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L’opossum rose de Federico Axat

Editeur : Calmann-Lévy

Collection : Robert Pépin présente …

Traducteur : Isabelle Gugnon

Je ne dirai qu’une chose : lisez la quatrième de couverture (que je vous joins juste après), et vous aurez envie de lire ce livre ! C’est ce qui m’est arrivé. Et si cette présentation ne vous suffit pas, dites-vous que vous allez aller, page après page, de surprise en surprise … A cela, vous ajoutez le billet de l’ami Yvan, et vous plongez tête baissée …

Quatrième de couverture :

Désespéré, Ted McKay est sur le point de se tirer une balle dans le crâne lorsque, le destin s’en mêlant, un inconnu sonne à sa porte. Et insiste. Ted s’apprête à aller ouvrir quand il aperçoit sur son bureau, et écrit de sa propre main, un mot on ne peut plus explicite : « Ouvre. C’est ta dernière chance. » Sauf qu’il ne se rappelle absolument pas avoir écrit ce mot.

Intrigué, il ouvre à l’inconnu, un certain Justin Lynch. Et se voit proposer un marché séduisant qui permettrait d’épargner un peu sa femme et ses filles : on lui offre de maquiller son suicide en meurtre. Mais qui est vraiment ce Lynch ? Et quelles sont ses conditions ?

Mise en abîme impressionnante à la logique implacable, écriture d’une précision si envoûtante que le lecteur se trompe dans ses déductions, labyrinthe psychologique dans lequel se promène un étrange opossum… Federico Axat est un jeune auteur qui se hisse d’entrée de jeu dans la catégorie des John Irving et des Stephen King.

Mon avis :

Oubliez tout ce que vous avez lu jusqu’à présent ! Oubliez les scenarii, les rebondissements, les retournements de situation, les livres fous, les styles énigmatiques. Ce roman là, c’est une histoire dont vous n’avez même pas idée qui va vous montrer qu’à partir d’un sujet maintes fois traité, on peut faire du neuf qui vous éclate !

Tout tient dans le démarrage du roman, puisqu’il faut accrocher le lecteur. Ted veut se suicider, et pour éviter de meurtrir sa famille, un homme énigmatique va lui confier une mission : tuer un meurtrier puis tuer un homme comme lui qui veut se suicider. Le meurtre parfait puisque sans lien et sans mobile. Ensuite, Ted devra attendre son assassin … Alors Ted va tuer Blaine, le meurtrier infâme, puis il va tuer Wendell qui pêche dans son lac entre deux visites chez sa psychologue puisqu’il est atteint d’une tumeur au cerveau. Sauf que Blaine n’est pas un assassin et Wendell n’est pas suicidaire.

De chapitre en chapitre, les scènes vont s’enchainer en mettant en cause les certitudes que le lecteur a pu se faire au fur et à mesure, et c’est la présence d’un mystérieux opossum rose qui va semer la graine dans notre cerveau. On se demande bien ce que veut dire ce symbole, qui apparait puis disparait sans prévenir et en général en plein milieu d’une scène normale. C’est totalement dingue !

En fait la mécanique va dérailler, et tout le talent de l’auteur est bien de nous accrocher avec son style fait de mots simples mais qui pris ensemble rendent une scène énigmatique, mystérieuse. Il nous place en face de notre perception du réel, et nous met à mal dans ce que l’on croit voir. Et je peux vous dire que c’est diablement bon, pourvu que l’on accroche sur les premiers chapitres. Car ce jeu là, c’est un peu le jeu du Qui perd perd (Référence au regretté Coluche), puisque l’on ne connait pas les règles. Mais y en a-t-il seulement ?

Diablement original, c’est un livre fou de fous écrit par un fou pour des fous ! Car faites bien attention ! ce livre de dingue peut vous rendre totalement cinglé. Vous êtes prévenus, ce roman totalement génial est l’antichambre de la folie, la porte d’entrée de votre cellule psychiatrique. N’hésitez pas, franchissez le pas, entrez, les murs capitonnés sont bien confortables …

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Chamamé de Leonardo Oyola (Asphalte)

« Ils ne commencent jamais.

