Tous les articles par Pierre FAVEROLLE

Nuit blanche aux sons des tam-tams de Patrick-Serge Boutsindi

Editeur : L’Harmattan

Je vous propose une curiosité pour changer, un roman décidément pas comme les autres. Dans ce roman, vous y trouverez deux thèmes principaux, un style fluide mais surtout une forme qui se rapproche d’une pièce de théâtre. A réserver aux curieux …

Jean-Marc Balagot est reconnu pour sa rigueur dans son travail, mais aussi sa capacité de travail, ce qui lui a occasionné des difficultés dans sa vie de couple. Alors qu’il est chargé d’une affaire de disparition de personne, son chef lui demande de s’occuper d’une autre enquête à cause de son passé dans la police d’immigration.

La première affaire concerne la disparition de Madame Papin, qui a été signalée par son mari seulement cinq jours après son absence. La famille Papin est propriétaire de deux pharmacies au Luxembourg, tout proche de Thionville et mène donc une vie aisée. Le couple était en instance de divorce et madame Papin avait déjà fait une « fugue », annonce le mari pour justifier son retard d’avoir prévenu les autorités.

Puis une jeune fille vient s’adresser au commissariat. Lisa Mayombé annonce être originaire de la République Démocratique du Congo et mineure. Dans ce cadre, elle peut bénéficier d’un foyer d’accueil. Le travail de Jean-Marc Balagot va donc consister dans un premier temps à confirmer que la jeune fille est mineure, et dans un deuxième temps de retrouver la personne qui l’a fait venir en France, dont il découvre rapidement le nom : Félix Lokito. Il soupçonne un trafic d’immigration clandestine puisque c’est la troisième personne que l’on trouve à Thionville dans le même cas.

D’origine africaine, plus exactement de Congo-Brazzaville, l’auteur apporte à cette histoire une sorte de nonchalance dans le déroulement de l’enquête. Nous avons deux enquêteurs de la paisible ville de Thionville, aux prises avec deux enquêtes à mener en parallèle, qui contrairement à ce que l’on pourrait croire, ne vont pas se rejoindre. Car l’originalité de ce roman ne réside pas là …

En effet, ce livre est quasiment exclusivement composé de dialogues et d’aucune description. Ceci m’a donné l’impression de lire une pièce de théâtre dans la forme, car il n’est fait aucune mention des sentiments ou réactions des protagonistes. L’histoire (et donc les enquêtes) va donc avancer grâce aux nombreux interrogatoires qui va être bouleversée par la mort du passeur.

La forme prenant le pas sur le fond, la vie et les sentiments des policiers comme des suspects m’a semblé juste abordé, de même que les thèmes qui, pourtant, auraient demandé à être creusés. J’aurais en particulier aimé que l’auteur entre plus dans les détails sur les réseaux d’immigration clandestine, et même dans l’autre thème abordé en fin de roman dont je ne peux rien vous dire au risque de dévoiler l’aboutissement de l’intrigue.

Ce roman est donc à prendre comme un premier polar de l’auteur, et il montre un auteur conscient du monde qui l’entoure. Si je reste un peu sur ma faim, cette lecture restera ma première expérience de lecture en termes de théâtre policier, très loin de tout ce qu’on peut lire dans les romans policiers ou thrillers actuels. Si vous êtes curieux, lancez-vous dans cette lecture …

Le cavalier du septième jour de Serge Brussolo

Editeur : H&O éditions

Je n’avais jamais lu de roman de cet auteur pourtant prolifique, qui œuvre dans des domaines aussi variés que les romans pour la jeunesse, les romans fantastiques, de science-fiction ou romans policiers. C’est plutôt dans le genre fantastique qu’il faut classer ce Cavalier du septième jour.

La vieille Maggie, ancienne artiste sculpteuse de totems, que tout le monde croit folle, regarde dans l’eau du lac pour apercevoir un visage, celui d’une noyée. Puis elle se rend compte que c’est son visage qu’elle observe, ridée par les ondulations de l’eau. Elle rentre chez elle, regardant derrière son dos si elle est suivie. Elle cherche à protéger Ichika, jeune fille qu’elle a recueillie, presque adoptée, après la mort de ses parents. Maggie est persuadée qu’Ichika peut les protéger du Cavalier du septième jour.

Maggie voue une haine féroce contre Daryl, jeune orphelin aussi, qui est tombé amoureux de Ichika. Daryl a réussi à intégrer une université, se passionnant pour des cours de psychologie. Son professeur le convie à une expérience de mentalisme et se découvre des dons, un instinct lui permettant de voir, sentir quand une personne est malfaisante. Une agence gouvernementale l’engage alors pour dénoncer de futurs potentiels terroristes.

Tout ce petit monde vit à Pueblo Quinto en Amérique latine, où les croyances des indiens Wataphas font craindre la malédiction du Cheval Nocturne. Manito Caldéron y dirige un haras et croit dur comme fer à cette légende. Il recueille Ichika et veille à ce qu’elle reste vierge pour conserver son pouvoir de protection. La bluette entre Ichika et Daryl risque de mettre en danger le village mais peut-être aussi la Terre entière.

Ce roman est constitué de trois parties différentes et sa construction peut paraitre surprenante. Dans la première partie, l’auteur nous décrit les personnages principaux, insistant sur leur passé. Dans cette moitié de livre, l’auteur n’entre pas dans les détails mais décrit factuellement le parcours des protagonistes dans un style fluide, passant en revue les événements qui les ont faits se rencontrer.

Puis, ce que nous avions considéré comme situation établie va être modifié par des révélations sur les relations entre les personnages. Nous prenant à revers, nous sommes évidemment en proie à des doutes, nous demandant si ce qui nous est raconté est véridique ou pas. Si cela apparait comme des nouveautés et remet en cause nos certitudes, le style toujours aussi rapide nous fait déboucher sur une fin explosive.

D’une lecture agréable, ce roman se veut un pur divertissement et remplit sa fonction de nous procurer quelques heures de plaisir. Plaisir qui tient surtout à l’imagination folle de l’auteur, capable de nous faire accepter des personnages totalement dingues, quitte à créer des créatures irréalistes mais bigrement impressionnantes voire effrayantes. Ce cavalier du septième jour propose une lecture fort distrayante.

Le régisseur de Jeanne Desaubry

Editeur : L’Archipel

Rares sont les romans que je relis, même s’ils ont été remaniés, réécrits, réactualisés. Le régisseur s’est appelé Point de fuite et m’avait énormément ému, moins par le contexte (la mort du régisseur de Coluche en pleine campagne pour les élections présidentielles de 1981) que par le personnage de Marie, amante de René, enceinte, rejetée de tous, accusée par tous, ne comprenant pas la tornade qui vient de déferler.

Je vais essayer de ne pas paraphraser mon avis sur Point de fuite que vous pouvez retrouver ici, et auquel je n’ai repris que le résumé, soit les deux paragraphes qui suivent :

Ce roman commence le 23 novembre 1980, et Marie, l’amante de René est inquiète de son absence. Elle est enceinte de 7 mois et cela ne ressemble pas à René de la laisser aussi longtemps sans nouvelles. Elle fait le tour de la troupe de Coluche pour savoir s’ils sont au courant de quelque chose mais elle revient bredouille. Deux jours après, deux policiers se présentent chez elle et son monde s’effondre.

On lui apprend, en effet, que le corps de René a été découvert dans un terrain vague de banlieue, assassiné de deux balles dans la nuque. Elle se retrouve totalement abasourdie et est bousculée entre les interrogatoires et le rejet des proches de René. Surtout, elle ne comprend pas et se rend compte qu’elle ne connaissait pas l’homme avec qui elle vivait, avec qui elle va avoir un enfant.

Reprenant le même fil narratif que Point de fuite, Jeanne Desaubry a complètement réécrit son roman. Même si l’histoire suit la même chronologie, si les chapitres suivent les jours suivant la découverte du cadavre de René, les différences sont telles qu’on a l’impression de lire un tout autre roman. Par contre, la force émotionnelle, la rage qui nous fait serrer les dents restent toujours présentes.

De ce roman, nous retiendrons ce portrait de Marie, jeune femme enceinte qui ne comprend pas ce qui lui arrive. Nous retiendrons cette impression que tout le monde se ligue contre elle, que ce soit la police qui la soupçonne ou l’entourage de Coluche qui l’ignore, en passant par « L’Autre » qui la menace. Nous retiendrons le support inconditionnel de la mère, l’absence du père, et cette intuition que Marie doit se battre pour mettre son enfant au monde. Nous retiendrons le monde des années 80, où une femme doit être mariée avant d’avoir un enfant, sinon elle parait louche, voire coupable. Nous retiendrons ce monde de paillettes, où les stars s’enivrent de plaisirs, se remplissent la panse tout en pensant de temps en temps à ceux qui n’ont rien à manger.

Et puis, on y notera les différences évidentes, ces phrases remaniées pour se recentrer sur le personnage de Marie, ses pensées sans ponctuation pour illustrer sa confusion, ses appels au secours, et ces passages où René vient lui parler (« Putain, je suis mort ! Fait chier ») qui accompagnent Marie, qui la soutiennent et qui, sur le dernier passage vous plante un poignard et vous feront passer de terribles frissons dramatiques dans le dos.

Ce roman remanié n’est ni moins bon, ni meilleur que Point de fuite. Il est différent, atteignant un équilibre entre les émotions de Marie et les événements dramatiques. Ce roman évite le coté « Document à scandale » et montre le combat d’une femme pour faire reconnaitre son amour, la difficulté à faire accepter aux autres l’Amour, celui où on se laisse vivre en compagnie de l’autre sans le harceler de questions, celui d’une liberté revendiquée de vivre sa vie comme on le veut … jusqu’à ce qu’un drame vienne tout bouleverser. Quelle vie, quel personnage que cette Marie si grandement mis en scène et en valeur grâce à la plume magique de Jeanne Desaubry.

Sortez le punching-ball contre les conformistes de tous poils et la boite de mouchoirs, ce roman est terrible.

Hommage à Frédéric Dard : San Antonio

Cela fait déjà vingt ans que Frédéric Dard nous a quittés. Avant de faire ce billet, je me suis posé la question sur la forme que j’allais donner à ce billet. Je ne suis pas un spécialiste de Frédéric Dard, mais il me semblait important de rappeler ce grand auteur, si décrié avant que Bernard Pivot ne l’invite à la télévision.

A l’époque, à la fin des années 80, je prenais les transports en commun pour poursuivre mes études. On trouvait souvent, posés sur les poubelles, des San Antonio, qu’un lecteur offrait à un futur volontaire passager, don gentillet qui a débouché à notre époque sur les « boites à lire » que l’on trouve dans certaines gares. Eh oui ! À l’époque, on savait partager. C’est comme cela que j’en ai lu beaucoup, entre deux livres de mathématiques supérieures. Et donc, j’ai choisi de lire/relire quelques San Antonio en balayant les décennies une par une :

Messieurs les hommes (1955)

San Antonio pousse la porte du troquet Fifi les Belles Noix. Il cherche clairement la bagarre et cela ne tarde pas. Quand les flics débarquent, San Antonio se fait coffrer en compagnie de Paul le Pourri, surnom lié à son exéma et non son métier de truand. Après une ruse classique, les deux énergumènes s’évadent, San Antonio flingant un gardien, et Paul le Pourri propose de se cacher chez sa nièce, l’espiègle Sofia. La mission d’infiltration de San Antonio a bien commencé.

Collant à son histoire, Frédéric Dard adapte son langage à celui que l’on accolait aux truands après la guerre. On y trouve donc un florilège d’expressions auxquelles l’auteur ajoute son grain de sel, avec des images humoristiques hilarantes. D’un point de vue inventivité, ce roman se situe dans le haut du panier ce qui n’est pas le cas de l’intrigue. Simpliste, elle se révèle aussi mal équilibrée, la fin étant bigrement rapide. Ceci dit, ce roman qui se lit d’une traite est un vrai cadeau à l’intérieur duquel on trouve nombre de citations à conserver et réutiliser et des descriptions d’une drôlerie jamais égalée.

En avant la moujik (1969)

Le roman s’ouvre sur la mariage de San Antonio avec la russe Natacha, qui ressemble plus à un 48 tonnes qu’à Claudia Schiffer. Heureusement, elle est accompagnée de son amie d’enfance Anastasia qui est tout son contraire. La raison de cette union en est simple : San Antonio doit récupérer en Russie une mystérieuse formule mise au point par un Français et le père de Natacha. Cette mission ne va pas être de tout repos pour San Antonio.

Et effectivement, nous sommes en présence d’un feu d’artifice, d’une explosion de rires, car du début à la fin, nous courons avec S.A. dans l’espoir de démêler les fils de cette pelote russe. Quand Frédéric Dard se lâche, cela donne une excellente aventure. De jeux de mots en détournements de noms, de digressions en situations hilarantes, cette aventure comporte en outre de nombreux mystères, des femmes irrésistibles, et des scènes d’action haletantes. En avant la moujik est un roman plein, complet, drôle, un sommet de l’art du maître et un des meilleurs que j’ai lus. Enorme !

Un os dans la noce (1974)

Rencontrée dans sa précédente aventure, J’ai essayé, on peut !, Zoé Robinsoncru va devenir l’épouse de San Antonio. On dirait qu’on nous a changé notre enquêteur tant il paraît heureux. Juste avant l’échange des vœux, on lui passe un mot le prévenant qu’une bombe explosera s’il dit OUI. San Antonio est donc obligé de dire non, mais quand le maire lui demande de confirmer, il dit le mot interdit. Zoé est gravement blessée et le maire n’en réchappe pas. Qui a voulu tuer notre enquêteur favori ? Il va vérifier auprès du gardien qui a eu accès à la salle des mariages, puis lui vient l’idée qu’il n’était peut-être pas la cible …

Le début peut en surprendre un grand nombre, tant le roman commence par des pensées de San Antonio et sa joie de se marier sans hésiter. Après la dramatique explosion, l’intrigue démarre et c’est un vrai bijou avec moult rebondissements et retournements de situation. A cela, il faut ajouter cette langue unique, où Frédéric Dard s’amuse à recréer le dictionnaire, détournant des expressions, imposant des jeux de mots (pour certains passés dans le langage courant), inventant des noms dans l’unique objectif de nous faire rire. De l’action, une très bonne intrigue et un style toujours plus inventif, cet opus est un excellentissime numéro.

Oldies : Lucy in the sky de Pete Fromm

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Laurent Bury

Afin de fêter ses 15 années d’existence, les chroniques Oldies de cette année seront consacrées aux éditions Gallmeister, spécialisées dans la littérature anglo-saxonne. Je vous propose un roman qui bénéficie d’une aura impressionnante !

L’auteur :

Pete Fromm est un écrivain américain né le 29 septembre 1958 à Milwaukee dans le Wisconsin.

Romancier et nouvelliste, il a connu un important succès public et critique grâce à Indian Creek, roman autobiographique dans lequel il raconte son expérience de la solitude au cœur des montagnes Rocheuses lorsqu’il était adolescent.

Après des études secondaires à Milwaukee, Pete Fromm étudie la biologie animale à l’université de Montana. D’octobre 1978 à juin 1979, il est embauché par l’office de réglementation de la chasse et de la pêche de l’Idaho pour rester seul dans les montagnes, en plein cœur de l’aire naturelle protégée de Selway-Bitterroot, à surveiller l’éclosion d’œufs de saumon.

C’est sur les conseils de Bill Kittredge, dont il a suivi un cours d’écriture créative à la seule fin de décrocher son diplôme universitaire, puis de Rick DeMarini, qui anime un atelier d’écriture auquel Pete Fromm assiste clandestinement, qu’il envisage d’écrire en profitant de son expérience des grands espaces et de la vie au grand air.

Il cumule plusieurs petits boulots, dont celui de maître-nageur à Lake Mead (Nevada), puis de Ranger dans le parc national de Grand Teton, au Wyoming avant de rencontrer un modeste succès avec son recueil de nouvelles The Tall Uncut (1992). La reconnaissance médiatique vient avec ses chroniques d’Un hiver au cœur des Rocheuses (1993), où il relate son expérience de l’hiver 1978-79.

(Source : Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Lucy Diamond, quatorze ans, file à toute allure vers l’âge adulte. Prise entre l’urgence de vivre et la crainte de devoir abandonner ses manières de garçon manqué, Lucy se cherche et joue avec l’amour. Elle découvre par la même occasion que le mariage de ses parents n’est pas aussi solide qu’enfant, elle l’a cru. Son père, bûcheron, est toujours absent. Sa mère, encore jeune, rêve d’une autre vie. Et Lucy entre eux semble soudain un ciment bien fragile. Armée d’une solide dose de culot, elle s’apprête à sortir pour toujours de l’enfance et à décider qui elle est. Quitte à remettre en question l’équilibre de sa vie et à en faire voir de toutes les couleurs à ceux qui l’aiment.

Dans un Montana balayé par les vents, c’est la peur au ventre et la joie au cœur que Lucy, pleine de vie, se lance à corps perdu dans des aventures inoubliables.

Mon avis :

Quand on a 14 ans, un nouveau monde s’ouvre avec ce qu’il comporte de découvertes, de joies et de déceptions. Parce qu’ils habitent proches l’un de l’autre, Kenny et Lucy sont les meilleurs amis. Heureux dans leur vie de famille, ils vont vivre leur passage à l’âge adulte et découvrir ce que leurs parents cachent derrière leur insouciance de façade.

Pour ce faire, l’auteur a créé une famille d’Américains moyens, Chuck le père étant bucheron et donc souvent absent pour de longues périodes de la maison, Lainee la mère venant de trouver un travail. Lucy se distingue par son physique, ses airs de garçon manqué avec son crâne rasé ; cela lui permet de mieux se distinguer des autres au lycée. L’ambiance à la maison est à la fête, surtout quand le père est de retour et les blagues fusent ; il y règne une insouciance qui laisse flotter des passages fort drôles.

Puis lors d’une après-midi, Lucy découvre son premier baiser et ses relations avec Kenny vont s’infléchir vers un horizon qu’elle ne comprend pas, dont elle ne veut pas, préférant garder la douceur de l’enfance. En parallèle, elle s’aperçoit que ses parents qui étaient son modèle de bonne humeur, cachent des secrets qu’elle met à jour petit à petit. Elle se rend compte que le monde des adultes est tortueux et rempli de mensonges.

Rares sont les romans capables de nous emporter dans l’intimité d’une famille avec autant de facilité ! Les personnages ainsi que le ton, volontairement légers et sensibles, y sont pour beaucoup dans l’adoption de cette histoire et de son contexte. Le rythme et les événements vont au fur et à mesure montrer l’évolution de Lucy et placent ce roman sur le haut de la pile en termes de roman d’apprentissage. J’ai trouvé en particulier remarquable les descriptions des relations familiales et leur évolution.

Il serait dommage de réduire ce roman à une bluette d’adolescente qui découvre l’amour. Le personnage de Lucy occupe le devant de la scène, et ce personnage féminin est si fort, si franc, si réaliste qu’il en devient obsédant, inoubliable. Elle a un humour décalé, hérité de ses parents, qui se transforme rapidement en réparties cyniques puis en répliques cinglantes. Le caractère de Lucy se révèle suffisamment complexe pour qu’on s’y attache, tout en contradiction, entre sa volonté de grandir et celle de rester une enfant.

Si par moments, on sent poindre une certaine réflexion puritaine, l’auteur s’efforce tout de même de rester neutre, dans la peau de Lucy. Il n’en reste pas moins que l’on voit poindre un exemple de lutte pour la liberté, pour l’émancipation de la femme et pour le droit à vivre sa vie comme on l’entend, sans juger les autres. D’autant plus, que l’espoir renait grâce à certains autres personnages qui sortent du lot des moutons. Un roman formidable.

Le chouchou du mois de mai 2021

Après avoir fêté comme il se doit les douze années de Black Novel, nous attaquons une treizième année sur des chapeaux de roues, avec deux coups de cœur, rien que ça !

J’avais déjà été emballé par ses romans, Hot spot de Charles Williams (Gallmeister) m’a comblé par son intrigue, la psychologie des personnages et la modernité du style. Madox, le narrateur de cette histoire, va débarquer de la grande ville chez les campagnards et croire qu’il va pouvoir réaliser le casse de la banque car il se croit plus intelligent que les autochtones. Embringué dans des rebondissements imprévus et ses mensonges, il va s’enfoncer jusqu’à une fin fantastique. Un roman culte !

Les ombres de Wojciech Chmielarz (Agullo), le cinquième tome du cycle du Kub, nom du personnage principal, clôt avec brio la peinture de la société polonaise, la mainmise de la mafia sur tous les domaines et la corruption généralisée à tous les étages. D’une construction implacable, avec un parfait équilibre entre narration et dialogues, ce roman m’a enchanté, bluffé, impressionné.

Pour fêter ses douze années d’existence, je vous proposais de gagner la trilogie Sean Duffy. Ne me cherche pas demain de Adrian McKinty (Actes Noirs) est donc la troisième enquête de cet inspecteur catholique dans un pays protestant. Agrémenté d’une énigme de chambre close, l’auteur au style vivifiant nous ramène fin 1983, début 1984 à la poursuite d’un artificier de l’IRA qui vient de s’évader de prison. Super !

Parfois, il est bon de revenir aux sources et de lire un bon polar. THC sans ordonnance d’Olivier Kourilsky (Editions Glyphe) rentre dans cette catégorie, c’est bien fait, ça va vite et n’a d’autre but que de nous distraire. A noter tout de même, que certains personnages sont récurrents. Grâce au talent de l’auteur, le roman s’avère explicite pour s’éviter de tous les lire dans l’ordre … même s’il est dommage de s’en passer.

Le livre événement de ce début d’année, c’est bien Les somnambules de Chuck Wendig (Sonatine). Il se distingue par sa taille d’abord (plus de 1100 pages) et par son coté prémonitoire (il a été écrit avant la pandémie). Même s’il n’est pas un coup de cœur pour moi, il révèle un sacré conteur pour une folle histoire.

Karim Madani est de retour dans le noir. Pute et insoumise de Karim Madani (La Tengo) est un livre choc, entre fiction et biographie, entre document et roman noir. Il nous présente une jeune étudiante de banlieue qui fait escort-girl la nuit pour se construire sa clientèle de demain, en suivant des cours de droit des affaires. Ce roman nous plonge dans un monde qu’on ne côtoie pas et s’avère un roman impressionnant, violent et dur.

Les sosies de l’Ombre Jaune d’Henri Vernes (Marabout) est la sixième confrontation entre Bob Morane et l’Ombre Jaune. Nous visitons ici les bas-fonds de Londres dans un jeu du chat et de la souris où on se demande qui est la proie. Par contre, l’auteur en rajoute, rallonge ses paragraphes ce qui donne une lecture moyenne pour moi.

Kasso de Jacky Schwartzmann (Seuil) marque la poursuite dans l’humour cynique de l’analyse de notre société. Utilisant un pitch simple, (un sosie de Matthieu Kassovitz utilise sa ressemblance avec l’acteur pour arnaquer son prochain), Jacky Schwartzmann flingue à tout va tout en faisant montre d’une belle fluidité de style et d’une remarquable lucidité de quelques maux de notre société. A ne pas rater !

Le Chouchou de ce mois revient donc à Tarmac Blues de Gérard Carré (Jigal), un polar qui va à 100 km/h dès le premier chapitre. Une fois commencé, on ne peut s’arrêter tant on est plongé dans une intrigue qui ébouriffe. Avec des personnages forts, avec une belle inventivité dans les rebondissements, ce roman totalement bluffant mérite très largement le titre de chouchou.

J’espère que ces avis vous auront été utiles dans le choix de vos lectures. Je vous donne rendez-vous le mois prochain pour un nouveau titre de chouchou. En attendant n’oubliez pas le principal, protégez vous, protégez les autres et lisez !

Kasso de Jacky Schwartzmann

Editeur : Seuil

Jacky Schwartzmann fait partie des auteurs que j’aime beaucoup pour ses intrigues bien trouvées mais aussi et surtout pour son style cynique qui fait preuve d’une belle lucidité. Il y ajoute ici une remarquable fluidité d’écriture.

Débarquant de Marseille, Jacky Toudic revient dans sa ville natale, Besançon, qu’il déteste presqu’autant que les gens. Car Jacky possède un don, arnaquer les gens, et un outil, sa ressemblance avec Matthieu Kassovitz. Depuis Regarde les hommes tomber, tout le monde rêve de côtoyer cet immense acteur et lui en profite pour leur emprunter (de façon définitive) des enveloppes pleines de liquide pour, soi-disant, alimenter les consommations de café lors de la réalisation d’un film imaginaire.

Son retour à Besançon est lié à sa famille : sa mère est atteinte de la maladie d’Alzheimer et s’est retrouvée à insulter des jeunes en robe de chambre à deux heures du matin en pleine rue. Le docteur Paul Jeune lui annonce l’ampleur de la maladie et qu’une place en Ehpad va se libérer bientôt. Malgré le ressentiment qu’il ressent envers son prochain, il se retrouve bien obligé de régler cette affaire, ne serait-ce que pour signer les papiers.

Ses parents furent professeurs de philosophie ce qui forge un caractère pour un garçon doué en rien. Quand il se rend à l’Ehpad, il s’aperçoit que sa mère prend Nagui, en train d’animer un jeu de chanteurs, pour son fils et Jacky pour son docteur. Il retrouve son ami d’enfance, Yann, qui fait l’homme automate devant l’église Saint-Pierre. Lors d’une soirée au bar Le Gibus, il retrouve sa bande, Yann, Parrain, et Elder. Comme il doit continuer à faire tourner sa baraque, il va sur Tinder et prend rendez-vous avec une dénommée Zoé …

Jacky Schwartzmann va prendre le temps de quelques chapitres pour nous placer les décors, les personnages et son intrigue. Une fois cela fait, il peut dérouler son histoire d’arnaqueur à la petite semaine … mais attention, il y aura moult rebondissements et, pour certains bien surprenants voire renversants.

De la situation du départ, dramatique, l’auteur annonce le ton : Jacky Toudic préférerait que sa mère soit morte plutôt qu’elle subisse et fasse subir sa maladie. On entre directement dans son ton cynique noir. Comme je l’ai dit au dessus, l’avantage des auteurs comiques, c’est de voir le monde différemment et de faire preuve d’une belle lucidité ; bref, de nous faire prendre du recul par rapport à ce que nous vivons tous les jours, et arrêter de se prendre au sérieux.

Avec ce roman, Jacky Schwartzmann abandonne sa méchanceté, y insère même une dose de sentiments en créant ce personnage de sosie de Kassovitz. Malgré ce qu’il raconte, on ressent de la peine pour lui et sa situation. Mais ne vous y trompez pas, l’auteur va régler son compte à beaucoup de gens, et passer en revue nombre de professions et comportements. Des fans de stars de cinéma prêts à faire n’importe quoi pour les côtoyer, aux médecins, les notaires, le monde du cinéma, les artisans, les gilets jaunes, … tout le monde en prend pour son grade et ça flingue pas mal !

Il n’en reste pas moins que Jacky Schwartzmann fait montre d’une belle fluidité dans le style, se montre moins méchant que d’habitude ce qui donne de la force à son propos, et qu’il démontre une réelle assurance dans le déroulement de son intrigue, ce qui fait de son roman, probablement le meilleur qu’il ait écrit à ce jour … du moins c’est mon avis. Je vous garantis de passer un excellent moment avec cet auteur et avec son roman fort drôle, au second degré

Les ombres de Wojciech Chmielarz

Editeur : Agullo

Traducteur : Caroline Raszka-Dewez

Attention, coup de cœur !

Cinquième roman de Wojciech Chmielarz, ce roman clôt surtout un cycle en donnant à l’ensemble une cohérence impressionnante et une analyse des maux de la société polonaise, mêlant la police, la justice, les politiques et la mafia. Grandiose !

Jakub Mortka dit le Kub est appelé sur le lieu d’un assassinat dans une petite maison des environs de Varsovie. Une jeune femme et sa mère ont été retrouvées abattues dans ce qui ressemble à une exécution en bonne et due forme. Sur place, les policiers ont trouvé l’arme de service de Darek Kochan, le collègue du Kub, réputé pour être violent et frapper sa femme. Même s’il n’a pas l’intention de lui trouver de circonstances atténuantes, le Kub ne croit pas à la culpabilité de Kochan et veut découvrir la vérité. Sauf que Kochan a disparu …

De son côté, la lieutenante Suchocka, dite la Sèche, n’en finit pas de regarder une vidéo, enregistrée sur une clé USB, qu’elle a conservée suite à sa précédente affaire. Sur le film, on y voit trois hommes entrainer un jeune homme, vraisemblablement drogué, et le violer. La Sèche ne veut pas confier ce film à ses collègues, car elle sait que les trois hommes, facilement identifiables et très riches, s’en sortiraient en sortant quelques liasses de billets. Et elle fera en sorte qu’ils ne s’en sortent pas …

L’allure de Borzestowski dit Boro fait penser à un colosse. Lui qui dirige de main de maître tous les trafics imaginables à Varsovie, a intérêt à ce qu’on retrouve une preuve qui pourrait l’accuser d’un meurtre. L’inspecteur Gruda de la section Criminalité et Antiterrorisme de la police métropolitaine lui rend visite dans son hôtel, proche de l’aéroport. Il vient lui transmettre le message de quitter la Pologne mais la menace tombe à l’eau. Boro lui demande de faire taire Mieszko, actuellement en prison et de passer le message au directeur adjoint de la police Andrzejewski. Sinon Boro parlera de la découverte des corps de trois chefs de gangs par Kochan. De son coté, Andrzejewski et Gruda vont se mettre à la recherche d’un costume tâché du sang d’une victime de Boro que Mieszko a précautionneusement caché.

En guise de préambule, je dois vous dire que ce volume, le cinquième donc, peut se lire indépendamment des autres. De nombreuses références sont faites aux précédentes enquêtes, et sont suffisamment explicites pour que l’on puisse suivre. Ceci dit, ces cinq romans s’emboitent parfaitement, et trouvent une conclusion magnifique dans ce cinquième tome. Il serait donc dommage de ne pas avoir lu les autres romans qui sont : Pyromane, La ferme des poupées, La colombienne et La cité des rêves. Personnellement, il m’en reste un à lire.

Quand on attaque un roman de Wojciech Chmielarz, on a affaire à une enquête policière que l’on pourrait qualifier de classique. Ici, elle part sur au moins quatre axes différents : la recherche de l’innocence de Kochan, la recherche des coupables du viol du jeune homme, les manigances des responsables de la police pour se débarrasser du témoin gênant dans le cadre du procès de Borzestowski, et les magouilles de ce dernier pour se sortir des griffes de la justice.

A travers cette intrigue à multiples facettes, l’auteur montre l’ampleur de la puissance de la mafia dans la société polonaise, la main mise sur la police au plus haut niveau, sur la justice, sur la politique. Il nous montre comment les puissants de ce pays, ceux qui détiennent l’argent et le pouvoir peuvent tout se permettre et passer entre les mailles du filet à chaque fois. Pour cela, Wojciech Chmielarz a construit des personnages forts et détaillé leurs tactiques pour mieux montrer de quoi ils sont capables.

Le personnage de Lazarowitch, dit Lazare est à cet égard le parfait exemple de la situation. Par ses relations, les services qu’il rend aux uns et aux autres, les informations qui lui servent de chantage, il arrive à regrouper entre ses mains un pouvoir aussi invisible que gigantesque, que ce soit chez les truands comme chez les gens qui dirigent la société. Lazare est présenté comme le pendant de Boro, la seule différence résidant dans le fait que Lazare a les mains propres et que personne ne le connait dans le grand public. Dans le rôle des Don Quichotte de service, on trouve le Kub et la Sèche.

L’intrigue nous balance de droite et de gauche, introduit des personnages pour appuyer le propos, créé des scènes avec une limpidité et une inventivité impressionnantes, et malgré le nombre de protagonistes, malgré le nombre d’événements, malgré le nombre de lieux visités, on n’est jamais perdus. Ce roman m’a impressionné par ce parfait équilibre qu’on y trouve entre les descriptions et l’avancement de l’intrigue, entre les impressions ou les sentiments des personnages et les dialogues. Quant à la scène finale, elle se situe dans un abri antiatomique et vaut son pesant d’or. Et surtout, ce cinquième tome se place comme la pièce finale d’un puzzle, sorte de conclusion d’un cycle qui fait montre d’une incroyable lucidité et d’un implacable constat sur le niveau de corruption générale.

Rares sont les romans qui arrivent à me laisser sans voix devant l’ampleur de l’œuvre. En lisant ce roman, on le trouvera excellent. Après avoir lu les cinq tomes, cela en devient impressionnant, impressionnant. Il ne reste plus qu’à savoir si on reverra le Kub et la Sèche dans un nouveau cycle. Car la fin du roman semble pencher en ce sens plutôt qu’une fin de la série complète. Enfin, j’espère !

Coup de cœur, je vous dis !

Espace Bob Morane : Le cycle de l’Ombre Jaune 6

Le retour de l’Ombre Jaune d’Henri Vernes

Editeur : Marabout – 1961

J’ai lu beaucoup d’aventures de Bob Morane quand j’étais au collège, peut-être une centaine, et j’en ai gardé un souvenir extraordinaire. Il fallait bien que je me limite dans les centaines de romans publiés et donc j’ai choisi le cycle de l’Ombre Jaune tel qu’il est décrit dans Wikipedia, soit 23 romans.

Alors qu’il attend son ami Bill Ballantine dans un hôtel londonien, il a rendez-vous avec Lord Bardsley, le célèbre archéologue spécialiste de l’Orient antique. En effet, ce dernier revient d’une expédition au Thibet et a quelque chose d’important à lui montrer. Le téléphone sonne : Lord Badsley, affolé, lui demande de venir immédiatement car il s’estime menacé de mort.

N’écoutant que son courage, Bob Morane fonce vers la maison de l’archéologue. Quelle n’est pas sa surprise, au milieu du smog londonien, d’être bousculé par un homme ressemblant en tous points à Lord Bardsley. Il n’a pas le temps de s’attarder et se précipite chez son ami, qu’il découvre étendu mort, le cou brisé. Quand la police débarque avec Bill, Bob Morane apprend que de nombreux archéologues et historiens ont été retrouvés assassinés. Soudain, le cri des Dacoïts retentit. L’Ombre Jaune n’est pas loin.

D’un coté, on se retrouve avec un roman d’action, nous faisant courir d’un quartier de Londres à l’autre, passant par les égouts et les bas-fonds, de l’autre, l’ambiance de brouillard est omniprésente pèse sur le stress des protagonistes.

Cette aventure est intéressante par la façon dont elle est menée. On croit que Bob Morane est maitre de sa course-poursuite, alors qu’en réalité, il se fait mener par le bout du nez par l’infâme Ombre Jaune.

Il n’empêche que ce tome ressemble à un volume de transition, et l’on ressent la construction de l’intrigue autour de trois scènes principales. Entre celles-ci, on a tout de même l’impression qu’Henri Vernes fait du remplissage. Ce n’est donc pas la meilleure aventure de Bob Morane.

Dans le livre que j’ai lu, édité par Marabout Junior, on revient sur les robots à apparence humaine, les cyborgs en abordant le mythe du Golem de Prague.

De quoi enrichir sa culture en s’amusant !

Les romans chroniqués ici sur le duel entre Bob Morane et L’Ombre Jaune sont :

  1. La couronne de Golconde
  2. L’Ombre Jaune
  3. La revanche de l’Ombre Jaune
  4. Le châtiment de L’Ombre Jaune
  5. Le retour de l’Ombre Jaune

Tarmac blues de Gérard Carré

Editeur : Jigal

Auréolé d’articles élogieux des collègues blogueurs, je me suis lancé dans la lecture de ce polar avec envie, ayant besoin d’un polar costaud. J’ai été surpris par le rythme, la maitrise et la construction implacable. Bonne pioche !

Premier chapitre – Salomé : Chez son gynécologue, elle observe les deux formes qui se portent à merveille sur l’écran de l’échographie. Quand le docteur lui demande si elle a choisi les prénoms, elle lui répond naturellement Igor et Grichka. En sortant elle prend un taxi et appelle son mari, Léonard Delevigne, à la tête de la brigade des stupéfiants de Paris. Mais le chauffeur se trompe de route et Léonard assiste en direct à l’enlèvement de sa femme. Il a trente minutes pour leur donner le nom de la balance au sein du réseau Viking de Villiers sur Marne.

Deuxième chapitre – Léonard : Il se branche sur l’application lui permettant de tracer le portable de Salomé. Le signal le dirige vers un entrepôt dans lequel il pénètre rapidement. Il y découvre un taxi en train de brûler. Le corps à l’intérieur a été abattu d’une balle dans la tête et finit de se consumer. Léonard cherche alors sur son ordinateur de bord le réseau Viking, et tombe sur le nom de l’indic : Omar Faraoui. Le flic en contact avec Omar n’est autre que Milovan Milosevic, son presque frère.

Troisième chapitre – les deux orphelins : Léonard vit débarquer Milo dans sa classe de quatrième. Issu de la DDASS car abandonné à la naissance, Milo avait un caractère violent mais était beau comme un apollon. Ils firent connaissance lors d’un vol de la recette de la cantine où Léonard et ses parents innocentèrent Milo. Milo fut accepté dans la famille Delevigne, jusqu’à cet accident de voiture qui tua les deux parents. Léonard et Milo se retrouvèrent orphelins, frères pour la vie dans leur malheur.

Quatrième chapitre – Léonard : Quand Milo appelle Léonard, il lui propose de débarquer pour fêter les deux bébés à venir. Mais Léonard ne veut pas dire la vérité à son ami et frère, il invente une histoire où Salomé est partie se reposer chez ses parents. Car Léonard a pris sa décision : pour sauver sa femme et ses deux enfants à venir, il va trahir Milo et donner Omar aux ravisseurs.

Les chapitres ne dépassant que rarement les quatre pages, le résumé que je vous ai concocté donne une image de la construction du roman et de sa célérité. Nous allons rencontrer plus d’une dizaine de personnages, chacun ayant droit à un chapitre dédié et les scènes vont s’amonceler à une vitesse folle pour construire une intrigue passionnante. Il ne serait pas étonnant d’ailleurs d’imaginer cette histoire adaptée en film ou en série tant le découpage fait penser à un scénario … et quel scénario !

Car, outre les chapitres qui donnent un rythme élevé à la lecture, le style se veut direct et efficace, ne laissant que peu de temps au lecteur pour reprendre sa respiration. Soutenu par des dialogues qui sonnent tous justes (c’est assez rare pour être signalé), il est bien difficile de s’arrêter de tourner les pages tant on veut à tout prix savoir la suite pour connaitre enfin le fin mot de l’histoire.

L’air de rien, ce roman est un sacré pavé, car s’il affiche 365 pages au compteur, la fonte utilisée est petite et d’autres éditeurs auraient sortis ce livre en 500 pages. Mais que cela ne vous arrête pas, le scénario est en béton, et on n’y voit aucune fissure, les personnages sont passionnants et on se prend rapidement de d’affection pour eux, et contrairement à ce qu’on pourrait croire, les morts vont s’amonceler au fil de l’histoire.

Avec son style efficace, ses personnages attachants, son scenario de trafic de drogue alimentant les réseaux terroristes et sa forme qui apporte une célérité à l’ensemble et une célérité à sa lecture, ce roman se classe d’emblée parmi les excellentes lectures et s’avère un divertissement très haut de gamme. Avant de l’entamer, je vous conseille tout de même de vous munir de provisions et de reprendre votre souffle. Car une fois commencé, vous ne pourrez plus vous arrêter.