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L’homme noir de Luca Poldelmengo (Rivages Noir)

Voici un nouvel auteur italien à découvrir. En plus, il s’agit d’un roman inédit en France, édité directement en format poche. L’occasion de découvrir un nouveau style à moindre cout.

Quatrième de couverture :

Fabiana, directrice d’un hôtel à Rome, roule en scooter sur une petite route de campagne lorsqu’elle est heurtée de plein fouet par une Punto conduite par un dénommé Filippo, manifestement en état d’ivresse avancée. L’accident se produit sous les yeux d’Alida, une enfant Rom de 10 ans. Il se trouve que Fabiana était la soeur de Marco, inspecteur de police sans gloire qui rêve de fuir le monde sur l’île de Pâques. Voulant prouver à son père, haut placé dans la hiérarchie policière, qu’il est capable de faire la lumière sur ce qui se révèle être un crime, Marco mène l’enquête…

Mon avis :

D’un fait divers banal, un accident frontal entre un scooter et une voiture, lauteur en profite pour nous montrer deux vies, deux hommes. L’un, Filippo, est chargé de famille et vient de perdre son travail. Pour trouver de l’argent, il décide de devenir dealer de rue. De cette petite délinquance, il va petit à petit s’enfoncer. L’autre, Marco, est un simple policier de la route. Il voue un culte sans limites à sa sœur qui a réussi dans sa vie. Peut-être est-ce du au fait qu’elle s’est éloignée de la famille, du père …

Nous allons voir ces deux hommes avant, pendant et après l’accident. Et tout est bien fait, pas formidable, mais mené de façon efficace, avec des phrases courtes et des chapitres ultra-courts. Ce va-et-vient nous montre un certain pan de la société, chacun du coté de la ligne blanche, qui sépare les bons des gentils, les hors-la-loi des policiers. Et que l’on soit d’un coté ou de l’autre, on trouve les mêmes ratés, les mêmes écorchés parce que, au bout du compte, il n’y a que des hommes.

J’ai l’impression que cet auteur a beaucoup de choses à dire, qu’il les dit bien, et que ce roman n’est que la naissance d’un auteur en devenir, qui sait montrer la vie des gens en Italie. C’est un roman très intéressant. A suivre …

… Et justice pour tous de Michael Mention (Rivages Noir)

Nous avions suivi avec passion cette trilogie consacrée à l’Angleterre, nous avions dévoré Sale temps pour le pays, puis Adieu demain. Il faut bien se rendre à l’évidence que cette trilogie est finie, terminée … en voici donc le dernier tome : Et justice pour tous.

24 janvier 2013. Mark Burstyn, ancien superintendant de la police de Leeds, vit maintenant à Paris. Après avoir fait de la prison, avoir indemnisé la famille des victimes, il a émigré dans la ville des lumières. Il habite un minable studio de 10m² dans le quartier de Stalingrad et a tout juste assez d’argent pour se payer sa bouteille de whisky quotidienne et ses Dunhill. Son seul contact qu’il garde avec son pays, ce sont des lettres hebdomadaires que lui écrit sa filleule, Amy Cooper.

Leeds. Le commissariat de Bradford reçoit des plaintes de personnes diverses, toutes agées d’une cinquantaine d’années. Elles se plaignent d’avoir subi des viols dans leur jeunesse à l’orphelinat de St Ann. Clarence Cooper, le père d’Amy, est chargé de l’enquête. Il commence par une perquisition et découvre dans une cave, derrière un mur, une véritable pièce de torture.

Paris. Mark, poussé par son ami Yann Bourgoin, décide d’appeler Clarence Cooper plus tard ce soir là. Il a pris son courage à deux mains pour parler à sa filleule. Clarence, au bout du fil, craque et éclate en sanglots : Amy vient de mourir, renversée par une voiture. Mark décide de revenir au pays. C’est le début de sa dernière croisade.

