Tous les articles par Pierre FAVEROLLE

Tout corps plongé … de Lionel Fintoni

Editeur : Editions de l’Aube

Il semblerait que Lionel Fintoni ait choisi de prendre pour ses titres de livres des citations, ou du moins des phrases qui y ressemblent fort. Après Il ne faut jamais faire le mal à demi, son premier roman, voici Tout corps plongé … extrait d’une citation d’Archimède, le célèbre auteur du principe du même nom, celui grâce à qui nous bénéficions des bouées l’été à la mer.

Maxime Vial travaille dans une société de sécurité Med Data Consulting. Cette société est chargée de gérer la confidentialité de données que les gens comme vous et moi n’avons pas le droit de consulter. Maxime doit faire une présentation dans un congrès, et comme il est toujours en retard, il copie sa présentation sur une clé USB et fonce au Palais des Congrès. Il explique au régisseur quel fichier il doit prendre et assure sa prestation. Lors du cocktail qui suit, il rencontre une jeune femme, Clara, avec qui il va passer la nuit. Quand il se réveille, Clara a disparu avec sa clé USB et son ordinateur.

Chez MDC, Serge Lasseube, responsable de la cybersécurité, reçoit un message sur son téléphone portable. Quelqu’un a eu accès à un fichier ultra sensible présent sur la clé USB. Il appelle de suite le PDG Vincent Deluise pour cette affaire urgente.

La chef de section de la police judiciaire Marie-Ange Jeopardi est en train de relire les dossiers qui ornent son bureau. Ce matin, elle doit recevoir deux nouveaux : Alain Dormeuil et Maurice Bassague. Selon leur dossier, ce sont deux policiers compétents qui ont du mal à respecter les règles. Elle n’accepte pas la moindre entorse au règlement et va leur signifier, dans une entrevue musclée.

Au même moment, on leur signale le corps d’une jeune femme assassinée, dont on a retrouvé le corps dans un bras de la Marne. Le corps a été vidé ailleurs de son sang, et attaché à des branches dans une mise en scène littéraire : cela rappelle en effet Hamlet de Shakespeare et la mort d’Ophélie. Quand ils font quelques recherches, d’autres meurtres ont eu lieu avec des mises en scène en lien avec de l’eau.

Autant on aurait pu trouver le début de son premier roman un peu lent, et c’est ce que je pensais, autant on ne peut pas dire ça de ce roman-ci. Le bref résumé que je viens de vous concocter couvre à peine les 40 premières pages. Et je ne peux qu’être d’accord avec la phrase de l’éditeur en quatrième de couverture : “Ce polar, mené sur un rythme d’enfer, ne nous laisse aucun répit, pour notre plus grand plaisir.”

Ce roman, qui n’est que le deuxième de l’auteur, confirme qu’il aime les intrigues multiples et manipuler de nombreux personnages. Ici encore, nous allons suivre plusieurs personnages, qu’ils fassent partie de MDC, de la police ou même de petits truands receleurs, sans oublier bien entendu le Tueur de l’eau. Lionel Fintoni confirme son talent pour les rendre suffisamment marquants et ne pas nous perdre en chemin.

Enfin, et surtout, il y a ces chapitres courts, ces scènes qui s’enchaînent avec une célérité et une créativité qui font envie. Car, je vous le dis, une fois commencé, il est difficile d’arrêter sa lecture. Alors, Lionel Fintoni nous met en garde contre les hackers, capables de faire absolument tout ce qu’ils veulent avec nos ordinateurs. Mais c’est un sujet qui passe, en ce qui me concerne, bien en dessous de la qualité de l’intrigue et de la façon dont elle se déroule.

D’ailleurs, j’ai trouvé bien peu d’avis sur Internet à propos de ce roman, et c’est une réelle injustice, car c’est un excellent divertissement. Je vous le dis : Il y a beaucoup de jeunes talents en France, et Lionel Fintoni vient d’inscrire son nom parmi les jeunes auteurs dont il faut suivre les prochaines publications. Trop fort !

