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Tu n’auras pas peur de Michel Moatti

Editeur : HC éditions

Michel Moatti est un auteur que je suis depuis ses débuts dans le polar. Pour son petit dernier, il revient à Londres, lieu de ses deux premiers polars historiques. Mais il s’agit d’un thriller, qui en respecte tous les codes, en rajoutant une réflexion intéressante sur le journalisme. Génial !

L’histoire :

Un corps est repêché dans l’étang de Crystal Palace, au sud de Londres : il est attaché à un siège de pilote d’avion et comporte une pochette peinte en bleu, nouée autour du cou. Trevor Sugden et Lynn Dunsday sont les premiers journalistes sur les lieux. Sugden a la soixantaine et est journaliste pour un journal papier, alors que Lynn est journaliste pour un site Internet d’information le Bumper. Les deux se sont rencontrés lors d’une précédente enquête et s’apprécient beaucoup, au point de s’échanger des informations quand ils sont sur les mêmes sujets.

Sugden et Lynn apprennent des policiers sur place, que le mort a été attaché à ce siège et balancé vivant dans l’étang, si bien qu’il s’est noyé. En plus, le meurtrier lui a congelé le bras droit avec de l’azote, si bien que les ambulanciers ont cassé le bras en transportant le corps. Sugden pense avoir déjà vu cette scène et en fait part à Lynn : Il s’agit d’une reconstitution de la mort de d’un chanteur connu, lorsque son avion a plongé dans un lac gelé.

L’horreur atteint son comble, quand le tueur poste sur les réseaux sociaux une vidéo mettant en scène son meurtre sans rien cacher. Sugden et Lynn vont mener leur enquête chacun de leur coté, s’épaulant par moments, alors que la vie privée de Lynn va être bouleversée quand elle devient l’amante du policier Andy Folsom. Bientôt, c’est un deuxième cadavre qui apparait, avec une mise en scène totalement différente.

Surpris, passionné, enchanté, passionné, ravi, époustouflé, horrifié. Voici les états d’âme par lesquels je serais passé lors de cette lecture. Pour tout vous dire, le cinquantenaire que je suis est très méfiant vis-à-vis du flot d’information incessant que nous subissons ou qui nous est disponible. On a l’habitude de dire que trop d’information tue l’information. Et pourtant, aujourd’hui, on est abreuvé par des informations qui viennent de toutes parts, vraies ou fausses et on ne se pose plus la question de ce que l’on doit croire ou trier. J’attendais un roman qui aborderait cet aspect et Tu n’auras pas peur de Michel Moatti est ce roman-là. Il pose même plus de questions, aborde plus d’aspects que ce que je demandais.

Michel Moatti a choisi une forme classique pour illustrer son propos. Choc des générations, choc des cultures, choc des technologies, choc des modes de réflexion (je préfère utiliser le mot choc plutôt que guerre). Et pour cela, il place deux personnages au centre de l’intrigue. Sugden fait office de « Vieux de la vieille », travaille à l’ancienne, posément, rigoureusement, pour sortir son billet avant le bouclage du journal quand il a de la matière. Lynn, elle, doit tenir son lectorat en haleine. Elle doit donc sortir des billets de quelques paragraphes pour que les gens la suivent, ou du moins qu’ils suivent grace aux flux RSS les nouveautés. Et s’ils sont de deux générations différentes, s’ils travaillent différemment, les deux sont d’excellents journalistes dont le métier a pris le pas sur leur vie privée. D’ailleurs, Lynn est portée sur la boisson et les bars nocturnes, Sugden apte de bons restaurants.

A travers ces deux personnages, on voit bien où veut nous mener Michel Moatti. Il ne sert à rien de lutter contre la technologie, nous dit-il entre les lignes, mais il faut se rendre compte du passage de témoin qui est en train de se jouer. Pour autant, la jeune génération veut aller vite, à l’essentiel, et les journalistes qui abreuvent les sites de nouvelles doivent suivre le rythme. Mais pour autant, qui dit changement de mode travail ne veut pas dire baisse de talent. Sugden et Lynn sont tous deux doués. Et si on peut penser que la psychologie des personnages risque de passer au second plan derrière ce sujet, n’en croyez rien. J’ai un critère pour ça : Il y a un ENORME événement un peu avant la page 200 qui va toucher les deux personnages. Quand on lit ces 4 ou 5 pages, en ayant la gorge qui se serre, les yeux qui piquent, ça veut dire que l’on s’attache aux personnages. Fichtre ! Mais quel talent, quel passage !

