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Oldies : La reine de la nuit de Marc Behm

Editeur : Rivages Noir

Traducteur : Nathalie Godard

Je continue ma rubrique Oldies qui est consacrée en cette année 2018 à la collection Rivages Noir. Voici un roman choisi presque par hasard dans ma bibliothèque, puisque j’ai suivi le bandeau signé Romain Slocombe : « L’apocalypse érotique du IIIème Reich ».

L’auteur :

Marc Behm, né le 12 janvier 1925 à Trenton, New Jersey, mort le 12 juillet 2007 à Fort-Mahon-Plage (Somme), est un écrivain de roman policier et un scénariste américain ayant vécu à Paris en France. Behm a écrit le scenario du film Help ! des Beatles (1965) et de Charade (1963). Son roman le plus connu est le roman noir surréaliste Eye of the Beholder (1980), traduit sous le titre Mortelle randonnée.

Behm a développé une fascination pour la culture française tout en servant dans l’armée américaine pendant la seconde guerre mondiale; plus tard, il est apparu en tant qu’acteur sur plusieurs programmes de télévision français, avant de s’y installer de façon permanente.

Ses romans font preuve d’un humour ravageur et d’un style surréaliste.

Quatrième de couverture :

La mère d’Edmonde Kerrl adorait Wagner, mais son père traduisait Shakespeare. Elle fut donc prénommée Edmonde en l’honneur du traître Edmund dans le roi Lear. Rien d’étonnant à ce qu’elle soit devenue la « reine de la nuit », ait rejoint le parti nazi sur un malentendu et, d’aventures en tribulations, se soit retrouvée membre des S.S. puis dans le lit d’Eva Braun…

Premier roman de Marc Behm au scénario pour le moins déroutant, la reine de la nuit est un livre à l’humour noir ravageur, dont l’exceptionnelle force subversive n’a pas fini de marquer les esprits. On peut y trouver une parenté avec le Inglourious Bastards de Tarantino, mais le ton de Marc Behm est unique comme l’est sa façon d’aborder le basculement dans la folie totalitaire à travers un thriller palpitant.

« Quoi qu’il en soit, un fabuleux roman. » Jean-Pierre Deloux, Polar

Mon avis :

Edmonde Kerrl, voilà un nom que je ne risque pas d’oublier, même si j’ai plus ou moins apprécié ce roman. Cette jeune femme va nous raconter sa vie, guidée par ses pulsions sexuelles et l’absence de son père, à travers la montée et la chute des nazis en Allemagne. De son adolescence et la découverte de ses premiers émois avec sa cousine jusqu’à sa condamnation à mort, elle ne nous cache rien et Marc Behm nous rend ce roman à la fois érotique et horrible, violent jusqu’à l’inacceptable et sarcastique.

Grossissant le trait jusqu’au grotesque, Marc Behm a certainement voulu montrer l’absurde du nazisme. Mais là où cela cloche, ce sont toutes ses libertés prises vis-à-vis de la vérité historique et le déroulement de l’intrigue qui place Edmonde toujours là où il se passe quelque chose.

Elle va fréquenter les plus hauts dignitaires de l’Allemagne, grâce aux innombrables orgies auxquelles elle participe, va frayer son chemin sans le vouloir, car elle n’est pas plus nazie qu’une autre. Elle est juste guidée par son égoïsme et son seul plaisir. Si au début j’ai bien accroché, surtout par l’acuité de la psychologie, j’ai petit à petit relâché mon intérêt par la violence de la fin. Vous êtes prévenus, c’est une sacrée charge contre le nazisme, sur un ton sarcastique et cynique mais c’était un peu trop pour moi.

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Oldies : Smoke de Donald Westlake

Editeur : Rivages Noir

Traducteur : Marie-Caroline Aubert

Quand j’ai décidé de consacrer cette année 2018 à la collection Rivages Noir, il fallait que j’insère un roman de Donald Westlake. J’adore cet auteur et pas seulement pour sa série Dortmunder. J’adore sa façon de regarder le quotidien de travers, sur un ton décalé. Et j’adore sa créativité dans ses scènes comiques.

L’auteur :

Donald Edwin Westlake, né le 12 juillet 1933 dans le district de Brooklyn, à New York et mort le 31 décembre 2008 à San Pancho au Mexique, est un écrivain et scénariste américain, également connu sous de nombreux pseudonymes (Richard Stark, Alan Marshall, Tucker Coe …). Auteur prolifique et polyvalent, il est notamment célèbre pour ses romans policiers humoristiques mettant en scène les aventures de John Dortmunder, Parker et Alan Grofield.

Westlake passe son enfance dans le quartier populaire de Brooklyn et complète ses études à l’Université d’État de New York à Binghamton. De 1954 à 1956, il accomplit son service militaire dans la US Air Force. De retour à la vie civile, il exerce plusieurs petits métiers. Il devient notamment rédacteur dans une agence de littérature. Cette fréquentation du milieu littéraire le décide à embrasser la carrière d’écrivain en 1958. Deux ans plus tard paraît son premier roman, Le Zèbre (The Mercenaries). La notoriété de l’auteur ne prend toutefois son envol qu’à partir de 1967, quand Divine Providence (God Save the Mark) décroche l’Edgar du meilleur roman policier de l’année.

Écrivain prolifique et éclectique, Westlake a écrit plus d’une centaine d’ouvrages, approchant bon nombre des genres de la littérature policière que ce soit le polar humoristique (son genre de prédilection), le roman policier, le roman noir, le thriller, le fantastique ou même la science-fiction. Il a remporté par trois fois le prix Edgar-Allan-Poe, et s’est vu décerner en 1993 le Grand Master Award par l’association des Mystery Writers of America.

Donald Westlake collabore à quelques scénarios ou les rédige seul : Flics et voyous (1973) par Aram Avakian, adaptation de son propre roman Gendarmes et voleurs (Cops and Robbers) ; Le Beau-père par Joseph Ruben, d’après une histoire originale de Westlake, écrite en collaboration avec Carolyn Lefcourt et Brian Garfield, et surtout Les Arnaqueurs, film de Stephen Frears, une adaptation du roman éponyme de Jim Thompson pour laquelle Westlake est nommé pour l’Oscar du meilleur scénario adapté en 1991.

