Archives du mot-clé Fantastique

Désert noir d’Adrien Pauchet

Editeur : Aux Forges de Vulcain (Grand format) ; Pocket (Format poche)

Fortement conseillé par Laulo, amie de lectures et tentatrice par l’intermédiaire de son blog Evadezmoi, j’ai inséré ce titre sur ma liste de Noël et le Père du même nom a exaucé mon souhait. En lisant ce roman, j’ai eu l’impression de lire un premier roman d’un auteur fort prometteur, un futur grand en puissance.

Début septembre. Une fusillade éclate aux abords d’une péniche près de la Tour Eiffel. De toute évidence, il s’agit d’un règlement de comptes organisé par Yacouba Traoré et la cible n’est autre que Laurent Chapelle, dit Bolivar, membre connu de la pègre parisienne et à la tête du trafic de l’Orphée, cette drogue qui permet de revoir des proches disparus. Lors de cet événement, deux agents de police ont été tués et un blessé à l’épaule. Jocelyn Farkas fait partie des flics impliqués dans cette fusillade, et était présent suite à l’information d’un indic.

Anja se réveille dans sa cellule, la tête pleine d’images de désert noir. Sonia, sa codétenue, lui fait la conversation, lui demande ce que ça va lui faire de se retrouver libre dehors. Anja n’a qu’un objectif : retrouver sa fille Emma. On lui pose un bracelet électronique et on lui donne un rendez-vous la semaine suivante pour pointer. Elle monte à l’arrière d’une berline noire et un homme à la tête tatouée lui coupe le bracelet.

Alors que l’on fête le déménagement du 36 Quai des Orfèvres, Jocelyn, Maki, François et Franck en terminent avec l’interrogatoire des tireurs de la péniche, qui donnent Chérif. Jocelyn croise son père, Stéphane Farkas, devenu vice-procureur, en train de discuter avec Jacques Dotac ancien préfet de Paris. Ce dernier annonce à Jocelyn que malgré l’amitié qu’il a pour son père, il ne le sauvera pas deux fois. En sortant, Jocelyn se fait tabasser par des flics pour ceux qui sont tombés près de la péniche. Puis Franck réunit son groupe pour coincer le clan Chérif.

Bien que ce roman soit la suite de Pills Nation, l’auteur nous propose une présentation de la situation dans les cinq premiers chapitres. Le premier est un article de presse qui va servir de détonateur à la situation explosive. Puis l’interrogatoire de Jocelyn nous présente la position du jeune policier au sein de ses collègues. Anya, la mère d’Emma apparaît ensuite juste avant Caroline Beaulieu, l’ancienne capitaine de police en fuite, qui a perdu sa fille.

Après ces quelques chapitres, l’intrigue va partir selon cinq ou six axes, dont l’objectif final n’est autre que la recherche d’Emma, dont l’ADN est à la base de cette nouvelle drogue fortement addictive, qui permet de retrouver nos chers disparus. Et la surprise commence à faire son effet : tous les personnages ont leur psychologie, sont parfaitement reconnaissables, et les scènes se suivent dans une construction remarquable. Les chapitres courts permettent une lecture rapide, qui donne envie de connaitre la suite.

Et la maitrise de l’intrigue ainsi que l’itinéraire des personnages se révèlent surprenants, venant d’un jeune auteur. Adrien Pauchet a clairement mis au pouvoir, à la tête de son roman, une créativité, une imagination débordante et nous offre des scènes hallucinantes, en particulier celles qui concernent les voyages dans ce monde parallèle fait de sable noir et de ciel bleu, pour rencontrer les morts, mais aussi les scènes d’action fortement addictives par le rythme et le visuel fournis par des phrases courtes.

Il se permet même des mises en page originales pour illustrer le passage entre notre monde et le Désert Noir, utilise peu de dialogues et beaucoup de descriptions. En ce sens, on ressent l’influence des grands auteurs américains du genre (le roman m’a fait penser à Peter Straub dans son Shadowland), qu’il a parfaitement digéré, adapté à son univers. Je vous conseille très fortement de sortir de vos sentiers habituels et de découvrir un nouvel auteur qui apparaît avec ce titre comme surprenant et fort prometteur. Personnellement, je suis curieux de savoir ce qu’il écrira ensuite.

L’Ombre des Autres de CJ. Tudor

Editeur : Pygmalion

Traducteur : Thibaud Eliroff

J’avais découvert CJ.Tudor avec L’Homme-Craie, son premier roman, que j’avais adoré, au point de lui décerner un Coup de Cœur. Ces lectures de fin d’année 2021 m’ont permis de renouer avec cette auteure douée.

