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La chronique de Suzie : Les sanctuaires du mal de Terry Goodkind

Editeur : Bragelonne

Traducteur : Jean-Claude Mallé

Suzie est de retour ! Il faut savoir que c’est une experte en littérature Fantasy. Alors, quand j’ai appris que Terry Goodkind sortait un thriller, je ne pouvais que lui demander son avis. C’est fort gentiment qu’elle a accepté ma demande, et à cause de son avis, je vous assure que j’emmènerai le roman de Terry Goodkind en vacances !

Je lui laisse donc la parole :

Bonjour amis lecteurs,

Me voici, de nouveau, hors de ma cave pour deux raisons : tout d’abord pour m’approvisionner en bouquins, denrée importante et toujours fluctuante. Ensuite, à l’invitation de Black Novel, je vais vous parler d’un nouveau livre qui vient de sortir chez Bragelonne. Ce bouquin, c’est « Les Sanctuaires du Mal », connu également en anglais sous le nom de « Nest » paru aux Etats-Unis en novembre 2016.

La dernière fois que j’ai émergé de ma cave, j’avais pu vous parler du deuxième tome de Johanna Gustawsson « Mör ». On va continuer avec ce nouveau thriller. Pour les fans de fantasy, l’auteur n’est pas un inconnu, c’est même un phénomène. Il a écrit une des séries majeures dans le domaine : le cycle de l »Épée de Vérité » en quinze volumes auquel il faut rajouter deux préquels. Dans ce cycle, on peut y insérer son premier thriller, si l’on peut dire, dont le nom est « La Loi des Neuf » et qui reste rattaché au cycle, bien que l’histoire se passe dans un univers différent.

Mais revenons à nos moutons. Si vous lisez le synopsis de la quatrième de couverture, vous aurez l’impression de tout connaitre de l’histoire. Cela serait une erreur fatale car il y a beaucoup plus, derrière cette histoire, qu’une simple vision du mal. J’y reviendrai un peu plus tard.

Le choix de l’éditeur français est intéressant sur le choix de la couverture. Sur la version anglaise, la couverture de « Nest » tourne autour de cette vue du mal et celle-ci est illustrée par un œil, unique, grand ouvert qui a l’air de donner accès à des informations informelles ou de mettre une pression sur le potentiel lecteur. Une des impressions données, me semble-t-il, est « je te vois ». Pour la version française, on va se retrouver dans un tunnel avec, semble-t-il, une silhouette de femme qui suit ou est suivie par une deuxième ombre et qui croise une voiture, tous projecteurs allumés. Du coup, cette couverture génère une sensation d’angoisse qui est accentuée par le titre de l’ouvrage. Titre particulièrement bien choisi car l’histoire va porter sur ces sanctuaires du mal. Comment ? Ça, c’est quelque chose que je vous laisse découvrir.

Si nous nous intéressons à l’histoire, on va faire la connaissance d’une jeune femme, tranquille et sans histoires, Kate Bishop, qui va se découvrir un don à la suite du décès de son frère qui lui disait tout. Enfin, tout, pas vraiment. Suite à ce fait, elle va rencontrer un inspecteur bien sous tous rapports avec une conception pratico-pratique de la justice. Ce dernier va l’entraîner dans un monde qu’elle ne faisait qu’apercevoir jusqu’à sa rencontre avec Jack Raines.

L’histoire va se diviser en plusieurs intrigues : une qui concerne Kate, une autre Jack et une troisième sous-jacente qui lie les deux autres et s’avère être l’intrigue principale. L’auteur va faire une démonstration du monde actuel à travers un prisme assez particulier qui pourrait expliquer beaucoup de choses. Ce prisme va conditionner l’état d’esprit des protagonistes principaux et leur démontrer qu’ils n’ont qu’une seule voie pour survivre, voire vivre.

Comme souvent, dans ses livres précédents, l’auteur met ses héros face à des décisions très difficiles à prendre et qui changent totalement leur mode de pensée et de vivre. Vous allez le comprendre particulièrement avec le comportement de Kate qui, bien qu’elle ait des prédispositions et que celles-ci soient expliquées, tourne complètement casaque, une fois ces nouveaux schémas de pensées intégrées.

Fan de Fantasy, je connais (très bien !) l’auteur à travers ses livres précédents. Me faisant systématique attrapée, je le redécouvre toujours avec un grand plaisir. Lorsque j’ai su que son prochain bouquin serait un thriller complètement déconnecté de son cycle précédent, j’ai sauté de joie et je n’ai pas été déçue. Tout d’abord, impossible de lâcher l’intrigue avant la fin qui malheureusement m’a laissée sur des charbons ardents. Ensuite, le prisme que propose l’auteur pour expliquer ses différentes thèses a été renforcé par une conférence sur la sensibilité de l’information avec des exemples qui semblent hallucinants. C’est à se demander si c’est la réalité. Du coup, cela m’a plongé dans une réalité qui pourrait être possible. Juste pour dire que cette histoire m’a fascinée du début à la fin et qu’elle pousse à analyser le monde dans lequel on vit sous un autre angle. Spécialiste des scènes de tortures, il y a deux scènes qui m’ont fait un peu tiquer mais qui passent rapidement. Ah, j’allais oublier ! Le début de l’histoire semble également incompréhensible de prime abord mais c’est pour mieux nous appâter et nous retenir par la suite. Enfin, il semblerait que ce livre soit appelé à avoir une suite mais je vous laisse en juger.

Sur ces bonnes paroles, je vous abandonne et retourne m’immerger dans la cave avec mes provisions. J’espère que ce livre vous plaira. A bientôt

 

Quatrième de couverture :

Quand son frère John est brutalement assassiné, le monde de Kate Bishop s’écroule : elle a échoué à sauver cet être si sensible qui voyait le mal partout. Et si sa mort était la preuve qu’il avait raison ? Impliquée malgré elle dans l’enquête, Kate découvre qu’elle partage ce don : d’un regard, elle sait reconnaître les tueurs. Jack Raines, un spécialiste du « dark web », prétend pouvoir la protéger. Mais Kate n’a qu’une envie : fuir. Car si elle peut voir le mal, le mal la voit aussi… et les yeux de Jack Raines ne lui disent rien qui vaille.

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Espace BD : Dobbs adapte HG.Wells

Editeur : Glénat

Plus qu’une information, je ne peux que vous conseiller de vous pencher sur le cas des Bandes Dessinées adaptées de l’œuvre de HG.Wells et qui vont sortir en cette année 2017 au rythme de 2 tomes à la fois. Sont déjà disponibles La machine à explorer le temps et La guerre des mondes tome 1. Le deuxième tome de la guerre des mondes paraitra en mars 2017 en même temps que L’homme invisible Tome 1. L’homme invisible tome 2 paraitra en juin 2017 en même temps que l’île du docteur Moreau.

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La machine à Explorer le temps :

Scénario : Dobbs

Dessin & couleurs : Mathieu Moreau

Londres, fin du XIXe siècle. Un groupe d’amis écoute les aventures de celui qui prétend être le premier voyageur du temps. Son récit débute en l’an 802 701. La Terre est alors habitée par les Éloïs, descendants des hommes vivant en harmonie, passant leur temps à jouer et à manger des fruits dans un immense jardin d’Eden. Mais derrière ce paradis se cache un terrible secret… Car une autre espèce vit dans les profondeurs de la Terre : les Morlocks, sortes de singes blancs aux yeux rouges ne supportant plus la lumière du jour à force de vivre dans l’obscurité. La nuit, ils remontent à la surface pour kidnapper et se nourrir des Eloïs…

Mille fois imité, jamais égalé, La Machine à explorer le temps est le premier roman à évoquer la notion de voyage temporel. Il forme également une métaphore fascinante et une critique acerbe des inégalités sociales qui gangrénaient l’Angleterre victorienne, à redécouvrir dans cette adaptation en BD.

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La guerre des mondes Tome 1 :

Scénario : Dobbs

Dessin : Vicente Cifuentes

Couleurs : Matteo Vattani

Voilà plusieurs jours que des projectiles précis et réguliers frappent la Terre depuis la Planète Rouge. Dans la petite bourgade d’Ottershaw en Angleterre, le Professeur Ogivly a du mal à croire à la théorie d’une attaque extraterrestre émise par son jeune élève. Pourtant, lorsqu’un météore tombe non loin de chez lui, il découvre, niché en son cratère, un cylindre géant qui ne peut qu’être l’œuvre d’une civilisation supérieure. Et il apprend à ses dépens que cette dernière n’a pas véritablement d’intentions pacifiques. De la capsule extra-terrestre émerge un « tripode », une immense machine de mort qui sera rejointe par bien d’autres, semant le chaos et la destruction. L’extermination ne fait que commencer…

Récit apocalyptique précurseur du genre au message antimilitariste, le roman La Guerre des mondes, plusieurs fois porté sur grand écran, trouve enfin en BD l’adaptation fidèle qu’il mérite.

Mon avis :

Le contact s’opère dès la couverture. Si le visuel est identique et immédiatement repérable, le mélange couverture cartonnée / couverture glacée aiguise tous les sens du lecteur. C’est un bien bel objet que l’on a entre les mains. Ayant lu pendant mon enfance les livres de HG.Wells, je n’étais pas dubitatif mais plutôt curieux quant à ce que pouvait donner ces Bandes Dessinées. Pour les deux premiers volumes, les dessins ont une unité qui fait que l’on sait qu’on va lire les BD dédiées à HG.Wells. Et comme je les ai lues l’une après l’autre, j’ai éprouvé le même plaisir de retrouver le même genre de dessins alors que ce sont deux dessinateurs différents.

Dans les deux cas, l’intrigue est fidèle au roman original. Il y a juste une compilation liée au format de la Bande Dessinée, puisqu’elles font une cinquantaine de pages. Dans le cas de La machine à explorer le temps, cela se sent et on aurait aimé quelques dizaines de pages supplémentaires. D’autant plus que ce roman est tout de même une dénonciation de ce que certains, plus tard, appelleront la fracture sociale. Donc, pour ce qui concerne La machine à explorer le temps, j’ai beaucoup apprécié l’histoire et les dessins, mais je suis resté un peu sur ma faim.

Quand Dobbs se donne un peu plus de temps, cela devient passionnant. Tout en restant toujours fidèle à l’original, La guerre des mondes va se dérouler en 2 tomes. Du coup, on a le temps d’apprécier cette histoire, même si elle parle d’attaque extra-terrestre et qu’elle est un peu paranoïaque. Le suspense est bien maintenu et à la dernière page, on est frustré de se dire qu’il faut attendre mars 2017 avant de lire la suite et fin.

Si cette lecture peut se qualifier de lecture plaisir, elle est, à mon avis, un bel hommage à ce grand auteur visionnaire, et donne envie de se replonger dans les romans de ces auteurs à l’imagination débridée, tels que Wells ou Jules Verne. Mais peut-être certains vont-ils prendre la relève pour adapter Jules Verne ? En tous cas, comptez sur moi pour vous parler de la suite dès mars !

Ceux qui grattent la Terre de Patrick Eris

Editeur : Editions du Riez

Depuis ma lecture de Les arbres, en hiver, je m’étais promis de lire un autre roman de Patrick Eris. Cela tombe bien, L’Oncle Paul avec fait un très bon billet sur Ceux qui grattent la Terre et c’est un roman que j’avais reçu par les éditions du Riez, que je remercie au passage. Si ce roman est à classer dans le genre Fantastique, on y trouve un aspect psychologique et mystérieux qui permet de le situer entre différents genres.

Karin Frémont est une jeune femme qui habite Paris et est chômeuse de longue durée. La proposition d’un emploi de secrétaire pour le célèbre auteur Harald Schöringen est pour elle comme une bouée de sauvetage. Harald Schöringen est en effet un auteur réputé pour ses analyses d’événements surnaturels, qui est paralysé et finit sa vie dans un fauteuil roulant. Donc cet homme ne quitte jamais son gigantesque appartement situé sur les hauteurs de Montmartre et reste bien souvent enfermé dans ses pièces privées.

Karin est reçue par la secrétaire Helen White, qui va bientôt quitter son poste. Elle lui explique qu’Harald Schöringen n’est pas difficile à vivre, ne quittant que rarement son bureau. Il a besoin de quelqu’un qui classe sa documentation impressionnante et qui fasse des recherches pour lui. Parfois, il demandera qu’on lui fasse la cuisine ou qu’on aille lui chercher une pizza au coin de la rue. Karin ne peut qu’accepter ce poste.

Parmi les personnages que karin rencontre, il y a Farida, la femme de ménage. Celle-ci n’a pas plus de prérogatives qu’elle : elle n’a pas le droit de pénétrer dans le bureau de Schöringen. Il y a aussi la concierge, personnage discret, dont la santé semble se dégrader de jour en jour. En effet, elle ne dort plus la nuit depuis qu’elle entend d’étranges grattements sur les murs en faisant un bruit obsédant : scriiitch… scriiitch…

Karin, avec cet emploi, peut reprendre une vie sociale normale. Elle se remet à sortir, avec ses amis quand son travail de classement d’archives lui laisse du temps. Il y a juste ces cauchemars qui lui pourrissent ses nuits où un homme habillé en noir l’observe …

Avec un personnage principal dessinée avec juste ce qu’il faut, ce roman va en étonner plus d’un par sa façon de jouer avec les ambiances et de faire monter le suspense, tout en réservant une sacrée surprise pour la fin. C’est Karin qui va occuper la majeure partie de l’histoire, et plus elle va avancer (vous pouvez choisir Karin ou l’histoire pour remplacer le elle !), plus les mystères vont s’accumuler, et plus le lecteur va se demander dans quoi il a mis les doigts, ou plutôt les yeux. A sa façon de décrire les petits gestes quotidiens, à sa façon de faire avancer doucement le fil de l’intrigue, pour soudainement nous mettre en face des yeux une scène mystérieuse ou carrément stressante, j’ai pensé à Stephen King.

Car la vie de cette jeune femme est somme toute simple. Malgré cela, le stress monte avec les autres personnages qui ne dorment plus (et on les comprend !), ou bien avec la disparition d’un voisin sans laisser aucune nouvelle. On se doute bien qu’il y a anguille sous roche, mais avouez qu’une anguille à Paris, c’est rare ! Donc on parlera plus des mystères (… de Paris).

Puis, Karin et Schöringen vont quitter Paris. On en est déjà à la moitié du livre et les questions qui hantent le lecteur n’ont pas trouvé de réponse. Le fait de décor ne fait qu’amplifier cette sensation de mal-être où l’auteur s’amuse à nous emmener quelque part, mais plus on avance dans le livre, moins on comprend où il veut nous emmener ! Jusqu’à la fin ! Mes amis, cette fin est de celles qui rendent un livre inoubliable. Elle est de celles dont je ne peux rien dire et dont j’ai envie de parler ! Quelle frustration ! Et la dernière phrase est … tout bonnement géniale ! Lisez ce livre hors du commun, il ne se revendique pas être un chef d’œuvre, n’en est pas un mais je peux vous garantir que vous ne l’oublierez pas. Et le soir, dans votre lit, au moment de vous endormir, peut-être entendrez-vous vous aussi ce grattement mystérieux contre les murs … scriiitch… scriiitch…

Ceux qui grattent la Terre s’avère un livre vicieux, obsédant, tout en simplicité.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

Espace Jeunesse : L’île du crâne d’Anthony Horowitz

Editeur : Hachette

Traducteur : Annick le Goyat

C’est un roman que m’a fortement conseillé ma fille de 11 ans, et je dois dire que je me suis beaucoup amusé avec cette lecture. En un peu moins de 160 pages, ce roman se révèle un excellent divertissement pour les petits et les grands.

David Eliot rentre du collège avec un carnet de notes lamentable. Son père Edward entre dans une colère noire quand il apprend que David vient d’être renvoyé. Mais que va-t-il devenir ? Le lendemain, un courrier arrive en provenance d’un collège situé sur une île et proposant d’intégrer David.

Cela ressemble à un cauchemar pour David. Le collège Groosham n’accorde qu’une journée de vacances et fait travailler les élèves comme des esclaves. Cette proposition plait tout de suite au père de David mais il a 30 minutes pour se décider. Quand celui-ci appelle, un homme lui répond qu’ils attendent David de suite.

Dans le train il fait la connaissance de Jeffrey et de Jill qui sont dans la même situation que lui. Jill vient de fuguer de son ancien collège, et ses parents ont aussi reçu une lettre louant les mérites de l’école et la décrivant comme un collège chic pour jeunes filles. Jeffrey a été renvoyé, car il a été surpris en train de fumer derrière les vestiaires de cricket ; la lettre que ses parents ont reçue présente Groosham Grange comme le collège parfait pour leur fils, mais cette fois-ci il est présenté comme une sorte de camp d’entraînement militaire.

David n’est pas au bout de ses surprises …

Ce roman va vous faire passer par toutes les émotions. La première partie qui se passe dans la famille de David est burlesque. Les gags sont très visuels et les dialogues très drôles. Cela ne laisse pas augurer de la suite, puisque pendant le voyage en train, l’inquiétude des jeunes gens ne fait qu’augmenter au fur et à mesure qu’ils partagent le peu de connaissances qu’ils ont de cette île.

Pendant la traversée pour rejoindre l’île, ils vont faire la connaissance des marins qui ressemblent plutôt à des monstres. Et le stress va continuer quand ils vont vivre des événements pour le moins inquiétants. Le stress va petit à petit se transformer en angoisse alors que le mystère se met en place. Rassurez vous, cela ne fera pas peut à vos petits car le ton reste léger. Et la fin se révèle finalement très amusante.

C’est donc un excellent moment de lecture que ce roman d’Anthony Horowitz, que l’on peut destiner aux petits et aux grands à partir de 10 ans. Et c’est finalement une excellente introduction au monde d’Harry Potter, que cette présentation du monde des enfants confronté à celui des adultes. Je vous le conseille fortement.

220 volts de Joseph Incardona

Editeur : Fayard (grand format). Bragelonne – Milady (Format poche)

Quelle riche idée de la part des éditions Bragelonne de rééditer le roman de Joseph Incardona qui flirte entre le polar et le fantastique. Voilà une bonne occasion aussi de découvrir cet auteur qui a reçu le Grand Prix de la Littérature Policière l’année dernière avec Derrière les panneaux, il y a des hommes.

Ramon Hill est un auteur de thriller qui, avec son deuxième roman, a connu un grand succès. Son éditeur a alors décidé de rééditer son premier roman et maintenant, tous ses fans attendent son prochain opus. Son troisième roman, donc, est en pleine écriture … mais arrivé au chapitre 43, Ramon Hill est victime du syndrome de la page blanche. Impossible de produire la moindre ligne. Il se retrouve avec son héros bloqué en plein milieu du désert, dans des sables mouvants.

Sa situation familiale s’en ressent. Margot, sa femme, décide de faire un geste et lui propose d’aller en villégiature dans la ferme de ses parents, perdue au milieu des montagnes.  Ils laissent donc les deux enfants aux beaux-parents à 300 kilomètres de là et partent s’isoler en pleine nature. Mais rapidement, la situation dégénère et les ressentiments de l’un vis-à-vis de l’autre vont ressurgir. La tension monte, la situation devient proprement intenable et Ramon est victime de son allergie.

Jusqu’à ce qu’en réparant une prise électrique, Ramon frôle l’électrocution. A la suite de cet événement, Ramon devient un autre homme, qui n’est plus malade, et qui est capable à la fois de donner du plaisir à sa femme et de continuer son roman … jusqu’à ce qu’il retrouve le chat familial, mort sur le pas de la porte.

De nombreux auteurs ont approché le thème de la page blanche, et cette servitude que certains ressentent envers la création de leur œuvre. Parmi ceux dont je me rappelle, on peut citer l’inoubliable Le festin nu de William Burroughs, Echine de Philippe Djian, ou bien Maison fondée en 1959 de Michael Mention, sans oublier quelques romans de Stephen King ou de Jean Paul Dubois. Joseph Incardona prend donc ce thème pour démarrer son roman, et surtout, l’utilise pour planter le décor avant de changer totalement de direction.

A partir du tiers du roman, on part dans le fantastique et le clin d’œil au Maître Stephen King est de plus en plus appuyé. Cela permet de relancer une mécanique et surtout de rendre son livre, à partir de ce moment là, totalement addictif. Puis arrivent les drames et Ramon Hill se retrouve dans la position de son héros de roman, dans une situation inextricable dont il va devoir sortir.

Avec son style direct et limite agressif qui colle bien à l’histoire, l’auteur (dont j’avais adoré Trash Circus), nous livre un roman à la limite des genres dont on a l’impression qu’il hantait son esprit. Il nous le livre dans l’urgence et on ressent tout le plaisir et la nécessité qui l’ont animé pour écrire ce roman qui, au-delà de son aspect divertissant, se révèle un roman plein de suspense non dénué de réflexion sur la création et la relation d’un auteur à son œuvre. Voilà un roman prenant, passionnant que je vous recommande très fortement.

 

L’alignement des équinoxes de Sébastien Raizer

Editeur : Gallimard – Folio

J’ai un peu de mal à caractériser ce roman, car c’est un roman qui flirte avec le polar et l’anticipation, tout en penchant par moment vers la philosophie ou l’anticipation. Bref, cela sent le roman original inclassable.

Quatrième de couverture :

Un homme décapité et, à ses côtés, une jeune femme samouraï avec son sabre japonais : par la pureté de son geste, elle vient d’atteindre l’équinoxe de la mystérieuse loi de l’alignement.

Wolf, ancien commando déphasé, et Silver, boxeuse zen laotienne, les deux flics de la Criminelle chargés de l’enquête, sont déroutés par ce meurtre, et plus encore par la suspecte.

Tandis que des liens invisibles et dangereux se tissent entre Wolf et la fille samouraï, des cadavres au front gravé d’une étoile sont retrouvés dans Paris. Silver et Wolf sont alors entraînés dans un univers mutant et, pour essayer de s’en sortir, ils vont devoir redéfinir ce qu’ils tenaient jusque-là pour réel. Pendant ce temps, dans l’ombre, la Vipère poursuit son œuvre démiurgique, en attendant son propre équinoxe…

Mon avis :

Voilà le genre de roman qui vaut le détour, pour peu que l’on soit curieux. Car la quatrième de couverture est opaque, et les premiers chapitres un peu du même genre, même si on a l’impression de lire des descriptions de personnages déjà rencontrés. Puis, arrive le meurtre, un homme décapité à la perfection, par une jeune femme découverte sur les lieux du crime, et nos deux flics vont nager ou du moins se débattre dans un monde mystico-philosophique dont les sources sont à chercher du coté du Japon.

En effet, la tueuse Karen Thilliez leur donne à demi-mot le fait que son meurtre était nécessaire pour se rapprocher de l’alignement des équinoxes, état de sublimation de l’être. Dit comme ça, cela ressemble plus à un roman de science fiction qu’à un polar, et pourtant on y trouve des scènes hallucinantes aux cotés de connotations philosophiques qui m’ont laissé froid.

Cela donne une lecture en dents de scie, atteignant parfois le génie d’un Maurice Dantec (dans les Racines du mal) et nous larguant parfois sur le bord de la route dans des décors ou des considérations métaphysiques. Cela donne aussi une impression d’alterner entre rêve et réalité, à tel point que, par moments, on ne sait plus où on est … et pourtant on continue à lire à il y a comme une sensation d’hypnotisme dans le style de Sébastien Raizer.

Et vous savez quoi ? Sébastien Raizer vient de sortir la suite, qui vient d’être publiée chez Gallimard – Série Noire, et je crois bien que je vais la lire quand même. Dites, je suis fou, non ? C’est grave, docteur ?

Le livre des âmes de James Oswald

Editeur : Bragelonne

Collection : Thriller

Traduction : Jean Claude Mallé

Nous avions découvert James Oswald avec De mort naturelle. C’était un roman qui nous introduisait un nouveau personnage de flic, domicilié à Edimbourg, nommé Anthony McLean. L’intrigue du roman oscillait entre roman policier et roman fantastique. C’est encore le cas pour cette deuxième enquête.

Noel s’approche à grands pas, et le temps devient pluvieux et gris, à l’image de l’humeur de l’inspecteur Anthony McLean, qui est encore considéré comme un petit jeune, depuis sa promotion. Cette période festive rappelle de mauvais souvenirs à McLean puisque c’est à cette période que sa fiancée a été assassinée par un tueur en série, douze ans plus tôt. Heureusement, il a fort à faire en ce moment.

L’équipe de McLean est chargée de débusquer un gang de trafiquants de marijuana qui sévit en ce moment à Edimbourg. Un indic leur fournit une information, mais la perquisition est un fiasco. C’est une bonne occasion pour Duguid (surnommé Dugland et concurrent de McLean) de se foutre de sa gueule. Il y a aussi ces incendies étranges, qui se déclenchent dans des sites appelés à être rénovés, mais on ne comprend pas comment le feu démarre.

Quand on découvre le corps d’une jeune femme égorgée dans une rivière, tout le monde pense que le Tueur de Noel, celui qui a tué la fiancée de McLean est de retour. Sauf que Anderson, le tueur en question, vient d’être assassiné en prison. McLean se croit obligé d’assister aux funérailles, même s’il ne croit pas aux fantômes et autres morts-vivants. Mais s’agit-il vraiment d’un copieur ?

Je dois dire que si j’ai lu ce roman, c’est bien parce que j’ai senti des qualités dans le premier, et la curiosité a fait le reste. Je dois dire que pour un deuxième roman, c’est tout de même très maitrisé. Les chapitres se lisent les uns derrière les autres, et la simplicité du style alliée aux rebondissements et à l’intérêt que l’on porte au personnage principal, tout cela fait que le lecteur que je suis a avalé le roman en trois jours.

Il faut dire qu’on y ressent des améliorations dans la description des scènes, que le rythme est plutôt lent, avançant à la vitesse de l’enquête, et surtout, la démarche des enquêteurs est logique et du coup, ils n’apparaissent pas comme des super-héros qui devinent les mystères auxquels ils sont confrontés. On en apprend un peu plus aussi sur Tony McLean, sur son passé et on le sent plus sur de lui, surtout face à Dugland, et on a droit à des joutes verbales jouissives pour peu que l’on s’attache à ce personnage particulier.

Ce que j’apprécie aussi dans ce roman, c’est ce mélange des genres entre roman policier, thriller et fantastique. On a droit tout au long du livre à des questionnements, à des incertitudes : on se demande si Anderson n’est pas encore vivant, si on n’a pas à faire avec un livre maléfique, et que dire de ces incendies spontanés ?

Il est donc inutile de vous dire que j’attends encore plus du prochain roman. J’aimerais une intrigue aussi costaude, un style rapide et la poursuite de la découverte de Anthony McLean. Et si James Oswald me lit (on a le droit de rêver) j’aimerais que l’aspect fantastique soit plus fouillé, mis en avant, car cela rajouterait à mon avis une touche de mystère supplémentaire. Dans celui-ci, le fantastique est tout juste abordé et j’aurais aimé que cela soit plus fouillé, car cela aurait pu être une cause de frissons. En tout état de cause, je suis partant pour la troisième enquête.