En 2008, Westlake meurt d’une crise cardiaque la veille du Jour de l’an, alors qu’il séjourne au Mexique en compagnie de son épouse Abigail.

(Source Wikipedia adaptée par mes soins)

Quatrième de couverture :

Freddie Noon n’est pas un criminel endurci. Il se définirait plutôt comme  » semi-tendre « . Alors quand il choisit de cambrioler le laboratoire Loomis-Heimhocker, il envisage une petite effraction tranquille. Ce que Freddie ne sait pas, c’est que ce laboratoire est financé par les industriels du tabac et que si l’on y effectue des recherches sur le cancer, en aucun cas elles ne doivent aboutir à la conclusion que fumer pourrait… provoquer des maladies graves. Pour se garder de tomber par hasard (on ne sait jamais) sur des résultats gênants, les deux médecins qui dirigent le labo se sont intéressés au traitement du mélanome, et ils sont en passe de réussir ; ils ont mis au point deux formules qui ne demandent qu’un cobaye pour être testées. Freddie ne pouvait mieux tomber. Il y aura cependant des conséquences imprévues : il devient invisible, ce qui, même dans son métier, présente quelques inconvénients. Essayez donc de vous raser quand vous n’apercevez pas votre visage. Essayez de vous faire (bien) voir de votre femme. Comme le dit Freddie,  » être un homme invisible, c’est un job plutôt solitaire « . Westlake improvise brillamment sur le thème classique de l’invisibilité. Il en profite pour railler les travers de l’Amérique où l’anti-tabagisme prend des formes assez intolérantes et il prouve avec ce roman plein d’humour qu’il a toujours autant de souffle. Lire Westlake nuit gravement à la morosité.

Mon avis :

Donald Westlake a écrit tellement de romans, dans tous les genres, et sous différents noms, qu’il était bien difficile de faire un choix. Claude Mepslède a attiré mon attention sur celui-ci et c’est un pur plaisir de comédie. Et comme souvent chez Westlake, tout part d’un petit voleur, une profession qui devait être une passion pour cet auteur. Smoke est l’occasion de revisiter le mythe de l’homme invisible.

Freddie U. Noon (U comme Urbain, vous savez, le pape … et même les papes, il y en a eu plusieurs avec ce prénom ridicule, dixit Westlake) est donc un petit voleur et s’introduit dans la maison d’un couple de docteurs, qui font des recherches sur le cancer. Leur dernière trouvaille touche plutôt aux cancers de la peau, partant du principe qu’en gommant les pigments de la peau, on ne peut plus attraper le cancer. Ils en sont au stade de l’essai grandeur nature et obligent Freddie à prendre leur produit n°1, en mentant sur le fait que la fiole n°2 est un antidote. Freddie s’échappe et boit donc les 2 produits, devenant invisible.

Avec cette intrigue, Westlake décline son humour envers les chercheurs en médecine, mais aussi les avocats qui se font un fric monstre, leur rôle trouble en jouant sur tous les tableaux, et surtout l’industrie du tabac qui, en créant des sociétés derrière un écran de fumée ( !) paient des chercheurs pour démontrer que le tabac n’est pas nocif. Finalement, on s’aperçoit que les plus nocifs, les plus truands ne sont pas les petits voleurs mais bien les grands pontes, les légalistes et les scientifiques. Et le personnage le plus attachant s’avère être finalement le pauvre Freddie ! Un comble !

Donald Westlake disait que pour écrire un roman, il suffisait de partir d’une idée et de se laisser entraîner par l’intrigue, d’improviser. C’est totalement l’impression que l’on a en lisant ce roman. Car l’intrigue, qui suit plusieurs personnages de Freddie aux deux docteurs, en passant par les avocats ou les policiers, ne va jamais dans le sens où on pourrait le croire. On est tout le temps surpris et on se marre, voire on rit jaune quand Westlake nous sort une pique bien sentie envers une profession.

On retrouve tout le talent de Westlake dans ce roman pour construire ses scènes comiques : Les personnages sont décrits avec des termes et des comparaisons détournées ; les décors sont très détaillés et chaque détail prête à rire ; les scènes sont construites patiemment jusqu’à à arriver à une chute qui est bien souvent des chefs-d’œuvre de comique de situation. Il est grand temps de découvrir, lire et relire Donald Westlake, qui nous manque tant. Westlake, c’est de la lecture jouissive assurée.

Oldies : Quand se lève le brouillard rouge de Robin Cook

Editeur : Rivages Noir

Traducteur : Jean-Paul Gratias

Quand j’ai décidé de consacrer cette année 2018 à la collection Rivages Noir, je savais que j’allais lire un roman de Robin Cook, puisque c’est l’un de mes auteurs favoris. L’auteur de J’étais Dora Suarez a toujours décrit remarquablement bien le Mal, et ses origines. Pour l’occasion, j’ai lu le dernier roman qu’il ait écrit.

L’auteur :

Robert William Arthur Cook dit Robin Cook, né le 12 juin 1931 à Londres et mort dans la même ville le 30 juillet 1994 est un écrivain britannique, auteur de roman noir.

Fils de bonne famille (un magnat du textile), Robin Cook passe sa petite enfance à Londres, puis dans le Kent où la famille s’est retirée en 1937 dans la crainte de la guerre. Après un bref passage au Collège d’Eton, il fait son service militaire, puis travaille quelque temps dans l’entreprise familiale, comme vendeur de lingerie.

Il passe les années 1950 successivement :

à Paris au Beat Hotel (où il côtoie William Burroughs et Allen Ginsberg) et danse dans les boîtes de la Rive gauche,

à New York, où il se marie et monte un trafic de tableaux vers Amsterdam,

en Espagne, où il séjourne en prison pour ses propos sur le général Francisco Franco dans un bar.