Bloqué dans les embouteillages en rentrant chez lui, Gabe Forman remarque tout d’abord les autocollants affichés sur la vitre arrière de la voiture qui le précède. Pour une fois qu’il était sorti tôt du boulot, il se retrouve coincé dans les travaux de l’autoroute M1. Alors qu’il s’apprête à changer de file, le visage de sa fille apparait derrière le pare-brise arrière de la voiture précédente. Elle semble prononcer « Papa ».

Impossible ! Elle devait être avec sa mère ! Alors que la circulation se fluidifie, la voiture accélère. Il essaie de la suivre mais la perd rapidement. Mettant cet événement sur le compte de la fatigue, il s’arrête dans une station-service déprimante. Il reçoit alors un coup de téléphone du capitaine Maddock, qui lui annonçant que sa femme Jenny et sa fille Izzy ont été tuées.

Trois ans plus tard, un homme maigre et désespéré est assis à une table de la station-service de Newton Green, buvant son café. Katie, la serveuse, le connait bien, il passe de temps en temps avec son affiche montrant le portrait d’une jeune fille et l’inscription « M’avez-vous vue ? ». Le rumeur disait qu’il arpentait la M1 à la recherche de sa fille disparue. Il reçoit un SMS d’un numéro inconnu : « G trouvé la voiture ».

A la station-service de Tibshelf, Fran fait une pause avec sa petite fille Alice. Elle observe les clients, car elle sait qu’ils ne lui laisseront aucun moment de répit. Alice demande à aller aux toilettes, et elle lui autorise d’y aller seule. Alice entre et évite les miroirs. Elle sait qu’ils peuvent lui faire du mal. Alors qu’elle se lave les mains, elle ne peut s’empêcher de lever le regard. Et elle aperçoit le visage d’une petite fille avec les yeux blancs. Alice s’évanouit.

Construit comme un puzzle, avec trois personnages principaux, l’histoire va petit à petit prendre forme et remonter dans le passé pour nous expliquer tout ce qu’il s’est passé. Grâce à des chapitres courts et l’art de nous surprendre par une simple phrase, on ne peut qu’être attiré par la suite, et ressentir une envie irrépressible de connaitre la fin. Voilà la définition même d’un page-turner.

Et cela marche. Le style de l’auteure s’avérant très agréable et fluide, nous allons suivre Gabe dans sa quête de réponses, Katie dans sa vie compliquée de serveuse, et Fran dans sa fuite éperdue face à une menace que l’on ressent sans réellement savoir de quoi elle est faite. La psychologie des personnages étant réellement attachante, il devient difficile de poser le bouquin.

Je dois dire que cette façon de dérouler le scénario est originale, que ce dernier est très travaillé pour ne nous en dévoiler qu’une petite partie à chaque fois, jusqu’à nous expliquer ce que sont les Autres. Etant fan de Stephen King, elle ajoute à son histoire une pincée de Fantastique qui, je dois le dire, n’apporte pas grand-chose à l’ensemble, sauf pour la scène de fin, ce que j’ai trouvé dommage. L’Ombre des Autres est donc un excellent divertissement.

Le carnaval des ombres de Roger Jon Ellory

Editeur : Sonatine

Traducteur : Fabrice Pointeau

Roger Jon Ellory fait partie des auteurs incontournables dans le paysage du polar, situant ses intrigues aux Etats-Unis et présentant à chaque fois des personnages complexes et des sujets toujours très intéressants. Ce dernier roman en date risque de surprendre son lectorat, par son aura mystérieuse.

1958. Le corps d’un homme a été découvert sous le manège d’un cirque ambulant à Seneca Falls. L’agent spécial superviseur du FBI Tom Bishop confie cette enquête à Michael Travis, et le nomme pour l’occasion agent spécial sénior. Il devra se rendre sur place en solo, ce qui est inhabituel, et déterminer s’il s’agit d’un meurtre local donc de la responsabilité du shérif ou d’un crime fédéral.

Arrivé sur place, Travis fait la connaissance du shérif Charles Rourke. Ce dernier lui assure qu’il fera tout ce qui est en pouvoir pour l’aider, ce qui veut dire qu’il veut se débarrasser d’une enquête qui vient troubler la quiétude de cette petite ville. Rourke ne lui cache pas que l’arrivée du Carnaval Diablo, mené par Edgar Doyle, avec ses magiciens, ses géants et ses membres difformes gêne la tranquillité des habitants.

A la morgue, l’examen du corps ne lui apprend rien de plus : l’homme a été tué ailleurs et son corps glissé sous un manège tournant. Une lame l’a poignardé à l’arrière de la tête. Le corps comporte un nombre impressionnant de vieilles blessures ce qui laisse penser à un membre de gangs ou un soldat. Sur l’arrière du genou, Travis remarque un tatouage en forme de point d’interrogation inversé.