On en a lu des rédemptions, des croisades, des vengeances dans les polars. On en a lu des histoires de flics alcooliques, des délaissés, des désespérés, des revanchards. Mais je dois dire que celui-ci, il restera quelque part en moi, au fond de moi. Car ce roman est d’une noirceur rare. Il n’y a pas un chapitre qui relève l’autre ; quand on croit sortir la tête du seau, Michael Mention nous replonge dans l’eau à un tel point que, par moments, on a du mal à respirer. Dans ce roman, tout est noir et a la couleur du sang.

Comme d’habitude, Michael Mention utilise son style si particulier, mélange de phrases hachées et de mises en exergue de passages, pour mieux mettre en évidence les émotions, les passages forts. Et pour soutenir tout cela, on y trouve une narration à la première personne qui devient entêtante et martyrisante, et des dialogues justes, si justes que je me demande s’ils ne sont pas les meilleurs que l’auteur ait écrits.

Et puis, Michael Mention ne serait pas Michael Mention s’il n’y ajoutait pas sa patte, en ajoutant un sujet qu’il affectionne. Cette fois ci, c’est une analyse de l’état de l’Angleterre et les conséquences du passage de Margaret Thatcher au pouvoir. Il en profite d’ailleurs pour montrer l’incapacité des dirigeants actuels anglais à mener un pays vers un avenir, quel qu’il soit, et se permet même, pour la fin du roman de mener une charge violente avec documents à l’appui, fustigeant les crimes impunis et les immunités que les gens de pouvoir s’octroient. Pour clore sa trilogie, Michael Mention a écrit un formidable roman noir. Accrochez vous !

Perfidia de James Ellroy (Rivages)

Pour moi, James Ellroy est un monument, probablement le plus grand auteur contemporain, tous genres confondus. Il faut dire que j’ai eu l’occasion de lire Le dahlia noir dès sa sortie en France en 1988, et que ce roman a tout simplement balayé mes aprioris, par sa puissance et son souffle historique et humain. Je n’ai jamais lu une telle descente aux enfers, tant de fièvre, tant de passion, dans un roman. A tel point que je considère ce roman comme le meilleur que j’aie lu de ma vie, et qu’il restera à jamais dans mon panthéon de lecture.

Dans la foulée, j’ai évidemment avalé les trois autres tomes de la tétralogie de Los Angeles (Le Grand Nulle Part, L.A. Confidential et White Jazz). James Ellroy recréé le Los Angeles des années 50, en utilisant une narration basée sur trois personnages. James Ellroy invente aussi un style, son style, basé sur des mots, des bouts de phrases. Et cette tétralogie devient un monument, un grand moment de littérature.

Au fur et à mesure de la progression dans cette tétralogie, l’histoire de Los Angeles devient l’Histoire. Et le cadre de Los Angeles devient trop étroit. Des années 50, on passe aux années 60. De Los Angeles, on passe aux Etats Unis. James Ellroy se lance dans une entreprise de fou : écrire son histoire des Etats Unis des années 60. Il s’amuse aussi à insérer des personnages fictifs au milieu de célébrités, et le résultat est unique, incroyable, extraordinaire. Ce sera une trilogie à la démesure de son auteur : American Tabloïd, American Death Trip, Underworld USA.

Que pouvait-on attendre de plus de James Ellroy ? Après avoir dans la première tétralogie balayé la période 1946 – 1958, puis avoir exploré la période 1958 – 1972, James Ellroy décide de revenir dans un passé plus lointain, en nous proposant ce qui sera une deuxième tétralogie. Le premier tome est impressionnant, il se nomme Perfidia et comporte 830 pages. Un pavé comme on n’en fait plus, la plupart des romans ne faisant que 300 à 500 pages. Mais James Ellroy n’est pas un auteur comme les autres.

