Tous les articles par Pierre FAVEROLLE

L’homme de Tautavel de Jérôme Zolma

Editeur : TDO éditions

Cela faisait un petit bout de temps que je n’avais pas lu un roman de Jérôme Zolma … et voilà que m’arrive comme un don du ciel, ce roman au titre mystérieux. En route pour une enquête dans le Sud-Ouest.

Un coin de morilles, ça ne se partage pas, sauf au dernier jour de notre vie. C’est ce que Fernand Marty, l’oncle de Fabrice Puig, ne cesse de lui répéter. Et puis, au détour d’une soirée arrosée, Fernand l’emmène à l’endroit secret. Le lendemain, Fernand mourait. Depuis Fabrice, vigneron de son état, fait bien attention quand il va à la cueillette aux morilles à ne pas être suivi.

Ce jour-là, la récolte est bonne, le panier est plein. Alors qu’il s’apprête à partir, il aperçoit un corps, tourné face contre terre. N’écoutant que son civisme, il descend au village appeler les gendarmes. Arrivés près du mort, ils interrogent Fabrice qui ne sait que dire la vérité. Mais quand il veut justifier sa cueillette aux morilles, il s’aperçoit que son panier a disparu. Fabrice est immédiatement arrêté.

Raphaël Sarda, détective privé, lit son journal chez son ami boucher Gervais, qui tient la célébrissime boucherie Carné d’Aubrac. Dans un entrefilet, il apprend la découverte d’un mort et l’arrestation d’un suspect qui ressemble à s’y méprendre à son ami Fabrice Puig. N’écoutant que son sens de l’amitié et sa curiosité, il se lance dans l’aventure, qui sera l’occasion de rencontrer l’avocate Lina Llopis.

Depuis la disparition des éditions de la Baleine, nous ne pouvons que regretter l’absence du Pulpe, Gabriel Lecouvreur, des étals des libraires. Cette enquête avait été destinée à mettre en scène le détective aux bras démesurés, mais le destin en a décidé autrement … Exit Gabriel, exit les signes distinctifs physiques, exit Cherryl et le bar de la Sainte Scolasse, voici Raphaêl Sarda et son amie Kristgerour, islandaise d’origine.

Après un petit relifting des caractéristiques de la série, on se retrouve avec une enquêtes fort bien menée, écrite dans un style fluide. L’auteur va nous faire suivre des pistes sans suite avant de trouver enfin le nom de l’assassin. Remarquablement mené, le rythme apporté au déroulement et l’intrigue en forme d’hommage au Poulpe en font un très bon divertissement. D’ailleurs, ça me donne envie de reprendre une histoire du Poulpe, moi !

Harry Bosch 4 : Le dernier coyote de Michael Connelly

Editeur : Seuil &Calmann Levy (Grand format) ; Points& Livre de poche (Format poche)

Traducteur : Jean Esch

Après Les égouts de Los Angeles, La glace noire et la Blonde en béton, voici donc la quatrième enquête de Hieronymus Bosch, dit Harry, qui va permettre de revenir sur le passé de Harry. C’est avec cet opus que la série atteint ses lettres de noblesse.

Harry Bosch a reçu trop de mauvaises nouvelles en même temps, ce qui a eu pour conséquence de lui faire perdre ses nerfs. D’un point de vue personnel, Sylvia sa compagne a décidé d’accepter un poste en Italie et donc de le quitter. Et suite à un tremblement de terre, sa maison, située sur les collines de Los Angeles, a été déclarée inhabitable. Il a donc décidé de continuer à y vive en toute clandestinité.

Lors de l’interrogatoire d’un suspect, le lieutenant Harvey Pounds, a fait capoter la stratégie de Bosch. Il s’en est suivi une altercation pendant laquelle Bosch a fait passer son chef à travers une vitre. Bosch se retrouve donc suspendu de ses fonctions avec une obligation de suivre des séances chez une psychologue, Carmen Hinijos, afin de mieux maitriser son agressivité.

Lors d’une de ses séances, la psychologue lui demande de lui expliquer ce qui s’est passé. Harry Bosch lui narre son « exploit » et sa philosophie : « Tout le monde compte ou personne ne compte ». Cela lui permet de revenir sur le meurtre non élucidé d’une prostituée, Marjorie Lowe, le 28 octobre 1961. Bosch va mettre à profit sa mise à pied pour enquêter en toute illégalité sur cette affaire et remonter le fil jusque dans les hautes sphères de la justice et de l’état.

