Archives du mot-clé Village

De sac et de corde de Gilles Vidal

Editeur : Editions Les Presses Littéraires

On avait laissé Gilles Vidal avec Les sentiers de la nuit, roman attachant de recherche des racines, et on le retrouve avec un roman ludique. Ce roman s’avère un sacré défi et une sacrée réussite.

Il s’en passe de belles à Morlame. Cette petite ville de province qui semble si tranquille va connaitre une série de morts pas toutes catholiques. Raphaëlle Juvet a élevé seule sa fille Clara. Profitant de son absence, Raphaëlle a pris une assurance vie, ouvert le gaz dans le four et fourré sa tête dedans.

Son voisin Serge Persigny a bien senti l’odeur sur le palier. Mais n’étant pas téméraire, il s’est empressé de dévaler les escaliers. Après l’intervention des pompiers, il est allé récupérer son pistolet, bien utile pour son boulot de recouvreur de dettes pour Monsieur Gouvy, le trafiquant de drogue du coin. Il débarque chez Victor Guérin mais n’a pas le temps d’utiliser son revolver que Guérin lui explose la tête à la chevrotine.

Victor Guérin traine le corps jusqu’à un puits désaffecté au fond du jardin. Puis il alla chercher son pognon perché dans un arbre, avant d’être terrassé, tout là-haut, par une crise cardiaque.

Une vieille Ford s’arrêta. Fred avait trop envie de Claudie, et ils commencèrent à baiser quand Claudie aperçut un corps perché dans un arbre. Fred récupère la besace du mort, pleine de pognon et les deux amoureux s’en allèrent faire un bon repas dans un restaurant de Morlame. De retour dans une chambre d’hotel, Fred ne pouvait se résoudre à partager le fric avec elle. Alors il l’étrangla. Il se dirigea vers l’aéroport le plus proche, et prit un billet pour Palma de Majorque.

Dans l’aérogare, Fred bouscule un homme grand et costaud. L’homme se dirige vers la sortie et regarde les pistes de décollage de la cafeteria, pour voir l’avion de Palma de Majorque exploser …

Et ça continue comme ça pendant tout le long du livre. Construit sur la base d’une multitude de personnages qui se rencontrent, se croisent, vivent et meurent, mais pas tous, ce roman fait effectivement, comme le dit la quatrième de couverture à Short cuts de Robert Altman. Car ce sont des dizaines de destins, présentés de façon remarquablement concise et efficace, qui vont s’entremêler avec beaucoup d’humour noir. C’est un roman construit comme un jeu de l égo que l’on construit et que l’on démolit à chaque fois que l’on tourne une page.

Il y aura bien un flic qui essaiera de comprendre ce qui se passe dans sa petite ville de Morlame mais rien n’y fera, les morts continueront à tomber comme si une malédiction les poursuivait à chaque rencontre. Ce qui est fort dans ce roman, c’est que tous les personnages sont suffisamment marquants pour que l’on s’en souvienne quand on les revoit plus tard dans le livre.

Et la conclusion du livre, se terminant en un hommage envers un grand poète français apporte la conclusion que l’on cherchait tout au long de la lecture. Comme quoi, cette lecture s’avère une nouvelle fois un excellent moment de divertissement original comme je n’en ai jamais lu.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude 

Publicités

Cet été là de Lee Martin

Editeur : Sonatine

Traducteur : Fabrice Pointeau

Il était clair pour moi que je devais lire ce roman, à partir du moment où il était indiqué sur la quatrième de couverture qu’il avait été finaliste pour le prix Pulitzer du meilleur roman. Je n’ai pas été déçu : ce roman est remarquablement écrit.

Dans une petite ville de l’Indiana. M.Dees nous raconte une histoire qui a eu lieu 30 ans auparavant : « Si vous voulez écouter, vous allez devoir me faire confiance. Sinon, refermez ce livre et retournez à votre vie. Je vous préviens : cette histoire est aussi dure à entendre qu’elle l’est pour moi à raconter ».

Au mois de juillet, la petite Katie McKey, âgée de 9 ans, se fait réprimander par son père parce qu’elle pas rendu les livres qu’elle a empruntés à la bibliothèque. Elle les met dans le panier de son vélo, et part en direction de la ville. On ne l’a jamais revue. On a juste retrouvé son vélo, sur lequel la chaine avait déraillé.