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Un pays obscur d’Alain Claret

Editeur : Manufacture de livres

Laissez-vous guider par Thomas qui vous narre son histoire. Journaliste de deuxième zone, il est parti il y a 10 ans à l’étranger et est devenu ce que l’on appelle Grand Reporter. Un bien grand mot pour pas grand’ chose, finalement. Sa dernière destination l’a emmené en Lybie où il a rencontré Tom, un collègue anglais, son double, son alter-ego14, son amant aussi. Puis Thomas et Tom ont été pris en otage par un groupuscule et seul Thomas s’en est sorti vivant, mais pas forcément indemne.

Laissez-vous bercer par le quotidien de Thomas. Quand il est libéré, cela fait un an que son père est mort. Il est naturellement revenu vivre dans la maison paternelle, perdue au milieu des bois. Les jours et sa vie s’écoule au rythme du doux vent qui fait bruisser les feuilles des arbres. Et Thomas passe ses journées entre balades et souvenirs, entre regrets et lectures des aventures de Tom Ripley.

Laissez-vous charmer par Hannah, la compagne de Thomas qu’il a quittée 10 ans auparavant, par sa beauté triste, par son désespoir addictif, par son appel au secours pour retrouver sa fille adolescente qui a disparue. Son appel ressemble à l’appel du vide, ce vertige dangereux et sans fond qui donne envie de plonger, de se perdre à nouveau dans une histoire sans avenir.

Laissez-vous emmener par cette histoire ayant pour personnage principal un homme marqué à vie par son enlèvement, qui se retrouve dans la position d’une victime collatérale, aussi bien en Libye qu’après son retour au pays. Bienvenue dans la tête de cet homme qui, à la grisaille du présent, préfère les brumes enchantées des deux Tom, qui ne le quittent jamais d’une semelle. Il y a finalement plus de mystères dans les disparitions des jeunes filles que dans les magouilles de nos dirigeants mondiaux. Et ce n’est pas moins important.

Laissez-vous emporter par la magie des mots, par l’art de décrire un décor et de le rendre tellement vrai qu’il ressort des pages, qu’il devient palpable au toucher. Humez les odeurs humides des sous-bois, confondez les avec l’air rêche des caves de Libye. Dans ce décor feutré, même les habitants du village sont inquiétants. Heureusement, Tom est là, aux cotés de Thomas. Il y a de toute évidence une filiation entre Alain Claret et Franck Bouysse, dans l’évidence des phrases, dans la poésie instantanée et éthérée des mots.

Laissez-vous envoûter par cette histoire étrange, peuplée de personnages vrais ou inventés, fantômes présents ou regrettés, par des souvenirs enchanteurs ou embellis. Entrez dans un paysage peuplé de forêts sombres, d’horizons brouillardeux, de fausses vérités et de vrais mensonges. Finalement, la vérité n’est pas belle à voir et certains souvenirs du passé ne devraient jamais être déterrés.

Laissez-vous tenter par ce roman pas comme les autres, qui vous fera voyager, qui vous plongera dans les souvenirs d’un autre, qui vous transportera par la pensée et vous plongera dans les Abymes de l’âme. N’y cherchez pas d’action, pas de super-héros, pas de dialogues, pas de sang, pas de violence, juste une belle histoire, une belle poésie. De la belle littérature, en somme.

Laissez-vous tenter

Ne ratez pas l’avis des Unwalkers et Jean-Marc

Des poches pleines de poches

Entre deux romans grand format, je lis aussi des romans au format de poche et je ne prends jamais le temps d’en parler. D’où ce titre énigmatique qui répertorie des romans de plus court format qui sont aussi bien des novellas que des romans. Voici, déjà !, la troisième rubrique des Poches pleines de poches.

Le blues de la Harpie de Joe Meno

Editeur : Agullo (Grand format) ; Livre de Poche (Format poche)

Luce Lemay est un jeune homme comme les autres, sauf que, par amour, il décide de dépasser la ligne jaune. La seule solution qu’il trouve pour avoir plus d’argent et envisager d’épouser sa fiancée est de braquer la quincaillerie dans laquelle il travaille. Distrait lors de sa fuite, il ne voit pas une femme promenant son enfant dans un landau, n’a pas le temps de donner un coup de volant et écrase le landau, tuant le bébé sur le coup.

