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La chronique de Suzie : Les 7 jours du Talion de Patrick Senécal

Editeur : Fleuve Noir

Bonjour amis lecteurs. Me voici de retour à la surface. Je suis remontée car une drôle de musique est parvenue jusqu’à moi. L’entendez-vous.? Elle est plus forte à ce niveau. Ça fait « Joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, … »

Mais, bien sur. Aujourd’hui est un jour important dans la vie de notre hôte. C’est le jour de son anniversaire.

Donc permettez-moi de souhaiter un joyeux anniversaire à Pierre. Que cette nouvelle année lui propose de nombreux bonheurs littéraires et surtout des coups de cœur extraordinaires.

Du coup, je vais profiter de cette sortie inopinée pour vous parler de ma dernière lecture : « les 7 jours du talion » de Patrick Senécal.

Patrick Senécal, pour ceux qui ne le connaissent pas, est un auteur québécois qui possède une vingtaine de livres à son actif. Celui-ci est le cinquième à être publié en France (semblerait-il). Mais, ce roman a été publié en 2002, puis réédité en 2010 au Canada. La réédition correspond à l’adaptation du livre en film, scénarisé par l’auteur, sous le même titre avec quelques différences entre les deux supports.

Mais, retournons au livre, et en particulier vers la couverture. La couverture canadienne du format poche est très explicite. On y découvre un jeune homme blond, tête penchée, attaché à des chaines, au plafond par les poignets et un homme, de coté, dont on n’aperçoit qu’une jambe et un bras portant une masse. La couverture française est beaucoup plus sombre et plus sobre. Elle va jouer sur l’implicite au niveau des couleurs. Le titre est mis en avant avec une police orangé sur un fond sombre représentant une forêt et une maison. L’ensemble projette une ambiance de terreur et d’horreur. Les deux couvertures font leur effet et atteignent leur objectif.

Au niveau du synopsis, celui-ci est simple. Ce sont les implications et les conséquences qui vont se révéler complexes.

Lorsqu’il constate l’assassinat de sa fille unique Jasmine, à la sortie de l’école, Bruno Hamel, quadragénaire, chirurgien, voit son monde basculer. Incapable de pleurer, il essaie de faire son deuil. Jusqu’au moment où il apprend que son assassin a été arrêté. A partir de ce moment, Bruno Hamel va tout mettre en œuvre pour kidnapper ce « monstre ». Il va l’emprisonner et le torturer pendant sept jours jusqu’à sa mort, le dernier jour. Ira-t-il jusqu’au bout?

L’histoire va être structurée en huit parties. La première qui détaille la cause, le plan et l’enlèvement. Les sept autres correspondront à chacun des jours du décompte. Le synopsis va tourner autour de Bruno Hamel mais également d’un autre personnage qui est le sergent-détective Mercure. Ce dernier peut être considéré comme son alter-ego. A tour de rôle, ces deux personnages vont exprimer leurs pensées ainsi que leurs doutes. Ils ont un point commun qui les rapproche mais ils ont pris des directions différentes. Enfin, le fait de kidnapper et de torturer un « monstre » va engendrer des problèmes sociétaux. Faut-il considérer ce personnage comme une victime et déployer toutes les forces possibles ou laisser la justice personnelle s’en charger. Dans quel camp, vous rangeriez-vous? Et, si on laisse dériver, est-il encore possible de parler de justice?

Le personnage de Bruno Hamel est un personnage troublant car il ressemble à monsieur tout le monde, avec certes, plus de moyens. Mais, il est un père aimant qui ferait tout pour sa fille unique, ayant des émotions et pas aussi calme que l’on pourrait l’envisager. Il a également un coté impulsif qui apparaît sous certaines conditions. Après avoir appris le nom du meurtrier, il va se conditionner pour pouvoir accomplir ce qu’il pense devoir être fait. On a l’impression d’être face à un robot méthodique, sans émotion, qui suit le programme qui a été prévu pour lui.

Des failles vont apparaître lors de l’humanisation du « monstre ». C’est pour cela qu’il ne veut connaitre aucun renseignement sur sa victime. Enfin, bien que son plan soit axé sur la torture physique, il va découvrir que la torture psychologique est tout aussi gratifiante et synonyme d’horreur. L’espoir peut vous entraîner en enfer.

L’autre figure forte de ce roman est le sergent-détective Mercure. Celui-ci a tendance à compiler les informations qu’il récolte et à tomber juste, assez souvent. Il est calme et prend son temps pour comprendre. Il ne se précipite pas. Il a un profil similaire à celui de Bruno Hamel mais en restant humain. D’autres protagonistes secondaires vont faire avancer l’histoire dans un sens ou dans un autre, prendre parti pour un camp ou l’autre. Rien n’est blanc ou noir. On a juste une sélection de gris. Enfin, il y a une œuvre artistique qui va jouer un rôle important dans cette histoire et expliquer certains points. Laquelle? Je peux juste vous dire qu’elle est immense et que le fait de la voir est impressionnant et déconcertant.

Lorsque j’ai commencé à lire ce livre, bizarrement, l’histoire d’un film est apparue à mon esprit : « Prisoners » de Denis Villeneuve qui est également un film québécois. Quelle attitude adopterions-nous dans ce cas de figure? Je ne sais pas. Il y a une phrase dite par un personnage qui expose les différents types de monstres. Je vous laisse le plaisir de la découvrir dans son contexte original.

La question que se pose ce livre est de savoir si le personnage de Bruno va aller au bout de ses convictions ou s’il va s’arrêter avant, pris de remords ? Qu’est ce que la culpabilité, comment l’assumer? Comment vivre après un tel traumatisme? Un deuxième point va être également traité : la déshumanisation du monstre. Dans les différents films ou épisodes de séries ainsi que les livres que j’ai vu ou lu (dans la réalité, je ne sais pas si c’est le cas), on vous explique que le fait d’appeler une personne par son nom, sa qualité permet de l’ancrer dans un contexte précis et de ne pas la considérer comme une chose. Dans le cas de ce livre, le protagoniste principal fait l’inverse. Pourquoi à votre avis? Enfin, une des clés qui permet de comprendre le comportement de Bruno est représentée par un autre personnage … Je n’en dis pas plus.

C’est un livre que j’ai lu d’une traite. Le personnage de Bruno est une personne lambda qui pourrait être n’importe quel quidam. Mais, le cerveau humain peut entraîner des comportements erratiques lorsque celui-ci est soumis à un très fort traumatisme. On n’est pas égaux devant les traumatismes et la psyché se protège comme elle peut, quitte à accomplir des actes ignobles. Que feriez-vous à sa place?

Sur cette conclusion, je retourne à mon antre en souhaitant de nouveau un joyeux anniversaire à mon cher hôte. Je reviendrai prochainement avec une nouvelle lecture. A bientôt.

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Le chant des dunes de John Connolly

Editeur : Presses de la cité (Grand Format) ; Pocket (Poche)

Traducteur : Jacques Martinache

Je continue mon exploration de l’univers de Charlie Parker avec sa quatorzième enquête. Une nouvelle fois, John Connolly nous enchante avec cet excellent thriller. La liste des billets chroniqués sur Black Novel sur Charlie Parker est à la fin.

Quatrième de couverture :

Pour se remettre de l’attentat qui a failli lui coûter la vie, le détective privé Charlie Parker s’est retiré à Boreas, un coin isolé sur la côte, dans le Maine. Diminué, meurtri, il tente de reprendre des forces et occupe ses journées à arpenter la plage. Mais la découverte d’un noyé trouble sa convalescence.

Suicide ? Accident ? Ou crime ? Alors que le mort porte sur l’avant-bras des chiffres tatoués évoquant un horrible passé et que la voisine juive de Parker reçoit elle-même des menaces, la question se pose. Et est-ce une coïncidence si, quelques jours plus tard, une famille entière se fait massacrer non loin de là ? L’heure de la retraite n’a pas encore sonné : Charlie Parker doit agir.

Mon avis :

Après le précédent tome où Charlie Parker a terminé à l’état de cadavre ambulant, l’intrigue démarre donc avec notre détective préféré en convalescence dans une station balnéaire calme et tranquille. Angel et Louis vont assurer la sécurité de cette maison isolée sur la plage, n’ayant pour seul voisin qu’une femme et sa fille. Le corps d’un homme nommé Perlman est repêché non loin et d’autres meurtres ont lieu dans les environs. Il semblerait que le Mal rôde.

Comme je l’ai dit précédemment, John Connolly a trouvé son style, son rythme et nous sert des thrillers passionnants à suivre. Charlie Parker ayant voué sa vie à la lutte contre le Mal, il fallait bien que l’auteur se penche sur le cas de la Shoah. Et il en profite pour mettre en évidence que les Nazis étaient aussi des voleurs de grand chemin, rançonnant les juifs en échange de la vie sauve pour leur famille. Et c’est un sujet que je n’avais jamais lu et que les Américains ne connaissaient probablement pas non plus.

On retrouve dans ce roman ce qui fait l’attrait de cette série : des méchants extraordinaires (Steiger le lépreux ou l’homme puzzle), de l’humour froid (avec Angel et Louis ou même les frères Fulci) et cette manière inimitable de faire des digressions pour introduire ses personnages secondaires, sans oublier des scènes stressantes tellement visuelles. J’y ajouterai un autre thème qui est les pouvoirs de la fille de Charlie Parker, Samantha, et qui laissent augurer de fantastiques aventures à venir.

Ce chant des dunes est à nouveau une très bonne aventure, jouant avec les genres, entre roman policier, thriller, fantastique et humour. Du très bon divertissement intelligent en somme.

Les enquêtes de Charlie Parker dans l’ordre de parution sur Black Novel sont :

Tout ce qui meurt

Laissez toute espérance …

Le Pouvoir des ténèbres

Le Baiser de Caïn

La Maison des miroirs

L’Ange noir

La Proie des ombres

Les anges de la nuit

L’empreinte des amants

Les murmures

La nuit des corbeaux

La colère des anges

Sous l’emprise des ombres

Des poches pleines de poches

Voici le retour de cette rubrique consacrée aux livres au format poche. Et je vous propose deux romans à découvrir, et dont on va entendre parler puisqu’ils sont tous deux sélectionnés pour le Grand Prix des Balais d’Or 2019, organisé par mon ami Richard le Concierge Masqué.

Etoile morte d’Ivan Zinberg

Editeur : Critic (Grand format) ; Points (Poche)

Lundi 10 aout 2015, Los Angeles. Sean Madden et Carlos Gomez, deux inspecteurs du LAPD sont appelés au centre ville, au Luxe City Center Hotel. Un homme y a été assassiné et son corps est retrouvé menotté au lit et horriblement mutilé (surtout en dessous de la ceinture). La Scientific Investigation Division termine l’examen de la chambre sans rien trouver d’intéressant, à part des traces dans la moquette qui laissent à penser que la scène du meurtre a été filmée. La victime s’appelle Paul Gamble, propriétaire d’une société de partage de musique sur Internet. Les caméras révèlent qu’il est entré à l’hôtel avec une jeune femme blonde arborant de grandes lunettes de soleil.

Mardi 11 aout 2015, Santa Monica Boulevard, Los Angeles. Michael Singer est photographe de presse, ce que d’aucuns appellent paparazzi. Il a toujours rêvé d’être enquêteur et a découvert par hasard qu’il pouvait faire beaucoup de fric en surprenant les stars. Ce jour-là, il a rendez vous avec Freddy Fox, un flic qui lui sert d’indic. Moyennant finances, il lui apporte quelques affaires en cours en avant-première. L’une d’entre elles attire son attention : Naomi Jenkins, la star présentatrice des informations a été retrouvée nue, violée dans un entrepôt, victime de la drogue GHB. Plutôt que d’utiliser ces informations comme un reportage photo traditionnel, Michael va se lancer dans l’enquête.

Avec un polar, on recherche avant tout du divertissement. Ce roman m’a plus que surpris, il m’a étonné par les qualités dont il regorge, venant du deuxième roman d’un jeune auteur. Et en premier lieu, je voudrais mettre en avant le scénario redoutable, remarquable dans sa construction. On va suivre deux enquêtes en parallèle, qui vont se rejoindre à 100 pages de la fin et jamais, on n’est perdu ou on se demande où on en est. Les personnages sont très bien fait, sans en rajouter outre mesure.

Cela fait que c’est un livre passionnant à lire qu’on n’a pas envie de lâcher. Certes l’action se situe aux Etats Unis, et on aura tendance à le comparer aux maîtres du genre. Mais je trouve qu’il tient la comparaison haut la main tant tout est très bien fait. Et puis, le sujet de fond est la pornographie et le gonzo extrême. Il nous montre le derrière des scènes de cul qui s’apparente plus à un viol qu’à un travail. Il y a une scène éloquente et très dure à vivre qui démonte le mythe que veulent nous faire croire les titres variés et insultants.

En conclusion, passée ma surprise, ma découverte d’un nouvel auteur, je m’aperçois que ce roman, outre qu’il m’a fait passer un excellent moment, a laissé en moi des traces grâce à ces personnages de Madden et Singer. Ne croyez pas que tout va y être rose bonbon, loin de là. Et nul doute que je lirai ses autres romans dont jeu d’ombres et Miroir obscur. Voilà du divertissement haut de gamme.

L’essence du mal de Luca D’Andrea

Editeur : Denoel (Grand Format) ; Folio (Poche)

Traductrice : Anaïs Bouteille-Bokobza

Jeremiah Salinger est scénariste de documentaires et rencontre le succès grâce à une série consacrée aux roadies de groupes de rock. Avec son ami et cameraman Mike McMellan, il va réaliser trois saisons de Road Crew mettant en lumière ces hommes de l’ombre qui assurent le bon déroulement des concerts. C’est aussi aux Etats Unis qu’il rencontre Annelise, originaire des Dolomites, qu’il va épouser et avec qui il va avoir une fille adorable Clara.

En crise de création, il va suivre sa femme dans son village natal du sud de Tyrol, à Siebenhoch et profiter de la vie de famille, d’autant plus que Clara est très éveillée. C’est là-bas qu’il va avoir l’idée d’un documentaire racontant la vie des sauveteurs. Mais lors d’un tournage, l’équipage va mourir et Salinger sera le seul rescapé. Marqué par cet accident, il va trouver sa planche de salut dans un événement dramatique qui a eu lieu 30 ans auparavant et qui a vu le massacre de trois jeunes gens dans la faille du Bletterbach.

« La rencontre sanglante de Stephen King avec Jo Nesbo » annoncée par le bandeau de Folio est largement exagérée, il faut le savoir. Certes, les trois jeunes gens ont été tués de façon atroce, mais cela est expliqué sans description gore. Si les relations entre Salinger et sa fille peuvent faire penser au King, l’évocation de Jo Nesbo m’interpelle. Franchement, je ne vois pas.

Par contre, on a droit à un roman qui oscille entre enquête de journaliste, chronique familiale, thriller et fantastique. C’est un mélange de genres qui fonctionne à merveille, surtout grâce au talent de l’auteur de savoir décrire simplement la vie familiale de Salinger avec des scènes visuelles dont certaines sont empreintes de mystère et qui créent une angoisse prenante.

Ah oui, on craque pour Clara, on est passionné par Werner, on a plaisir à rencontrer les habitants du village et on a beaucoup de sympathie pour Salinger qui a une obsession : trouver l’origine des meurtres comme une sorte de rédemption pour lui-même, pour qu’il se prouve qu’il vaut encore quelque chose. Et l’auteur joue des cordes sensibles, n’utilisant les scènes de tension que quand il le juge utile, et non pour relancer le rythme comme le font les Américains.

Cela donne à ce roman une forme personnelle et originale, très agréable à suivre surtout si on considère que c’est un premier roman. Et même s’il fait 500 pages, on n’a pas envie de laisser tomber le roman, tant on s’attache à ce personnage de Salinger qui nous parait si vivant et si humain. Voilà un nouvel auteur épinglé sur Black Novel, une bien belle découverte d’un auteur dont je vais suivre les prochaines publications.

Ne ratez pas l’avis de Cédric Ségapelli

Dans les angles morts d’Elizabeth Brundage

Editeur : Quai Voltaire

Traductrice : Cécile Arnaud

Je ne sais pas si ça vous intéresse, mais je vais vous parler d’une habitude, d’une manie que j’ai, pour le choix de mes lectures. Chaque année, il y a des romans dont je sens qu’ils vont me plaire, ou tout du moins, des romans qui ont tout pour me plaire. Cela peut aller de l’auteur au sujet en passant par la lecture de la première page dans une librairie ou même un article de blog. Dans ces cas-là, je les achète, les mets de coté et les lis tous pendant le mois de décembre.

Ce roman là, je l’ai mis de coté suite aux nombreux billets élogieux chez les collègues, et surtout grâce à celui de Christophe Laurent. Et si je l’ai lu en novembre, c’est parce que ce titre est sélectionné pour le Grand Prix des Balais d’Or 2019 organisé par mon ami Richard. Autopsie des habitants de la campagne américaine.

Chosen est une petite ville perdue du Nord-Est des Etats-Unis, qui vit en autarcie. Les habitants n’aiment pas les gens de la ville, de New York, trop hautains pour eux. A Chosen comme dans toute petite ville, tout le monde sait tout, personne ne dit rien. Les Clare se sont installés à Chosen après avoir quitté New York. Ils ont acheté la ferme des Hale, suite à la saisie par la banque pour manquement de paiement. George Clare est professeur au collège et Catherine était peintre mais a abandonné son travail pour élever leur fille.

23 février 1979. La famille Pratt est en train de préparer à manger quand les chiens se mettent à aboyer. Dehors, leur voisin, George Clare se dirige vers leur maison, avec sa petite fille Franny dans les bras. George a l’air choqué, et la petite fille annonce : « Maman a bobo ». June Pratt demande à son mari Joe d’appeler la police. Une demi-heure plus tard, le shérif Travis Lawton débarque. Lawton décide d’aller sur place avec George. Dans la chambre conjugale, le corps de Catherine Clare git avec une hache plantée dans la tête.

George est immédiatement emmené au poste du shérif pour interrogatoire. La veille, ils ont mangé, comme d’habitude, se sont couchés à 11 heures. George est parti au travail à sept heures. Il part tôt depuis qu’il est devenu directeur du collège. Jusque là, tout était normal. Quand il est revenu, il a découvert sa femme morte, sa fille en train de jouer au rez de chaussée. A la réaction de Travis, George sent bien qu’il va avoir besoin d’un avocat. Mais que s’est il donc passé dans la ferme des Hale, puis des Clare ?

Il me faut prévenir le lecteur ou la lectrice : ce roman n’est pas pour les amateurs de thriller sanglant, ni pour celui qui cherche une écriture directe. Ce roman est tout simplement un beau roman de pure littérature, le genre de roman dont la plume va vous plonger dans un autre monde et vous bouleverser, vous hanter longtemps. Plonger, c’est le bon terme, car il va placer au centre d’un décor étrange et mystérieux des personnages et décortiquer, autopsier leurs réactions.

Ce roman est découpé en cinq parties, dont chacune va faire avancer l’intrigue, tout en en découvrant des aspects différents mais toujours avec la même pureté. Après avoir présenté le meurtre de Catherine, il va revenir un an auparavant, lors de l’arrivée des Clare, puis nous présenter la précédente famille propriétaire, les Hale, dont leurs trois fils ont été élevés par leur oncle et tante. Puis, les voisins, les habitants de cette petite ville vont apparaître, ayant chacun leur rôle à jouer dans cette histoire.

Dès la première partie, dès le début en fait, on est pris par la main, on est envoûte par l’écriture toute en finesse, toute en précision de l’auteure. Le fait qu’elle ne signale pas les dialogues ne gêne la lecture mais ajoute un supplément de vérité par la réaction de celui ou celle qui parle. Et c’est une aura de mystère qui plane sur cette histoire, avec l’interaction des acteurs avec la ferme mais aussi avec la nature environnante.

Puis on change de registre dans la deuxième partie, en dévoilant les dessous de l’intimité des différentes familles qui nourrissent ce roman. La tension monte, l’horreur du quotidien devient pesante alors que l’écriture se veut toujours aussi précise, mais plus analytique, distante. Et plus on avance dans le roman, plus cette tension devient intolérable au fur et à mesure que l’on s’attache aux personnages.

Le but d’Elizabeth Brundage n’étant ni de faire un roman policier, ni un roman fantastique, elle parsème son histoire d’un peu de chaque genre avec toujours autant de classe. Cela en fait un roman tout simplement inclassable, hors genre, et ceux qui veulent creuser un sillon entre littérature blanche et littérature noire seront bien embêtés quand il s’agira de parler de ce roman. Car ce roman est tout simplement un grand roman, et probablement le roman le mieux écrit de tous ceux que j’aurais lu cette année. Vous vous devez de le lire, il comporte des centaines de phrases qui trouveraient leur place dans un recueil de citations, il contient des personnages inoubliables, des scènes incroyables. Et cette écriture est tout simplement magique.

Ne ratez pas aussi l’avis de mon ami Denis

Coup de projecteur sur les éditions Cairn

Les éditions Cairn sont une petite maison d’édition du Sud Ouest qui a déjà plus de vingt années d’existence. Elle promeut des livres issus du sud ouest de la France. Une collection est dédiée au polar ; elle s’appelle Du Noir au Sud. Je vous propose deux titres récemment édités dans le cadre de cette collection.

Erreurs d’aiguillage de Philippe Beutin

Vendredi 31 octobre 2014. Le nouveau chef de SRPJ de Toulouse, le capitaine Gilles Pillière doit débarquer le lundi suivant. Mais ce qui importe à Jérôme Carvi, « le Chinoir », c’est de retrouver Audrey dont il est amoureux depuis sa précédente enquête relatée dans Jeux de dames. Le lundi suivant, le nouveau capitaine annonce la couleur, il fera régner l’ordre dans son service, d’une poigne de fer.

Mercredi 1er avril 2015. Un homme est retrouvé mort sur les voies sortant de l’entrepôt de maintenance de la SNCF. Selon le conducteur, le type était mort avant qu’il roule dessus. A priori, il a été électrocuté avant de tomber sur les rails. Il s’avère que c’était un électronicien, Lionel Martin, qui travaillait à l’autre bout des entrepôts. En plus, il ne portait pas ses EPI (Equipements de Protection individuelle).

Avec ce roman, nous allons découvrir une partie des services qui gravitent autour d’un train. Et cela permet d’en apprendre beaucoup, de la part d’un ancien de la SNCF. Il nous présente avec humour les acronymes incompréhensibles, l’organisation, et surtout l’obsession de l’entreprise pour la sécurité. Pour Jérôme, il va lui falloir s’adapter pour découvrir qu’il a à faire avec un mystère et que cette mort pourrait bien cacher un meurtre. Le doute n’est plus permis quand les morts s’amoncellent.

Je dois dire que ce roman est très bien mené, et que s’il est de facture plutôt classique, c’est un vrai plaisir à lire, malgré le grand nombre de personnages. Si le personnage principal est bien le Chinoir, fou amoureux mais tenace dans son travail, les autres ne font pas figure de décoration. Après Jeux de dames que j’avais adoré, voilà un roman policier qui confirme les grandes qualités de Philippe Beutin pour construire des intrigues complexes.

Ils vont tous mourir de Raphaël Grangier 

Ça aurait du être des vacances formidables pour la famille Rougier, en cet été de 1986. Christophe, conseiller financier au Crédit Agricole, est au volant, aux cotés de sa femme Véronique, institutrice. A l’arrière de la Renault 14, la petite Emilie écoute Madonna sur son walkman et le petit Thomas attend avec impatience l’arrivée au camping du Château Le Verdoyer dans le Périgord. Mais alors qu’ils prévoient de faire des randonnées en pleine nature, les enfants du camping vont bientôt disparaître les uns après les autres. Le jeune commandant de police Guillaume Dubreuil va avoir fort à faire.

Ce roman commence tout doucement, par nous présenter la région et le contexte du camping. On sent dans ce début tout l’amour que porte l’auteur à cette région. Et c’est un vrai plaisir à suivre ce guide, d’autant plus que le style est très littéraire et très plaisant. C’est avec la disparition du premier enfant, puis du deuxième que va monter l’inquiétude puis la tension jusqu’à devenir un stress insoutenable.

Et le roman que j’avais cru être un roman policier va se transformer en thriller avec l’apparition d’un tueur en série enfermé dans un hôpital psychiatrique. L’auteur va utiliser les ficelles lues et vues dans le Silence des agneaux ou Seven et se les approprier pour nous offrir un roman surprenant par son ambition et d’une concision fort appréciable. Au final, on passe un bon moment, que dis-je un excellent moment avec des scènes difficilement oubliable dans un décor de rêve.

Retenez bien ce nom : Raphaël Grangier est un auteur au talent indéniable qui n’a pas fini de nous surprendre. Je serai au rendez-vous de son prochain roman, pour sur !

Des airs de vendredi 13 …

Rappelez-vous, dans les années 90, une série de films mettant en scène un tueur en série, racontait comment tuer une bande jeunes gens de façon horrible (et comique, moi, je trouvais ça comique !) les uns après les autres. Je ne parle pas d’Halloween de John Carpenter, mais de Vendredi 13 de Sean Cunningham. Je vous propose deux lectures qui peuvent entrer dans cette catégorie, avec des bases de sujet différentes.

Itinéraire d’une mort annoncée de Fabrice Barbeau

Editeur : Hugo & Cie

Auréolé d’un bandeau rouge annonçant un Coup de Cœur RTL, ce roman est passé entre mes mains car il fait partie de la sélection 2018 du Grand Prix des Balais d’Or. C’est un roman à suspense bien stressant.

Anthony est un jeune homme qui a tout perdu : son travail, sa femme, et même son compte en banque. Il quitte son appartement et se retrouve à la rue, cherchant un endroit à l’abri du froid pour dormir. Les premières nuits, il se fait dépouiller et tabasser. Sa chance réside dans Mélanie, une jeune policière qui décide de l’héberger pour lui redonner gout à la vie. Pour son anniversaire, elle lui fait une surprise : Réunir ses anciens amis dans une maison de campagne pour fêter son anniversaire.

Ce roman ne manque pas d’ambition : peindre le portrait d’un jeune homme qui a tout perdu, sur une base d’allers-retours entre passé et présent. Si le principe est connu, il est bien difficile à maîtriser. Le grand talent de l’auteur est bien de trouver tous les événements qui vont rendre cette histoire crédible et intéressante. Si le début du roman commence comme un roman psychologique, le rythme des événements augmente très vite pour créer une tension et un stress qui nous fait oublier de chercher le coupable.

Car les disparitions et les morts vont s’accumuler, et le roman se transformer en huis-clos de la mort. A la façon d’un Dix petits nègres, mais avec plus de violence, ce roman m’a surtout fait penser à la série Vendredi 13, qui était surtout comique par la façon de mettre en scène les meurtres. Même si j’ai deviné le nom du coupable assez tôt dans le roman, je dois dire que je me suis laissé prendre au jeu, surtout au nom de la nostalgie des films d’antan et parce que ce roman arrive à nous tenir en haleine sur plus de 300 pages. Ce qui prouve que ce roman est un bon divertissement.

Les lois du ciel de Grégoire Courtois

Editeur : Gallimard Folio

Conseillé par Coco, voilà un sujet bien glauque puisque le départ du roman est un voyage en classe transplantée ou classe verte d’une douzaine de gamins de CP, accompagnés de trois adultes. Ils ne partaient pas loin, tout juste une dizaine de kilomètres dans les bois. Les accompagnateurs étaient Frédéric Brun l’instituteur ainsi que deux mamans Sandra Rémy et Nathalie Amselle. Le premier chapitre se termine ainsi :

« Et voilà.

Les enfants étaient partis.

Et jamais ils ne reviendraient. »

Parmi les enfants, on trouve tous les caractères inhérents aux enfants de leur âge, qu’ils soient peureux, courageux, attentifs ou turbulents. Je dois dire qu’après le froid du premier chapitre, on en vient à s’intéresser à cette histoire pour comprendre. Et les mises en situation permettent de nous imprégner de ces psychologies, avant le drame, horrible comme il se doit qui va nous mettre en situation.

D’amusement, on passe à l’horreur de la mort de Fred et on continue à faire défiler les pages pour voir comment tous ces enfants vont connaitre leur fin irrémédiable. En tant que parent, je dois dire que cela met bien mal à l’aise, et en tant que lecteur, l’auteur nous interpelle clairement devant notre désir de voyeurisme. Et de divertissement amusant, on se retrouve avec ce genre de roman qui nous met mal à l’aise face à notre volonté d’en voir toujours plus.

Au bout du compte, ce petit roman (200 pages) en dit bien plus que d’autres de 400 pages, et s’avère une belle démonstration d’un voyeurisme malsain. Ce sera un roman difficile à oublier.

Tuez les tous … mais pas ici de Pierre Pouchairet

Editeur : Plon – Sang neuf

Voilà un auteur que j’avais découvert chez Jigal, avec la Prophétie de Langley, roman qui nous plongeait dans une situation d’attentat contre une centrale nucléaire. Pierre Pouchairet confirme avec ce roman tout le bien que je pense de ses intrigues.

Au commissariat de Quimper, la sous-brigadier Geneviève Louedec assure la réception des plaintes et les rédactions des main-courantes. Martine et Louis Loubriac sont à l’accueil pour faire part de la disparition de leur fille Julie. Martine est une femme sèche, désagréable au premier contact. Quant à à Louis, c’est un ex-tout : ex-flic, ex-journaliste, ex-mari. Geneviève essaie de les rassurer puisque Julie est connue pour faire des fugues. Mais là, elle est partie sans rien, ni affaires, ni argent.

Louis ne peut se résoudre à attendre que la police veuille bien faire quelque chose. Il a peu dormi cette nuit, réveille sa compagne Jennifer en se levant, et décide de fouiller la chambre de sa fille chez Martine. Il trouve son ordinateur, protégé par un mot de passe. Louis décide de faire jouer ses anciennes relations pour trouver une piste. Et petit à petit, il va se lancer lui-même dans cette enquête.

Julie est réveillée par un bruit de coups de pied dans les murs de la cabane en tôle. Il fait encore nuit mais c’est l’heure de l’Adhan, l’appel à la prière. Elle s’est vite liée d’amitié avec Aicha, une infirmière du 9-3, parmi toutes les jeunes filles de nationalités différentes. Elle a aussi une pensée pour Yacine, son amoureux qui l’a demandée en mariage il y a 3 semaines. Au jour levé, Julie voit que les garçons et les filles ont été séparées dans deux cabanes différentes. Des véhicules approchent, soulevant un nuage de poussière épais. Ce sont de gros 4×4, qui entourent les cabanes. Des hommes sortent et tirent sans pitié avec des mitraillettes. La cabane des garçons est criblée de balles. Les filles sont épargnées. Julie s’attend au pire, être maltraitée, tuée, violée …

Quand j’étais petit, je n’étais pas grand … Soyons sérieux, au moins quelques minutes. Quand j’étais plus jeune, j’aimais beaucoup les romans américains où un homme (ou une femme) standard comme vous et moi se retrouvait embringué dans une affaire qui le dépassait … et finissait par se retrouver dans une machination diabolique ayant des répercutions aussi extraordinaires qu’internationales (le plus souvent). Avec la multiplication des attentats, on voit ressortir des romans qui, sans être conspirationnistes, permettent des intrigues originales et surtout renversantes.

Tout démarre par une situation à laquelle tout le monde peut être confrontée, à savoir la fugue de sa fille. Après avoir présenté le couple Loubriac, en quelques chapitres, on entre réellement dans le vif du sujet. Pour être franc, le début ne m’a pas convaincu, ce qui fait que j’avais laissé tomber le bouquin. Et puis, vacances aidant, je l’ai repris et j’ai été pris dans le rythme imposé par l’intrigue.

Si les psychologies ne sont pas le fort de ce roman, au sens où elles passent au second plan après l’action de l’histoire, il n’en reste pas moins qu’elles restent crédibles. Louis, qui a tout raté dans sa vie, retrouve un sens à sa vie pour aller sauver sa fille. Placé au premier plan, Louis va assurer l’avancée de l’intrigue, bien qu’il soit entouré de personnages intrigants. Et c’est là où la narration de vient forte : Entre les islamistes et de sombres personnages qui œuvrent dans des bureaux et dirigent des pantins, le lecteur que je suis se retrouve tout le temps en terrain dangereux, malmené et me demandant où tout cela peut bien nous emmener.

Car, au bout de ce roman de 480 pages, on voit se dessiner une machination aussi inhumaine que démoniaque, que l’on peut éventuellement entrevoir plus tôt dans le terrain. Et c’est là où Pierre Pouchairet est fort : nous construire des intrigues folles, tout en restant crédible. Car ce roman finit par faire passer un frisson désagréable dans le dos, et on finit par croire à toutes les magouilles possibles et imaginables que l’on ne nous raconte pas. Voilà un roman de divertissement haut de gamme, qui m’a impressionné.