Tous les articles par Pierre FAVEROLLE

M, le bord de l’abîme de Bernard Minier

Editeur : XO éditions

Délaissant Martin Servaz, Bernard Minier nous offre un nouveau roman orphelin, ce qu’il avait déjà fait en 2015 avec Une putain d’histoire. Avec cette histoire, Bernard Minier nous met en face des dangers de l’Intelligence Artificielle, de façon grandiose.

Moïra est une jeune française particulièrement douée dans le domaine de l’Intelligence Artificielle. Elle vient d’être démarchée à prix d’or de chez Facebook par le conglomérat hongkongais Ming. Ce dernier est valorisé à plusieurs centaines de milliards depuis qu’il a révolutionné le milieu des portables et des applications intelligentes. C’est donc dans un nouveau milieu, un nouveau monde que débarque Moïra.

A l’arrivée à l’aéroport, elle est attendue par un chauffeur particulier qui est chargé de la conduire à son hôtel de luxe. Après s’être rafraichie, elle descend au bar de l’hôtel et est abordée par deux policiers, les inspecteurs Chan (le jeune) et Elijah (le vieux). Ils veulent la mettre en garde contre le conglomérat et son propriétaire mystérieux, M.Ming. Plusieurs femmes travaillant pour Ming ont en effet été retrouvées assassinées.

Le lendemain, elle est accueillie au centre de recherche de Ming. On lui présente les locaux et les membres du comité directeur et de sécurité. Tout y est fait pour que les gens se sentent bien, pour qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes. Moïra devra travailler sur DEUS, la dernière innovation de Ming, le logiciel d’Intelligence Artificielle ultime. Elle devra déceler les failles du système et y apporter des corrections et plus d’humanité.

Voilà à nouveau un thriller qui a quelque chose à dire. Et ce n’est pas plus mal. Après Jérôme Camut et Nathalie Hug, c’est au tour de Bernard Minier de nous alerter sur les dangers qui nous guettent. L’auteur va pointer du doigt la conséquence de la mise en place de l’Intelligence Artificielle, quitte à grossir le trait pour les besoins de l’intrigue. Il n’empêche que la démonstration est efficace dans la forme et le fond, et très intelligente.

Dès le début du roman on est plongé dans le mystère. Et plus on avance dans le roman, plus les mystères vont se multiplier. Comme on est dans un thriller, les enquêtes sur les meurtres entourant Ming Company vont rythmer l’intrigue en parallèle de la découverte de l’entreprise de Moïra et de son travail, tout en évitant des termes technologiques trop compliqués. Car le but de Bernard Minier, c’est bien de nous mettre en garde.

En effet, dès le début du roman, l’auteur nous prévient : tout ce qui est présenté dans le roman existe, ce sont des innovations qui sont accessibles ou en cours de développement. Passé ce préambule, il nous montre ce que va être l’Intelligence Artificielle, non pas telle qu’on nous la présente mais telle qu’elle va influer sur nos vies, prendre notre place et supprimer définitivement ce qu’il nous reste de liberté, ce qui fait de nous des humains. Si on peut avoir l’impression qu’il grossit le trait parfois, c’est une démarche louable quand on sait que l’objectif de son roman est de nous alerter. Et même si j’ai moins adhéré à la fin du roman (on ne sort pas dehors quand il y a un typhon), cela n’occulte en rien la force du message, la mise en garde contre le Big Data.