Luce va prendre 7 ans de prison et en faire 3. Il va rencontrer Junior Breen pendant sa détention et ils vont se lier d’amitié et se promettre de suivre le droit chemin quand ils seront sortis. Junior va décrocher un travail dans une station service et loger dans un hôtel miteux à la Harpie, la ville de Luce. Quand Luce sort, il rejoint son ami. Mais les habitants de la Harpie ne voient pas d’un bon œil le retour de l’assassin.

Sur le thème de la culpabilité, Joe Meno va plaider un sujet qui m’a paru personnel d’une façon totalement personnelle. Luce a payé sa dette à la société mais il ne pourra jamais rembourser celle qu’il a contractée auprès des habitants de cette petite ville. Luce va subir donc des intimidations de plus en plus violentes, quitte à ce que ces gens fassent pire que ce que Luce a commis.

Que l’on soit d’accord ou pas, la question est clairement posée et on voit bien la même problématique tous les jours dans les informations télévisées. Ne comptez pas sur moi pour vous donner mon opinion, le blog n’est pas le bon lieu pour cela. Il n’empêche que Luce et Junior sont dessinés de telle façon que l’on ressent de la sympathie pour eux sans jamais oublier qu’ils sont tous les deux des assassins.

Et le scénario, aidé par un style direct, nous positionne en tant que juge jusqu’à un dernier chapitre où l’auteur donne son avis. Peut-on pardonner un jour ? Doit-on porter le poids d’une erreur passée toute sa vie ? Ce roman est indéniablement un brûlot coup de poing qui va forcément réagit. Et n’est-ce pas l’intérêt de la littérature, la bonne, l’excellente ?

De sinistre mémoire de Jacques Saussey

Editeur : Les nouveaux auteurs (Grand Format) ; French Pulp (Format poche)

Mathilde Thomas arpente la galerie de la gare de Lyon, légèrement stressée par des bruits au milieu du silence nocturne. Elle se croit suivie, se dirige vers les toilettes après avoir vu un jeune homme entrer dans le photomaton. Quand elle ressort, le jeune homme est encore là. Elle va voir, voit les photos sorties et se rend compte qu’il a été assassiné, une seringue plantée dans l’oeil. Daniel Magne, capitaine de la PJ, est appelé sur place. Cela fait deux morts soit disant par overdose, concernant deux jeunes gens bien sous tous rapports. Heureusement, il récupère bientôt dans son groupe Lisa Heslin !

Alors que j’ai lu et adoré beaucoup de romans de Jacques Saussey, je dois dire qu’il est amusant de revenir sur son premier roman. Si le début peut paraître un peu bavard, et plante une scène anodine, la suite va vite nous prendre par la gorge pour nous emmener dans une enquête qui est haletante et dévoile un nouveau pan de notre histoire bien peu glorieuse, remontant à la seconde guerre mondiale.

On retrouve déjà dans ce premier roman tout ce qui fait le charme de Jacques Saussey : des personnages forts, une histoire prenante, une logique dans la trame et un style que je qualifierai d’un mélange parfait entre efficacité et littérature. Le problème avec Jacques Saussey, c’est qu’une fois commencé, on ne peut s’arrêter de le lire. Et que quand on tourne la dernière page, on a trouvé le roman trop court et qu’on en redemande. Bref, mon conseil du jour : Lisez Jacques Saussey !

La guerre est une ruse de Frédéric Paulin

Editeur : Agullo

Attention, coup de cœur !

On avait plutôt pris l’habitude de lire chez Agullo des romans étrangers (excellents, d’ailleurs) et c’est avec une surprise non dissimulée que je me suis jeté sur leur première parution hexagonale.

1992. Les élections démocratiques d’Algérie ont donné une majorité au Front Islamiste du Salut. Suite à ce résultat, l’armée réalise un coup d’état pour conserver le pouvoir. En réaction à ce coup d’état, de nombreux groupes islamistes se forment et entreprennent des actions armées pour faire valoir leur droit gagné par les urnes. Ces attentats arrangent les généraux en place, légitimant leur pouvoir par la lutte contre le terrorisme.

