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Oldies : Pente douce de Joseph Hansen

Editeur : Rivages

Traducteur : Richard Matas

Je poursuis cette année 2018 avec une découverte de vieux ouvrages parus dans la collection Rivages Noir. Ce roman psychologique s’avère être une œuvre littéraire noire, située dans le monde homosexuel.

L’auteur :

Joseph Hansen, né le 19 juillet 1923 à Aberdeen (Dakota du Sud) et mort le 24 novembre 2004 à Laguna Beach (Californie), est un écrivain et poète américain, auteur d’une des premières séries policières ayant pour héros un enquêteur homosexuel en la personne de Dave Brandstetter.

Né dans le Dakota du Sud, Hansen est élevé dans une famille aux origines allemande et norvégienne qui déménage d’abord au Minnesota, puis dans la banlieue de Los Angeles en Californie en 1936.

En 1943, il travaille le jour dans une librairie de Hollywood et s’attelle le soir à l’écriture de poèmes et d’un roman. Devenu professeur à l’Université de Californie, il publie à partir de 1952 ses premiers poèmes dans les magazines Harper’s, Saturday Review et dans The New Yorker. Il rédige aussi des scénarios pour la série télévisée Lassie (1954-1974). Dans les années 1960, il reprend brièvement son travail de libraire, présente une émission de radio intitulée Homosexuality Today. Sa plume se consacre à la rédaction de biographies de stars du cinéma, mais il publie également des nouvelles dans un petit journal homosexuel, One Magazine, qui devient bientôt Tangents, et dont il assume la direction jusqu’en 1969. En 1970, il aide à l’organisation de la première Gay Pride à Hollywood, même s’il n’aimait pas le terme « gay » et s’est toujours décrit comme homosexuel.

Militant de la cause homosexuelle, Hansen est pourtant contraint, au début de sa carrière de romancier, de publier sous les pseudonymes de James Colton (ou Coulton) et de Rose Brock des textes de fiction qui abordent ce sujet tabou : Lost on Twilight Zone (1964), Strange Mariage (1965) et Homosexuel notoire (1968).

Auteur d’une quarantaine d’ouvrages, il est surtout connu pour ses romans policiers, signés de son nom, où enquête son héros récurrent, Dave Brandstetter, personnage ouvertement homosexuel, l’un des premiers de la littérature policière avec le détective Pharoah Love de George Baxt. Hansen a aussi écrit une série de courtes nouvelles mettant en scène le personnage de Hack Bohannon, Le Livre de Bohannon (Bohannon’s Book, 1988).

Hansen épouse en 1943 Jane Bancroft, elle-même lesbienne. Cette union, qui donne naissance à une fille, ne prendra fin qu’à la mort de Jane Bancroft en 1994.

Hansen meurt d’une crise cardiaque en 2004.

Quatrième de couverture :

« Les égratignures des ongles de Moody sur le bras de Cutler sont profondes et saignent encore. Elles le brûlent et il voudrait les gratter. Il n’en fait rien. Il a enfilé une chemise de flanelle écossaise afin de les dissimuler au médecin qui se trouve à quatre pattes aux côtés du corps de Moody, étendu sur le sol entre le lit et le mur. Le tube à oxygène est enroulé autour du bras de Moody. L’élastique n’est plus tendu autour de sa tête. La bouteille d’oxygène s’est renversée. Cutler n’oubliera jamais le regard de Moody lorsqu’il a pressé l’oreiller sur son visage. Il ne savait pas alors que ce n’était que le début d’une pente douce qui le mènerait plus bas qu’il n’aurait jamais osé l’imaginer. »

Le roman le plus noir de Joseph Hansen.

Mon avis :

Avant de choisir le livre pour ma rubrique Oldies, j’avais demandé quel livre choisir parmi la bibliographie de Joseph Hansen. Eric Maneval m’a soufflé ce roman là. Quand j’ai lu la quatrième de couverture, j’ai eu un peu peur d’un livre glauque. Ce n’est absolument pas le cas, donc je vous donne un conseil : passez outre la quatrième de couverture. Enfin, je tiens personnellement à remercier Eric Maneval pour ce conseil.

Darryl Cutler est un jeune homme qui rêve d’écrire le grand roman américain. Il a décidé de se rapprocher de Stewart Moody, un éditeur, puis a vécu avec lui. Moody étant proche de sa fin de vie, il l’assiste dans ses derniers instants. En son for intérieur, il souhaiterait que Moody meure, puisqu’il sait qu’il est clairement nommé comme unique bénéficiaire sur le testament de Moody. Cutler va rencontrer un bellâtre dans un bar, Chick Pelletier. Cutler tombe amoureux alors que Chick ne cherche qu’à profiter de l’argent de Cutler. Cutler n’a d’autre choix que de se débarrasser de Moody.

Ce roman est un pur roman noir, et se déroule selon un rythme lent, avec comme personnage principal Cutler. Comme le titre l’indique, la spirale de la descente en enfer de Cutler est douce, lente vers les abymes. Si Cutler vit aux crochets de Moody, comme un parasite, il est très proche de l’état d’esprit de Chick. Il est d’ailleurs intéressant de voir que les deux amants sont similaires, mais que Cutler est aveuglé par son amour pour Chick de la même façon que l’était Moody. De même, il est amusant que dans ce roman, tous les malheurs qui adviennent à Cutler viennent des femmes.

Le personnage de Cutler est remarquablement complexe. Sans cesse harcelé par son éducation, réalisée par sa mère puisqu’il a perdu son père très tôt, il vit en opposition de toutes les remontrances qu’il a subies. Sa réaction, ses solutions aux problèmes qu’il rencontre sont très directes, préférant le meurtre à son travail d’écrivain, qu’il est finalement incapable de faire.

L’écriture de ce roman est fascinante. Elle arrive à mélanger à la fois la psychologie des personnages et le décor, formidablement rendu. Il est aussi un plaidoyer pour les homosexuels, montrant finalement qu’ils sont des hommes comme les autres. Et tout cela est fait d’une façon tellement naturelle, que j’ai été impressionné par la fluidité du style. C’est un roman noir que je situe au niveau de ce qu’a pu écrire James Cain par l’acuité d’observation et la précision de chaque phrase. Un classique du roman noir à redécouvrir.

Ne ratez pas l’excellent billet de Philippe Cottet

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Les enlisés d’André Lay

Editeur : Fleuve Noir (N°1041-1973) ;  French Pulp (2017)

Quand je vous dis que French Pulp édite et réédite d’intéressants polars, voici une réédition d’un auteur que je n’avais jamais lu. Alors que l’on pourrait penser à un roman policier, nous avons affaire ici à un pur roman psychologique.

Alors qu’il assiste à une soirée du show-business parisien, pour avoir écrit le scénario d’un film bientôt sur les écrans, Claude Combel n’est pas dupe et s’ennuie. Malgré tout, il fait bonne figure et tout le monde le loue pour cette histoire. Rentrant chez lui avec sa femme Maud, celle-ci lui fait une scène, croyant avoir retrouvé dans cette histoire un épisode de leur vie commune où Claude l’a trompée.

Alors qu’il ressasse la mauvaise humeur de sa femme, il se persuade qu’elle aussi a un amant. Il examine son agenda et trouve tout de suite la plage horaire qui peut le lui permettre : Elle joue au tennis toutes les semaines avec Richard. Alors qu’il est fou amoureux de sa femme, il cherche par tous les moyens une idée de la regagner.

Alors qu’il rencontre dans un cocktail l’actrice de son film, elle lui avoue avoir pris rendez vous chez un docteur pour un remède miracle faisant maigrir. Le seul souci, c’est que ces médicaments ne sont pas en vente libre et sont dangereux pour la santé. Claude tient peut-être là une bonne idée d’empoissonner sa femme juste ce qu’il faut pour qu’elle ne puisse plus se passer de lui.

Ce roman relativement court puisqu’il ne fait que 200 pages, est essentiellement centré sur la psychologie de Claude. N’allez pas y chercher de l’action, puisque tout va se dérouler dans sa maison (ou presque) et que nous aurons en long, en large et en travers, les pensées et les actions tordues pour ne pas dire machiavéliques de ce personnage habitué à construire des intrigues retorses.

Pour ma part, c’est une lecture originale, au sens où on n’y a droit quasiment à aucun dialogue, mais plutôt aux pensées de Claude, à ce qu’il voit, entend et comment il les interprète. On assiste même à ses questionnements, à sa façon de raisonner pour arriver à une solution très particulière.

Rassurez-vous ! la morale de l’histoire sera sauve … d’une certaine façon. Surtout, en tournant la dernière page, on ne peut s’empêcher de penser qu’on a lu un bon polar et qu’on a passé un bon moment, pas forcément inoubliable, mais pas forcément anodin non plus.

Ne ratez pas l’avis de Claude

Accidents d’Olivier Bordaçarre

Editeur : Phébus

Découvert avec La France tranquille (en ce qui me concerne), j’avais été époustouflé par son Dernier désir. C’est donc avec une grande joie que j’ai lu son petit dernier, Accidents, dont j’ai eu la connaissance grâce à l’excellent blog Bob Polar, dont vous pourrez lire l’avis ici.

Avenue André Breton, Montrouge. Un accident vient d’avoir lieu. L’essence se déverse des carrosseries. Le drame va avoir lieu. Un passant a prévenu les secours mais elle sait qu’elle ne peut rien faire. Tout à coup, des mains la tire de la tôle. Elle se retrouve allongée, devant les visages des pompiers et s’évanouit.

Rue Boulanger, Paris. Sergi Velasquez est un peintre inconnu du grand public. Il habite le même immeuble que sa sœur, est même son voisin. Cela ne gêne pas Paul et Julia puisqu’ils passent du temps ensemble. Paul a choisi d’être père au foyer pour garder Anouk, leur fille. Julia quant à elle est psychanalyste. Alors que Anouk insiste pour regarder King Kong, Sergi annonce à Paul Qu’il a trouvé une galeriste qui accepte d’exposer ses toiles. Un jour, en rentrant chez lui, il rencontre dans l’ascenseur une superbe femme rousse, qui va au même étage que lui. Cela doit être une patiente de sa sœur.

Hôpital Cochin, Paris. Une jeune femme se réveille. L’infirmière insiste pour qu’elle se lève, fasse sa toilette. Devant le miroir, elle regarde ce visage moitié humain, moitié animal. Elle a du mal à accepter sa moitié de visage défiguré.

Sur un sujet casse-gueule, Olivier Bordaçarre s’en tire encore une fois admirablement. Deux jeunes femmes, dont on ne connait pas les liens, qui ne se rencontrent pas, c’est avec cette idée d’intrigue que l’auteur nous demande de regarder. Avec toute la subtilité qu’on lui connait, il fouille, dissèque les intimités des uns et des autres, avec pour trait d’union Sergi, un peintre hors norme, marginal, ballotté par des événements qui le dépassent.

Ne cherchez pas d’action, ou de mystère extraordinaire. Ici, on est dans les petits gestes du quotidien, dans les petits objets, dans les petites paroles anodines qui construisent les grandes histoires et amènent à se pencher sur nos propres réactions, à nos propres réflexions que l’on peut avoir sur les autres.

Car ce roman est bien une variation sur la beauté et sa représentation dans l’art (ici, la peinture). C’est aussi une belle illustration sur les cicatrices que chacun de nous porte en nous, celles que l’on voit et celles que l’on ne voit pas. Car chacun porte en soi des blessures, des regrets qui construisent notre vie, comme des pierres qui font nos fondations.

Olivier Bordaçarre est un auteur décidément à part, capable de nous faire croire en des personnages de la vie de tous les jours, et de nous montrer des axes de réflexion qui sont importants et si subtilement montrés. Il est aussi trop rare alors on déguste chaque phrase, chaque mot comme une offrande. Accidents est un beau livre, attachant, et entêtant, marquant et obsédant, du genre qui ne s’oublie pas.