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Les Anges de la Nuit de John Connoly

Editeur : Presses de la cité (Grand format) ; Pocket (Format Poche)

Traducteur : Jacques MARTINACHE

Je continue mon exploration de l’univers de Charlie Parker avec ma huitième lecture. Après un épisode franchement emballant, ce roman m’a surpris, m’a pris à revers. La liste de mes billets sur Charlie Parker est à la fin.

Quatrième de couverture :

Quand les trahisons se paient au prix fort…

On les surnomme les Faucheurs, et ils sont l’élite des tueurs. Des hommes si terrifiants qu’on ose à peine prononcer leur nom. Louis, l’ami du détective Charlie Parker, a été formé par cette armée de l’ombre avant de tirer un trait sur son passé. Mais aujourd’hui il est la cible des Faucheurs, et plus particulièrement de Bliss, le tueur des tueurs. Charlie Parker, que Louis a souvent tiré de mauvaises passes, parviendra-t-il à le sauver ?

Tableau d’un monde crépusculaire où tout n’est que corruption, où les crimes demeurent impunis mais où les trahisons se paient au prix fort, Les Anges de la nuit fascine et glace le sang.

Mon avis :

Après un épisode noir et qui avait, me semble-t-il relancé la série, John Connoly décide de creuser ses personnages. Entre Louis et Angel, il a choisi Angel. C’est donc l’histoire d’Angel que nous allons lire, avec en parallèle une course poursuite, sorte de duel entre tueurs, un peu comme Highlander. Louis, a été élevé par un groupe de tueurs. L’un d’eux, Bliss, veut à tout prix le tuer pour se venger du passé, puisque Louis l’a brulé plusieurs années auparavant.

Certes cet épisode est glauque, car John Connoly arrive à nous montrer un univers parallèle, dont nous n’avons pas idée. C’est aussi l’occasion de nous offrir encore une fois des scènes incroyablement visuelles, mais j’y ai trouvé peu de scènes d’angoisse. Par contre, entre deux moments de tension, on rigole beaucoup, puisque Louis et Angel nous offrent des dialogues truculents voire inénarrables.

Il faut juste savoir que Charlie Parker n’apparait que très peu dans cet épisode, puisqu’il entre vraiment en scène qu’à partir des deux tiers du roman. Donc la narration n’est pas à la première personne et cela m’a créé comme une distance par rapport aux précédents opus. Par contre, cela m’a donné envie d’en relire un autre tout de suite, parce que je n’ai pas eu ma dose de Charlie Parker.

Liste des épisodes précédents :

Tu n’auras pas peur de Michel Moatti

Editeur : HC éditions

Michel Moatti est un auteur que je suis depuis ses débuts dans le polar. Pour son petit dernier, il revient à Londres, lieu de ses deux premiers polars historiques. Mais il s’agit d’un thriller, qui en respecte tous les codes, en rajoutant une réflexion intéressante sur le journalisme. Génial !

L’histoire :

Un corps est repêché dans l’étang de Crystal Palace, au sud de Londres : il est attaché à un siège de pilote d’avion et comporte une pochette peinte en bleu, nouée autour du cou. Trevor Sugden et Lynn Dunsday sont les premiers journalistes sur les lieux. Sugden a la soixantaine et est journaliste pour un journal papier, alors que Lynn est journaliste pour un site Internet d’information le Bumper. Les deux se sont rencontrés lors d’une précédente enquête et s’apprécient beaucoup, au point de s’échanger des informations quand ils sont sur les mêmes sujets.

Sugden et Lynn apprennent des policiers sur place, que le mort a été attaché à ce siège et balancé vivant dans l’étang, si bien qu’il s’est noyé. En plus, le meurtrier lui a congelé le bras droit avec de l’azote, si bien que les ambulanciers ont cassé le bras en transportant le corps. Sugden pense avoir déjà vu cette scène et en fait part à Lynn : Il s’agit d’une reconstitution de la mort de d’un chanteur connu, lorsque son avion a plongé dans un lac gelé.

L’horreur atteint son comble, quand le tueur poste sur les réseaux sociaux une vidéo mettant en scène son meurtre sans rien cacher. Sugden et Lynn vont mener leur enquête chacun de leur coté, s’épaulant par moments, alors que la vie privée de Lynn va être bouleversée quand elle devient l’amante du policier Andy Folsom. Bientôt, c’est un deuxième cadavre qui apparait, avec une mise en scène totalement différente.

Surpris, passionné, enchanté, passionné, ravi, époustouflé, horrifié. Voici les états d’âme par lesquels je serais passé lors de cette lecture. Pour tout vous dire, le cinquantenaire que je suis est très méfiant vis-à-vis du flot d’information incessant que nous subissons ou qui nous est disponible. On a l’habitude de dire que trop d’information tue l’information. Et pourtant, aujourd’hui, on est abreuvé par des informations qui viennent de toutes parts, vraies ou fausses et on ne se pose plus la question de ce que l’on doit croire ou trier. J’attendais un roman qui aborderait cet aspect et Tu n’auras pas peur de Michel Moatti est ce roman-là. Il pose même plus de questions, aborde plus d’aspects que ce que je demandais.

Michel Moatti a choisi une forme classique pour illustrer son propos. Choc des générations, choc des cultures, choc des technologies, choc des modes de réflexion (je préfère utiliser le mot choc plutôt que guerre). Et pour cela, il place deux personnages au centre de l’intrigue. Sugden fait office de « Vieux de la vieille », travaille à l’ancienne, posément, rigoureusement, pour sortir son billet avant le bouclage du journal quand il a de la matière. Lynn, elle, doit tenir son lectorat en haleine. Elle doit donc sortir des billets de quelques paragraphes pour que les gens la suivent, ou du moins qu’ils suivent grace aux flux RSS les nouveautés. Et s’ils sont de deux générations différentes, s’ils travaillent différemment, les deux sont d’excellents journalistes dont le métier a pris le pas sur leur vie privée. D’ailleurs, Lynn est portée sur la boisson et les bars nocturnes, Sugden apte de bons restaurants.

A travers ces deux personnages, on voit bien où veut nous mener Michel Moatti. Il ne sert à rien de lutter contre la technologie, nous dit-il entre les lignes, mais il faut se rendre compte du passage de témoin qui est en train de se jouer. Pour autant, la jeune génération veut aller vite, à l’essentiel, et les journalistes qui abreuvent les sites de nouvelles doivent suivre le rythme. Mais pour autant, qui dit changement de mode travail ne veut pas dire baisse de talent. Sugden et Lynn sont tous deux doués. Et si on peut penser que la psychologie des personnages risque de passer au second plan derrière ce sujet, n’en croyez rien. J’ai un critère pour ça : Il y a un ENORME événement un peu avant la page 200 qui va toucher les deux personnages. Quand on lit ces 4 ou 5 pages, en ayant la gorge qui se serre, les yeux qui piquent, ça veut dire que l’on s’attache aux personnages. Fichtre ! Mais quel talent, quel passage !

Comme à son habitude, Michel Moatti accorde une grande importance aux décors, à la ville, au mode de vie des gens. Il ne faut pas oublier que lors de ses trois précédents romans, c’est bien ce talent à peindre des ambiances réalistes qui m’avaient plu. C’est encore le cas ici, puisque l’on a vraiment l’impression de vivre avec Sugden et Lynn, à l’anglaise. On y voit les rues, les couleurs, les immeubles, on y sent les odeurs, on goute même aux plats suggérés par Sugden. Super !

L’intrigue quant à elle est plus proche d’un roman policier, voire d’un roman psychologique que d’un thriller où il y a des morts toutes les 50 pages. Les meurtres apparaissent juste quand il faut et quand Michel Moatti a jugé bon de relancer l’histoire après nous avoir asséné quelques vérités. Car c’est vraiment ce que j’ai adoré dans ce roman. Lynn parfois se demande si elle n’est pas tout juste bonne à lancer de la viande au peuple, au travers de ses billets pour le Bumper. Outre la prise de conscience de la journaliste, et de leur code de déontologie, c’est nous, lecteurs, que Michel Moatti oblige à une prise conscience de ce que nous vivons. Il ne juge pas, mais nous place en face de nos responsabilités. C’est bien parce que nous lisons des horreurs, que nous avons des attitudes de voyeurs, que la prolifération de l’information a lieu. En gros, tout le monde est coupable, puisque c’est la loi de l’offre et de la demande. Et donc je vais terminer ce long billet par mon petit conseil du jour : Eteignez donc la télévision, et lisez !

Tiens, avant de vous quitter, je vous offre un beau sujet de réflexion : Plus il y a d’information disponible, moins il y a de communication. Vous m’en écrirez 4 pages. Merci !

Nuit de Bernard Minier

Editeur : XO Editions

Comme beaucoup, je suis fan de Bernard Minier. Le fait que Glacé ait été adapté en série télévisée a relancé l’intérêt de ces romans mettant en scène le duel entre Martin Servaz, commandant à la Police Judiciaire de Toulouse et Julian Hirtmann, tueur en série manipulateur sans limites. Et je ne peux que vous conseiller de lire les précédents romans mettant en scène Servaz, à savoir Le cercle et N’éteins pas la lumière.

Bergen, Norvège. L’inspectrice Kirsten Nigaard est appelée à la cathédrale, car le corps d’une femme vient d’être découvert, mis en scène sur l’autel, tendu comme si le corps avait reçu une décharge électrique. Si le policier, Kasper Strand, a fait appel à elle, c’est parce qu’il a trouvé sur le corps de la morte un morceau de papier avec le nom de Kirsten. Le corps est vite identifié ; il s’agit de Inger Paulsen. Celle-ci travaille sur une plate-forme pétrolière.

Toulouse, France. Martin Servaz est en intervention avec son collègue et ami, Vincent Esperandieu. Ils vont interroger Florian Jensen pour une affaire de viols, sachant que ce dernier a déjà été condamné pour ces crimes. Apparemment, il a un alibi. Mais en voyant un chat sous le buffet, Servaz se rappelle d’une affaire de meurtre un peu plus ancienne. Quand il évoque le chat, l’homme s’enfuit. La course poursuite les conduit dans une gare de triage où l’homme tire sur Servaz avant de se faire électrisé sur un wagon.

Kirsten Nigaard et Kasper Strand débarquent sur la plateforme pétrolière en pleine tempête. Le responsable de la plateforme leur indique que la morte était en permission. Ils vont visiter sa chambre mais ne trouvent rien. Quand ils demandent à voir les chambres de ceux qui sont en permission, ils tombent sur des photos montrant le commandant Servaz, ainsi qu’une photo d’un enfant, avec inscrit au dos : Gustav.

La balle de l’homme a transpercé le cœur de Servaz. Il se retrouve entre la vie et la mort. Après avoir passé plusieurs jours dans le coma, Servaz retourne au travail, ne pouvant se résoudre à rester sans rien faire. Kirsten Nigaard débarque et lui fait part de ce qu’elle a trouvé sur la plateforme pétrolière. Elle lui montre aussi des videos prises sur la plateforme où apparait sans aucun doute possible Julian Hirtmann. Ceci explique pourquoi Hirtmann avait réussi à disparaitre des radars pendant cinq ans.

Bernard Minier est trop fort. En situant son intrigue à deux endroits différents, il s’empare de l’attention du lecteur pour ne plus la lâcher jusqu’à la fin. C’est dans ce début du roman que l’on voit l’étendue du talent de cet auteur, finalement tout jeune puisqu’il ne s’agit que de son cinquième roman, mais dont je savoure chaque production. Ceux qui ont découvert la série sur M6 devront à mon avis lire les précédents romans, les autres étant en terrain connu. Car oui, je vous le dis, ce roman est grand par ses scènes mais aussi par son intrigue retorse.

Bernard Minier n’est pas un adepte du thriller qui va à 100 à l’heure. Et ce n’est pas avec ce roman là qu’il va changer. Mais il nous offre une intrigue comme un labyrinthe, avec plusieurs entrées et une seule sortie … quoiqu’au fur et à mesure de la lecture on peut imaginer plusieurs fins. Et la fluidité du style, l’évidence de la narration, la justesse des mots font que ce roman est du pur plaisir de lecture. Ce roman, ce sont aussi des scènes incroyablement visuelles, de celles que l’on n’oublie pas : je citerai évidemment la plateforme pétrolière, mais aussi la scène du chalet de montagne, la poursuite de Jensen par Servaz sous des trombes d’eau, jusqu’à la scène finale en forme de duel à la John Woo.

Et il ne faut pas oublier Servaz, qui au sortir de son coma, se retrouve changé, en plein doute sur les émotions qu’il ressent. Il se trouve troublé dans les relations avec Margot, qui revient du Canada pour le soutenir. Servaz a aussi affaire à une beauté scandinave, froide comme la glace mais redoutablement efficace, malgré le fait qu’elle ne parle pas français. Et puis, il y a ce duel en plusieurs actes avec Hirtmann, que j’ai trouvé plus effrayant au début du roman, quand il fait peser une menace sans être présent.

Car on passe par tous les sentiments dans ce roman, mais c’est surtout l’angoisse que j’ai ressenti, attendant comme un gamin la confrontation entre Servaz et Hirtmann. Et cette attente est remarquablement orchestrée, laissant planer une menace constante, même pendant la recherche du petit Gustav. Vous l’aurez compris, ce roman est une excellente suite aux enquêtes de Servaz et j’en redemande !

Ne ratez pas l’avis de l’ami Yvan

Elijah de Noël Boudou

Editeur : Flamant noir

Si je ne connais pas l’auteur personnellement, si je ne l’ai jamais rencontré physiquement, nous avons eu l’occasion de deviser parfois sur un réseau social. Quand j’ai appris qu’il allait sortir son premier roman, j’étais évidemment intéressé, avant même de connaitre son sujet. Ce premier roman laisse augurer d’un futur radieux pour Noël, tant il regorge de rage.

Le personnage principal de ce roman se nomme Gabriel. Depuis sa plus tendre enfance, il subit les violences de son père, à chaque fois qu’il rentre saoul à la maison. Dans ces moments là, les coups pleuvent sur sa mère ou lui. Alors il s’est forgé un moral d’acier, a tout fait pour s’endurcir, jusqu’à ne plus ressentir de douleur. Il s’est aussi fait une promesse : Il tuera son père pour ce qu’il lui a fait.

Quand il a atteint l’âge de 18 ans, son père a tellement frappé sa mère qu’elle s’est retrouvée à l’hôpital. C’est à ce moment là qu’il a mis au point son plan, attirant son père dans la cave avant de tuer le Monstre de manière atroce, à l’image de ce qu’il a subi. Sa mère ne survivra pas, mais elle mettra au monde un petit frère, lourdement handicapé. Il fera tout ce qui est en son pouvoir pour obtenir sa garde et le nommera Elijah.

Pendant 10 ans, Gabriel subviendra aux besoins de son frère Elijah, les deux devenant inséparables. A chaque date anniversaire, Gabriel deviendra l’ange vengeur, tuant un autre monstre, coupable de violences conjugales. Et pour trouver l’argent nécessaire à l’entretien de son frère, il se fera gigolo auprès de dames âgées en mal de sensations. Leur vie va être bouleversée avec l’apparition d’AlineHandi

Autant vous prévenir tout de suite : ce livre est ultra violent, à la limite du gore dans certaines scènes. Il faut dire que le sujet s’y apprête bien pour marquer le lecteur et mettre sur le devant de la scène un sujet dont on parle, mais dont on ne mesure pas ni la réalité, ni les conséquences. A partir de cette réalité devenant hélas un fait divers commun, Noël Boudou grossit le trait pour nous narrer le destin de Gabriel.

Concernant l’écriture, je dois dire que j’ai tout de suite accroché au style de Noël Boudou, s’avérant très direct, sans entrer dans des descriptions psychologiques sans fin. Il y a une efficacité remarquable dans ce qu’il écrit, faisant ressortir toute la rage qui l’anime. Cela en fait un roman attachant, malgré la violence des scènes, très crues. Malgré les coincidences du début du roman, l’auteur arrive à éviter les scènes mièvres pleines de bons sentiments.

D’ailleurs, je qualifierai ce roman de vicieux, plaçant le lecteur en face de ses responsabilités. Le personnage de Gabriel, tout meurtrier qu’il est, est un homme plein de courage, plein de bons sentiments. Malgré qu’il soit un Monstre, Noël Boudou nous demande de choisir entre l’amour et le dégout. Sa quête de vengeance n’est pas justifiable, mais pour autant, l’impunité de ces Monstres fait rager. Et on sent bien toute la passion de l’auteur pour son sujet, grossissant le trait à la limite de la caricature pour mieux nous poser ses questions en pleine figure. C’est un roman rageur certes, mais aussi passionné et provocateur, vicieux dans sa forme.

Il faut tout de même que je vous avoue que j’ai moins gouté les scènes de violence, extrêmement crues, Je ne suis pas fan de scènes gore, et là, j’ai été servi. J’ai même sauté des passages tant c’est détaillé. Si je comprends le but de Noël Boudou, qui est de faire réagir, ce défaut (vu mes gouts de lecture) est facilement gommable. Il n’en reste pas moins que ce roman est une lecture que j’aurais beaucoup de difficultés à oublier, à mi-chemin entre le roman noir et le thriller. Un livre plein de rage écrit avec des tripes.

Noël : j’attends ton prochain avec impatience !

La chronique de Suzie : Mör de Johanna Gustawsson

Editeur : Bragelonne

Sur Black Novel, on aime Johana Gustawsson … et on n’est pas les seuls. Suzie, ma chroniqueuse invitée, est de retour pour parler de Mör, son dernier en date. D’ailleurs, ça faisait un petit bout de temps que tu n’étais pas venue, hein, Miss Suzie ?

Je lui laisse la parole :

Bonjour a tous. Cela fait un moment que je ne suis pas venue vous voir avec un billet. Trop de livres à lire et pas assez de temps pour le faire, et donc entre vous écrire un billet et lire, j’ai choisi de lire. Mais, j’ai décidé de sortir de ma cave pour vous parler d’un deuxième roman.

Souvenez-vous, en octobre 2015, Bragelonne publiait le premier roman d’un auteur dont l’intrigue se promenait entre deux lieux et deux époques. D’ailleurs, nous avions fait un billet à deux sur le sujet. La voici donc de retour avec une nouvelle aventure s’intitulant « Mör ». Cette dernière vient de sortir mercredi !

Nous allons donc retrouver notre profiler préféré, Emily Roy qui doit enquêter sur l’enlèvement d’une actrice devant son domicile. Affaire qui ressemble, à se méprendre, à celle d’un tueur en série qui attend tranquillement son heure. En plus, il est responsable de la mort du compagnon de l’écrivain Alexis Castells. De quoi perturber la psyché de cette dernière ainsi que sa nouvelle relation.

Comme dans le premier opus, l’auteur mêle deux périodes temporelles différentes. Dans le premier volume, l’histoire commence en pleine Deuxième Guerre Mondiale, avec les camps de concentration et ses conséquences sur les protagonistes de l’histoire en cours. Alors que dans ce tome, l’auteur va s’intéresser au quartier de Whitechapel et à l’histoire de Jack l’Éventreur. Cette dernière aura-t-elle une incidence sur l’affaire en cours? Je vous laisse le découvrir.

Autant dans le premier tome, l’auteur nous mettait face aux faiblesses de ses héroïnes, autant dans celui-ci, elle va dévoiler un coin de l’histoire. Car, dans certains cas, il faut revenir dans le passé pour pouvoir avancer.

Le rythme ne change pas, constitué par des chapitres courts qui nous emportent d’un point à un autre de l’Histoire et nous faisant changer régulièrement de continents. Aux protagonistes du premier opus vont se rajouter des protagonistes principaux dont un personnage féminin qui devrait être récurrent. D’ailleurs, par beaucoup de points, elle ressemble à Emilie avec une personnalité qui lui est propre. Lors d’une interview via les médias, l’auteur a donné la raison du choix du titre qui, avec ou sans tréma, ne signifie pas la même chose. D’ailleurs, si vous lisez la quatrième de couverture, vous comprendrez pourquoi.

Comme beaucoup de personnes, j’avais hâte de pouvoir retrouver Alexis et Emily dans de nouvelles enquêtes. Surtout que l’auteure nous avait abandonné sur les fameuses boites noires d’Emily qui m’ont fait rager. Ayant beaucoup aimé le premier tome et étant une fan des histoires sur Jack l’Éventreur, j’ai dévoré le roman pour connaitre la fin.

La fin??? Il faut que je vous avoue une chose. Même si je ne devrais pas, j’aime connaitre la fin rapidement et suivre le cheminement jusqu’à celle-ci. Du coup, je suis allée lire quelques pages pour me faire une idée. Comme j’ai mal choisi, je ne me suis pas spoilée. J’ai découvert de nouveaux personnages dont une qui, j’espère, vous devriez aimer.

Il y a une scène que j’ai particulièrement appréciée entre Emily et une tasse de thé un peu spéciale. Sinon, je m’attendais à quelque chose dans le même style que le premier volume et je me suis retrouvée retournée comme une crêpe. Je ne m’attendais pas à ce genre de scène. Autant certains points étaient évidents, autant d’autres m’ont surprise. Et comme certains le savent déjà, un troisième tome est déjà prévu et il se déroulera dans le pays natal des parents d’Alexis : l’Espagne. Il faudra juste être patient.

Dompteur d’anges de Claire Favan

Editeur : Robert Laffont

J’ai déjà dit et redit tout le bien que je pense de Claire Favan, sa capacité à écrire des histoires marquantes, à créer des personnages incroyables et à nous prendre dans ses filets pour nous faire passer d’excellents moments de lecture. A chaque fois, ses romans sont différents, et encore une fois, Dompteur d’anges est une formidable réussite.

Tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Max Ender est depuis sa naissance marqué d’une sorte de destin funeste. Quand il est né, sa mère Faye a vu son père Derek partir, arguant qu’il ne voulait pas d’enfant. Alors elle l’élève seule, courageusement. Quand un camion la fauche, Max se retrouve seul à gérer sa vie, alors qu’il a à peine 19 ans. Et comme il est gentil, les gens lui confient des petits travaux.

Il rencontre Kyle, le fils des Legrand chez qui il travaille. A 12 ans, Kyle est remarquablement intelligent et ils deviennent les meilleurs amis du monde. Alors que Max se blesse, Kyle propose de rentrer chez lui pour aller chercher des compresses. Kyle prend son vélo et se précipite, pendant que Max se rend chez Mme Briggs, son prochain chantier. Personne ne reverra Kyle.

La mère de Kyle appelle Max le soir. Elle est inquiète. Alors Max refait le chemin retour pour retrouver son ami. Il aperçoit un vélo caché sur le bas-côté de la route, et découvre le corps de Kyle. Il a été violé et assassiné. Max n’étant pas très cultivé, il fait figure de coupable idéal. La police ne cherche pas plus loin et l’envoie en prison. Mais en prison, on n’aime pas les violeurs d’enfants.

Max va subir les pires outrages, pendant plusieurs années. Et son histoire, il va la mettre sur le dos de son manque de culture. Il va lire des livres et des livres … jusqu’à ce que le véritable coupable soit trouvé et Max se retrouve dehors. Son calvaire, sa torture va devenir sa motivation : la société devra payer et ceux qui l’ont enfermé vont souffrir comme lui a souffert. Avec l’argent qu’il touche, il achète une caravane et rencontre Suzy. Son avenir, il le voit très simplement : il va élever des enfants dans la haine de la société. Pour cela, il va enlever Tom Porter, le fils d’un de ceux qui l’ont enfermé.

Construit en trois actes, nommés Dompteur d’anges, Frères de sang et Frères ennemis, ce roman est un excellent exemple de ce que Claire Favan est capable de nous écrire en termes de créativité de l’intrigue. Je ne vais pas vous le cacher longtemps, j’ai lu ce roman de 400 pages en 2 jours, et m’a presque fait passer une nuit blanche ! Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas été pris dans un engrenage si savamment dosé, accroché aux pages pour savoir comment cela allait se dérouler.

Si l’histoire commence avec Max Ender, comme je l’ai fait lors de mon résumé (qui ne couvre qu’une cinquantaine de pages, rassurez-vous), elle va vite s’orienter sur Cameron (le nouveau nom de Tom Porter, après son adoption par Max). Max va alors former, éduquer Cameron à devenir une arme contre la société, de façon à réaliser sa vengeance, qui prend ici une dimension inédite.

Si la vengeance est bien le thème central du début du livre, la question qui est posée par Claire Favan est bien celle de l’éducation de nos chères têtes blondes. En grossissant le trait, parce que nous sommes dans un roman, Claire Favan nous montre comment on peut créer des monstres, ou des antisociaux. Et le lecteur que je suis, qui a depuis belle lurette éteint sa télévision pour ne pas subir les programmes débilitants, a fortement apprécié ces questionnements.

Le début du livre est donc dur, psychologiquement parlant, bien sur. Car en plus de nous placer face à ce débat, Claire Favan place ses personnages dans une situation ambigüe, et les rend attachants, ou du moins suffisamment pour que l’on se pose en juge. Evidemment, cela n’est possible que parce que les personnages sont encore une fois formidables et les situations potentielles possibles. Et surtout, logique. L’enchainement des rebondissements est un pur plaisir, et il y en a tellement qu’on est pris par la narration pour ne plus s’arrêter, d’où ma nuit presque blanche.

La suite du roman est à l’avenant : nous sommes questionnés sur les relations fraternelles, sur la culpabilité, sur les erreurs de la justice, sur la subjectivité des gens, sur les couleuvres qu’on nous fait avaler à longueur de la journée. Et tout cela dans un roman à suspense, un parfait page-turner, qui ne vous laissera jamais tranquille. Même lors du dernier chapitre, on se demande si cela va se terminer bien ou mal.

Voilà, voilà. Vous trouverez tout cela et même plus dans ce roman. Vous l’aurez compris, Claire Favan est incontournable dans le paysage polardeux français, et avec ce roman, elle a écrit une fois écrit un fantastique thriller (dans le bon sens du terme). Et jusqu’à maintenant, en ce qui me concerne, elle a réalisé un sans fautes ! Terrible, ce roman !

Derrière les portes de B.A.Paris

Editeur : Hugo&Cie

Traducteur : Luc Rigoureau

C’est à la suite d’une discussion avec Jeanne Desaubry, puis du billet de l’ami Yvan, puis de l’insistance de ma femme, que je me suis jeté sur cette lecture. Je dois dire que le fait que ce soit un premier roman était un argument supplémentaire. Et pour un premier roman, c’est assez époustouflant.

Grace est une commercial de fruits et légumes pour les magasins Harrod’s. Depuis que ses parents sont partis vivre leur retraite en Nouvelle Zélande, elle s’occupe du mieux qu’elle peut de sa sœur trisomique Millie. Etant très souvent en déplacement en Amérique du Sud, Grace a placé Millie dans une école spécialisée et passe les week-ends où elle est là avec sa sœur.

C’était une après midi comme une autre, un de ces samedis ensoleillés où il fait bon piqueniquer dans un parc et jouer aux cartes, allongé sur la pelouse. Quand une musique se fait entendre, Millie se met à danser juste à coté d’un kiosque. C’est alors qu’un homme se lève et invite Millie à danser. Pour Grace, outre que cet homme est très beau, c’est le coup de foudre. Il s’appelle Jack Angel.

Jack est un avocat à succès qui défend les femmes victimes de maltraitance conjugale. Jack va faire la cour à Grace, demander sa main à ses parents et ils vont projeter de se marier. Leurs amis voient en eux le couple idéal, ils sont faits l’un pour l’autre. Jack prévoit un voyage de noces en Thaïlande et comme cadeau de mariage une maison à la campagne. Le jour du mariage, Millie qui doit être la demoiselle d’honneur, se casse une jambe. Ce n’est que le début du cauchemar de Grace.

Il y a une certaine naïveté dans ce roman, de premier degré, qui fait que le lecteur est immédiatement plongé dans la psychologie de Grace, puisque c’est elle qui nous raconte son histoire. Et c’est cette naïveté, cette fraicheur qui font que la recette fonctionne si bien. Mais il n’y a pas que ça : Le roman est construit en alternance entre passé et présent, et il s’ouvre sur une scène actuelle où le couple Angel reçoit deux couples d’amis. Effectivement, dans cette scène, on voit bien que Jack et Grace forment le couple idéal … si ce n’est qu’il y a quelques remarques, quelques sous-entendus qui vont faire que l’on se pose des questions … Ces questions vont se muer en malaise jusqu’à la scène du mariage où nous entrons dans le vif du sujet !

L’intérêt n’est pas dans la tension inhérente à une situation de torture mentale mais bien dans la réaction de Grace face aux maltraitances, ou devrais-je dire à la torture psychologique  que va lui infliger son mari Jack. Et si certaines situations peuvent paraitre peu crédibles, BA. Paris s’en sert pour montrer une Grace aux abois, faisant tout ce qui est en son pouvoir pour tout encaisser et espérer sauver Millie.

Il n’y a rien de nouveau dans le thème choisi, mais l’originalité tient dans ce fragile équilibre que l’auteure créé entre les événements et la réaction de Grace, en évitant des scènes granguignolesques et surtout en ne transformant jamais Grace en Super-héroïne. Sans aucune violence inutile autre que psychologique, BA Paris va nous tenir en haleine, dans un final d’une simplicité confondante mais d’une efficacité maximale.

A part quelques scènes (très rares) où je n’ai pas accroché (au début surtout), je dois dire que je n’ai pas lâché ce livre, à la fois avide de savoir comment cela pouvait finir, mais aussi traversé par une sorte de culpabilité à regarder les autres vivre. Et c’est bien un aspect très intéressant de ce livre : placer le lecteur en position de voyeur et deviner ses réactions en écrivant celles des amis de Grace. Franchement, je ne peux que vous conseiller de lire ce premier roman qui m’a beaucoup étonné par sa simplicité.