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Le chouchou du mois de novembre 2018

Le mois de novembre a été pour moi le mois des découvertes : découverte de nouvelles maisons d’édition ou bien découvertes de nouveaux auteurs. Ne tenez pas compte de l’ordre d’apparition, j’ai fait l’effort de les classer par ordre alphabétique des auteurs. Jugez-en plutôt :

J’aurais chroniqué les 5 fascicules et 10 nouvelles de la saison 2 de Double Noir, édité par l’association Nèfle Noir. On y trouve beaucoup de pépites parmi celles de Guy de MAUPASSANT, Jack MOFFITT, Alexandre DUMAS, Georges J.ARNAUD, Louis PERGAUD, Marin LEDUN, Prosper MÉRIMÉE, Max OBIONE, Jean-François COATMEUR et Claude MESPLÈDE lui-même. N’hésitez plus, le détail est ici.

L’autre nouveauté pour moi aura été de lire des romans électroniques dont Max de Jérémy Bouquin (Ska), un polar annoncé pour adolescent mais qui peut plaire à toute la famille à partir de 15-16 ans ; et Ma vie sera pire que la tienne de Williams Exbrayat, roman auto-édité, divisé en trois parties toutes différentes les unes des autres, original et décalé, à découvrir.

Je ne savais pas que les éditions In8 publiaient des romans, et encore moins des polars. Amère Méditerranée de Philippe Georget (Editions In8) fut une superbe lecture pour moi, car il correspond tout à fait à l’humanisme qui me porte. Si l’intrigue porte sur la recherche de ce qui s’est passé sur un chalutier qui a pris feu, elle aborde un sujet sensible, placé au niveau de ceux qui subissent ce trafic d’humains.

La disparition d’Adèle Bedeau de Graeme MacRae Burnet (Sonatine) est le premier roman de l’auteur et le premier que je lis de lui. Ce roman à réserver aux amateurs de roman psychologique est à ranger juste à coté des romans de Simenon, et c’est une vraie réussite. Présenté comme un duel à distance entre les deux personnages, c’est fascinant de justesse.

Encore un premier roman avec Dégradation de Benjamin Myers (Seuil), qui est plutôt à classer dans les romans noirs. S’il faut s’habituer au style de l’auteur, et accepter certaines scènes dures, le constat qu’il dévoile est démontré sans concession, d’un groupe d’hommes dépourvu de toute humanité et qui sait se mettre à l’abri des lois grâce aux petits arrangements entre amis. Eloquent et éblouissement.

Les damnés ne meurent jamais de Jim Nisbet (Rivages Noir) aura été l’occasion pour moi de découvrir un extraordinaire auteur de polar, qui déroule son histoire en suivant tous les codes mais en les détournant avec beaucoup d’humour. Nul doute que je vais revenir bientôt fouiller dans sa bibliographie.

Don Winslow, j’adore. L’auteur de La griffe du chien et de Cartel revient avec Corruption de Don Winslow (Harper & Collins), un roman coup de poing qui dénonce la corruption (d’où son titre !) à tous les étages, de la polie en passant par la justice en passant par les politiques. Le roman est inlâchable et le seul bémol que j’y ai trouvé est sa similitude avec la série télévisée The Shield, que j’adore. C’est un roman extraordinaire qui sera sans nul doute au pied de beaucoup de sapins.

Double découverte avec Le loup d’Hiroshima de Yuko Yusuki (Atelier Akatombo), celle d’une toute nouvelle maison d’édition et celle d’un auteur. Yuko Yusuki nous montre l’arrivée d’un jeune policier, coaché par un ancien bien intégré parmi les gangs de Yakuzas. C’est l’occasion de détailler les codes qui régissent ces mafias à travers un scénario fort bien mené. A découvrir pour le dépaysement mais aussi pour la qualité de la narration.