Ils explosent.

D’un coup.

Ils sont comme ça, mes rêves. »

Ainsi parle Perro, un jeune délinquant complètement déjanté. Encore qu’il y a pire dans le genre, à savoir son ami le pasteur Noé. Ils se sont rencontrés en prison, où ils se sont battus ensemble contre des paraguayens pour sauver leur peau. Depuis, ils sont inséparables, les meilleurs amis du monde : Perro le fou de la route, le dingue du volant et Le Pasteur Noé chargé de porter la bonne parole ensanglantée.

« J’ai fini par me faire tatouer un truc qui me rappelait ma première copine. Celle qui m’avait fait prendre conscienceque je ne faisais pas et ne ferais jamais partie du camp des gentils. »

A travers leur périple, dans un environnement toujours plus violent et sans limites, Ils envisagent le kidnapping comme potentielle source de revenus. Ils prennent donc la fille d’un ingénieur américain et demandent une rançon. Lors de la remise de l’argent, Perro se retrouve trahi et piégé par son ami de toujours, et enfermé en prison pour kidnapping et meurtre. Libéré par le pasteur Noé, il va le poursuivre pour se venger. Car il doit suivre les 10 commandements de la corporation :

« Tu ne trahiras pas.

Tu n’abandonneras pas ton partenaire après un coup qui aurait mal tourné.

Tu ne coucheras pas avec sa sœur.

Tu veilleras sur sa famille.

Tu exploseras le ou les flics qui ont causé sa perte.

Tu choperas le fric et tu feras jamais dans ton froc.

Tu baiseras bien profond ceux qui ont du pognon, jamais ceux qui n’en ont pas.

Tu ne feras pas de bruit.

Lorsque tu auras la maille, alors tu pourras te reposer.

Et quand ce sera ton tour de danser avec la plus moche, Guns N’Roses … tu seras aveugle et sourd-muet, comme dans la chanson de Shakira. »

Si Perro et Noé occupent le premier plan, leur périple va permettre de rencontrer une belle pléiade de personnages, tous plus ou moins cinglés et certains flics qui eux sont destinés à mourir, et plutôt rapidement. Pour vous imager un peu plus, Perro est un tueur avec des tendances romantiques par moments mais d’un caractère violent, très violent. Noé est un illuminé qui ressemble à un bulldozer dont le réservoir serait rempli d’amphétamines, et qui fait tomber tous les obstacles qu’il trouve en face de son objectif, à savoir batir une paroisse.

Ceux qui ont lu Golgotha vont en avoir pour leur argent. Accrochez vous, car Chamamé va encore plus loin. Et comme Chamamé a été écrit avant Golgotha, on peut se dire que Chamamé est la version décomplexée de Golgotha ou que le deuxième est la version assagie du premier. Car, si l’histoire est classique, nous avons là un livre noir, à la limite du cauchemar, dont on n’est pas près d’oublier ses phrases assassines, tranchées, coupées au couteau ou à la machette.

Il ne faut pas y chercher de message, dans ce road book, cette course poursuite, mais une volonté de faire vivre des personnages et des décors, en suivant scrupuleusement une intrigue très savamment tissée. Car le roman n’est pas linéaire, allant de digressions en souvenirs, de rêves en scènes hallucinantes et hallucinées. Tous les ingrédients sont fort bien intégrés sous la forme d’un polar dont on pourrait dire qu’il est un hommage au hard- boiled américain.

C’est aussi un roman imprégné de culture populaire, aussi bien américaine qu’argentine, faisant référence aux séries télévisées (le scenario fait penser à Shérif, fais moi peur la série navettissime des années 80) ou aux musiques (tout au long du roman on trouve des extraits de paroles) ou au cinéma (avec des phrases issues de Dirty Harry par exemple). C’est définitivement une constante chez cet auteur de revendiquer la culture des années 80.