On pourrait penser à un simple roman policier, à la lecture de ce bref résumé qui parcourt les premières dizaines de pages. Puis, quand on entend parler de monstres exhibés dans un cirque, on se dit qu’on va avoir droit à un défilé de Freaks. En fait, le roman aborde plusieurs thèmes, beaucoup de thèmes qui vont bien au-delà du rejet de la population envers des gens différents.

Le personnage principal est remarquablement bien construit. Son passé montre un enfant issu d’une famille violente, son père alcoolique battant sa mère. Un jour, celle-ci tue le père et se livre aux autorités. Travis va alors aller dans une maison de correction avant d’être adopté par sa tante. Il recevra une éducation lui inculquant de suivre les règles, de ne pas sortir des limites qu’on lui a fixées.

Et le Carnaval Diablo va faire voler en éclats ce qu’il considère comme acquis et ce que lui demande son travail au FBI. Sortir des règles et dénicher ce qui se cache derrière les apparences lui permettra de découvrir l’identité du mort mais aussi des exactions du FBI et de la CIA, en particulier l’Opération Paperclip, à la fin de la 2ème guerre mondiale, consistant à récupérer les scientifiques nazis. J’ai trouvé remarquable la façon dont l’auteur nous oppose un esprit matérialiste et cartésien avec l’irrationnel des membres du cirque.

A tout cela, il faut rajouter, et c’est ce que j’ai préféré, une ambiance mystérieuse, où on voit Travis perdu dans ses convictions, dans une affaire, qui, au fur et à mesure de son avancement, va devenir obscure. Les artistes bizarres du cirque vont ajouter une aura brouillardeuse à des événements étranges tels que la disparition du corps et l’accumulation de mystères ou même la possibilité de lire les pensées d’autrui.

La plume de Roger Jon Ellory s’avère toujours aussi hypnotique (et la traduction lui rend un formidable hommage), même si j’y ai trouvé des moments longuets où l’auteur en rajoute. Et le fait qu’il multiplie les thèmes donne une impression qu’il ne sait pas où il veut nous emmener. Décidément, ce roman détonne par rapport aux précédents opus de l’auteur et on passe un bon moment à parcourir ce pavé de plus de 600 pages.

Le pacte de l’étrange de John Connolly

Editeur : Presses de la Cité (Grand format) ; Pocket (Format poche)

Traducteur : Jacques Martinache

Je continue mon exploration de l’univers de Charlie Parker avec sa seizième enquête. Une nouvelle fois, John Connolly nous enchante avec cet excellent thriller. La liste des billets chroniqués sur Black Novel sur Charlie Parker est à la fin de ce billet.

Quatrième de couverture :

« Vous croyez aux fantômes, monsieur Parker ?

– Aux miens seulement. Mais peu importe ce que je crois. »

Charlie Parker, le privé tourmenté revenu d’entre les morts, est chargé par le FBI de retrouver Jaycob Eklund, un autre détective manquant à l’appel. L’homme enquêtait discrètement sur une série de meurtres sauvages et de disparitions s’étalant sur plus d’un siècle, tous associés à des événements surnaturels.

Flanqué de ses deux inséparables acolytes, Louis et Angel, Parker ne tarde pas à remonter la piste d’une mystérieuse organisation fondée au XIXe siècle, les Frères, dont les actions violentes ont laissé derrière eux des monceaux de cadavres. Mais les dangers qui guettent Parker prennent bien d’autres formes, notamment celle de la redoutable veuve d’un baron de la pègre à la tête d’un empire criminel, ou encore celle d’insaisissables fantômes qui semblent en vouloir aux vivants…

Avec l’extravagance, l’humour et le style qui le caractérisent, John Connolly continue ici à explorer l’occulte et les méandres de l’âme humaine dans ce qu’elle a de plus noir et nous prouve, si cela est encore nécessaire, qu’il est un des seigneurs de l’angoisse.

Mon avis :

Mon petit plaisir de vacances estivales …

L’intrigue entre vite dans le vif du sujet et on retrouve toutes les raisons qui font que j’adore cette série : une histoire foisonnante mettant en scène une multitude de personnages, des scènes angoissantes à souhait et le plaisir de retrouver Charlie, Louis, Angel et Samantha sa fille.

La thématique de la société secrète, les Hommes Creux, retrouvée lors des premiers tomes passe au second plan et John Connoly nous parle du monde des morts et du monde des fantômes, comme les grands auteurs de romans d’angoisse savent le faire.

Dans ce tome, Charlie Parker doit faire face à beaucoup d’éléments qui vont bouleverser sa vie, comme la demande de divorce de sa femme et son droit très restreint de visite auprès de sa fille. Nous découvrons aussi Angel atteint de maladie et qui refuse de voir un docteur, ce qui laisse augurer d’aventures dramatiques à venir.