Comme à son habitude, Michel Moatti accorde une grande importance aux décors, à la ville, au mode de vie des gens. Il ne faut pas oublier que lors de ses trois précédents romans, c’est bien ce talent à peindre des ambiances réalistes qui m’avaient plu. C’est encore le cas ici, puisque l’on a vraiment l’impression de vivre avec Sugden et Lynn, à l’anglaise. On y voit les rues, les couleurs, les immeubles, on y sent les odeurs, on goute même aux plats suggérés par Sugden. Super !

L’intrigue quant à elle est plus proche d’un roman policier, voire d’un roman psychologique que d’un thriller où il y a des morts toutes les 50 pages. Les meurtres apparaissent juste quand il faut et quand Michel Moatti a jugé bon de relancer l’histoire après nous avoir asséné quelques vérités. Car c’est vraiment ce que j’ai adoré dans ce roman. Lynn parfois se demande si elle n’est pas tout juste bonne à lancer de la viande au peuple, au travers de ses billets pour le Bumper. Outre la prise de conscience de la journaliste, et de leur code de déontologie, c’est nous, lecteurs, que Michel Moatti oblige à une prise conscience de ce que nous vivons. Il ne juge pas, mais nous place en face de nos responsabilités. C’est bien parce que nous lisons des horreurs, que nous avons des attitudes de voyeurs, que la prolifération de l’information a lieu. En gros, tout le monde est coupable, puisque c’est la loi de l’offre et de la demande. Et donc je vais terminer ce long billet par mon petit conseil du jour : Eteignez donc la télévision, et lisez !

Tiens, avant de vous quitter, je vous offre un beau sujet de réflexion : Plus il y a d’information disponible, moins il y a de communication. Vous m’en écrirez 4 pages. Merci !

Elijah de Noël Boudou

Editeur : Flamant noir

Si je ne connais pas l’auteur personnellement, si je ne l’ai jamais rencontré physiquement, nous avons eu l’occasion de deviser parfois sur un réseau social. Quand j’ai appris qu’il allait sortir son premier roman, j’étais évidemment intéressé, avant même de connaitre son sujet. Ce premier roman laisse augurer d’un futur radieux pour Noël, tant il regorge de rage.

Le personnage principal de ce roman se nomme Gabriel. Depuis sa plus tendre enfance, il subit les violences de son père, à chaque fois qu’il rentre saoul à la maison. Dans ces moments là, les coups pleuvent sur sa mère ou lui. Alors il s’est forgé un moral d’acier, a tout fait pour s’endurcir, jusqu’à ne plus ressentir de douleur. Il s’est aussi fait une promesse : Il tuera son père pour ce qu’il lui a fait.

Quand il a atteint l’âge de 18 ans, son père a tellement frappé sa mère qu’elle s’est retrouvée à l’hôpital. C’est à ce moment là qu’il a mis au point son plan, attirant son père dans la cave avant de tuer le Monstre de manière atroce, à l’image de ce qu’il a subi. Sa mère ne survivra pas, mais elle mettra au monde un petit frère, lourdement handicapé. Il fera tout ce qui est en son pouvoir pour obtenir sa garde et le nommera Elijah.

Pendant 10 ans, Gabriel subviendra aux besoins de son frère Elijah, les deux devenant inséparables. A chaque date anniversaire, Gabriel deviendra l’ange vengeur, tuant un autre monstre, coupable de violences conjugales. Et pour trouver l’argent nécessaire à l’entretien de son frère, il se fera gigolo auprès de dames âgées en mal de sensations. Leur vie va être bouleversée avec l’apparition d’AlineHandi

Autant vous prévenir tout de suite : ce livre est ultra violent, à la limite du gore dans certaines scènes. Il faut dire que le sujet s’y apprête bien pour marquer le lecteur et mettre sur le devant de la scène un sujet dont on parle, mais dont on ne mesure pas ni la réalité, ni les conséquences. A partir de cette réalité devenant hélas un fait divers commun, Noël Boudou grossit le trait pour nous narrer le destin de Gabriel.