Attendez vous à un rythme effréné, un roman écrit sous amphétamines, avec des dialogues savoureux, et des scènes très visuelles dans un style très cinématographique : pas de descriptions longues mais juste des petits détails pour donner un ton, une ambiance. Les phrases sont courtes, parfois hachées. Et la faculté de trouver les mots justes, les petits détails dans le décor, la petite touche d’un habillement font penser à un scenario de film. Et quel pied ce serait, de voir ce roman sur grand écran.

Sur la quatrième de couverture, il est dit qu’on y trouve des « scènes de bagarres d’anthologie dignes des films de Tarantino ». Effectivement, on ne peut penser qu’à Pulp Fiction tout au long de cette lecture, sans que Leonardo Oyola ait copié ou pastiché le film. Et si on peut y voir un hommage au hard-boiled ou aux Pulp Fictions américains, il est clair que j’ai eu entre les mains un livre culte. Et nul doute qu’il va devenir culte pour vous aussi !

Golgotha de Leonardo Oyola (Asphalte)

Petit roman par la taille mais grand voyage dans les bidonvilles de Buenos Aires pour cette histoire noire publiée aux éditions Asphalte.

Villa Scasso, à l’ouest de Buenos Aires. Un labyrinthe de ruelles et de murs de brique, un trou régi par ses propres lois. Ceci est l’histoire d’une vengeance dans une enclave sauvage contrôlée par la bande des Gamins ; l’histoire de flics qui vouent un culte à des images pieuses, de délinquants qui vénèrent San la Muerte, et d’une guerre urbaine sourde où ceux qui survivent, ceux qui tuent, finissent corrompus, asphyxiés par leurs propres péchés. Une fulgurante chronique de la violence.

Nous suivons l’enquête de deux policiers : Lagarto et Roman Calavera, à la recherche d’un assassin avorteur. Calavera a réussi à se sortir de Villa Scasso, mais est resté empli de rage et de brutalité. Lagarto refuse de se laisser aller à ses pulsions de violence et de vengeance. Dans ce quartier, on reconnaît les flics car ils ont les chaussures élimées, n’ayant pas assez d’argent pour s’en acheter une paire neuve.

Dans cette histoire, derrière cette ville connue de tous pour être le joyau de l’Argentine, il y règne un climat de violence décrit avec justesse dans les situations, les personnages ou les dialogues. Ecrit avec beaucoup de précision et de justesse, c’est un roman qui sent le sang, qui pue la merde, dans un monde qui n’a plus rien d’humain et où règne une seule loi : celle de la jungle.

Ce roman, aussi impressionnant que dégoûtant, est un petit bijou de noirceur couleur sang dont vous ne sortirez pas indemne, une sorte d’enfer d’où vous ne souhaiterez q’une chose : en sortir le plus vite possible comme les personnages principaux de ce roman. Un agréable moment de lecture pour un autre éclairage de l’Argentine urbaine, malgré des digressions déconcertantes au début et des dialogues un peu trop longs par la suite.

Au passage, ne ratez pas l’interview de Carlos Salem chez Entre deux noirs, qui signe aussi l’excellente préface de ce roman.

Aller simple de Carlos Salem (Moisson rouge)

Après avoir lu tant de critiques élogieuses sur ce livre, je l’avais forcément mis sur ma liste de livres à acheter. Mais à chaque fois que j’allais dans une librairie pour acheter un bouquin, j’en trouvais un autre à acheter. Finalement, je l’ai mis sur ma liste de Noel, et le Père Noel, dans son immense bonté, l’a déposé au pied de notre sapin. Après Underworld USA, j’avais décidé de le prendre pour m’aérer un peu, pour avoir une lecture plus légère que le dernier Ellroy. Et c’est le livre le plus déjanté, le plus loufoque que j’aie jamais lu.

C’est l’histoire d’Octavio qui est en vacances au Maroc avec sa femme. Il est marié depuis 22 ans, et cela fait 20 ans qu’elle le fait chier (excusez du terme). Il est fonctionnaire espagnol au registre d’État Civil. En plein milieu de ces vacances, sa femme fait une crise cardiaque, s’écroule sur le lit de leur hôtel, se relève, se cogne la tête contre la table de nuit, et tombe sur le sol morte. Octavio se rend vite compte qu’avec la trace de coup qu’elle porte sur la tête, personne ne va croire à une mort naturelle. Il décide de la cacher sous le lit et d’aller prendre l’air. Au bar, il rencontre Soldati, un pseudo anarchiste et lors de leur périple, ils en viennent à voler le manteau d’un Bolivien, qui s’avère être un truand. Dans le manteau, se trouvent des faux papiers et de l’argent, faux aussi. Soldati, qui a par le passé cherché à vendre des glaces aux Touaregs et qui dispose d’un camion réfrigéré, aide Octavio à récupérer sa femme. Mais lors de leur retour à l’hôtel, Ils y mettent le feu et s’échappent sans trouver le corps. Les voilà donc poursuivis par la police et par les trafiquants colombiens.

Que voilà un résumé bien long pour un petit livre de 260 pages. Mais en fait, cela ne couvre que les 50 premières pages. Car ce roman part sur des chapeaux de roues pour présenter le canevas de cette intrigue aussi loufoque qu’hilarante. Ici, rien n’est sérieux, c’est drôle du début jusqu’à la fin. Et la suite est du même tonneau, avec des rencontres toutes plus improbables et délirantes les unes que les autres, d’un réalisateur qui tourne un film sans pellicule à Carlos Gardel.

La grande force de ce roman réside dans ses personnages, tous plus humains les uns que les autres. Voilà un auteur à propos duquel je peux dire sans me tromper qu’il aime ses personnages. On s’y attache facilement, on les suit avec plaisir, et quand on croit que l’intrigue s’embourbe, Carlos Salem fait une pirouette, en général très drôle, et l’intérêt est relancé.

J’ai particulièrement apprécié aussi les réflexions pseudo philosophiques, peut-être pour montrer que tout le monde peut le faire, ou pour monter le polar au niveau de la grande littérature, ou juste pour faire rire. Aucun sérieux n’est à retenir, ceci est une gigantesque potache, une énorme blague, avec d’excellents bons mots qui mériteraient leur place dans tout bon dictionnaire de citations. Et donc, le plaisir de lire est au rendez vous. Et j’avais l’impression parfois de lire du Westlake, pas en ce qui concerne le style, ou la construction de l’intrigue mais plutôt en ce qui concerne la volonté affichée d’abandonner la rationalité et le sérieux, pour se laisser entraîner dans les délires de l’auteur.

C’est aussi de très beaux portraits de personnages à la poursuite d’un objectif, d’un idéal qu’ils n’arriveront pas à atteindre. Entre Octavio qui cherche sa femme, le Bolivien qui court après un agenda, un réalisateur qui tourne un film sans pellicule, un écrivain qui cherche à écrire un livre, tous cherchent quelque chose qui donne un sens à leur vie. Même si ces objectifs sont plus loufoques les uns que les autres. On arrive à se demander si le monde entier n’est pas devenu fou.

Là où je suis un peu plus mitigé, c’est que par moments, j’ai décroché. Certes j’ai continué, et j’ai bien fait, car les rebondissements sont tellement bien faits que l’on est tout de suite repris par le rythme comique de l’ensemble. De plus j’ai regretté que les extraits des chansons de Gardel ne soient pas toutes traduites. Je ne parle pas espagnol, et j’ai peur d’être passé à coté de blagues supplémentaires ou tout simplement d’un peu de poésie. Enfin, des fautes d’orthographe en assez grand nombre m’ont un peu énervé.

En conclusion, Aller simple est une très bonne découverte, un auteur que je vais suivre pour son univers déjanté et décalé. Cela fait du bien de lire un polar différent et extrêmement bien construit, qui va au-delà de la simple blague. Je vous le conseille fortement. Un excellent polar qui n’est pas passé loin du coup de cœur en ce qui me concerne.