Le roman s’ouvre sur un Harry Bosch fatigué, énervé, et désabusé par tous les désagréments qu’il a connus en même temps. Sûr de son bon droit, il voit d’un mauvais œil l’obligation de réaliser des séances chez sa psychologue. Le début va donc nous montrer un personnage qui tourne en rond, et l’apparition d’un coyote lui confirme qu’il devrait peut-être jeter l’éponge, jusqu’à ce qu’il se trouve une nouvelle motivation.

A partir de ce moment-là, on retrouve l’enquêteur pugnace, intuitif et entêté qui va petit à petit accumuler les indices jusqu’à la conclusion de cette affaire. Outre toutes les qualités de l’écriture de Michael Connelly, et en particulier cette faculté de nous faire vivre cette affaire comme si on faisait le chemin avec Harry Bosch à ses côtés, cette enquête se révèle plus personnelle que les autres. On sent la rage et l’obsession du résultat à chaque page.

On voit aussi un Harry Bosch à bout, quasiment suicidaire au moins pour sa carrière professionnelle, prêt à provoquer les politiques sur leur terrain alors qu’il ne possède que des intuitions ou de maigres pistes. On a surtout l’impression de lire une histoire qui est improvisée, qui se suit au fil de l’eau comme dans la vraie vie, sans jamais avoir l’impression que Michael Connelly sache où il veut nous emmener … alors que c’est tout le contraire.

Et c’est tout le contraire bien entendu, grâce à cette conclusion des dernières pages, qui nous confirme que Michael Connelly est un auteur incontournable, capable de nous faire suivre une piste avant de nous dévoiler la solution formidablement trouvée. Il nous dévoile les luttes de pouvoir, les compromissions, les chantages et les exactions que les hauts dignitaires sont prêts à faire pour atteindre le Graal du pouvoir. Le dernier coyote est le meilleur roman de la série (que je viens de commencer) pour moi pour le moment, un grand moment du polar.

La nuit tombée sur nos âmes de Frédéric Paulin

Editeur : Agullo

Après sa trilogie sur le terrorisme moderne (La guerre est une ruse, Prémices de la chute, La fabrique de la terreur), Frédéric Paulin continue son exploration de notre histoire contemporaine en abordant le sommet du G8 de Gênes en juillet 2001.

Jeudi 13 juillet 2001, Rennes. Chrétien Wagenstein dit Wag est fou amoureux de Nathalie Deroin. Il fait semblant de faire des études et ils habitent ensemble à Paris. Elle est de toutes les manifestations anticapitalistes même si elle ne fait pas partie d’un groupe de pensée ; une révoltée. Et lui, il la suit de peur de la perdre. Ils se sont connus à Göteborg et le sommet du G8 de Gênes arrive. Bien entendu, ils ne peuvent pas rater ça.

Laurent Lamar est chargé de communication auprès du président Jacques Chirac. Il a petit à petit gravi les échelons et il doit bien s’avouer que Chirac le fascine, par sa faculté de partir d’un discours et d’improviser, pour être fidèle à ses idées. Pour se préparer au sommet de Gênes qui approche, Lamar demande à parler au capitaine Quatrevieux de la DST, ce qu’on appeler un ami dans ce milieu.

Franco de Carli a toujours cru que le fascisme allait revenir au pouvoir. Quand Berlusconi est revenu au pouvoir, il est devenu conseiller à la sécurité pour le ministre de l’intérieur Claudio Scajola. Il met minutieusement au point sa stratégie  devant le plan de la ville. On l’a même autorisé à faire intervenir l’armée. A partir de du lendemain, il fera fermer la ville. Seuls les habitants auront un laissez-passer. Après le fiasco de Göteborg, lui va montrer au monde entier qu’en Italie, on sait gérer la sécurité.

Découpé jour par jour, Frédéric Paulin va, à l’image d’un reporter, revenir sur cette journée horrible, et que l’on a tendance à oublier à cause de la date du 11 septembre. Et pourtant, les services policiers italiens ont été condamnés en mars 2008 à des peines pour un total de soixante-seize ans et quatre mois à l’encontre de 44 inculpés. Les policiers, carabiniers, agents pénitentiaires et médecins sont accusés d’abus de pouvoir, de violences privées, d’injures ou encore de coups. Ils sont également accusés de « falsification de preuves », ayant apporté eux-mêmes des cocktails Molotov. Aucun ne purgera sa peine du fait d’une loi d’amnistie instaurée en 2006 (Source Wikipedia).

Frédéric Paulin a ce talent de nous introduire des personnages réels ou fictifs dans le grand tourbillon de l’Histoire. Ici, il va nous présenter les deux côtés de la barrière, les manifestants et les Black Blocs, Les services d’ordre italiens locaux et nationaux et l’armée, les personnages politiques et leur entourage. On se retrouve avec deux camps prêts à s’affronter et les hommes politiques prêts à compter les points (même si Chirac fut le seul à afficher son indignation devant les événements).

L’intrigue va donc nous détailler jour après jour comment le pouvoir italien a minutieusement créé un piège pour montrer au monde que la Grande Italie sait faire respecter la sécurité chez elle, contrairement au fiasco de Göteborg. Elle va aussi nous montrer une société barbare qui se place au même niveau que les manifestants, pour justifier le maintien de l’ordre à tout prix, quoiqu’il en coûte.

Le roman fait monter la tension, petit à petit de façon totalement remarquable, prêtant autant d’importance sur la psychologie des intervenants que sur les scènes de bataille. Faisant œuvre de mémoire, sur un événement important, Frédéric Paulin réussit l’équilibre entre relater les faits et faire vivre ses personnages. Et même si j’aurais aimé que les actes perpétrés par les services d’ordre italiens fussent plus détaillés, ce roman fait partie des grands romans à ne pas rater en cette rentrée littéraire.

La peur bleue de Maurice Gouiran

Editeur : Jigal

Maurice Gouiran revient avec son personne récurrent Clovis Narigou dont la dernière enquête en date le montrait fatigué, lassé et désabusé. Il retrouve des couleurs ici, même s’il occupe plutôt un second rôle aux côtés de son amie Emma Govgaline, devenue capitaine.

Mardi 18 février. Sami Attalah et Urbalacone dont envoyés sur le terrain depuis qu’Emma Govgaline a été priée de prendre des congés pour calmer son agressivité. Ils se rendent sur le lieu d’un meurtre, sur un massif de pins d’Alep. Pendu à un olivier, le corps d’un vieil homme pend, les mains et les pieds attachés dans le dos, une cagoule sur sa tête cagoulée. Quand le légiste enlève la cagoule, Sami reconnait son père et s’effondre.

Emma a débarqué dans la bergerie de Clovis, mais ce dernier n’arrive pas à la dérider. Depuis l’effondrement de plusieurs immeubles en plein centre-ville, et la découverte de 12 morts, les médias se sont précipités sur cette affaire retentissante. Les politiques ont immédiatement pointé du doigt le mauvais temps, les incessantes pluies affaiblissant les sous-sols. Or le quartier était connu pour son état de délabrement.

Sami a coupé les ponts avec son père, qui n’a pas supporté que son fils soit homosexuel. Fort logiquement, il est écarté de l’enquête par le commissaire Arnal. Comme toutes les équipes sont très occupées, Arnal ne voit qu’une seule solution : confier cette affaire à Emma, qu’il a lui-même écarté, de peur qu’elle ne trouve des indices mettant en cause la municipalité dans l’affaire des immeubles effondrés. En cherchant les meurtres rituels similaires, Emma va découvrir que le père de Sami est le quatrième cas.

Ce roman repose sur deux enquêtes en parallèle et sur l’avancement des différents enquêteurs pour nous alerter sur d’un côté, les dérives et l’ampleur de la corruption de nos politiques et d’autre part sur la situation des Harkis, exploités par le gouvernement français puis rejetés par tous. Maurice Gouiran remplit le rôle qu’il se donne, nous rappeler notre passé récent ainsi qu’alerter sur la déliquescence de la société.

La construction des intrigues fait partie des points forts de ce roman, de même que son style si particulier, direct et empreint d’expressions du cru, nous plongeant dans cette région du sud-est que nous aimons tant. Les deux enquêtes avancent en parallèle, et le déroulement apparait implacable. Derrière ce savoir-faire qui n’est pas à démontrer, l’objectif de nous faire réagir est parfaitement réussi.

L’auteur montre son ras-le-bol de vouloir gommer le passé, d’ignorer les gens qui nous ont aidé et il nous dévoile « les bleus », cette troupe chargée d’infiltrer le FLN mais aussi d’obtenir des informations avec des méthodes de torture ignobles. Il nous montre aussi comment des élus rachètent des immeubles délabrés qu’ils louent ensuite à des désœuvrés sans y réaliser le moindre travail de salubrité.

Ce roman fait partie des plus révoltants de Maurice Gouiran. Et j’ai l’impression que plus j’avance dans son œuvre, plus je ressens une sorte de lassitude devant le nombre d’exactions qu’il met à jour. Son personnage de Clovis Narigou termine le roman par ces mots désespérés et poignants, comme un appel à l’aide :

« Mon métier n’a-t-il pas fait de moi un homme désabusé en me contraignant à m’habituer à toutes les situations, à trouver de la normalité dans l’obscène ?

