Tous les articles par Pierre FAVEROLLE

Ombres et poussières d’Antonio Manzini

Editeur : Denoël

Traducteur : Samuel Sfez

Quand on tient un personnage de la trempe de Rocco Schiavone, sous-préfet d’Aoste, on ne le lâche plus et on se jette sur ses dernières enquêtes dès qu’elles sortent en librairie. Dans ce nouveau tome, Rocco poursuit sa descente aux enfers.

Marco attend devant le 12 via Brean, et hésite à monter la prostituée qu’on lui a conseillée. Avec cinquante-deux ans au compteur, il a du mal à accepter l’abstinence imposée par Barbara sa femme. Enfin, il se décide et profite de la sortie d’un livreur pour entrer dans l’immeuble sans être obligé de sonner à l’interphone. C’est malin ! Le livreur pourrait reconnaitre son visage, la honte !

Quand Rocco se réveille ce matin-là, il n’est pas harcelé par la musique abrutissante de son jeune voisin Gabriele. Il le rencontre dans l’escalier, ce qui est étonnant à cette heure matinale, partir pour son examen de latin. Comme sa mère est absente, comme souvent, Gabriel demande à Rocco de le faire réviser. Il accepte mais cela se fera au commissariat, où l’attend une surprise de taille.

Quand il ouvre la porte de son bureau, tout le mobilier a disparu. Tout a été déménagé dans un placard pour laisser la place au cabinet provincial de la police scientifique. Avant d’aller pousser sa gueulante chez son chef, Rocco se rend compte que Gabriele ne connait pas son cours de latin. Le cas est désespéré. Soudain, on les appelle pour signaler la présence d’un corps découvert par un jogger. La victime serait un transsexuel. Les emmerdements Niveau 10 s’accumulent.

Depuis quelques tomes, Rocco Schiavone est confronté à des enquêtes complexes et embringué dans son passé qui ressurgit et l’oblige à en assumer ses conséquences. Les romans d’Antonio Manzini fonctionnent donc à deux niveaux sur deux lieux différents (Aoste et Rome) et permettent d’insuffler un rythme élevé aux romans. Il est inutile de vous préciser donc de lire cette série urgemment en commençant bien entendu par le premier.

Sans surprise, on retrouve Rocco obsédé par sa femme, qu’il entend encore dans ses songes (voire éveillé) mais qui se fait ici de plus en plus absente. Il va retrouver ses amis romains dans le cadre de la recherche de l’un des leurs et de la chasse de Baiocchi, le meurtrier d’une jeune fille … et je ne vous en dis pas plus pour l’intrigue récurrente qui devient de plus en plus dramatique et triste. Quant à l’enquête principale, elle est d’une complexité grandissante et confronte notre enquêteur aux services secrets qui s’octroient tous les droits.

Enfin, on est bigrement surpris par la réaction de Rocco face à son voisin, laissé à l’abandon en plein dans ses études. Gabriele se montre fainéant et ne veut pas changer pour autant. Rocco va le prendre sous son aile, lui octroyer du temps dans son agenda surchargé, comme son fils qu’il n’a jamais eu. Enfin, la fin est d’une tristesse infinie et cela m’inspire une réflexion à ce propos : quand on écrit une série avec un personnage récurrent, faut-il forcément le malmener, le maltraiter, le torturer et lui faire connaitre une descente aux enfers ? Celle de Rocco est loin d’être terminée, mais elle ressemble beaucoup à celle de Jack Taylor (en moins autodestructeur pour le moment).

L’autre femme de Mercedes Rosende

Editeur : Quidam éditeur

Traductrice : Marianne Million

Ce roman est vraiment la bonne surprise de ce mois de mai. En plus d’être mon premier roman uruguayen, il nous présente un personnage féminin auquel on croit d’emblée et que l’on adore suivre. Si l’on ajoute un scénario malin et original, ne cherchez plus, c’est le roman qu’il vous faut.

Ursula Lopez souffre d’un surpoids qui lui occasionne quelques désagréments, comme ce jour-là quand elle veut essayer une robe résolument trop petite. Quand on dépasse quarante ans, on ne se regarde plus dans une glace ; de toutes façons, on n’y verrait que pouic avec la myopie qui vous agresse. Et puis, comment peut-on résister à de bons chocolats, à de bonnes confiseries ? En sortant de la boutique, Ursula regarde le défilé de « belles » qui font la queue à la caisse. C’est décidé, elle va faire un régime.

Entre deux journées de travail à traduire des documents étrangers, Ursula s’inscrit à la Réunion des Obèses Anonymes. Elle imagine déjà des gros assis en cercle, se présentant succinctement avant de détailler leur attirance irrésistible pour des sucreries colorées, avant de subir les commentaires du groupe. Aurelio, Ada, Susanna, tous racontent leurs privations et le moment où ils ont craqué. Ursula les déteste. Quand elle rentre dans son immeuble, la lumière du hall ne s’allume pas. C’est la coupure de courant, ce qui signifie pour Ursula cinq étages à monter à pied. Un calvaire !

Pendant ce temps-là, Santiago Losada, un homme d’affaires, se rend à l’aéroport, quand il se fait arrêter par la police. Losada se fait chloroformer et atterrit dans le coffre de la fausse voiture de police. Les ravisseurs vont demander une rançon à sa femme, enfin, son ex-femme, puisqu’il est divorcé. Cette dernière a repris son nom de jeune fille, Ursula Lopez, homonyme de notre obèse favorite. Ursula pourrait bien profiter de cette situation.