Concernant l’écriture, je dois dire que j’ai tout de suite accroché au style de Noël Boudou, s’avérant très direct, sans entrer dans des descriptions psychologiques sans fin. Il y a une efficacité remarquable dans ce qu’il écrit, faisant ressortir toute la rage qui l’anime. Cela en fait un roman attachant, malgré la violence des scènes, très crues. Malgré les coincidences du début du roman, l’auteur arrive à éviter les scènes mièvres pleines de bons sentiments.

D’ailleurs, je qualifierai ce roman de vicieux, plaçant le lecteur en face de ses responsabilités. Le personnage de Gabriel, tout meurtrier qu’il est, est un homme plein de courage, plein de bons sentiments. Malgré qu’il soit un Monstre, Noël Boudou nous demande de choisir entre l’amour et le dégout. Sa quête de vengeance n’est pas justifiable, mais pour autant, l’impunité de ces Monstres fait rager. Et on sent bien toute la passion de l’auteur pour son sujet, grossissant le trait à la limite de la caricature pour mieux nous poser ses questions en pleine figure. C’est un roman rageur certes, mais aussi passionné et provocateur, vicieux dans sa forme.

Il faut tout de même que je vous avoue que j’ai moins gouté les scènes de violence, extrêmement crues, Je ne suis pas fan de scènes gore, et là, j’ai été servi. J’ai même sauté des passages tant c’est détaillé. Si je comprends le but de Noël Boudou, qui est de faire réagir, ce défaut (vu mes gouts de lecture) est facilement gommable. Il n’en reste pas moins que ce roman est une lecture que j’aurais beaucoup de difficultés à oublier, à mi-chemin entre le roman noir et le thriller. Un livre plein de rage écrit avec des tripes.

Noël : j’attends ton prochain avec impatience !

La chronique de Suzie : Mör de Johanna Gustawsson

Editeur : Bragelonne

Sur Black Novel, on aime Johana Gustawsson … et on n’est pas les seuls. Suzie, ma chroniqueuse invitée, est de retour pour parler de Mör, son dernier en date. D’ailleurs, ça faisait un petit bout de temps que tu n’étais pas venue, hein, Miss Suzie ?

Je lui laisse la parole :

Bonjour a tous. Cela fait un moment que je ne suis pas venue vous voir avec un billet. Trop de livres à lire et pas assez de temps pour le faire, et donc entre vous écrire un billet et lire, j’ai choisi de lire. Mais, j’ai décidé de sortir de ma cave pour vous parler d’un deuxième roman.

Souvenez-vous, en octobre 2015, Bragelonne publiait le premier roman d’un auteur dont l’intrigue se promenait entre deux lieux et deux époques. D’ailleurs, nous avions fait un billet à deux sur le sujet. La voici donc de retour avec une nouvelle aventure s’intitulant « Mör ». Cette dernière vient de sortir mercredi !

Nous allons donc retrouver notre profiler préféré, Emily Roy qui doit enquêter sur l’enlèvement d’une actrice devant son domicile. Affaire qui ressemble, à se méprendre, à celle d’un tueur en série qui attend tranquillement son heure. En plus, il est responsable de la mort du compagnon de l’écrivain Alexis Castells. De quoi perturber la psyché de cette dernière ainsi que sa nouvelle relation.

Comme dans le premier opus, l’auteur mêle deux périodes temporelles différentes. Dans le premier volume, l’histoire commence en pleine Deuxième Guerre Mondiale, avec les camps de concentration et ses conséquences sur les protagonistes de l’histoire en cours. Alors que dans ce tome, l’auteur va s’intéresser au quartier de Whitechapel et à l’histoire de Jack l’Éventreur. Cette dernière aura-t-elle une incidence sur l’affaire en cours? Je vous laisse le découvrir.

Autant dans le premier tome, l’auteur nous mettait face aux faiblesses de ses héroïnes, autant dans celui-ci, elle va dévoiler un coin de l’histoire. Car, dans certains cas, il faut revenir dans le passé pour pouvoir avancer.

Le rythme ne change pas, constitué par des chapitres courts qui nous emportent d’un point à un autre de l’Histoire et nous faisant changer régulièrement de continents. Aux protagonistes du premier opus vont se rajouter des protagonistes principaux dont un personnage féminin qui devrait être récurrent. D’ailleurs, par beaucoup de points, elle ressemble à Emilie avec une personnalité qui lui est propre. Lors d’une interview via les médias, l’auteur a donné la raison du choix du titre qui, avec ou sans tréma, ne signifie pas la même chose. D’ailleurs, si vous lisez la quatrième de couverture, vous comprendrez pourquoi.

Comme beaucoup de personnes, j’avais hâte de pouvoir retrouver Alexis et Emily dans de nouvelles enquêtes. Surtout que l’auteure nous avait abandonné sur les fameuses boites noires d’Emily qui m’ont fait rager. Ayant beaucoup aimé le premier tome et étant une fan des histoires sur Jack l’Éventreur, j’ai dévoré le roman pour connaitre la fin.

La fin??? Il faut que je vous avoue une chose. Même si je ne devrais pas, j’aime connaitre la fin rapidement et suivre le cheminement jusqu’à celle-ci. Du coup, je suis allée lire quelques pages pour me faire une idée. Comme j’ai mal choisi, je ne me suis pas spoilée. J’ai découvert de nouveaux personnages dont une qui, j’espère, vous devriez aimer.

Il y a une scène que j’ai particulièrement appréciée entre Emily et une tasse de thé un peu spéciale. Sinon, je m’attendais à quelque chose dans le même style que le premier volume et je me suis retrouvée retournée comme une crêpe. Je ne m’attendais pas à ce genre de scène. Autant certains points étaient évidents, autant d’autres m’ont surprise. Et comme certains le savent déjà, un troisième tome est déjà prévu et il se déroulera dans le pays natal des parents d’Alexis : l’Espagne. Il faudra juste être patient.

La voix secrète de Michaël Mention

Editeur original : La Fantascope

Réédition en format poche : 10/18

Ce roman tient une place particulière dans mes souvenirs littéraires, puisque c’est grâce à celui-ci que j’ai découvert le talent de Michaël Mention. A l’époque, c’était Unwalkers qui avait attiré mon attention sur les deux polars de cet auteur. Puis, j’ai rencontré plusieurs fois Michaël dans des salons, et j’ai découvert quelqu’un de profondément humain, qui a des choses à dire, et qui les dit bien, quelque soit le style ou le genre qu’il choisit.

Quand Michaël m’a parlé de cette réédition, c’était à Quais de Polar, l’année dernière. Il était tout heureux de m’annoncer cette réédition, en me disant qu’il avait repris tout le roman, y ajoutant des ambiances, des bruits, des odeurs pour mettre en valeur cette époque de la fin 1835, tout en en gardant la trame et l’intrigue. Je me rappelle que j’avais été dubitatif, car je considère qu’un livre doit vivre sa vie …

Puis, lors d’une rencontre à Paris, au début de cette année, Michaël m’a demandé si je l’avais lu. Je lui ai avoué que non, je ne l’avais pas ouvert, que je n’étais pas très chaud car je ne voulais pas entacher mes souvenirs de ma lecture précédente. Finalement, je me suis décidé à le relire, et je peux vous dire que le nombre de livres que je relis est très faible. Et je ne le regrette pas du tout. Car j’ai eu l’impression de lire un autre livre. Cette lecture m’a aussi confirmé que j’avais raison de faire une confiance aveugle dans ses écrits, tant Michaël est capable de passer du thriller au roman noir, du polar au roman historique avec toujours autant de talent et de passion.

Je ne vais pas paraphraser ce que j’ai écrit à propos de ce roman lors de mon premier billet que vous pourrez lire ici.

