Le chouchou du mois de janvier 2017

On repart pour une nouvelle année. Alors permettez-moi de commencer par vous présenter mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année, que je vous souhaite remplie de lectures réjouissantes et passionnantes.

J’ai commencé l’année, en ce qui me concerne, avec une nouveauté pour le blog, à savoir un week-end consacré à une auteure que j’adore et qui écrit de formidables romans policiers, Elena Piacentini. J’aurais ainsi publié mes avis sur Carrières noires et son dernier en date Aux vents mauvais, et un petit billet sur les raisons pour lesquelles j’aime ce qu’écrit Elena Piacentini.

Pour continuer du coté des romans français, je ne peux que vous conseiller La maison de Nicolas Jaillet (Bragelonne Milady), un court roman à l’écriture subtile, sur une femme qui décide de tourner le dos à sa vie quotidienne emplie d’humiliations et de violences. Un roman magnifique.

Grace, entre autres à Jean-Marc d’Actudunoir, je serais parti à la découverte de Tueurs de flics de Frédéric Fajardie (La table ronde), un roman noir et social intemporel. Il faut profiter de cette réédition pour rendre hommage à ce grand auteur. Du coté des découvertes, Cabossé de Benoit Philippon (Gallimard), comme son nom l’indique va vous atteindre droit au cœur avec ses uppercuts et ses directs. Il n’est pas sur que vous finissiez dans un meilleur état que son personnage principal.

Toujours en France, dans le genre fantastique, je ne peux que vous conseiller Ceux qui grattent la Terre de Patrick Eris (Editions du Riez), d’un auteur trop injustement méconnu. Et pour ceux qui préfèrent l’humour féroce et politiquement incorrect, jetez vous sur Je m’appelle Requiem et je t’… de Stanislas Petrosky (Lajouanie) qui vous fera rire aux éclats.

Pour les plus jeunes, L’île du crâne d’Anthony Horowitz (Livre de poche) est un très bon roman d’aventures qui fera passer vos piou-pious par toutes les émotions du rire à l’angoisse, du mystère à l’action.

Avec L’affaire de la belle évaporée de JJ.Murphy (Baker Street), vous irez faire un voyage dans les années 20 aux Etats Unis, avec un roman policier à la fois drôle et énigmatique à souhait. Et si vous préférez les destinations plus lointaines, partez donc à la découverte de La mauvaise pente de Chris Womersley (J’ai Lu), d’un auteur qui pourrait bien être le petit génie de la littérature mondiale, aux cotés d’un Donald Ray Pollock par exemple.

Le titre du chouchou du mois revient donc à Seules les bêtes de Colin Niel (Rouergue), pour ce roman choral à mi chemin entre roman social et intrigue en béton. C’est une allégorie sur la solitude dans notre société, quelque soit l’endroit du monde où on habite. C’est aussi un roman impressionnant de maîtrise qui mérite largement le titre de chouchou.

Je vous donne rendez vous le mois prochain pour un nouveau titre de chouchou. Et d’ici-là, n’oubliez pas le principal, lisez !

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La maison de Nicolas Jaillet

Editeur : La rue du départ (2013) ; Bragelonne Thriller (Format poche)

Découvert avec Nous, les maîtres du monde, un roman de super-héros dont je garde un fantastique souvenir de la fin, j’avais raté ce petit roman à sa sortie. Les éditions Bragelonne ont eu la bonne idée de le ressortir pour lui donner une visibilité plus grande. C’est un roman d’une rare subtilité, d’une incroyable douceur.

Quatrième de couverture :

« Deux heures de lecture gravées à vie dans votre mémoire. » Emmanuel Delhomme, France Inter

« Une merveille. Un livre incandescent. » Gérard Collard, Librairie La Griffe Noire

En robe blanche, son bouquet à la main, Martine sait qu’elle n’aimera jamais Jean, l’homme triste et violent qu’elle vient d’épouser. Mais en elle, une graine est en train de germer. Pendant des années, elle survit à son quotidien et élève leur enfant. En silence, avec une audace et une obstination extraordinaires, elle prépare son évasion.