Au centre de cet imbroglio où tout le monde place ses pions, se méfie de l’autre et cherche à avoir un coup d’avance, le GSR, les services secrets de l’armée, est chargé d’assurer la position du gouvernement. Il est aidé et soutenu par la DGSE française, qui conserve plusieurs postes en Algérie et partage ses renseignements pour légitimer une présence dans son ancienne colonie.

Le commandant Bellevue a connu toutes les luttes dans les colonies françaises. Doté d’un esprit de déduction et d’une faculté d’analyse psychologique hors du commun, il est capable de prévoir les actions des uns et des autres longtemps à l’avance. L’un des agents les plus prometteurs de Bellevue est le lieutenant Tedj Benlazar, qu’il guide comme un pion, là où il a besoin d’informations. Car ce dont la France a peur, c’est bien que le conflit arrive dans l’hexagone.

Lors d’une séance de torture « habituelle », Benlazar surprend des phrases lui confirmant que la victime serait transférée dans un camp au sud de l’Algérie. La rumeur selon laquelle il existerait des camps de concentration en plein désert devient une possibilité. Benlazar envoie donc un de ses agents pour suivre la voiture qui s’éloigne vers le sud. Mais il y a pire : L’un des membres du GSR serait en contact avec des terroristes du GIA. Bienvenue dans la manipulation haut de gamme !

Ce roman va aborder les années de sang en Algérie de 1992 à 1995, commençant juste après le coup d’état pour se terminer par l’attentat à la station Saint Michel. Et c’est un sujet bien difficile, qui nous touche de près pour l’avoir vécu pour certains d’entre nous, sans en avoir compris les raisons. C’est d’ailleurs un gros point noir dans mes connaissances, que cette guerre d’Algérie et tout ce qui a pu se passer après.

Ce roman ne se veut pas un cours d’histoire, ni une dénonciation, ni une quelconque leçon de morale pour un camp ou pour l’autre. Il va, comme tous les grands polars historiques, ramener une guerre contemporaine à hauteur d’homme. En prenant des faits historiques connus, il va construire ce qui va devenir l’un des plus grands massacres que le XXème siècle ait connu. Je vais juste vous donner un chiffre : il y aurait eu plus de 500 000 morts en Algérie pendant cette période.

Ce roman va nous montrer sans être démonstratif tous les rouages qui œuvrent pour le pouvoir, au détriment du peuple, engendrant des attentats et des massacres tout simplement hallucinants. Si Tedj Benlazar est au centre de l’intrigue, nous allons suivre pléthore de personnages sans jamais être perdu. Et ce roman va parler de l’Algérie mais aussi la France qui a du mal à lâcher son ancienne colonie. Frédéric Paulin ne met pas d’émotions mais il fait pour autant vivre ses personnages.

Ce roman est tout simplement un grand roman, qui aborde une période trop méconnue où les intérêts des uns convergent avec les autres. L’armée veut imposer sa loi, les islamistes veulent faire respecter le résultat du scrutin, et la France veut surtout protéger ses fesses et éviter que le conflit arrive sur son sol. A aucun moment, personne ne s’inquiète des victimes, que ce soit du coté des militaires ou des espions divers et variés.

Ce roman possède un souffle romanesque, une efficacité stylistique, une agilité et un rythme qui le montent au niveau des meilleurs romans du genre. Ses personnages ont une force telle qu’il est difficile de les oublier. Oui, il y a du DOA dans ce roman dans l’ampleur du traitement du sujet. Oui, il y a du Don Winslow dans la construction des scènes. Et il y a du Frédéric Paulin dans la passion qu’il a mis dans ce roman et qu’il nous transmet à chaque page.

Coup de cœur, je vous dis !

Ne ratez pas les avis de 404, Yan , Kris et Jean Marc

Miasmes d’Elisabeth Sanxay-Holding

Editeur : BakerStreet editions

Traducteur : Jessica Stabile

Depuis quelque temps, des éditeurs vont déterrer des romans anciens qui n’ont jamais été publiés en France, et leur donnent une chance. Si certains sont surtout intéressants pour des raisons anthropologiques culturelles (j’ai trouvé cette expression dans le Larousse), d’autres méritent très largement que l’on s’y intéresse. Miasmes d’Elisabeth Sanxay-Holding est un must de roman psychologique.