Le roman se propose d’observer, disséquer, autopsier Los Angeles en cette fin de 1941, et va dérouler tous les jours du 6 décembre au 29 décembre. En ce 6 décembre, la ville est en émoi, en surchauffe, le monde est en guerre et les Etats Unis regardent d’un œil inquiet la volonté expansionniste du voisin japonais. Surtout, la société est secouée par sa haine des juifs et le combat de tous les jours anti-rouges, anti-communistes ; d’où la passivité des Américains envers les exactions des Japonais ou des nazis.

En ce 6 décembre, un hold-up a lieu au drugstore Whalen. L’homme entre, réunit les clients au fond du magasin, tire des balles dans le plafond, prend des médicaments et le contenu de la caisse et s’enfuit. Hideo Ashida, de la police scientifique, un génie des technologies, a installé un appareil photo avec déclenchement automatique. Hideo Ashida est un homme juste, droit, qui cherche la reconnaissance grâce à ce qu’il maitrise le mieux : la technologie. Mais c’est aussi un Japonais de naissance, et il subit les insultes des Américains.

Car la tension est vive, l’inquiétude grandissante. Kay Lake, une jeune femme en recherche d’idéal, décide d’écrire son journal. Elle va montrer les chars qui descendent l’avenue, le racisme exacerbé des gens. Elle se croit amoureuse de Lee Blanchard, un ancien boxeur engagé dans la police.

William Parker est un homme bon, qui rêve de pouvoir sans vouloir vendre son âme au diable. C’est aussi un alcoolique qui a décidé d’arrêté de boire. A croire que, dans cette ville, le mal règne et qu’il faut une bonne dose d’alcool pour résister à l’appel du sang. Duddley Smith, lui, ne s’embarrasse pas avec la loi. En tant que sergent du LAPD, il gère ses affaires de la plus horrible façon qui soit, dans le sang. Mais on découvre un homme qui peut tomber amoureux.

Quatre corps sont découverts, en cette fin de journée du 6 décembre. La famille Watanabe est retrouvée dans son salon, alignés, le ventre ouvert, comme s’ils s’étaient fait harakiri. Quelques choses sont choquantes : l’alignement des corps, la lessive qui sèche sur la corde à linge et ce message : « L’apocalypse qui s’annonce n’est pas de notre fait. Nous avons été de bons citoyens et nous ne savions qu’elle allait se produire. ». L’apocalypse annoncée, c’est l’attaque de Pearl Harbour qui aura lieu le lendemain, le 7 décembre.

830 pages, c’est la nouvelle folie de James Ellroy. A travers quatre personnages principaux, que l’auteur, comme à son habitude, mélange à des personnalités ayant existé, il va montrer comment la paranoïa monte dans ce pays obnubilé par sa peur des rouges, il va montrer surtout comment un pays se trompe en pensant qu’il a toujours raison. Il va détailler différentes affaires, avec l’affaire Watanabe en toile de fond, dont la conclusion a été dictée par les politiques : trouver un coupable rapidement, n’importe lequel, par n’importe quels moyens.

Il y a tout dans ce livre, des personnages forts, des situations rocambolesques, des rebondissements, des luttes d’influence, mais surtout, James Ellroy montre, autopsie un pays raciste, xénophobe, qui cherche un bouc émissaire pour cacher sa peur, ses peurs. Il y a du bruit dans les rues, des couleurs sombres, des silences pendant les couvre-feux, des scènes de violence incroyables qui tiennent en une ou deux phrases.

Il y a surtout ce style inimitable, fait de petites phrases, qui rendent ce roman plus accessible que certains de ses précédents. Il y a ce talent naturel de plonger le lecteur dans une période de furie, si bien que l’on ne ressent aucune lassitude pendant la lecture, tant on sait par avance que le plaisir va être au rendez vous. Il y a ces scènes intimes aussi réussies que des scènes de meurtres et toutes les implications qui en découlent.