Je vous ai recopié un passage situé en page 95 qui m’a marqué et qui, je l’espère, vous fera réagir :

« Imagine un agent conversationnel qui aura la réponse à toutes tes questions, continua-t-il d’une voix vibrante. Qui te connaîtra mieux que tu ne te connais. DEUS sera capable de te dire si tu dois sortir avec Pierre ou avec Jacques, parce qu’il saura que Jacques te fait rire alors que Pierre te rend triste, même si tu es plus attirée par Pierre que par Jacques. Il saura si tu dois travailler dans la banque ou dans l’informatique, si tu dois faire du vélo ou de la natation, si tu dois étudier le droit ou la médecine, si tu dois te marier ou pas – et comme ça pour les millions de questions qu’on se pose tous dans notre vie quotidienne, de l’adolescence à la mort, les dizaines de choix qu’on a à faire tous les jours : Thé ou café ? sport à la télé ou série ? jean ou robe ? Game of Thrones ou Doctor Who? accepter cet emploi ou en chercher un autre ? Croire ta fille quand elle te dit qu’elle est malade ou l’envoyer à l’école ? Parce que DEUS aura tout noté, jour après jour, et que, contrairement à toi, il n’oubliera rien. Et il ne sera jamais fatigué de t’entendre, de te conseiller, de te guider. Il n’aura jamais envie de t’envoyer sur les roses, comme tes amis, ton conjoint ou tes enfants, de te dire que, décidément, tu es insupportable. Sans rien attendre en retour, il sera là pour toi quels que soient l’heure ou l’endroit. Le plus fidèle, le plus digne de confiance, le plus intelligent, le plus fiable des compagnons. Et tu ne pourras plus te passer de lui … »

Après avoir lu ce roman, cela donne envie de se replonger dans 1984 de George Orwell, dans le cycle des robots d’Isaac Asimov ou même La secrétaire de Jérémy Bouquin. Lisez ce roman ! Pour votre bien, pour notre avenir !

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Les quatre élus de Brandon Mull

Cycle : Animal Tatoo

Traducteur : Vanessa Rubio-Barreau

Genre du livre : roman d’aventures

Editeur : Bayard poche

Quand on est père et que votre fils écrit un billet pour votre blog, vous êtes fous de joie, mais aussi extrêmement fier ! C’est exactement ce que je ressens au moment de vous partager le billet écrit par mon fils, Nathan, 10 ans, qu’il a écrit tout seul, comme un grand. Je lui laisse la parole.

Pourquoi j’ai choisi ce livre ?

Au début je voulais lire le tome 11 de Beast Quest. J’ai demandé à mon père de me l’acheter. Ils ne l’avaient pas alors la vendeuse a proposé à mon père ce livre.

Mon résumé :

Le roman se passe dans le monde imaginaire d’Erdas.

Quand les enfants de ce monde ont 11 ans, ils doivent tous boire le nectar. Cette boisson permet à certains enfants de découvrir leur animal totem. Cet animal les accompagnera toute leur vie et les protégera.

Les quatre personnages de ce roman sont :

Conor est l’aide du fils du comte. Quand il boit le nectar, il découvre Briggan le Loup aux yeux bleus, l’une des Bêtes Suprêmes.

Abéké vit dans un petit village, et croit en Dieu. Après une partie de chasse à l’antilope, elle revient couverte de sang. Abéké découvre son animal, Uraza, la panthère aux yeux violets.

Rollan est orphelin et en prison quand il va découvrir Essix, le faucon femelle.

Meilin doit fuir la ville envahie par les rebelles. Elle va hériter de Jhi le panda aux yeux argentés et laisser derrière elle son père, prêt à mourir au combat.

Les 4 enfants vont avoir 11 ans. Ils découvrent leur animal totem. Alors que les troupes du Dévoreur envahissent le monde, les quatre enfants vont devoir apprendre à se battre et à maîtriser leur animal. Quand l’animal n’apparaît pas, il se transforme en tatouage sur le bras ou la jambe. Les quatre élus vont suivre leur chemin pour se retrouver pour combattre le grand méchant, le Dévoreur.

Ce que j’ai aimé :

J’ai préféré le panda parce que c’est le seul animal qui est mignon.

Il y a un chapitre par personnage : c’est bien parce qu’on a le temps de s’adapter à lui et on se demande qui va être avec quel animal. Heureusement, le titre du chapitre rappelle avec quel animal on va être et où on est.