En bonus, deux histoires inédites

La Robe : Entre eux, c’est devenu un rituel : pour leur anniversaire, elle remet sa robe de mariée. Leurs amis les envient. Samuel et Sandra vivent un conte de fées…

La Bague : Une femme caresse une bague à son doigt. Dans le train, un homme observe le visage de cette grande amoureuse changer…

Mon avis :

D’une photographie, prise le jour de son mariage, on devine la joie, les tensions et une femme triste. Elle va subir les coups, les harcèlements mais va garder intact son rêve, qu’elle cultive et qu’elle garde pour elle seule dans le débarras de la maison.

Avec seulement 120 pages, ce court roman est fait de polaroids pour construire l’histoire d’une vie, de deux vies en fait, puisque le narrateur va nous raconter ses racines, ses origines, celles de sa mère. Chaque scène est comme une feuille posée sur une pelouse, aussi légère que l’air et ballottée par les turbulences. Ce portrait de femme est fondant, impressionnant de courage, de volonté.

On ne peut que fondre devant ces horreurs racontées ou esquissées et être empli de rage impuissante pour cette femme qui va subir les pires outrages de son mari. Elle va patiemment emplir son rêve de peut-être, possibles, à force de ténacité. Je n’aurais qu’un mot : Magnifique !

Ce roman est accompagné d’une formidable préface de Marcus Malte et agrémenté de deux nouvelles tout aussi subtiles.

Seules les bêtes de Colin Niel

Editeur : Rouergue

Après avoir lu et grandement apprécié Les hamacs de carton, et Ce qui reste en forêt, et être passé à coté d’Obia (que j’ai mais pas encore ouvert), le quatrième roman de Colin Niel se passe chez nous, en France, alors que les précédents nous montraient un visage de la Guyane que nous n’avions pas l’habitude de voir. Pari risqué, pari réussi, ce roman est tout simplement fantastique.

Alice vit dans le causse, zone aride du Massif Central. Elle est mariée avec Michel et exerce le métier d’assistante sociale. Il faut dire qu’il y a de quoi faire, puisqu’elles sont cinq pour deux mille éleveurs, principalement de brebis. Tous les jours, elle arpente les routes pour visiter ces fermiers qui vivent isolés au milieu de leurs terres. Cela lui permet de leur prodiguer des conseils de tous ordres et surtout de leur apporter une présence humaine à ces hommes qui bien souvent habitent seuls.

Serait-ce l’habitude d’être seule toute la journée ? Ou bien, le fait que son mari s’éloigne d’elle ? Ou bien, est-ce la chaleur ? Alors qu’elle rend visite à Joseph, elle se jette sur lui et ils font l’amour. Petit à petit ils deviennent amants à tel point qu’Alice se retrouve comme inéluctablement attirée par ces étreintes aux odeurs animales.

Jusqu’au 18 janvier de cette année là. Ce jour là, Evelyne Ducat disparait. Elle est la femme d’un grand propriétaire terrien qui a tâté de la politique. A partir de ce jour, Joseph lui a refusé l’accès à sa ferme. Entre sa culpabilité de tromper son mari et sa certitude que Joseph a tué Evelyne, elle va s’enfermer dans ces certitudes tout en sachant à en savoir plus, pour aider Joseph mais aussi pour retrouver son amant.

C’est à un roman choral que nous convie Colin Niel, et Dieu sait que c’est un exercice difficile. Il va donc y avoir cinq personnages qui vont nous raconter leur quotidien et pas forcément celui que l’on croit. Car la force d’un roman choral, c’est bien de nous montrer toute la subjectivité dont peuvent faire preuve les narrateurs, et cela marche à fond. Parce que le lecteur que je suis s’est fait embarquer comme un amateur dans cette histoire bien surprenante, jusqu’à la dernière ligne !

Si la première partie, racontée par Alice, se révèle la plus imprégnée de social, car Colin Niel nous montre comment les éleveurs vivent au jour le jour, c’est aussi l’une des parties les plus sensibles de ce roman. Car c’est dans cette partie que l’auteur va nous raconter toute l’histoire dramatique qui se déroule dans le causse, et nous allons avoir affaire à un formidable portrait de femme délaissée, abandonnée, seule et recherchant une étreinte, une raison de penser qu’elle est encore en vie.