En 1960, il rentre à Londres, où il accepte d’être un prête-nom pour Charlie Da Silva, un proche collaborateur des jumeaux Kray. Interrogé par la police néerlandaise à propos d’une escroquerie d’assurances liée au vol supposé d’une toile de Rembrandt, il prétend avoir définitivement renoncé à son passé de criminel en faveur d’une nouvelle vie d’écrivain.

Signé Robin Cook, son premier roman, intitulé Crème anglaise (The Crust on its Uppers, 1962), le récit sans concessions d’une descente aux enfers délibérée d’un homme dans le milieu des truands londoniens, obtient à sa publication un succès de scandale immédiat.

Suivront des romans de plus en plus noirs et d’un réalisme sordide quasi documentaire, notamment Comment vivent les morts (How The Dead Live, 1986) ; Cauchemar dans la rue (Nightmare In The Street, 1988) ; J’étais Dora Suarez (I Was Dora Suarez, 1990) et Quand se lève le brouillard rouge (Not Till the Red Fog Rises, 1994)

Après avoir bourlingué de par le monde et avoir exercé toutes sortes de petits boulots, il est décédé à son domicile à Kensal Green, dans le nord-ouest de Londres, le 30 juillet 1994.

Son autobiographie, The Hidden Files, publiée en 1992, est parue en français sous le titre Mémoire vive (1993).

(Source : Wikipedia adapté par mes soins)

Quatrième de couverture :

A sa sortie de prison, Gust, gangster professionnel, dérobe avec quelques complices deux mille passeports britanniques dont le prix au marché noir avoisine les mille livres l’unité. Un joli pactole que des truands londoniens veulent négocier avec des électrons libres de l’ex-KGB qui, eux, veulent écouler des têtes nucléaires en provenance des arsenaux de l’Armée rouge. Mais les services du contre-espionnage britannique sont sur l’affaire…

Mi-roman criminel, mi-roman d’espionnage, l’ultime œuvre de l’immense Robin Cook, est un mélange d’humour, de distance, de noirceur et d’humanité bouleversante. A découvrir absolument.

Quand se lève le brouillard rouge est le dernier roman écrit par Robin Cook (1931-1994) et peut-être son chef-d’œuvre. La sécheresse du ton accentue encore le pouvoir d’émotion de cette magnifique épure, à la fois distante et intimiste, comme traversée d’un prémonitoire sentiment d’urgence absolue et s’achevant dans un silence de mort… (Jean-Pierre Deloux, Polar)

Mon avis :

Le roman débute par Sladden, qui rend visite à un homme dans une chambre d’hôtel. Quand il sort un revolver, on sent bien que cela va mal se passer. Homosexuel et obsédé sexuel, il sait qu’il doit rapidement faire son boulot avant d’être l’esclave de ses pulsions contre lesquelles il aurait du mal à résister. Il demande au gars, russe d’origine mais titulaire d’un faux passeport anglais de s’allonger sur le lit. Il s’allonge derrière lui et lui tire une balle dans la tête. Puis il arrange la scène de crime en faux suicide.

Si on débarque en plein milieu de cette intrigue, Robin Cook va petit à petit nous donner les pièces du puzzle pour comprendre de quoi il en retourne. Un lot de passeports vierges a été volé par des truands, dont faisait partie Gust, qui vient de sortir de prison. Ce lot est convoité par la mafia mais aussi par des Russes menés par Gatov. Gust, qui est en probation, va se retrouver au centre d’un imbroglio et va se défendre comme il sait le faire : par la violence.

Ce roman est une vraie collection de tiroirs. Si Gust et son itinéraire sanglant sert de trame principale, nous allons voir apparaître la police, la mafia, la police et les services secrets. Robin Cook nous dépeint un monde dur, violent, sans pitié où tous les décors sont des ruelles sombres ou des bars douteux. Et chacun ne connait qu’un seul langage, celui de la mort. Si on a l’impression qu’on laisse peu de chances aux repris de justice, il en ressort aussi que les méchants ne sont pas ceux que l’on croit et qu’il y a toujours quelqu’un de plus horrible situé plus haut dans la pyramide du crime.

Si le roman est prenant à lire, c’est grâce à ses nombreux dialogues emplis de réparties humoristiques et cinglantes. Il en ressort une tension poisseuse et palpable. Et c’est bien le personnage de Gust, que l’on devrait haïr tant il est violent qui parvient à nous émouvoir. Sa descente aux enfers et la poisse qu’il porte à ses proches arrivent à nous faire éprouver de la sympathie pour lui alors qu’il flingue ceux qui lui parlent mal.

Avec le recul, ce dernier roman de Robin Cook nous montre ce qu’il pensait de la société Anglo-Saxonne. Tout le monde y est pourri, qu’il soit du bon ou du mauvais coté de la loi. Et on y trouve aussi que réflexions philosophiques sur la vie et la mort qui ont forcément des résonances particulières dans l’esprit du lecteur et du fan de Robin Cook que je suis : Après la mort, il n’y a rien, il n’y a plus rien.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Vincent chez Foumette ainsi que cette interview sur Youtube03

Claude Mesplède nous parle de Daniel Chavarria

Quand j’ai évoqué mon envie de faire un billet – hommage à Daniel Chavarria, Claude Mesplède, Le Pape du Polar m’a proposé deux billets. Et c’est un grand honneur pour moi d’accueillir Claude sur mon blog, à tel point que quand j’écris ces lignes, j’en ai des frissons de fierté. Je vais juste en profiter pour passer un message personnel à Claude : « Merci pour tout, nous nous sommes ratés à Lyon mais comme le disent les Chinois, seules les montagnes ne se rencontrent pas. Tu es le bienvenu, quand tu veux, sur ces pages. »

Je commence par un petit message que Claude Mesplède a adressé à l’association 813, annonçant la disparition de Daniel Chavarria :

Apres Jacques Higelin, Stephane Audran, madame Colluchi, Peter Temple, Paco Camarasa,  Philip Kerr, c’est à présent Daniel Chavarria, l’Uruguayen, brillant érudit parlant six langues + le grec et le latin (qui nous quitte). Ce colosse à la barbe blanche je l’avais rencontré pour la première fois à Madrid dans un hôtel où étaient hébergés les invités de la semaine noire (semana negra) qui prenaient le lendemain matin le train spécial (dit train de Franco) où l’on pouvait manger, tenir une conférence de presse, et tutti quanti

C’était en juillet 1995 et j’étais affalé dans un fauteuil très confortable de l’hôtel lorsque soudain un géant à la barbe blanche vint s’asseoir à côté de moi et m’interpella : « qui es-tu toi ? » Ma présentation devait être satisfaisante car l’inconnu fila dans sa chambre pour en revenir avec une bouteille de rhum cubain et la dégustation entrecoupée de confidences commença, puis vint se joindre à nous mon écrivain préféré Luis Sépulveda. Quelques années plus tard,  Daniel Chavarria, de passage à Toulouse, vint chez  moi où tout ce que compte le polar dans la région se joignit à nous et la discussion s’éternisa tard dans la nuit  et je peux dire que des soirées comme celles-là on n’en vit pas beaucoup dans son existence, si tant est qu’on en vive une.

 Puis, je vous joins un extrait de la revue 813, où Claude nous partage un entretien avec Daniel Chavarria :

II a exercé une flopée d’activités : chercheur d’or en Amazonie, infirmier a Londres, vendeur de ceinturons en Italie… avant de se lancer dans l’écriture. Claude Mesplède a rencontré cet aventurier du polar, Cubain d’origine uruguayenne, publié pour la première fois en France.

En février dernier, la parution dans la collection Rivages/Thriller du livre Un thé en Amazonie est un petit événement. Il s’agit de la première traduction en France de Daniel Chavarria, un romancier cubain de polars. Son livre, qui a reçu le prix Hammett 1992 au festival de Gijon est davantage un thriller avec, étroitement imbriqués, des éléments de notre histoire contemporaine, de l’aventure, de l’espionnage et de la politique-fiction.

450 pages que l’on dévore car Daniel Chavarria a vécu lui-même des aventures peu  communes. Cet humaniste érudit est aussi un prodigieux conteur capable dans le même livre d’écrire trois ou quatre histoires différentes et de les faire se rejoindre.

            Daniel, où es-tu né et que faisaient tes parents ?

Je suis ne le 23 novembre 1933 a San Jose de Mayo en Uruguay, une ville située à 92 kilomètres de Montevideo. Mon Père, fils d’un riche aristocrate, était chauffeur d’omnibus tandis que ma mère enseignait dans une école primaire. C’était une femme intelligente. Elle s’est beaucoup occupée de mon éducation.

            Comment s’est déroulée ton enfance ?

Nous habitions un quartier où logeaient les classes moyennes. En 1940, j’avais sept ans et le pays nageait dans la prospérité. L’Uruguay exportait du blé, de la viande, de la laine de mouton. On vivait bien pour le niveau de l’Amérique Latine. En comparaison d’aujourd’hui, l’éducation publique était assez bonne. Ma génération n’a pas connu les B.D. Par contre, on lisait beaucoup Alexandre Dumas, Jules Verne. On les connaissait par cœur. On y jouait. A neuf ans, j’ai appris l’anglais à l’école. Puis le français en secondaire. C’était obligatoire pour tous ceux qui faisaient des études classiques ou médecine. On étudiait en français la physiologie et l’anatomie.

            Ta scolarité a quand même été interrompue…

En effet. A 15 ans, je faisais partie d’un groupe théâtral, ce qui me mettait en contact avec des gens plus âgés. J’ai eu une crise. J’avais honte d’aller en classe avec des enfants, et  comme en plus les mathématiques ne m’emballaient pas, j’ai tout laissé tomber. A seize ans, je faisais partie de la bohème de Montevideo, avec des peintres et des artistes. J’ai cultivé la peinture, les arts, la littérature…

            C’est très tôt que tu décides de voir du pays…

Je voulais étudier le théâtre et comme j’avais des potes à Londres, je me suis pointé en Europe à 19 ans. Je suis parti là-bas le 6 janvier 1953 et j’y suis resté jusqu’en aout 1957. Quatre années durant lesquelles j’ai pu engranger des connaissances culturelles bien au-dessus de celles d’un jeune homme de mon âge. J’ai fait pas mal de petits boulots, eu des contacts avec des cercles d’artistes européens, parlé allemand, italien, français, anglais Visité l’Europe, le Maroc et même les Etats-Unis pendant deux ou trois mois. A mon retour, ma mère a insisté pour que je reprenne mes études. J’ai achevé le cycle secondaire en autodidacte. Vingt-neuf examens en six mois. Pour les maths, j’ai tout recommencé a zéro. Dans un café si bruyant qu’on était obligé de se concentrer. Et j’ai tout compris.

            Et tu entres alors à l’université …

Oui mais pas pour longtemps. Deux ans à la fac pour des études classiques. Puis je me suis marié et j’ai dû travailler pour nourrir ma famille. J’étais revenu d’Europe avec des idées de gauche et à partir de 1959, j’ai commencé à militer au PC. En 1961, je suis allé travailler en Argentine comme traducteur pendant deux ans. J’y rencontre des révolutionnaires du Pérou et je pars à Lima vendre des livres. Puis en Bolivie. Puis au Brésil alors gouverné par Joao Goulart, espoir de la gauche sud-américaine. A Baya, je prends part à une campagne d’alphabétisation lancée par le PC brésilien.

            En mars 1964, tu es là-bas lors du coup d’état qui renverse Goulart …

Oui et la chasse aux sorcières commence. Ma photo est publiée dans le journal avec la légende «agent subversif de la Havane». La police me recherche. Pour lui échapper, je me déguise en moine avec un habit fourni par le costumier d’une troupe de théâtre. J’ai dû  donner des bénédictions jusqu’à Belen de Para, à l’embouchure de l’Amazone. C’est là que je suis tombé sur un groupe d’orpailleurs. J’ai continué pendant 800 kilomètres avec eux. En pleine forêt vierge. Sans police, ni armée, mais avec le paludisme et les bestioles. A douze, en quatre mois, nous avons récolté huit kilos d’or.