Tout le roman repose sur Ursula, cette jeune femme obèse, qui va être la narratrice de cette histoire. A l’aide de beaucoup de petits détails, et de plusieurs remarques, nous allons entrer dans la psychologie de cette personne qui, à force de s’enfermer chez elle pour traduire ses documents va se renfermer en elle-même. Elle va se maudire de céder aux tentations de nourritures mauvaises pour sa santé et nous montrer une facette de ressentiment envers les autres.

Que ce soit sa famille ou son patron, elle voue une colère, voire une haine envers ce monde qui juge les autres sur leur physique. Les pérégrinations d’Ursula vont permettre à l’auteure de critiquer cette société dans certains passages hilarants de cynisme noir, tels ceux chez l’esthéticienne ou bien l’émission de télévision à laquelle elle participe en tant que spectatrice.

Mais au-delà de ce personnage, le scénario est bigrement intéressant, puisqu’il va nous prendre à rebours, nous surprenant par les rebondissements et les réactions d’Ursula face à une situation inédite. D’ailleurs, il est bien dommage que la quatrième de couverture nous en dise autant, tant j’aurais aimé plus de surprises. Mais c’est un petit défaut par rapport au plaisir que j’ai eu à arpenter ces pages avec Ursula.

Et la dernière bonne nouvelle réside dans le fait que c’est un premier roman et le premier tome d’une trilogie mettant en scène le personnage d’Ursula. Tout repose sur le personnage d’Ursula auquel on croit d’emblée et je peux vous dire que je signe de suite pour le deuxième tome. Ce roman s’avère être une excellente surprise.

La capture de Nicolas Lebel

Editeur : Editions du Masque

Autant vous le dire d’emblée, si vous n’avez pas lu le précédent roman de Nicolas Lebel, Le gibier, vous avez tort, d’une part, parce que c’est un excellent polar, et vous allez vous sentir embarqués dans une aventure avec des personnages que vous ne connaissez pas. En effet, on retrouve ici Yvonne Chen, flic sans peur et sans pitié.

Samedi 9 octobre, 32 heures et 4 minutes avant le grand final. Sur l’île de Morguélen, le Père Andras Petrovacz propose à Maé l’Adagio d’Albinoni pour l’enterrement de l’oncle de la jeune femme. On enterre Jules Meunier, qui a été retrouvé noyé avec un fort taux d’alcool dans le sang. Il tenait un entrepôt de vieilleries, qu’il récupérait dans la mer ou sur la plage, quand les touristes oubliaient leurs affaires.

En face de l’église, deux hommes faisant partie de l’OCLCH, surveillent la procession. Le capitaine Raphaël Romero et le vieux major Christian Mortier, bientôt à la retraite, sont chargés de démontrer que le curé ne serait autre que le prêtre croate Andro Dragovic, criminel de guerre qu’ils doivent ramener au tribunal de La Haye. Mortier voudrait faire un coup d’éclat avant son départ, alors que Romero sera nommé à sa place.

Yvonne Chen attend avec impatience de passer le pont vers Morguélen. Toujours à la poursuite des Furies (Voir Le Gibier), elle s’est rendue compte que ce groupe de mercenaires assassins passaient des annonces sur un site en ligne réservé aux chasseurs, Grand-Gibier. Le capitaine Mazza, son seul collègue de la police qui l’aide, s’est rendu compte que le chef des Furies, un dénommé Alecto, se connectait toujours à heure fixe depuis la presqu’île de Morguélen. La chasse continue …

Je ne vais pas revenir sur mon conseil de l’introduction ; vous pouvez très bien lire ce roman indépendamment du précédent, mais il serait dommage de ne pas avoir l’explication psychologique de l’attitude d’Yvonne Chen. Car Nicolas Lebel a construit un sacré personnage féminin, jusqu’au boutiste, se moquant des règles, des méthodes, pourvu qu’elle arrive à ses fins.

Ce roman est construit comme une partie d’échecs et d’ailleurs, tout est clairement indiqué dans les têtes de chapitre. Nous retrouvons donc les pièces plus ou moins importante, les mouvements stratégiques, et surtout des jeux d’attaque / défense où on n’arrive pas à déterminer qui mène l’offensive et qui est la victime. Cela s’ajoute à un scénario construit aux petits oignons, remarquable à la fois dans son intrigue que dans sa construction. Clairement, Nicolas Lebel ne déçoit jamais, et démontre son vrai talent de conteur.

On retrouve dans ce roman la patte de l’auteur, cette faculté à écrire simplement tout en étant passionnant à chaque page. Malgré le fait que ce roman s’appuie sur plusieurs personnages, on n’est jamais perdu, et on se laisse mener par cette intrigue, sans jamais vouloir arrêter sa lecture. On y trouve même quelques quiproquos, quelques dialogues drolatiques, des moments franchement comiques (comment imaginer un Romero sensible au point de pleurer ?) et des clins d’œil à sa série consacrée à Mehrlicht quand le motard baraqué écoute sans cesse des chansons de Johnny Halliday.

Après avoir refermé ce roman, on se retrouve pleinement satisfait. On a eu notre dose de mystères, d’action, de rires et un final rythmé qui nous donne rendez-vous pour un prochain opus. En tous cas, la fin est suffisamment ouverte pour de prochaines aventures. Cette Capture est donc un très bon divertissement.