Et James Ellroy nous montre comment son pays déteste les juifs, comment il déteste les rouges, comment il déteste les Chinois, comment il déteste les Russes, comment il a peur des Japonais. Il montre les gens qui insultent ceux qui ont la peau jaune. Il montre comment certains Américains ont réquisitionnés les propriétés des Japonais pour se faire du fric, il montre la création de camps pour parquer les Jaunes, il montre comment son pays est devenu fou sous couvert de croyances criminelles et inhumaines. James Ellroy est de retour dans un livre d’une ampleur folle, à la démesure de son talent, de sa force, de sa grandeur. Ce roman est le premier d’une nouvelle tétralogie, le meilleur est encore à venir.

 Nota : Perfidia est le nom d’une chanson d’amour des années 40.

Le chouchou du mois de mars 2015

Ce mois de mars a été un sale mois pour le polar. Je voulais rendre un petit hommage à deux auteurs disparus, dont je reparlerai dans ma rubrique Oldies, que je devrais rebaptiser Hommage pour l’occasion. Abdel Hafed Benotman et Francisco González Ledesma nous ont quittés, avant de voir le printemps.

En ce qui concerne les chroniques, comme tous les ans, j’aurais mis beaucoup d’avis en ligne, car j’avais envie de défendre des romans qui en valent le coup. Commençons par par la rubrique Oldies, avec un formidable roman noir entre exercice de style et critique féroce de la justice. Il s’agit de A coups redoublés de Kenneth Cook (Livre de poche).

En ce mois de mars, j’aurais continué la lecture de séries telles que celle consacrée à Luc Mandoline, thanatopracteur de son état, édité par L’atelier Mosesu. Les épisodes 3 et 4 se nomment Concerto en lingots d’os de Claude Vasseur et Deadline à Ouessant de Stéphane Pajot. Si ce ne sont pas, à mon gout, les meilleurs de la série, ils ont le mérite de continuer la série et d’offrir des romans divertissants. J’aurais aussi chroniqué la fin de la série de Mémé Cornemuse qui clôt le cycle en forme de fanfare, avec de la bonne humeur au programme et de l’émotion aussi. Tout cela est à découvrir dans Maboul Kitchen de Nadine Monfils (Belfond).

Vous connaissez mon intérêt, voire ma passion pour les premiers romans. Ce mois-ci, deux nouveaux auteurs sont à ajouter à ma liste personnelle. Les Belges reconnaissants de Martine Nougué (Editions du Caïman) est un roman policier dans la plus pure tradition, qui se démarque par son acuité dans l’observation de la vie d’un village. Même pas morte ! de Anouk Langaney (Albiana) quant à lui est un fantastique roman noir humoristique sur une mémé flingueuse à qui on annonce qu’elle est atteinte de la maladie d’Alzheimer. Ces deux auteures sont à suivre de près, foi de Black Novel.

Au niveau des découvertes, deux romans m’auront emballé. Le premier, Qui veut la peau d’Andreï Mladin ? de George Arion (Genèse éditions), est un pur polar, le genre de roman pour lequel on lit ce genre de littérature, drôle du début à la fin, mais pas seulement : écrit sous Ceaucescu, c’est, avec du recul, un brulot passé entre les mailles de la censure que nous avons la chance de découvrir. L’autre roman, c’est une sacrée surprise : il s’agit de L’homme de la montagne de Joyce Maynard (Philippe Rey). Et là, il s’agit d’un roman écrit comme une autobiographie qui raconte l’adolescence de la fille d’un flic. C’est bouleversant tellement c’est beau, tellement c’est triste.

Enfin, il y a les auteurs que j’aime et que je suis à chacune de leurs publications : il y eut Les neuf cercles de RJ.Ellory (Sonatine)  où j’ai enfin retrouvé ce style hypnotique que j’aime tant, qui pourrait m’emmener n’importe où. Il y eut Première station avant l’abattoir de Romain Slocombe (Points) où Romain Slocombe nous montre à nouveau son savoir faire dans la construction d’intrigues solides avec un contexte historique fort. Enfin il y eut L’archange du chaos de Dominique Sylvain (Viviane Hamy), où Dominique Sylvain nous introduit un nouveau couple d’enquêteurs dans une traque de serial killer, à la fin de laquelle on ne souhaite qu’une chose : lire la suite.

Le titre du chouchou du mois, même s’il fut bien difficile à choisir, revient donc à Le chemin s’arrêtera là de Pascal Dessaint (Rivages) pour ce portrait désenchanté et foncièrement pessimiste. Mais il y a une beauté dans ce désespoir, celui du style de l’auteur et de la bassesse de ses personnages.

Après ce mois plein de lectures réjouissantes, je vous donne rendez vous le mois prochain. D’ici là, n’oubliez pas le principal, lisez !

Le chemin s’arrêtera là de Pascal Dessaint (Rivages Thriller)

Je n’avais pas trouvé le temps d’ouvrir son précédent roman, Maintenant le mal est fait, alors je ne pouvais pas rater celui-là. Pascal Dessaint nous donne un roman noir, social, comme il a l’habitude de le faire, dans la veine de Les derniers jours d’un homme, en donnant la parole à différents personnages.

Ce roman est composé de cinq tableaux, eux-mêmes divisés en chapitres, chaque chapitre donnant la parole à un personnage. C’est donc un roman choral qui nous plonge dans une région imaginaire, en bord de mer, où les chantiers navals ont été fermés pour des raisons économiques. De ces paysages désertés, ne restent que des fantômes, des âmes errantes en quête de survie, des gens laissés sur le bas-côté.

Il y a Louis, 16 ans. Il vit dans une écluse où il n’y a plus rien à faire. Les portes sont commandées automatiquement. Mais lui et son oncle Michel peuvent bénéficier de la maison du gardien de l’écluse. Sylvie, qui fut la femme de Michel, repasse par l’écluse il y a 10 ans. Louis ne s’en rappelle pas, si ce n’est que son départ est arrivé quand sa mère est morte, écrasée par un camion. Sylvie est venue leur annoncer qu’elle est malade, qu’elle a de plus en plus de mal à supporter la chimiothérapie.

Il y a Jérôme. Il vit sur les bords des dunes, ou plutôt tente de survivre avec rien. Le paysage est de plus en plus noyé par le sable. Il était soudeur. De son rêve de travailler sur des plateformes pétrolières, entouré d’eau, il se retrouve entouré de sable, avec une maison qui part en décrépitude … comme sa vie.

Il y a Cyril. Il est arrivé là par hasard, et campe pas loin de la petite écluse. Il habite une petite caravane avec Mona, sa fille, qui travaille au village, dans une parfumerie. Son passe temps, c’est de regarder les pingouins au loin et les oiseaux. Le soir, son petit plaisir, c’est de regarder sa fille se déshabiller. Mona, c’est son ile déserte à lui, même s’il préférerait être plus gentil avec elle.

Il y a Gilles. Lui, son envie, c’est de tuer un phoque, pour se venger des coups reçus de son père. Sa mère, elle, fermait les yeux. Alors il regarde inlassablement la mer, avec l’espoir d’apercevoir un phoque. Parfois, avec Gilles, ils entrent dans des blockhaus, se font des pique-niques.

Il y a Wilfried. Il passe ses journées à la pêche, à faire du surfcasting. Mais il ne pêche pas pour manger. Quand il ramène des poissons, il les laisse sur le bord, à mourir. Sa femme est fan de sport. Alors elle a donné à leurs trois garçons les prénoms de Tony, Carl et Lance. Mieux vaut aller à la pêche que supporter ses gosses. Il se rappelle une jeune femme qui était venue le voir. Elle s’appelait Laurence. Pris d’une soudaine envie, il l’avait violée. Mais elle n’avait pas intérêt à porter plainte …

D’un personnage à l’autre, la vie passe, les petits événements se déroulent. Alors qu’il n’y a rien à faire, chacun déroule sa petite pelote de laine, dans un langage simple, avec ses petites réflexions. Ils n’ont pas conscience de toutes les décisions politiques, juste des conséquences sur leur vie à eux : Ils ont été lâchement abandonnés, comme on laisse des chiens sur les parkings d’autoroute l’été.