Puis vient la partie de Joseph et toutes les certitudes que nous pouvions avoir auparavant tombent en miettes. La description du travail des éleveurs est minutieuse, rigoureuse et pour ce que j’en connais, réaliste. Le style s’adapte aussi au personnage, ce qui m’a permis de rentrer littéralement dans le personnage … mais c’est après que cela devient remarquablement vicieux.

Car on ne peut faire pendant plus de 220 pages un roman tournant autour de la disparition d’une jeune femme. Et c’est là que le talent de l’auteur déploie toute sa créativité pour nous balancer d’un autre coté qui n’a rien à voir avec les paysages désolés que nous avions arpentés auparavant. C’est la partie de Maribé, jeune femme citadine esseulée elle aussi. Puis re-changement de décor et nous partons pour l’Afrique avec Armand avant de clore de belle façon, de géniale façon avec Michel.

Entre polar social et polar psychologique, Colin Niel nous a concocté une intrigue à la fois surprenante et humaine, où chaque personnage souffre de solitude dans un monde qui se déshumanise et qui se virtualise, où chacun ne cherche finalement que l’amour, ou le regard de son prochain. Et en y ayant ajouté une intrigue tortueuse et surprenante, en ayant utilisé le format du roman choral pour mieux manipuler le lecteur, Colin Niel a fait de sa démonstration un grand moment, une grande réussite. On n’est pas près d’oublier ces personnages, ce qui est la preuve d’un grand roman.

Ne ratez pas ce billet publié chez Unwalkers et chez Jean Marc

Aux vents mauvais d’Elena Piacentini

Editeur : Au-delà du raisonnable

Afin de clore en beauté ce week-end Elena Piacentini, voici donc le petit dernier en date, Aux vents mauvais, septième enquête du commissaire Pierre-Arsène Léoni. Les précédentes, qui sont toutes chroniquées ici, sont dans l’ordre :

Un corse à Lille

Art brut

Vendetta chez les Ch’tis

Carrières noires

Le cimetière des chimères

Des forêts et des âmes

Aux alentours de Roubaix. Sur une chantier de démolition, Pierre-Arsène Leoni débarque sur le lieu du crime. Alors que les officiers de police délimitent l’endroit, le commandant se dirige vers deux hommes qui en viennent aux mains. Parmi eux, il y a le lieutenant Thierry Muissen, le cadet de son équipe. Il veut en découdre avec M.Renaud, le directeur des opérations du chantier. Ce dernier ne voit pas l’intérêt d’arrêter le chantier pour une pute ou une camée, et ces mots ont suffi pour faire exploser Thierry Muissen. Alors que Pierre-Arsène Leoni s’interpose, Muissen s’enfuit en moto.

Le lieutenant Grégoire Parsky interroge l’homme qui a découvert le corps, un dénommé Boudraa. Après quelques questions, il admet venir tôt sur les chantiers pour voir s’il ne peut pas récupérer quelque chose avant la démolition, surtout des métaux qui se revendent bien. Sur place, Eliane Ducatel, médecin légiste, est déjà au travail. Elle accueille Pierre-Arsène devant le corps d’une jeune femme d’origine africaine, scalpée.

Colette Chabroux est une ancienne professeur de mathématiques. Sa vie est gérée comme les maths, sans imprévus, puisque tout peut se mettre en équations. Elle élève son petit fils Rémy, qui zone avec d’autres jeunes. Elle observe qu’un de ses voisins a une attitude étrange.

1966, La Réunion. Jean Toussaint est un jeune orphelin. Bientôt, il aura l’occasion de venir en France, découvrir ce beau pays qu’on lui a vendu. Il pourra aussi acheter plein de cadeaux pour sa chérie.