And the winner is …

Pour fêter les 13 ans du blog, je vous proposais de gagner non pas un roman, mais une trilogie complète, trois romans narrant la chute de Sarkozy et l’arrivée de Hollande, sur fond de prostitution enfantine et de pédophilie, écrite par Benjamin Dierstein :

La sirène qui fume :

Mars 2011. Le capitaine Gabriel Prigent débarque à la brigade criminelle de Paris après avoir vécu un drame à Rennes. Obsédé par l’éthique, il croise sur son chemin le lieutenant Christian Kertesz de la brigade de répression du proxénétisme, compromis avec la mafia corse et et tourmenté par un amour perdu.

La défaite des idoles :

Pris en étau entre une cellule de la DCRI qui cherche à sauver la peau des sarkozystes et d’anciens barons de la Mitterrandie qui oeuvrent pour le retour de la gauche au pouvoir, Kertesz et Verhaeghen vont se livrer un duel à mort au cœur de la corruption moderne.

La cour des mirages :

Un polar addictif, politique et explosif

Juin 2012. Triomphe politique pour la gauche et gueule de bois pour la droite. Les têtes tombent. Les purges anti-sarkozystes au sein du ministère de l’Intérieur commencent. La commandante Laurence Verhaeghen quitte la DCRI et rallie la Brigade criminelle de Paris. Elle est rapidement rejointe par son ancien collègue Gabriel Prigent, hanté par la disparition de sa fille six ans plus tôt.

Pour leur retour au 36, les deux flics écopent d’une scène de crime sauvage : un ancien cadre politique a tué sa femme et son fils avant de se suicider. L’enquête débouche sur la découverte de réseaux puissants, à mi-chemin entre l’organisation pédo-criminelle, la prostitution de luxe et l’évasion fiscale. Désabusés par leurs erreurs et leurs doutes, tourmentés par leurs obsessions, Verhaeghen et Prigent vont partir pour un voyage sans retour vers la barbarie moderne.

Dans la lignée de David Peace ou James Ellroy, une complainte noire et désespérée en forme de descente aux enfers.

La question était : Outre sa trilogie, Benjamin Dierstein a écrit un roman comique. Quel en est le titre ?

La réponse est : Un dernier ballon pour la route

Le nom de gagnant est : Yannick Goicoechéa

Félicitations !

Je n’ai plus qu’à ajouter : Merci à tous, à bientôt et plus que jamais, n’oubliez pas le principal : protégez-vous, protégez les autres et lisez !

Kids’show de Gaëtan Brixtel

Editeur : Horsain

Je vous propose une curiosité, un roman écrit avec le sang de l’auteur, un roman dont on sent que chaque mot, chaque phrase lui ont coûté. Je connaissais Gaëtan Brixtel au travers de ses nouvelles, publiées chez Ska, capables en quelques pages de parler de notre quotidien, souvent cruel, alternant entre le violent et l’attendrissant. On le retrouve ici dans un format plus long et dans un style caustique, cynique, voire par moments méchamment en colère. On ne trouve pas de langue de bois dans cette histoire de harcèlement scolaire, que du vrai, du vécu.

Certaines expressions peuvent nous paraître drôles quand on en cherche l’origine. Ainsi, pour « Bouc émissaire », on trouve ceci : Dans la Bible, on peut lire que le prêtre d’Israël posait ses deux mains sur la tête d’un bouc. De cette manière, on pensait que tous les péchés commis par les juifs étaient transmis à l’animal. Celui-ci était ensuite chassé dans le désert pour servir d’émissaire et y perdre tous les péchés. Pour « Tête de Turc », cette expression du XIXe siècle est une allusion aux dynamomètres des foires sur lesquels il fallait frapper le plus fort possible et qui représentait un visage surmonté d’un ruban. Dans un sens plus figuré, cette « tête de Turc » est la personne dont on se moque, en général méchamment, pour le blesser.

Le Show auquel nous convie Gaëtan Brixtel est introduit par la Direction du Kids’Show, qui va faire office de modérateur de cette histoire. Le narrateur, Monsieur G., nous présente Vincent qui porte sur lui une allure de victime. On ne s’étonnera pas que Vincent soit la cible de ses collègues, avec son air renfermé et sa volonté d’éviter tout conflit ou même discussion animée.

Le groupe de « durs » de cette classe de CM2 comprend Nicolas et Teddy. Vincent observe Delphine de loin, mais elle aime Bastien, comme un éternel drame de l’amour. Contre l’avis de Marc, Bastien propose à Vincent de venir jouer au football avec eux. Evidemment, Vincent ne peut refuser, sinon il serait définitivement exclu du « groupe ». Il regardera le match depuis la ligne de touche, sur le banc des remplaçants. Après leur victoire, les gamins videront leur joie sur le dos de Vincent, en lui faisant un shampooing à la boue.

Ce n’est que le premier exemple de ce conte, présenté comme un « formidable spectacle ». Le directeur de l’école est fier de présenter un orateur, Monsieur G., qui va raconter cette histoire auprès d’une audience censée être des parents, ou bien des enfants mais accompagnés d’adultes. On se prend à penser à un présentateur d’un spectacle de marionnettes ou de cirque, dans ses beaux apparats, avec sa voix de stentor.

Le narrateur prend alors la parole, et nous parle comme si nous étions assis devant lui. Il parle avec ses mots, nous détaille les scènes se déroulant tout au long de cette année de CM2. Parfois, il ressent de la sympathie pour ces garnements ; la plupart du temps, il montre leur imbécilité et leur méchanceté gratuite. Ensuite, il pointe sans pitié les instituteurs, les directeurs, les parents qui voient tout et ne font rien. Enfin, il nous prend à partie en tant que témoins avides de sang. Car c’est bien connu, le malheur des uns fait notre bonheur.

Malgré la cruauté des actes, malgré les horreurs dévoilées, malgré les réactions (ou absence de réactions) honteuses des adultes, le ton se veut humoristique, vif, mais aussi cynique, caustique, et n’hésite pas à appeler un chat un chat, à traiter de con un gamin qui en tape un autre. Et au-delà de la violence physique, il y a ce harcèlement moral, de tout instant, qui pousse certains jeunes à bout, à tel point qu’ils ont peur à l’idée de se lever le matin pour aller à l’école.

Si l’on s’amuse beaucoup à cette lecture, c’est grâce au ton volontairement provocateur. Mais on en vient à avoir des sueurs froides dans le dos en se disant que cela arrive tous les jours. On ressent bien la hargne, la rage derrière ces phrases et Monsieur G. ne s’en cache même pas. Il fait même dans l’autodérision. Monsieur G. a même du mal à se limiter dans ses insultes envers ces détenteurs de l’autorité qui sont conscients de la situation et se contentent de laisser passer l’année scolaire sans heurts, sans vagues.

La société devient de plus en plus violente, on en a l’exemple ici, même si l’action se déroule en 1999, et les gens censés représenter l’éducation et l’autorité ne jouent pas leur rôle. Et l’auteur n’hésite pas à pointer leur refus de leur responsabilité, les instituteurs, professeurs, directeurs, parents, comme s’ils donnaient leur aval à ces séances de torture quotidienne. Ce roman passionné, où l’auteur a mis son expérience et son vécu ne peut que nous interpeler, et devrait être lu, voire joué en pièce de théâtre pour tous.

Lieutenant Versiga de Raphaël Malkin

Editeur : Marchialy

Je n’aurais probablement pas lu ce roman sans le billet de BMR & MAM et leur coup de cœur bigrement tentant. Ils avaient raison de conseiller ce portrait attachant d’un flic loin des clichés, avec un vrai pas dans la réalité.

Le 27 décembre 1977, les chasseurs s’enfoncent dans les bois. L’air étouffant et les odeurs de moisissure leur confirment qu’ils s’approchent du bayou. Au détour d’un bosquet, ils ne peuvent que constater qu’on a abandonné là un corps humain. L’inspecteur en chef Jackie Walker Jr se rend sur place et récupère les ossements qu’il va envoyer à un illustre médecin légiste, Clyde Snow. Ce dernier va lui détailler ses analyses : la jeune femme a été étranglée et elle portait une perruque. Elle avait une dent en or. Grâce à une reconstitution faciale en plâtre, il peut donner vie à ce cadavre abandonné. Après plusieurs mois de recherche, l’enquête est stoppée.

Quand Darren Versiga s’engage dans un défi, il y va généralement pour gagner. C’est ainsi qu’il est devenu l’un des meilleurs tireurs du comté. Il a bourlingué, a fait des conneries étant jeune, est entré dans la police, puis a ouvert une agence de détective privé avant de revenir à la police de Pascagoula après la crise financière de 2008. Il arbore le meilleur taux d’élucidation et s’ennuie entre les bagarres de pochetrons à la sortie des bars et les maris jaloux.

Sur la demande du Biloxi Sun Herald, il décide donc de se pencher sur les cold cases, ces affaires jamais résolues, qui laissent des familles dans la peine et l’incertitude. Il tombe sur le cas de Melinda LaPree, une prostituée dont on a retrouvé le corps dans un fossé en septembre 1982. En cherchant les cas similaires, il tombe sur le dossier d’ossements trouvés en 1977, que l’on a nommé Jane Doe. Cette affaire va l’occuper pendant plus de douze années.

Faisant suite à un long reportage pour le magazine Society sur la vie d’un flic dans le Mississippi, l’auteur s’est rendu compte qu’il avait beaucoup d’autres choses à dire. Alors il a construit ce livre comme un roman policier, l’histoire de la chasse d’un serial killer, par un lieutenant de police qui a connu tous les honneurs mais aussi tous les déboires.

Construisant sa vie comme une compétition permanente, Darren Versiga a pour philosophie que tout ce qu’il engage doit être fait et bien fait, et en toutes circonstances il doit être le meilleur. On s’éloigne des personnages de polar brisés, Darren Versiga est méticuleux, persévérant, méthodique et doué d’un certain sens de la déduction. L’auteur nous montre que dans la vraie vie, tous les flics ne sont pas tous alcooliques et / ou drogués. Et au-delà de l’identité du meurtrier, c’est le nom de la victime qui va l’obséder.

Malgré cela, il a tendance à manquer d’humilité face aux événements qu’il ne peut contrôler. On trouve des passages passionnants, psychologiquement parlant, quand il est obligé de fermer son agence de détective privés ou quand il va subir de plein fouet l’ouragan Katrina, mettant en danger toute sa famille. Il échappe ainsi à la caricature du bon flic bien gentil, bien sous tous rapports.

Mi reportage, mi biographie, mi roman policier, ce roman écrit sobrement joue avec les genres avec une réussite surprenante. Bien que l’on n’y trouve aucun dialogue, on se prend à suivre ce lieutenant, on se passionne pour son enquête, pour sa vie et on se retrouve curieux de connaitre la fin. Voilà un roman qui m’a surpris et qui m’a changé de mes lectures habituelles.

Trafic de reliques d’Ellis Peters

Editeur : Christian Bourgois (Grand Format) ; 10/18 (Format poche

Traducteur : Nicolas Gille

Afin de fêter leurs 60 années d’existence, les chroniques Oldies de cette année seront consacrées aux 10/18.

En replongeant dans les bibliothèques de mon sous-sol, j’ai ressorti la première enquête de Frère Cadfael. En route pour le Moyen-âge.

L’auteure :

Edith Pargeter, OBE, British Empire Medal, née le 28 septembre 1913 à Horsehay (en) et morte le 14 octobre 1995 à Shrewsbury, est une romancière anglaise surtout connue pour avoir publié, sous le pseudonyme d’Ellis Peters, les aventures du Frère Cadfael, une série de romans policiers historiques se déroulant au Moyen Âge.

Elle devient préparatrice en pharmacie avant de s’engager, pendant la Seconde Guerre mondiale, au département des communications des Women’s Royal Voluntary Service. Cette expérience nourrit des œuvres satiriques parues à cette époque. Après la guerre, elle reçoit néanmoins la British Empire Medal, remise par le roi George VI, en remerciements de son engagement.

Spécialiste de la langue et de la littérature tchèques, Edith Pargeter en traduit, entre 1957 et 1970, plusieurs œuvres en anglais, dont celles de Bohumil Hrabal.

Dans les années 1960, elle donne une trilogie historique, intitulée Heaven Tree, qui se passe en Angleterre au début du xiiie siècle, au temps des bâtisseurs de cathédrales et des guerres entre Anglais et Gallois. Les héros de cette trilogie sont Harry Talvace et ses proches, tailleurs de pierres au service d’Isambard, terrible seigneur de Parfois. Au milieu des batailles qui ensanglantent l’Angleterre, des adolescents grandissent et deviennent des hommes en prise avec les contradictions de leurs sentiments et de leurs devoirs. Edith Pargeter prend plaisir à décrire ces liens étonnants qui unissent ses personnages entre eux, et sa trilogie obtient d’emblée un grand succès populaire et critique.

Dans le domaine de la littérature populaire, elle s’intéresse au roman policier dès 1938 avec Murder in the Dispensary, signé du pseudonyme de Joylon Carr, et The Victim Needs a Nurse (1940), sous celui de John Redfern. En 1951, dans Pris au piège (Fallen Into the Pit) apparaît pour la première fois l’inspecteur Felse. Pourtant, ce n’est qu’avec la deuxième enquête de ce héros, dans une série qui comptera une douzaine de titres, que l’auteur atteint la notoriété, puisque Une mort joyeuse (Death and the Joyful Woman) décroche le Prix Edgar Poe du meilleur roman décerné par les Mystery Writers of America en 1963.

Ce n’est que tardivement, en 1977, à l’âge de 64 ans, qu’elle amorce la série des aventures du Frère Cadfael, un moine bénédictin, né en 1080, et vivant à la frontière du Pays de Galles au XIIème siècle. Avant qu’une vocation tardive n’appelle Cadfael à la vie monastique à l’Abbaye des Saint-Pierre et Saint-Paul, sise à Shrewsbury, celui-ci a été marin et croisé. Devenu herboriste, et en quelque sorte médecin, il est régulièrement amené à sortir du couvent pour dispenser des soins et porter des remèdes « dans le siècle ». Il est également consulté en cas de décès quant à leur nature et leurs causes. Ayant lié une amitié et une complicité solides avec le jeune shérif Hugh Beringar, ce dernier ne manque jamais de solliciter les conseils et l’aide du moine gallois qui, malgré la profondeur de sa vocation, se languit encore parfois d’aventure et de chevauchées par monts et par vaux.

Personnage haut en couleur, atypique, parfois cocasse et ne manquant ni d’humour ni de caractère, Cadfael offre aussi une facette de fin psychologue. Il présente surtout un visage humain d’une étonnante authenticité. Au cours de sa première enquête, il est impliqué dans un Trafic de reliques (A Morbid Taste of Bones) entre l’abbaye et le village dépositaire des restes d’une sainte décapitée par un prince païen. L’intrigue de ce premier titre se situe en 1138, alors que Cadfael est un quinquagénaire, entré à l’abbaye depuis déjà dix-huit ans. Le dernier volume du cycle, Frère Cadfael fait pénitence (Brother Cadfael’s Penance), publié en 1994, s’achève en 1145. En outre, quelques nouvelles éclairent le passé de cet homme qui fut autrefois soldat et qui a même eu un enfant d’une femme qu’il a beaucoup aimé. La série mêle d’ailleurs adroitement intrigues policières et sentimentales, tout en ménageant des liens entre les sphères des pouvoirs politique et spirituel de l’époque.

L’acteur britannique Derek Jacobi incarne le Frère Cadfael dans la série télévisée britannique Cadfael (1994-1998), en 13 épisodes.

Edith Pargeter a été élevée au rang d’officier de l’ordre de l’Empire britannique.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Frère Cadfael fait partie d’une délégation religieuse qui se rend au Pays de Galles pour ramener à l’abbaye bénédictine de Shrewsbury les reliques de Sainte Winifred. Les tractations avec les Gallois sont difficiles.