A vivre avec la solitude également. (…)

N’est-il pas raisonnable de se mentir constamment pour parvenir à survivre ? »

Tout est dit.

Un coin de ciel brûlait de Laurent Guillaume

Editeur : Michel Lafon

Parmi mes lectures estivales, celle-ci figurera parmi les plus marquantes, autant par son sujet que par sa construction. Laurent Guillaume fait partie des auteurs qui ont des choses à dire et quand le fond rejoint la forme comme c’est le cas ici, cela donne un excellent polar. Pour ne pas oublier …

Mars 1992, Sierra Leone. A la sortie de l’école, Eden, Saad et Neal décident d’aller dans la forêt pour voir un trésor. Il s’agit en fait d’une genette qui allaite ses petits. Saad sort une souris congelée pour nourrir la mère. Quand le bruit d’une brindille cassée perce le silence, ils se cachent pour apercevoir des rebelles fortement armés. Ils les suivent et Neal voit qu’ils pénètrent dans leur maison. N’écoutant que son courage, il se précipite et voit son père en sang. Arrivant trop tard, il est fait prisonnier et le chef des rebelles oblige Neal à tuer son père.

De nos jours, Genève. Tanya Rigal, journaliste d’investigation à Mediapart, se fait déposer à l’Hôtel des Bergues. A l’entrée, elle se fait intercepter par l’inspecteur Chenaux de la police judiciaire. L’homme avec qui elle avait rendez-vous vient de se faire assassiner, un pic à glace planté dans l’oreille. Une femme de l’ambassade des Etats-Unis, Madame Sharp leur montre le corps de Franck Metzinger et leur annonce qu’un reçu postal prouve que la victime a envoyé un colis à Tanya. Alors qu’elle n’a jamais rencontré le mort, elle est relâchée et va voir le service de sécurité de l’hôtel pour visionner les caméras de surveillance. Elle aperçoit alors le meurtrier qui regarde frontalement la caméra.

De nos jours, Royaume-Uni. Un homme descend du bus devant la prison de Frankland, qui accueille les criminels les plus dangereux. James Songbono rajuste sa cravate et demande à voir M.Rappe, directeur de l’établissement. James vient postuler pour le poste de médecin de l’établissement pénitencier. Etant donné ses diplômes et le peu de candidats, il est tout de suite embauché.

Dès le début de ce roman, la construction attire l’intérêt et le contexte nous prend à la gorge. Dès le premier chapitre, on est plongé en Sierra Leone dont le rôle de fournisseur de diamants est bien mis en scène, et le suspense tout de suite mis en place. Il en est de même avec Tanya qui se retrouve dans un interrogatoire dans la cadre d’un assassinat d’une personne avec qui elle avait rendez-vous et qu’elle ne connaissait pas.

Cette faculté de plonger le lecteur dans une intrigue complexe basée sur trois personnages se poursuit tout au long du roman, aidé en cela par une plume remarquablement concise et précise. En termes de romans à suspense, on sent dès les premières pages que l’on tient entre nos mains un polar costaud de haut de gamme. Et Laurent Guillaume sait de quoi il parle, puisqu’il a travaillé en Afrique et est encore consultant contre le crime organisé pour l’Afrique de l’Ouest.

Laurent Guillaume nous montre donc le sort des enfants soldats, utilisés comme des armes au profit des voleurs de diamants, à travers le destin de Neal. Il nous montre la pauvreté et ne nous épargne rien des massacres ni des vrais instigateurs, mettant en cause à la fois les pays développés (Etats-Unis entre autres) et les terroristes (Al Qaïda). On est loin du film Blood Diamonds d’Edward Zwick, bien lisse qui ne faisait qu’aborder le sujet en occultant la réalité infâme.

Les deux intrigues viennent s’entremêler à la fois pour maintenir l’intérêt du lecteur et pour y apporter un soupçon de mystère. L’enquête de Tanya est plus classique et on ne comprendra qu’à la fin pourquoi elle est embarquée dans cette série de meurtres. Quant au docteur, cette partie se révèle être une sacrée pirouette scénaristique qui apporte une superbe cerise sur le gâteau. Un superbe polar !

Oldies : Fay de Larry Brown

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Daniel Lemoine

Afin de fêter ses 15 années d’existence, les chroniques Oldies de cette année seront consacrées aux éditions Gallmeister, spécialisées dans la littérature anglo-saxonne. Je vous propose de poursuivre la découverte des romans de Larry Brown, avec ce roman qui est la suite de Joe, chroniqué ici avec un coup de cœur.

Quatrième de couverture :

À dix-sept ans à peine, Fay fuit une vie de misère. Elle s’élance sur les routes du Mississippi pour gagner la mer et un autre avenir. Elle n’a pas mis les pieds à l’école depuis longtemps, ignore beaucoup des règles de la vie en société et ne sait pas vraiment ce que les hommes attendent des femmes. Belle, lumineuse et parfois inconsciente, elle trace sa destinée au hasard de ses rencontres, s’abandonnant aussi facilement qu’elle prend la fuite. Mais cette femme-enfant, qui ne réalise qu’à demi l’emprise qu’elle exerce sur ceux qui croisent son chemin, laissera dans son sillage une traînée de cendres et de sang.

Mon avis :

Ayant décidé de fuir sa famille et en particulier son père alcoolique, fainéant, violeur et violent, Fay Jones, du haut de ses 17 ans, va parcourir le Mississipi pour rejoindre Biloxi et ses plages paradisiaques vers une vie de rêve. A la fois naïve et belle comme un cœur, elle va apprendre la vie à travers différentes expériences et devenir une femme fatale à qui aucun homme ne peut résister. Elle va trouver un lit dans un camping auprès de jeunes gens vivant d’alcool et de drogue avant de rencontrer Sam, un policier de la route.

Sam et sa femme ont du mal à surmonter la mort de leur fille. Ils accueillent donc les bras ouverts Fay qui va découvrir cette nouvelle vie comme un paradis. Jusqu’à ce qu’elle se rende compte que Sam trompe sa femme devenue alcoolique. C’est d’ailleurs à cause de l’alcool qu’elle trouvera la mort et que Fay la remplacera … jusqu’à un nouveau drame qui l’obligera à reprendre la route et à rencontrer Aaron, un videur de boite de nuit violent tombé fou amoureux d’elle.

Ecrit dans un style littéraire et méticuleux, Larry Brown continue à nous montrer la société américaine, en s’écartant des miséreux pour détailler la vie des ouvriers. Il montre des gens qui dépensent leur argent en alcool ou en drogues dans un monde sans pitié, un monde sauvage ne respectant que la loi du plus fort. Il est d’ailleurs intéressant de voir que l’auteur oppose Sam à Aaron, comme deux faces d’une même pièce de monnaie, le Bien et le Mal. Pour autant, chacun de ces deux mâles vont succomber aux charmes de Fay et avoir une psychologie complexe et bien plus nuancée qu’une simple opposition Bien/Mal.

On voit aussi Fay, une femme fatale moderne, qui va devenir consciente de son pouvoir d’attraction envers les hommes, et sa capacité à les utiliser. De jeune femme victime, elle va orchestrer les événements à son profit et devenir femme manipulatrice. Personnage éminemment complexe, semblant parfois rechercher une sécurité, parfois prenant des décisions, elle démontre une sacrée faculté à obtenir ce qu’elle veut avec un beau machiavélisme.

De ce personnage féminin d’une force remarquable, de cette peinture de la société sans concession, de ce style si détaillé, de cette intrigue suivant l’itinéraire d’une adolescente, nous garderons cette image bien noire des Etats-Unis brossée par Larry Brown, avec la sensation d’avoir parcouru un sacré chemin et avoir abordé des thèmes divers qui font réfléchir. De la grande littérature, tout simplement.

Le chouchou de l’été 2021

Allez, finies les vacances ! Il va falloir retourner au boulot. Avant que les nouveautés ne débarquent, même si quelques-unes sont déjà sorties, voici un petit récapitulatif des avis publiés cet été qui devrait vous permettre de trouver votre bonheur. Comme les autres années, j’ai classé les titres par ordre alphabétique de leur auteur et trouvé un adjectif pour qualifier chacun d’eux. A vous de choisir :

Toucher le noir – Collectif (Belfond) : troisième recueil de cette série dédiée aux cinq sens, encore meilleur que le précédent

La prophétie de Barintown de George Arion (Ex-Aequo éditions) : un polar atypique qui montre la vie d’une ville imaginaire avec beaucoup de dérision

Joe de Larry Brown (Gallmeister) : Coup de Cœur pour ce polar noir d’une force peu commune.

Le gêne du perce-neige de Jacques Bullot (Editions du bout de la rue) : Hommage à cet auteur engagé qui nous met en garde contre les risques des OGM.

Un jour viendra de Giulia Caminito (Gallmeister) : Une plume franche et directe d’une jeune auteure à suivre qui nous plonge dans l’Italie du début du XXème siècle.

Le pacte de l’étrange de John Connolly (Pocket) : 16ème enquête de Charlie Parker, qui donne une part belle à l’entourage de notre enquêteur favori avec un humour ravageur

Moriarty : Empire mécanique (2 tomes) de Fred Duval, Jean-Pierre Pécau et StevanSubic (Delcourt) : Duel entre Moriarty et Sherlock Holmes dans un univers cyberpunk au dessin flouté. Bande dessinée

Batignolles rhapsody de Maxime Gillio (Pygmalion) : un bon polar rythmé qui rend hommage à la culture populaire et au groupe Queen en particulier

Solak de Caroline Hinault (Editions du Rouergue) : Un premier roman fascinant dans sa faculté à faire monter la pression dans une station scientifique du pôle nord.

Little bird de Craig Johnson (Gallmeister) : Premier tome des enquêtes de Walt Longmire très réussi, qui nous plonge dans le Wyoming

Une affaire italienne de Carlo Lucarelli (Métaillié) : Un roman policier qui nous parle de l’Italie de l’après-guerre avec une chute mémorable.

Le Tatoueur de Matz et Attila Futaki (Bamboo éditions) : Une histoire simple avec un dessin proche du Tueur. Vivement la suite … Bande dessinée

Le baiser des Crazy Mountains de Keith McCafferty (Gallmeister) : quatrième enquête de Sean Stranahan, détective en dilettante et professeur de pêche à la mouche, et Martha Ettinger, shérif du comté de Hyalite qui se révèle être un excellent roman policier

Dog Island de Michel Moatti (HC éditions) : un huis clos sur une île existante en forme d’hommage à la grande Agatha Christie

Il faut flinguer Ramirez Acte 2 de Nicolas Petrimaux (Glénat) : Le premier tome était excellent, celui-ci est génial. Bande dessinée

L’île des âmes de Piergiorgio Pulixi (Gallmeister) : Plongée en Sardaigne et ses légendes pour cette première enquête policière d’une série mettant en scène deux enquêtrices au caractère bien trempé

Zombillenium tome 5 : Vendredi Noir d’Arthur de Pins (Dupuis) : J’adore cette série même si dans cette histoire, il y a plus d’action que de fond. Bande dessinée

Fucking melody de Noël Sisinni (Jigal) : Un petit polar bien noir, bien direct à la conclusion dramatique.

Le titre du chouchou de l’été 2021 revient donc à La maison du commandant de Valerio Varesi (Agullo) parce ce personnage de Soneri créé une vraie intimité avec le lecteur, que le style nonchalant et visuel nous fait voyager et parce qu’il parle des travers de la société avec tant de justesse.

J’espère que ces avis vous auront été utiles dans vos choix de lecture. Je vous souhaite un bon courage pour la reprise et vous donne rendez-vous le mois prochain pour un nouveau titre de chouchou. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

Le pacte de l’étrange de John Connolly

Editeur : Presses de la Cité (Grand format) ; Pocket (Format poche)

Traducteur : Jacques Martinache

Je continue mon exploration de l’univers de Charlie Parker avec sa seizième enquête. Une nouvelle fois, John Connolly nous enchante avec cet excellent thriller. La liste des billets chroniqués sur Black Novel sur Charlie Parker est à la fin de ce billet.

Quatrième de couverture :

« Vous croyez aux fantômes, monsieur Parker ?

– Aux miens seulement. Mais peu importe ce que je crois. »

Charlie Parker, le privé tourmenté revenu d’entre les morts, est chargé par le FBI de retrouver Jaycob Eklund, un autre détective manquant à l’appel. L’homme enquêtait discrètement sur une série de meurtres sauvages et de disparitions s’étalant sur plus d’un siècle, tous associés à des événements surnaturels.

Flanqué de ses deux inséparables acolytes, Louis et Angel, Parker ne tarde pas à remonter la piste d’une mystérieuse organisation fondée au XIXe siècle, les Frères, dont les actions violentes ont laissé derrière eux des monceaux de cadavres. Mais les dangers qui guettent Parker prennent bien d’autres formes, notamment celle de la redoutable veuve d’un baron de la pègre à la tête d’un empire criminel, ou encore celle d’insaisissables fantômes qui semblent en vouloir aux vivants…

Avec l’extravagance, l’humour et le style qui le caractérisent, John Connolly continue ici à explorer l’occulte et les méandres de l’âme humaine dans ce qu’elle a de plus noir et nous prouve, si cela est encore nécessaire, qu’il est un des seigneurs de l’angoisse.