Le titre du chouchou du mois revient donc à Rouge parallèle de Stéphane Keller (Toucan) qui m’a tout simplement envoûté. La plongée dans les années 60, la description des itinéraires de deux personnages forts font de ce roman un moment de lecture et de plaisir intenses, que l’on a bien du mal à lâcher, et que l’on a beaucoup de peine à oublier. C’est le premier roman de l’auteur et je peux vous dire que j’attends le prochain avec grande impatience.

J’espère que ces avis vous seront utiles dans vos choix de lecture. Je vous donne rendez-vous le mois prochain, pour le bilan de cette année 2018. Quant à moi, je vais consacrer mon mois de décembre aux romans que j’ai mis de coté au long de cette année et à la sélection des balais d’or. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

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Rouge parallèle de Stéphane Keller

Editeur : Toucan

J’ai un peu de mal à croire, après avoir tourné la dernière page de ce roman, qu’il s’agit d’un premier roman. Certes, l’auteur est un scénariste chevronné, pour la télévision et le cinéma. Mais de là à écrire un tel roman, il y a un pas. Et vous savez mon aversion vis-à-vis des films contemporains. Nous sommes dans un roman, un vrai roman, un grand roman, qui nous fait revivre les années 60 et en particulier l’année 1963.

3 janvier 1963. Son passeport le désigne comme un Corse, nommé Vincent Cipriani. Ancien di 1er REP, clandestin de l’OAS, il se nomme en réalité Etienne Jourdan. Il est accoudé au comptoir du café de la Tour de Nesle, dans l’anonymat le plus complet et est recherché par toutes polices de France. Son premier meurtre, ce fut un soldat allemand, le jour de ses 17 ans. Entré dans la maquis, il a participé à la libération, puis partit en Indochine, puis passerait par l’Algérie.

En sortant du café, il tombe sur deux jeunes flics. En fuyant, l’un d’eux, Norbert Lentz, glisse sur un toit, se retient à une gouttière. Jourdan va le sauver, mais va se faire arrêter. Après son interrogatoire, il va être transférer par fourgon, et un groupe de soldats va organiser son évasion. Le groupe est dirigé par un américain, le colonel Hollyman, qui fait officiellement partie de la CIA. Hollyman va fuir la France avec Jourdan, après s’être assuré qu’il accomplirait la mission secrète qu’il a à lui confier.

Hollyman est ce qu’on pourrait qualifier de pédophile psychopathe. Il a toujours eu des problèmes avec les femmes. Pour autant, il n’aime pas les hommes non plus. Il a toujours aimé les jeunes filles. Alors qu’il était soldat dans l’armée, détaché en Allemagne, il avait tué et violé une jeune fille de 12 ans, et avait connu sa plus grande jouissance. Mais personne ne connait sa part sombre, et on lui confie toujours des opérations délicates.

Norbert Lentz, le jeune policier, est âgé de 23 ans. Marié, père d’un bébé, il vit une vie tranquille avec sa femme Denise. Lors d’une de leur sortie au cinéma, elle est bousculée par un beau jeune homme, de type italien, et leur complicité est immédiate. Ils s’enferment dans les toilettes et font l’amour debout. Denise aime le sexe avec les inconnus et Norbert ne se rend compte de rien. Mais ce beau jeune homme pourrait changer leur vie à tous les deux.

Ah, les années 60 ! Les années bonheur, les années folles, les années yé-yé. Vu d’aujourd’hui, on peut éprouver de la nostalgie pour une époque où il y avait le plein emploi, où les gens savaient s’amuser et où les seuls souvenirs qui nous arrivent sont peuplés de fleurs et de sourires. Je ne vous cache pas que ce n’est pas complètement ce que Stéphane Keller nous décrit ici. Rouge parallèle, c’est la couleur du sang, qui va servir de trace de deux itinéraires, celui de Jourdan et celui de Lentz.