Pendant le séjour, Rhisiard, leader de l’opposition au transfert, est assassiné. Immédiatement son pauvre serviteur, anglais et amoureux transi de sa fille, est désigné coupable.

Ce n’est pas l’avis de Frère Cadfael qui va apporter son aide à cet homme malheureux que le destin accable. Inspiré par un fait divers contemporain de transfert de relique, ce subtil roman d’Ellis Peters a réussi à faire fonctionner une intrigue policière dans un cadre de l’Angleterre du XIIe siècle parfaitement décrit et mis en valeur.

Cette conteuse hors pair, surnommée la Schéhérazade anglaise, poursuit ici la saga de son moine enquêteur dont le succès grandissant lui a valu l’adaptation sur le petit écran. Christophe Dupuis

Mon avis :

Frère Cadfael est appelé en urgence alors que Frère Columbanus est pris d’une crise de convulsion. Frère Jérôme, chargé de veiller le malade pendant la nuit, dévoile à tout le monastère qu’il a eu une vision : Dans une lumière évanescente, une jeune vierge se nommant Winifred a recommandé de baigner le malade dans une source sacrée du pays de Galles. Cette vision les pousse à rapatrier les restes de cette jeune femme décapitée par un prince Cradoc. Une congrégation va donc se diriger vers Shrewsbury pour négocier le transport des ossements de la vierge chez eux. Arrivés là-bas, ils vont rencontrer une forte réticence avant d’être confrontés à un meurtre.

Ellis Peters n’est pas une novice quand elle commence la série des enquêtes de Frère Cadfael. Elle montre dans cette première enquête son talent de conteuse en prenant son temps, adoptant le rythme de la vie au Moyen-âge. Dans ce roman, nous allons apprendre beaucoup de choses, et le meurtre en question n’arrivera qu’au bout d’une centaine de pages, après avoir détaillé la psychologie des intervenants.

Frère Cadfael va déployer toutes ses connaissances et sa logique pour exploiter les indices à sa disposition. Il ne va pas intervenir lui-même à la façon d’un Hercule Poirot, préférant donner des instructions à la fille du mort pour que le coupable se dévoile. L’intrigue en elle-même se révèle suffisamment complexe pour nous attirer notre attention et notre curiosité. Cette première enquête est un classique de la littérature policière historique et elle vaut largement le détour.

Et de 13 ! (Concours)

Ça y est, Black Novel entre dans l’adolescence et fête ses 13 années d’existence en ce 1er mai. Si vous êtes surpris, sachez que je le suis plus que vous ! Je le dis chaque année, quand je me suis lancé dans cette aventure, car c’en est une, je n’aurais jamais imaginé durer aussi longtemps. Aujourd’hui, avec plus de 1600 billets, je n’en reviens toujours pas.

Et que vous soyez fidèle ou simple visiteur passager, je vous remercie de lire mes avis, mes élucubrations, et surtout n’hésitez pas à me laisser vos avis, qu’ils aillent dans mon sens ou pas. Je respecte tous les avis, puisque je considère qu’une lecture c’est une rencontre entre un livre et son lecteur. Et dans les rencontres, certaines sont réussies, d’autres pas.

Sachez que l’envie de partager mes avis, mes lectures est toujours aussi grande. Et je tiens à vous remercier, vous lecteur de passage, et vous abonné et lecteur fidèle. Merci pour votre assiduité, pour vos commentaires, pour vos encouragements. Merci aussi aux auteurs avant tout, qui nous offrent tant d’émotions. Merci aux éditeurs qui me font confiance, aux attachés de presse qui pensent à moi. Merci aussi aux amis qui me guident dans mes choix.

Enfin, j’envoie un gros bisou à mon frère du sud, la Petite Souris. Je n’oublie pas mes amis Yvan, Vincent, et Jean le Belge. J’adresse un grand merci à tous les collègues blogueurs qui m’aident dans mes choix de lecture. Je fais aussi un clin d’œil à l’association 813 qui défend la littérature policière sous toutes ses formes et que je vous conseille de rejoindre.

A vous de travailler maintenant ! Un anniversaire, ce n’est pas un anniversaire s’il n’y a pas de cadeau. Cette année, ce ne sera pas un, mais trois romans à gagner, comme l’année dernière. Il s’agit de la trilogie de Benjamin Dierstein, trois polars noirs indispensables, qui m’ont fait découvrir une nouvelle voix du polar français. A travers ces trois romans, l’auteur dissèque la chute de Sarkozy et l’arrivée au pouvoir de Hollande.

Je vous propose donc de remporter La sirène qui fume, La défaite des idoles et La cour des mirages

La sirène qui fume :

Mars 2011. Une série de meurtres de prostituées mineures ébranle la PJ parisienne. Fraîchement muté au 36, le capitaine Gabriel Prigent, hanté par son passé et sa soif de justice, est bien décidé à découvrir la vérité, quitte à faire tomber des têtes. D’autant que cette affaire semble avoir un lien avec son pire ennemi, le lieutenant Christian Kertesz, compromis dans un business juteux. Entre tourments intérieurs et obsessions dévorantes, la quête de la vérité ne les laissera pas indemnes. Car dans le jeu de la rivalité, Prigent et Kertesz courent à leur perte.

Vous pouvez retrouver mon avis ici

La défaite des idoles :

À six mois des élections de 2012, l’UMP et le PS se livrent un combat sans merci pour le pouvoir suprême. Alors qu’elle enquête sur un meurtre, Laurence Verhaeghen, capitaine à la Crim de Paris et sarkozyste convaincue, retrouve la trace d’une ancienne gloire des Stups, Christian Kertesz. Ce flic déchu travaille pour des mafieux corses et verse parfois dans l’espionnage industriel. Entre ces deux-là, s’engage un duel à mort au cœur de la corruption moderne.

Vous pouvez retrouver mon avis ici

La cour des mirages :

Un polar addictif, politique, explosif.

Juin 2012. Triomphe politique pour la gauche et gueule de bois pour la droite. Les têtes tombent. Les purges anti-sarkozystes au sein du ministère de l’Intérieur commencent. La commandante Laurence Verhaeghen quitte la DCRI et rallie la Brigade criminelle de Paris. Elle est rapidement rejointe par son ancien collègue Gabriel Prigent, hanté par la disparition de sa fille six ans plus tôt.

Pour leur retour au 36, les deux flics écopent d’une scène de crime sauvage : un ancien cadre politique a tué sa femme et son fils avant de se suicider. L’enquête débouche sur la découverte de réseaux puissants, à mi-chemin entre l’organisation pédocriminelle, la prostitution de luxe et l’évasion fiscale. Désabusés par leurs erreurs et leurs doutes, tourmentés par leurs obsessions,

Verhaeghen et Prigent vont partir pour un voyage sans retour vers la barbarie moderne.

Dans la lignée de David Peace ou James Ellroy, une complainte noire et désespérée en forme de descente aux enfers.

Vous pouvez retrouver mon avis Coup de Cœur ici

Le principe est simple : vous répondez à une question en envoyant un mail à concoursblacknovel@gmail.com. Le ou la gagnante sera contacté (e) par mail pour que j’obtienne son adresse postale. La date limite de réponse est le 12 mai 2021 à minuit. Le 13 mai, un billet donnera le nom du gagnant (ou son pseudo). Le tirage au sort sera réalisé par mes enfants. Les romans sont achetés par moi-même. L’envoi sera assuré par mes soins en fonction de l’assiduité de La Poste. Aucune réclamation ne sera acceptée, ce concours étant totalement bénévole.

La question est la suivante : Outre sa trilogie, Benjamin Dierstein a écrit un autre roman. Quel en est le titre ?

J’espère que vous prendrez du plaisir à lire, que mes chroniques vous seront utiles pour vos choix de lecture, que vous n’hésiterez pas à me donner vos avis dans les commentaires. Je vous souhaite une nouvelle année pleine de lectures enrichissantes. Car moi, je continue …

Je n’ai plus qu’à ajouter : Merci à tous, à bientôt et plus que jamais, n’oubliez pas le principal : lisez !

Le chouchou du mois d’avril 2022

Allez ! je vous propose de terminer la douzième année d’existence de Black Novel avant de partir pour de nouvelles aventures, de nouvelles découvertes littéraires, et ce dès le 1er mai. Pour ce cent quarante quatrième mois, j’ai innové en consacrant une semaine entière (soit trois billets en ce qui me concerne) à un auteur.

Pour cette première session, c’est Maurice Attia qui est passé sous le scalpel avec sa deuxième trilogie consacrée à Paco Martinez, ancien flic devenu journaliste judiciaire et cinématographique. La blanche Caraïbe de Maurice Attia (Jigal) nous emmène en Guadeloupe en 1976, en pleine éruption de la Soufrière, où Paco débarque pour aider son ami et se retrouve dans un panier de crabes. Le rouge et le brun de Maurice Attia (Jigal) regroupe trois enquêtes dont l’une se passe en Italie lors de l’enlèvement d’Aldo Moro, alors qu’Irène, la femme de Paco, découvre un journal écrit par son père qui évoque un passage méconnu de notre histoire en 1899. Enfin, Couleurs de la vengeance de Maurice Attia (Jigal) alterne entre une tuerie dans un bar vers Marseille et l’invasion de l’Afghanistan par les Russes. Cette trilogie permet de faire œuvre de m »moire sur quelques événements de notre histoire contemporaine en adoptant une forme polyphonique jouissive.

J’aurais préféré ne pas écrire tout de suite la chronique Oldies de ce mois. Hélas, suite à la mort de Liliane Korb, j’ai voulu rendre hommage aux livres qu’elle a écrit avec sa sœur en commençant par le premier tome des enquêtes de Victor Legris. Mystère rue des Saints Pères de Claude Izner (10/18) nous plonge dans le Paris de l’Exposition Universelle de 1889 et nous apprend beaucoup de choses. Une belle introduction à cette série.

Arsène Lupin contre Herlock Sholmes de Maurice Leblanc (Archipoche) est le deuxième roman de la série et propose un duel entre le célèbre détective anglais (accompagné de son imbécile Wilson) et notre gentleman cambrioleur. Le style est vif, le ton humoristique et la lecture plaisante pour ce match nul entre ces deux personnages. A suivre …

Avec plus de sérieux, Château de cartes de Miguel Szymanski (Agullo) nous emmène dans le monde de la Haute Finance au Portugal. Premier d’une série à venir, l’auteur nous montre les dérives des banques, la corruption des politiques et les petits arrangements pour sauver de sombres truands. Bien que le domaine soit technique, l’auteur fait un effort pour nous rendre tout cela explicite et nous livre un Thriller prenant.

Parmi les auteurs que j’adore, La jeune femme et l’ogre de John Connolly (Presses de la cité) est le dernier tome des enquêtes de Charlie Parker et c’est un excellent cru. John Connolly multiplie les personnages, les pistes et les duels à distance, dans une ambiance fantastique et angoissante qui ravira les habitués et permettra de faire découvrir et enchanter les novices.

Qui voit son sang d’Elisa Vix (Editions du Rouergue) est le dernier roman noir de cette auteure qui a l’art de créer des intrigues différentes dans un style direct et expressif. Ici, Elisa Vix compose une intrigue de recherche classique et oppose l’enfermement intérieur des personnages à l’air du grand large aux abords de l’île d’Ouessant. Une fois commencé, ce livre ne peut être lâché : A ne pas rater.

Dernier recueil de nouvelles publié à la Déviation, Jusqu’ici tout va mal de Pascal Dessaint (La Déviation) est un petit bijou avec ses 17 cartes postales. De la nature et des hommes. De l’Amour et de la solitude. Vivre ensemble et respecter la nature sont les messages forts de ce recueil de nouvelles parfait.

Le titre de chouchou du mois revient donc à Tokyo revisitée de David Peace (Rivages), dernier tome de la trilogie que ce gigantesque auteur britannique a consacrée à la capitale japonaise de l’après-guerre. Même s’il prend pour trame une affaire criminelle irrésolue, il nous montre, nous assène la guerre froide à distance entre les USA et l’URSS en mettant les personnages au premier plan, en nous offrant des scènes hallucinées hallucinantes avec son style haché, rythmé comme aucun autre.

Je vous donne rendez-vous le mois prochain pour un nouveau titre de chouchou, et dès le 1er mai pour fêter le 13ème anniversaire du blog. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

Couleurs de la vengeance de Maurice Attia

Editeur : Jigal

Nous bouclons donc cette semaine consacrée à Maurice Attia par le dernier roman de sa deuxième trilogie qui va nous transporter en 1980, une année où l’on sent de nombreux bouleversements au niveau mondial.

Marseille, jeudi 23 octobre 1980. Toujours obligé de réaliser ses reportages inintéressants, Paco veut remettre à l’honneur les petits cinémas de quartier, les lieux où il a connu tant d’émotions devant les films d’aventures ou d’horreur, étant jeune. Il se rend donc à la Belle de Mai pour interroger les propriétaires du Gyptis. Soudain, une camionnette s’arrête en face d’un bar, deux hommes cagoulés en sortent et tirent dans le tas. Paco note le numéro de la plaque d’immatriculation et appelle les secours. La tuerie fait une dizaine de victimes. Paco voit dans cet acte, une enquête potentielle qui va attiser son esprit d’ex-policier. Le tout va être de ne rien dire à Irène, sa femme.

François Nessim, ex-collègue de Paco et parrain de sa fille Bérénice, débarque à Quetta, au Pakistan, en vue de commencer son reportage sur l’Afghanistan et la résistance contre l’ennemi russe. Cette dernière le guidera jusqu’à Kandahar, la deuxième ville du pays. La première étape se situe à Chaman, la ville frontière. François doit faire attention à qui il parle, de nombreux pro-russes et des espions du KGB sont à l’affut d’ennemis. Dans ce cas, ce serait direction prison avec tortures associées.

Le roman débute sur une enquête tout ce qu’il y a de plus classique. On retrouve Paco et son mal-être en couple. Avide de mystères à résoudre, il se contente d’écrire des articles pour sa rubrique cinématographique. Le hasard le place devant une tuerie et Maurice Attia jalonne le déroulement de sa première partie par la recherche des origines de chaque victime. Mené de façon très classique, à base d’interrogatoires, je me suis posé des questions sur où l’auteur voulait m’emmener.

D’autant plus qu’en parallèle, nous allons suivre un journaliste de terrain, qui arrive au Pakistan pour suivre le conflit en Afghanistan. Dans ces passages, l’auteur va nous montrer l’invasion russe et le harcèlement réalisé par le KGB pour éliminer la résistance. François Nessim est reconnu dans son métier et va mettre à jour des révélations dont certaines nous sont connues aujourd’hui. Mais il est toujours bon de les rappeler.

A partir de la deuxième partie, le lien entre les victimes commence à s’établir et les pistes se dirigent vers l’Europe de l’Est, et des trafics avec l’Europe occidentale. La grande force de l’auteur, c’est de nous prendre à la gorge et de construire des toiles pour relier toutes les affaires. Et la dernière moitié du roman est tout simplement géniale, à la fois par le déroulement de son intrigue que par le rythme haletant adopté. Dans cette deuxième partie, on retrouve aussi ce qu’on a apprécié dans les précédents tomes, cette faculté d’alterner les avis de plusieurs personnages et de passer de l’un à l’autre.

Cette trilogie se repose sur le couple de Paco et Irène et ici, c’est plutôt Paco qui tient le devant de la scène. Dans ce couple en crise, il a envie d’aller voir ailleurs tout en éprouvant du remords. Il en découle une tendance à se jeter dans la gueule du loup et de se trouver dans des situations violentes. Enfin, cerise sur le gâteau, j’accorderai une mention aux deux flics Yul et Brynner et les dialogues cinglants qui m’ont bien fait rire. Ce roman clôt la trilogie par un polar jouissif comme un feu d’artifice.