Mon avis :

Mon petit plaisir de vacances estivales …

L’intrigue entre vite dans le vif du sujet et on retrouve toutes les raisons qui font que j’adore cette série : une histoire foisonnante mettant en scène une multitude de personnages, des scènes angoissantes à souhait et le plaisir de retrouver Charlie, Louis, Angel et Samantha sa fille.

La thématique de la société secrète, les Hommes Creux, retrouvée lors des premiers tomes passe au second plan et John Connoly nous parle du monde des morts et du monde des fantômes, comme les grands auteurs de romans d’angoisse savent le faire.

Dans ce tome, Charlie Parker doit faire face à beaucoup d’éléments qui vont bouleverser sa vie, comme la demande de divorce de sa femme et son droit très restreint de visite auprès de sa fille. Nous découvrons aussi Angel atteint de maladie et qui refuse de voir un docteur, ce qui laisse augurer d’aventures dramatiques à venir.

Enfin, outre le fait que cette enquête est très tournée vers l’entourage de Charlie Parker, cette histoire est écrite avec beaucoup d’humour, surtout dans les répliques hilarantes dans les dialogues et nous laisse avec l’eau à la bouche sur l’avenir de nos amis. Vivement la suite …

Les enquêtes de Charlie Parker dans l’ordre de parution sur Black Novel sont :

Tout ce qui meurt

Laissez toute espérance …

Le Pouvoir des ténèbres

Le Baiser de Caïn

La Maison des miroirs

L’Ange noir

La Proie des ombres

Les anges de la nuit

L’empreinte des amants

Les murmures

La nuit des corbeaux

La colère des anges

Sous l’emprise des ombres

Le chant des dunes

Le temps des tourments

La prophétie de Barintown de George Arion

Editeur : Ex-Aequo éditions

Traducteur : Sylvain Audet-Gainar

La bonne nouvelle de cet été est le retour sur nos étals de George Arion, auteur Roumain qui nous a enchanté avec les (més) aventures d’Andreï Mladin, en particulier dans Qui veut la peau d’Andreï Mladin ? et La Vodka du Diable. Ici, George Arion, avec l’humour ironique qui le caractérise, nous invite dans une ville imaginaire, Barintown.

A Barintown, petite ville des États-Unis, un homme entre dans un restaurant, s’installe à une table puis ort en passant par les cuisines. Le bilan est lourd : 3 morts et une quinzaine de blessés. Fred Brown, policier qui a toujours rêvé d’intégrer la brigade criminelle, et a assisté au drame, y voit là une opportunité unique. Mais quand la brigade anti-terroriste arrive, il se fait écarter comme un malpropre.

L’église catholique de Barintown ne tient debout que miraculeusement, malgré tous les efforts déployés par le Père Pascal. Mais il doit bien se rendre à l’évidence que l’audience se vide, et les dons aussi. Un soir, un jeune garçon se présente à sa porte. N’écoutant que sa bonté, il lui offre le diner et le souper. Le jeune garçon dit s’appeler Emmanuel mais reste muet sur ses origines.

Plus tard, alors qu’Emmanuel jouait dans un terrain vague, il tombe en butant sur une aspérité. Il s’agit en réalité d’une main qui dépasse du sol. Demandant l’aide du Père Pascal, ils se précipitent au commissariat. Fred Brown les reçoit et se décide à aller voir sur place. Il s’agit bien de la main d’une jeune femme. Emmanuel leur dit alors que ce corps n’est pas le seul à être enterré là. Effectivement les fouilles mettront à jour vingt-quatre cadavres.

Pendant ce temps, toujours à Barintown, la découverte d’un vieil ouvrage dans la bibliothèque du presbytère trouble au plus haut point le père Pascal. Les pages de ce livre renferment en effet le récit apocryphe et incroyable des premières années de la vie du Christ. Mais d’où peut bien provenir un texte aussi explosif ?

Alors que le commissaire James Warren prend en charge cette affaire avec le légiste Sid Thatcher, le père Pascal, remis de ses émotions, trouve dans son grenier un document apocryphe, racontant la vie de Jésus à travers des épisodes méconnus. Fortement ébranlé par l’histoire racontée dans ces feuillets, il continue malgré tout sa lecture.

Ses précédents polars étaient fort drôles. Ils avaient été écrits sous le règne immonde de Ceausescu, et avaient réussi à passer à travers la censure grâce à sa trop grande subtilité humoristique. Ce roman de 2015 est résolument plus moderne mais présente la même apparente légèreté et une ironie féroce envers le monde actuel. Au premier degré, cette histoire se révèle amusante, foisonnante. Au second degré, c’est hilarant. Décidément j’adore l’humour roumain.

Car tout le monde va en prendre pour son grade, mais gentiment, et tous les personnages sont montrés comme des gens ayant leur propre motivation mais surtout faisant preuve de bien peu de recul. Seul le père Pascal, impliqué dans sa foi, pourra se rendre compte de la futilité du quotidien face au futur incertain qui nous attend.

Du maire aux journalistes, des scientifiques à l’église, des policiers aux amoureux éconduits, des terroristes aux simples citoyens, sans oublier les conspirationnistes et les prophètes de malheur, tous vont avoir des tares qui, par la simplicité des situations et la subtilité de l’humour vont se révéler irrésistibles. George Arion semble vouloir nous décrire par le petit bout de la lorgnette notre vie qui peut s’appliquer à n’importe quel pays.

Chaque chapitre étant précédé d’une phrase qui introduit la scène ou propose une réflexion philosophique (par exemple : « il existe une seule vérité incontestable : le hasard tient une place essentielle dans la vie de chacun »), ce roman bâti autour d’un nombre incommensurable de personnages est construit comme une série télévisée auquel il apporte un aspect amusé et amusant supplémentaire souvent absente de la télévision. J’aime beaucoup ce roman original et je vous conseille de le découvrir.

Batignolles rhapsody de Maxime Gillio

Editeur : Pygmalion

Voir Maxime Gillio sur les étals des libraires est toujours une bonne nouvelle car c’est l’assurance de passer un bon moment de lecture. Ce roman, en fait, une œuvre de jeunesse totalement remaniée et actualisée, ne déroge pas à la règle.

Au Prince, bar et boite de nuit du 17ème arrondissement, les samedis soirs sont occupés par des prestations de sosies qui viennent exercer leur talent (ou non) en hommage aux stars de la pop music. Ce soir-là, le groupe se nomme Ibex, en référence au groupe de Freddy Mercury datant d’avant Queen, et le chanteur Frédéric Pluton, habité dans son rôle de réincarnation du chanteur britannique.

Après avoir exécuté The show must go on, et formidablement raté les notes aigues de la fin, Frédéric Pluton décide de se mettre au piano pour You are my best friend, la meilleure chanson de Queen d’après lui. Quand il plaque ses doigts sur le clavier du piano, des étincelles en sortent et on retrouve le chanteur amateur mais néanmoins habité, quelque peu cuit, voire grillé sur place, infusant une âcre odeur de barbecue.

Stella Poliakov est réveillée par son téléphone et sa nuit précédente et fortement alcoolisée lui tape dans la tête. Son chef, Billy Bienstock, rédacteur en chef de Parisnews, un journal en ligne lui demande de faire un portrait de la victime en la mettant bien en garde : ne pas remettre en doute les conclusions de la police, attestant qu’il s’agit d’un accident. Stella va commencer par le sosie de Brian May, qui n’en est pas un …

Par moments, il faut revenir aux règles basiques d’un bon polar : Une bonne histoire, bien racontée, un personnage principal réaliste auquel on s’attache, et un style fluide, direct et rapide. Ce fut la règle des polars d’antan, raconter en deux cents pages une intrigue et faire passer un bon moment au lecteur.

Dans ce cadre-là, Maxime Gillio maitrise son art et nous offre un beau personnage, Stella est craquante. Marquée par la disparition de son ami Gabriel, l’amour de sa vie, elle possède un penchant certain pour l’autodestruction à base de litres d’alcool. Malgré cela, elle est douée pour mener une enquête (à ce titre les dialogues sont savoureux) et va découvrir une sacrée machination.

Et puis, les chapitres sont courts, le rythme est élevé, et l’air de rien, on se rappelle encore de Stella, de son histoire et de cette fin. On en vient même à espérer la retrouver dans une autre enquête. Car si Maxime Gillio ne veut pas passer de message revendicateur, il parle de ce qu’il aime.

Il faut voir ce roman comme un très bon divertissement, mais aussi comme un hommage envers les polars du siècle dernier (Spécial Police par exemple) ainsi qu’envers la culture populaire, Queen en premier lieu, mais aussi nombre de chanteurs aujourd’hui reconnus. Il insiste aussi sur l’importance de cette pop culture dans le quotidien et de sa valeur puisqu’elle est passée à la postérité.

Tiens, je vais me réécouter des chansons de Queen, moi !