Cette histoire va être contée par trois familles. Il y a bien entendu la famille McKey qui comprend les parents, le frère ainé Gilley et Katie. Il y a M.Dees, qui est un homme taciturne et solitaire, professeur de mathématiques, dont la vie est éminemment logique. M.Dees donne des cours de rattrapage en mathématiques à la petite Katie. Il y a Raymond R. Wright qui vit de petits boulots, comme installer un patio devant la maison de M.Dees. Il vit avec Clare, qui est une jeune veuve.

La vie de cette petite ville repose sur ces trois familles, qui vont avoir des liens les unes avec les autres. Tous sans exception vont être impactés par la disparition de la petite Katie. Et petit à petit, les souvenirs vont reconstruire ce qu’il s’est réellement passé, les secrets vont surgir, les psychologies des personnages vont s’affiner, s’affirmer, jusqu’à une conclusion qui va laisser le lecteur imaginer ce qui n’est pas écrit.

Ce roman nous propose plusieurs voix, comme un roman choral, faisant témoigner chacun des personnages avant d’alterner avec une narration plus classique à la troisième personne du singulier. Pour autant, on n’est pas perdu, puisque les titres des chapitres sont explicites, mais on a l’impression de voir un documentaire qui donne la parole aux différents témoins. Evidemment, chacun ne dit que ce qu’il a envie de dire, et garde bien au chaud ses propres avis ou vérités. Cela donne un roman où le lecteur est pleinement impliqué dans l’histoire cherchant à savoir ce qui s’est passé.

Surtout, cette forme de narration, alternant passé et présent, se rapproche d’un auteur comme Thomas H.Cook tout en s’en différentiant par la forme dont j’ai parlé juste au dessus. C’est aussi une excellente méthode pour décrire la vie tranquille des petites villes américaines, avec ce rythme calme et tranquille, et cette envie de bien paraitre vis-à-vis des voisins. Car qui connait vraiment ceux qui vivent juste à coté ?

Et c’est avec ce style calme et posé que nous nous est racontée cette histoire, qui va s’avérer terrible. On suit cette histoire en suivant le rythme imposé par ces phrases si poétiques, si empreintes du silence des forêts avoisinantes. Ce style remarquable a quelque chose d’hypnotique qui détourne l’attention du lecteur de ce qui est réellement important.

Quant à la conclusion, elle est terrible ! Posant ouvertement la responsabilité des gens dans ce genre d’affaires, cette volonté de se renfermer sur soi et d’ignorer les voisins, même quand ils ont besoin de vous. Tout au long du livre, j’avais la sensation de lire un très bon livre, le dernier chapitre m’a démontré que je venais de lire un grand livre.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Yvan.

Bienvenue à Cotton’s Warwick de Michael Mention

Editeur : Ombres Noires

Pas sûr que vous soyez enclins de visiter Cotton’s Warwick, cette petite bourgade perdue en plein milieu du désert australien. D’ailleurs on se demande bien comment des gens peuvent encore habiter cette région aux conditions extrêmes. Imaginez juste cinq secondes : De 10 heures à 17 heures, il y fait plus de cinquante degrés. Voilà un village qui ressemble à l’enfer. Et c’en est un !

Dans ce village, n’y vivent (ou survivent) que des hommes. Leurs femmes se sont toutes suicidées. Et ceux qui restent n’ont pas eu le courage de partir. Alors, ils se retrouvent eu bar, à écluser des bières en attendant que le temps passe, fantasmant sur la propriétaire et serveuse du Warwick Hotel, Karen. C’est la seule femme du village et elle résiste à la bande de dégénérés que sont ses clients. Et quand la solitude se fait trop forte, Karen rêve de « l’autre », le jeune homme enfermé dans l’abattoir et qui dépèce les carcasses de sangliers ou de kangourous.

Dans ce monde plus animal qu’humain, Quinn fait figure de chef. C’est lui qui détient les armes, qui fait régner l’ordre, et qui prêche la bonne parole dans l’église du village, faite de bric et de broc. Outre qu’il s’octroie tous les droits, il en profite aussi pour mener à bien ses petits trafics. Seul Doc, le docteur itinérant dans son hélicoptère, n’est pas dupe et ne se déplace qu’en cas d’extrême urgence, c’est-à-dire quand un des habitants vient à passer l’arme à gauche.

C’est le vieux Pat, le menuisier, que l’on retrouve mort en haut d’un poteau, complètement cuit. Personne ne tient à savoir comment il est mort, et Doc fait juste un aller retour pour confirmer l’insolation. Et ce n’est que le début de la fin …

A nous décrire un coin qui ressemble fortement à l’enfer sur Terre, à nous assommer par cette chaleur insupportable, Michael Mention nous montre comment l’homme n’est finalement rien d’autre qu’un animal. Clairement, on se retrouve dans un endroit où on n’aurait pas envie de rester. C’est une des forces de ce roman, de nous faire vivre cet endroit imaginaire, peuplé de personnages tous plus menaçants les uns que les autres.

En fait, j’adore Michael Mention parce qu’on a la même culture, les mêmes repères. Et on retrouve dans ce roman beaucoup de références comme autant d’hommages à de grands auteurs, qu’ils soient écrivains ou réalisateurs de films. Evidemment, pour son lieu géographique, on pense à Cul-de-Sac de Douglas Kennedy. Mais j’ai toujours pensé à Harry Crews, avec ces personnages déformés, abimés par les dures conditions de vie, avec Quinn qui fait office de chef et presque de Dieu au milieu de nulle-part, et même à Sam Millar avec l’omniprésence de cet abattoir, comme un endroit où nous finirons tous. J’ai aussi pensé à Hitchcock quand les animaux se mettent de la partie, et surtout à John Carpenter par cette façon de créer des scènes d’une tension insoutenable.

Si on peut y trouver plusieurs niveaux de lecture, et chacun se fera son idée, j’en retire surtout l’incroyable inhumanité des hommes, cette volonté de détruire les plus faibles. On pourra aussi y voir une vengeance de la nature face à l’homme qui détruit son environnement et même une dénonciation des violences envers les femmes dans des scènes d’une violence non pas crue ou démonstrative mais tout simplement insupportable dans ce qu’elle ne montre pas mais laisse envisager.

Si ce roman s’avère comme un patchwork où fleurissent beaucoup d’hommages, nul doute que certains colleront à ce roman le statut de roman culte par les différents niveaux de lecture que l’on peut y trouver. En tous cas, ne croyez pas le titre : vous n’êtes pas le bienvenu à Cotton’s Warwick ! Par contre, vous êtes le bienvenu à parcourir ces pages écrites par un auteur décidément à part dans la littérature française.

Ne ratez pas les avis des amis Jean-Marc, Claude et Yvan

Les Belges reconnaissants de Martine Nougué (Editions du Caïman)

Les éditions de Caïman ont l’art de dégotter de nouveaux auteurs pleins de talent. Encore une fois, je suis très agréablement surpris par ce premier roman de Martine Nougué, qui s’avère un très bon divertissement.

Castellac est un village situé à coté de Sète. Les élections municipales viennent de rendre leur verdict : Ludovic Gallieni vient d’être réélu maire, très largement devant sa concurrente, Marianne Grangé. Celle-ci voulait mettre fin aux magouilles familiales qui ont lieu depuis la fin de la guerre. En effet, les Gallieni détiennent la mairie de grand-père en père en fils et personne n’y trouve à redire. L’élément principal qui a plébiscite Gallieni tient surtout dans le fait que Marianne n’est pas originaire du village. Le soir des élections, Marianne a la défaite amère et refuse le cocktail offert par Ludovic. En rentrant chez elle, une bande de jeunes l’agressent dans une ruelle et la violent.

Quelques jours se passent avant que le drame ait lieu : le cadavre de Ludovic Gallieni est retrouvé dans la garigue. Les rumeurs vont bon train, les gens parlent à tort et à travers, font toutes les hypothèses possibles et imaginables. On ne sait même s’il s’agit d’un meurtre ou d’un suicide. La lieutenante Pénélope Cissé est chargée de l’enquête. Elle vient d’être mutée à Sète par mesure disciplinaire. Il faut dire que pour cette enquête, elle cumule trois défauts aux yeux des gens du cru : Elle n’est pas du village, c’est une femme et elle est noire. Malgré cela, elle va résoudre ce mystère, à l’aide d’un petit jeune fraichement débarqué de l’école de police.

