Archives du mot-clé Serial killer

Solitudes de Niko Tackian

Editeur : Calmann-Levy

Depuis Toxique, j’essaie de suivre le rythme de parution annuel de Niko Tackian, les achetant dès leur sortie, avec l’assurance de lire un polar costaud. Comme ce roman a été écrit pendant le premier confinement, la façon de dérouler l’intrigue est forcément particulière.

Garde-nature dans le massif du Vercors, Elie Martins s’apprête à affronter une violente tempête de neige. A la poursuite d’un loup, il remarque des traces et se demande qui peut bien se promener dehors par ce temps. L’apparition de traces de sang le pousse à continuer son exploration jusqu’à un vieux pin au tronc fendu. En en faisant le tour, il découvre un corps pendu et appelle la police.

La lieutenante Nina Melliski est immédiatement convoquée sur place, et elle doit faire deux heures de route depuis Grenoble. Quand elle arrive, l’endroit est déjà sécurisé par des rubalises et elle assiste au décrochage du corps. Il s’agit d’une jeune femme, et sur son dos, l’assassin a gravé à même la chair un mot en grec ancien : αλήθεια, ce qui signifie Vérité. A la vue de ce mot, Elie est troublé.

Elie Martins a connu une histoire peu commune : quelques années auparavant, quelqu’un lui a mis un sac en plastique sur la tête, avant de lui tirer une balle dans la tête. Lors de l’autopsie, le médecin légiste a vu sa main bouger et s’est rendu compte qu’il était vivant. Après une longue période de coma, Elie a survécu, conservant la balle dans sa tête, mais avec une amnésie totale quant à son passé.

Elie est-il victime ou coupable ? Le corps de cette jeune femme est-il son œuvre ou un message qui lui est destiné ?

A côté des enquêtes de son enquêteur récurrent Tomar Kahn, Niko Tackian nous offre des romans orphelins tels que celui-ci. Ce doit être l’occasion pour l’auteur de sortir d’un cadre qu’il a créé, de laisser libre cours à son imagination. En tous cas, ce roman écrit pendant le premier confinement montre clairement la nécessité de la liberté de l’esprit devant l’enfermement obligatoire pour des causes sanitaires.

Cela a dû être une sorte de délivrance pour Niko Tackian que d’écrire ce roman, et on sent bien son besoin de retrouver un lien avec la nature, sa joie de retrouver de grands espaces, ici des paysages montagneux et enneigés, couverts d’une nature forestière à la fois belle mais aussi inquiétante et mystérieuses. Car pour rajouter du stress à son intrigue, il ajoute une tempête de neige aussi violente que rare.

J’ai retrouvé dans ce roman tout ce que j’aime dans les romans de Niko Tackian, une intrigue rigoureuse, fort bien menée, une écriture très visuelle et une angoisse parfaitement travaillée. On y trouve peu d’action, beaucoup de descriptions des décors et paysages mais les chapitres courts ne dépassant que rarement 4 pages permettent une rapidité de lecture et une sensation de vitesse dans le déroulement de l’intrigue.

Enfin, les personnages sont très finement travaillés, minutieusement construits ; ce sont même probablement les mieux faits de tous les romans que j’ai lus de lui. Même peu nombreux, chacun comporte des psychologies et a des réactions parfaitement en lien avec ce qu’il est. Ce sont eux qui portent le message d’une sorte de dualité antinomique, un enfermement intérieur face à une nature grandiose, d’où le titre Solitudes.

J’attendais de ce roman un polar costaud, il l’est assurément.

Message Personnel : Merci Coco

Harry Bosch 3 : La blonde en béton de Michael Connelly

Editeur : Points

Traducteur : Jean Esch

Après Les égouts de Los Angeles et La glace noire, voici donc la troisième enquête de Hieronymus Bosch, dit Harry, qui va creuser un nouvel aspect de la justice américaine, tout en approfondissant le personnage de Harry. Un très bon opus.

Alors que la police est à la recherche du tueur en série qui sévit sur Los Angeles, Harry Bosch reçoit un appel lui indiquant qu’une prostituée vient de lui échapper. Il se rend chez Norman Church, suspecté d’être le Dollmaker, celui qui maquille ses victimes comme des poupées, guidé par le jeune femme et lui demande de rester dans la voiture. Voyant une ombre devant la fenêtre, il imagine que le tueur a peut-être déjà trouvé une autre victime.

Harry défonce la porte, s’annonce et aperçoit une ombre dans la chambre. Il lui demande de ne pas faire un geste, de mettre les mains sur la tête. Norman Church tend doucement sa main vers le coussin et cherche quelque chose dessous. Harry lui demande de s’arrêter, mais l’autre continue. Harry est obligé de faire feu. Quand il regarde sous le coussin, il trouve une perruque et dans l’armoire de la salle de bain, des produits cosmétiques, appartenant probablement à ses victimes.