Enfin, outre le fait que cette enquête est très tournée vers l’entourage de Charlie Parker, cette histoire est écrite avec beaucoup d’humour, surtout dans les répliques hilarantes dans les dialogues et nous laisse avec l’eau à la bouche sur l’avenir de nos amis. Vivement la suite …

Les enquêtes de Charlie Parker dans l’ordre de parution sur Black Novel sont :

Tout ce qui meurt

Laissez toute espérance …

Le Pouvoir des ténèbres

Le Baiser de Caïn

La Maison des miroirs

L’Ange noir

La Proie des ombres

Les anges de la nuit

L’empreinte des amants

Les murmures

La nuit des corbeaux

La colère des anges

Sous l’emprise des ombres

Le chant des dunes

Le temps des tourments

Le cavalier du septième jour de Serge Brussolo

Editeur : H&O éditions

Je n’avais jamais lu de roman de cet auteur pourtant prolifique, qui œuvre dans des domaines aussi variés que les romans pour la jeunesse, les romans fantastiques, de science-fiction ou romans policiers. C’est plutôt dans le genre fantastique qu’il faut classer ce Cavalier du septième jour.

La vieille Maggie, ancienne artiste sculpteuse de totems, que tout le monde croit folle, regarde dans l’eau du lac pour apercevoir un visage, celui d’une noyée. Puis elle se rend compte que c’est son visage qu’elle observe, ridée par les ondulations de l’eau. Elle rentre chez elle, regardant derrière son dos si elle est suivie. Elle cherche à protéger Ichika, jeune fille qu’elle a recueillie, presque adoptée, après la mort de ses parents. Maggie est persuadée qu’Ichika peut les protéger du Cavalier du septième jour.

Maggie voue une haine féroce contre Daryl, jeune orphelin aussi, qui est tombé amoureux de Ichika. Daryl a réussi à intégrer une université, se passionnant pour des cours de psychologie. Son professeur le convie à une expérience de mentalisme et se découvre des dons, un instinct lui permettant de voir, sentir quand une personne est malfaisante. Une agence gouvernementale l’engage alors pour dénoncer de futurs potentiels terroristes.

Tout ce petit monde vit à Pueblo Quinto en Amérique latine, où les croyances des indiens Wataphas font craindre la malédiction du Cheval Nocturne. Manito Caldéron y dirige un haras et croit dur comme fer à cette légende. Il recueille Ichika et veille à ce qu’elle reste vierge pour conserver son pouvoir de protection. La bluette entre Ichika et Daryl risque de mettre en danger le village mais peut-être aussi la Terre entière.

Ce roman est constitué de trois parties différentes et sa construction peut paraitre surprenante. Dans la première partie, l’auteur nous décrit les personnages principaux, insistant sur leur passé. Dans cette moitié de livre, l’auteur n’entre pas dans les détails mais décrit factuellement le parcours des protagonistes dans un style fluide, passant en revue les événements qui les ont faits se rencontrer.

Puis, ce que nous avions considéré comme situation établie va être modifié par des révélations sur les relations entre les personnages. Nous prenant à revers, nous sommes évidemment en proie à des doutes, nous demandant si ce qui nous est raconté est véridique ou pas. Si cela apparait comme des nouveautés et remet en cause nos certitudes, le style toujours aussi rapide nous fait déboucher sur une fin explosive.

D’une lecture agréable, ce roman se veut un pur divertissement et remplit sa fonction de nous procurer quelques heures de plaisir. Plaisir qui tient surtout à l’imagination folle de l’auteur, capable de nous faire accepter des personnages totalement dingues, quitte à créer des créatures irréalistes mais bigrement impressionnantes voire effrayantes. Ce cavalier du septième jour propose une lecture fort distrayante.

Déstockage : Doctor Sleep de Stephen King

Editeur : Albin Michel (Grand Format) ; Livre de Poche (Format Poche)

Traducteur : Nadine Gassie

Quand ce livre est sorti en grand format, je l’ai acheté de suite, en me disant que j’attendrai le bon moment, la bonne envie avant de le lire. Ce moment est arrivé … car Shining fait partie de mes lectures marquantes de jeune adulte. J’ai été surpris et emballé par cette suite.

Danny Torrance et sa mère Wendy ont réussi à s’enfuir de l’hôtel hanté, l’Overlook, et les propriétaires leur ont donné des indemnités pour l’explosion de la chaudière et les déboires qu’ils ont connus. Ils pensaient pouvoir tourner la page, jusqu’à ce que Danny voie un spectre apparaître dans leurs toilettes. Il fait donc appel au cuisinier Dick Halorann, qui lui apprend comment emprisonner les esprits dans sa tête.

Les années ont passé, mais les cauchemars et les visions n’ont jamais cessé pour Dan. Le seul moyen qu’il a trouvé est de se noyer dans l’alcool. Il lui arrive de se réveiller à coté de quelqu’un et de n’avoir aucune idée de son identité. A force de déambulations, il se retrouve à Frazier et trouve un poste d’infirmier dans l’hospice Helen Rivington en échange de la promesse d’arrêter de boire qu’il fait à Kingsley et de participer à des réunions d’Alcooliques Anonymes.

Mais son Don ne le laisse pas tranquille. Il lui permet de soulager les malades en fin de vie, mais aussi de prendre contact avec une fillette, Abra, née en 2001. Alors qu’elle avait quelques mois, elle a fait une crise de pleurs de plusieurs jours annonçant le 11 septembre. Depuis, son Don n’a cessé de grandir et elle trouve en Dan l’ami dont elle a besoin et qui comprend son état. Surtout, son pouvoir est d’une force gigantesque.

Ils s’appellent les Vrais et ils cherchent l’immortalité. Ni êtres humains, ni spectres, ils enlèvent de jeunes gens ayant le Don, les torturent jusqu’à la mort pour avaler la vapeur qui sort de leur corps. Cette brume leur apporte plus de vie. Leur troupe est menée par Rose O’Hara, Rose Claque comme l’appellent les membres du Nœud Vrai. Ils ont tous des noms étranges, et Rose est la plus puissante du groupe. D’ailleurs, Rose a ressenti une fillette très puissante. Ils vont se mettre à sa recherche.

Ceux qui ont lu Shining en gardent un souvenir énorme, comme une part de leur enfance. Ceux qui ont vu le film seront quelque peu désappointés. C’est pour cela que je vous conseille de lire Shining avant. Car toute la première partie fait la transition entre avant et après. Et après, c’est Doctor Sleep, et cela n’a rien à voir avec Shining si ce n’est le personnage principal. Vraisemblablement, Stephen King a voulu écrire une suite en écrivant autre chose, mais cet autre chose est très proche de lui et lui tient à cœur. Car ce roman regorge de passion et de thèmes forts.

La grande force, ce sont ses personnages. Danny qui devient Dan, est détestable en tant qu’alcoolique qui touche le fond au début du roman ; puis il devient touchant dans sa volonté de se racheter. Abra partage la vedette avec Dan et elle tient le haut du pavé tant sa présence est forte et sa psychologie très fouillée. Les Vrais ensuite sont effrayants au possible et par seulement Rose Claque. Tous ont une présence spectrale qui vous fait frissonner. Enfin, tous les autres personnages secondaires ont une importance et sont tous vraiment bien faits. C’est la magie King.

L’intrigue est simple : Dan va rencontrer Abra et devoir lutter contre les Vrais. Dit comme ça, ce n’est pas engageant. Mais c’est oublier le plaisir que l’on a à rencontrer des gens pas comme les autres et de visiter les Etats-Unis à travers les yeux du King. Car toute scène devient l’objet d’un mystère qui fait monter le stress, juste par de petites expressions ou par la peinture d’un décor. Et l’on se laisse bercer par le talent unique de conteur du King.

Malgré cela, on ne peut que déplorer quelques traductions maladroites et certaines expressions décidément mal choisies. De même, alors que cela fait presque une trentaine d’années que j’ai lu Shining, j’y ai trouvé quelques scènes où Stephen King étire ses descriptions. Parfois, on a l’impression qu’il remplit des pages, pour faire la bonne taille : 600  Pages.

Malgré cela, le plaisir est grand, intense. On referme le livre avec une satisfaction ajoutée à une impression d’avoir retrouvé un plaisir d’adolescent. On est heureux d’avoir ajouté ce livre à notre culture, parce qu’il parle de la lutte du Bien contre le Mal. Mais aussi parce qu’il parle de transmission : Le rôle que Dick Halorann a eu avec Danny, Dan va devoir l’assumer avec Abra. Et grâce à sa construction complexe (passage d’un personnage à l’autre, sauts dans le temps), si ce roman s’annonce comme la suite de Shining, il s’adresse tout de même à des adultes, des adultes qui veulent revenir quelques années en arrière, mais qui doivent assumer leur rôle de parent.

Santa Muerte de Gabino Iglesias

Editeur : Sonatine

Traducteur : Pierre Szczeciner

Si on ne me l’avait pas conseillé, notamment par les billets de Yan, Jean-Marc, Velda ou LauLo, mais aussi par mon dealer de livres Coco, je n’aurais pas dépassé le premier chapitre. Car c’est à partir du deuxième (chapitre), que j’ai été pris dans la tornade.