Dès le début du roman, le ton est donné et le parti-pris de l’auteur clairement affiché. Nous allons avoir la description d’une société qui n’a pas oublié la deuxième guerre mondiale et qui est embringuée dans des conflits locaux qui impliquent les plus grandes puissances mondiales. A travers ces deux personnages, Hollyman étant un peu en retrait comme un catalyseur, Stéphane Keller nous décrit deux pays en proie aux ressentiments et aux alliances de circonstance, aux grandes trahisons et aux grands mensonges.

Avec une belle lucidité, la France est montrée comme une nation dirigée par un personnage omnipotent, régnant sur la politique, la police et la presse, passant au travers d’attentats et ayant construit son pouvoir entre fascisme et communisme, en piochant un peu de ci, un peu de là. Les Etats Unis en sont au même point, ayant mis au pouvoir un homme porté par l’argent de la mafia et tournant le dos aux agences gouvernementales pour afficher son grand sourire devant les médias.

Deux hommes vont traverser cette période charnière, cette année 1963 qui va changer le monde, qui va faire atterrir le peuple et lui rappeler que nous ne vivons pas dans un monde de Bisounours. Ces deux hommes ont perdu leurs illusions et avancent comme des spectres, semant les cadavres comme autant d’appels au secours du monde. Je ne suis pas en train de défendre ces deux figures qui vont tenir le roman au bout de leurs armes, mais juste essayer de vous donner envie de lire ce formidable roman.

Passant de Jourdan à Lentz, sans avoir de schéma établi, Stéphane Keller écrit là un roman qui doit lui tenir à cœur tant il y a mis de la passion, une passion qu’il nous transmet au travers de ces presque 400 pages, sans que l’on n’y ressente une once de lassitude. L’histoire est racontée avec une telle évidence, avec une telle fluidité qu’on ne peut qu’être ébahi devant le talent brut et époustouflé par cette histoire dans l’Histoire. S’il y avait sur Black Novel une palme du meilleur premier roman 2018, Rouge parallèle l’obtiendrait haut la main.

L’ami Claude a donné un coup de cœur à ce roman. Ne ratez pas son avis ici

Le chouchou du mois de janvier 2018

Voici venu le temps d’élire le premier chouchou de 2018. Comme je vous l’avais dit, je suis revenu à un rythme plus raisonnable de billets puisque je n’aurais quasiment pas publié de billets le vendredi … à part l’avis de mon invitée et amie Suzie qui nous a vanté les mérites d’un roman psychologique fait pour mettre mal à l’aise : Une vie exemplaire de Jacob M. Appel (La Martinière).

Bon, j’avoue que j’ai aussi inséré mon avis sur Droit dans le mur de Nick Gardel (Editions du Caïman), parce que c’est un auteur qui ne se prend pas au sérieux, et que j’aurais à la fois bien rigolé et surtout passé un excellent moment en compagnie de son retraité en prise avec une secte.

L’année du Lion de Deon Meyer (Seuil) sera ma seule lecture 2017, en toute fin d’année, qui aura vu mon avis publié l’année d’après. Mais je ne pouvais décemment pas passer outre de parler de ce roman post-apocalyptique qui nous plonge dans un décor extraordinaire et nous fait partager l’utopie d’un homme qui veut le reconstruire sans ses défauts. Un mois après sa lecture, je considère toujours que c’est le meilleur de son auteur.

Alors que l’année commence toujours par un mois de janvier (je suis sur que vous ne vous en étiez pas aperçu !), j’ai quant à moi lu et chroniqué quelques romans qui s’avèrent des débuts de série. Dans le cadre de ma rubrique Oldies, c’est la série de Harpur & Iles que j’ai débuté avec Raid sur la ville de Bill James (Rivages). C’est un roman qui m’a beaucoup surpris par la sécheresse de son style et la justesse de son propos, donnant une vision réaliste de l’ultra-libéralisme sous Margaret Thatcher. Toxique de Niko Tackian (Livre de poche) nous propose un nouveau personnage, Tomar Khan, qui tient à lui seul le roman. On y trouve beaucoup de mystère, plein de zones d’ombres et surtout une tension sous-jacente qui donne envie de lire le suivant (et je vous livre un scoop : la suite Fantasmë est sortie en début de mois chez Calmann Lévy. Et je vous donne un second scoop, je vais bientôt le lire !). Enfin, avec Les chemins de la haine d’Eva Dolan (Liana Levi), j’ai eu la chance de découvrir une auteure à part dans le paysage britannique, à la fois froide et humaine dans son propos, une artiste engagée qui ne mâche pas ses mots. Sa brutalité ne plaira pas à tout le monde en dénonçant l’esclavagisme moderne auprès des SDFs, mais son propos mérite d’être entendu et lu.

Après son premier roman Derrière les portes, j’étais curieux de savoir comment allait être le deuxième roman de BA.Paris. Défaillances de BA.Paris (Hugo & Cie) est en fait totalement prenant, une plongée dans la folie d’une femme qui se croit atteinte de la maladie d’Alzheimer. J’ai été immergé dans la psychologie de cette femme jusqu’à un dénouement à la fois surprenant et totalement logique.

Il est des auteurs que je suis et qui deviennent incontournables dans la Pile à Lire. Il et moi de Philippe Setbon (TohuBohu) est, sous des dehors de scénario remarquablement construit, un questionnement sur l’identité et sur la vie des acteurs qui changent de personnalité à chaque rôle. Une nouvelle réussite à mettre au crédit de cet auteur trop méconnu. Pour donner la mort, tapez 1 de Ahmed Tiab (Editions de l’Aube) nous place face à des questions de société difficile et nous propose le début d’une nouvelle trilogie sur Marseille. Si vous ne connaissez pas encore cet auteur, n’hésitez plus : il a un ton original et se pose en témoin de notre époque.

Le titre (honorifique) de chouchou du mois revient donc à 7/13 de Jacques Saussey (Editions du Toucan) car je me demandais comment cet auteur allait rebondir après son précédent roman écrit avec tant de rage, où il maltraitait ses deux personnages fétiches. Il aura suffi d’une trentaine de pages pour m’avaler dans un tourbillon et m’envoyer dans la Nord de la France, entre 1944 et 2015. C’est un roman en forme de renaissance, énorme, prenant.

J’espère que ce bilan vous aura aidé dans vos choix de lecture. Je vous donne rendez vous le mois prochain pour un nouveau titre de chouchou. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

7/13 de Jacques Saussey

Editeur : Editions du Toucan

Après Ne prononcez jamais leur nom, qui vient de sortir au Livre de Poche, je me demandais comment Jacques Saussey pouvait relancer son duo de policiers, Daniel Magne et Lisa Heslin, tant ils ont souffert lors de leur précédente enquête. Que nenni ! J’ai même l’impression que c’est un nouveau cycle que démarre <Jacques Saussey avec ce 7/13 au titre énigmatique.

14 mars 2015, Versailles : Le commandant Picaud accueille le capitaine Magne devant la maison où l’attend un corps. Le décor du jardin est cossu, bourgeois, alors qu’à l’intérieur, cela ressemble plutôt à un film d’horreur. Le légiste Torrentin donne peu de détails : la mort date de quelques jours; le chauffage a été monté pour accélérer la décomposition; il sera difficile de procéder rapidement à l’identification sans mains ni tête. Puis Picaud demande à Magne comment se porte Lisa. L’air de Magne ne trompe personne, ils doivent reconstruire et se reconstruire.

Vu l’état du corps, il est difficile de tirer des conclusions. Tout juste Torrentin peut-il affirmer que la personne assassinée avait entre 50 et 60 ans et qu’elle picolait un peu. Mais les propriétaires de la maison étaient en vacances au Mexique. Est-ce voulu d’avoir perpétré ce massacre dans cette maison ou une opportunité ? En recoupant avec les déclarations de disparition de personnes, ils ont peut-être un nom à mettre en face de ce corps mutilé.

14 décembre 1944, Londres. L’homme chaussa ses lunettes. Décidément, le brouillard ne voulait pas se lever et cela risquait d’empêcher son avion de décoller à destination de Paris. Alton va devoir prévenir Haynes du risque de ne pas pouvoir décoller. Il est épuisé mais décidé : c’est sa dernière mission avant de rejoindre sa famille aux Etats Unis.

Ce roman m’a tout simplement impressionné. Et tout d’abord parce qu’il ne lui aura fallu qu’une petite trentaine de pages pour me passionner. Alors, bien sur, je suis un fan de Jacques Saussey et de son couple d’enquêteurs Daniel Magne et Lisa Heslin. Mais après la lecture du précédent opus, qui avait des airs de conclusion tant il maltraitait ses personnages, je m’étais dit que Jacques allait passer à autre chose, écrire un roman “Stand-alone” avec d’autres personnages. En fait, comme je l’ai dit plus haut, il semblerait que ce roman soit une renaissance.

Trente deux pages, exactement, et quatre chapitres, car les chapitres sont courts, et j’ai été pris dans la tourmente, dans le rythme infernal assuré à la fois par les événements et les bouleversements intimes de notre couple. Si la construction Aller-Retour entre Passé et Présent est classique, elle donne dans le cas présent une autre dimension, une texture complexe et créée une addiction à la lecture. Alton, cet homme, Alton Glenn Miller, qui veut rejoindre Paris en pleine guerre est aussi vivant et important que tout le reste,.

Et que dire des SDF rencontrés au cours de l’histoire, ces pauvres hères sans logement, obligés d’abandonner leur pays qui ne veut plus d’eux, obligés de lutter pour survivre dans un pays qui ne veut pas d’eux. Jacques Saussey montre dans son roman toute son humanité, et nous plonge dans une réalité que beaucoup d’entre nous ne voient pas ou ne veulent pas voir.

Depuis que je lis Jacques Saussey, et je ne les ai pas tous lus (mais je les ai tous dans mes bibliothèques), je n’ai jamais été déçu. A chaque fois, je suis surpris par son écriture si fluide, si limpide, ses intrigues si solidement charpentées. Et à chaque fois, j’ai l’impression de le découvrir, comme si c’était la première fois. Cet épisode-là, je vous le dis, est difficile à oublier, tant il est parfaitement construit et écrit, et tant ses personnages font preuve d’une humanité que nous avons tendance à oublier. Enorme, cette renaissance !

Ne ratez pas les avis d’Anne,  de Luciole, et Sagweste

Un dernier mot : ce roman est édité en moyen format, et vendu au prix de 13,90€. Un excellentissime rapport Qualité/Prix, en somme. N’hésitez plus, jetez vous dessus !

Ne prononcez jamais leurs noms de Jacques Saussey

Editeur : Toucan

A la fin de La Pieuvre, sorti en 2015, nous avions laissé le couple Lisa Heslin et Daniel Magne en instance de rupture, tant cette enquête avait laissé des traces indélébiles. Cette histoire se veut la suite directe de La Pieuvre, un polar noir, très noir.

24 février 2015. Karine Monteil s’apprête à rejoindre son train avec son fils Jérémie. Depuis que Sylvain est parti, elle a du mal à gérer l’impulsivité de son fils. Elle doit se résoudre à quitter le pays basque pour rejoindre la grisaille et les galères de la vie parisienne. Au moment de monter dans son wagon, un jeune homme d’une beauté irréelle lui propose de l’aider. En plus, il est assis juste en face d’elle. Peu de temps après, Damian s’aperçoit qu’il a oublié sa carte bleue dans le distributeur et lui demande de garder son bagage. Alors que le train va partir, Damian n’est toujours pas revenu et Karine demande au contrôleur de l’attendre. Mais le train doit partir à l’heure, et quand il part, Karine aperçoit Damian sur le quai qui lui sourit, avant de taper un code sur son portable. Soudain, le train explose !

Non loin de là, Daniel Magne est en train de boire sa quatrième bière, pour fêter sa mise à pied d’une semaine, pour alcoolisme. Quand l’explosion a lieu, il n’écoute que son instinct et voit un seul homme qui s’en va calmement de la gare. La course poursuite s’engage en moto, jusqu’à ce que Damian s’arrête et tire sur le flic. Alors qu’il va l’achever, il décide de le garder en captivité et le charge à l’arrière de la camionnette qu’il avait préparé pour fuir.

Lisa Heslin n’a aucun remords d’avoir quitté Daniel Magne. Elle s’est exilée en Suisse pour élever seule leur enfant dont elle est enceinte de six mois. Henri, son chef à la police criminelle, l’appelle pour lui annoncer que Daniel a été kidnappé et qu’il est probablement blessé puisque l’on a retrouvé des traces de son sang sur une place proche de la gare de Biarritz. Lisa ne peut laisser tomber le père de son enfant, et décide de laisser de coté sa mise en disponibilité provisoire.

Sur la couverture de ce roman, il y a une citation de Gérard Collard qui dit : « Un des meilleurs auteurs de polars français ! ». Et il a probablement raison. Malgré ses 480 pages et ses 99 chapitres, on ne voit pas le temps passer tant la tension est permanente de la première à la dernière page. Tout tient dans son style à la simple et fluide, riche et évident. Mais ce la tient aussi à ses personnages, surtout si on a la bonne idée de les suivre dans leurs différentes enquêtes. Enfin Jacques Saussey a l’art de trouver la forme qui sied à chacun de ses polars, et de mener ses intrigues à sa façon envers et contre tous. Cela fait de tout cela un polar costaud et surtout extrêmement noir.

Noir dans le ton, noir dans le propos, noir dans les situations, noir dans sa conclusion, ce roman est d’une violence incroyable et d’une noirceur rare. Tout cela est expliqué dans la Note au lecteur, que l’auteur et l’éditeur ont décidé de placer en fin de roman et que j’aurais aimé voir au début. L’auteur explique qu’il a écrit ce roman en pleine période d’attentats qui ont ensanglanté les pays européens. Il en ressort une rage, une vision pessimiste de cette intrigue qui frappe le lecteur, tant tout y est décrit avec punch et sans fioritures.

Les personnages sont éloquents, puisqu’ils vont chacun prendre place en tête du roman, au fur et à mesure des pages. Chaque chapitre va concerner Daniel Magne, Lisa Heslin ou Damian en alternance. Daniel, blessé, va avoir la rage au ventre de s’en sortir. Lisa va aller au bout de ses forces pour retrouver le père de son enfant. Enfin, Damian est un meurtrier que l’auteur a construit de façon remarquable, incroyable de véracité, incroyable dans sa folie sanglante.

Je ne crois pas me tromper en disant que ce livre doit compter pour son auteur, tant il y a mis son cœur, sa passion, sa rage dans cette intrigue qui montre l’impuissance face à des assassins anonymes. Je regretterai juste que dans cette rage, il se soit laissé aller à quelques scènes irréalistes, faisant par exemple réaliser des exploits à Daniel alors qu’il est gravement blessé et déshydraté. Par contre, la fin est énorme, noire, injuste, cruelle, et elle nous laisse en plan, si bien que nous nous demandons comment cette série va bien pouvoir continuer.

Ce nouveau polar de Jacques Saussey s’avère une nouvelle fois un roman costaud qui n’est pas démenti par les collègues Claude, Le Cygne Noir ou Sandra.

Avis de Claude : http://www.action-suspense.com/2017/01/jacques-saussey-ne-prononcez-jamais-leurs-noms-ed.du-toucan-2017.html

Avis du cygne noir : https://lecygnenoirblog.wordpress.com/2017/01/28/ne-prononcez-jamais-leurs-noms-jacques-saussey/

L’avis de Sandra : http://passionthrillers.blogspot.fr/2017/01/ne-prononcez-jamais-leurs-noms-jacques.html

Mauvaise compagnie de Laura Lippman

Editeur : Toucan

Traducteur : Thierry Arson

Les romans, c’est souvent une rencontre avec le lecteur, réussie ou ratée. Ce roman purement psychologique est tombé au bon moment, c’est ce dont j’avais besoin. Même s’il n’est pas parfait, il pose des questions importantes sur la présomption d’innocence.

Baltimore. Ça commence comme un drame qui n’aurait jamais du avoir lieu. Ronnie et Alice sont deux jeunes filles de 11 ans qui sont à la fois voisines et copines. La proximité de leur maison fait qu’on les voit souvent ensemble. Lors d’un anniversaire d’une fille de leur classe, la mère organisatrice reprend Alice, quand celle-ci jette une poupée Barbie dans une flaque de boue. Elle refuse de la ramasser, alors la mère prend le bras de la jeune fille … peut-être serre-t-elle trop ? Alice se dégage, mais ce faisant, elle met un coup de poing à la mère. Résultat : Alice et Ronnie sont gentiment priées de rentrer chez elle et elles insistent pour faire le trajet à pied. Errant dans un quartier qu’elles n’auraient pas du arpenter, elles voient un landau avec un bébé dedans. Elles frappent à la maison pour le signaler, d’autant plus qu’il fait soleil et très chaud. Personne ne répond, alors les deux filles emmènent le bébé. Quelques jours plus tard, le corps du bébé est retrouvé …

Sept ans plus tard, Ronnie et Alice ont purgé leur peine. Elles ont été enfermées dans des centres de délinquance juvénile différents. Elles vont revenir dans leur ville de Baltimore, chacune de leur coté, chacune avec ses propres moyens. Alice est devenue une jeune femme grassouillette, Ronnie est grande et maigre. La mère d’Alice retrouve son enfant, et cherche à la protéger. Ronnie se débrouille pour trouver un travail de vendeuse.

Cynthia Barnes, qui a perdu son bébé est excitée par le retour des deux jeunes femmes. Pour elle, c’est une aberration. Et elle a peur car elle a eu depuis un autre enfant. Sharon, l’avocate qui a défendu Alice, a un sentiment de culpabilité vis-à-vis de son échec et de la condamnation de sa cliente. Quant à la police, dont Diane Porter, elle ne s’occupe pas de cette situation … jusqu’à ce qu’un nouveau bébé disparaisse …

Si mon résumé est si long, c’est bien parce que le contexte est important dans cette histoire, et que l’auteure prend d’ailleurs son temps pour placer les différents personnages. Il existe des romans qui racontent le retour après un séjour en prison, et ce sont plutôt des romans noirs, durs. Ici, Laura Lippman nous livre plutôt un roman purement psychologique, et se permet de détailler, par chapitres alternés les réactions de chacun.

Donc il faut s’attendre à un rythme lent, et à une description fort judicieuse de chaque attitude, même si par moments, j’ai trouvé que les réactions étaient exagérées. Mais dans l’ensemble, le traitement du sujet, ou des sujets abordés est brillant, et très maitrisé. Car le sujet du roman est bien la présomption d’innocence, la dette payée à la société qui vous poursuit toute votre vie. Je parle de sujets au pluriel, car je dois ajouter que le bébé mort est noir alors que les deux jeunes filles Ronnie et Alice sont blanches ; qu’il faut condamner ces jeunes filles à une lourde peine, pour le calme de la ville, d’autant plus qu’elles sont issues de familles pauvres alors que la petite Barnes est issue d’une famille aisée.

Tous ces sujets forment les questions que pose l’auteure dans la première moitié de ce roman. Puis, après la disparition du deuxième bébé, on retrouve les mêmes thèmes avec, en plus, les a priori de la police lors de leur enquête, et les harcèlements de la presse. Du coup, l’enquête passe clairement au second plan pour mettre en lumière les réactions exacerbées des uns et des autres, comme une sorte de meute de loups qui s’acharnent sur deux jeunes filles innocentes … mais sont-elles innocentes ? Je ne vais quand même pas tout vous dire ! Vous l’aurez compris, les fans de romans psychologiques vont être ravis. Quant aux autres, posez-vous la question : Un criminel qui a purgé sa peine est-il dans l’esprit de tous innocenté ?

Sous la ville de Sylvain Forge

Editeur : Toucan Noir

J’avais beaucoup apprécié son premier roman, Le Vallon des Parques, puis j’avais laissé passer les deux suivants car c’étaient des romans d’espionnage. Sous la ville est donc l’occasion de renouer avec Sylvain Forge.

4ème de couverture :

Adan Settara est brigadier à l’’unité de police judiciaire de Clermont-Ferrand. Il a déjà plus de trente ans de « boutique » et ses origines algériennes lui ont valu de nombreuses vexations et beaucoup de difficultés professionnelles.

Mais elles lui ont aussi permis de nouer d’’utiles relations avec les caïds des cités HLM de Clermont, où se réalise l’essentiel du trafic de stupéfiants.

Quand de jeunes étudiants arrivent au commissariat, après avoir trouvé une clé USB contenant d’’atroces images de meurtre, Adan comprend vite que l’’affaire est sérieuse et qu’’elle le mènera dans les hautes sphères de la société auvergnate.

Mais il décide aussi qu’’il ira cette fois jusqu’’au bout de son enquête, quitte à bousculer les hiérarchies de la ville.

Il n’’a plus rien à perdre.

Mon avis :

Que de chemin parcouru pour arriver à ce roman, qui respire la sérénité et le savoir faire. Pour autant, ce n’est pas forcément un roman facile d’accès, avec ses nombreux personnages, ses allers-retours dans le temps, ou même les différents lieux que l’on va traverser. Il m’aura fallu quelques chapitres pour m’habituer et surtout m’appuyer sur le personnage de Adan Serrata, qui est d’une puissance intéressante.

En effet, Adan Serrata est d’origine maghrébine, et son père a fait partie des Harkis qui ont fui leur pays, pour échapper à une mort certaine, et sont venus s’installer en France. La famille d’Adan a choisi la région de Clermont Ferrant et le froid de l’hiver à d’ailleurs tué son frère. Adan est entré dans la police et il est bien intégré dans les cités, ce qui lui permet d’avoir des tuyaux intéressants. Malgré cela, il est et restera toujours un simple brigadier. (Vous avez parlé de racisme ?). Ses confrontations avec son père, toujours reconnaissant envers le pays qui l’a accueilli donnent lieu à des scènes mémorables, d’ailleurs.

A coté de cela, Marie, sa collègue, est chargée elle des disparitions de chats. Ce n’est en rien une plaisanterie et cela donne une idée de la façon dont les policiers sont utilisés et traités. J’ai trouvé que ce personnage, psychologiquement parlant ne faisait pas le poids avec Adan, mais ce n’est que mon ressenti. Il y a bien quelques scènes épatantes (dont une dans une tour de HLM, au dixième étage) mais dans l’ensemble, je l’ai trouvée un peu pâle.

Le vrai personnage de ce roman, pour moi, c’est surtout cette ville de Clermont Ferrant, où la séparation entre les villas cossues et les barres des cités est bien présente, où les jeunes de banlieue s’en sortent par de menus larcins ou de plus gros trafics, et où les « riches » se regroupent dans des sociétés secrètes pour ne pas laisser échapper le pouvoir.

Si les chapitres se suivent à un rythme effréné, le déroulement de l’intrigue est plutôt gentillet. On ne peut parler de thriller, mais plutôt de roman policier à connotation sociale, dont le point d’orgue est la façon dont l’état français a traité, ou plutôt parqué les Harkis à leur arrivée dans notre pays. Du moins, c’est vraiment le point que j’en ai retenu dans ce roman très intéressant, et qui, avec ses nombreux personnages, mérite une certaine attention à la lecture.