Alexander Dennison est un jeune docteur qui n’a qu’un seul objectif : pouvoir s’installer à son compte avant d’épouser sa fiancée Evie. Quand il s’installe à Shayne, les patients ne se pressent pas et les journées deviennent longues. Son rêve de mariage s’envole, à son grand désespoir.

Quand le docteur Leatherby le convoque, c’est pour lui proposer de le seconder, car il devient trop âgé pour assurer ses visites à l’extérieur et les consultations dans sa grande demeure. Evidemment, Dennison accepte de suite, d’autant plus qu’il est logé sur place et qu’on lui propose une avance sur son salaire qui va lui permettre de s’acheter des habits convenables.

Dennison doit donc s’adapter à un nouvel environnement, dans une grande demeure, avec pléthore de domestiques, sans qu’on lui explique clairement les rôles des uns et des autres. Bien vite, le doute s’insinue dans l’esprit de Dennison. La secrétaire du docteur, Miss Napier, lui dit qu’il n’aurait jamais du accepter ce poste. Quand il apprend qu’un des patients du docteur est mort de crise cardiaque, alors qu’il était en consultation la veille, Dennison essaie de comprendre ce qui se passe dans cette maison.

Alors que c’est un roman psychologique, l’atmosphère devient vite mystérieuse, puis angoissante avant de se transformer en une explication finale regroupant tous les protagonistes, comme le fera par la suite la grande Agatha Christie. A part la dernière scène que l’on peut juger datée, le roman est d’une modernité impressionnante, ce qui démontre finalement que l’Homme n’évolue que bien peu en un siècle !

Le docteur Dennison est donc au centre d’un environnement et l’auteure va donc nous décrire les événements, en les faisant suivre par les interprétations de Dennison. C’est remarquablement bien fait et surtout remarquablement efficace. Car cela ne nous donne que la vision que Dennison a d’une situation qu’il ne comprend pas. Et comme il est jeune et n’ose pas ni s’imposer, ni poser des questions, il en arrive à s’embringuer dans des histoires qui n’existent pas … ou qui vont se révéler totalement erronées.

En tant que lecteur, j’ai suivi le raisonnement de Dennison, la tête dans le guidon, sans jamais me douter de comment cela pouvait finir. Et jamais, je ne me suis demandé si ce roman avait été écrit en 1929 ou aujourd’hui. En cela, c’est un roman remarquable de modernité (Je l’ai déjà dit ? Bon, tant pis, je le répète). Et puis la fin soulève un problème très actuel à propos duquel on entend de nombreux débats encore aujourd’hui.

Je voudrais juste ajouter une dernière chose : ne croyez pas que parce que c’est un roman « ancien », tout se termine bien dans le meilleur des mondes. Si cela ne termine pas en drame, la toute fin se révèle est à la fois cruelle et bien noire. Avec tous ces arguments, je ne comprends pas que vous n’ayez pas encore acheté ce roman !

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

Scarface d’Armitage Trail

Editeur : Rivages Noir

Traducteur : Frank Reichert

Quand j’ai décidé de consacrer cette année 2018 à la collection Rivages Noir, je m’étais dit que cela me donnerait l’occasion de lire quelques classiques. En termes de romans de gangsters, Scarface en est même le précurseur !

L’auteur :

Armitage Trail, nom de plume de Maurice Coons, né le 18 juin 1902 à Madison, dans l’État du Nebraska, aux États-Unis, et mort le 10 octobre 1930 à Los Angeles, en Californie, est un écrivain américain, auteur de roman policier.

Son père est imprésario dans le théâtre. Dès l’âge de 16 ans, il se consacre à l’écriture. Il écrit d’abord, sous son patronyme, des nouvelles policières pour divers pulps. Puis, selon Claude Mesplède, « il devient l’unique auteur de plusieurs numéros de magazines policiers en utilisant divers pseudonymes »

En 1929, il donne un premier roman intitulé The Thirteenth Guest. En 1930, il fait paraître l’œuvre qui le rend célèbre, Scarface, l’histoire de l’ascension d’un jeune gangster de Chicago. Selon le critique littéraire, « si le protagoniste est inspiré du célèbre gangster Al Capone, le récit n’a qu’un lointain rapport avec la véritable histoire de celui-ci ». Armitage Trail qui s’est servi de sa connaissance du milieu et de la mafia de Chicago, écrit dans ce roman une « reconstitution de l’époque de la prohibition […] rendue d’excellente façon et relève presque du documentaire ».