Il vaut mieux avoir le moral pour lire ce roman d’une noirceur extrême, d’une justesse incroyable. Ces différents portraits montrent une société qui avance mais qui laisse sur le coté des hommes et des femmes qui n’ont rien demandé et qui ne comprennent pas. Alors, l’homme n’a plus de notion de bien ou de mal et redevient animal, luttant pour la défense des siens, pour sa survie.

Il a une image très belle dans ces différents tableaux aux tons noirs et gris, que j’ai un peu adaptée à ma façon. Dans le chenal, les cargos arrivent, les machines viennent vider les marchandises. Les machines ont remplacé les hommes. Il n’y a plus d’accident du travail, il ne reste que des blessés de la vie.

Pascal Dessaint nous offre un livre noir, qui oscille entre poésie et noirceur, entre le bleu et le gris. Un roman d’une beauté foudroyante, d’une simplicité impressionnante. Mais il ne reste aucun espoir ici bas, quand l’homme devient une bête, il détruit ce qui l’entoure. C’est un livre noir, hanté de spectres qui vous hanteront longtemps la nuit. Et ces spectres, ce sont des hommes …

Oldies : Mr Paradise de Elmore Leonard (Rivages)

Ce mois, j’ai decide de rendre un hommage à Elmore Leonard, ce grand monsieur du polar, avec une lecture qui date de 10 ans, car sa première publication eut lieu en 2004.

L’auteur :

Elmore John Leonard Jr., né le 11 octobre 1925 à La Nouvelle-Orléans en Louisiane et mort le 20 août 2013 (à 87 ans) à Detroit au Michigan, est un romancier et scénariste américain.

Son père travaille pour General Motors où il était chargé de trouver des sites où General Motors pourrait implanter des usines, ce qui provoque de nombreux déménagements de la famille Leonard. Même si Elmore Leonard est né à La Nouvelle-Orléans, il n’y vécut pas très longtemps. En 1934, sa famille s’installe à Détroit dans le Michigan.

À cette époque deux évènements importants ont lieu, qui influencent beaucoup Leonard dans ses écrits. Les gangsters comme Bonnie et Clyde font la une des journaux du pays, tout comme l’équipe de baseball des Detroit Tigers. Au début des années 1930, Bonnie et Clyde sont connus pour leur folie meurtrière, et sont abattus le 23 mai 1934. Les Detroit Tigers se qualifient pour les World Series de baseball en 1934. Ces évènements marquent Leonard, qui en conçoit une fascination pour les sports et les armes.

Leonard est diplômé de la University of Detroit Jesuit High School en 1943.

Elmore Leonard vit ses dernières années dans le comté d’Oakland (Michigan), avec sa famille. En 2012, il est lauréat du National Book Award pour l’ensemble de son œuvre.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Richissime avocat à la retraite, Mr Paradise, don son vrai nom Tony Paradiso, apprécie certains petits plaisirs dispendieux. Par exemple, des numéros de majorettes un peu particuliers exécutés par des jeunes filles que lui ramène Montez Taylor, son homme de confiance très cool, lorsqu’il a envie de voir un match de son équipe préférée. Pas de quoi fouetter un chat. Non, mais de quoi tuer un homme, car le soir où Chloe, une habituée des soirées de Mr Paradise, arrive avec son amie Kelly, les choses tournent mal. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, Mr Paradise et l’une des deux filles ont été abattus. Quand l’inspecteur Frank Delsa débarque sur les lieux, il ne croit guère à l’hypothèse d’un cambriolage avorté, que Montez essaie de lui vendre. Il comprend qu’on se moque de lui. Il ne soupçonne pas encore à quel point.

« Depuis un demi-siècle, Elmore Leonard réjouit les amateurs de western et de polar. » (Le Figaro)

« Le roi de l’humour noir. » (Télérama)

« Une comédie magistrale sur l’avidité humaine. » (Les Inrockuptibles)

Mon avis :

On se disait ça, l’autre jour, avec mon dealer de livres, alors que je réfléchissais au roman que j’allais choisir pour la rubrique Oldies de ce mois : « Le problème avec Elmore Leonard, c’est que c’est toujours bien ». En effet, quelque soit le roman que vous allez ouvrir, vous allez trouver une intrigue qui tient la route, des personnages troubles, des décors à peine brossés et de formidables dialogues.

Dans ce roman, vous y trouverez un bon polar, dont le suspense ne réside pas dans le nom du meurtrier, mais plutôt dans la façon dont Frank Delsa va pouvoir le coincer. Alors Elmore Leonard s’amuse à complexifier son intrigue en introduisant des personnages tous plus louches les uns que les autres, de petits dealers à des avocats véreux.

On y retrouvera par contre, ce qui fait la marque de fabrique de Elmore Leonard, à savoir un décor dessiné en une phrase, imageant un petit détail, ce qui laisse au lecteur le soin d’imaginer le reste de la pièce et surtout d’extraordinaires dialogues. Je trouve que ce polar, sans atteindre les sommets de La loi de la cité, la brava ou Beyrouth-Miami, s’avère à nouveau un bon polar, agréable à suivre.

Adieu demain de Michael Mention (Rivages Noir)

Revoilà Michael Mention, en pleine forme en plus. Ce n’est un secret pour personne que j’adore cet auteur. On retrouve dans ce roman les thématiques chères à cet auteur de grand talent, qui nous montre une nouvelle fois que l’on peut écrire un roman policier / thriller qui fait réfléchir. Pour le coup, ce roman est une grande réussite que j’ai avalée en deux jours !

Adieu demain se veut le deuxième tome d’une trilogie, consacrée à l’Angleterre contemporaine, post Thatcher. L’argument de vente de dire qu’il y est fait allusion à l’éventreur de Yorkshire est en fait mensonger. Tout juste y verra-t-on des gens qui ont connu le début des années 80 et la psychose autour de ces meurtres. Ou même y rencontrera-t-on des policiers ayant trempé dans cette affaire. L’auteur annonce au début du roman qu’il s’est inspiré de Stephen Griffiths, le tueur à l’arbalète, en précisant qu’il a modifié le nombre de victimes. Si je fais ce préambule, c’est surtout pour vous dire que ce roman est une œuvre de fiction et que c’est un putain de bon bouquin.

Jim et Moira sont un couple comme un autre qui va avoir un enfant. Il s’appellera Peter. Il va subir la pauvreté de ses parents, l’alcoolisme de son père, les violences conjugales. Il va essayer de protéger son frère et sa sœur de ces atrocités. Alors qu’il passe un week-end chez le grand-père, il se découvre une phobie envers les araignées, qui le rend fou dès qu’il en voit une. Une sensation incontrôlable.

Peter approche de la majorité. Il n’en peut plus de l’ambiance pourrie de la maison et s’en va vivre en ville. Il s’en sort de petits boulots en petits boulots. Puis, alors qu’il invite une fille chez lui, la vue d’une araignée le rend fou. Il descend chez l’épicier du coin mais a oublié son argent. L’épicier lui refuse de faire crédit, alors il devient fou et le tape, le frappe, juste pour obtenir le vaporisateur anti-araignée. La police l’arrête et il passera quelques années en prison, où il rencontrera brièvement Peter Sutcliffe, l’éventreur du Yorkshire. A sa sortie de prison, il choisit de faire des études de criminologie.

En ville, les meurtres s’accumulent. Des femmes sont tuées à l’aide d’une arbalète, puis sont atrocement mutilées, découpées. Mark Burstyn, que l’on a rencontré dans Sale temps pour le pays, est devenu superintendant et est en charge de cette affaire. Il s’use la santé, se donnant à fond pour cette affaire. Il va identifier un jeune enquêteur de son équipe, Clarence Coper, dont la passion peut le servir. Il va lui demander de s’introduire dans un cabinet de psychologie spécialisé dans la maitrise des peurs, tenu par le docteur Kraven.

Dans ce roman, Michael Mention prend beaucoup de libertés par rapport aux codes du polar. De la vie de Peter, il passe ensuite à l’enquête pour mettre en avant deux inspecteurs en charge de l’enquête. Et encore une fois, il fait fort dans sa description des psychologies, il fait fort dans ses situations, il fait fort dans ses dialogues, il fait fort dans ses thématiques. Car on a bien du mal à classer ce roman, si tant est que j’en ai envie, à la fois roman policier, thriller, roman psychologie, brulot démonstratif de dérives sur la manipulation des masses.

Des personnages d’abord, d’une vraisemblance sans failles, je retiens Peter, sorte de prisonnier de ses peurs, mais aussi personnages commun qui vit de petits boulots, qui a envie de s’en sortir, et qui est soumis à un dilemme entre son envie d’avancer et sa peur des araignées qui le rend totalement fou. De Mark Burstyn, on retrouve une évolution du personnage que l’on n’aurait pas deviné. On l’avait laissé fort comme un roc, indéboulonnable, prêt à abattre des murs ; on le retrouve toujours aussi motivé mais un peu perdu, car ayant peur d’une nouvelle affaire comme celle du Yorkshire. On le trouve aussi redoutablement manipulateur envers Clarence Cooper. Et quelle trouvaille que ce personnage de Clarence, un jeunot qui est hyper motivé et qui fait une confiance aveugle à son supérieur, qui accepte au détriment de sa vie, de s’infiltrer parmi des malades de toutes sortes. Et Michael Mention s’en donne à cœur joie pour décrire la descente de cet homme qui s’invente une peur et qui tombe dans un abime sans fond.

Dans ce roman, Michael Mention a grandi, jusqu’à devenir grand. Sa façon de mener son intrigue tout au long des 375 pages force le respect, car toutes les scènes s’enchainent avec une logique que l’on suit avec un plaisir malsain, on se retrouve plongé dedans grâce à cette fluidité qui nous emprisonne jusqu’à la dernière page. Il y a aussi cette façon de créer des scènes incroyables, de les mettre en scène, et de les rendre inoubliable. Je pense, en particulier, à cette scène de plongée sous-marine où Clarence en vient à révéler la peur qu’il s’est lui-même inventée. Une scène d’une force, d’une tension incroyable et qui est un petit chef d’œuvre. Enfin, Michael Mention s’est débarrassé de ses effets de style, ne les ajoutant que quand c’est strictement nécessaire. Et puis surtout, quels dialogues, placés comme il faut, et tellement expressifs.

Le sujet enfin, car avec Michael Mention, il y a toujours un sujet de fond que sert l’intrigue du roman. La peur, celle qui est incontrôlable, celle qui peut vous faire péter un boulon, celle qui vous fait dérailler, est réellement le sujet principal. Et quand il nous montre comment on utilise les peurs des gens pour mieux les manipuler, pour mieux les contrôler, pour mieux les diriger, pour mieux les gérer, ce roman devient à ce moment là d’un tout autre niveau. L’illustration qu’il en donne par petites touches tout au long du roman ne fait que démontrer que cet auteur, en dehors du fait qu’il sait mener une intrigue, a aussi une acuité et un recul tel qu’il nous ouvre les yeux sur des choses dont on n’a même plus conscience. La peur du chômage, la peur du nucléaire, la peur des autres, la peur pour nos enfants, toutes les communications aujourd’hui tournent autour de ces thématiques pour mieux nous contrôler.

Je ne dirai qu’une chose pour conclure : Lisez ce livre, dégustez-le, asseyez-vous et réfléchissez !

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