Archives du mot-clé Thriller

Un coin de ciel brûlait de Laurent Guillaume

Editeur : Michel Lafon

Parmi mes lectures estivales, celle-ci figurera parmi les plus marquantes, autant par son sujet que par sa construction. Laurent Guillaume fait partie des auteurs qui ont des choses à dire et quand le fond rejoint la forme comme c’est le cas ici, cela donne un excellent polar. Pour ne pas oublier …

Mars 1992, Sierra Leone. A la sortie de l’école, Eden, Saad et Neal décident d’aller dans la forêt pour voir un trésor. Il s’agit en fait d’une genette qui allaite ses petits. Saad sort une souris congelée pour nourrir la mère. Quand le bruit d’une brindille cassée perce le silence, ils se cachent pour apercevoir des rebelles fortement armés. Ils les suivent et Neal voit qu’ils pénètrent dans leur maison. N’écoutant que son courage, il se précipite et voit son père en sang. Arrivant trop tard, il est fait prisonnier et le chef des rebelles oblige Neal à tuer son père.

De nos jours, Genève. Tanya Rigal, journaliste d’investigation à Mediapart, se fait déposer à l’Hôtel des Bergues. A l’entrée, elle se fait intercepter par l’inspecteur Chenaux de la police judiciaire. L’homme avec qui elle avait rendez-vous vient de se faire assassiner, un pic à glace planté dans l’oreille. Une femme de l’ambassade des Etats-Unis, Madame Sharp leur montre le corps de Franck Metzinger et leur annonce qu’un reçu postal prouve que la victime a envoyé un colis à Tanya. Alors qu’elle n’a jamais rencontré le mort, elle est relâchée et va voir le service de sécurité de l’hôtel pour visionner les caméras de surveillance. Elle aperçoit alors le meurtrier qui regarde frontalement la caméra.

De nos jours, Royaume-Uni. Un homme descend du bus devant la prison de Frankland, qui accueille les criminels les plus dangereux. James Songbono rajuste sa cravate et demande à voir M.Rappe, directeur de l’établissement. James vient postuler pour le poste de médecin de l’établissement pénitencier. Etant donné ses diplômes et le peu de candidats, il est tout de suite embauché.

Dès le début de ce roman, la construction attire l’intérêt et le contexte nous prend à la gorge. Dès le premier chapitre, on est plongé en Sierra Leone dont le rôle de fournisseur de diamants est bien mis en scène, et le suspense tout de suite mis en place. Il en est de même avec Tanya qui se retrouve dans un interrogatoire dans la cadre d’un assassinat d’une personne avec qui elle avait rendez-vous et qu’elle ne connaissait pas.

Cette faculté de plonger le lecteur dans une intrigue complexe basée sur trois personnages se poursuit tout au long du roman, aidé en cela par une plume remarquablement concise et précise. En termes de romans à suspense, on sent dès les premières pages que l’on tient entre nos mains un polar costaud de haut de gamme. Et Laurent Guillaume sait de quoi il parle, puisqu’il a travaillé en Afrique et est encore consultant contre le crime organisé pour l’Afrique de l’Ouest.

Laurent Guillaume nous montre donc le sort des enfants soldats, utilisés comme des armes au profit des voleurs de diamants, à travers le destin de Neal. Il nous montre la pauvreté et ne nous épargne rien des massacres ni des vrais instigateurs, mettant en cause à la fois les pays développés (Etats-Unis entre autres) et les terroristes (Al Qaïda). On est loin du film Blood Diamonds d’Edward Zwick, bien lisse qui ne faisait qu’aborder le sujet en occultant la réalité infâme.

Les deux intrigues viennent s’entremêler à la fois pour maintenir l’intérêt du lecteur et pour y apporter un soupçon de mystère. L’enquête de Tanya est plus classique et on ne comprendra qu’à la fin pourquoi elle est embarquée dans cette série de meurtres. Quant au docteur, cette partie se révèle être une sacrée pirouette scénaristique qui apporte une superbe cerise sur le gâteau. Un superbe polar !

Le pacte de l’étrange de John Connolly

Editeur : Presses de la Cité (Grand format) ; Pocket (Format poche)

Traducteur : Jacques Martinache

Je continue mon exploration de l’univers de Charlie Parker avec sa seizième enquête. Une nouvelle fois, John Connolly nous enchante avec cet excellent thriller. La liste des billets chroniqués sur Black Novel sur Charlie Parker est à la fin de ce billet.

Quatrième de couverture :

« Vous croyez aux fantômes, monsieur Parker ?

– Aux miens seulement. Mais peu importe ce que je crois. »

Charlie Parker, le privé tourmenté revenu d’entre les morts, est chargé par le FBI de retrouver Jaycob Eklund, un autre détective manquant à l’appel. L’homme enquêtait discrètement sur une série de meurtres sauvages et de disparitions s’étalant sur plus d’un siècle, tous associés à des événements surnaturels.

Flanqué de ses deux inséparables acolytes, Louis et Angel, Parker ne tarde pas à remonter la piste d’une mystérieuse organisation fondée au XIXe siècle, les Frères, dont les actions violentes ont laissé derrière eux des monceaux de cadavres. Mais les dangers qui guettent Parker prennent bien d’autres formes, notamment celle de la redoutable veuve d’un baron de la pègre à la tête d’un empire criminel, ou encore celle d’insaisissables fantômes qui semblent en vouloir aux vivants…

Avec l’extravagance, l’humour et le style qui le caractérisent, John Connolly continue ici à explorer l’occulte et les méandres de l’âme humaine dans ce qu’elle a de plus noir et nous prouve, si cela est encore nécessaire, qu’il est un des seigneurs de l’angoisse.

Mon avis :

Mon petit plaisir de vacances estivales …

L’intrigue entre vite dans le vif du sujet et on retrouve toutes les raisons qui font que j’adore cette série : une histoire foisonnante mettant en scène une multitude de personnages, des scènes angoissantes à souhait et le plaisir de retrouver Charlie, Louis, Angel et Samantha sa fille.

La thématique de la société secrète, les Hommes Creux, retrouvée lors des premiers tomes passe au second plan et John Connoly nous parle du monde des morts et du monde des fantômes, comme les grands auteurs de romans d’angoisse savent le faire.

Dans ce tome, Charlie Parker doit faire face à beaucoup d’éléments qui vont bouleverser sa vie, comme la demande de divorce de sa femme et son droit très restreint de visite auprès de sa fille. Nous découvrons aussi Angel atteint de maladie et qui refuse de voir un docteur, ce qui laisse augurer d’aventures dramatiques à venir.

Enfin, outre le fait que cette enquête est très tournée vers l’entourage de Charlie Parker, cette histoire est écrite avec beaucoup d’humour, surtout dans les répliques hilarantes dans les dialogues et nous laisse avec l’eau à la bouche sur l’avenir de nos amis. Vivement la suite …

Les enquêtes de Charlie Parker dans l’ordre de parution sur Black Novel sont :

Tout ce qui meurt

Laissez toute espérance …

Le Pouvoir des ténèbres

Le Baiser de Caïn

La Maison des miroirs

L’Ange noir

La Proie des ombres

Les anges de la nuit

L’empreinte des amants

Les murmures

La nuit des corbeaux

La colère des anges

Sous l’emprise des ombres

Le chant des dunes

Le temps des tourments

Le dernier thriller norvégien de Luc Chomarat

Editeur : Manufacture de livres (Grand format) ; Points (Format poche)

Sur ce mois de décembre, afin de finir en beauté pour fêter l’anniversaire des éditions Points, je vais vous proposer un certain nombre d’avis sur des polars sortis chez Points. Et on commence par ce roman vraiment pas comme les autres.

Alors qu’il est confortablement installé dans l’avion qui le mène à Copenhague, l’éditeur free-lance Delafeuille sait qu’il doit décrocher ce contrat s’il ne veut pas perdre son emploi. Les lois du marché du livre étant impitoyable, il vient pour négocier les droits du dernier thriller de l’auteur en vogue : Olaf Grundozwkzson. Il s’attend à ne pas être le seul sur le coup, vu le nombre de ventes qu’il réalise à chaque sortie de ses pavés de 600 pages.

Arrivé à l’hôtel, il s’isole dans un coin sombre, et distingue Murnau et Gorki, ses concurrents, déguster une Carlsberg, boisson qu’il boit aussi à défaut de pastis. Un homme habillé de vêtements d’un autre âge s’installe en face de lui et se présente : Sherlock Holmes. Ce dernier a deviné son identité et la raison de sa présence. Holmes est là pour trouver le tueur en série qui sévit en ce moment en découpant ses victimes de sexe féminin et que la presse a surnommé L’esquimau.

De retour dans sa chambre, l’accueil lui signale qu’on a laissé pour lui un paquet. On lui apporte et il l’ouvre : il s’agit du roman de Olaf Grundozwkzson, Le dernier thriller norvégien. Quand il en commence la lecture, il tombe sur un personnage qui rejoint Copenhague par avion. Ce personnage se nomme Delafeuille et dit les mêmes mots que lui a prononcé quelques heures auparavant. Delafeuille est-il dans la réalité ou dans la fiction ?

Rencontré auparavant dans L’espion qui venait du livre (Rivages Noir) que je n’ai pas (encore) lu, Delafeuille ne devait probablement pas devenir un personnage récurrent à l’époque. Mais depuis 2014, le monde de l’édition a connu nombre d’évolutions, dont le nombre de ventes de thrillers sanglants, la vague de polars nordistes, ou la guerre que se livrent les éditeurs dans ce marché au chiffre d’affaires alléchant.

Dès les premiers chapitres, le ton se veut décalé, œuvrant dans l’absurde et le surréalisme. Le début du livre s’avère même angoissant, et je n’ai pu m’empêcher de penser à Franz Kafka, si ce n’est que Luc Chomarat manœuvre l’humour pour décompresser les situations tendues. Fort drôle au début, et il faut dire que cette idée est tout bonnement géniale, on alterne entre la réalité et la fiction, jusqu’à ce qu’elles ne se fondent en un seul récit.

Il n’est pas étonnant, dès lors, de passer en quelques lignes de Copenhague (au Danemark, donc) et son climat rigoureux (les protagonistes devront même subir une tempête de neige) à l’Afrique et son climat chaud et sec. Il ne faut pas chercher de logique dans ce récit, juste apprécier les messages qui parsèment ce livre et les références aux grands auteurs de ce genre (Nesbo, Mankell, Larsson …).

Car l’auteur en profite pour donner son avis sur la guerre entre les éditeurs, se pliant aux desideratas des lecteurs à tout prix, au livre électronique bien qu’il en loue les possibilités infinies pour les intrigues, les facilités que prennent certains auteurs dans leurs descriptions sanguinolentes et gratuites, l’oubli volontaire des grands auteurs du passé que l’on préfère passer à la trappe pour éditer des pavés inintéressants.

On rit beaucoup dans ce livre, pour peu que l’on se laisse charmer, envoûter dans cette situation absurde et que l’on laisse l’inventivité de l’auteur nous emmener dans des contrées jamais rencontrées jusque-là. Car ce roman est avant tout un hymne à la littérature, seul art capable de nous emmener dans un endroit impossible à visiter : notre imagination (pourvu que l’on veuille réfléchir). D’ailleurs, l’auteur le dit bien mieux que moi : « L’écriture est un lieu à part, où tout peut arriver. »

L’ange rouge de François Médéline

Editeur : Manufacture de livres

L’incursion dans le monde du thriller de François Médéline peut étonner ses fans de romans noirs et politiques. Pour autant, il a conservé sa ligne de conduite et nous offre une histoire noire et violente centrée autour de son personnage principal.

Un radeau dérive sur le Rhône au gré du courant et bute sur un pilier de pont. Le commandant Alain Dubak et son adjointe la capitaine Piroli, dite Mamy prennent place sur un hors-bord pour rejoindre l’endroit entouré par les flots. Un homme mort repose sur l’embarcation en bois, crucifié. En y regardant de plus près, ses organes génitaux ont été découpés, et une orchidée a été dessinée sur le corps.

Le commissaire divisionnaire Paul Giroux leur annonce la mauvaise nouvelle : le procureur a décidé de confier l’enquête au groupe Dubak. Comme la découverte a été faite en pleine nuit, peu de témoins ont vu la scène. Ils vont pouvoir garder le silence pendant quelques jours. Alain Dubak appelle ses collaborateurs par des numéros. Abdel, numéro 6 et Thierry, numéro 7 sont chargés d’emmener le corps à l’IML.

Le lendemain, la conférence de presse annonce le strict minimum : un corps a été retrouvé sur un radeau. Toute l’équipe Dubak y assiste, Mamy, Joseph numéro 5, Abdel, et Thierry. Véronique, la procédurière du groupe et numéro 3 assiste à l’autopsie. Laquelle autopsie montre que le corps n’a pas subi de violence sexuelle mais a été minutieusement nettoyé. Rapidement, l’équipe met un nom sur le mort : Thomas Abbe.

« Le crucifié était là, en moi. Il voulait que je l’aime. »

Indéniablement, ce polar respecte tous les codes du genre Polar / Thriller tout en ayant sa propre personnalité. L’intrigue se pose assez rapidement, et on comprend vite que ce meurtre rituel va en appeler d’autres et qu’on va tranquillement verser dans une chasse au serial killer. Les descriptions des événements respectent aussi les formalités liées à une enquête policière ce qui donne une impression de réalisme poussé.

Le mystère de ce meurtre (et des suivants) va vite se complexifier, et les pistes se multiplier entre école artistique, groupe mystique, crime homophobe ou blacks blocks pour nous embrouiller mais dans les cent dernières pages, le lecteur va mettre en place les pièces du puzzle, accompagné par François Médéline qui nous livre les pièces manquantes. Et ce n’est pas Alain Dubak qui va nous y aider.

Car ce roman est porté de bout en bout par le commandant Dubak, son histoire, ses échecs et ses faiblesses. Sa compagne Alexandra l’a quitté cinq ans auparavant pour un courtier en assurance, et cette cicatrice saigne encore pour lui. Ayant une tendance marquée pour les stupéfiants afin d’oublier son présent, il est hanté par son passé et souffre d’hallucinations. Ce qui donne des passages hallucinants, hallucinés où tout se mélange pour Dubak, ce qu’il voit, ce qu’il pense, ce qu’il rêve, ce qu’il pressent.

Si par moments, la lecture est difficile à suivre, son ton très original est rehaussé par un style haché, qui ne donne pas du rythme mais illustre la personnalité complexe du personnage principal. D’ailleurs, Dubak est tellement présent qu’il fait de l’ombre aux autres personnages, quitte à ce qu’on ait du mal à les voir (sur) vivre. C’est d’autant plus frustrant que certains d’entre eux auraient mérité plus de lumière. Cela donne aussi une impression de distance par rapport à la narration, ce qui en gomme toute l’émotion qui devrait en découler.

Cet Ange Rouge est tout de même un bel objet littéraire, un thriller avec sa propre identité mais le rythme et les passages obscurs font que je l’ai plutôt aimé en dents de scie : j’ai adoré les passages hallucinés, quand Dubak fantasme (succession de J’ai vu …») et regretté l’absence de l’équipe trop en retrait. Mais en aucun cas, je n’ai regretté ma lecture, et je garde en mémoire des scènes marquantes, énormes.

Face Mort de Stéphane Marchand

Editeur : Fleuve Noir

Au rayon divertissement, à mi chemin entre thriller apocalyptique et roman d’espionnage anti-terroriste, le dernier roman en date de Stéphane Marchand respecte à la lettre les codes du genre en faisant monter la tension.

Alors que Daech a été repoussée hors de l’Irak et la Syrie, l’organisation terroriste a du se replier en Lybie, où, après la mort de Kadhafi, le chaos y règne en maître. Dans une grotte perdue au milieu du désert, Ibtissam, une jeune femme en guerre contre l’occident assiste à la réussite de son programme : des jeunes chiots meurent sous ses yeux en présence d’une nouvelle substance alors que d’autres survivent.

Le jeune diplômé de Polytechnique effectue un stage à la DGSE. On lui donne la mission d’améliorer la toute nouvelle invention, Face Mort, un logiciel qui allie reconnaissance faciale et intelligence artificielle. Il passe des jours et des nuits à le nourrir de photos, de documents, d’informations glanées sur le Net car une connexion semble se faire entre le jeune homme et la machine.

Une vidéo postée sur un réseau social va réveiller la machine, celle d’une décapitation d’un homme au milieu d’hommes masqués. Pourtant, Face Mort va pointer un homme en marge de ce meurtre, ou plutôt un tatouage qu’il identifie et relie au nom de code Sauterelle. Lançant l’alerte aussitôt, il reçoit l’appel du colonel Flache en personne, le conseiller particulier du directeur. Tout le département prend au sérieux cette piste et charge Maxime Barelli, la capitaine à la tête des Forces Spéciales, de trouver et d’éliminer les terroristes. Car elle connait très bien le dossier Sauterelle.

Les raisons de lire ce roman sont innombrables, tant le plaisir de lire un bon roman d’action est là. Stéphane Marchand démontre aussi que pour qu’un plat soit bon, il ne suffit pas d’avoir les bons ingrédients ; encore faut-il avoir le talent pour faire monter la mayonnaise. Prenez une pincée de nanotechnologie, une bonne part de terrorisme, une couche de reconnaissance faciale et une autre d’intelligence artificielle, parsemez d’agents secrets agrémentés de troupes d’assassins sans scrupules au service de la République. Mélangez délicatement, tout en ayant un mouvement énergique dès que les balles sifflent. Saupoudrez avant de servir d’un suspense difficilement soutenable.

Avec tout cela, le plat devrait être excellent. Stéphane Marchant ajoute à ce roman d’action paranoïaque un format de thriller où les chapitres n’excellent pas quatre pages, un style qui va vite, d’innombrables personnages à la psychologie juste brossée, le lecteur devant faire le reste, et vous aurez entre les mains Face Mort. Et même si certaines assertions sur où nous emmène la technologie sont osées, ce thriller va vous faire frissonner.

Ça va vite, on voyage entre l’Europe et le Moyen Orient et on se laisse emmener dans cette intrigue qui flirte avec un futur proche, appuyant sur nos peurs comme quand on enfonce un couteau dans une plaie et qu’on tourne doucement et lentement pour faire plus mal. Avec tout ce qu’on nous montre dans les médias, on en devient fous. Stéphane Marchand ne nous décrit pas un futur forcément réaliste, il grossit le trait comme une projection possible, probable mais dans tous les cas, bien flippante.

Si vous avez déjà peur de tout, si vous croyez aux complots ou aux délires de la science, ce roman va vous conforter dans vos idées. Si vous aimez les histoires bien écrites, les romans d’action, et une réflexion sur ce que nous réserve (peut-être) l’avenir de la science quand elle est mal utilisée ou utilisée à des fins funestes, alors, ce roman est aussi pour vous. Car en parcourant ces pages, on ne voit pas le temps passer, ce qui démontre que c’est un très bon divertissement.

Des poches pleines de poches

Voici le retour de cette rubrique consacrée aux livres au format poche.

Les dames blanches de Pierre Bordage

Editeur : L’Atalante

Dans un futur proche, de mystérieuses sphères blanches apparaissent en différents endroits du monde. Elles semblent absorber les enfants âgés de trois ans, ce qui arrive à Léo, le fils d’Elodie. Les pays s’allient pour essayer de les faire exploser mais rien n’y fait. Seuls les enfants avalés permettent de freiner leur progression. L’ONU propose alors de sacrifier des enfants de trois ans, armés d’une ceinture d’explosifs, et promulgue la loi d’Isaac, celle du sacrifice d’un enfant de chaque couple.

Ce roman est rythmé par des chapitres d’une dizaine de pages, portant le prénom d’un personnage rencontré lors de l’intrigue. Il faut savoir aussi qu’aucune notion de temps n’est indiquée, mais que chaque chapitre peut se dérouler plusieurs années après le précédent. Une fois assimilé ce principe, le lecteur peut pleinement se laisser emporter par ce formidable conteur qu’est Pierre Bordage.

L’histoire fait la part belle aux personnages, dont certains se retrouve au centre de l’affaire. C’est le cas d’Elodie, la première mère victime des sphères, de Lucho Herrera, le premier artificier de l’armée française à leur être confronté, de Camille, la première journaliste qui va être consacrée comme la spécialiste des sphères, ou de Basile Traoré, ufologue qui va ressentir une sensation de chaleur à leur proximité.

Les sphères engendrant des parasites et troublant les communications, la société entière va connaitre une régression technologique, revenant par exemple aux pigeons pour communiquer. Il suffit d’imaginer une vie sans transports, sans télévision, sans aucune innovation telle que nous la connaissons aujourd’hui. L’histoire va tourner aux drames terriblement émouvants sur une cinquantaine d’années pour aboutir à une conclusion emplie d’humanisme et de cri au secours envers la souffrance de la Terre. Un roman qu’il serait dommage de ne pas lire.

Goliat de Mehdi Brunet

Editeur : Taurnada

2019 : David Corvin se réveille devant sa bouteille d’alcool vide.

Septembre 2016 : Ancien agent du FBI, David s’est reconverti comme agent de sécurité à San José pour l’amour de sa femme Abigaël, qui en tant que scientifique spécialisée dans la chimie moléculaire. La prochaine mission d’Abigaël doit l’envoyer sur une plateforme pétrolière norvégienne, ce qui déclenche une grosse crise dans le couple. David décide de la suivre.

Octobre 2015 : Sur un chantier à San Francisco, le corps d’une femme est découvert mutilé  et exposé. L’inspecteur de police Curtis reçoit l’aide des agents du FBI Diaz et Munny. C’est le cinquième victime d’un tueur en série qu’ils pourchassent.

Juillet 2013 : Un Boeing 777 en provenance d’Incheon prévoit d’atterrir à San Francisco. Rowdy Yates se réjouit de retrouver sa femme Maggie, après un contrat juteux signé en Corée.

Juillet 2013 : Franck est un ancien soldat, marqué par ce qu’il a vécu en Irak. Il prend la route en direction de l’aéroport de San Francisco pour retrouver Jessica sa femme et Evelyne sa fille qui reviennent de Seoul par le vol du Boeing 777.

Juillet 2013 : Le Boeing 777 en provenance de Corée s’écrase à l’atterrissage.

Ce petit roman, par la taille, est véritablement une surprise pour moi et une véritable réussite. La construction, faite d’allers-retours entre présent et futur, passant d’un personnage à l’autre, d’un lieu géographique à l’autre, peut sembler compliquée. Il n’en est rien tant la maitrise en est impressionnante et les personnages parfaitement marqués et reconnaissables au premier paragraphe. Le fait que David Corvin soit le narrateur dans quelques chapitres rajoute à la tension et à notre envie de savoir comment cela va finir.

C’est de l’excellent divertissement, avec ce qu’il faut d’émotions, ce qu’il faut de mystères, quelques scènes morbides non explicites, et une tension qui monte jusqu’à un final fort réussi. Si l’identité du tueur est connue une centaine de pages avant la fin du roman, c’est pour mieux nous serrer entre ses serres pour savoir comment cela va se terminer. Les recettes à la fois du thriller et du roman policier sont respectées, avec une volonté de construction qui ajoute au mystère et à la tension nerveuse croissante. Le final, en pleine tempête est à la hauteur de l’attente, la conclusion noire comme il faut. Bref, ce roman est un très bon divertissement surprenant.

Sauve-la de Sylvain Forge

Editeur : Fayard

Depuis ma découverte des ouvrages de Sylvain Forge, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Depuis, il a été couronné du Prix du Quai des Orfèvres en 2018 et a sorti quelques thrillers penchant sur la haute technologie, domaine qu’il maîtrise parfaitement. C’est aussi le fond de cette histoire, écrite sous forme de roman à suspense flirtant avec la forme d’un thriller.

Alexis Lepage a tout pour être heureux : amoureux de la fille du patron d’une société d’investigations contre les fraudes aux assurances, il doit bientôt épouser Clémence et enfin envisager d’avoir un enfant par la PMA. Un cauchemar va le réveiller en pleine nuit : Clara, son amour de jeunesse, qu’il n’a pas revu depuis 26 ans, lui crie : « Alexis, je t’en supplie. Sauve-la ! ».

Le lendemain, un SMS lui annonce avoir reçu un message de Clara Vasilescu. Pour cela, il doit cliquer sur une application jointe par Anael Technologies, et l’installer. Poussé par son désir de la retrouver, il l’installe et se retrouve en contact avec Clara. Elle lui annonce être atteinte d’un cancer, en phase terminale, et veut qu’il retrouve sa fille Olivia, disparue dans un accident de car en Ariège.

Alexis contacte Anael Technologies qui lui annonce que Clara est morte et qu’il est en contact avec une intelligence artificielle que Clara a conçue. Il recontacte alors Clara et celle-ci lui annonce qu’Olivia est sa fille. Alors que Clémence et Alexis ont prévu de prendre une semaine de vacances à Vichy, elle découvre Clara et Alexis lui explique qu’il se doit de retrouver sa fille. Clémence part, fâchée, et Alexis se lance dans l’aventure.

Ah que les massifs montagneux et boisés d’Ariège sont beaux ! Mais qu’ils sont inquiétants sous la plume de Sylvain Forge. Alexis va se retrouver dans un petit village, Sainte Albane, peuplé de personnages hostiles aux étrangers et au milieu d’une végétation dangereuse. Poussé par sa passion, il va se jeter dans le gueule du loup, ce qui peut être pris au premier degré quand on pense au chien qui garde l’auberge de jeunesse.

Avec tous les ingrédients inhérents au thriller, Sylvain Forge utilise un style coupé à la serpe, et des chapitres ultra-courts pour donner du rythme à son histoire. Cela va vite, il y a beaucoup de suspense, et malgré quelques incohérences, on avale ce roman très rapidement, tant on veut connaitre la fin, qui ne sera pas toute rose. On a entre les mains un vrai roman populaire, idéal pour passer un bon moment estival.

Il n’en reste pas moins que Sylvain Forge nous montre les capacités des intelligences artificielles, que nous connaissons déjà au travers de Siri ou Cortina. Ces machines, capables d’apprendre, répondent à nos besoins quotidiens, et plus inquiétants, finissent par ne plus nous faire réfléchir, prenant notre place. Plus inquiétant encore, leur utilisation en devient une drogue tant leur facilité d’utilisation est accrue.

Et donc j’ai avalé ce roman en un peu plus de deux jours, parce que j’ai trouvé le roman facile à lire, l’histoire bien construite et le message intelligent pour y adhérer. Cela prouve que l’on peut dire des choses, alerter les gens grâce à une intrigue de bon aloi. Je ne peux que vous encourager à lire ce livre, distrayant avec une projection sur notre futur qui est loin d’être rose.

La vallée de Bernard Minier

Editeur : XO éditions

Bernard Minier reprend son personnage récurrent le commandant Martin Servaz, après Glacé, Le cercle, N’éteins pas la lumière, Nuit et Sœurs. Je ne peux que vous conseiller de lire ces romans précédents avant d’attaquer celui-ci qui semble former une conclusion au cycle consacré à Marianne. Pour ceux qui ne les auraient pas lus, je vous conseille de ne pas lire mon résumé.

Martin Servaz vient d’être suspendu et rétrogradé au grade de capitaine suite à son affaire précédente. Il n’a donc plus ni insigne ni arme. Il attend son jugement au tribunal pénal puis sa sanction au conseil de discipline de la police. A cinquante ans, fréquentant le docteur Léa Delambre qui a 7 ans de moins que lui, en charge de son fils Gustav qu’il vient de découvrir, il se sent vieux, trop vieux.

La France vit au rythme de la Coupe de Monde de Football 2018, où la France poursuit son parcours. Gustav, l’enfant de Marianne, qui a été élevé par le tueur en série Julian Hirtmann, est maintenant hors de danger après son opération du foie. Il s’ouvre petit à petit mais c’est Martin qui s’inquiète de plus en plus, même si Hirtmann est détenu dans la prison 5 étoiles de Leoben en Autriche. Cette nuit-là, le téléphone sonne en pleine nuit. La voix de Marianne lui demande de le rejoindre, car elle est en danger.

Marianne lui annonce qu’elle s’est évadée, et qu’elle est dans les Pyrénées, proche d’un cloître. A la brève description des lieux, il reconnait l’abbaye d’Aiguesvives. La conversation se coupe, elle semble en danger. Il décide de partir sur le champ, est reçu par le Père Adriel. La battue qu’ils organisent pour retrouver Marianne ne donne rien, Le lendemain, il se rend à la gendarmerie et retrouve la capitaine Irène Ziegler, qu’il a rencontré 8 ans auparavant. Elle lui apprend qu’une série de meurtres est en cours à Aiguesvives.

Comme je le disais, ce roman semble clore un cycle que j’appellerai le cycle de Marianne, et cela ne vous dévoilera en rien ni l’intrigue, ni son dénouement. D’ailleurs je suis curieux de voir comment Bernard Minier va rebondir et redonner un second souffle aux enquêtes de Martin Servaz. Je parle de second souffle, car ce roman est une sacrée épreuve pour le lecteur, tant il est obligé de retenir son souffle pendant plus de 500 pages.

J’ai trouvé dans ce roman beaucoup de similitudes avec ses deux premiers romans, outre les présences de Marianne et la menace de Julian Hirtmann. Les décors sont aussi majestueux qu’ils sont menaçants, dans un village encastré dans les montagnes, inondées de brume à l’image de Martin Servaz, pris dans une enquête et en proie à ses doutes personnels et à son urgence.

J’ai trouvé dans ce roman une tension constante, un suspense haletant, beaucoup de fausses pistes démontrant toute la maîtrise et l’art de cet auteur que je suis depuis ses débuts. Une fois que vous avez commencé les premières pages, vous ne pourrez plus le lâcher, je vous le garantis. Et puis, Bernard Minier évite les descriptions gore qui auraient desservi l’intrigue, et son message.

Car derrière ce roman policier exemplaire, où il est bien difficile de trouver un point faible, on y trouve plusieurs dénonciations, dont la façon dont est vue et maltraitée la police, leur mal-être, mais aussi la difficulté des relations entre parents et enfants, et enfin cette nouvelle plaie qui s’appelle la manipulation par Internet via les tablettes ou les jeux en ligne. Une nouvelle fois, la démonstration, remarquablement bien menée, ayant pour point central un personnage de pédopsychiatre féminin d’une dureté incroyable, est exemplaire. Bernard Minier démontre encore une fois qu’il a des choses à dire.

Alors, oui, je suis fan de cet auteur et ce billet doit être lu dans ce sens. Et puis, cerise sur le gâteau, il introduit des vers de Patrick Steven Morrissey, dont je suis fan à vie, qui sait si bien dire les sensations de malaise, les impressions d’être seul contre tous. C’est simple, prenez une chanson, n’importe laquelle, lisez un vers et vous trouverez une impression que vous aurez ressentie. Alors oui, ce roman doit faire partie de vos lectures estivales, sans aucune restriction.

Le temps de tourments de John Connolly

Editeur : Presses de la Cité (Grand format) ; Pocket (Format poche)

Traducteur : Jacques Martinache

Je continue mon exploration de l’univers de Charlie Parker avec sa quinzième enquête. Une nouvelle fois, John Connolly nous enchante avec cet excellent thriller. La liste des billets chroniqués sur Black Novel sur Charlie Parker est à la fin.

Quatrième de couverture :

Au nom du Roi Mort

Jerome Burnel, héros un temps célébré puis déchu et expédié en prison pour pédophilie, n’a pas cessé de clamer son innocence. À sa libération, il prend contact avec Charlie Parker, le privé à l’âme tourmentée, et lui explique qu’il a été victime d’un coup monté. Le récit de Burnel a des accents de vérité, et sa disparition soudaine achève de convaincre Parker d’enquêter.

L’ancien flic, toujours choqué par son expérience de mort imminente, n’a de toute façon plus rien à perdre. Le voici embarqué sur les traces d’une communauté de Virginie occidentale, l’Entaille, qui vit en marge de la société selon ses propres règles, imposées par le meurtre et la terreur, et sur laquelle plane la présence d’un mystérieux Roi Mort.

Mon avis :

Si le début peut déconcerter avec ces chapitres alternant différents personnages, l’intrigue racontée par la quatrième de couverture va se mettre en place efficacement pour nous donner un thriller impressionnant. Jérôme Burnel ayant tué deux voleurs va être considéré comme un héros avant que la police ne découvre des liens pédophiles sur son ordinateur. Mais les deux hommes qu’il a tués sont en fait des créatures faisant partie d’une communauté, l’Entaille.

Je ne vais pas me répéter sur ce que j’ai déjà dit à propos du cycle Charlie Parker, tant on prend du plaisir à lire ses enquêtes, parsemées d’humour. John Connoly insiste sur les communautés secrètes qui cachent le Mal et ce volume là est une nouvelle fois exemplaire. J’ai l’impression que l’on entre dans un nouveau cycle, depuis Sous l’emprise des ombres,  où Charlie Parker lutte contre la source du mal et il poursuit des êtres malfaisants figurant sur la liste qu’il a trouvée dans un avion abandonné.

L’autre aspect intrigant de ce roman réside dans le rôle de sa fille Sam et de ses relations avec sa fille morte. Elle prend de plus en plus d’importance dans cette lutte, restant toujours cachée, au deuxième plan mais intervenant de façon primordiale dans la clôture de ce roman. Par contre, pour en savoir plus, il va vous falloir vous jeter sur ce fantastique roman où la tension et la menace sont omniprésentes.

Les enquêtes de Charlie Parker dans l’ordre de parution sur Black Novel sont :

Tout ce qui meurt

Laissez toute espérance …

Le Pouvoir des ténèbres

Le Baiser de Caïn

La Maison des miroirs

L’Ange noir

La Proie des ombres

Les anges de la nuit

L’empreinte des amants

Les murmures

La nuit des corbeaux

La colère des anges

Sous l’emprise des ombres

Le chant des dunes

Zippo de Valentine Imhof

Editeur : Rouergue Noir

Attention, coup de cœur !

Après Par les rafales, son précédent et premier roman, qui démontrait une plume rare de poésie, Valentine Imhof se lance dans le thriller. Pour autant, il est bien plus que cela tant ce roman est brillant.

Clic ! Clic ! Clic ! Le bruit de son briquet Zippo est entêtant mais le calme, dans ce bar au nom étrange : Le Y-Not II. Il l’attend, Elle, Eva, celle qui l’a fait chavirer et qu’il cherche sans relâche. Il l’aperçoit, ou croit l’apercevoir et il chancelle. Il s’approche, lui offre un verre, puis sortent marcher dans le parc. Elle s’assoit (Clic !) et est surprise par le bruit. Elle tourne sa tête vers lui et son regard lui montre qu’il s’est encore trompé. Il sort sa flasque d’essence, l’asperge, surtout sur le visage et Clic ! Prometheus.

Eva l’a connu alors qu’elle était adolescente. Elle lui trouvait une laideur fascinante, une tristesse irrésistible ; son visage marqué l’a tout de suite attirée. Ils ont dansé, comme s’ils étaient seuls au monde sur un rock des années 50. Elle l’a suivi jusqu’à un perron puis un premier baiser les a réunis. C’était leur première rencontre. Leur dernière a commencé de la même façon, et s’est terminée par la mort de sa sœur, calcinée dans une voiture.

La lieutenant Mia Larström vient de débarquer au poste de police de Milwaukee avec un dossier en béton. Elle est convoquée sur le lieu d’un crime : une jeune femme à moitié brûlée sur un banc. Ce n’est pas une première pour elle. Son binôme, le lieutenant Peter « Casanova » McNamara est en retard, comme d’habitude. Il va encore la seriner avec ses aventures sexuelles, lui raconter comment il a fait hurler toute la nuit sa conquête d’un soir. Leur équipe ressemble à un mélange de feu et de glace.

Le début de ce roman ressemble à s’y méprendre à un thriller, et l’enquête, bien complexe, se révèle ardue pour nos deux enquêteurs. Les chapitres, très courts, vont s’enchaîner en passant d’un personnage à l’autre. Il n’y a aucun repère en tête de chapitre pour indiquer lequel est au centre du chapitre et pourtant, on n’est jamais perdu. La magie du talent de Valentine Imhof commence …

Parce que, petit à petit, l’auteure va lever le voile, non pas sur l’intrigue, puisque l’on va rapidement comprendre de quoi il retourne, mais sur les personnages. Petit à petit, Valentine Imhof va gratter le vernis qui cache la psychologie de chacun d’eux, et révéler leur passé et les cicatrices qui en découlent, leurs blessures comme des tatouages indélébiles, ineffaçables, ces moments qui marquent une vie à jamais.

De ces personnages que l’on aura bien du mal à oublier, on se rendra compte que rien n’est aussi simple, qu’aucun d’entre eux n’est ni blanc, ni noir, ni gris. Ils sont un mélange de toutes les couleurs, pour donner un résultat indéfini, poussés par leur motivation propre. Et plus on s’enfonce dans le roman, plus le nombre de personnages augmente, et ils sont tous décrits avec la même acuité, la même justesse.

Valentine Imhof va donc nous plonger dans les abîmes de l’âme, et nous plonger dans un décor de douleur. Rapidement, on se retrouve dans un monde BDSM, et le décor est à l’image des personnages, une descente aux enfers comme une recherche du plaisir, la douleur comme un cri d’extase, non pas pour oublier le passé, mais pour se rechercher soi, sa vraie personnalité.

Valentine Imhof met aussi son style au service de son histoire, poétique et noir, agrémenté par une bande-son sans fautes (merci d’avoir cité Joy Division et d’avoir déterré My Bloody Valentine !). Il y a une vraie rage dans son écriture, de sa plume coule une lave incandescente qu’elle déverse sur chaque ligne. Ses phrases sont éclairées, lumineuses, éblouissantes et emplie de tant de noirceur, jusqu’au dénouement final extraordinaire, sans rédemption, sans espoir, noir opaque. Énorme ! Un brûlant roman à classer juste à côté de Versus d’Antoine Chainas.

Je vous le dis, coup de cœur !