            Tu quittes de nouveau la clandestinité pour bientôt t’installer à Cuba d’une  drôle de façon …

En 1966, je travaille dans le duty-free de l’aéroport de Bogota en Colombie. Un an après, dans les duty-free du port de Carthagène, puis de Buen Aventura. Je suis en contact avec les guérilleros de l’ELN pour aider et cacher des camarades blesses, les envoyer vers  Panama. J’apprends qu’un membre de notre état-major est passé à l’ennemi. Certain qu’il allait me dénoncer, je décide de détourner un avion Beachcraft d’une douzaine de places, qui allait sur Bogota. A Carthagène, on a fait le plein et mis le cap sur Cuba où je vis depuis.

            Tu vas alors t’attaquer à l’écriture romanesque …

Pas tout de suite, mais quelque dix ans après. J’ai d’abord commencé à travailler comme traducteur. Ce boulot prend beaucoup de temps, et avant d’écrire moi-même, j’ai traduit sept romans de l’allemand ainsi que divers textes techniques. Quand j’étais enfant, j’avais déjà une vocation de polyglotte et la conviction que les langues classiques (grec, latin) sont un formidable exercice pour l’écrivain que je voulais être. Je me suis mis à les étudier en autodidacte.

            Peux-tu nous présenter ton œuvre ?

Mon premier roman, Joy, date de 1978. II raconte comment la CIA introduit le virus de la tristesse dans les plantations d’agrumes cubaines. Je l’ai basé sur des faits réels car depuis 1959, ils ont bombardé de maladies la canne à sucre, le tabac, etc. A l’époque où je l’ai écrit, je travaillais comme professeur de français avec des biologistes cubains qui allaient suivre un stage en Corse. Le bouquin a eu un gros succès à Cuba et dans les pays socialistes. Le second, Completo Camaguey (1983) a été écrit avec Justo Vasco. Son sujet est analogue au précédent. La CIA veut contaminer la population avec une maladie de peau, en utilisant les pièces de cinq centavos qui servent à payer le bus. Avec Justo, nous avons aussi écrit Primiero Muerto (1986) dans lequel un Cubain trouve sur la cote un coffre avec des monnaies de l’époque de Philippe IV. Cette énorme fortune déclenche une spéculation internationale. Entre ces deux livres, j’ai publié La Sexta Isla (1984), qui m’a demandé un énorme travail. Une partie est écrite en espagnol du XVIIème siècle (Cervantès), et j’utilise la même construction littéraire que dans Un thé en Amazonie, en mélangeant la structure de trois romans qui se lisent différemment avant de se rejoindre.

            En 1993, tu as repris avec Justo Vasco, un de tes anciens livres pour le publier à l’étranger. Curieuse démarche …

Cela s’explique par la crise éditoriale cubaine. Nous manquons cruellement de papier et il a été décidé de ne plus publier de la fiction. Pour vendre Primero Muerto à l’étranger, il fallait le réécrire car la précédente mouture avait été réalisée avec l’objectif d’obtenir le prix du ministère de l’Intérieur. Pour que tu comprennes, il faut savoir qu’en 1970, à Cuba, il y a eu la création d’un prix par le ministère de l’Intérieur. L’obtention de ce prix permettait d’être publié, mais les récits devaient présenter la police de manière positive. Nous avons donc repris 90 pages du roman initial et réécrit le reste.

            Tu peux nous dire quelques mots sur Un Thé en Amazonie, (Alla  Ellos), ta première  traduction  en français ?

Je suis bien entendu très heureux que ce livre paraisse en France. J’ai mis trois ans à l’écrire. De 1977 à 1980. Il n’a été publié à Cuba qu’en 1991 car il a eu quelques vicissitudes avec la censure ainsi qu’avec les autorités cubaines. Ceci t’explique ce que je disais tout à l’heure, pourquoi nous avons réécrit Primero Muerto. Nous voulions être libres de toute concession vis à vis des militaires cubains.

            Et tes prochains romans ?

J’ai publié en 1994 Adios Muchachos, une histoire légère sur une prostituée cubaine. Je n’insiste pas sur l’aspect social, mais plutôt sur l’humour. J’ai attaqué en 1987 un autre gros roman. Comme je le voulais universel, je l’ai situé dans la Grèce antique, patrimoine de toute l’humanité. Je pense que pour arriver à la tragédie grecque, il faut une sensibilité comme celle de Robin Cook. Pour arriver à la compréhension de la Grèce marginale décrite par Aristophane, c’est plus facile depuis Macondo. J’ai donc écrit L’Œil de Cybèle (El Ojo dindymeno). Cybèle était une déesse nouvelle de la Phrygie, originaire d’Asie, que les Grecs avaient convertie en Rhee. Mon personnage central est un prêtre de la déesse. Un fou illuminé, très sensuel, qui a des rapports érotiques avec tout le monde et beaucoup d’humour. Une grande aventure commence lorsqu’un œil de la déesse est arraché et volé par une avant-garde de soldats athéniens. Une secte, fondée par le fou, doit récupérer cet œil. Je pense qu’on peut parler de roman noir. il en a tous les éléments : marginal, putes, maquereaux, esclaves, fugitif, sorcier, femmes étrangères. C’est aussi une tentative de reprendre les termes réels de la poésie brutale, sexuelle, etc… de la comédie grecque. J’ai utilisé tous les mots d’origine grecque qui ont été édulcorés au fil des temps pour cacher au peuple la véritable culture. Les Grecs n’avaient pas peur du corps.

            Tes projets ?

J’ai deux projets. Une histoire du tabac à Cuba et la réécriture de La Sexta Isla dans lequel je vais construire une polémique littéraire entre deux savants et introduire une confession inspirée de l’histoire de Richelieu et de madame de Chevreuse.

 

Enfin, pour terminer, voici l’avis de Claude sur Le rouge sur la plume du perroquet

Le rouge sur la plume du perroquet de Daniel Chavarria

Editeur : Rivages

Traducteur : Jacques-François Bonaldi

Ne en Uruguay et vivant à Cuba, Daniel Chavarria est un remarquable conteur dont on a pu apprécier le talent avec le superbe thriller Un the en Amazonie et le faux polar L’œil de Cybèle qui se déroulait dans la Grèce antique à l’époque de Périclès. Le voici aujourd’hui avec un nouveau roman solidement charpenté, Le Rouge sur la plume du perroquet.