Pour Fernando, tout a commencé à déraper dans une boite de Mexico, El Colmillo. Quand il reçoit un appel d’Isabel, sa sœur, qu’elle lui raconte qu’un type l’a pelotée, il répond à sa loi de protéger sa famille plus que tout. Il embarque aux toilettes le type avec ses deux complices, Javi et Luis. Sauf que trois autres gars armés arrivent et c’est la fusillade. Luis reste sur le carreau, et Javi emmène Fernando parmi les petites ruelles de Mexico. Quelques jours après, Javi est assassiné dans les mêmes toilettes à coups de tesson de bouteille dans le cou. Fernando apprend qu’il a descendu un mec du cartel de Sinaloa. A force de prier Santa Muerte, il a réussi à sauver sa peau, mais maintenant il doit fuir aux Etats Désunis.

A Austin, Julio lui trouve un boulot dans de plongeur dans une pizzeria. En vidant les poubelles, il voit Collin, le gérant essayer de violer une serveuse. Il s’interpose et le tabasse. Là aussi, il est grillé. On lui propose de travailler pour Guillermo et de devenir dealer avec Nestor. Cinq ans plus tard, il est kidnappé et se retrouve dans un hangar. Nestor est attaché, vivant, pour le moment. Le gang fait partie de la Salvatrucha et exige l’exclusivité du commerce en centre-ville, entre l’I35 et l’autoroute 1. En guise de bonne foi, ils coupent les doigts de Nestor et finissent par le décapiter, avant de le laisser partir. Fernando va devoir prier longtemps la Santa Muerte pour s’en sortir.

Après un premier chapitre violent, très violent, l’auteur entre dans son sujet : montrer à travers la vie de Fernando, le quotidien des immigrés aux Etats Unis. Il sort donc du lot des romans noirs démonstratifs par sa faculté à nous plonger dans la psychologie du personnage, et surtout, il a un vrai talent de conteur qui nous donne l’impression que l’on écoute une histoire, la vie d’un jeune homme lâche.

Lâche, il l’est et ne se le cache pas. Quand on n’a pas de diplômes, qu’on n’a pas d’éducation, on cherche à survivre. On est prêt à accepter des studios sales pour avoir la chance de voir se lever le soleil le lendemain. Et quand il se retrouve face à un gang ultra-violent qui veut reprendre le commerce de la drogue, il cherche une main protectrice. Fernando, c’est le bébé qui cherche la protection de ses parents, un bébé qui n’a pas grandi. Et il ne lui reste plus que la croyance en cette sainte, Santa Muerte,

Il faut dire que la situation aux Etats-Unis ne fait rien pour aider les immigrés. C’est même grâce à cela qu’ils ont des salaires bas. Le chapitre 6 est à cet égard remarquable, car il nous interpelle dans notre culture française sociale. D’ailleurs, l’auteur nous prend à témoin, il nous tutoie, nous montre son quotidien qui devient le nôtre. C’est un chapitre remarquable qui participe à notre immersion dans cet environnement.

Avec toutes ces qualités, il serait bien dommage de passer au travers de ce roman, de cette nouvelle voix du polar, qu’il va falloir suivre à l’avenir. Il y a une vraie personnalité, un vrai ton, une vraie originalité en même temps qu’une véracité dans ce qu’il raconte, sans en rajouter. Et dans la description de l’environnement, les personnages secondaires y sont pour beaucoup et ils sont tous très réussis. D’ailleurs, le seul reproche que l’on pourrait lui faire, c’est la longueur du roman. En tournant la dernière page, on regrette aussitôt que ce soit déjà fini. C’est un très bon signe.

Le temps de tourments de John Connolly

Editeur : Presses de la Cité (Grand format) ; Pocket (Format poche)

Traducteur : Jacques Martinache

Je continue mon exploration de l’univers de Charlie Parker avec sa quinzième enquête. Une nouvelle fois, John Connolly nous enchante avec cet excellent thriller. La liste des billets chroniqués sur Black Novel sur Charlie Parker est à la fin.

Quatrième de couverture :

Au nom du Roi Mort

Jerome Burnel, héros un temps célébré puis déchu et expédié en prison pour pédophilie, n’a pas cessé de clamer son innocence. À sa libération, il prend contact avec Charlie Parker, le privé à l’âme tourmentée, et lui explique qu’il a été victime d’un coup monté. Le récit de Burnel a des accents de vérité, et sa disparition soudaine achève de convaincre Parker d’enquêter.

L’ancien flic, toujours choqué par son expérience de mort imminente, n’a de toute façon plus rien à perdre. Le voici embarqué sur les traces d’une communauté de Virginie occidentale, l’Entaille, qui vit en marge de la société selon ses propres règles, imposées par le meurtre et la terreur, et sur laquelle plane la présence d’un mystérieux Roi Mort.

Mon avis :

Si le début peut déconcerter avec ces chapitres alternant différents personnages, l’intrigue racontée par la quatrième de couverture va se mettre en place efficacement pour nous donner un thriller impressionnant. Jérôme Burnel ayant tué deux voleurs va être considéré comme un héros avant que la police ne découvre des liens pédophiles sur son ordinateur. Mais les deux hommes qu’il a tués sont en fait des créatures faisant partie d’une communauté, l’Entaille.

Je ne vais pas me répéter sur ce que j’ai déjà dit à propos du cycle Charlie Parker, tant on prend du plaisir à lire ses enquêtes, parsemées d’humour. John Connoly insiste sur les communautés secrètes qui cachent le Mal et ce volume là est une nouvelle fois exemplaire. J’ai l’impression que l’on entre dans un nouveau cycle, depuis Sous l’emprise des ombres,  où Charlie Parker lutte contre la source du mal et il poursuit des êtres malfaisants figurant sur la liste qu’il a trouvée dans un avion abandonné.

L’autre aspect intrigant de ce roman réside dans le rôle de sa fille Sam et de ses relations avec sa fille morte. Elle prend de plus en plus d’importance dans cette lutte, restant toujours cachée, au deuxième plan mais intervenant de façon primordiale dans la clôture de ce roman. Par contre, pour en savoir plus, il va vous falloir vous jeter sur ce fantastique roman où la tension et la menace sont omniprésentes.

Les enquêtes de Charlie Parker dans l’ordre de parution sur Black Novel sont :

Tout ce qui meurt

Laissez toute espérance …

Le Pouvoir des ténèbres

Le Baiser de Caïn

La Maison des miroirs

L’Ange noir

La Proie des ombres

Les anges de la nuit

L’empreinte des amants

Les murmures

La nuit des corbeaux

La colère des anges

Sous l’emprise des ombres

Le chant des dunes

Le livre des choses cachées de Francesco Dimitri

Editeur : Hugo & Cie

Traducteur : Charles Recourse

Voilà un premier roman enthousiasmant, aussi étrange que son titre, qui est auréolé du prix Douglas Kennedy, ce qui promet un roman dénué de gore à tous les étages. C’est surtout la curiosité qui m’a poussé vers ce roman, grâce à la quatrième de couverture très bien faite.

Quatrième de couverture :

Ils sont quatre. Fabio, Tony, Mauro et Art. Quatre amis d’enfance qui, fidèles au Pacte qui les unit, se retrouvent une fois par an dans leur village natal du sud de l’Italie pour célébrer l’amitié, le temps qui passe et les rêves que l’on poursuit mieux à plusieurs.

Mais cette année, Art, le plus flamboyant d’entre eux, n’est pas au rendez-vous.

Art a disparu. De nouveau. Comme il y a vingt-deux ans, cette nuit d’été qui l’avait vu s’enfoncer, seul, dans une forêt d’oliviers. Il y avait eu un cri, puis le silence, puis le néant.

Personne n’a jamais su ce qui s’était passé à l’époque. Art était réapparu et la vie avait repris son cours.

Ses amis le pressentent : cette nouvelle disparition est liée à la première. Mais elle est aussi beaucoup plus inquiétante.

Car les années ont fait d’Art un homme à la fois solaire et mystérieux, aux relations troubles et aux passions déroutantes, arpentant en funambule le précipice qui sépare la raison de la folie, comme le révèle ce manuscrit retrouvé chez lui : Le livre des choses cachées.

Sous le soleil brûlant des Pouilles, où la mafia contrôle le moindre geste, où les traditions séculaires rythment encore le quotidien et où le surnaturel n’est jamais très loin, la disparition d’Art va confronter chacun à ses secrets, à ses trahisons et à ses fantômes.

Mon avis :

Présenté comme un roman choral où chacun des amis va prendre la parole pour dérouler l’intrigue, ce roman s’avère une très bonne surprise. Ecrit dans un style simple, entouré d’un mystère épais lié à la disparition de leur ami Art, le scénario est déroulé avec une excellente maîtrise, alternant juste quand il le faut entre présent et passé pour relancer l’intérêt du lecteur. De là à le classer parmi les thrillers, il y a un pas que je ne franchirai pas.

Car si la narration est fluide, certains passages sont bavards et on est plus attirés par la résolution de la disparition d’Art que par des scènes époustouflantes. L’auteur va complexifier son intrigue plutôt que de nous emmener sur de fausses pistes. Ce qui fait qu’on est plus proche d’un roman flirtant avec le genre Fantastique que d’un polar avec ses codes, ses crimes et sa résolution.

Et je dois dire qu’il en résulte une lecture agréable, des personnages que l’on suit avec plaisir, et un final qui sans être explosif n’en reste pas moins surprenant. Francesco Dimitri nous montre avec ce roman beaucoup de choses, et on ne peut qu’être curieux et impatient de lire son prochain roman, pour voir où il veut nous emmener. Je ne peux que vous encourager à découvrir ce nouvel auteur qui pourrait bien vous étonner. Laissez-vous capter par l’appel du Livre des Choses Cachées.

Le Maître des Limbes d’Olivier Bal

Editeur : De Saxus Editions

Quand on a besoin de se changer les idées, rien de tel qu’un bon petit thriller pour passer le temps. C’est ce que je me disais en choisissant ce livre, tout en étant curieux de découvrir une nouvelle plume. En cours de lecture, je me suis rendu compte en parcourant Internet que ce roman était la suite des Limbes, et que ce dernier venait de sortir en format poche chez Pocket. Ne pas l’avoir lu n’a pas gêné ma lecture.

12 juin 2008, Columbia, Maryland. Gabriel est un adolescent qui fait d’étranges rêves lors de ses crises de narcolepsie. Pour ne plus vivre ces cauchemars il fait tout pour ne pas dormir et ses résultats scolaires s’en ressentent. Il ne peut s’empêcher de repenser à l’accident de voiture qui a coûté la vie à ses parents le 27 juin 2001.

14 juin 2008, New York, Etat de New York. James Hawkins est à la tête d’une gigantesque entreprise de recherche médicale, ONIR dont l’objectif est l’étude des rêves. Ce matin-là, il reçoit un journaliste pour un exercice de communication nécessaire pour éviter que des rumeurs courent sur son compte. Heureusement, son bras droit Elias vient lui rappeler qu’il a une réunion importante.

14 juin 2008, New York, Etat de New York. Clyde est un adolescent qui navigue dans les Limbes. Il fut hébergé par ONIR avant de faire une fugue pour éviter de réaliser les actions que Hawkins lui a imposées.

18 octobre 2028, Chicago, Illinois. Lee est journaliste de presse mais aussi mère du petit Liam. Liam vient d’être atteint d’un virus appelé le virus du Marchand de sable, qui a pour conséquence d’entraîner des enfants dans un sommeil dont ils ne reviennent jamais. Elle emmène Liam à l’hôpital et décide de mener l’enquête sur cette maladie.

12 mars 1527, Château Saint-Ange, Rome, Italie. Geronimo de Aguilar. Au fin fond de sa prison, Geronimo est accusé de d’hérésie alors qu’il navigue entre deux mondes. Épuisé, fatigué de lutter pour l’humanisme, il attend sa mort. Des pas se font entendre dans le couloir de la prison.

Ce roman est étonnant. Ce n’est que le deuxième roman de l’auteur et on y lit une maîtrise impressionnante. Dans ce roman écrit de façon très fluide et simple, on va retrouver tous les ingrédients qui font qu’on n’a pas envie de l’arrêter. La multiplicité de personnages et la multiplicité des lieux n’est vraiment pas un problème : nous avons un repère en tête de chapitre. Bref, c’est un thriller dans la forme et un roman de genre fantastique dans le fond.

Le sujet va tourner autour des rêves, nous créant un monde parallèle, par lequel certains peuvent contrôler leurs congénères. Pour cela, il faut avoir des pouvoirs supérieurs. Hawkins a compris cela et a créé des sentinelles chargées de veiller sur le monde des rêves. Mais on a prédit l’arrivée d’un enfant messie. Il faut aussi ajouter que la CIA et la NSA ont bien compris que celui qui contrôle les rêves contrôle le monde. Ils se livrent une lutte sans merci, par personnages interposés.

Dans ce roman, qui peut paraître complexe, le scénario se révèle limpide, alternant entre les personnages, les périodes et les lieux avec une facilité déconcertante. Les chapitres sont courts, les dialogues efficaces, et les rebondissements nombreux. Tout ces ingrédients vont faire monter la mayonnaise jusqu’à un final qui en apothéose où le rythme va s’accélérer pour arriver à une conclusion fantasmagorique.

Si on est bien dans le genre thriller fantastique, les codes sont respectés et ce roman tient la comparaison face à des auteurs américains dont le savoir faire n’est plus à démontrer. Olivier Bal fait office d’outsider et tient la comparaison de façon étonnante. Son roman est passionnant et surtout addictif, une véritable demande à tourner les pages sans s’arrêter. Il m’a fait penser à Shadowland de Peter Straub ou Plus noir que vous ne pensez de Jack Williamson, des livres lus il y a bien longtemps et que j’avais adorés.

S’il ne révolutionne pas le genre, ce roman m’aura fait passer un excellent moment de distraction, m’aura rappelé des lectures d’adolescent et aura finalement rempli son objectif : me passionner tout au long de ses 572 pages. Et quand on pense que ce n’est que le deuxième roman de cet auteur, on ne peut que se réjouir du plaisir à venir. Une excellente découverte !