Comme à son habitude, Elena Piacentini va nous inviter à vivre avec beaucoup de personnages dans ce roman. Et c’est avec cette belle subtilité, et avec grand talent qu’elle réussit à ne pas nous perdre en route. Au travers de ces personnages, Elena Piacentini nous montre la vie dans le Nord de la France, cette région ravagée par le chômage et la montée des idées fascistes, et surtout le fait que plus personne ne se cache, plus personne n’a honte d’afficher ses opinions nauséabondes.

Elle aborde aussi la déportation des  Réunionnais en Creuse avec le personnage de Jean Toussaint. On peut penser que cela fait beaucoup pour un seul livre. Pas du tout ! C’est là la magie de cette conteuse sans pareille. Avec quelques ingrédients, elle nous sort encore une fois un grand roman policier, droit, honnête, direct, et surtout d’une lucidité rare sur les gens et leur façon de vivre au jour le jour. On pourrait presque dire qu’Elena Piacentini est le témoin de notre époque. D’ailleurs, je ne sais pas pourquoi je dis presque.

Pour avoir lu tous les autres romans de cette auteure, j’ajouterai qu’on y voit dans ce roman une nouvelle efficacité. Les chapitres sont courts, resserrés sur eux-mêmes, les phrases tranchent, font mal souvent. On a l’impression qu’elle n’a pas voulu prendre de gants, elle y va franco, comme dans un match de boxe avec le lecteur. J’y ai trouvé aussi un ton noir, pas pessimiste, mais lucide devant tant de problèmes et bien peu de solutions en face. Cela en fait un roman qui nous parle, qui nous remet en question aussi.

Enfin, comme à son habitude, Elena Piacentini termine par sa Note aux lecteurs. C’est probablement une façon pour elle de continuer le lien imperceptible et indicible qui se créée entre elle et ceux qui lisent ses livres. Ce sont surtout quelques pages qui sont aussi importantes que le roman lui-même car elles montrent le travail de l’auteure, et les thèmes abordés, et on a l’impression de l’avoir en face de nous, nous expliquant les tenants et les aboutissants de ce que l’on vient de lire.

Vous l’aurez compris, Elena Piacentini a encore une fois écrit un grand roman policier. Si vous ne connaissez pas l’auteure, jetez vous sur ses livres. Quant à moi, j’espère que seront réédités ses trois premiers romans …

Ne ratez pas l’avis de Garoupe

Week-end Piacentini : Pourquoi j’aime ses romans …

Si je dois cette découverte, c’est parce que j’ai rencontré Claude Mesplède aux Quais du Polar à Lyon et qu’il m’a dit que, s’il y avait un livre à lire, c’était Le cimetière des chimères. Venant du Pape du Polar, je ne pouvais qu’acheter le livre et découvrir une nouvelle auteure, que je ne connaissais pas. Et c’est après avoir lu et adoré Des forêts et des âmes que j’ai décidé d’acheter et de lire tous ses livres. Ce fut un peu difficile, car les trois premières enquêtes ont été éditées par Ravet-Anceau et étaient épuisées. Mais grâce à quelques amis rencontrés sur FB et un peu de ténacité, je les ai eu enfin tous en main.

Un corse à Lille

Maintenant que je les ai tous lus, j’ai l’impression qu’il y a des cycles dans ce qu’écrit Elena, une sorte de progression à la fois dans les personnages, c’est bien normal, mais aussi dans les thématiques abordées. Dans les trois premiers romans, que sont Un Corse à Lille, Art Brut et Vendetta chez les Ch’tis, nous avons affaire à des enquêtes policières que je qualifierai de classique.

Art brut

Dans Un Corse à Lille, ce sont deux meurtres qui vont occuper l’équipe du commissaire Pierre Arsène Leoni. Dans Art brut, une série de meurtres mis en scène comme des œuvres d’art va donner du fil à retordre à la police criminelle. Dans Vendetta chez les Ch’tis c’est bien un serial killer qui va œuvrer. Si avec le premier roman, on a d’habitude la présentation de l’équipe au complet, ce n’est pas le cas de cette auteure. Elle fait comme si on les connaissait tous et ajoute subtilement quelques traits de caractère pour que nous fassions petit à petit connaissance avec eux. Mais dans ces trois premiers romans, j’ai eu l’impression de lire un cycle, une trilogie, que j’appellerai la trilogie Marie.