Son sujet est simple : Aldo Bianchi, la cinquantaine, dirige une société immobilière en Italie. Il partage son temps entre Rome et La Havane depuis qu’il y a rencontré la jeune et explosive Bini, une beauté locale qui a changé sa vie sexuelle. Il va découvrir par hasard qu’un ancien militaire argentin, spécialiste des tortures les plus odieuses, vit a Cuba sous un nom d’emprunt et avec un solide compte en banque. En retrouvant celui qui l’a jadis torturé physiquement et mentalement, Aldo mitonne une vengeance raffinée. Il pourrait faire abattre le fasciste par des amis, mais il préfère mettre au point une machination diabolique dont il va parfaire les moindres détails avec l’aide de Bini.

Le Rouge sur la plume du perroquet est construit à la façon d’un puzzle dont chacune des pièces vient astucieusement s’imbriquer dans les précédentes, mais seulement en fonction du rythme décidé par Chavarria. Ainsi dans le premier tiers de son roman, il ne livre rien de la machination en préparation, préférant présenter la plupart des protagonistes. Puis le rythme s’accélère et la vengeance commence à poindre après qu’Aldo Bianchi ait identifié son bourreau grâce à un détail très original.

Quelques scènes d’anthologie émaillent le récit, notamment la fête d’anniversaire d’un ami d’Aldo ainsi qu’un repas organisé dans une prison avec la complicité des autorités. Cette dernière anecdote livre ainsi une vision inattendue de la société cubaine. Car s’il oscille souvent entre drame et comédie, Chavarria se situe toujours au cœur d’une réalité parfois contradictoire, mais bien vivante, la société cubaine. Et ce n’est pas le moindre mérite du livre de nous en faire découvrir quelques aspects. 

J’espère que toutes ces lignes vous auront donné envie de découvrir Daniel Chavarria. Je tiens juste à remercier Claude Mesplède pour sa confiance et son amitié, ainsi que Julie Perrier pour le coup de pouce qui a permis à ce billet de voir le jour. Et n’oubliez pas le principal, lisez !

Oldies : Adios Muchachos de Daniel Chavarria

Editeur : Rivages Noir

Traducteur : Jacques-François Bonaldi

C’est une rubrique Oldies en forme d’hommage que je vous propose puisque Daniel Chavarria nous a quitté le 6 avril dernier. Je ne connaissais ni l’homme, ni ses écrits, et pour l’occasion, Claude Mesplède Himself m’a fait l’honneur de me fournir un billet que j’aurais la chance de vous proposer dès vendredi.

L’auteur :

Daniel Chavarría est né à San José de Mayo, en Uruguay.

En 1964, lors du coup d’état militaire, Daniel Chavarría qui vivait au Brésil, s’enfuit pour travailler avec les chercheurs d’or en Amazonie. Plus tard, il s’est enfui à Cuba. Là, il a commencé à travailler comme traducteur et enseignant de latin et de grec. Par la suite, il a commencé sa carrière en tant qu’écrivain. Daniel Chavarría se définit comme un citoyen uruguayen et un écrivain cubain.

Le style d’écriture de Chavarría s’inscrit dans la tradition latino-américaine des écrivains politiques, tels que Gabriel García Márquez. Il a mentionné que lorsqu’il était enfant, il lisait Jules Verne, Emilio Salgari et Alexandre Dumas, et leur influence peut être détectée dans ses écrits. Par exemple, dans Tango pour un tortionnaire, l’influence du Comte de Monte-Cristo est claire.

La vie et les écrits de Chavarría montrent clairement son passé communiste et révolutionnaire. Il était un partisan bien connu de la révolution cubaine.

En 2010, Chavarría a remporté le Prix national de littérature de Cuba.

Chavarría est décédé à La Havane le 6 avril 2018, âgé de 84 ans.

(Source Wikipedia version anglaise traduit par mes soins)

Quatrième de couverture :

A Cuba, Les Jineteras sont des jeunes filles qui chassent le riche touriste étranger dans l’espoir qu’il les entretiendra pour un temps, ou mieux, leur proposera le mariage. Alicia a une méthode bien à elle qui consiste à porter un short très étudié et à monter sur une bicyclette… C’est ainsi qu’elle ramène dans ses filets un certain Juanito. Ils vont former un beau tandem ! Après Un thé en Amazonie, Daniel Chavarria nous offre un polar cent pour cent cubain où il manie un humour qui n’est pas sans rappeler celui de Donald Westlake.

Mon avis :

C’est au travers de la vie d’une jeune fille Alicia que Daniel Chavarria nous présente la vie à Cuba et la façon qu’ont les jeunes femmes de vivre face à l’ouverture au tourisme de cette île communiste. C’est l’humour omniprésent tout en dérision et en cynisme noir qui fait que l’on s’attache à ce roman dès les premières lignes. Après quelques chapitres sur Alicia, la rencontre avec John King, beau comme Alain Delon, va lancer l’intrigue sur des rails … surprenants.

Car l’histoire ne va jamais dans le sens où on l’espère ou du moins où on peut le penser. Les arnaqueurs sont en concurrence avec des arnaqueurs, tout le monde a au moins deux noms différents. Ce qui fait que l’on se rend vite compte que tout est bon pour arnaquer et récupérer de l’argent au détriment de l’autre. Malgré le fait que ce roman soit court, il s’y passe beaucoup de choses et l’on s’amuse de bout en bout.

Ce roman est finalement une belle démonstration : c’est l’argent et le sexe qui font tourner le monde ! Et il faut se méfier, les victimes ne sont pas forcément celles que l’on croit ! Avec son style alerte et ses remarques acerbes, tournant en ridicule les attitudes de ses personnages, ce roman s’avère un petit joyau de littérature noire et une lecture tout simplement jouissive.

La dernière chose que je dirai, c’est que j’ai eu beaucoup de difficultés à le trouver, puisqu’il est épuisé. Je ne peux que souhaiter de le voir réédité pour que tout le monde puisse le redécouvrir et redonner un peu de justice pour ce roman foncièrement et méchamment drôle.

Oldies : Meurtre à Greenwich Village de Kinky Friedman

Editeur : Rivages Noir

Traducteur : Frank Reichert

Je continue l’exploration de ma « collection » de Rivages Noir avec le premier roman de la série consacrée au détective Kinky Friedman.

L’auteur :

Richard S. (Kinky) Friedman, né le 31 octobre 1944 à Chicago, dans l’Illinois, est un chanteur, auteur-compositeur, romancier, chroniqueur au magazine Texas Monthly et homme politique américain. À l’élection de 2006, il est l’un de deux candidats indépendants au poste de gouverneur du Texas. Avec 12,6 % des voix, Friedman s’est classé en quatrième position dans la course à six. Surnommé le « Frank Zappa de la country », il joue dans divers films d’horreur, dont Massacre à la tronçonneuse 2, avant de commencer à écrire en 1986. Il s’impose très vite par son originalité, étant l’un des rares auteurs de roman policier à pratiquer l’auto-fiction avec une telle constance. Il a conquis un public éclectique, de l’ancien président Clinton à la romancière Fred Vargas qui le revendiquent comme l’un de leurs écrivains préférés.

Fils du Dr. S. Thomas Friedman, professeur d’université, et de Minnie Samet Friedman, il naît à Chicago, et sa famille déménage dans un ranch au Texas durant son enfance. Dès son très jeune âge, il développe un grand intérêt pour la musique et les échecs. À l’âge de sept ans, il est choisi pour faire partie d’un groupe de cinquante joueurs d’échecs locaux qui tentent de vaincre le grand maître américain Samuel Reshevsky lors de cinquante matches simultanés à Houston. Reshevsky remporte chacun des cinquante matches, mais Friedman est de loin le plus jeune compétiteur.

Il fait ses études à l’Université du Texas à Austin et obtient son baccalauréat en psychologie en 1966. C’est lors sa première année à l’université qu’il acquiert le surnom de « Kinky » en référence à ses cheveux frisés. Friedman sert alors pendant deux ans dans le Peace Corps à Bornéo.

Après un ralentissement de sa carrière musicale dans les années 1980, Friedman se convertit en auteur de romans policiers. Ses livres partagent certaines ressemblances avec sa musique, mettant en vedette une version fictive de lui-même, nommé Kinkster Friedman, dit Kinky, « un détective privé new-yorkais » qui enquête sur des crimes à New York, offrant blagues, sagesse, charme texan et whisky irlandais en quantités à peu près égales. Cet «ancien chanteur country qui fume toute la journée des cigares jamaïcains et considère l’existence avec une certaine nonchalance, […] joue au détective, assisté de son ami Ratso, une sort de Watson qui lui sert surtout de garde du corps ». Les romans de la série sont écrits dans un style direct inspiré de Raymond Chandler. À ce jour, il a également écrit quelques romans qui ne mettent pas en vedette le personnage de Kinky Friedman. Friedman écrit également une chronique régulière pour le magazine Texas Monthly depuis avril 2001, bien qu’elle ait été suspendue durant sa campagne au poste de gouverneur du Texas ; son dernier essai est paru dans le numéro de mars 2005.

Friedman vit au Echo Hill Ranch, le camp d’été familial près de Kerrville (Texas). Il est également le fondateur de Utopia Animal Rescue Ranch, dont la mission est de soigner les animaux errants, blessés, âgés et qui ont été victimes d’abus ; plus de 1 000 chiens ont été sauvés de l’euthanasie.

(Source Wikipedia adapté par mes soins)

Quatrième de couverture :

Le premier appel de Mc Govern à Kinky est pour lui apprendre qu’il y a un cadavre, avec onze roses dans la main, sur le plancher de l’appartement en face du sien. Le second est pour lui dire que les flics l’ont arrêté parce qu’ils ont trouvé l’arme du crime chez lui. Kinky sait bien que Mc Movern, reporter au Daily News, descend plus volontiers des verres d’alcool que ses semblables. Mais lorsqu’il trouve un reçu pour une douzaine de roses chez le journaliste, il n’est plus sûr de rien. Sauf que tout le monde est fou à Greenwich Village.

Mon avis :

Avec ce roman, me voilà obligé d’ajouter Kinky à la liste des personnages de détective dont il va falloir que je lise les aventures. Ce Meurtre à Greenwich Village a ce quelque chose qui le rend à la fois attachant, drôle et qui donne envie de retrouver Kinky. D’ailleurs, il n’est pas étonnant que Fred Vargas déclare que Kinky Friedman soit son auteur favori, tant on y retrouve des similitudes, surtout dans la façon de raconter une intrigue. On y retrouve une influence de Ken Bruen dans les dialogues à base de comique à répétition. Et je suis sur que les fans de la reine du Rom Pol et / ou ceux du noir vont se jeter sur ces livres.

Ce que j’en retiendrais, c’est une intrigue menée avec nonchalance, et remarquablement construite. On ne voit pas qui peut bien être le coupable, et on commence à comprendre l’affaire avec le dernier meurtre (Eh oui, il y en a plusieurs !). L’auteur va même se permettre un dernier chapitre où il nous raconte comment il a semé des indices dans tout le roman. Et je peux vous dire que c’est un vrai plaisir de se faire avoir comme cela.

Il y a ces personnages formidables, tous acteurs, scénaristes, drogués, homosexuels, à la mode du jour, passant leurs nuits dans les boites de ce quartier si « Hype » ! Et au milieu, Kinky est imperturbable, tout en cynisme et dérision, affublé de sa veste de chasse où il a remplacé ses cartouches par des cigares, regardant ses semblables avec un recul intéressant, ne se privant pas de critiquer le culte du paraître. Assurément, ce roman est pour moi une belle découverte.

Oldies : Pente douce de Joseph Hansen

Editeur : Rivages

Traducteur : Richard Matas

Je poursuis cette année 2018 avec une découverte de vieux ouvrages parus dans la collection Rivages Noir. Ce roman psychologique s’avère être une œuvre littéraire noire, située dans le monde homosexuel.

L’auteur :

Joseph Hansen, né le 19 juillet 1923 à Aberdeen (Dakota du Sud) et mort le 24 novembre 2004 à Laguna Beach (Californie), est un écrivain et poète américain, auteur d’une des premières séries policières ayant pour héros un enquêteur homosexuel en la personne de Dave Brandstetter.

Né dans le Dakota du Sud, Hansen est élevé dans une famille aux origines allemande et norvégienne qui déménage d’abord au Minnesota, puis dans la banlieue de Los Angeles en Californie en 1936.

En 1943, il travaille le jour dans une librairie de Hollywood et s’attelle le soir à l’écriture de poèmes et d’un roman. Devenu professeur à l’Université de Californie, il publie à partir de 1952 ses premiers poèmes dans les magazines Harper’s, Saturday Review et dans The New Yorker. Il rédige aussi des scénarios pour la série télévisée Lassie (1954-1974). Dans les années 1960, il reprend brièvement son travail de libraire, présente une émission de radio intitulée Homosexuality Today. Sa plume se consacre à la rédaction de biographies de stars du cinéma, mais il publie également des nouvelles dans un petit journal homosexuel, One Magazine, qui devient bientôt Tangents, et dont il assume la direction jusqu’en 1969. En 1970, il aide à l’organisation de la première Gay Pride à Hollywood, même s’il n’aimait pas le terme « gay » et s’est toujours décrit comme homosexuel.

Militant de la cause homosexuelle, Hansen est pourtant contraint, au début de sa carrière de romancier, de publier sous les pseudonymes de James Colton (ou Coulton) et de Rose Brock des textes de fiction qui abordent ce sujet tabou : Lost on Twilight Zone (1964), Strange Mariage (1965) et Homosexuel notoire (1968).

Auteur d’une quarantaine d’ouvrages, il est surtout connu pour ses romans policiers, signés de son nom, où enquête son héros récurrent, Dave Brandstetter, personnage ouvertement homosexuel, l’un des premiers de la littérature policière avec le détective Pharoah Love de George Baxt. Hansen a aussi écrit une série de courtes nouvelles mettant en scène le personnage de Hack Bohannon, Le Livre de Bohannon (Bohannon’s Book, 1988).

Hansen épouse en 1943 Jane Bancroft, elle-même lesbienne. Cette union, qui donne naissance à une fille, ne prendra fin qu’à la mort de Jane Bancroft en 1994.

Hansen meurt d’une crise cardiaque en 2004.

Quatrième de couverture :

« Les égratignures des ongles de Moody sur le bras de Cutler sont profondes et saignent encore. Elles le brûlent et il voudrait les gratter. Il n’en fait rien. Il a enfilé une chemise de flanelle écossaise afin de les dissimuler au médecin qui se trouve à quatre pattes aux côtés du corps de Moody, étendu sur le sol entre le lit et le mur. Le tube à oxygène est enroulé autour du bras de Moody. L’élastique n’est plus tendu autour de sa tête. La bouteille d’oxygène s’est renversée. Cutler n’oubliera jamais le regard de Moody lorsqu’il a pressé l’oreiller sur son visage. Il ne savait pas alors que ce n’était que le début d’une pente douce qui le mènerait plus bas qu’il n’aurait jamais osé l’imaginer. »

Le roman le plus noir de Joseph Hansen.

Mon avis :

Avant de choisir le livre pour ma rubrique Oldies, j’avais demandé quel livre choisir parmi la bibliographie de Joseph Hansen. Eric Maneval m’a soufflé ce roman là. Quand j’ai lu la quatrième de couverture, j’ai eu un peu peur d’un livre glauque. Ce n’est absolument pas le cas, donc je vous donne un conseil : passez outre la quatrième de couverture. Enfin, je tiens personnellement à remercier Eric Maneval pour ce conseil.

Darryl Cutler est un jeune homme qui rêve d’écrire le grand roman américain. Il a décidé de se rapprocher de Stewart Moody, un éditeur, puis a vécu avec lui. Moody étant proche de sa fin de vie, il l’assiste dans ses derniers instants. En son for intérieur, il souhaiterait que Moody meure, puisqu’il sait qu’il est clairement nommé comme unique bénéficiaire sur le testament de Moody. Cutler va rencontrer un bellâtre dans un bar, Chick Pelletier. Cutler tombe amoureux alors que Chick ne cherche qu’à profiter de l’argent de Cutler. Cutler n’a d’autre choix que de se débarrasser de Moody.

Ce roman est un pur roman noir, et se déroule selon un rythme lent, avec comme personnage principal Cutler. Comme le titre l’indique, la spirale de la descente en enfer de Cutler est douce, lente vers les abymes. Si Cutler vit aux crochets de Moody, comme un parasite, il est très proche de l’état d’esprit de Chick. Il est d’ailleurs intéressant de voir que les deux amants sont similaires, mais que Cutler est aveuglé par son amour pour Chick de la même façon que l’était Moody. De même, il est amusant que dans ce roman, tous les malheurs qui adviennent à Cutler viennent des femmes.

Le personnage de Cutler est remarquablement complexe. Sans cesse harcelé par son éducation, réalisée par sa mère puisqu’il a perdu son père très tôt, il vit en opposition de toutes les remontrances qu’il a subies. Sa réaction, ses solutions aux problèmes qu’il rencontre sont très directes, préférant le meurtre à son travail d’écrivain, qu’il est finalement incapable de faire.

L’écriture de ce roman est fascinante. Elle arrive à mélanger à la fois la psychologie des personnages et le décor, formidablement rendu. Il est aussi un plaidoyer pour les homosexuels, montrant finalement qu’ils sont des hommes comme les autres. Et tout cela est fait d’une façon tellement naturelle, que j’ai été impressionné par la fluidité du style. C’est un roman noir que je situe au niveau de ce qu’a pu écrire James Cain par l’acuité d’observation et la précision de chaque phrase. Un classique du roman noir à redécouvrir.

Ne ratez pas l’excellent billet de Philippe Cottet