D’aucuns auraient utilisé le personnage principal de Pénélope pour creuser ses relations avec son coéquipier ou bien avec sa hiérarchie. Martine Nougué s’intéresse plus au village, aux relations entre les habitants, aux rumeurs et aux gens qui parlent. En effet, l’intrigue avance beaucoup avec les discussions qui ont lieu dans le bar du village et cela permet une immersion totale dans ce petit cercle si difficile à percer. Je dois dire que de ce point de vue là, c’est une franche réussite et un vrai plaisir tant les dialogues sont formidablement écrits et réalistes.

Pour un premier roman, c’est réellement une réussite. Car l’autre aspect qui distingue ce roman des autres est aussi le style alerte, vif qui fait ressortir la passion qu’a l’auteure pour les gens, quelque soit leur région ou leur appartenance. Martine Nougué arrive à nous insuffler cette passion, à faire vivre ces piliers de bar, à les aimer et surtout à les écouter. Ce roman, c’est un pur plaisir de lecture, avec des rebondissements, de la vie, du vin et des on-dit. Encore faut-il être capable de faire le tri entre les vérités et les affabulations.

Martine Nougué se permet tout de même de dérouler son intrigue en y ajoutant quelques petites piques sur les relations homme/femme, sur le racisme commun, sur cet esprit particulier qui poussent les villageois à se renfermer sur eux-mêmes et sur quelques autres aspects que je ne peux vous dévoiler sans vous donner des clés sur la fin du roman. Et tout cela est suffisamment léger et subtil pour ne pas en faire un livre donneur de leçons.

Le personnage de Pénélope Cissé est un personnage fort, auquel on attribue tout de suite sa sympathie, et elle a l’art de boucler ses enquêtes de façon un peu particulière. Si elle peut paraitre un peu lisse, elle a cette passion pour son métier que tout emporte. Le seul petit reproche que je ferai est le dénouement qui ne m’a pas complètement convaincu. Malgré cela, je ne demande qu’une chose, c’est de retrouver Pénélope dans une prochaine enquête. Car pour un premier roman, j’ai trouvé cela très bon.

Oldies : Piège nuptial de Douglas Kennedy (Pocket)

Ce billet est dédié à Wollanup, qui se reconnaitra.

C’est en discutant avec Coco, mon dealer de livres, que j’ai découvert ce roman. Je n’en avais jamais entendu parler et il m’a dit que je devais absolument le découvrir. Ce roman, sorti aux Etats Unis en 1994, a été publié une première fois en France sous le titre Cul de sac, avant d’être repris par Belfond dans une nouvelle traduction. C’est celle-ci que j’ai lu.

L’auteur :

Douglas Kennedy grandit dans l’Upper West Side, étudie à la Collegiate School (le plus vieux lycée de New York) et au Bowdoin College dans l’État du Maine, avant de partir un an au Trinity College de Dublin en 1974. De retour à New York, il devient régisseur dans des théâtres de Broadway. En mars 1977, entre deux productions, il décide de partir à Dublin pour rendre visite à des amis. Il restera de ce côté de l’Atlantique.

À Dublin, il devient cofondateur d’une compagnie de théâtre. Il rejoint ensuite le National Theatre of Ireland en tant qu’administrateur de la branche expérimentale. Il y passe cinq années (1978-1983), pendant lesquelles il commence à écrire, la nuit. En 1980, il vend sa première pièce à la chaîne de radio britannique BBC Radio 4. La pièce est aussi diffusée en Irlande et en Australie. Suivent deux autres pièces radiophoniques, également diffusées sur Radio 4.

En 1983, il démissionne de son poste au National Theatre of Ireland pour se consacrer exclusivement à l’écriture. Pour survivre, il devient journaliste indépendant, notamment pour l’Irish Times où il tient une rubrique de 1984 à 1986. En 1986, sa première pièce pour la scène est un échec désastreux, tant critique que public. Peu de temps après, l’Irish Times supprime sa rubrique.

En mars 1988, il déménage à Londres, au moment où son premier livre, un récit de voyage, est publié. Deux autres suivront. Ces trois livres reçoivent un très bon accueil critique. Parallèlement, sa carrière de journaliste indépendant connaît également un essor.

En 1994, paraît son premier roman, Cul-de-sac. En 1997, il est porté à l’écran par Stephan Elliott, le réalisateur de Priscilla, folle du désert.

Son deuxième roman, L’Homme qui voulait vivre sa vie, connaît un succès international. Il est traduit en seize langues et fait partie de la liste des meilleures ventes.

Son troisième roman, Les Désarrois de Ned Allen est aussi un best seller et un succès critique, traduit en quatorze langues.

La Poursuite du bonheur marque un changement radical. Après trois romans que l’on pourrait décrire comme des thrillers psychologiques, il opte pour une histoire d’amour tragique. Il reçoit un excellent accueil critique.

Ont suivi Une relation dangereuse (Belfond, 2003) et Au pays de Dieu (Belfond, 2004).

Parfaitement francophone, Douglas Kennedy vit entre Londres, Paris, Berlin et Wiscasset dans l’État du Maine où il a acheté une maison. Il a été marié de 1985 à 2009 à Grace Carley, conseillère politique au Royaume-Uni, au ministère de la Culture. Ils ont deux enfants.

(Source Wikipedia)

Le sujet :

Nicholas Hawthorne a 38 ans et n’a presque jamais quitté le nord-est des États-Unis. Il mène une vie modeste en travaillant comme pigiste dans de petits journaux régionaux. Un jour, dans une librairie de Boston, il découvre une carte routière d’occasion de l’Australie. Fasciné par les grands espaces vides mentionnés sur la carte, ayant récemment démissionné de son emploi, il décide de vendre ses maigres possessions, réunit ses économies et s’envole pour Darwin. En plein été austral, il se met immédiatement à détester cette ville, ses bars sordides et ses strip-teaseuses faméliques. Il achète un combi Volkswagen à une famille d’illuminés et prend la route du bush. Mais après quelques heures de route sans rencontrer âme qui vive, une violente collision nocturne avec un kangourou va déjà lui donner envie de rentrer au pays.

Le combi réparé, Nick poursuit sa route jusqu’à Kununurra où il rencontre Angie, une auto-stoppeuse. Ils continuent la route ensemble jusqu’à l’Océan Indien, et vivent une brève romance qui les conduit jusqu’aux plages de Broome.

Nick se réveille 3 jours plus tard, sans aucun souvenir des évènements précédents. Drogué par Angie, il a été ramené jusque dans le village natal de sa conquête, Wollanup, 54 habitants et 4 familles, séparé de la ville la plus proche par des centaines de kilomètres de désert. Officiellement évacué et abandonné après la fermeture de la mine d’amiante, le village a été réinvesti par une communauté d’anciens habitants qui survit en revendant des abats de kangourous à une usine d’aliments pour animaux distante de plusieurs centaines de kilomètres. Mais la communauté idéale, oubliée du gouvernement, où la propriété privée et la détention d’argent sont abolies, s’est muée depuis sa création en enfer carcéral dirigé par les chefs de famille qui sont les seuls à pouvoir quitter le village. Seuls les jeunes en âge de se marier ont le droit de sortir de manière exceptionnelle, pour ramener à Wollanup une épouse ou un mari. C’est ce qui est arrivé à Nick, marié de force à Angie, qui se retrouve rapidement enceinte. Nick est dès son arrivée dépouillé de son argent et de son passeport, soumis à des brimades incessantes de la part de ses geôliers.

Les activités à Wollanup se limitent à vider et dépecer les kangourous et à boire de la bière par 45°C à l’ombre. Le ravitaillement extérieur consiste en des fruits au sirop, des œufs en poudre et du tabac à rouler. Mais devant la peur des patriarches de voir un des membres de la communauté s’échapper et dénoncer le camp au gouvernement, la surveillance est permanente et toute personne cherchant à s’évader risque de le payer de sa vie…

Pendant des mois, et avec l’aide de Krystal, la sœur d’Angie, Nick mettra au point un ingénieux plan d’évasion.

(Source Wikipedia)

Mon avis :

Il est bien difficile de ne pas aimer ce roman, assez court mais tout simplement génial. Car quand on le commence, on est tellement pris par les aventures de Nick qu’il se finit en deux temps trois mouvements. Ce qui est surtout surprenant, c’est l’aspect politiquement incorrect que l’on trouve dans ce roman, en même temps qu’une inventivité à la fois dans la description de ce village abandonné que dans les personnages complètement loufoques que l’on rencontre.

Ce roman est divisé en trois parties, qui le divisent en fonction du ton employé. Dans la première partie, on a affaire à un jeune inconscient, qui ne connait rien d’autre que la ville américaine où il a vécu. Il montre aussi une suffisance envers les énergumènes d’Australie, qui font rire par l’humour employé.

Puis la deuxième partie, Nick se retrouve dans ce village à l’existence impossible, un village qui n’existe sur aucune carte et le ton se fait légèrement inquiétant, mais surtout loufoque. Même si cela devient de plus en plus grinçant, l’humour décalé en fait un petit chef d’œuvre, tant l’auteur sait nous créer une population imaginaire et un décor sorti tout droit d’une imagination de grand malade. Franchement, il faut être fou pour inventer ce genre de village, où les gens vivent de kangourous et passent leur temps à boire de la bière, un village fait de quatre familles dont les plus vieux forment un conseil de direction implacable.

Le ton évolue petit à petit. Cela devient de plus en plus stressant, et si, au départ, on n’avait aucune sympathie pour Nick, on en vient à espérer avec lui qu’il se sorte de cette galère. La troisième partie est clairement sous tension. Après le rire jaune, on en vient à serrer le roman entre nos mains, surpris par ces idées qui nous font monter la tension. Car ce roman regorge de belles trouvailles. Encore une fois, on n’y trouve pas de longues descriptions, tout est dans les situations tendues. Et même à la dernière page, on crie comme Nick … Du grand art, vraiment, et un roman qui est tout simplement inoubliable.

D’ailleurs, si vous avez des idées de romans datant d’il y a plus de dix ans, pour qu’ils apparaissent dans la rubrique Oldies, n’hésitez pas !

Niceville de Carsten Stroud (Points)

Je continue mon exploration des titres sélectionnés pour le prix Meilleurpolar.com organisé par les éditions Points, avec ce titre de Carsten Stroud, premier roman d’une trilogie. Attendez-vous à un voyage bien particulier à Niceville. Je vous mets le résumé qu’avait concocté Seuil car je le trouve bien fait.

Quatrième de couverture :

Tout droit sortie de la tradition du Southern Gothic, Niceville incarne le Sud, avec ses propriétés somptueuses, ses chênes festonnés de mousse espagnole et sa moiteur soporifique. Le seul problème, c’est que le Mal y vit beaucoup plus longtemps que les hommes. Plusieurs disparitions inexpliquées entachent la réputation du lieu, à commencer par celle du jeune Rainey Teague, littéralement volatilisé en plein jour devant la vitrine d’un antiquaire de la rue principale. C’est aussi le territoire où sévissent des flics peu scrupuleux qui braquent des banques et descendent froidement leurs collègues au fusil à lunette…

Quand Nick Kavanaugh, policier hanté par ses combats en Irak, et son épouse Kate, élégante avocate issue d’une des vieilles familles de la ville, décident de tirer tout cela au clair, ils n’imaginent pas dans quel enfer ils ont mis le pied.

Niceville est un polar mutant qui donne la chair de poule, une saga toxique où la violence contemporaine alterne avec des scènes troublantes dont les acteurs ne sont pas forcément de chair et d’os.

Vous n’avez jamais rien lu de tel.

Mon avis :

Ce polar est étonnant, car il se situe à la frontière du polar, du roman policier et du roman fantastique. Il prend le parti pris de faire vivre une ville, et nous présente donc plus d’une dizaine de personnages qui vont interagir les uns avec les autres. Si cela peut faire peur a priori, ils sont suffisamment bien présentés pour que l’on arrive à suivre les intrigues sans problèmes.

En fait d’intrigues, il y en a plusieurs dont la disparition du jeune Rainey que l’on retrouve dans un cimetière ; il y a un hold-up qui tourne au massacre et l’on suit les truands qui veulent récupérer leur butin ; il y a un mystérieux miroir, sorte de passage entre un monde irréel et aujourd’hui ; il y a une étrange mare, la Fosse du Cratère, dont tout le monde s’accorde à dire qu’elle est sans fond ; mais elles sont toutes suffisamment simples pour ne pas se perdre en route.

Et c’est d’ailleurs une des limites de ce roman. Je trouve que pour débuter une trilogie, l’auteur aurait du faire plus simple, plutôt que de faire un roman aussi touffu. Et comme le style m’a paru plat, j’ai parfois trouvé ce roman trop long, avec des chapitres inutiles. Pour autant, je l’aurais lu jusqu’au bout puisque je voulais connaitre le dénouement (quelque peu décevant lui aussi). En fait j’aurais préféré que l’auteur fouille plus l’aspect fantastique, car il a le don de créer des ambiances angoissantes. Quant à l’aspect polar, c’est beaucoup moins convaincant. Reste donc à lire le deuxième tome, Retour à Niceville, qui vient de sortir aux éditions Seuil.

Seuls les vautours de Nicolas Zeimet (Toucan)

Vous aimez Stephen King ? Pas quand il fait des livres d’épouvante, mais quand il prend le temps de regarder, de décrire la vie des gens normaux. Eh bien, ce roman est pour vous, car ce roman est tout simplement époustouflant.

Cela se passe en 1985, dans une petite ville américaine Duncan’s Creek. La petite Shawna Twitchell agée de 5 ans a disparu sans laisser de traces, pendant cette soirée du 18 juin. Sa mère Mandy était en train de s’occuper de la maison, et quand elle est revenue dans le jardin, elle n’était plus là. Comme dans toute petite ville, tout le monde va se sentir concerné. De nombreuses battues vont être organisées pour la retrouver, et tous les habitants du village vont y participer.

La police va aussi enquêter. En effet, il y a 6 mois, son mari Rory a disparu sans laisser de traces. Mandy est-elle coupable ? Ses beaux parents l’ont-ils enlevée ? A-t-elle été victime des indiens dont certains membres collectionnent des pierres magiques ? Ou bien le vieux fou Arlin l’a-t-il tuée et enterrée ? Ou bien, La faille du Diable fait-il peser une malédiction sur Duncan’s creek ?

Nicolas Zeimet va semer les pistes, en nous présentant la vie des petites villes américaines au travers de la réaction de ses habitants. Il va prendre le temps de passer en revue plus d’une dizaine de personnages, tous formidablement dessinés. Il va prendre le temps de nous montrer ce qu’était la vie avant les portables, les analyses ADN et le culte de l’argent à tout prix. L’histoire est simple, le dénouement aussi, mais on sera passé par différentes émotions pour y arriver, de l’angoisse pure à la tristesse, de la tristesse à la tendresse quand le groupe d’enfants s’amuse à se raconter des histoires d’horreur qu’ils ont eux même créées.

Pour autant, on ne pourrait y voir qu’une pâle copie du maître. Et pourtant, Nicolas Zeimet se lance dans son défi, à corps perdu et nous plonge au milieu de cette communauté, et on a vraiment l’impression de passer quelques jours en leur compagnie. Et puis, comme chez Stephen King, au détour d’une scène, il a cette faculté rare de nous sortir LA phrase qui va faire monter la pression, créer une sourde angoisse et nous bousculer dans nos certitudes.

Alors bien sur, il y a bien quelques scènes que j’ai trouvées bateau, trop faciles, mais elles ne sont pas plus de quatre ou cinq sur 470 pages. Alors, je lui pardonne ces quelques facilités et surtout, j’ai envie de tirer mon chapeau à un auteur qui a un talent fou, qui est capable de nous plonger dans les années 80, à 10 000 lieues de chez nous, et de nous donner envie de ne pas lâcher son livre, grâce à son style hypnotique.

Les éditions du Toucan ont dégotté là un auteur fantastique et je ne peux que vous encourager à le découvrir tant son roman est passionnant tant pour la psychologie des personnages que pour l’ambiance qu’il a su créer. C’est du grand art, c’est son deuxième roman, et je m’incline devant le talent de monsieur Zeimet. Merci !