Vendetta chez les chtis

Pour ceux qui ont lu ces trois premiers romans, je pense qu’ils ont eu la même impression que cela n’irait pas plus loin, qu’Elena Piacentini allait repartir avec d’autres personnages. Avec Carrières Noires, on repart donc avec la même équipe, mais c’est bien un autre cycle, un nouvel éditeur et aussi une nouvelle façon de construire les intrigues et une nouvelle façon d’écrire … en mieux.

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A partir de Carrières Noires, les personnages secondaires se placent sur le devant de la scène, on a souvent droit à plusieurs affaires en parallèle et surtout le paysage se construit, le regard sur notre société se fait plus précis, plus lucide. A partir de Carrières noires, Elena Piacentini parle de sujets graves, qu’elle les place au premier ou au second plan. Mais la volonté de montrer, de dénoncer sont bien là. Et comme l’équipe de la police criminelle nous est devenue coutumière, le ou les messages portent d’autant mieux. Ce sont pêle-mêle les ripoux de la politique, les arnaques à la taxe carbone, les scandales des abus de médicaments que l’on donne aux adolescents dès qu’ils ont une attitude différente ou bien les Réunionnais déportés de la Creuse et le racisme ambiant et devenu « normal ».

Cimetière des chimères

Je voudrais ajouter que lire un roman d’Elena Piacentini, c’est aussi lire de la littérature, de la belle littérature, car sa plume est … belle, simple et efficace. Certes, je trouve quelques longueurs dans les premiers romans, mais ses quatre derniers romans gagnent en efficacité jusqu’à ne dire que l’essentiel pour que le lecteur s’imprègne de la psychologie des personnages. Car et c’est encore un compliment que je me dois de faire, TOUS les personnages sont plus vrais que nature, psychologique vivants.

Des forêts et des ames

Pour ceux qui ont peur de prendre le train en route, sachez que vous pouvez lire ses romans dans l’ordre que vous voulez. Certes les membres de l’équipe Leoni évoluent au fur et à mesure des romans, et il serait dommage de ne pas respecter l’ordre. Mais on n’est jamais perdu et les romans sont tellement bien construits que l’auteure n’en dit jamais trop sur les épisodes précédents.

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Un dernier mot, tout de même sur Pierre-Arsène Leoni. Si les romans reposent sur ses épaules, c’est parce que c’est un homme fort, dont on connait peu le passé, s’i ce n’est qu’il a été muté de Marseille pour avoir voulu s’attaquer à une personne de pouvoir. C’est un homme droit, juste, humain. Ce sont ses qualités d’écoute qui le rendent sympathique. C’est aussi sa vie de famille qui fait qu’il devient un personnage que l’on a l’impression d’avoir toujours connu. Autour de lui, gravitent de vrais beaux personnages, et chacun mériterait d’être à la tête d’un roman. Mais ils ont tous leur place, et ne servent jamais de faire valoir.

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Un petit mot de Mémé Angèle, la grand-mère de Pierre-Arsène Leoni. Elle représente à la fois les racines du Corse, mais aussi celle sur qui il peut se reposer à tout moment. Tout le monde rêverait d’avoir une grand-mère comme elle, nous gâtant de plats corses et n’hésitant pas à nous ramener les pieds sur Terre si besoin. Je pourrais passer tous les autres en revue mais je préfère m’arrêter là. J’espère juste que je vous aurais donné envie de lire cette auteure, et dès demain, je vous présenterai son dernier roman en date, Aux vents mauvais.

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Elena Piacentini a aussi été interviewée 3 fois par mon ami Le Concierge Masqué, et je vous joins les liens correspondants ici,  ici et ici.

Enfin, si ces éditions spéciales Week-End vous ont plu, n’hésitez pas à me laisser un petit message d’encouragement. Cela pourrait me motiver à recommencer !

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Et n’oubliez pas le principal, lisez !

 

Week-end Piacentini : Carrières noires d’Elena Piacentini

Editeur : Au-delà du raisonnable ; Pocket (Format poche)

Ça y est, je suis à jour à propos des enquêtes de Pierre Arsène Leoni ! Vous les trouverez donc toutes chroniquées et je vous les rappelle dans l’ordre :

Un corse à Lille

Art brut

Vendetta chez les Ch’tis

Carrières Noires

Le cimetière des chimères

Des forêts et des âmes – Coup de cœur Black Novel

Aux vents mauvais (Paru le 5 janvier 2017)

Joséphine Flament, que tout le monde appelle Josy, est une soixantenaire bonne enfant. Elle n’est pas le genre à se prendre la tête, ni avec le quotidien, ni avec des hommes. C’est pour cela qu’elle vit avec ses amies d’enfance Chantal et Marie-Claude, dans sa petite maison. Alors qu’elle faisait le ménage chez la sénatrice Justine Maes, Josy découvre une forte somme d’argent qu’elle rend à sa propriétaire.

Mais elle a l’occasion de découvrir où se situe le coffre fort. Elle imagine alors un plan, qui consisterait à vider le coffre pour offrir à ses amies une maison à La Panne. Comme elle connait Angelo, un petit braqueur, elle lui demande de l’aide. Celui-ci lui apprend comment ouvrir le coffre et Josy arrive à mettre la main sur son contenu : de l’argent, des bijoux et des documents.

Pierre-Arsène Leoni s’est mis en disponibilité de la police suite à la mort de Marie, sa femme et mère de sa fille. Il envisage de retourner dans son île natale, la Corse, avec sa grand-mère Mémé Angèle. Alors qu’il attend le début d’un concert avec Eliane Ducatel, son amie médecin légiste, la sénatrice qui doit faire un discours se fait attendre. Quand ils se rendent chez elle, juste à coté, ils s’aperçoivent qu’elle est morte. Et quand le téléphone sonne, Eliane prend le combiné et tombe sur un maître chanteur qui demande de l’argent contre les documents. Il semblerait bien que ce soit un meurtre …

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Je trouve qu’avec ce roman, Elena Piacentini a franchi un cap. Elle garde ce talent de peindre des personnages à la psychologie si fouillée, mais je trouve qu’elle a acquis une sorte d’efficacité qui fait que ce roman policier est impossible à laisser tomber. Car si l’intrigue peut sembler simple au premier abord, il nous réserve bien des surprises tout au long de ces pages si bien écrites.

La première partie est consacrée à Josy et à la sénatrice Justine Maes. On y plonge dans le monde des petites gens d’une part, puis dans le monde des magouilles politiques d’autre part. Et ce n’est qu’après un peu moins de 100 pages que Pierre-Arsène Leoni fait son entrée avec une Eliane plus dégourdie et craquante que jamais. Et c’est tout l’art des dialogues d’Elena Piacentini qui apparait, car Eliane et Pierre-Arsène forment un couple à la fois excitant et drôle ! La dernière partie va se dérouler dans les carrières de craie de Lezennes, qui forment un véritable labyrinthe, dans lequel les policiers vont chercher des enfants disparus. Mais c’est aussi un endroit montré sombre et stressant par l’auteure, et ces pages m’ont crispé au livre !

Ce roman tient à la fois sur l’intrigue et sur la façon dont Pierre-Arsène et Eliane vont démêler la pelote, mais aussi sur ces formidables personnages dont on est toujours triste de quitter à la fin. Avec ce roman, Elena Piacentini nous démontre de belle façon qu’elle est une grande du roman policier et qu’avec ce roman, elle semble entamer un deuxième cycle, chez un nouvel éditeur (Au-delà du raisonnable) après avoir sorti trois tomes chez Ravet-Anceau.

Ceux qui grattent la Terre de Patrick Eris

Editeur : Editions du Riez

Depuis ma lecture de Les arbres, en hiver, je m’étais promis de lire un autre roman de Patrick Eris. Cela tombe bien, L’Oncle Paul avec fait un très bon billet sur Ceux qui grattent la Terre et c’est un roman que j’avais reçu par les éditions du Riez, que je remercie au passage. Si ce roman est à classer dans le genre Fantastique, on y trouve un aspect psychologique et mystérieux qui permet de le situer entre différents genres.

Karin Frémont est une jeune femme qui habite Paris et est chômeuse de longue durée. La proposition d’un emploi de secrétaire pour le célèbre auteur Harald Schöringen est pour elle comme une bouée de sauvetage. Harald Schöringen est en effet un auteur réputé pour ses analyses d’événements surnaturels, qui est paralysé et finit sa vie dans un fauteuil roulant. Donc cet homme ne quitte jamais son gigantesque appartement situé sur les hauteurs de Montmartre et reste bien souvent enfermé dans ses pièces privées.

Karin est reçue par la secrétaire Helen White, qui va bientôt quitter son poste. Elle lui explique qu’Harald Schöringen n’est pas difficile à vivre, ne quittant que rarement son bureau. Il a besoin de quelqu’un qui classe sa documentation impressionnante et qui fasse des recherches pour lui. Parfois, il demandera qu’on lui fasse la cuisine ou qu’on aille lui chercher une pizza au coin de la rue. Karin ne peut qu’accepter ce poste.

Parmi les personnages que karin rencontre, il y a Farida, la femme de ménage. Celle-ci n’a pas plus de prérogatives qu’elle : elle n’a pas le droit de pénétrer dans le bureau de Schöringen. Il y a aussi la concierge, personnage discret, dont la santé semble se dégrader de jour en jour. En effet, elle ne dort plus la nuit depuis qu’elle entend d’étranges grattements sur les murs en faisant un bruit obsédant : scriiitch… scriiitch…

Karin, avec cet emploi, peut reprendre une vie sociale normale. Elle se remet à sortir, avec ses amis quand son travail de classement d’archives lui laisse du temps. Il y a juste ces cauchemars qui lui pourrissent ses nuits où un homme habillé en noir l’observe …

Avec un personnage principal dessinée avec juste ce qu’il faut, ce roman va en étonner plus d’un par sa façon de jouer avec les ambiances et de faire monter le suspense, tout en réservant une sacrée surprise pour la fin. C’est Karin qui va occuper la majeure partie de l’histoire, et plus elle va avancer (vous pouvez choisir Karin ou l’histoire pour remplacer le elle !), plus les mystères vont s’accumuler, et plus le lecteur va se demander dans quoi il a mis les doigts, ou plutôt les yeux. A sa façon de décrire les petits gestes quotidiens, à sa façon de faire avancer doucement le fil de l’intrigue, pour soudainement nous mettre en face des yeux une scène mystérieuse ou carrément stressante, j’ai pensé à Stephen King.

Car la vie de cette jeune femme est somme toute simple. Malgré cela, le stress monte avec les autres personnages qui ne dorment plus (et on les comprend !), ou bien avec la disparition d’un voisin sans laisser aucune nouvelle. On se doute bien qu’il y a anguille sous roche, mais avouez qu’une anguille à Paris, c’est rare ! Donc on parlera plus des mystères (… de Paris).

Puis, Karin et Schöringen vont quitter Paris. On en est déjà à la moitié du livre et les questions qui hantent le lecteur n’ont pas trouvé de réponse. Le fait de décor ne fait qu’amplifier cette sensation de mal-être où l’auteur s’amuse à nous emmener quelque part, mais plus on avance dans le livre, moins on comprend où il veut nous emmener ! Jusqu’à la fin ! Mes amis, cette fin est de celles qui rendent un livre inoubliable. Elle est de celles dont je ne peux rien dire et dont j’ai envie de parler ! Quelle frustration ! Et la dernière phrase est … tout bonnement géniale ! Lisez ce livre hors du commun, il ne se revendique pas être un chef d’œuvre, n’en est pas un mais je peux vous garantir que vous ne l’oublierez pas. Et le soir, dans votre lit, au moment de vous endormir, peut-être entendrez-vous vous aussi ce grattement mystérieux contre les murs … scriiitch… scriiitch…

Ceux qui grattent la Terre s’avère un livre vicieux, obsédant, tout en simplicité.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul