jacques Duval, qui mène l’interrogatoire, et qui semble agressif et sur les nerfs. Il y a le lieutenant Marion Berteau, enceinte et qui souffre de la chaleur dans cette petite salle. Enfin, il y a Michel Chaloub, ancien comptable, qui est devenu un écrivain sans grand succès.

L’entrevue commence par des questions anodines, sur des faits, gestes et paroles qui sont consignés dans le fichier concernant Michel, de menus accrochages envers le facteur, envers des policiers. Puis, petit à petit, cela commence à déraper, jusqu’à un final surprenant.

Il est bien difficile de créer un huis clos, sans tomber dans certains écueils tels que la répétition, ou l’évocation de sujets n’ayant aucun rapport avec le sujet évoqué juste avant. André Delauré arrive à nous faire ressentir la tension, l’oppression de la chaleur dans la salle, uniquement par petites phrases, ou quelques répliques.

Les dialogues sont vraiment impeccables, car ils nous font ressentir les sentiments de chaque protagoniste. Et l’intrigue est vraiment menée intelligemment. On commence par ressentir de l’empathie pour Michel, puis la situation devient trouble, jusqu’à ce que nous, lecteurs soyons déstabilisés. Ce roman à moins de 3 euros, est vraiment une excellente affaire avec un très bon rapport qualité prix, et c’est presque dommage qu’il ne soit pas (encore ?) disponible en format papier.

  Le lien vers le livre est à suivre ici : http://www.storylab.fr/Collections/Urban-Stories/Fiche-Coupable