Scarface est adapté à deux reprises au cinéma : en 1932, dans un film réalisé par Howard Hawks sur un scénario de Ben Hecht et, en 1983, dans une réalisation de Brian De Palma sur un scénario d’Oliver Stone.

Appelé à Hollywood pour devenir scénariste, il meurt, à 28 ans, d’une crise cardiaque dans un cinéma de Los Angeles.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Dans les rues de Chicago au début du XXe siècle, sous le regard inquiet de son frère aîné Ben, un policier, le jeune Tony Guarino, montre d’évidentes dispositions pour les activités délictueuses. Vite nommé second d’un caïd local, puis revenu balafré de la Première Guerre

mondiale, il va connaître une ascension fulgurante au sein de la pègre, avant d’en devenir le  » big boss « .

Façonnée par la violence, sa vie s’achèvera de la même manière, dans un face-à-face tragique avec son propre frère. La réédition d’un grand classique des années 1920,

Premier roman de gangsters inspiré de la vie d’AI Capone, adapté par Howard Hawks en 1932 puis modernisé par Brian De Palma en 1983.

Mon avis :

En introduction de ce roman, on trouve un article de Maxime Jakubowski nous présentant la biographie d’Armitage Trail. Il est hallucinant d’apprendre qu’il est mort à 28 ans, qu’il n’a pas connu le succès de son livre, ni les films qui en ont été adaptés. Se basant sur la vie d’Al Capone, la légende veut que ce dernier n’ait pas lu le livre. Et pourtant, il aurait pu se reconnaître dans chaque page.

Tony Guarino a été élevé dans une famille bien comme il faut. Sa mère se démène au travail pour leur donner une éducation décente, son frère est policier et sa sœur poursuit ses études. Mais lui en veut plus. Il tombe surtout amoureux de Vyvyan Lovejoy, la femme du caïd d’un quartier de Chicago Al Spingola. N’écoutant que sa soif de violence, il flingue le malfrat et se retrouve obligé de s’engager dans l’armée pour se faire oublier de la police. A son retour, avec une balafre sur la joue gauche, il apprend qu’on le croit mort. Il change donc de nom, s’engage en tant que tueur dans le gang de Lovo et commence une ascension sociale à base de meurtres et de guerre des quartiers.

En 220 pages, Armitage Trail va donner naissance à un nouveau genre dans le polar : le roman de truand. Ecrit sur une base de phrases courtes, amoncelant les scènes avec énormément de créativité et une logique implacable, ce roman ressemble à une biographie qui se lit d’une traite. Oubliez Mario Puzo et son parrain, qui va vous sembler bien terne. Il y a dans ce roman de la passion, de la violence, de la stratégie, et une histoire magnifique, inoubliable, grandiose.

Le chouchou du mois de septembre 2018

Le mois de septembre ressemble beaucoup pour moi à un bilan de mes lectures estivales. Et comme je n’emporte en vacances que des livres de poche, j’aurais donc forcément publié beaucoup d’avis sur des romans édités au format poche. Et pour le coup, quelque soit le genre, vous pourrez trouver des suggestions de lecture qui conviendront à vos goûts.

Commençons donc notre tour d’horizon par le roman policier, le pur, le dur. Je ne sais pas pour vous, mais j’aime bien suivre un personnage récurrent, le retrouver dans de nouvelles enquêtes et le voir évoluer comme un pote que l’on retrouve de temps en temps. Dans Pyromane de Wojciech Chmielarz (Livre de poche), c’est Le Kub qui va nous assister et nous faire visiter la Pologne. Avec une enquête vicieuse et remarquablement construite, ce roman va vous donner un gout de Reviens-y !

Quand on parle de Reviens-y, j’avais adoré Jeux de dames, et j’ai poursuivi avec le même auteur Erreur d’aiguillage de Philippe Beutin (Editions Cairn), que j’ai bien aimé. Même si la trame est plus classique, il nous donne l’occasion de visiter la SNCF vue de l’intérieur et de faire la connaissance des ateliers de maintenance. C’est un roman à la fois noir dans le sujet et instructif dans son contexte.

Dans un tout autre genre, La dernière expérience d’Annelie Wendeberg (10/18) reprend le personnage du docteur Anna Kronberg, toujours amoureuse du célèbre détective Sherlock Holmes. Celle-ci est enlevée et séquestrée par le redoutable Professeur Moriarty dans un suspense à huis clos où il s’agit avant tout de déjouer un de ses complots.

C’est probablement le roman qui m’a le plus surpris. Ils vont tous mourir de Raphaël Grangier (Editions Cairn) est un thriller comme j’aimerai en lire plus souvent. Ça commence doucement, par une belle visite du Périgord, la tension monte, le suspense devient inquiétant et on termine par un mélange de Seven et du Silence des Agneaux totalement assumé. On y croit, on marche à fond et on ferme le livre le sourire aux lèvres, assuré d’avoir passé un excellent moment de lecture.

Qu’on se le dise : Alexis Aubenque est de retour. Je considère Alexis Aubenque comme le digne héritier des grands auteurs populaires. Et il est de retour avec sa série culte , River Falls. C’est donc une nouvelle trilogie qui démarre avec déjà deux tomes sortis : Retour à River Falls (Milady) et Des larmes sur River Falls (Bragelonne). Evidemment il faut lire le premier avant de lire le deuxième. Evidemment c’est très bien fait. Evidemment, c’est du divertissement avec des scénarii tordus comme Alexis sait les écrire.

Si vous préférez l’humour à la sauce cynisme, vous ne devriez pas rater L’hôtel du Grand Cerf de Franz Bartelt (Points) qui marque le retour en grande forme de Franz Bartelt. C’est une double enquête dans un hôtel à la frontière franco-belge et c’est un pur régal. Je vous ai aussi proposé La vie même de Paco Ignacio Taibo II (Rivages Noir) qui m’a fait découvrir un auteur qui, au travers de son personnage d’écrivain, va décrire l’état de son pays, le Mexique, pourri par les truands et la corruption.

Avant de passer à la rentrée littéraire, il fallait que je vous parle du troisième tome de la trilogie des ombres, Passage des ombres d’Arnaldur Indridason (Métailié). Indéniablement, c’est le meilleur des trois et j’ai retrouvé la magie du style de l’auteur islandais et une histoire très émouvante.

Allez, il est temps de parler de la rentrée littéraire. Commençons par un livre pas comme les autres, édité par une maison d’édition pas comme les autres : La flore et l’aphone de Guillaume Gonzalès (Kyklos). Un jeune homme irresponsable se découvre et découvre le monde autour de lui. C’est le genre de roman que l’on qualifie d’OLNI, Objet Littéraire Non Identifié.

J’ai évidemment lu et chroniqué La toile du monde d’Antonin Varenne (Albin Michel), car cet auteur est probablement l’auteur contemporain que je préfère. Il s’agit là aussi de la fin de la trilogie Bowman, avec sa fille qui va découvrir l’Exposition Universelle de Paris en 1900, découvrir l’Ancien Monde qui change, et se découvrir aussi en tant que femme libre. Même si je l’ai trouvé trop court, ce choc entre deux générations vaut largement le détour.

Le poids du monde de David Joy (Sonatine) est le deuxième roman de cet auteur, qui s’affirme, dès son deuxième roman, comme l’auteur des démunis et des délaissés, des abandonnés du rêve américain. On y retrouve le thème de l’enfermement dans les campagnes américaines et c’est un roman noir étincelant comme une étoile dans le ciel.

Le titre du chouchou revient donc à Salut à toi, ô mon frère de marin Ledun (Gallimard), pour tout le plaisir qu’il apporte et pour toutes les choses dont il parle. On plante le décor : une famille nombreuse foutraque voit un des fils disparaître. Avec du rythme et de la bonne humeur, Marin Ledun sous des couverts de roman plus léger que ses précédents dit des choses importantes. Vivement la suite.

J’espère que ces avis vous seront utiles dans vos choix de lecture. Je vous donne rendez vous le mois prochain pour un nouveau titre de chouchou du mois. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !