Archives du mot-clé Thriller

Tuez les tous … mais pas ici de Pierre Pouchairet

Editeur : Plon – Sang neuf

Voilà un auteur que j’avais découvert chez Jigal, avec la Prophétie de Langley, roman qui nous plongeait dans une situation d’attentat contre une centrale nucléaire. Pierre Pouchairet confirme avec ce roman tout le bien que je pense de ses intrigues.

Au commissariat de Quimper, la sous-brigadier Geneviève Louedec assure la réception des plaintes et les rédactions des main-courantes. Martine et Louis Loubriac sont à l’accueil pour faire part de la disparition de leur fille Julie. Martine est une femme sèche, désagréable au premier contact. Quant à à Louis, c’est un ex-tout : ex-flic, ex-journaliste, ex-mari. Geneviève essaie de les rassurer puisque Julie est connue pour faire des fugues. Mais là, elle est partie sans rien, ni affaires, ni argent.

Louis ne peut se résoudre à attendre que la police veuille bien faire quelque chose. Il a peu dormi cette nuit, réveille sa compagne Jennifer en se levant, et décide de fouiller la chambre de sa fille chez Martine. Il trouve son ordinateur, protégé par un mot de passe. Louis décide de faire jouer ses anciennes relations pour trouver une piste. Et petit à petit, il va se lancer lui-même dans cette enquête.

Julie est réveillée par un bruit de coups de pied dans les murs de la cabane en tôle. Il fait encore nuit mais c’est l’heure de l’Adhan, l’appel à la prière. Elle s’est vite liée d’amitié avec Aicha, une infirmière du 9-3, parmi toutes les jeunes filles de nationalités différentes. Elle a aussi une pensée pour Yacine, son amoureux qui l’a demandée en mariage il y a 3 semaines. Au jour levé, Julie voit que les garçons et les filles ont été séparées dans deux cabanes différentes. Des véhicules approchent, soulevant un nuage de poussière épais. Ce sont de gros 4×4, qui entourent les cabanes. Des hommes sortent et tirent sans pitié avec des mitraillettes. La cabane des garçons est criblée de balles. Les filles sont épargnées. Julie s’attend au pire, être maltraitée, tuée, violée …

Quand j’étais petit, je n’étais pas grand … Soyons sérieux, au moins quelques minutes. Quand j’étais plus jeune, j’aimais beaucoup les romans américains où un homme (ou une femme) standard comme vous et moi se retrouvait embringué dans une affaire qui le dépassait … et finissait par se retrouver dans une machination diabolique ayant des répercutions aussi extraordinaires qu’internationales (le plus souvent). Avec la multiplication des attentats, on voit ressortir des romans qui, sans être conspirationnistes, permettent des intrigues originales et surtout renversantes.

Tout démarre par une situation à laquelle tout le monde peut être confrontée, à savoir la fugue de sa fille. Après avoir présenté le couple Loubriac, en quelques chapitres, on entre réellement dans le vif du sujet. Pour être franc, le début ne m’a pas convaincu, ce qui fait que j’avais laissé tomber le bouquin. Et puis, vacances aidant, je l’ai repris et j’ai été pris dans le rythme imposé par l’intrigue.

Si les psychologies ne sont pas le fort de ce roman, au sens où elles passent au second plan après l’action de l’histoire, il n’en reste pas moins qu’elles restent crédibles. Louis, qui a tout raté dans sa vie, retrouve un sens à sa vie pour aller sauver sa fille. Placé au premier plan, Louis va assurer l’avancée de l’intrigue, bien qu’il soit entouré de personnages intrigants. Et c’est là où la narration de vient forte : Entre les islamistes et de sombres personnages qui œuvrent dans des bureaux et dirigent des pantins, le lecteur que je suis se retrouve tout le temps en terrain dangereux, malmené et me demandant où tout cela peut bien nous emmener.

Car, au bout de ce roman de 480 pages, on voit se dessiner une machination aussi inhumaine que démoniaque, que l’on peut éventuellement entrevoir plus tôt dans le terrain. Et c’est là où Pierre Pouchairet est fort : nous construire des intrigues folles, tout en restant crédible. Car ce roman finit par faire passer un frisson désagréable dans le dos, et on finit par croire à toutes les magouilles possibles et imaginables que l’on ne nous raconte pas. Voilà un roman de divertissement haut de gamme, qui m’a impressionné.

Publicités

Xangô de Gildas Girodeau

Editeur : Au-delà du raisonnable

Antonia, le précédent roman de Gildas Girodeau, Coup de cœur Black Novel, m’avait énormément impressionné par son portrait de femme qui se découvre. A tel point que je lui avais donné un coup de cœur ! Je ne pouvais décemment passer à coté de son petit dernier Xangô. Et quand je dis petit, c’est pour ses 200 pages, car je devrais plutôt dire grand !

1er juillet 2016, Perpignan. Laurence Guéguen rentre de courses dans son petit appartement. Après des études de doctorat de psychologie, qu’elle a brillamment terminées, elle est entrée dans la police judiciaire après avoir réussi le concours d’entrée. Le lendemain, elle allait débuter sa journée par une convocation chez son chef, le commandant Meyer.

C’est un coup de téléphone qui la réveille : son collègue lui annonce qu’une voiture va venir la chercher. On leur a signalé un meurtre sur la plage de Canet. Le corps trouvé par des amoureux a été décapité, juste au bord de la mer. A coté, d’étranges symboles ont été dessinés dans le sable. Sa thèse s’appelant Crimes et symboles, elle est toute désignée pour faire partie du groupe qui va enquêter sur cette affaire. Il faut faire vite, la DGSI va bientôt débarquer, puisque tout meurtre horrible est pris en charge en tant qu’acte terroriste potentiel.

Lors du briefing au commissariat, Laurence décrit à l’équipe la signification des symboles. Un peuple de l’Afrique de l’Ouest, les Yorubas, vénère un Dieu, Olodumare, qui a envoyé sur Terre des demi-dieux. Les signes dessinés sur le sable rappellent un demi-dieu Yoruba. Laurence conseille donc à l’équipe de se mettre en chasse de meurtres identiques, devant l’absence d’hésitations concernant le meurtre ou le dessin. Et son enquête va plutôt la mener en Amérique du Sud, en Argentine …

Après Antonia, Gildas Girodeau nous offre à nouveau un superbe portrait de femme. Laurence est une femme qui se cherche, aussi bien professionnellement que personnellement. Contrairement à beaucoup de polars, elle n’est pas malheureusement, mais elle doute. Quelque soient les événements, elle hésite sans arrêt entre aller de l’avant et se laisser mener par la vie. Et on s’aperçoit que quand elle fait des choix, quand elle donne sa confiance en quelqu’un, elle se prend une belle claque.

J’aurais tendance à dire que l’auteur respecte à la lettre les codes du polar. En réalité, il joue avec, alternant les genres avec une facilité déconcertante. Avec un début typé Thriller, avec un tueur en série, on oblique dans le roman policier avec une enquête excellemment menée, emplie d’indices et de fausses pistes. Puis, on lorgne du coté du polar pour finir dans un brûlot, mettant à jour de beaux faits historiques bien dégueulasses.

Car on va peu à peu plonger dans une affaire liée à la guerre des Malouines, en Argentine, mettant face à face l’Argentine et l’Angleterre de Margaret Thatcher. Au milieu de tout cela, la France et ses missiles Exocet. Au milieu de tout cela, la France qui enverra ses meilleurs experts en torture pour soutenir la dictature sud-américaine. Au milieu de tout cela, la France, avec ses airs de respect des droits de l’homme, qui en sous-main, va officiellement soutenir l’Angleterre mais vendre des missiles au nom de l’économie et au détriment des populations.

Tout cela est officiellement connu, et Gildas va nous dévoiler quelques aspects un peu moins connus. Et il le fait avec une facilité et une évidence qui rend ce livre un grand morceau du polar. J’ai rarement lu un roman aussi court qui en disait tant, un style si fluide que la lecture coule naturellement, une tension qui, l’air de rien, augmente au fil des pages, sans que jamais, je n’ai mis en cause une scène, un passage ou une phrase. Ce roman est tout simplement génial, exactement ce que je cherche.

La chronique de Suzie : Une vie exemplaire de Jacob M. Appel

Editeur : La Martinière

Traductrice : Anne Renon

On démarre l’année 2018 en fanfare avec une nouvelle chronique de mon amie Suzie, sur un roman sorti en fin d’année dernière et qui est très prometteur. Je lui laisse la parole :

Bonjour chers lecteurs. Me voici de nouveau hors de mon antre pour vous parler d’un nouveau livre. Son titre est « Une vie exemplaire » de Jacob M. Appel, publié aux éditions de La Martinière.

Ce livre est une agréable surprise. Mais, reprenons depuis le début.

Tout d’abord, le livre en tant qu’objet est intriguant par lui-même. Il attire l’attention. La couverture est à dominance blanche avec du rouge au niveau du visage de la photo ainsi que du titre. Il s’avère que ce bouquin comporte une sur-couverture transparente avec le sur lignage en rouge et le nom de l’auteur. Si vous enlevez cette sur-couverture, vous vous retrouverez face à un visage sympathique, souriant, à qui on peut faire confiance. Cette couverture fait encore plus sens lorsqu’on la relie au titre original de cet ouvrage « the Mask of Sanity » (le masque de la bonne santé mentale). Autant en anglais, ce titre passe, autant en français, on pourrait croire qu’on va lire un traité de psychologie. Le titre choisi par l’éditeur ainsi que la couverture vous donne déjà une bonne idée du contenu du livre. Enfin, le synopsis va finir le lier le sujet.

Ainsi, dès le début de l’histoire, vous savez à quoi vous attendre : un trentenaire actif dont le but est de tuer l’amant de sa femme, un de ses collègues sans faire de vague. Il va programmer son homicide et faire en sorte de passer à travers les mailles du filet. Autre indication qu’on nous donne dès le départ, dans le synopsis, c’est que le protagoniste principal est un sociopathe.

L’histoire va être ordonnancée telle une pièce de théâtre, en trois actes. Chacune de ces parties se termine sur une information importante et déterminante.

Le contexte va être posé dès le départ. L’auteur définit rapidement la condition sociale, familiale et religieuse de son protagoniste masculin. D’ailleurs, il explique dans un court avant-propos le pourquoi de cette histoire. De même, il va poser le point de rupture de son personnage dès les premières pages. On est dans un monde post-acceptation des nouvelles conditions de vie. L’intrigue principale va tourner autour de la programmation du meurtre de son collègue et les différentes actions y menant. Le récit ne montre qu’un seul état de pensée : celui de Jérémy. On le suit pas à pas dans son mode de pensée et d’acceptation de ses actes.

C’est un personnage qui semble soumis à son épouse et dont la vie ne tourne qu’autour de sa famille. Dans sa tête, il suit une logique assez particulière qui lui permet d’évaluer les bénéfices et les inconvénients et de statuer ce qui lui est le plus favorable. Suite à la découverte de l’adultère de son épouse, il ne va pas changer de comportement, juste l’adapter à cette nouvelle circonstance et à la décision qu’il a prise. Il va donc vivre une double vie : le médecin que tout le monde apprécie et l’assassin qui est en attente.

Toutes les décisions qu’il va prendre, exceptée une, suivront cette même logique de dichotomie entre ses deux aspects. Une troisième composante va rajouter un masque supplémentaire qu’il va devoir gérer et cela va devenir de plus en plus complexe. D’autres informations vont compléter la psychologie de ce personnage qui permettront de comprendre que ses démons existaient depuis longtemps. Mais, qu’ils n’avaient pas trouvé de nouvelles voies d’expression.

Au fur et à mesure du récit, certains personnages vont avoir des indices mais qu’ils ne seront pas capables de décrypter dans un premier temps. Est-ce qu’ils y arriveront plus tard? A voir. A chaque fois, on pourrait croire que … et c’est une fausse alerte. C’est surtout que, pendant toute l’intrigue, le seul point de vue que l’on a est celui de Jérémy, l’impact sur ses actions, ses décisions. C’est comme si les autres protagonistes étaient des fantômes qu’il croiserait et avec qui il se doit d’interagir. D’ailleurs, en parlant des autres personnages, ces derniers correspondent à des stéréotypes complètement décalés. Ils vont évoluer en même temps que le personnage principal, par petites touches, comme un puzzle, dont on ne verra l’image qu’à la fin.

Comme dans une pièce de théâtre, beaucoup de choses vont basculer dans le troisième acte avec de nouveaux éléments, de nouvelles directives avec une fin bien particulière que je vous laisse découvrir.

Lorsque j’ai eu ce livre entre les mains, j’ai été surprise par le « packaging ». Ensuite, le fait de pouvoir entrer dans l’esprit d’un sociopathe est assez surprenant car l’auteur nous amène à le percevoir non pas comme un tiers mais comme une personne dont on ferait partie. On peut comprendre ses motivations et ses actions. Est-ce qu’on agirait de la même manière, j’espère bien que non. C’est une histoire prenante et en même temps dérangeante par ce coté voyeur et organisationnel. Un livre qui fait réfléchir, et je pense que c’est aussi son but, sur la place des sociopathes dans notre société. Rien ne dit que vous n’en croisiez pas un tous les jours. Sous un masque sympathique et agréable, un monstre peut se cacher.

En conclusion, si vous avez envie d’entrer dans la tête d’un sociopathe, cette histoire vous en donnera un bon reflet. Ah, j’allais oublier. Juste un dernier mot pour vous rassurer : il y a très peu de sang et quasiment pas de tortures.

Je veux vous souhaiter une très bonne année 2018 et je retourne dans mon antre avec une nouvelle provision livresque. A bientôt, si vous le voulez bien.

Cyanure de Laurent Loison

Editeur : Hugo & Cie

Auréolé du Prix du Balai de la Découverte 2017 avec son précédent roman Charade, Laurent Loison nous revient avec un deuxième roman explosif, que mon ami Richard a sélectionné pour le Prix des balais d’or 2018. Accrochez vous, voici une lecture explosive.

Le tueur débarque dans un immeuble de la région parisienne. Il grimpe au 12ème étage, et s’installe calmement. Etant donné le tir qu’il s’apprête à faire, avec une cible située à plus de 1000 mètres, il doit s’assurer de tous les paramètres : vitesse du vent, humidité, température. Il installe donc ses appareils de mesure et corrige sa trajectoire. Dans sa mire, l’homme à abattre est là, sur le parvis de la Défense. Il appuie sur la gâchette, ne tire qu’une seule balle et touche sa cible. Puis il remballe son matériel et s’en va.

Le commissaire Florent Bargamont dit Barga reçoit l’ordre de se rendre immédiatement sur le lieu d’un meurtre : le ministre de la Santé vient d’être abattu par un sniper. L’ordre vient directement du ministre de l’Intérieur qui n’est autre que le parrain de sa compagne Emmanuelle de Quezac. Alors qu’il pensait plutôt avoir droit à un temps de répit, il se doit de venir rapidement. La pression de la hiérarchie ainsi que celle des politiques va être démesurée.

Barga, Emmanuelle et le capitaine Loïc Gerbaud vont vite avoir le résultat de l’autopsie : celui qui a perpétré ce crime est un as du tir. Ceux qui peuvent faire ça se comptent sur les doigts de la main en France. Par contre, la balle a été enduite de cyanure. Le ministre n’avait donc aucune chance d’en réchapper. Barga se lance donc dans cette enquête en cherchant parmi la légion ou les brigades d’élite françaises. Quand il cherche les meurtres à base de cyanure, il tombe sur plus de 75 cas sur quelques dizaines d’années. Se pourrait-il qu’ils aient à faire avec le plus grand tueur à gages de tous les temps ?

OOOOOOOOOOUUUUUUUUUUAAAAAAAAHHHHHHHHHHHHH !!!!!!

Quelle surprise ! Quelle claque dans la gueule ! Je n’avais pas lu Charade et il va falloir que je m’y attaque très très rapidement. Car j’ai avalé ce roman quasiment d’une traite, et j’ai envie de retrouver Barga et Emmanuelle au plus vite. Et malgré le fait d’avoir raté le premier épisode, je n’ai absolument pas été gêné car la présentation des personnages est impeccable. Comme tout le reste d’ailleurs. C’est d’ailleurs ce qui m’a le plus impressionné dans ce roman : la maitrise et la cohérence du roman alors que ce n’est que le deuxième roman de l’auteur. Chapeau bas !

Des histoires de tueurs en série ou de tueurs à gages, on en a déjà lues. Des enquêtes mêlant politique et vengeance aussi. Mais je dois dire que le déroulement de l’intrigue est réellement impeccable, et que cela est possible grâce à des chapitres non pas courts mais d’une dizaine de pages. Avec un bon équilibre entre narration et dialogues, on tient là un divertissement haut de gamme.

C’est surtout au niveau du style que j’ai été impressionné. Ça saute, ça valse, ça virevolte dans tous les sens. Il y a dans ces phrases un sens du rythme, une volonté d’action constante, qui font qu’on ne peut pas lâcher le livre et que la lecture devient addictive. Il y a aussi une sorte de folie dans les scènes, de démesure qui me font comparer Laurent Loison à ses grands illustres auteurs de polars plus grands et plus vrais que la réalité, j’ai nommé Jacques Saussey et Mallock, pour ne citer qu’eux.

Pour ajouter un petit grain de sel supplémentaire, l’auteur s’adresse à nous en début et en fin de roman. Il nous laisse nous faire notre opinion ouvertement sur les protagonistes, sur le sens de la justice et de ses jugements avec un dernier chapitre très intelligent. D’ailleurs il met en tête de chapitre des citations qui portent tous sur ce thème. Alors, comme il le dit en fin de roman, lisez ce roman pas comme les autres et faites vous votre propre jugement. Il y a de quoi faire !

Ne ratez pas les avis de Anaïs et Paco

Les corps brisés d’Elsa Marpeau

Editeur : Gallimard Série Noire

J’avais beaucoup aimé L’expatriée, son roman sorti en 2015. Et c’est mon ami Richard le Concierge Masqué qui a attiré mon attention sur ce roman en le sélectionnant pour le Grand Prix des Balais d’Or 2018. Effectivement, ce roman regorge de qualités.

Sarah est une championne de rallyes automobiles et est en avance dans la course au championnat du monde. Son principal adversaire Ralph Dichters la talonne de quelques points et si elle gagne cette course au Rallye de Monte Carlo, elle sera assurée du titre. Une seconde d’attention suffit à envoyer la voiture dans le ravin. Son copilote n’y survivra pas. Sarah connaîtra quelques semaines de coma, avant de se réveiller hémiplégique.

C’est son frère Nathan qui l’accompagne à la clinique, L’Herbe Bleue, perdue dans les bois vosgiens, dans laquelle elle va passer beaucoup de temps pour s’adapter à sa nouvelle condition d’handicapée. Elle va faire connaissance avec toute l’équipe médicale du Docteur Virgile Debonneuil, surnommé Docteur Lune à la psychologue, en passant par les infirmières ou le masseur. Heureusement, elle va avoir une voisine de chambre qui va l’aider à surmonter cette épreuve.

Mais petit à petit, des événements vont semer le doute dans son esprit. La malade qui l’a précédé dans son lit a mystérieusement disparue, certaines pièces sont fermées au public et les réactions de l’équipe médicale lui semblent bizarres. Quand sa voisine disparaît, sa paranoïa atteint des niveaux stressants difficiles à gérer.

Bâti en trois parties, ce roman relativement court d’environ 220 pages, est un roman à la construction implacable et plutôt classique. Dans la première partie (Le Paradis), d’une centaine de pages, on nous présente la clinique, en insistant bien sur la psychologie de Sarah. Dans la deuxième (Le Purgatoire), les événements étranges se succèdent avant d’aboutir en apothéose à des scènes d’horreur inimaginables. Je n’insisterai pas sur le fait que ce roman est basé sur des faits réels tant cela parait difficile à concevoir.

Du début (ou du moins à partir du deuxième chapitre) jusqu’à la fin, tout est fait pour faire ressentir un profond malaise autour de la situation de Sarah. D’ailleurs, Sarah est le personnage principal de cette histoire et ce sont ses réactions, ses pensées qui vont faire avancer l’intrigue. Tout le talent de l’auteure réside justement dans le fait qu’elle nous décrit une personne battante, une championne qui ne s’avoue jamais vaincue. D’ailleurs, sa décision est très claire : soit elle parvient à remarcher, soit elle se suicide. Il est inimaginable pour elle de passer sa vie dans un fauteuil roulant.

Ce roman est bouleversant en même temps qu’il est profondément dérangeant. Cela est du aussi au fait qu’il est remarquablement réussi. On se bat aux cotés de Sarah, on assiste à ses moments de déprime, on est heureux de ses réussites. Et on participe à sa paranoïa naissante en même temps que le stress monte. Et là où le roman s’avère particulièrement vicieux et fort, c’est que chaque petite victoire de Sarah qui lui procure une once d’espoir est immédiatement suivie par une défaite, une grande claque dans la figure. Cela donne une lecture éprouvante psychologiquement en même temps qu’un roman incroyablement noir.

Ce roman est incontestablement une incontestable réussite et une expérience qui vous fait passer par beaucoup de sentiments. J’ai déjà dit par le passé que les auteures féminins sont capables d’écrire des romans terriblement forts et noirs parce qu’elles ont justement le talent de toucher des sentiments profondément humains. C’est une nouvelle fois le cas ici, et je vous conseille avant d’attaquer ce roman, d’avoir un moral d’acier.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude

Ne dis rien à papa de François-Xavier Dillard

Editeur : Belfond

Voilà un auteur dont j’ai beaucoup entendu parler, en bien. Ayant raté son précédent roman, Fais le pour maman, j’ai voulu tester son petit dernier en date. Le moins que je puisse dire, c’est que j’ai bien fait, parce que c’est un roman terriblement addictif, que je l’ai lu en deux jours. Vous êtes prévenu : si vous commencez ce roman, vous allez perdre quelques heures de sommeil.

Il est allongé. Il se réveille et ne se souvient de rien. Il a du mal à respirer, il semble être dans une boite, ou du moins dans un espace confiné. Le bruit de la terre qui tombe sur la boite l’obsède. On l’enterre vivant ? Au secours !

Fanny est une femme heureuse en famille. Elle vit avec Mickael et les deux jumeaux Arno et Victor. Depuis qu’elle a écrit un livre à succès, sur comment décorer sa maison avec des fleurs, sa boutique a du succès. La cinquantaine apaisée, elle apprécie sa vie de couple au milieu des peintures de Mickael. Tout juste est-elle inquiète de Victor, et son envie de faire souffrir son frère. Il semble avoir une envie de faire du mal.

Le commissaire divisionnaire Dubois est au cimetière. Il déteste ça, mais il est forcé de rester là puisque c’est sa mère qu’on enterre. Il vient de recevoir un SMS : Le professeur Jacques Jakubovitch, le chirurgien esthétique des stars vient d’être retrouvé assassiné, et l’assassin a fait preuve d’imagination.

Elle est étudiante en deuxième année de médecine à Paris VII. Elle a toujours eu un penchant pour l’alcool, buvant à en oublier sa vie, son stress, à s’en rendre malade. Ce soir là, saoule comme d’habitude, elle a accepté de prendre les pilules proposées par Marc. Puis, ils sont devenus plusieurs. Puis ils l’ont emmenée dans un coin. Puis ils l’ont violée. Tous. Les uns après les autres.

Après la lecture de ce roman, je comprends pourquoi François-Xavier Dillard reçoit autant de compliments pour ses romans. On a en effet affaire à un thriller costaud, plutôt classique dans la forme et parfaitement maitrisé. Ce roman est construit comme un puzzle. On a vraiment l’impression de se retrouver devant ce type de jeu. On est face à plusiuers pièces, n’ayant aucun rapport les unes avec les autres. Certaines ont des couleurs qui se ressemblent, les formes sont différentes, et on n’a aucune idée de l’ensemble.

Nous allons donc passer d’un personnage à l’autre, sans aucune notion de temps ou d’espace. Malgré cela, on n’est jamais perdu et c’est la grande force de ce roman. Chaque scène est minutieusement décrite, les scènes sont d’une justesse incroyable, ce qui rend les chapitres fascinants. Même les scènes de tous les jours, qui peuvent paraitre habituelles, faisant part d’une certaine routine deviennent passionnante par cette minutie apportée dans l’écriture. Et si on a l’impression d’être transporté d’une scène à l’autre, on est passionné par ces chapitres qui s’accumulent.

François-Xavier Dillard évite aussi les longues descriptions. Ses phrases son courtes, font mouche à tous coups. Et ses chapitres ne dépassent pas 5 à 6 pages, ce qui donne un rythme à la lecture et une certaine frénésie dans l’esprit du lecteur qui veut en découdre avec cette intrigue tortueuse. Toutes ces qualités font que l’on n’a pas envie de lâcher ce roman avant la dernière page.

Si j’ai déjà lu des thrillers traitant de ce sujet, il n’en reste pas moins que la forme de ce roman et le talent de l’auteur en font un roman réellement passionnant. Comme je l’ai dit, l’écriture arrive à nous rendre fascinantes toutes les scènes ce qui rend la lecture de ce roman addictif, impossible à lâcher. Cela en fait un roman hautement recommandable et un excellent divertissement procurant un plaisir difficilement oubliable.

La chronique de Suzie : Les sanctuaires du mal de Terry Goodkind

Editeur : Bragelonne

Traducteur : Jean-Claude Mallé

Suzie est de retour ! Il faut savoir que c’est une experte en littérature Fantasy. Alors, quand j’ai appris que Terry Goodkind sortait un thriller, je ne pouvais que lui demander son avis. C’est fort gentiment qu’elle a accepté ma demande, et à cause de son avis, je vous assure que j’emmènerai le roman de Terry Goodkind en vacances !

Je lui laisse donc la parole :

Bonjour amis lecteurs,

Me voici, de nouveau, hors de ma cave pour deux raisons : tout d’abord pour m’approvisionner en bouquins, denrée importante et toujours fluctuante. Ensuite, à l’invitation de Black Novel, je vais vous parler d’un nouveau livre qui vient de sortir chez Bragelonne. Ce bouquin, c’est « Les Sanctuaires du Mal », connu également en anglais sous le nom de « Nest » paru aux Etats-Unis en novembre 2016.

La dernière fois que j’ai émergé de ma cave, j’avais pu vous parler du deuxième tome de Johanna Gustawsson « Mör ». On va continuer avec ce nouveau thriller. Pour les fans de fantasy, l’auteur n’est pas un inconnu, c’est même un phénomène. Il a écrit une des séries majeures dans le domaine : le cycle de l »Épée de Vérité » en quinze volumes auquel il faut rajouter deux préquels. Dans ce cycle, on peut y insérer son premier thriller, si l’on peut dire, dont le nom est « La Loi des Neuf » et qui reste rattaché au cycle, bien que l’histoire se passe dans un univers différent.

Mais revenons à nos moutons. Si vous lisez le synopsis de la quatrième de couverture, vous aurez l’impression de tout connaitre de l’histoire. Cela serait une erreur fatale car il y a beaucoup plus, derrière cette histoire, qu’une simple vision du mal. J’y reviendrai un peu plus tard.

Le choix de l’éditeur français est intéressant sur le choix de la couverture. Sur la version anglaise, la couverture de « Nest » tourne autour de cette vue du mal et celle-ci est illustrée par un œil, unique, grand ouvert qui a l’air de donner accès à des informations informelles ou de mettre une pression sur le potentiel lecteur. Une des impressions données, me semble-t-il, est « je te vois ». Pour la version française, on va se retrouver dans un tunnel avec, semble-t-il, une silhouette de femme qui suit ou est suivie par une deuxième ombre et qui croise une voiture, tous projecteurs allumés. Du coup, cette couverture génère une sensation d’angoisse qui est accentuée par le titre de l’ouvrage. Titre particulièrement bien choisi car l’histoire va porter sur ces sanctuaires du mal. Comment ? Ça, c’est quelque chose que je vous laisse découvrir.

Si nous nous intéressons à l’histoire, on va faire la connaissance d’une jeune femme, tranquille et sans histoires, Kate Bishop, qui va se découvrir un don à la suite du décès de son frère qui lui disait tout. Enfin, tout, pas vraiment. Suite à ce fait, elle va rencontrer un inspecteur bien sous tous rapports avec une conception pratico-pratique de la justice. Ce dernier va l’entraîner dans un monde qu’elle ne faisait qu’apercevoir jusqu’à sa rencontre avec Jack Raines.

L’histoire va se diviser en plusieurs intrigues : une qui concerne Kate, une autre Jack et une troisième sous-jacente qui lie les deux autres et s’avère être l’intrigue principale. L’auteur va faire une démonstration du monde actuel à travers un prisme assez particulier qui pourrait expliquer beaucoup de choses. Ce prisme va conditionner l’état d’esprit des protagonistes principaux et leur démontrer qu’ils n’ont qu’une seule voie pour survivre, voire vivre.

Comme souvent, dans ses livres précédents, l’auteur met ses héros face à des décisions très difficiles à prendre et qui changent totalement leur mode de pensée et de vivre. Vous allez le comprendre particulièrement avec le comportement de Kate qui, bien qu’elle ait des prédispositions et que celles-ci soient expliquées, tourne complètement casaque, une fois ces nouveaux schémas de pensées intégrées.

Fan de Fantasy, je connais (très bien !) l’auteur à travers ses livres précédents. Me faisant systématique attrapée, je le redécouvre toujours avec un grand plaisir. Lorsque j’ai su que son prochain bouquin serait un thriller complètement déconnecté de son cycle précédent, j’ai sauté de joie et je n’ai pas été déçue. Tout d’abord, impossible de lâcher l’intrigue avant la fin qui malheureusement m’a laissée sur des charbons ardents. Ensuite, le prisme que propose l’auteur pour expliquer ses différentes thèses a été renforcé par une conférence sur la sensibilité de l’information avec des exemples qui semblent hallucinants. C’est à se demander si c’est la réalité. Du coup, cela m’a plongé dans une réalité qui pourrait être possible. Juste pour dire que cette histoire m’a fascinée du début à la fin et qu’elle pousse à analyser le monde dans lequel on vit sous un autre angle. Spécialiste des scènes de tortures, il y a deux scènes qui m’ont fait un peu tiquer mais qui passent rapidement. Ah, j’allais oublier ! Le début de l’histoire semble également incompréhensible de prime abord mais c’est pour mieux nous appâter et nous retenir par la suite. Enfin, il semblerait que ce livre soit appelé à avoir une suite mais je vous laisse en juger.

Sur ces bonnes paroles, je vous abandonne et retourne m’immerger dans la cave avec mes provisions. J’espère que ce livre vous plaira. A bientôt

 

Quatrième de couverture :

Quand son frère John est brutalement assassiné, le monde de Kate Bishop s’écroule : elle a échoué à sauver cet être si sensible qui voyait le mal partout. Et si sa mort était la preuve qu’il avait raison ? Impliquée malgré elle dans l’enquête, Kate découvre qu’elle partage ce don : d’un regard, elle sait reconnaître les tueurs. Jack Raines, un spécialiste du « dark web », prétend pouvoir la protéger. Mais Kate n’a qu’une envie : fuir. Car si elle peut voir le mal, le mal la voit aussi… et les yeux de Jack Raines ne lui disent rien qui vaille.