Quatre ans ont passé depuis la mort du Dollmaker et Harry est poursuivi dans un procès en civil par la veuve de Norman Church. Il est accusé d’avoir joué au cow-boy, d’avoir tué un innocent. Pendant une pause, un coup de téléphone lui apprend qu’une lettre vient d’arriver au commissariat, un poème dans le style du Dollmaker, indiquant l’emplacement d’une de ses victimes. Harry va devoir mener une enquête en même temps que son procès.

Marchant dans les traces d’un John Grisham, Michael Connelly nous offre ici un pur roman judiciaire, accompagné en parallèle d’une enquête policière en temps limité. C’est l’occasion pour l’auteur de creuser plusieurs thèmes dont le principal est la façon de mener un procès. Comme d’habitude, tout y est d’une véracité impressionnante des stratégies des avocats aux dépositions en passant par les motivations pécuniaires des uns et des autres.

Los Angeles va aussi occuper une place prépondérante, nous faisant visiter l’autre facette du cinéma, à savoir le monde de la pornographie et la vie des actrices, qui arrondissent leur fin de mois en se prostituant. Puis, quand elles tombent dans la drogue, elles deviennent des épaves, cherchant le moindre client pour assouvir leur besoin avant de mourir abandonnées dans une ruelle sombre.

On va aussi voir toutes les différentes relations entre les défenseurs de la loi, la police, les spécialistes, les légistes et les journalistes. Tout ce petit monde œuvre pour l’argent, ou pour la gloire, celle par exemple, d’avoir un article en première page du journal, au dessus du pli ! j’ai particulièrement apprécié les descriptions des psychologies des tueurs en série, quand Harry va demander l’aide du professeur Locke.

Si le rythme se fait plutôt lent dans les trois quart du roman, suivant en cela le déroulement du procès, la tension monte petit à petit quand l’issue se fait sentir. Harry doit trouver le coupable, l’imitateur du Dollmaker, nommé le Disciple, et c’est bien un coup de chance qui l’aidera dans cette tâche. Une nouvelle fois, c’est un très bon roman policier, instructif, qui assoit Harry dans son rôle de personnage récurrent tout en nous montrant une nouvelle facette de cette ville maudite qu’est Los Angeles.

L’ange rouge de François Médéline

Editeur : Manufacture de livres

L’incursion dans le monde du thriller de François Médéline peut étonner ses fans de romans noirs et politiques. Pour autant, il a conservé sa ligne de conduite et nous offre une histoire noire et violente centrée autour de son personnage principal.

Un radeau dérive sur le Rhône au gré du courant et bute sur un pilier de pont. Le commandant Alain Dubak et son adjointe la capitaine Piroli, dite Mamy prennent place sur un hors-bord pour rejoindre l’endroit entouré par les flots. Un homme mort repose sur l’embarcation en bois, crucifié. En y regardant de plus près, ses organes génitaux ont été découpés, et une orchidée a été dessinée sur le corps.

Le commissaire divisionnaire Paul Giroux leur annonce la mauvaise nouvelle : le procureur a décidé de confier l’enquête au groupe Dubak. Comme la découverte a été faite en pleine nuit, peu de témoins ont vu la scène. Ils vont pouvoir garder le silence pendant quelques jours. Alain Dubak appelle ses collaborateurs par des numéros. Abdel, numéro 6 et Thierry, numéro 7 sont chargés d’emmener le corps à l’IML.

Le lendemain, la conférence de presse annonce le strict minimum : un corps a été retrouvé sur un radeau. Toute l’équipe Dubak y assiste, Mamy, Joseph numéro 5, Abdel, et Thierry. Véronique, la procédurière du groupe et numéro 3 assiste à l’autopsie. Laquelle autopsie montre que le corps n’a pas subi de violence sexuelle mais a été minutieusement nettoyé. Rapidement, l’équipe met un nom sur le mort : Thomas Abbe.

« Le crucifié était là, en moi. Il voulait que je l’aime. »

Indéniablement, ce polar respecte tous les codes du genre Polar / Thriller tout en ayant sa propre personnalité. L’intrigue se pose assez rapidement, et on comprend vite que ce meurtre rituel va en appeler d’autres et qu’on va tranquillement verser dans une chasse au serial killer. Les descriptions des événements respectent aussi les formalités liées à une enquête policière ce qui donne une impression de réalisme poussé.

Le mystère de ce meurtre (et des suivants) va vite se complexifier, et les pistes se multiplier entre école artistique, groupe mystique, crime homophobe ou blacks blocks pour nous embrouiller mais dans les cent dernières pages, le lecteur va mettre en place les pièces du puzzle, accompagné par François Médéline qui nous livre les pièces manquantes. Et ce n’est pas Alain Dubak qui va nous y aider.

Car ce roman est porté de bout en bout par le commandant Dubak, son histoire, ses échecs et ses faiblesses. Sa compagne Alexandra l’a quitté cinq ans auparavant pour un courtier en assurance, et cette cicatrice saigne encore pour lui. Ayant une tendance marquée pour les stupéfiants afin d’oublier son présent, il est hanté par son passé et souffre d’hallucinations. Ce qui donne des passages hallucinants, hallucinés où tout se mélange pour Dubak, ce qu’il voit, ce qu’il pense, ce qu’il rêve, ce qu’il pressent.

Si par moments, la lecture est difficile à suivre, son ton très original est rehaussé par un style haché, qui ne donne pas du rythme mais illustre la personnalité complexe du personnage principal. D’ailleurs, Dubak est tellement présent qu’il fait de l’ombre aux autres personnages, quitte à ce qu’on ait du mal à les voir (sur) vivre. C’est d’autant plus frustrant que certains d’entre eux auraient mérité plus de lumière. Cela donne aussi une impression de distance par rapport à la narration, ce qui en gomme toute l’émotion qui devrait en découler.

Cet Ange Rouge est tout de même un bel objet littéraire, un thriller avec sa propre identité mais le rythme et les passages obscurs font que je l’ai plutôt aimé en dents de scie : j’ai adoré les passages hallucinés, quand Dubak fantasme (succession de J’ai vu …») et regretté l’absence de l’équipe trop en retrait. Mais en aucun cas, je n’ai regretté ma lecture, et je garde en mémoire des scènes marquantes, énormes.

Des poches pleines de poches

Voici le retour de cette rubrique consacrée aux livres au format poche.

Les dames blanches de Pierre Bordage

Editeur : L’Atalante

Dans un futur proche, de mystérieuses sphères blanches apparaissent en différents endroits du monde. Elles semblent absorber les enfants âgés de trois ans, ce qui arrive à Léo, le fils d’Elodie. Les pays s’allient pour essayer de les faire exploser mais rien n’y fait. Seuls les enfants avalés permettent de freiner leur progression. L’ONU propose alors de sacrifier des enfants de trois ans, armés d’une ceinture d’explosifs, et promulgue la loi d’Isaac, celle du sacrifice d’un enfant de chaque couple.

Ce roman est rythmé par des chapitres d’une dizaine de pages, portant le prénom d’un personnage rencontré lors de l’intrigue. Il faut savoir aussi qu’aucune notion de temps n’est indiquée, mais que chaque chapitre peut se dérouler plusieurs années après le précédent. Une fois assimilé ce principe, le lecteur peut pleinement se laisser emporter par ce formidable conteur qu’est Pierre Bordage.

L’histoire fait la part belle aux personnages, dont certains se retrouve au centre de l’affaire. C’est le cas d’Elodie, la première mère victime des sphères, de Lucho Herrera, le premier artificier de l’armée française à leur être confronté, de Camille, la première journaliste qui va être consacrée comme la spécialiste des sphères, ou de Basile Traoré, ufologue qui va ressentir une sensation de chaleur à leur proximité.

Les sphères engendrant des parasites et troublant les communications, la société entière va connaitre une régression technologique, revenant par exemple aux pigeons pour communiquer. Il suffit d’imaginer une vie sans transports, sans télévision, sans aucune innovation telle que nous la connaissons aujourd’hui. L’histoire va tourner aux drames terriblement émouvants sur une cinquantaine d’années pour aboutir à une conclusion emplie d’humanisme et de cri au secours envers la souffrance de la Terre. Un roman qu’il serait dommage de ne pas lire.

Goliat de Mehdi Brunet

Editeur : Taurnada

2019 : David Corvin se réveille devant sa bouteille d’alcool vide.

Septembre 2016 : Ancien agent du FBI, David s’est reconverti comme agent de sécurité à San José pour l’amour de sa femme Abigaël, qui en tant que scientifique spécialisée dans la chimie moléculaire. La prochaine mission d’Abigaël doit l’envoyer sur une plateforme pétrolière norvégienne, ce qui déclenche une grosse crise dans le couple. David décide de la suivre.

Octobre 2015 : Sur un chantier à San Francisco, le corps d’une femme est découvert mutilé  et exposé. L’inspecteur de police Curtis reçoit l’aide des agents du FBI Diaz et Munny. C’est le cinquième victime d’un tueur en série qu’ils pourchassent.

Juillet 2013 : Un Boeing 777 en provenance d’Incheon prévoit d’atterrir à San Francisco. Rowdy Yates se réjouit de retrouver sa femme Maggie, après un contrat juteux signé en Corée.

Juillet 2013 : Franck est un ancien soldat, marqué par ce qu’il a vécu en Irak. Il prend la route en direction de l’aéroport de San Francisco pour retrouver Jessica sa femme et Evelyne sa fille qui reviennent de Seoul par le vol du Boeing 777.

Juillet 2013 : Le Boeing 777 en provenance de Corée s’écrase à l’atterrissage.

Ce petit roman, par la taille, est véritablement une surprise pour moi et une véritable réussite. La construction, faite d’allers-retours entre présent et futur, passant d’un personnage à l’autre, d’un lieu géographique à l’autre, peut sembler compliquée. Il n’en est rien tant la maitrise en est impressionnante et les personnages parfaitement marqués et reconnaissables au premier paragraphe. Le fait que David Corvin soit le narrateur dans quelques chapitres rajoute à la tension et à notre envie de savoir comment cela va finir.

C’est de l’excellent divertissement, avec ce qu’il faut d’émotions, ce qu’il faut de mystères, quelques scènes morbides non explicites, et une tension qui monte jusqu’à un final fort réussi. Si l’identité du tueur est connue une centaine de pages avant la fin du roman, c’est pour mieux nous serrer entre ses serres pour savoir comment cela va se terminer. Les recettes à la fois du thriller et du roman policier sont respectées, avec une volonté de construction qui ajoute au mystère et à la tension nerveuse croissante. Le final, en pleine tempête est à la hauteur de l’attente, la conclusion noire comme il faut. Bref, ce roman est un très bon divertissement surprenant.

La vallée de Bernard Minier

Editeur : XO éditions

Bernard Minier reprend son personnage récurrent le commandant Martin Servaz, après Glacé, Le cercle, N’éteins pas la lumière, Nuit et Sœurs. Je ne peux que vous conseiller de lire ces romans précédents avant d’attaquer celui-ci qui semble former une conclusion au cycle consacré à Marianne. Pour ceux qui ne les auraient pas lus, je vous conseille de ne pas lire mon résumé.

Martin Servaz vient d’être suspendu et rétrogradé au grade de capitaine suite à son affaire précédente. Il n’a donc plus ni insigne ni arme. Il attend son jugement au tribunal pénal puis sa sanction au conseil de discipline de la police. A cinquante ans, fréquentant le docteur Léa Delambre qui a 7 ans de moins que lui, en charge de son fils Gustav qu’il vient de découvrir, il se sent vieux, trop vieux.

La France vit au rythme de la Coupe de Monde de Football 2018, où la France poursuit son parcours. Gustav, l’enfant de Marianne, qui a été élevé par le tueur en série Julian Hirtmann, est maintenant hors de danger après son opération du foie. Il s’ouvre petit à petit mais c’est Martin qui s’inquiète de plus en plus, même si Hirtmann est détenu dans la prison 5 étoiles de Leoben en Autriche. Cette nuit-là, le téléphone sonne en pleine nuit. La voix de Marianne lui demande de le rejoindre, car elle est en danger.

Marianne lui annonce qu’elle s’est évadée, et qu’elle est dans les Pyrénées, proche d’un cloître. A la brève description des lieux, il reconnait l’abbaye d’Aiguesvives. La conversation se coupe, elle semble en danger. Il décide de partir sur le champ, est reçu par le Père Adriel. La battue qu’ils organisent pour retrouver Marianne ne donne rien, Le lendemain, il se rend à la gendarmerie et retrouve la capitaine Irène Ziegler, qu’il a rencontré 8 ans auparavant. Elle lui apprend qu’une série de meurtres est en cours à Aiguesvives.

Comme je le disais, ce roman semble clore un cycle que j’appellerai le cycle de Marianne, et cela ne vous dévoilera en rien ni l’intrigue, ni son dénouement. D’ailleurs je suis curieux de voir comment Bernard Minier va rebondir et redonner un second souffle aux enquêtes de Martin Servaz. Je parle de second souffle, car ce roman est une sacrée épreuve pour le lecteur, tant il est obligé de retenir son souffle pendant plus de 500 pages.

J’ai trouvé dans ce roman beaucoup de similitudes avec ses deux premiers romans, outre les présences de Marianne et la menace de Julian Hirtmann. Les décors sont aussi majestueux qu’ils sont menaçants, dans un village encastré dans les montagnes, inondées de brume à l’image de Martin Servaz, pris dans une enquête et en proie à ses doutes personnels et à son urgence.

J’ai trouvé dans ce roman une tension constante, un suspense haletant, beaucoup de fausses pistes démontrant toute la maîtrise et l’art de cet auteur que je suis depuis ses débuts. Une fois que vous avez commencé les premières pages, vous ne pourrez plus le lâcher, je vous le garantis. Et puis, Bernard Minier évite les descriptions gore qui auraient desservi l’intrigue, et son message.

Car derrière ce roman policier exemplaire, où il est bien difficile de trouver un point faible, on y trouve plusieurs dénonciations, dont la façon dont est vue et maltraitée la police, leur mal-être, mais aussi la difficulté des relations entre parents et enfants, et enfin cette nouvelle plaie qui s’appelle la manipulation par Internet via les tablettes ou les jeux en ligne. Une nouvelle fois, la démonstration, remarquablement bien menée, ayant pour point central un personnage de pédopsychiatre féminin d’une dureté incroyable, est exemplaire. Bernard Minier démontre encore une fois qu’il a des choses à dire.

Alors, oui, je suis fan de cet auteur et ce billet doit être lu dans ce sens. Et puis, cerise sur le gâteau, il introduit des vers de Patrick Steven Morrissey, dont je suis fan à vie, qui sait si bien dire les sensations de malaise, les impressions d’être seul contre tous. C’est simple, prenez une chanson, n’importe laquelle, lisez un vers et vous trouverez une impression que vous aurez ressentie. Alors oui, ce roman doit faire partie de vos lectures estivales, sans aucune restriction.

Déstockage : Meurtres à Pooklyn de Mod Dunn

Editeur : Points

C’est une curiosité que je vous propose avec ce roman que j’avais mis de côté quand j’avais lu la quatrième de couverture. Un bon divertissement.

La ville de Pooklyn a décidé de mettre en place une équipe spéciale appelée the T.O.P, the Team Of Pooklyn, afin d’intégrer les personnes en situation de handicap.

Le chef de groupe se nomme Adam Smith, dit Vador. Atteint d’un cancer de la gorge, il a un appareil lui permettant de parler comme Dark Vador. Et comme il est fan de Star Wars …

Lois Maverick, dit Plexus était déjà gros dès le plus jeune âge. Son surpoids pondéral l’a destiné à l’informatique et au débusquage des bugs.

Emmet Jones, dit Forrest a raté son suicide sur les voies d’un train de banlieue. Etant riche de famille, il s’est fait implanter des jambes bioniques qui font Cling-Clang quand il marche. Et son surnom devient naturellement Robocop.

Alexander Proust, dit Tranxen est un ancien des Forces Spéciales qui ne s’est jamais remis des conflits auxquels il a participé. En gros, il s’y croit toujours.

Tout ce beau monde, cette équipe de choc, est aidé par une superbe secrétaire brune Pam, et d’un bouledogue femelle blanc, The Queen, qui a la mauvaise manie de péter tout le temps. On leur octroie un Open Space et une mission de premier ordre : réaliser les statistiques du commissariat.

Quand un cinglé se met à assassiner comme un sniper Ian Natan, un professeur de mathématiques, puis Lucie Dayle, une actrice connue pour ne pas être connue, c’est l’effervescence à Pooklyn. D’autant plus que le tueur envoie un message anonyme à la Dream Team et la défie de le trouver … sans en parler à la police. Vador, Plexus, Forrest, Tranxen, Pan et The Queen vont devoir se mettre en chasse.

C’est un roman totalement déjanté auquel on a droit ici, qui ressemble un peu aux films qu’ont fait Zucker, Zucker et Abrahams avec Y a-t-il un pilote dans l’avion ? et consorts. Le ton y est donc volontairement drôle et décalé, où les gags sont surtout introduits via des descriptions hilarantes des personnages ou des scènes dont certaines sont juste irrésistibles. C’est aussi un véritable hommage à la culture populaire, des sagas modernes à la Bande dessinée, en passant par la culture de super-héros.

C’est donc une excellente surprise que ce roman par sa façon de mener son intrigue, faisant le parallèle entre le chef du commissariat McNamara et l’équipe du T.O.P. Bizarrement, quand l’auteur déroule l’enquête, avec les codes du polar, c’est moins drôle. Et quand il réinvente une scène d’enlèvement ou d’interrogatoire à sa sauce, c’est fendard.

Alors franchement, pour 6,60 €, il serait vraiment dommage de passer au travers, de se priver d’un bon moment de divertissement, dont certains vont vous faire éclater de rire. On peut certes lui reprocher un rythme en dents de scie, mais personnellement, je suis prêt à mettre ce prix-là pour avoir droit à 4 à 5 heures de franche rigolade.

Noir comme le jour de Benjamin Myers

Editeur : Seuil

Traductrice : Isabelle Maillet

Je garde un très bon souvenir de Dégradation, le précédent roman de Benjamin Myers, mettant en scène déjà Roddy Mace le journaliste et James Brindle le flic. Je me rappelle d’une ambiance très noire et poisseuse. Pour son deuxième roman, on garde l’ambiance, on garde les personnages et on revient dans cette petite ville du Nord de l’Angleterre sous la pluie continuelle. Pas de quoi vous remonter le moral.

Alors qu’il avait onze ans, Tony Garner a fait une chute dans une carrière et est resté inconscient plusieurs heures. Cette mésaventure l’a rendu benêt et tout le monde en ville lui a affublé des surnoms dus à ses moments d’absence : Tony la Tremblotte, ou Tony le Chauve, ou Tony le Galure ou Tony le Junkie. Car Tony fume des joints pour calmer ses maux de tête.

Depuis qu’il dispose de son propre appartement, il survit en braconnant des lapins qu’il vend au boucher. Ce matin-là, il aperçoit une forme allongée, une femme qui semble endormie. Quand il s’approche, il voit une trace de sang : elle a été égorgée mais bouge encore. Il trouve le couteau, réalisé qu’il l’a en main et décide de le jeter dans une bouche d’égout pour éviter d’avoir des problèmes avec la police.

Roddy Mace est toujours journaliste dans le journal local, le Valley Echo. Il se rend bien compte que son avenir s’assombrit et que s’il ne se bouge pas, il va devoir parler des chiens écrasés pour une bouchée de pain. D’autant que son projet de livre n’avance pas. James Brindle, qui faisait partie du service La Chambre Froide, dédiée aux crimes atroces, a subi les conséquences de l’affaire précédente. De congés maladies à une mise à l’écart, plus personne ne veut le voir. Il déprime dans son appartement d’autant plus que ce métier là, c’est toute sa vie.

Roddy Mace apprend que la femme égorgée s’appelle Joséphine Jenks, une star locale du cinéma pornographique amateur. Maintenant âgée de 50 ans, elle garde des activités chaudes pour ceux qui sont restés ses fans. Cette affaire là peut peut-être lui permettre de rebondir.

J’ai retrouvé toutes les qualités que j’avais appréciées dans le précédent roman : le décor est des plus déprimants, il pleut tout le temps et le vent coupe les jambes continûment. L’auteur va donc passer beaucoup de temps à nous décrire cette petite ville triste, grise, en prise avec un chômage galopant et obligée de faire face à une immigration de plus en plus importante.

On trouve donc une grande part de la population dans les bars, occupés à noyer leur ennui et à se chercher des noises. Quoi de mieux dans ce cas, que de se trouver un bon bouc émissaire ; et Tony Garner en fait un excellent, connu de tous. Même la police le traite de cette façon.

Apparait sur cet environnement cafardeux cette affaire dont les médias vont faire les choux gras, jusqu’au niveau national puisque le Sun va débarquer. Et on trouve dans ce roman une belle charge contre la presse à sensations, mais aussi contre les gens prêts à faire n’importe quoi pour avoir leur petite minute de célébrité.

Donc nos deux personnages principaux vont errer chacun de leur coté, pour se retrouver dans la dernière partie du roman. L’enquête va indéniablement passer au second plan, l’auteur préférant parler de la vie des démunis et délaissés par les mesures gouvernementales de tous bords. Et la conclusion de l’intrigue peut laisser bien dubitatif, même si elle est conforme au sujet que veut aborder l’auteur. Alors, si vous cherchez un roman noir, glauque parlant des gens en situation de survie, pour peu que vous ne soyez pas attaché à une intrigue rigoureuse, ce roman est pour vous.

Ne ratez pas les avis de Velda , Psycho-Pat et Jean-Marc Lahérrère qui ont aimé et Laulo qui est plus dubitative.

Zippo de Valentine Imhof

Editeur : Rouergue Noir

Attention, coup de cœur !

Après Par les rafales, son précédent et premier roman, qui démontrait une plume rare de poésie, Valentine Imhof se lance dans le thriller. Pour autant, il est bien plus que cela tant ce roman est brillant.

Clic ! Clic ! Clic ! Le bruit de son briquet Zippo est entêtant mais le calme, dans ce bar au nom étrange : Le Y-Not II. Il l’attend, Elle, Eva, celle qui l’a fait chavirer et qu’il cherche sans relâche. Il l’aperçoit, ou croit l’apercevoir et il chancelle. Il s’approche, lui offre un verre, puis sortent marcher dans le parc. Elle s’assoit (Clic !) et est surprise par le bruit. Elle tourne sa tête vers lui et son regard lui montre qu’il s’est encore trompé. Il sort sa flasque d’essence, l’asperge, surtout sur le visage et Clic ! Prometheus.

Eva l’a connu alors qu’elle était adolescente. Elle lui trouvait une laideur fascinante, une tristesse irrésistible ; son visage marqué l’a tout de suite attirée. Ils ont dansé, comme s’ils étaient seuls au monde sur un rock des années 50. Elle l’a suivi jusqu’à un perron puis un premier baiser les a réunis. C’était leur première rencontre. Leur dernière a commencé de la même façon, et s’est terminée par la mort de sa sœur, calcinée dans une voiture.

La lieutenant Mia Larström vient de débarquer au poste de police de Milwaukee avec un dossier en béton. Elle est convoquée sur le lieu d’un crime : une jeune femme à moitié brûlée sur un banc. Ce n’est pas une première pour elle. Son binôme, le lieutenant Peter « Casanova » McNamara est en retard, comme d’habitude. Il va encore la seriner avec ses aventures sexuelles, lui raconter comment il a fait hurler toute la nuit sa conquête d’un soir. Leur équipe ressemble à un mélange de feu et de glace.

Le début de ce roman ressemble à s’y méprendre à un thriller, et l’enquête, bien complexe, se révèle ardue pour nos deux enquêteurs. Les chapitres, très courts, vont s’enchaîner en passant d’un personnage à l’autre. Il n’y a aucun repère en tête de chapitre pour indiquer lequel est au centre du chapitre et pourtant, on n’est jamais perdu. La magie du talent de Valentine Imhof commence …

Parce que, petit à petit, l’auteure va lever le voile, non pas sur l’intrigue, puisque l’on va rapidement comprendre de quoi il retourne, mais sur les personnages. Petit à petit, Valentine Imhof va gratter le vernis qui cache la psychologie de chacun d’eux, et révéler leur passé et les cicatrices qui en découlent, leurs blessures comme des tatouages indélébiles, ineffaçables, ces moments qui marquent une vie à jamais.

De ces personnages que l’on aura bien du mal à oublier, on se rendra compte que rien n’est aussi simple, qu’aucun d’entre eux n’est ni blanc, ni noir, ni gris. Ils sont un mélange de toutes les couleurs, pour donner un résultat indéfini, poussés par leur motivation propre. Et plus on s’enfonce dans le roman, plus le nombre de personnages augmente, et ils sont tous décrits avec la même acuité, la même justesse.

Valentine Imhof va donc nous plonger dans les abîmes de l’âme, et nous plonger dans un décor de douleur. Rapidement, on se retrouve dans un monde BDSM, et le décor est à l’image des personnages, une descente aux enfers comme une recherche du plaisir, la douleur comme un cri d’extase, non pas pour oublier le passé, mais pour se rechercher soi, sa vraie personnalité.

Valentine Imhof met aussi son style au service de son histoire, poétique et noir, agrémenté par une bande-son sans fautes (merci d’avoir cité Joy Division et d’avoir déterré My Bloody Valentine !). Il y a une vraie rage dans son écriture, de sa plume coule une lave incandescente qu’elle déverse sur chaque ligne. Ses phrases sont éclairées, lumineuses, éblouissantes et emplie de tant de noirceur, jusqu’au dénouement final extraordinaire, sans rédemption, sans espoir, noir opaque. Énorme ! Un brûlant roman à classer juste à côté de Versus d’Antoine Chainas.

Je vous le dis, coup de cœur !

L’artiste d’Antonin Varenne

Editeur : Manufacture de livres

La Manufacture de livres ressort donc le premier roman d’Antonin Varenne, Le fruit de vos entrailles, sous un nouveau titre. Cette édition a été complètement revue et corrigée par l’auteur. Comme j’avais lu la version précédente, j’ai donc lu ou relu cette version en ayant l’impression de lire une nouvelle version d’un scénario que je connaissais. Comme Antonin Varenne, je reprends donc mon billet et le complète par rapport à mon ressenti d’aujourd’hui.

Nous sommes en 2001, plus précisément juste après les attentas du 11 septembre. La paranoïa s’installe partout, d’autant plus que l’explosion dans l’usine AZF n’est pas là pour rassurer les gens. A Paris, comme ailleurs, les CRS pullulent sur les trottoirs, alors que les affaires criminelles ne sont ni plus ni moins inquiétantes qu’avant.

En quelques semaines, plusieurs affaires voient le jour. Une jeune femme se suicide en se jetant par la fenêtre de son appartement du deuxième étage avec ses deux enfants dans les bras. Un artiste peintre habitant Menilmontant est sauvagement poignardé chez lui, et son corps disposé d’une façon que l’on pourrait qualifier d’artistique. Puis d’autres artistes sont aux aussi assassinés chez eux.

Deux personnages à part vont s’intéresser à ces affaires. Maximilien est un ancien détective privé reconverti en laveur de vitres. Sa femme attend un enfant, alors il s’ennuie et se mêle de ces affaires. Virgile Heckmann est un inspecteur doué, mais hautain et autodestructeur. Son éducation dans une famille très aisée a fait de lui un homme qui refuse tout contact avec les autres humains. Ces deux énergumènes, avec l’aide d’un vieil original, ancien médecin ayant pratiqué l’avortement illégal, vont s’allier pour chercher et comprendre les motivations de ce mystérieux assassin.

Le roman repose sur trois personnages forts avec une psychologie complexe. Ils sont vrais et on sent qu’Antonin Varenne les aime. Ce sont des écorchés vifs, autodestructeurs, survivants d’un suicide quotidien. Ils sont extrêmes, jusqu’au-boutistes, incompris et exilés au milieu d’une société qui avance sans eux, marginaux sans le vouloir car ne rentrant pas dans le moule. D’ailleurs, ils sont tellement jusqu’au boutistes qu’ils vont devenir amis, ou du moins se rapprocher de ce qu’ils peuvent accepter dans un contact humain.

La société justement tient une place importante dans le roman. Antonin Varenne a placé son intrigue entre le 11 septembre et les émeutes de novembre. Cela donne un contexte violent, anarchiste, où toutes les actions de répression sont justifiées par l’insécurité extérieure comme intérieure. Et cela donne une thématique intéressante à ce roman où les personnages sont plongés dans une incertitude totale, un chaos avec une réponse militariste du gouvernement et où leur seule réponse est le rejet des autres, l’enfermement sur soi, le refus de l’engagement, l’absence de sentiments.

C’est étrange d’avoir relu ce roman car j’ai eu l’impression d’en lire un autre mais avec les mêmes personnages et le même scénario. Le contexte se retrouve placé en tant que décor et les personnages plus mis en lumière. Les défauts précédents ont été gommés et le style s’est affermi, devient visuel et plus direct. Les effets de style ont aussi été enlevés et certains messages explicites remplacés par des situations où le lecteur fera sa propre déduction. La fin reste la même et est toujours aussi noire, dure à lire. C’est donc une autre version de son premier roman qu’Antonin Varenne nous propose comme on fait des « remakes » de certains films, et il faut l’apprécier comme tel.

Oldies : Du sang sur l’autel de Thomas H. Cook

Editeur : Gallimard – Série Noire

Traducteur : Madeleine Charvet

Tous les billets de ma rubrique Oldies de 2019 seront dédiés à Claude Mesplède

Quand j’ai créé cette rubrique, j’avais aussi dans l’idée de lire les premiers romans de mes auteurs favoris. C’est une façon de voir le chemin parcouru et pour moi, la possibilité de me rassurer sur mes gouts. Je n’ai pas trouvé le premier roman de cet auteur que j’adore tant alors voici son deuxième paru en France.

Merci infiniment à Spider Bruno pour le cadeau !

L’auteur :

Thomas H. Cook est né à Fort Payne le 19 septembre 1947.

Originaire de l’Alabama, Thomas H. Cook a fait ses études au Georgia State College puis au Hunter College d’où il est ressorti avec un Master en Histoire américaine. À la Columbia University, il obtient également un Master de philosophie.

Ainsi armé, Thomas H. Cook enseigne l’Anglais et l’Histoire, de 1978 à 1981, au Dekalb Community College de Géorgie et devient rédacteur et critique de livres pour l’Atlanta Magazine (19878-1982). À la même époque, Thomas H. Cook commence à écrire et à être publié. Au rythme d’un roman annuel à peu près. Unanimement reconnu, il a reçu un Edgar Allan Poe Award de la Mystery Writers of America en 1997 pour The Chattam School Affair. La même année, Andrew Mondshein a adapté au grand écran Evidence of Blood.

Thomas H. Cook se partage actuellement entre Cap Code et New York City avec sa petite famille.

(Source Klibre)

Quatrième de couverture :

Dans Salt Lake City, capitale économique et religieuse des Mormons, un dément, qui se prend pour un Illuminé, tue, pour régler de vieux comptes qui remontent à l’époque des premiers Mormons, des personnalités de la ville. Tandis qu’un flic romanesque et cafardeux, qui a quitté New-York par dégoût, ne réussit pas à s’acclimater. Ce sera cependant lui qui démasquera le dément.

Mon avis :

Un homme arrive au Paradise Hotel de Salt Lake City et passe un coup de fil. Il demande une prostituée, une négresse. Quand Rayette Jones arrive, elle se déshabille, il se place derrière elle et l’étrangle. Tom Jackson est inspecteur de police, en provenance de New York. Il est rare d’avoir des cas de meurtres dans cette petite bourgade tranquille. Le médecin légiste lui indique que le corps de Rayette a été lavé puis habillé. Tom trouve rapidement le souteneur qui a organisé cette passe et comme tout a été géré pat téléphone, il va être difficile de trouver le coupable. Quelques jours après, c’est un célèbre journaliste du coin, Lester Fielding qui est abattu d’une balle dans la tête.

Si ce pur roman policier respecte tous les codes du polar, il a aussi la forme des romans que l’on pouvait lire dans les années 80, fait à base d’interrogatoires. On y trouve donc beaucoup de dialogues qui vont nous lancer sur beaucoup de pistes qui vont s’avérer très loin de la résolution finale. Mais ils vont nous en apprendre beaucoup sur la psychologie de chacun et c’est un des points essentiels de ce roman.

Car en tant qu’un des premiers romans de Thomas H. Cook, c’est bien la psychologie des personnages qui domine et en particulier celle de Tom Jackson, présenté comme un « étranger » qui débarque dans une ville détenue et gérée par les Mormons. D’une nature discrète mais redoutablement tenace, c’est un personnage solitaire qui souffre de cette solitude et de ce sentiment de ne rien faire de sa vie.

Tout le monde va lui rappeler de ne pas faire de vagues, de ne pas ébranler la communauté qui fait vivre la ville. Et ce roman va s’avérer bien plus subtil qu’il n’en a l’air, avec comme Tom Jackson, cette sensation de ne pas vouloir appuyer là où ça fait mal. Et pourtant, ce roman, dans son dénouement s’avérera non pas une dénonciation mais un plaidoyer humaniste envers des gens qui sont sensés véhiculer un message d’amour. Du sang sur l’autel s’avère un très bon roman policier de la part de cet immense auteur.

Ne ratez pas l’avis de Yan (lors de la réédition chez Points) et de l’Oncle Paul