Les chapitres ne sont pas trop longs, j’ai beaucoup aimé l’écriture. Les mots sont simples et la taille des caractères est assez grosse. Les combats sont bien décrits, détaillés.

Ma scène préférée est le combat final parce que les descriptions sont rapides, amusantes comme un jeu. Tout va vite. Il y a plein de gens dans ce combat et c’est passionnant.

Le thème de l’histoire est classique car cela ressemble à Beast Quest. La nouveauté du livre, c’est qu’un des quatre élus était dans le camp des méchants. Il s’aperçoit de son erreur et rejoint le camp des gentils.

Ce que j’ai moins aimé :

Le nom du méchant (le dévoreur) parce que dans toutes les séries (Ninjago par exemple), le méchant s’appelle comme ça. Et le nom des envahisseurs est trop basique.

Les décors ne sont pas très bien décrits.

Il n’y a pas beaucoup de dialogues

Faut-il lire ce livre ?

Oui parce que il y a du suspense et que ça se passe dans un monde imaginaire. On voit bien les paysages et la couverture est très belle et correspond à l’histoire.

La chronique de Suzie : Rouge est la nuit de Tetsuya Honda

Editeur : Akatombo

Traducteurs : Franck et Dominique Sylvain

Le petit dernier de la toute nouvelle maison d’édition Atelier d’Akatombo était en vente au salon du livre de Paris. Quand j’ai vu Dominique à Lyon, je lui avais dit que mon amie Suzie le chroniquerai avant que je le lise, car c’est une fana du Japon. Voici donc son avis complet :

 

Bonjour amis lecteurs,

Me voici de retour à la surface pour vous parler d’un nouveau roman, « Rouge est la nuit » de Tetsuya Honda dont le titre original est « Strawberry Night (ストロベリーナイト) » en japonais.

Bien que prolifique avec une quinzaine de livres, c’est le premier titre de l’auteur qui est traduit en français. Celui-ci est le premier tome d’une série de cinq volumes sur le lieutenant Reiko Himekawa.

Le titre en français est bien choisi car il intrigue suffisamment pour donner envie de lire la quatrième de couverture, contrairement à la traduction du titre japonais, « la nuit fraise » qui semble bizarre en français. Ce dernier sera explicité à un moment du récit et vous comprendrez ce qui ressemble à une fraise. Mais, je vous laisse le découvrir.

D’ailleurs, le choix de la couverture en français indique le lieu principal de l’action avec une vue de la tour de Tokyo de nuit. Sur la couverture originale, on voit une jeune femme de dos sur un pont au lever du jour. Cela m’a fait penser à Odaiba, l’île artificielle au sud de Tokyo. Mais, cela reste à confirmer. L’ensemble rend la version japonaise intrigante. Les couvertures des autres livres de la série sont du même style comme si elles mettaient en avant le coté sombre des enquêtes du lieutenant Himekawa.

Comme vous avez dû le comprendre, l’intrigue va se dérouler à Tokyo et dans les villes proches. On va suivre une des enquêtes du département de la police métropolitaine de Tokyo, la DPMT, à travers trois de ses lieutenants et leur groupe d’intervention.

Le récit commence par la découverte du corps d’un homme torturé dans un endroit inexplicable. Plus exactement d’une lacération incompréhensible qui ne semble pas cohérente avec les autres blessures.

L’histoire est divisée en cinq parties qui constituent les différents niveaux de compréhension de l’affaire criminelle. Si l’intrigue principale est constituée par l’enquête policière, il y a des intrigues secondaires qui vont renforcer l’intrigue principale en étoffant la compréhension du caractère des différents personnages. Les premières parties sont précédées d’une histoire parallèle qui semble distincte de l’intrigue principale mais qui nous permet de comprendre l’historique d’un des personnages qu’on va découvrir plus tard dans le récit.

En ce qui concerne les personnages, le personnage principal est le lieutenant Reiko Himekawa, une des rares femmes officiers dans le monde indubitablement masculin de la police japonaise. Etant célibataire, elle constitue un élément inhabituel dans sa famille qui cherche à la marier à tout prix à travers des rencontres arrangées. Mais, Reiko ne vit que pour son métier qui lui sert de protection vis-à-vis de sa famille. Bien qu’elle s’en défende, elle ne supporte pas les lourdes nuits d’été car un événement traumatisant lui est arrivé durant une de ces fameuses nuits.

Lorsqu’elle enquête, elle se concentre sur ce qu’elle fait et elle essaie de faire abstraction de tout le reste, surtout de sa famille. Le but est de prouver sa valeur face aux autres lieutenants. Son groupe d’intervention constitue une espèce de famille de substitution et lors d’un autre événement traumatique, elle va s’en rendre compte. Elle est une femme de caractère, avec un instinct qui ne correspond pas à la hiérarchie de la police et une armure de verre qui peut voler en éclats à n’importe quel moment.

Son adversaire principal est le lieutenant Katsumata qui privilégie les dessous de table et l’extorsion d’informations. C’est un policier pour lequel « la fin justifie les moyens ». Mais, je vous laisse découvrir ce personnage très contrariant.

Les membres du groupe d’intervention de Reiko lui apportent un soutien sans faille et ils sont loyaux envers leur lieutenant. Chacun d’entre eux a une caractéristique, une qualité qui permet de former un groupe soudé autour de leur lieutenant. Il y a un personnage qui pourrait être intégré à cette escouade malgré son âge et sa fonction. Mais, je vous laisse deviner qui.

C’est le deuxième titre de cette maison d’édition que je lis après « le loup d’Hiroshima » de Yuko Yuzuki, J’étais impatiente de lire ce livre. D’abord à cause du titre qui, pour moi, évoque une affaire sanglante dont la nuit serait la complice ; Ensuite, pour le fait de suivre une femme lieutenant dans un milieu aussi strict que la police japonaise. Et, pour finir, tout simplement à cause du fait que l’histoire se passe au Japon.

Et, comme souvent, je me suis laissée mener par le bout du nez par l’auteur. Celui-ci m’a distraite par les histoires annexes des personnages et je me suis fais piégée. Bien que l’on puisse présumer de l’identité de l’assassin quasiment depuis le début de l’intrigue, je me suis fait retournée comme une crêpe par la scène finale. Je n’avais compris qu’une partie de l’intrigue et, donc, je me suis laissée surprendre.

Malgré deux ou trois scènes particulièrement dures à lire et quelques mouchoirs utilisés, l’intrigue est assez soft et elle met en avant les relations entre les différents membres de la police et les interactions qui existent entre eux. Etant le premier volume d’une série, j’espère que la suite sera traduite en français car c’est un auteur intéressant à connaitre et à lire. C’est un appel que j’adresse aux éditeurs et j’espère qu’on sera nombreux à le faire.

Sur ces derniers mots, je vais retourner dans mon antre avec ma nouvelle provision de livres. Mais, je reviendrai sans faute pour vous parler d’un nouveau roman. A bientôt

Et le mal viendra de Jérôme Camut et Nathalie Hug

Editeur : Fleuve Noir

Il y a un an et demi, je découvrais le duo de choc du thriller français avec Islanova, un roman puissant tant dans la forme que le fond. Islanova était un excellent roman d’action mettant en avant les relations familiales dans un contexte de terrorisme où une Armée du 12 octobre annexait l’île d’Oléron. On y voyait Julian Stark partir à la recherche de sa fille qui a choisi de suivre un groupe humanitaire qui se bat pour l’accession à l’eau pour tous.

Si le format était celui du thriller, le sujet était très centré sur le personnage du père, qui se battait pour sa fille. L’armée de 12 octobre ne servait que de toile de fond. Il n’empêche que le sujet était là : Chaque jour, 6000 enfants meurent, faute de pouvoir accéder à de l’eau potable. Et comme si Islanova ne frappait pas assez fort, le duo Camut & Hug a décidé de nous en remettre une couche. Sauf qu’avec Et le mal viendra, on se situe à un autre niveau.

Faut-il avoir lu Islanova ou pas avant d’attaquer Et le Mal Viendra ? J’en ai discuté avec mon ami David Smadja, qui tient le blog C’est Contagieux, lors du salon Quais du Polar de Lyon. Nous avions tous les deux lu Islanova et nous venions tous les deux de finir Et le mal viendra. David pensait qu’il n’était pas nécessaire d’avoir lu le premier. Et moi, je ne suis pas de son avis. J’ai pris ce roman comme un complément du précédent, et si le premier est un excellent divertissement, celui-ci revient sur le sujet précédent et s’engage ouvertement.

Mais je parle, je parle, et vous ne savez toujours pas de quoi parle ce roman. Ce roman va balayer l’itinéraire de Morgan Scali, la tête de l’Armée du 12 Octobre et celle de Julian Stark, le père de Charlie. Camut et Hug vont donc nous détailler l’avant et l’après Islanova, en alternant à la fois les temps, les lieux et les personnages. Si Julian Stark va consacrer sa vie de 2025 à 2028 à rechercher sa fille, Morgan Scali commence sa vie de « sauveur » en République du Congo à œuvrer pour sauver les animaux. Jusqu’à ce que le clan de gorilles soit massacré par des braconniers et que sa vie commence à changer, sa vision du monde aussi.

Julian Stark va faire équipe avec des services gouvernementaux pour poursuivre les terroristes jusqu’à retrouver la piste de Morgan Scali en 2026. Morgan va rencontrer Vertigo, Abigail Stedman, et Novak Anticevic, c’est-à-dire ceux qui vont le suivre dans son aventure folle. Car en construisant un barrage, il va permettre à toute une région de disposer de l’eau. A partir de là, son combat pour sauver les humains est clair.

Ce roman est une bombe, foisonnant de situations, de personnages et de messages. Une nouvelle fois, les auteurs évitent de prendre position, mais ils nous montrent clairement les motivations des uns et des autres, et nous placent devant nos responsabilités. Pendant que 6000 enfants meurent chaque jour, nous fermons les yeux et continuons à faire comme si de rien n’était.

En prenant la forme du thriller, du roman d’aventure, Jérôme Camut et Nathalie Hug veulent atteindre le plus grand nombre de personnes. Ils évitent de montrer un clan de méchants opposé à un clan de gentils. En cela, le roman n’est pas un pas un roman bas de plafond, et va en faire réfléchir plus d’un. En cela, ce roman n’est pas non plus forcément facile d’accès, au sens où il faut parfois s’accrocher pour suivre les innombrables scènes et personnages, sans compter les différents lieux. En cela, ce roman est un des plus intelligents que j’ai lus depuis longtemps.

Ne croyez pas que ce roman soit brouillon ou inaccessible, c’est tout le contraire. C’est un roman qui vous immerge totalement dans ses scènes, parsemées de dialogues d’une intelligence rare. Une frise en tête de chapitre vous permettra de vous repérer dans le temps, au fur et à mesure que la tension monte. Et le final nous montre clairement que ce ne sont pas forcément les plus gentils qui gagnent mais les plus puissants.

En fin de roman, les auteurs ont inventé un manifeste écrit par Morgan Scali, intitulé Les yeux ouverts. Vous pouvez même le lire avant de commencer le roman. Il va remettre les points sur les i de façon remarquable. Et tout le reste du roman est à l’avenant. C’est indubitablement l’un des romans forts de cette année, un roman à ne pas rater, un plaidoyer intelligent et humaniste.

Honneur à Pierre Pouchairet

A force d’entasser les romans, il était temps que je me penche sérieusement sur les romans de Pierre Pouchairet et tente ainsi de rattraper mon retard.

L’auteur :

Biographie réalisée par mes soins à partir de celle disponible sur le site de l’auteur : https://pierrepouchairet.com/biographie/

Pierre Pouchairet, né en 1957, est un écrivain français, auteur de roman policier.

Après avoir intégré l’école des inspecteurs de police à Cannes écluses en 1980, il commence sa carrière dans la police judiciaire à Versailles. Jusqu’en 2012, il passera de la police judiciaire à la brigade des stupéfiants, et exercera son métier de Marseille au Kazakhstan en passant par Beyrouth, Ankara, Grenoble, ou l’Afghanistan.

A partir de 2012, il prend sa retraite et se consacre à l’écriture. Son premier polar sort en 2014, Coke d’azur (Editions Ovadia). Depuis 2014, ce ne sont pas moins de 10 polars écrits et publiés par cet auteur prolifique, chez Jigal, Plon et les Editions du Palémon. La reconnaissance advient en 2016, quand il remporte le Prix du Quai des Orfèvres avec Mortels trafics en 2016.

Les romans de Pierre Pouchairet peuvent se diviser en deux catégories, tout en restant dans le genre « polar ». D’un côté, des intrigues évoquant le crime international et la géopolitique ou le terrorisme, d’un autre coté des romans policiers nationaux. A chaque fois, ce sont des intrigues solides portées par des personnages forts et vivants. Du pur plaisir de lecture.

Haines :

Editeur : Editions du Palémon

Léanne Galji, l’héroïne de Mortels trafics (que je dois lire) a choisi de quitter la brigade des stups pour sa Bretagne natale. A la tête de la Police Judicaire de Brest, elle doit s’occuper de sa première « grosse » affaire : Un meurtre vient d’être signalé. Corentine Ledantec, une dame âgée de 89 ans a été retrouvée assassinée à son domicile. Vraisemblablement, elle a été frappée et étranglée. De là à penser à un cambriolage qui a mal tourné, il n’y a qu’un pas. Mais la Bretagne, c’est aussi l’occasion pour Léanne de retrouver ses amies d’enfance, à savoir Elodie, médecin légiste et Vanessa, psychologue. Ces trois jeunes femmes, les trois Brestoises, vont chacune participer à la résolution de cette enquête.

Pierre Pouchairet va construire un roman policier classique, dont l’intrigue est simple, mais sans renier pour autant les fausses pistes et les mystères. Et il faudra bien compter sur les aides de ses amies pour arriver à une conclusion pour le moins étonnante. Et je peux vous dire que quand un roman policier est bien fait, bien mené, bien construit, bien écrit, sa lecture devient passionnante. Il m’aura fallu 2 jours pour dévorer ce roman. Tout sent le vécu : les personnages sont vrais, les situations sont vraies, le déroulement de l’intrigue est vrai.

J’ajouterai juste une chose. Il faut un sacré talent pour ne pas en dire trop sur l’enquête précédente de Léanne, et pour plonger le lecteur dans un contexte nouveau sans le perdre. N’ayant pas lu Mortels trafics, je n’ai jamais été perdu. Et j’ai tout de suite adhéré aux trois personnages principaux. On a l’impression de les avoir toujours suivies, de les avoir toujours connues. Il se créé une certaine connivence avec le lecteur, ce qui est très fort. Bref, du début à la fin, ce fut une belle lecture plaisir, de celles qui font passer le temps très agréablement. Du vrai bon roman populaire, du vrai bon roman de gare, dans le bon sens du terme.

A noter que le tome 2, La cage de l’albatros, est sorti et que le tome 3 devrait sortir en mai. J’aurais donc l’occasion d’y revenir.

A l’ombre des patriarches :

Editeur : Jigal

Changement de décor, changement d’ambiance.

Jérusalem. Le corps d’une jeune femme dévêtu est découvert dans un terrain vague. Guy et Dany, deux flics de la police judiciaire israélienne (rencontrés dans Une terre pas si sainte) vont être chargés de l’affaire. Et il s’agit bien d’une affaire brûlante, car la jeune morte, juive, est retrouvée en plein quartier arabe. De quoi exacerber les tensions entre deux peuples qui se détestent et sont obligés de cohabiter. Il leur faut d’abord déterminer l’identité de la morte, puis suivre les premières pistes, dont de jeunes arabes qui jouent au football dans ce terrain vague.

Je ne veux pas en dire plus sur ce roman, tant j’ai peur de vous aiguiller sur la piste, mais aussi parce que l’intrigue foisonne de pistes, de personnages et d’ambiances lourdes. A partir d’un départ classique, Pierre Pouchairet nous plonge sans ménagement dans un contexte pesant de guerre, d’occupation, de haine, de racisme, de violence. Sans prendre parti et se contentant d’être factuel, il nous décrit une situation où l’on se rend compte qu’il n’y aura jamais d’issue, ni facile, ni positive mais forcément dramatique.

C’est en scrutant ses personnages, en décrivant leurs réactions, tout en restant en retrait dans un style clinique, froid, journalistique que Pierre Pouchairet nous montre un pays sous haute tension. A chaque minute, on peut être enlevé, tué, être victime d’un attentat ou même d’une agression. Et tout est fait pour monter les deux camps l’un contre l’autre, ce qui va à l’encontre des pseudo-efforts des grands pays « civilisés » qui veulent œuvrer pour la paix dans cette zone stratégique.

Cet écart entre ce que l’on nous raconte à la télévision par exemple et ce que Pierre Pouchairet nous montre est frappant, le résultat brutal. Et Pierre Pouchairet connait bien le sujet, pour avoir vécu sur le terrain. On comprend bien qu’au final, le combat, la haine est tellement ancrée chez chacun que cela ne peut que mal se terminer. Alors que ce roman n’est pas un reportage sur la situation de cette zone, il nous en montre bien plus que beaucoup d’émissions télévisées et est en cela bien plus précieux. C’est un excellent polar qu’il ne faut rater sous aucun prétexte.

Message de Jean-Jacques Reboux : le printemps Bénuchot

C’est l’histoire d’un type qui décide de ressusciter son roman (L’Esprit Bénuchot) jeté par la fenêtre par un éditeur maladroit en le vendant à la criée et en organisant un festival de rue.

Comme il est fauché, il retrousse ses manches et fait la manche…

Le Printemps bénuchot, 1er festival de littérature, street-art, musique et chansons aura lieu les 8-9 juin sur le canal Saint-Martin (Paris 10). On causera, on peindra, on chantera, et ce sera pas triste.

Si ce projet un peu fou vous intéresse et que vous avez un peu de blé, donnez. Si vous êtes fauché comme les blés, faites circuler la sébile. Si le projet ne vous intéresse pas, pardonnez le dérangement…

Vous pouvez aussi télécharger notre bel additif coloré de 48 pages « L’esprit bénuchot, la résurrection », c’est gratuit !

Merci infiniment.

Pour plus d’information le lien est celui-ci :
https://www.kisskissbankbank.com/de/projects/le-printemps-benuchot

 

Prémices de la chute de Frédéric Paulin

Editeur : Agullo

Ceux qui se demandent comment Frédéric Paulin peut faire mieux que La guerre est une ruse, ceux qui ont, pour cette raison, peur de s’attaquer à ce roman, ceux là peuvent se rassurer. Prémices de la chute n’est pas moins fort, pas plus fort, il est aussi fort. Voilà le deuxième tome d’une trilogie qui fera date.

Roubaix, 1996. Riva Hocq et Joël Attia de la police judiciaire de Lille sont en planque, quand ils entendent un appel au secours. Des collègues ont été pris à parti dans une fusillade à Roubaix. Le temps d’arriver sur place, ils ne peuvent que constater les dégâts : 4 morts du côté de la police.

Réif Arnotovic préfère qu’on l’appelle Arno ; cela évite les petites remarques racistes ou les méfiances. Réveillé ce matin-là par le rédacteur en chef de son journal, il doit aller sur les lieux de la fusillade, et laisser la jeune fille avec qui il vient de passer la nuit. Pas sûr qu’elle soit majeure d’ailleurs ! Et puis, c’est quoi, son prénom ? Arno se dit qu’il vient encore de faire une belle connerie. En contactant un de ses indics, il apprend deux noms potentiels concernés par cette fusillade : Dumont et Caze. Ces deux-là sont deux anciens mercenaires de la brigade El-Moudjahidin, qui a combattu en Bosnie.

Cela fait un an que le commandant Bellevue est mort. Tedj Benlazar, après une période de bureau en France, a repris son balluchon pour une mission de surveillance à Sarajevo, laissant sa fille Vanessa derrière lui. C’est là-bas qu’il apprend que Dumont et Caze, les Ch’tis d’Allah, ont pour mission de réaliser des casses pour récupérer de l’argent qui financera le nouveau Djihad. Il va immédiatement en informer Ludivine Fell, commissaire à la DST, qu’il connait très bien puisqu’ils ont été amants.  Ce qu’ils vont découvrir va changer le monde, mais qui va les croire ?

Si vous reprenez mon avis sur le premier tome, La guerre est une ruse, vous y trouverez tout ce que je pense de ce roman. Frédéric Paulin a le talent de ces grands auteurs qui prennent des faits historiques pour y rajouter des personnages fictifs. Parfois c’est pour réécrire leur histoire comme James Ellroy, parfois c’est pour expliquer, comprendre comment on en est arrivé à la situation actuelle. C’est le cas ici.

Avec Prémices de la chute, Frédéric Paulin complexifie la construction de son roman, passant de deux personnages principaux à quatre (Tedj, Arno, Vanessa et Laureline). Et il le fait avec toujours autant d’aisance en prenant soin de bien les positionner psychologiquement. Cela lui permet par ce biais de placer son action en différents coins du globe, de la France à l’Algérie en passant par la Bosnie, l’Angleterre pour finir par les Etats Unis, puisque l’on va balayer la période 1996 – 2001.

Comme je le disais dans mon billet sur La guerre est une ruse, « Ce roman ne se veut pas un cours d’histoire, ni une dénonciation, ni une quelconque leçon de morale pour un camp ou pour l’autre. ». Avec Prémices de la chute, Frédéric Paulin va nous expliquer l’évolution de l’islamisme et le développement de l’extrémisme. Et il arrive à nous montrer les mécanismes, les situations, les raisons d’une façon tellement fluide et naturelle qu’on arrive à y comprendre quelque chose. Moi qui adore l’histoire contemporaine, il y a des choses que j’ai comprises, d’autres que je savais. D’ailleurs, à ce sujet, lisez Le Bibliothécaire de Larry Beinhart.

Outre ces personnages que l’on adore suivre, et envers qui on a beaucoup d’attachement, on y voit très nettement pointer une volonté de dire que beaucoup de gens étaient au courant, avaient en leur possession une partie des informations. Et que certains n’ont rien fait, n’y ont pas cru ou n’ont pas voulu agir. Ceci rend encore plus impressionnante la dernière partie, dédiée au 11 septembre qui s’avère émotionnellement forte, surtout pour les conséquences de ce l’auteur nous a montré avant.

Indéniablement, ce deuxième tome répond aux attentes qu’il avait suscitées et répond surtout à beaucoup de questions que l’on peut se poser. Il y a au moins deux questions auxquelles on a d’ores et déjà les réponses :

1-     Frédéric Paulin est un formidable conteur

2-     Sa trilogie va compter dans la littérature contemporaine.

Quelle force ! Quelle puissance ! quelle émotion ! Vivement la suite !