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Viper’s Dream de Jake Lamar

Editeur : Rivages

Traductrice : Catherine RICHARD-MAS

Pour qui a lu Nous avions un rêve, Jake Lamar est un auteur dont il faut lire tous les romans. D’origine américaine, il a choisi de vivre en France et nous parle dans chacun de ses romans de son pays et de la vie des Noirs là-bas. Et quoi de mieux que d’évoquer le milieu du jazz pour en parler, comme il le fait ici.

1961, New York. Viper se retrouve chez Pannonica de Koenigswarter, dite Nica, une richissime baronne qui finance le milieu du jazz. Le jeu de la baronne consiste à demander aux gens qu’elle héberge d’écrire sur une feuille leur trois vœux les plus chers. Il reste quelques heures à Viper avant que la police ne vienne l’arrêter. Car cette nuit, Viper vient de tuer un homme, pour la troisième fois de sa vie.

Viper, c’est le surnom de Clyde Morton. En 1936, Clyde découvre une trompette dans le grenier de ses parents. Son oncle Wilson lui apprend à en jouer et le persuade qu’il deviendra un grand jazzman. Clyde décide de quitter Meachum, Alabama, pour rejoindre New-York, laissant derrière lui sa fiancée Bertha. Mais dès la première audition dans un club de Harlem, on lui fait comprendre qu’il n’a aucun avenir dans la musique.

Alors Clyde trouve un travail au Gentleman Jack’s Barbershop. Ne sachant pas couper les cheveux, il deviendra cireur de chaussures et balayeur. Un richissime client, Mr.O débarque dans la boutique et lui demande s’il sait se battre. Il emmène Clyde sur un ring de boxe et, à la surprise générale, Clyde étend son adversaire. A partir de ce jour, Clyde va devenir Viper, et garde du corps de Mr.O, propriétaire d’un club de jazz et trafiquant de Marijuana.

Ecrit comme un conte, comme une histoire orale (il faut dire qu’à l’origine, ce roman était une pièce radiophonique pour France Culture), on prend un énorme plaisir à s’assoir et écouter Jake Lamar nous narrer la vie de Viper, de son ascension jusqu’à sa chute. Il nous brosse un portrait de l’Amérique, avant et après la deuxième guerre mondiale et la « fameuse » échelle sociale des Etats-Unis. On en déduit à la lecture de ce roman, que pour les Noirs, leur seule possibilité de grimper dans la société réside dans le trafic de drogue, le reste de la société étant noyauté par les Blancs.

Viper’s Dream est avant tout une histoire d’amitié, de tolérance et de loyauté ; amitié envers ses proches, tolérance et accueil des étrangers et loyauté envers ce que l’on croit. Et Viper ne voudra jamais vendre de drogue dure. Viper rencontrera aussi l’amour avec le formidable personnage de femme fatale Yolanda. Tous les codes sont bien présents et c’est bien la façon de raconter cette histoire qui retient l’attention.

Car il y a dans ce roman un rythme lancinant, une mélodie avec des variations de rythme, des improvisations. On ressent le brouhaha de Harlem, et on entend les instruments, parfois du piano, souvent de la trompette. Cet hommage au Jazz se couple à un thème fort sur le poids du passé et les regrets qui se transforment en remords qui me parle. Pour moi, ce roman rejoint ma pile de romans cultes.

Un grand merci à Petite Souris, il saura pourquoi.

Le chouchou du mois de novembre 2021

Avec le mois de novembre, arrive le moment où il va falloir songer aux cadeaux de Noël. Evidemment, il faut offrir des livres et évidemment, il faut les acheter chez nos libraires. Je vous propose donc mes avis dans le but de vous aider dans vos choix.

Commençons par mon coup de cœur du mois : Les rêves qui nous restent de Boris Quercia (Asphalte), un roman de science-fiction situé dans un futur proche, nous présente une société où les Humains se sont laissés séduire par les robots et leur ont laissé gérer leur vie. Avec une intrigue policière simple, un style sec digne des meilleurs polars, Boris Quercia, en faisant le parallèle avec notre situation actuelle, nous pose une question essentielle : les robots ne sont-ils pas plus humains que les Hommes ?

Le Oldies du mois sort du polar. Malgré cela, Dans la forêt de Jean Hegland (Gallmeister) nous décrit dans un monde apocalyptique comment deux jeunes filles vont survivre dans une maison perdue au fond des bois. Psychologiquement juste, remarquablement écrit, ce roman offre de bien belles heures de lecture.

Parmi les romans chroniqués ce mois-ci, vous trouverez beaucoup d’enquêtes bien qu’on ne puisse pas tous les classer dans les romans policiers. Cela confirme que les auteurs aiment mélanger les genres pour notre plus grand plaisir. City of windows de Robert Pobi (Points) nous propose par exemple un formidable personnage Lucas Page à la recherche d’un serial killer dont les cibles sont des policiers. La forme ressemble à un thriller et tout repose sur le rythme et le déroulement du scénario. Un excellent divertissement.

Comme son titre l’indique, La consule assassinée de Pierre Pouchairet (Filatures) nous propose de trouver un assassin dans un pays étranger d’Europe de l’est. Là encore, l’auteur nous montre les dessous du pouvoir, les luttes en toute diplomatie et l’histoire nous propose de lever le voile sur la vraie personnalité de la consule. Un polar costaud et passionnant.

De roman policier, il est aussi question dans Le carnaval des ombres de Roger Jon Ellory (Sonatine), mâtiné de psychologie, de mystère, de fantastique et de politique. Un agent nouvellement promu agent spécial sénior au FBI doit enquêter sur un homme que l’on a retrouvé mort dans un cirque de freaks. L’agent Travis va être bousculé dans ses certitudes cartésiennes et découvrir les exactions du FBI et de la CIA. On se laisse emporter par la plume magique de l’auteur tout en regrettant des longueurs et le fait que Ellory ait mis trop de thèmes dans son livre.

Il est aussi question de personnages et de politique dans La sirène qui fume de Benjamin Dierstein (Points), premier roman, premier tome d’une trilogie dont j’avais adoré le deuxième. Deux flics, deux trajectoires et des meurtres de jeunes filles sur fond d’élections politiques alors que DSK fait peur à la droite au pouvoir, voilà pour le menu. Je retrouve ce style que j’adore, ces deux personnages écorchés et extrêmes et une plongée dans le glauque qui ouvre le chemin au deuxième tome. Auteur à découvrir.

Direction Toulouse, avec Divin Toulouse de Luis Alfredo (Cairn éditions), où c’est un détective privé, cette fois-ci qui enquête sur un groupe meurtrier faisant référence au Marquis de Sade. Le style littéraire de l’auteur et les personnages font merveille dans une intrigue complexe à souhait.

Je pourrais le classer dans les polars, ou dans les romans noirs, ou dans les romans humoristiques sauce féroce. Un tueur sur mesure de Sam Millar (Métaillié) abandonne le cycle Karl Kane et démarre avec un casse loufoque à Halloween. A partir de ce moment, s’engage une course poursuite pour retrouver et / ou tuer les voleurs et / ou mettre la main sur l’argent. On y trouve une belle galerie de personnages, ça va vite et surtout on rit devant l’humour féroce et les répliques hilarantes.

De roman noir, il en est question dans Octobre à Paris de Gérard Streiff (La Déviation). Chloé Bourgeade, détective privée, enquête sur la noyade d’un flic à la retraite. C’est l’occasion pour l’auteur de nous rappeler le massacre du 17 octobre 1961 dans un court polar pour faire œuvre de mémoire. Essentiel.

Tableau noir du malheur de Jérémy Bouquin (Editions du Caïman), dernier roman en date de cet auteur prolifique que j’aime tant par son style et ses sujets. Après les gilets jaunes, Jérémy Bouquin aborde ici la situation d’une professeure des écoles dans une classe difficile. Il ajoute à ce personnage de Céline des raisons de pêter un câble mais le tableau qu’il fait de l’Education nationale est sans appel.

Le titre du chouchou revient donc ce mois-ci à Traverser la nuit d’Hervé Le Corre (Rivages). Vous pouvez me dire que je manque d’originalité mais ce roman, plus noir que noir, nous plonge dans une abime de désespoir ; A la fois par les trois personnages piliers de cette intrigue mais aussi par le tableau d’une société violente dans laquelle on a toutes les raisons de perdre espoir. Hervé Le Corre avec sa plume poétique touche au sublime, émeut, secoue, et nous laisse pantois devant cette fin.

J’espère que ces avis vous auront été utiles dans vos choix de lectures. Je vous donne rendez-vous le mois prochain pour un nouveau titre de chouchou et un bilan de fin d’année. En attendant, n’oubliez pas le principal, protégez-vous, protégez les autres et surtout lisez !

Traverser la nuit d’Hervé Le Corre

Editeur : Rivages/Noir

Acheté dès sa sortie en début d’année, je m’étais mis ce roman de coté pour mes ultimes lectures de 2021. Annoncé comme un roman noir, c’est effectivement une lecture qu’il vaut mieux entamer avec un bon moral, tant le ton y est sombre.

Un homme est retrouvé à un arrêt de tramway, vraisemblablement ivre. Les flics le ramènent au poste de police et se rendent compte que son tee-shirt est ensanglanté. Pour récupérer l’habit, ils lui enlèvent les menottes mais le prisonnier en profite pour prendre un pistolet. Mis en joue, l’homme ne sait quoi faire, puis se jette par la fenêtre. Quelques étages plus bas, sur le trottoir, la flaque de sang s’agrandit.

Louise a pris la bonne décision ; elle a pris son fils Sam et a quitté le domicile conjugal. Elle n’en pouvait plus qu’il la roue de coups chaque fois qu’il avait trop bu. Après avoir conduit son fils à l’école, elle va faire le ménage chez des petits vieux et faire leurs courses, avec cette menace pesante que son mari pourrait bien la retrouver.

Le commandant Jourdan entre dans l’appartement. La voisine a entendu les coups de feu, cinq ou six. La femme a été abattue dans la salle de bains, les corps des trois enfants parsemés dans la salle de séjour et le couloir, tués froidement. Le forcené s’est réfugié dans sa belle famille pour les descendre. Quand Jourdan arrive, la maison est bouclée et il décide d’y aller seul.

Christian vit seul et rend souvent visite à sa mère. Il doit subir les différentes humeurs, en général mauvaises, de ses clients à qui il livre des matériaux de construction. Depuis son retour du Tchad, il est pris de bouffée de haine, qu’il assouvit en poignardant de jeunes femmes rencontrées au hasard. Justement, il vient d’en repérer une à la sortie d’un bar. Cela lui donne comme une bouffée, une pulsion incontrôlable.

Bâti autour de trois piliers, des personnages plus vrais que nature, inoubliables, Hervé Le Corre construit un roman noir implacable, d’une noirceur et d’une violence brutale. Que ce soit Louise, Jourdan ou Christian, il nous présente trois âmes en peine, en souffrance : Louise obligée de s’en sortir seule et sous la menace constante de son ex-compagnon, Jourdan plongé dans les pires horreurs des drames familiaux et Christian obligé de tuer pour calmer ses pulsions.

Toutes ces scènes mises bout à bout vont passer en revue leur vie somme toute banale, dans une société que l’auteur nous montre sans pitié, ayant perdu toute humanité, où on est capable de frapper, de tuer sans raison. Il est par conséquent difficile de retenir son souffle, d’autant plus qu’on s’empêche de respirer devant tant de noirceur, grâce à la minutie apportée à la psychologie des personnages principaux et secondaires.

Si on sait qu’Hervé Le Corre fait partie des meilleurs auteurs de romans noirs français, il confirme ici sa capacité à nous plonger dans une réalité d’une noirceur infinie grâce à sa plume capable de décrire l’horreur et de décrire poétiquement une ville en automne, où derrière les ombres se cachent les monstres. Comme je vous le disais, il vaut mieux avoir le moral avant d’attaquer ce livre fantastiquement noir, sans nuances, et ce n’est pas la fin qui va vous soulager. Malgré cela, le monde doit continuer à tourner …

Les Abattus de Noëlle Renaude

Editeur : Rivages

Premier roman remarqué en 2020, surtout chez mes copains blogueurs, il fallait que je me fasse mon avis sur ce livre au ton si singulier. Surprenant autant que passionnant, il vaut largement le détour.

De 1960 à 2018, le narrateur dont nous ne connaitrons pas le nom va raconter sa vie miséreuse entre son père alcoolique et violent et sa mère baissant la tête, harcelé et malmené par ses deux grands frères. Malgré une vie de pauvreux, car seul le père travaille, il va regarder et analyser son environnement pour avancer dans sa vie.

Un jour, le père part retrouver une plus jeune, une plus belle et la famille se retrouve encore plus dans grise. Il faudra quelque temps à la mère pour trouver un remplaçant, Max, qui fait la loi parce qu’il ramène de l’argent au foyer. Puis vient la naissance de la demi-sœur, Ola, et Max se retrouve ébloui devant la perle de ses jours.

La mère, elle, sombre dans un désespoir sans fond, minée par sa vie sans lumière et par les faits-divers du voisinage tels ces voisins retrouvés égorgés. Un jour, elle sort, comme absente, ailleurs, et trouve le courage, les dernières forces pour se jeter sous un train. La mort de la mère va être le premier bouleversement de sa vie.

A l’ouverture de ce roman, le langage parlé du narrateur, sans dialogues, fait d’expressions communes et populaires nous plonge dans le quotidien d’une famille sans le sou, dans une campagne anonyme. Sans en avoir l’air, l’auteure nous convie dans son monde de petites gens, vu par un témoin privilégié.

Le narrateur va trouver des comparaisons simples, presque poétiques pour décrire son environnement et montrer leur vie, comment les petits événements s’enchainent, comment les petits actes s’emboitent pour créer une petite vie. Une fois que l’on est entré dans cet univers, il est bien difficile à en ressortir.

Car le ton n’est pas désespérant, plutôt gris, et le narrateur, malgré toutes les morts qui vont s’amonceler, va avancer avec ce ton unique d’observateur détaché. Car on y trouve aussi une vraie intrigue, d’innombrables personnages formidablement décrits et nombre de mystères qui ne seront levés (pour certains) qu’au tout dernier chapitre.

Indéniablement, ce premier roman est plus qu’emballant, par son ton unique et sa façon originale d’aborder la vie des petites gens sans esbroufe. On est plongé dans cette vie, immergé dans ce quotidien faits de rencontres, réussies ou ratées. Cela donne une impression de véracité que l’on croise rarement.

Le chouchou de l’été 2020

Allez, finies les vacances ! Il va falloir retourner au boulot. Avant que les nouveautés ne débarquent, même si quelques unes sont déjà sorties, voici un petit récapitulatif des avis publiés cet été qui devrait vous permettre de trouver votre bonheur. Comme l’année dernière, j’ai classé les titres par ordre alphabétique de leur auteur et trouvé un adjectif pour qualifier chacun d’eux. A vous de choisir :

Regarder le Noir (Belfond) : Pépites noires à découvrir

Itinéraire d’un flic de Luis Alfredo (Ska) : L’intégrale d’un inspecteur au look mitterrandien

La compagnie des glaces 15-16 de GJ.Arnaud (French Pulp) : LA saga de SF

Indio de Cesare Battisti (Seuil) : Une autre vision de la découverte des Amériques

7 milliards de jurés de Frédéric Bertin-Didier (Lajouanie) : un brûlot intelligent

Holmes (1854/1891 ?) : Livre V – Le frère aîné de Luc Brunschwig et Cecil (Futuropolis) : Visuellement magnifique

Hit the road de Dobbs et Khaled et Josie de Rosa (Comix Buro) : Un hard-boiled violent

Le jour où Kennedy n’est pas mort de RJ.Ellory (Sonatine) : Uchronie kennedienne

Sauve-la de Sylvain Forge (Fayard) : un thriller à messages

La place du mort de Pascal Garnier (Points) : Une machination noire et implacable

Mauvaise graine de Nicolas Jaillet (Manufacture de livres) : les femmes enceintes sont les super-héroïnes de notre société

Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte de Thierry Jonquet (Points) : une vision cyniquement drôle de nos banlieues

L’affaire Silling de Stéphane Keller (Toucan) : Scandale à l’approche de l’élection de Mitterrand

La chronique de Clara : Dôme de Stephen King (Livre de poche) : Ma fille présente …

Marseille 73 de Dominique Manotti (Equinox) : Assassinats de maghrébins dans la cité phocéenne

Reflux de Franck Membribe (Horsain) : Refaire sa vie en oubliant son passé

Hier est un autre jour de Muriel Mourgue (Ex-Aequo éditions) : vision futuriste de notre société

Dans mon village, on mangeait des chats de Philippe Pelaez et Porcel (Grand Angle) : une vision des Institutions Spécialisées d’Education Surveillée

Terres brûlées d’Eric Todenne (Viviane Hamy) : Enquête policière avec de superbes personnages et une histoire forte

Le titre du chouchou de l’été 2019 revient donc à Trouver l’enfant de Rene Denfeld (Rivages Noir), pour son univers sombre, son personnage principal hors du commun, sa poésie, son ambiance de l’enfance et pour ce style et sa construction fantastiques

J’espère que ces avis vous auront été utiles dans vos choix de lecture. Je vous souhaite un bon courage pour la reprise et vous donne rendez-vous le mois prochain pour un nouveau titre de chouchou. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

Trouver l’enfant de Rene Denfeld

Editeur : Rivages Noir

Traducteur : Pierre Bondil

Il est des romans qui, dès les premières pages, vous éblouissent. Il est des romans qui, dès les premiers chapitres, vous emportent. Il est des romans qui, dès la dernière page tournée, vous impressionnent, pour lesquels vous êtes sûrs de ne jamais les oublier. Trouver l’enfant de Rene Denfeld est de ceux-là.

« C’était une petite maison jaune donnant sur une rue déserte. Elle dégageait une impression de découragement, mais de cela, Naomi avait l’habitude. La jeune mère qui ouvrit la porte était frêle et paraissait beaucoup plus âgée qu’elle ne l’était. Ses traits semblaient tirés et fatigués. »

Naomi Cottle se présente chez les Culver, au pied des montagnes enneigées de l’Oregon. Madison, leur petite fille de cinq ans a disparu depuis trois ans, trois longues années durant lesquelles leur vie s’est liquéfiée mais l’espoir est resté caché en eux comme une ombre. Les nombreuses battues dans les bois, les avis des médiums n’ont eu aucun effet.

Naomi est une détective spécialisée dans la recherche d’enfants perdus et a acquis une notoriété grâce à quelques affaires qui ont fait grand bruit. Elle demande à voir la chambre de la petite, d’une tristesse infinie par l’absence qu’elle implique. Ils étaient partis chercher leur sapin de Noël dans le hameau de Stubbed Toe Creek. Le temps de scier le tronc, Madison avait disparu. Naomi les prévient que Madison est peut-être morte, ou du moins que si elle revient, elle sera différente. Puis elle se rend sur place …

La fille de la Neige se rappelle de sa naissance, au milieu d’un paysage neigeux. L’homme l’avait portée sur ses épaules, des peaux de bêtes pendaient à sa ceinture. Elle se réveilla dans le noir, un espace clos qui lui faisait peur. Alors elle appela Papa et Maman mais l’homme s’en alla. Petit à petit, elle se prit à imaginer des contes merveilleux, des histoires lumineuses pour éclairer son quotidien.

Trouver l’enfant est un roman qui l’on lit lentement pour se laisser prendre sans ses filets, avec un style expressif et un ton résolument original, capable de vous coucher dans une ouate poétique alors que le sujet est éminemment dur et violent. Deux points de vue vont se compléter en faisant avancer l’intrigue, celui de Madison, petite fille rêveuse qui s’invente un monde féerique et Naomi plongée dans le réel et hantée par son passé.

Naomi va revivre des passages de sa propre histoire passée et s’immerger dans un présent mystérieux au milieu des forêts enneigées, pour rencontrer les habitants d’un village renfermé sur lui-même, tous plus inquiétants les uns que les autres. Madison va être élevée comme un animal de compagnie par l’homme qui s’appelle B et va fuir son présent dans des histoires qu’elle va s’inventer, des contes de fées lui permettant de survivre.

Si l’intrigue ne réserve pas ou peu de surprises quant à l’identité du geôlier, c’est bien par ce mélange de poésie et de violence, magnifié par un style toujours juste et minimaliste qui rend sa lecture addictive et nous ouvre les yeux par sa beauté poétique et sa justesse émotionnelle de tout instant. Ce roman est le premier d’une série dont le deuxième tome La fille aux papillons vient de sortir et il est impossible de résister à l’attrait de lire la deuxième enquête de Naomi tant le plaisir fut grand. Trouver l’enfant fut pour moi une découverte inoubliable.

Il serait injuste de ne pas citer l’avis qui m’a donné envie de lire ce roman, à savoir celui de Jeanne Desaubry

Janvier noir d’Alan Parks

Editeur : Rivages

Traducteur : Olivier Deparis

J’étais passé au travers de ce roman, qui était pourtant un premier roman fortement conseillé par Velda et Claude. Mon ami Richard m’a rattrapé au bond en le qualifiant pour les finalistes du Grand Prix Du Balai de la Découverte.

Harry McCoy est demandé à la prison de Glasgow à la demande d’un prisonnier, qu’il connait pour avoir participé à son arrestation. Il n’a aucune idée de la raison pour laquelle il lui a demandé de venir. Et il est très surpris d’apprendre de la bouche d’un prisonnier qu’une jeune fille va être assassinée. Il ne connait que son prénom, Lorna et sait qu’elle travaille dans un restaurant de luxe. McCoy ne prend pas cela bien au sérieux et va passer la soirée avec une jeune prostituée Janey.

Le lendemain, il décide tout de même de chercher cette Lorna, et découvre rapidement où elle travaille, où elle habite, mais ne la trouve pas. C’est devant la gare routière qu’il la trouve, menacée par un jeune homme, qui sans hésiter, la tue avant de retourner l’arme contre lui. Pour Murray, le chef de McCoy, l’affaire est claire : une femme s’est fait tuer par un homme qui s’est suicidé. Mais pourquoi ?

McCoy, réputé pour sa persévérance, va mener son enquête et découvrir que Lorna Skirving était bien serveuse au Malmaison, mais elle profitait de ce poste pour se prostituer auprès de la clientèle riche, afin d’arrondir ses fins de mois. L’autopsie démontre même qu’elle avait subi des coups, ce qui fait penser à des relations sado-maso. Quand l’indic en prison se fait égorger dans les douches, la langue coupée, McCoy part en croisade …

Dès les premières pages, on sait que l’on est dans un roman anglo-saxon. Dès les premières pages on sait que l’on est dans un très bon roman. Dès les premières pages, on sait que l’on va en prendre plein la tête. Car on est jeté dans le bain dès les premières pages et le bain n’est pas vraiment chaud ni accueillant. Si le début est surprenant, bien vite, le décor est bien glauque et les événements bien crades.

Le personnage central McCoy est imposant, charismatique et c’est le genre de personnage que l’on vet absolument retrouver. Son passé va au fil des pages nous être révélé : sa mère est morte tôt, son père est violent, il a connu une enfance dans des centres sociaux, maltraité mais toujours protégé par Stevie Cooper, son meilleur ami. Aujourd’hui, avec 30 années au compteur, il est le mentor du tout jeune inspecteur Watson, dit Wattie, et marine sa haine envers le clan Dunlop, les ultra-riches de Glasgow qui se croient tout permis.

Tout y est bien fait dans ce roman, à tel point que l’on a des difficultés à croire que ce n’est qu’un premier roman. Tout y est aussi un peu classique, entre l’inspecteur cassé par la vie, son penchant et ses liens avec le côté obscur, le combat des pauvres contre les riches, la corruption de la police et des flics. Mais cela est bigrement bien fait, avec cette sensation que l’auteur improvise, se contente de suivre son personnage principal partout où il l’emmène.

Alors, on se passionne pour ce roman, pour cet univers infernal, ce Glasgow noir et sanglant, avec au milieu un personnage humain, avec ses qualités et ses faiblesses. Car ce McCoy est terriblement attachant et l’on n’a qu’une envie : le retrouver dans une prochaine aventure. Ça tombe bien : February’s son est sorti en Angleterre cette année. Nul doute qu’on le retrouve chez nous l’année prochaine. Et je serai au rendez-vous.

Ne ratez pas l’avis de Velda, et Yan

Oldies : Night Train de Nick Tosches

Editeur : Rivages Noir

Traducteur : Julia Dorner

Quand j’ai décidé de consacrer cette année 2018 à la collection Rivages Noir, je m’étais dit que cela me donnerait l’occasion de lire des auteurs que j’adore. Ce roman-là, je l’ai déjà lu une fois, j’en parlerai plus bas, et je l’ai relu dans le cadre de la sélection 2019 du Grand Prix des Balais d’Or (N°630).

L’auteur :

Nick Tosches, né le 23 octobre 1949 à Newark, dans l’État du New Jersey, est un écrivain, romancier, poète, biographe et journaliste rock américain.

Né d’un père italo-albanais et d’une mère irlandaise, Nick Tosches grandit à New York. Après divers petits boulots, il publie ses premiers papiers dans les magazines de rock Creem et Fusion.

Son premier ouvrage, Hellfire, une biographie de Jerry Lee Lewis publiée en 1982, le place d’emblée au rang des écrivains majeurs de la scène musicale. Les biographies qu’il a écrites par la suite retracent les itinéraires de Dean Martin, Michele Sindona, Sonny Liston, Emmett Miller (un des derniers chanteurs de minstrel show) et Arnold Rothstein.

Nick Tosches a également publié un recueil de poésie, Chaldea (Chaldea and I Dig Girls, 1999) et quatre romans policiers : La Religion des ratés (Cut Numbers, 1988), qui remporte en France le prix Calibre 38, Trinités (Trinities, 1994), un roman noir opposant la pègre asiatique et la mafia sicilienne, La Main de Dante (In the Hand of Dante, 2002), dans lequel des mafieux tentent de mettre la main sur un manuscrit de La Divine Comédie que possède le Vatican, et enfin, Moi et le Diable (Me and the Devil, 2012), dont le point de départ est la rencontre entre un écrivain vieillissant et une envoûtante inconnue, une nuit, dans un bar de New York.

Le Roi des Juifs (King of the Jews, 2005) est une biographie romancée du gangster Arnold Rothstein. Des articles et divers textes de Nick Tosches ont en outre été publiés dans les revues Vanity Fair et Esquire. La plupart de ces écrits sont regroupés dans le recueil The Nick Tosches Reader en 2000. En 2009, Nick Tosches fait paraître Never Trust A Loving God, un ouvrage écrit en collaboration avec son ami et peintre Thierry Alonso Gravleur.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Devenu champion du monde des poids lourds en 1962, Charles Sonny Liston semblait avoir exorcisé son passé de fils d’esclave. Il s’était frayé un chemin jusqu’au sommet, et ceux qu’il affrontait sur le ring disaient que personne ne pouvait l’arrêter. Ses liens avec la pègre en avaient fait un champion craint mais impopulaire. Et lorsqu’il perdit son titre face à Muhammad Ali, presque sans combattre, tout le monde eut l’air de s’en moquer.

On connaît les qualités de Nick Tosches quand il s’agit de rendre le réel aussi passionnant qu’un roman. Il avait déjà percé à jour le mystère Dean Martin et mis en lumière les démons de l’Amérique dans Dino (Rivages/Noir n° 478). On lit avec la même passion son récit de la vie du boxeur Sonny Liston, personnage également énigmatique.

Témoignages, documents officiels, archives privées, tout est matière pour Nick Tosches qui brosse le portrait d’un homme pitoyable et mythique, dans un style expressif et dense qui révèle son immense talent d’écrivain.

Mon avis :

Être ou ne pas être, là est la question. Relire ou ne pas relire des romans que j’ai déjà lus et adorés, là est la question. Et c’est réellement la question que je me pose alors que je viens de relire ce roman. Comme je l’ai dit, ce roman est sélectionné pour le Grand Prix des Balais d’Or 2019 et donc je me suis re-penché sur ce livre sur l’insistance de mon ami Richard. Si on peut le classer dans la catégorie Polar, c’est bel et bien la biographie de Sonny Liston, champion du monde de boxe des Poids Lourds en 1962.

Les biographies ne sont pas ma tasse de thé, mais je dois dire que Nick Toshes, auteur trop méconnu en France, a l’art d’insuffler un rythme rapide, avec son écriture coup de poing. J’attends d’une biographie qu’elle soit documentée, passionnante, et vivante. Pour la documentation, elle est impressionnante puisque l’auteur fait intervenir des extraits de journaux, des interviews et des personnages dont il va résumer leur vie. Ce roman noir biographique est passionnant, oh oui !, car il nous montre et dénonce l’esclavagisme, le racisme, et surtout l’emprise de la mafia ou des mafias sur un sport qui permettait de se faire beaucoup d’argent rapidement et sans risque. Vivante, éloquente, incroyable, cette histoire l’est assurément.

Incroyable de voir comment Sonny Liston n’a jamais ressenti de frontière entre bien et mal, comment il a participé à des meurtres payés par la mafia, comment il était doué, comment il était lié à la religion, comment il adorait les enfants. Incroyable, ce personnage l’est par sa dualité bon / mauvais, et c’est probablement pour cela qu’il a été aussi mal aimé par le peuple américain. Incroyable, ce roman l’est par la passion que Nick Toshes y a mise, s’impliquant dans certains passages en parlant à la première personne, et en restant derrière les faits comme le journaliste génial qu’il est. Incroyable, cette dénonciation l’est, de toutes les magouilles, à tous les niveaux, les corruptions, les contrats faussés et les paris arrangés d’avance. Incroyable, l’itinéraire de cet homme l’est, à qui on n’a voulu donner sa chance que tard dans sa vie, dont la défaite face à Mohamed Ali est empreinte de doute, dont la mort est encore aujourd’hui empreinte de bizarreries et de contradictions.

Que vous dire d’autre ? Il vous faut lire, dévorer, les romans de Nick Toshes, celui-ci, mais aussi Dino, qui retrace la vie de Dean Martin, sans oublier ses premiers polars ou même La main de Dante. Voilà les romans que j’ai adorés de cet auteur et que je vous recommande pour une analyse juste et rageuse de la société américaine.

Les damnés ne meurent jamais de Jim Nisbet

Editeur : Rivages Noir

Traducteur : Freddy Michalski

Quand j’ai décidé de consacrer cette année 2018 à la collection Rivages Noir, je m’étais dit que cela me donnerait l’occasion de découvrir de nouveaux auteurs. Ce roman-là, je l’ai pioché totalement par hasard, dans la deuxième rangée de ma bibliothèque (N°84).

L’auteur :

Jim Nisbet, né le 20 janvier 1947 à Schenectady dans l’État de New York aux États-Unis, est un poète et un écrivain américain de roman policier.

Diplômé en Lettres de l’Université de Caroline du Nord, il exerce plusieurs petits métiers (charpentier, ébéniste, marin…) avant de s’installer à San Francisco où il dirige une société de design et d’équipement pour les industries de postproduction de vidéographie. Il réside encore aujourd’hui dans cette ville qui sert de cadre à la plupart de ses romans policiers.

Plusieurs de ses romans noirs traitent de pulsions sexuelles troubles. Ainsi, dans Les Damnés ne meurent jamais (1986), un écrivain en manque d’inspiration rêve d’assassiner sa femme. Dans Le Chien d’Ulysse (1992), relate une passion homosexuelle dans l’Ouest américain mythique des cow-boys où sévit une forte criminalité. Dans Sous le signe du rasoir (1997), un riche fabriquant de chevalets de torture pour sadomasochistes se retrouve au centre d’une série d’assassinats.

Comme William Bayer, Jim Nisbet entretient un rapport particulier avec l’éditeur Rivages qui l’a toujours soutenu et publié. Refusé en 1997 aux États-Unis, You Stiffed Me a été publié par Rivages sous le titre Sous le signe du rasoir. Il sera publié sur le sol américain neuf années plus tard sous le titre The Price of the Ticket.

En 2013, Traversée vent debout est nommé au 65e grand prix de littérature policière.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

J’ai toujours voulu écorcher une femme. La ligne était tapée sur une feuille de papier blanc engagée dans la machine à écrire. Dans l’appartement d’à côté, les flics découvrent un des crimes les plus sanglants de l’histoire de San Francisco. Qu’avez-vous entendu? demande Windrow. Des coups ? Une détonation? Des cris? Oh, non ! C’était plus subtil que ça… Cette femme faisait l’expérience de la douleur. Une douleur compliquée, très profonde. Cette sorte de douleur était nouvelle pour elle, choquante. Mais on aurait dit que cette douleur la séduisait et qu’elle n’était pas en mesure de l’arrêter. Ce premier roman avait été qualifié de Super Thriller par le L.A. Times. Depuis, Nisbet s’est fait connaître comme le spécialiste des situations extrêmes, passé maître dans le dosage savant de l’horreur et de l’humour très grinçant.

Mon avis :

A l’origine, tout devait bien se passer, comme une lettre à la poste. Justement, Martin Windrow, détective de son état, devait en porter une, de lettre. Il est en effet chargé de donner en mains propres les papiers de divorce à Herbert Trimble. Mais quand il arrive, il trouve dans l’appartement toute une escouade de police. En effet, il n’y a pas de Trimble dans cet appartement, mais bien une jeune femme assassinée, horriblement assassinée. Et sur le bureau, il y a une feuille de papier engagée dans la machine à écrire où est inscrit : « J’ai toujours voulu écorcher une femme ».

On pourrait voir dans ce roman un énième roman de détective. Et pourtant, la première partie ressemble plus à un jeu de cache-cache, puisque Windrow cherche un homme qu’il n’a jamais vu … et il se trompe tout le temps. Puis arrive le moment de l’enquête proprement dite, où Windrow se fait embaucher. Et il faudra tout son talent de déduction pour comprendre les ficelles emmêlées de cette intrigue.

On y trouve donc beaucoup d’humour, autant dans l’intrigue que dans les dialogues pleins de réparties drôles. On y trouve aussi une ville de San Francisco qui se transforme en ville Gay. On y trouve tous les codes du polar, le détective, une affaire complexe dans lequel il est entraîné malgré lui, des femmes fatales, des scènes de bagarre, mais elles sont joliment détournées, retournées, tournées en ridicule. Ce n’est pas une parodie, d’après ce que j’ai pu lire dans Le Dictionnaire des Littératures Policières, mais bien une façon de surprendre le lecteur et de lui faire passer un excellent moment de lecture.

Enfin, il y a ce style à la fois direct et parfois pris d’une envolée poétique, qui donne des phrases magiques, des moments inouïs de beauté. On y trouve aussi des dialogues qui claquent, complètement réalistes, et un découpage des scènes très cinématographiques. Pour un choix de lecture pris au hasard, ce fut un coup de chance pour une excellente découverte et nul doute que je reviendrais dans l’univers de Jim Nisbet.

Scarface d’Armitage Trail

Editeur : Rivages Noir

Traducteur : Frank Reichert

Quand j’ai décidé de consacrer cette année 2018 à la collection Rivages Noir, je m’étais dit que cela me donnerait l’occasion de lire quelques classiques. En termes de romans de gangsters, Scarface en est même le précurseur !

L’auteur :

Armitage Trail, nom de plume de Maurice Coons, né le 18 juin 1902 à Madison, dans l’État du Nebraska, aux États-Unis, et mort le 10 octobre 1930 à Los Angeles, en Californie, est un écrivain américain, auteur de roman policier.

Son père est imprésario dans le théâtre. Dès l’âge de 16 ans, il se consacre à l’écriture. Il écrit d’abord, sous son patronyme, des nouvelles policières pour divers pulps. Puis, selon Claude Mesplède, « il devient l’unique auteur de plusieurs numéros de magazines policiers en utilisant divers pseudonymes »

En 1929, il donne un premier roman intitulé The Thirteenth Guest. En 1930, il fait paraître l’œuvre qui le rend célèbre, Scarface, l’histoire de l’ascension d’un jeune gangster de Chicago. Selon le critique littéraire, « si le protagoniste est inspiré du célèbre gangster Al Capone, le récit n’a qu’un lointain rapport avec la véritable histoire de celui-ci ». Armitage Trail qui s’est servi de sa connaissance du milieu et de la mafia de Chicago, écrit dans ce roman une « reconstitution de l’époque de la prohibition […] rendue d’excellente façon et relève presque du documentaire ».

Scarface est adapté à deux reprises au cinéma : en 1932, dans un film réalisé par Howard Hawks sur un scénario de Ben Hecht et, en 1983, dans une réalisation de Brian De Palma sur un scénario d’Oliver Stone.

Appelé à Hollywood pour devenir scénariste, il meurt, à 28 ans, d’une crise cardiaque dans un cinéma de Los Angeles.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Dans les rues de Chicago au début du XXe siècle, sous le regard inquiet de son frère aîné Ben, un policier, le jeune Tony Guarino, montre d’évidentes dispositions pour les activités délictueuses. Vite nommé second d’un caïd local, puis revenu balafré de la Première Guerre

mondiale, il va connaître une ascension fulgurante au sein de la pègre, avant d’en devenir le  » big boss « .

Façonnée par la violence, sa vie s’achèvera de la même manière, dans un face-à-face tragique avec son propre frère. La réédition d’un grand classique des années 1920,

Premier roman de gangsters inspiré de la vie d’AI Capone, adapté par Howard Hawks en 1932 puis modernisé par Brian De Palma en 1983.

Mon avis :

En introduction de ce roman, on trouve un article de Maxime Jakubowski nous présentant la biographie d’Armitage Trail. Il est hallucinant d’apprendre qu’il est mort à 28 ans, qu’il n’a pas connu le succès de son livre, ni les films qui en ont été adaptés. Se basant sur la vie d’Al Capone, la légende veut que ce dernier n’ait pas lu le livre. Et pourtant, il aurait pu se reconnaître dans chaque page.

Tony Guarino a été élevé dans une famille bien comme il faut. Sa mère se démène au travail pour leur donner une éducation décente, son frère est policier et sa sœur poursuit ses études. Mais lui en veut plus. Il tombe surtout amoureux de Vyvyan Lovejoy, la femme du caïd d’un quartier de Chicago Al Spingola. N’écoutant que sa soif de violence, il flingue le malfrat et se retrouve obligé de s’engager dans l’armée pour se faire oublier de la police. A son retour, avec une balafre sur la joue gauche, il apprend qu’on le croit mort. Il change donc de nom, s’engage en tant que tueur dans le gang de Lovo et commence une ascension sociale à base de meurtres et de guerre des quartiers.

En 220 pages, Armitage Trail va donner naissance à un nouveau genre dans le polar : le roman de truand. Ecrit sur une base de phrases courtes, amoncelant les scènes avec énormément de créativité et une logique implacable, ce roman ressemble à une biographie qui se lit d’une traite. Oubliez Mario Puzo et son parrain, qui va vous sembler bien terne. Il y a dans ce roman de la passion, de la violence, de la stratégie, et une histoire magnifique, inoubliable, grandiose.