Nous sommes en décembre 1835. Pierre François Lacenaire, célèbre tueur en série et poète, attend sa mort prochaine dans sa cellule de la Conciergerie. Son exécution est prévue dans un mois, et il jouit de beaucoup d’égards : bons repas, visites d’amis et de connaissances, confort quant à la rédaction de ses mémoires. Durant ce mois de décembre, un tueur d’enfants sévit sur la capitale. Chaque corps porte des marques qui sont identiques à celles relevées sur des victimes de Lacenaire. Allard, le chef de la Sureté va être chargé de cette enquête qui va s’avérer explosive et destructrice pour ces deux personnages autant que pour le pouvoir en place.

Dans mon billet précédent, je parlais de ce charme qui ressortait du personnage de Lacenaire. Avec cette nouvelle lecture, j’ai eu l’impression qu’après avoir dessiné les personnages, Michaël Mention y a dessiné les décors. Et c’est un décor fait de désolations, de pourritures, de miséreux à tous les coins de rue. Les odeurs, les rues sombres et poussiéreuses viennent en opposition avec la cour du roi Louis-Philippe, qui est conscient de la misère de son peuple et ne lui propose que des apparitions luxueuses. On parcourt les rues au bruit des sabots des chevaux, on partage les quignons de pain des prisonniers.

Des personnages à l’ambiance de ce Paris du 19ème siècle, Michaël Mention nous en met plein les yeux, plein les oreilles, plein le nez, et en profite pour nous peindre une société qui a bien peu changé, où les pauvres vivent dans la misère et les riches au milieu de leurs ors. La voix secrète, version 2017, s’avère un polar historique certes, mais qui ravira tous les lecteurs avides de découvrir une nouvelle voix du polar, qui ne doit pas rester secrète.

Ad unum de Didier Fossey

Editeur : Editions des 2 encres (2010) ; Flamant Noir (2016)

Didier Fossey, je connais, et j’aime beaucoup. Que ce soit dans Burn-out ou Na Zdrowie, on retrouve cette même qualité d’efficacité dans l’écriture, de rythme dans l’intrigue et d’humanité dans ses personnages. Ad Unum est en fait le deuxième roman de l’auteur, revisité pour l’occasion et édité par les excellentes éditions du Flamant Noir.

Farid sort du commissariat après une interpellation pour possession de marijuana. Il est vrai qu’avec sa dizaine de barrettes, il est difficile de faire croire aux flics qu’il ne transporte que sa consommation personnelle. Une camionnette s’arrête à sa hauteur, il est bousculé à l’intérieur et endormi à l’aide de Chloroforme. Il se réveille dans une espèce de cave, un souterrain humide et froid. Aux murs, des meurtrières ouvrent sur une pièce centrale. Ses mains sont immobilisées dans le dos et il ne comprend pas ce qui lui arrive …

On vient le chercher et on le présente face à trois hommes cagoulés. Ils s’appellent Numéro 1, Numéro 2 et Numéro 3. Ils font office de tribunal et jugent que Farid vend du poison aux jeunes gens de la ville, et donc il doit mourir. Puis, les juges se retirent et Farid est emmené. Quelques jours plus tard, le corps de Farid est découvert pendu, les mains attachées dans le dos avec des Serflex. Une inscription est gravée sur son front : Ad Unum.

Quand les policiers découvre le corps, ils pensent à un règlement de comptes. Mais c’est la procureure de la République qui décide de passer l’affaire à la Police Judiciaire. C’est en effet le troisième corps que l’on retrouve avec cette inscription sur le front en trois mois. L’équipe du Commandant Boris Le Guenn va devoir s’employer et faire montre de tout son talent pour découvrir le nom des coupables.

Le début de ce roman est tout simplement brillant. On se retrouve dans un endroit mystérieux, glauque, humide et Farid se retrouve prisonnier sans savoir de quoi il retourne. Avec une économie de mots, Didier Fossey place rapidement à la fois la psychologie du jeune homme et l’ambiance. C’est une excellente introduction qui donne le ton du roman : cette faculté, ce talent d’insuffler de la vitesse, de l’urgence dans son écriture. C’est une qualité que j’avais déjà adoré dans ma précédente lecture de cet auteur, Burn-out. Avec ses chapitres courts, on a affaire à un roman où tout va vite.

De la même façon, et sans en rajouter outre mesure, Didier Fossey nous montre deux personnages principaux, le commandant Boris Le Guenn et Numéro 1, deux personnages forts qui se situent chacun d’un coté de la ligne jaune. Le Guenn est impliqué dans son travail, croyant en l’honnêteté et Numéro 1 est intraitable, allant jusqu’à appliquer une justice expéditive et d’une façon unilatérale et extrémiste.

Autour de ces deux « monstres », au sens qu’ils occupent une grande place dans l’intrigue, on retrouve toute une ribambelle de personnages secondaires, qui n’en ont que le nom, tant ils sont présents, vivants et importants pour l’intrigue. Vous l’aurez compris, ce roman est un polar costaud, qui a tous les arguments pour plaire.

Et si le sujet de départ pose la question sur la justice et la difficulté de donner la bonne sanction dans le cas d’un crime, quel qu’il soit, il aborde aussi les problèmes de surcharge des effectifs policiers et des réductions de budget, la suite du roman se veut plus une course poursuite après un assassin bien difficile à appréhender, ce qui confère à cette histoire un réalisme bienvenu. Il ne vous reste plus qu’à découvrir cet auteur si ce n’est déjà fait, qui vous passer un très bon moment de divertissement.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Jean le Belge

Les arbres, en hiver de Patrick Eris

Editeur : Wartberg

Depuis le temps que je vois passer le nom de cet auteur, il fallait bien que j’essaie un de ses romans. Et bien m’en a pris. Outre l’écriture qui est simple mais tout simplement belle, il y a une certaine liberté dans le ton, dans la façon de mener l’intrigue, qui font de ce roman une superbe découverte pour moi.

Dès l’age de 7 ans, il a fugué pendant une semaine complète, pour se retrouver en tête à tête avec la nature. Le narrateur n’a jamais oublié cette semaine de rêve et de liberté et la nature le lui a bien rendu, tant elle semble lui parler, le guider dans sa vie de tous les jours. Il est devenu gendarme à Clairvaux-les-Lacs.

Ils y sont quatre, ou plutôt ils y étaient quatre : Garonne, Caro et Serge en plus du narrateur. Il les appelle le Scooby gang. Depuis que Garonne a pris sa retraite, le Scooby gang a perdu un de ses membres, non remplacé, faute de budget. Malgré cela, l’ambiance reste bonne ; en tous cas, le narrateur fait tout pour qu’elle le reste.

Une famille, massacrée au couteau a été découverte dans une ferme isolée. Les corps ont été placés dans la cuisine, comme un simulacre de repas familial. Pour des gendarmes, peu habitués à ce genre de meurtres, c’est le choc. Personne ne va s’intéresser à ce massacre, et ils ne savent comment faire. En cherchant un peu, ils découvrent qu’une autre famille a été tuée pas loin du coté de Saint Claude. De là à imaginer qu’un tueur en série rôde, il n’y a qu’un pas que personne n’est prêt à croire.

A chaque fois que j’ouvre un roman de chez Wartberg, la première chose que je me dis, c’est que c’est remarquablement écrit. Le style est clair, explicite et plaisant à suivre. Et du coup, la deuxième chose que j’ai remarqué, c’est que chaque auteur a son style bien à lui, sa « patte ». Tout cela pour dire que les auteurs ont gardé leur identité et que le choix de cette maison d’édition est très pointu. Bref, ça me plait !

Et ce roman est formidable. J’en prends pour exemple cette façon de nous faire entrer dans le personnage, cette psychologie à la fois subtile et pointue de nous montrer un homme attaché à sa région et qui s’obstine à trouver la solution sans en connaitre les méthodes. Comme le narrateur, la région est abandonnée, personne ne s’intéresse à ce coin perdu et, évidemment, personne ne peut imaginer qu’un tueur en série sévisse dans nos campagnes !

C’est aussi un des gros points forts de ce roman : Il montre gentiment des aspects sans revendiquer mais en disant les choses clairement. Il y a les coupes budgétaires qui hantent le début du roman, puis les décisions arbitraires qui laissent esseulés des gendarmes qui n’ont aucune idée de comment mener une enquête. Enfin, il y a ce jeu de téléréalité qui passionne tous les habitants, alors qu’ils feraient mieux de s’intéresser à leurs voisins. C’est vrai que la vie semble plus belle derrière un écran plat mais le narrateur nous montre que la nature est plus grande, plus belle parce qu’en trois dimensions, voire quatre si l’on compte les voix qu’il entend.

Ce roman m’a charmé, m’a enchanté, avec son personnage si bien dessiné et son intrigue si surprenante. Car, comment résout-on une affaire de meurtre ? Comment fait-on pour communiquer avec des gens obnubilés par leur télévision ? Nul doute que je vais bientôt lire un roman de Patrick Eris, tant celui m’a émerveillé en toute simplicité.

Ne ratez pas les avis des amis Claude et l’Oncle Paul

Le cri du cerf de Johanne Seymour

Editeur : Eaux Troubles

Je vous propose mon avis sur un roman policier venu de Québec, d’une auteure qui est la fondatrice du festival du polar Les Printemps meurtriers de Knowlton. Le cri du cerf est son premier roman, mais aussi le premier d’une série mettant en scène la policière Kate McDougall.

Kate McDougall vient d’être mutée au poste de Brome-Perkins. Elle habite une petite maison isolée, située juste à coté d’un lac. Ce matin là, elle décide d’aller piquer une tête dans le lac dont l’eau est fraiche : une bonne façon de se remettre les idées en place et de gommer les soucis qui la hantent. Alors qu’elle s’apprête à rejoindre la rive, elle voit un corps. Quand elle le ramène au sec, il s’agit du corps d’une jeune fille égorgée.

Les crimes majeurs sont suivis par la police de sureté du Québec, à Montréal et il n’est pas rare qu’ils délèguent des enquêtes aux commissariats locaux. Paul Trudel, à la tête de la police de sureté du Québec va superviser l’enquête avec Brodeur, qui déteste Kate et fait tout pour la pousser à la démission. Rapidement, la police déduit que la petite n’a pas été égorgée sur place, puisqu’il n’y a pas de traces de sang. Comme Kate est impliquée, elle ne fait pas partie de l’équipe d’enquête, à la grande joie de Brodeur qui fait tout pour la considérer comme une suspecte.

Le nom de la petite est Violaine Dauphin. Sa disparition a été signalée quelques jours plus tôt par ses parents qui sont vite innocentés. L’affaire se complique d’autant plus qu’une pièce de Scrabble est retrouvée dans sa poche. Quand un deuxième cadavre de jeune fille est retrouvé, il faut se rendre à l’évidence qu’un tueur en série rôde …

Ce roman est conçu comme le premier d’une série, alors il prend son temps pour nous présenter les personnages en présence, et de fouiller leur psychologie. Il ne faudra donc pas y chercher de l’action, mais plutôt un rythme lent. Par contre la lecture est rapide, car c’est bien écrit, très fluide, et la psychologie des personnages passe par les nombreux dialogues qui font avancer l’intrigue. Les chapitres sont aussi courts, très courts, ce qui a l’avantage de ne pas lasser le lecteur.

Ce qui est étonnant, c’est que l’enquête, sans passer au second plan, n’est pas un modèle du genre. Si la police enquête, l’auteure met plutôt l’accent sur les personnages et leurs relations avec les autres. On n’a pas droit à des déductions ou des indices qui s’amoncellent mais plutôt à Kate et ses collègues qui avancent en se rendant compte petit à petit que Kate est impliquée dans la résolution de l’énigme, et bien plus qu’elle ne le voudrait.

Kate subit aussi des séances de psychanalyse imposée par son passé, par une enquête précédente mais nous n’en saurons pas plus. Cela nous donne à nouveau des dialogues nombreux et des mystères à venir. Je pense que vous avez compris : j’ai trouvé qu’il y avait beaucoup de dialogues voire trop. Quant à l’enquête, si elle est classique, on a déjà lu des histoires semblables. En fait, ce roman consiste, à mon avis, à présenter les personnages avant de nous offrir une enquête plus prenante. En tous cas, ce roman a au moins un mérite : avoir créé un nouveau personnage attachant que j’aurais plaisir à retrouver pour une prochaine énigme.