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Elijah de Noël Boudou

Editeur : Flamant noir

Si je ne connais pas l’auteur personnellement, si je ne l’ai jamais rencontré physiquement, nous avons eu l’occasion de deviser parfois sur un réseau social. Quand j’ai appris qu’il allait sortir son premier roman, j’étais évidemment intéressé, avant même de connaitre son sujet. Ce premier roman laisse augurer d’un futur radieux pour Noël, tant il regorge de rage.

Le personnage principal de ce roman se nomme Gabriel. Depuis sa plus tendre enfance, il subit les violences de son père, à chaque fois qu’il rentre saoul à la maison. Dans ces moments là, les coups pleuvent sur sa mère ou lui. Alors il s’est forgé un moral d’acier, a tout fait pour s’endurcir, jusqu’à ne plus ressentir de douleur. Il s’est aussi fait une promesse : Il tuera son père pour ce qu’il lui a fait.

Quand il a atteint l’âge de 18 ans, son père a tellement frappé sa mère qu’elle s’est retrouvée à l’hôpital. C’est à ce moment là qu’il a mis au point son plan, attirant son père dans la cave avant de tuer le Monstre de manière atroce, à l’image de ce qu’il a subi. Sa mère ne survivra pas, mais elle mettra au monde un petit frère, lourdement handicapé. Il fera tout ce qui est en son pouvoir pour obtenir sa garde et le nommera Elijah.

Pendant 10 ans, Gabriel subviendra aux besoins de son frère Elijah, les deux devenant inséparables. A chaque date anniversaire, Gabriel deviendra l’ange vengeur, tuant un autre monstre, coupable de violences conjugales. Et pour trouver l’argent nécessaire à l’entretien de son frère, il se fera gigolo auprès de dames âgées en mal de sensations. Leur vie va être bouleversée avec l’apparition d’AlineHandi

Autant vous prévenir tout de suite : ce livre est ultra violent, à la limite du gore dans certaines scènes. Il faut dire que le sujet s’y apprête bien pour marquer le lecteur et mettre sur le devant de la scène un sujet dont on parle, mais dont on ne mesure pas ni la réalité, ni les conséquences. A partir de cette réalité devenant hélas un fait divers commun, Noël Boudou grossit le trait pour nous narrer le destin de Gabriel.

Concernant l’écriture, je dois dire que j’ai tout de suite accroché au style de Noël Boudou, s’avérant très direct, sans entrer dans des descriptions psychologiques sans fin. Il y a une efficacité remarquable dans ce qu’il écrit, faisant ressortir toute la rage qui l’anime. Cela en fait un roman attachant, malgré la violence des scènes, très crues. Malgré les coincidences du début du roman, l’auteur arrive à éviter les scènes mièvres pleines de bons sentiments.

D’ailleurs, je qualifierai ce roman de vicieux, plaçant le lecteur en face de ses responsabilités. Le personnage de Gabriel, tout meurtrier qu’il est, est un homme plein de courage, plein de bons sentiments. Malgré qu’il soit un Monstre, Noël Boudou nous demande de choisir entre l’amour et le dégout. Sa quête de vengeance n’est pas justifiable, mais pour autant, l’impunité de ces Monstres fait rager. Et on sent bien toute la passion de l’auteur pour son sujet, grossissant le trait à la limite de la caricature pour mieux nous poser ses questions en pleine figure. C’est un roman rageur certes, mais aussi passionné et provocateur, vicieux dans sa forme.

Il faut tout de même que je vous avoue que j’ai moins gouté les scènes de violence, extrêmement crues, Je ne suis pas fan de scènes gore, et là, j’ai été servi. J’ai même sauté des passages tant c’est détaillé. Si je comprends le but de Noël Boudou, qui est de faire réagir, ce défaut (vu mes gouts de lecture) est facilement gommable. Il n’en reste pas moins que ce roman est une lecture que j’aurais beaucoup de difficultés à oublier, à mi-chemin entre le roman noir et le thriller. Un livre plein de rage écrit avec des tripes.

Noël : j’attends ton prochain avec impatience !

La chronique de Suzie : Mör de Johanna Gustawsson

Editeur : Bragelonne

Sur Black Novel, on aime Johana Gustawsson … et on n’est pas les seuls. Suzie, ma chroniqueuse invitée, est de retour pour parler de Mör, son dernier en date. D’ailleurs, ça faisait un petit bout de temps que tu n’étais pas venue, hein, Miss Suzie ?

Je lui laisse la parole :

Bonjour a tous. Cela fait un moment que je ne suis pas venue vous voir avec un billet. Trop de livres à lire et pas assez de temps pour le faire, et donc entre vous écrire un billet et lire, j’ai choisi de lire. Mais, j’ai décidé de sortir de ma cave pour vous parler d’un deuxième roman.

Souvenez-vous, en octobre 2015, Bragelonne publiait le premier roman d’un auteur dont l’intrigue se promenait entre deux lieux et deux époques. D’ailleurs, nous avions fait un billet à deux sur le sujet. La voici donc de retour avec une nouvelle aventure s’intitulant « Mör ». Cette dernière vient de sortir mercredi !

Nous allons donc retrouver notre profiler préféré, Emily Roy qui doit enquêter sur l’enlèvement d’une actrice devant son domicile. Affaire qui ressemble, à se méprendre, à celle d’un tueur en série qui attend tranquillement son heure. En plus, il est responsable de la mort du compagnon de l’écrivain Alexis Castells. De quoi perturber la psyché de cette dernière ainsi que sa nouvelle relation.

Comme dans le premier opus, l’auteur mêle deux périodes temporelles différentes. Dans le premier volume, l’histoire commence en pleine Deuxième Guerre Mondiale, avec les camps de concentration et ses conséquences sur les protagonistes de l’histoire en cours. Alors que dans ce tome, l’auteur va s’intéresser au quartier de Whitechapel et à l’histoire de Jack l’Éventreur. Cette dernière aura-t-elle une incidence sur l’affaire en cours? Je vous laisse le découvrir.

Autant dans le premier tome, l’auteur nous mettait face aux faiblesses de ses héroïnes, autant dans celui-ci, elle va dévoiler un coin de l’histoire. Car, dans certains cas, il faut revenir dans le passé pour pouvoir avancer.

Le rythme ne change pas, constitué par des chapitres courts qui nous emportent d’un point à un autre de l’Histoire et nous faisant changer régulièrement de continents. Aux protagonistes du premier opus vont se rajouter des protagonistes principaux dont un personnage féminin qui devrait être récurrent. D’ailleurs, par beaucoup de points, elle ressemble à Emilie avec une personnalité qui lui est propre. Lors d’une interview via les médias, l’auteur a donné la raison du choix du titre qui, avec ou sans tréma, ne signifie pas la même chose. D’ailleurs, si vous lisez la quatrième de couverture, vous comprendrez pourquoi.

Comme beaucoup de personnes, j’avais hâte de pouvoir retrouver Alexis et Emily dans de nouvelles enquêtes. Surtout que l’auteure nous avait abandonné sur les fameuses boites noires d’Emily qui m’ont fait rager. Ayant beaucoup aimé le premier tome et étant une fan des histoires sur Jack l’Éventreur, j’ai dévoré le roman pour connaitre la fin.

La fin??? Il faut que je vous avoue une chose. Même si je ne devrais pas, j’aime connaitre la fin rapidement et suivre le cheminement jusqu’à celle-ci. Du coup, je suis allée lire quelques pages pour me faire une idée. Comme j’ai mal choisi, je ne me suis pas spoilée. J’ai découvert de nouveaux personnages dont une qui, j’espère, vous devriez aimer.

Il y a une scène que j’ai particulièrement appréciée entre Emily et une tasse de thé un peu spéciale. Sinon, je m’attendais à quelque chose dans le même style que le premier volume et je me suis retrouvée retournée comme une crêpe. Je ne m’attendais pas à ce genre de scène. Autant certains points étaient évidents, autant d’autres m’ont surprise. Et comme certains le savent déjà, un troisième tome est déjà prévu et il se déroulera dans le pays natal des parents d’Alexis : l’Espagne. Il faudra juste être patient.

Dompteur d’anges de Claire Favan

Editeur : Robert Laffont

J’ai déjà dit et redit tout le bien que je pense de Claire Favan, sa capacité à écrire des histoires marquantes, à créer des personnages incroyables et à nous prendre dans ses filets pour nous faire passer d’excellents moments de lecture. A chaque fois, ses romans sont différents, et encore une fois, Dompteur d’anges est une formidable réussite.

Tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Max Ender est depuis sa naissance marqué d’une sorte de destin funeste. Quand il est né, sa mère Faye a vu son père Derek partir, arguant qu’il ne voulait pas d’enfant. Alors elle l’élève seule, courageusement. Quand un camion la fauche, Max se retrouve seul à gérer sa vie, alors qu’il a à peine 19 ans. Et comme il est gentil, les gens lui confient des petits travaux.

Il rencontre Kyle, le fils des Legrand chez qui il travaille. A 12 ans, Kyle est remarquablement intelligent et ils deviennent les meilleurs amis du monde. Alors que Max se blesse, Kyle propose de rentrer chez lui pour aller chercher des compresses. Kyle prend son vélo et se précipite, pendant que Max se rend chez Mme Briggs, son prochain chantier. Personne ne reverra Kyle.

La mère de Kyle appelle Max le soir. Elle est inquiète. Alors Max refait le chemin retour pour retrouver son ami. Il aperçoit un vélo caché sur le bas-côté de la route, et découvre le corps de Kyle. Il a été violé et assassiné. Max n’étant pas très cultivé, il fait figure de coupable idéal. La police ne cherche pas plus loin et l’envoie en prison. Mais en prison, on n’aime pas les violeurs d’enfants.

Max va subir les pires outrages, pendant plusieurs années. Et son histoire, il va la mettre sur le dos de son manque de culture. Il va lire des livres et des livres … jusqu’à ce que le véritable coupable soit trouvé et Max se retrouve dehors. Son calvaire, sa torture va devenir sa motivation : la société devra payer et ceux qui l’ont enfermé vont souffrir comme lui a souffert. Avec l’argent qu’il touche, il achète une caravane et rencontre Suzy. Son avenir, il le voit très simplement : il va élever des enfants dans la haine de la société. Pour cela, il va enlever Tom Porter, le fils d’un de ceux qui l’ont enfermé.

Construit en trois actes, nommés Dompteur d’anges, Frères de sang et Frères ennemis, ce roman est un excellent exemple de ce que Claire Favan est capable de nous écrire en termes de créativité de l’intrigue. Je ne vais pas vous le cacher longtemps, j’ai lu ce roman de 400 pages en 2 jours, et m’a presque fait passer une nuit blanche ! Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas été pris dans un engrenage si savamment dosé, accroché aux pages pour savoir comment cela allait se dérouler.

Si l’histoire commence avec Max Ender, comme je l’ai fait lors de mon résumé (qui ne couvre qu’une cinquantaine de pages, rassurez-vous), elle va vite s’orienter sur Cameron (le nouveau nom de Tom Porter, après son adoption par Max). Max va alors former, éduquer Cameron à devenir une arme contre la société, de façon à réaliser sa vengeance, qui prend ici une dimension inédite.

Si la vengeance est bien le thème central du début du livre, la question qui est posée par Claire Favan est bien celle de l’éducation de nos chères têtes blondes. En grossissant le trait, parce que nous sommes dans un roman, Claire Favan nous montre comment on peut créer des monstres, ou des antisociaux. Et le lecteur que je suis, qui a depuis belle lurette éteint sa télévision pour ne pas subir les programmes débilitants, a fortement apprécié ces questionnements.

Le début du livre est donc dur, psychologiquement parlant, bien sur. Car en plus de nous placer face à ce débat, Claire Favan place ses personnages dans une situation ambigüe, et les rend attachants, ou du moins suffisamment pour que l’on se pose en juge. Evidemment, cela n’est possible que parce que les personnages sont encore une fois formidables et les situations potentielles possibles. Et surtout, logique. L’enchainement des rebondissements est un pur plaisir, et il y en a tellement qu’on est pris par la narration pour ne plus s’arrêter, d’où ma nuit presque blanche.

La suite du roman est à l’avenant : nous sommes questionnés sur les relations fraternelles, sur la culpabilité, sur les erreurs de la justice, sur la subjectivité des gens, sur les couleuvres qu’on nous fait avaler à longueur de la journée. Et tout cela dans un roman à suspense, un parfait page-turner, qui ne vous laissera jamais tranquille. Même lors du dernier chapitre, on se demande si cela va se terminer bien ou mal.

Voilà, voilà. Vous trouverez tout cela et même plus dans ce roman. Vous l’aurez compris, Claire Favan est incontournable dans le paysage polardeux français, et avec ce roman, elle a écrit une fois écrit un fantastique thriller (dans le bon sens du terme). Et jusqu’à maintenant, en ce qui me concerne, elle a réalisé un sans fautes ! Terrible, ce roman !

Derrière les portes de B.A.Paris

Editeur : Hugo&Cie

Traducteur : Luc Rigoureau

C’est à la suite d’une discussion avec Jeanne Desaubry, puis du billet de l’ami Yvan, puis de l’insistance de ma femme, que je me suis jeté sur cette lecture. Je dois dire que le fait que ce soit un premier roman était un argument supplémentaire. Et pour un premier roman, c’est assez époustouflant.

Grace est une commercial de fruits et légumes pour les magasins Harrod’s. Depuis que ses parents sont partis vivre leur retraite en Nouvelle Zélande, elle s’occupe du mieux qu’elle peut de sa sœur trisomique Millie. Etant très souvent en déplacement en Amérique du Sud, Grace a placé Millie dans une école spécialisée et passe les week-ends où elle est là avec sa sœur.

C’était une après midi comme une autre, un de ces samedis ensoleillés où il fait bon piqueniquer dans un parc et jouer aux cartes, allongé sur la pelouse. Quand une musique se fait entendre, Millie se met à danser juste à coté d’un kiosque. C’est alors qu’un homme se lève et invite Millie à danser. Pour Grace, outre que cet homme est très beau, c’est le coup de foudre. Il s’appelle Jack Angel.

Jack est un avocat à succès qui défend les femmes victimes de maltraitance conjugale. Jack va faire la cour à Grace, demander sa main à ses parents et ils vont projeter de se marier. Leurs amis voient en eux le couple idéal, ils sont faits l’un pour l’autre. Jack prévoit un voyage de noces en Thaïlande et comme cadeau de mariage une maison à la campagne. Le jour du mariage, Millie qui doit être la demoiselle d’honneur, se casse une jambe. Ce n’est que le début du cauchemar de Grace.

Il y a une certaine naïveté dans ce roman, de premier degré, qui fait que le lecteur est immédiatement plongé dans la psychologie de Grace, puisque c’est elle qui nous raconte son histoire. Et c’est cette naïveté, cette fraicheur qui font que la recette fonctionne si bien. Mais il n’y a pas que ça : Le roman est construit en alternance entre passé et présent, et il s’ouvre sur une scène actuelle où le couple Angel reçoit deux couples d’amis. Effectivement, dans cette scène, on voit bien que Jack et Grace forment le couple idéal … si ce n’est qu’il y a quelques remarques, quelques sous-entendus qui vont faire que l’on se pose des questions … Ces questions vont se muer en malaise jusqu’à la scène du mariage où nous entrons dans le vif du sujet !

L’intérêt n’est pas dans la tension inhérente à une situation de torture mentale mais bien dans la réaction de Grace face aux maltraitances, ou devrais-je dire à la torture psychologique  que va lui infliger son mari Jack. Et si certaines situations peuvent paraitre peu crédibles, BA. Paris s’en sert pour montrer une Grace aux abois, faisant tout ce qui est en son pouvoir pour tout encaisser et espérer sauver Millie.

Il n’y a rien de nouveau dans le thème choisi, mais l’originalité tient dans ce fragile équilibre que l’auteure créé entre les événements et la réaction de Grace, en évitant des scènes granguignolesques et surtout en ne transformant jamais Grace en Super-héroïne. Sans aucune violence inutile autre que psychologique, BA Paris va nous tenir en haleine, dans un final d’une simplicité confondante mais d’une efficacité maximale.

A part quelques scènes (très rares) où je n’ai pas accroché (au début surtout), je dois dire que je n’ai pas lâché ce livre, à la fois avide de savoir comment cela pouvait finir, mais aussi traversé par une sorte de culpabilité à regarder les autres vivre. Et c’est bien un aspect très intéressant de ce livre : placer le lecteur en position de voyeur et deviner ses réactions en écrivant celles des amis de Grace. Franchement, je ne peux que vous conseiller de lire ce premier roman qui m’a beaucoup étonné par sa simplicité.

L’opossum rose de Federico Axat

Editeur : Calmann-Lévy

Collection : Robert Pépin présente …

Traducteur : Isabelle Gugnon

Je ne dirai qu’une chose : lisez la quatrième de couverture (que je vous joins juste après), et vous aurez envie de lire ce livre ! C’est ce qui m’est arrivé. Et si cette présentation ne vous suffit pas, dites-vous que vous allez aller, page après page, de surprise en surprise … A cela, vous ajoutez le billet de l’ami Yvan, et vous plongez tête baissée …

Quatrième de couverture :

Désespéré, Ted McKay est sur le point de se tirer une balle dans le crâne lorsque, le destin s’en mêlant, un inconnu sonne à sa porte. Et insiste. Ted s’apprête à aller ouvrir quand il aperçoit sur son bureau, et écrit de sa propre main, un mot on ne peut plus explicite : « Ouvre. C’est ta dernière chance. » Sauf qu’il ne se rappelle absolument pas avoir écrit ce mot.

Intrigué, il ouvre à l’inconnu, un certain Justin Lynch. Et se voit proposer un marché séduisant qui permettrait d’épargner un peu sa femme et ses filles : on lui offre de maquiller son suicide en meurtre. Mais qui est vraiment ce Lynch ? Et quelles sont ses conditions ?

Mise en abîme impressionnante à la logique implacable, écriture d’une précision si envoûtante que le lecteur se trompe dans ses déductions, labyrinthe psychologique dans lequel se promène un étrange opossum… Federico Axat est un jeune auteur qui se hisse d’entrée de jeu dans la catégorie des John Irving et des Stephen King.

Mon avis :

Oubliez tout ce que vous avez lu jusqu’à présent ! Oubliez les scenarii, les rebondissements, les retournements de situation, les livres fous, les styles énigmatiques. Ce roman là, c’est une histoire dont vous n’avez même pas idée qui va vous montrer qu’à partir d’un sujet maintes fois traité, on peut faire du neuf qui vous éclate !

Tout tient dans le démarrage du roman, puisqu’il faut accrocher le lecteur. Ted veut se suicider, et pour éviter de meurtrir sa famille, un homme énigmatique va lui confier une mission : tuer un meurtrier puis tuer un homme comme lui qui veut se suicider. Le meurtre parfait puisque sans lien et sans mobile. Ensuite, Ted devra attendre son assassin … Alors Ted va tuer Blaine, le meurtrier infâme, puis il va tuer Wendell qui pêche dans son lac entre deux visites chez sa psychologue puisqu’il est atteint d’une tumeur au cerveau. Sauf que Blaine n’est pas un assassin et Wendell n’est pas suicidaire.

De chapitre en chapitre, les scènes vont s’enchainer en mettant en cause les certitudes que le lecteur a pu se faire au fur et à mesure, et c’est la présence d’un mystérieux opossum rose qui va semer la graine dans notre cerveau. On se demande bien ce que veut dire ce symbole, qui apparait puis disparait sans prévenir et en général en plein milieu d’une scène normale. C’est totalement dingue !

En fait la mécanique va dérailler, et tout le talent de l’auteur est bien de nous accrocher avec son style fait de mots simples mais qui pris ensemble rendent une scène énigmatique, mystérieuse. Il nous place en face de notre perception du réel, et nous met à mal dans ce que l’on croit voir. Et je peux vous dire que c’est diablement bon, pourvu que l’on accroche sur les premiers chapitres. Car ce jeu là, c’est un peu le jeu du Qui perd perd (Référence au regretté Coluche), puisque l’on ne connait pas les règles. Mais y en a-t-il seulement ?

Diablement original, c’est un livre fou de fous écrit par un fou pour des fous ! Car faites bien attention ! ce livre de dingue peut vous rendre totalement cinglé. Vous êtes prévenus, ce roman totalement génial est l’antichambre de la folie, la porte d’entrée de votre cellule psychiatrique. N’hésitez pas, franchissez le pas, entrez, les murs capitonnés sont bien confortables …

La proie des ombres de John Connoly

Editeur : Presses de la cité (Grand Format) ; Pocket (Format poche)

Traducteur : Jacques Martinache

Je continue ma découverte de l’univers de Charlie Parker, le personnage récurrent de John Connoly avec sa septième aventure.

Quatrième de couverture :

Fille d’un psychiatre de renom, Rebecca Clay fait appel au détective privé Charlie Parker : un inconnu la harcèle et exige d’elle des renseignements sur son père, Daniel Clay, disparu cinq ans plus tôt après avoir été mis en cause dans une affaire d’abus sexuels sur mineurs.

A tort, assure-t-elle… Parker découvre que l’inconnu, dénommé Merrick et récemment libéré de prison, est un tueur à gages qui veut venger la mort de sa fille, à laquelle il est persuadé que Daniel Clay a été mêlé.

Une course-poursuite s’engage alors entre les deux hommes pour retrouver au plus vite les traces du psychiatre. Bientôt, Parker comprend que l’affaire est encore plus sombre qu’il ne le pressentait, pleine de souffrance, de sang et d’indicibles secrets.

Traversant les superbes paysages du Maine, toujours hanté par ses fantômes, il va découvrir la vérité. Une vérité sombre, cruelle, bouleversante…

Mon avis :

Je dois dire qu’après le coup raté (en ce qui me concerne) du précédent opus L’ange noir, celui-ci me réconcilie avec John Connoly et cette façon bien à lui de construire ses intrigues, de décrire ses personnages et de nous envouter dans des ambiances glauques, entre réel et fiction, entre vivants et morts. On retrouve un Charlie Parker séparé de sa femme et de sa fille, qui accepte une affaire bien difficile qui va vite se complexifier pour aboutir à un dénouement inattendu, ce que l’on attend de ce genre de thrillers.

Le sujet de ce roman concerne les pédophiles et en particulier les psychanalystes qui sont chargés d’étudier les cas d’abus sexuels sur les enfants. En particulier, l’auteur nous pose la question de l’efficacité de ces spécialistes et de leur utilité car ils ne pourront jamais réparer l’irréparable. John Connoly nous offre aussi de nouveaux personnages énigmatiques, dont le Devineur, le Vengeur et ce roman est l’occasion de retrouver le Collectionneur. Avec eux, John Connoly nous place devant un dilemme qui est celui de la vengeance, sujet bien difficile surtout quand on est face à une horreur. Heureusement qu’on y trouve beaucoup de traits d’humour, grâce à Louis et Angel.

Vous l’avez compris, c’est un roman dense, et très riche et si mon avis vous parait énigmatique, c’est bien parce que je ne veux pas vous en dire plus, pour que vous puissiez le découvrir. C’est en tous cas un excellent épisode pour cette série qui alterne entre polar, roman noir et fantastique, à ne rater sous aucun prétexte.

Vous pouvez retrouver les précédentes enquêtes de Charlie Parker en suivants les liens suivants :

Episode 1 : Tout ce qui meurt ;

Episode 2 : Laissez toute espérance ;

Episode 3 : Le pouvoir des ténèbres ;

Episode 4 : Le baiser de Caïn ;

Episode 5 : La maison des miroirs ;

Episode 6 : L’ange noir ;

En douce de Marin Ledun

Editeur : Ombres Noires

Nous sommes nombreux à attendre les nouveaux romans de Marin Ledun. Car il a l’art d’écrire des polars efficaces et passionnants et personnellement, je trouve que depuis quelques années, il réalise un sans-faute. Ce dernier roman en date est à classer dans la case des thrillers … quoique.

14 juillet 2015, à Begaarts, petite station balnéaire des Landes, le feu d’artifice fait rage. Simon Diez, comme les touristes, profite du spectacle avant d’être abordé par une femme superbe. Il l’emmène danser, boit un peu trop pour se donner contenance. Les deux vont finir dans le même lit, c’est sur. Au bout de la nuit, elle lui propose de venir chez elle. Au milieu de ses vapeurs alcoolisées, il accepte.

Elle prend le volant et ils arrivent dans un chenil, lieu de travail de la jeune femme. Quand ils se déshabillent, Simon s’aperçoit que la femme a une prothèse à la place de la jambe. Excité ils plongent sur le lit et elle le repousse au bout de quelques minutes, avec un revolver à la main. Il ne la reconnait pas mais elle ne l’a pas oublié. Elle lui tire une balle dans la jambe avant de l’enfermer dans un hangar. Personne ne pourra l’entendre.

Emilie Boyer, quatre ans plus tôt, était infirmière dévouée à son métier, au point de faire des heures pas possibles, à la limite de l’épuisement. Alors qu’elle rentrait chez elle, au volant de la voiture, un pick-up lui a rentré dedans. C’est ainsi qu’elle a perdu sa jambe, mais pas sa volonté de fer. Et le conducteur qui l’a condamnée n’est autre que Simon Diez. L’heure de la vengeance a sonné …

Ça commence comme un thriller, de ceux que l’on a déjà lus. Une femme qui séquestre un homme, j’avais beaucoup apprécié Les morsures de l’ombre de Karine Giebel, en particulier. La différence est que nous suivons plutôt le personnage de la jeune femme. Seul le format du livre m’a fait me poser des questions … mais où donc Marin Ledun veut-il nous emmener ?

Et puis on remonte dans le passé de la jeune femme, par chapitres interposés. Si le principe est connu et efficace, il n’en reste pas moins que la psychologie de la jeune femme, est remarquablement mise en valeur par de petites touches, grâce aussi à un style sobre, très sobre. Puis petit à petit, ce personnage féminin, que nous regardons vivre, devient le centre d’attention du lecteur. Car, petit à petit le sujet change.

De la psychologie d’Emilie, on passe à sa situation professionnelle, au rythme infernal imposé aux infirmières, à sa passion et à sa façon de se donner pour sauver les autres sans compter. Sans vouloir justifier en aucune façon ce qu’elle fait pour décompresser après le boulot, l’auteur ne nous cache rien de ses débordements, de cet esprit battant qui la pousse à boire, se droguer ou accumuler les aventures sentimentales.

Après son accident, une fois encore, Marin Ledun pointe le regard des autres entre rejet et compassion, ou pitié. Mais aussi le manque d’accompagnement, et l’obligation pour Emilie de déménager dans un studio minuscule et d’accepter un boulot dans un chenil où il faut nettoyer les merdes des chiens. C’est à la fois la démonstration d’une situation mais aussi en quelque sorte une descente aux enfers où Emilie refuse de se laisser aller.

Ce qui marque le plus, ou qui rend ce livre encore plus cruel, c’est ce style sec, rude, dur, sans aucun sentiment, qui se contente de décrire les situations et ne s’épanche pas sur les émotions d’Emilie. Le ou les messages portent d’autant plus que nous restons en dehors émotionnellement, de façon à avoir une démarche très analytique et objective de la situation dans tout ce qu’elle a de révoltant. Et puis, la dernière phrase est géniale, comme pour montrer que l’on peut gagner contre la vie, pour la vie. Voilà un roman important, à classer juste à coté des Visages écrasés.

Ne ratez pas l’avis des amis Claude et Yan.