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Ice-cream et châtiments de Nadine Monfils

Editeur : Fleuve éditions

Nadine Monfils a abandonné son personnage de Mémé Cornemuse pour Elvis Cadillac, un sosie d’Elvis Presley, qui vit de concerts dans les maisons de retraite et autres petites salles communales, roulant dans une Cadillac rose, et affublé d’un petit chien qui orne une belle banane. Les présentations avaient été faites dans King from Charleroi, avec un grand bonheur. Eh bien, réjouissez-vous ! Mémé Cornemuse est de retour puisque dans ce nouveau roman, nous allons assister à une rencontre au sommet !

Un homme court seul, tout nu dans la nature. On pourrait croire à un cinglé, mais en fait, il a peur. Il cherche à échapper à quelqu’un. Après avoir traversé des bois, il arrive sur une route. Il aperçoit une lumière, pense être sauvé. Il lève les bras de soulagement, en appelle à Dieu qui l’a exaucé … avant de se faire écraser par une voiture.

Au volant de la voiture, Elvis Cadillac chante des airs de son idole, pour entrainer sa voix et bercer sa chienne Priscilla. Il a bien senti une secousse, sur cette petite route qui doit l’emmener à Chimay, où il doit assurer un concert exceptionnel dans une maison de retraite. Il s’arrête et se rend compte qu’il vient de rouler sur un homme, relativement agé. Quand il le retourne, il reconnait Joël Bermude, une célébrité dans le monde des sitcoms débiles de la télévision. Elvis décide de charger le corps dans son coffre et poursuit sa route.

Speculoos (en fait il s’appelle Rémy, mais on lui donne ce surnom eu égard pour son gout pour les biscuits du même nom) a couru comme un dératé mais il n’a pas réussi à le rattraper, le retraité de la télé. Il va avoir du mal à le justifier à son comparse et chef (mais uniquement parce qu’il est un peu moins con) Mickey. Il va encore s’en prendre une bonne ! Comment va-t-il expliquer à Mickey que le vieux s’est fait la malle à poil ?

Je ne vais pas vous raconter des craques, ce roman est à l’image de ce que Nadine Monfils est capable de nous pondre de mieux. On y trouve des situations rocambolesques, des personnages barrés et des retournements tous plus drôles les uns que les autres. Outre les prénoms des tarés qui sillonnent au fil des pages, les personnages sont décrits d’une façon irrésistibles … et …

On y retrouve notre chère Mémé Cornemuse (chère au sens où il ne vaut mieux pas la rencontrer). Elle va donc former un duo avec Elvis, qui parait pour le coup plus raisonnable qu’elle, au moins pour quelques dizaines de pages. Car après, elle va se retrouver en compagnie de Speculoos et Mickey et ça va être la fête à Neuneu.

Ceux qui ne connaissent pas encore Nadine Monfils (Il y en a encore ?) vont être agréablement surpris. Ce roman est moins grivois que d’habitude, et parfois empreint d’une certaine poésie, rappelant en cela La petite fêlée aux allumettes, un des meilleurs épisodes de Mémé Cornemuse. Nadine Monfils fera même un plaidoyer pour la création, la littérature et la poésie.

Evidemment, tout cela n’est pas très sérieux, le but étant de divertir par le rire, et c’est une grande réussite. Il n’y a qu’à lire les notes en bas de page expliquant des expressions du cru (surtout belges). On y retrouve même le commissaire Léon, pas en personne mais muet comme une tombe, ce qui confère à ce roman une sorte de croisée des chemins avec un grand nombre de ses romans. On peut dire qu’on tient là une sorte de synthèse, de liens, de toute une œuvre qui comptera dans les années à venir. Et à chaque fois que je termine un roman de Nadine Monfils, je me demande bien ce qu’elle va pouvoir nous inventer dans le prochain … et vivement le prochain !

Zanzara de Paul Colize

Editeur : Fleuve Editions

Depuis Back-up (et même un peu avant), je lis toutes les nouvelles sorties de Paul Colize, car ses livres sont tout simplement prenants et permettent de passer à chaque fois d’excellents moments de lecture. Je ne suis pas prêt d’oublier Un long moment de silence, qui est à mon avis son meilleur roman à ce jour, le plus personnel aussi, ce qui en fait presque le livre de sa vie. Et Zanzara alors ? Il est comment ? GENIAL !

Fred a organisé son défi. Il a réuni des parieurs, qui versent une obole pour le voir prendre le périphérique de Bruxelles à contresens au volant de sa voiture, à fond. Après que chacun ait versé ses billets, il prend le volant et se lance sur le Ring. Il roule sur la voie de gauche, ne cherchant même pas à éviter les voitures qui viennent en face. Puis, il réussit à prendre la sortie suivante après plusieurs centaines de mètres de folie, et une bonne dose d’adrénaline. Encore une fois, il s’en sort. Entreprise suicidaire ? Pour lui, il s’agit plutôt de chercher une forme de rédemption, et un bien-être qu’il a rencontré dans sa jeunesse.

Fred, de son vrai nom Frédéric Peeters, est journaliste au journal Le Soir. Lors de la réunion de l’équipe, pour faire un point sur les sujets en cours, il reçoit un coup de fil d’un dénommé Régis Bernier. Il se dit menacé, a peur pour sa vie et lui propose un rendez-vous le lendemain pour lui faire des révélations. Quand il se rend chez Bernier, dans les Ardennes, il découvre un cadavre.

Il appelle alors la police puis inspecte les lieux. Certes, il semble que Régis Bernier se soit suicidé. Mais le pistolet semble bien éloigné du cadavre, sous le bureau. D’ailleurs, il n’y a pas de trace ni de téléphone, ni d’ordinateur, alors qu’il y a un écran et une imprimante. Les remarques du légiste laissent penser que la mort remonte à trois jours, soit avant le coup de fil qu’il a reçu. Il n’y a qu’un journaliste pour être attiré par ce genre de mystère.

Accrochez vous ! Dès les premières pages, on est pris dans le rythme, comme une sorte de 10 000 mètres à courir à la vitesse d’un sprint. De la scène initiale à la fin, le mot d’ordre est de l’action, de l’action et de l’action. Et cela se coordonne parfaitement avec la psychologie du personnage principal, Fred, sorte de suicidaire, avide de défis impossibles pour à la fois exorciser un drame de jeunesse et à la fois se sentir vivant. En fait, il vit à 100 à l’heure, aussi bien dans son travail que dans sa vie personnelle. Fred, c’est un descendant des punks, un No Future moderne, un Rimbaud du polar.

Car Paul Colize ne se contente pas d’écrire un roman d’action, il nous propose aussi un formidable personnage auquel on adhère et par voir de conséquence, pour lequel on a peur quand il fait ses défis ! Et on le trouve timide quand il s’agit d’aborder et de draguer Camille, une libraire, avant de le voir cinglé dans sa relation sexuelle, comme s’il devait prouver chaque respiration qu’il prend. Et tout est mené au même rythme, ce qui fait qu’on n’a pas le temps de retrouver son souffle, on court de mots en phrases, de phrases en chapitres courts, pour arriver au sujet du livre.

Fred va mener son enquête, rencontrer le fils du mort, et petit à petit découvrir le fin mot de l’histoire. L’auteur nous parle d’un événement que personne n’a évoqué, que tout le monde a enterré consciencieusement, sur fond de mercenariat, que ce soit dans les émeutes ou dans les guerres modernes. Quelques chapitres en italiques nous indiquaient bien qu’il y avait un sujet de fond, et celui-ci est judicieusement amené et suffisamment révoltant pour que l’on ait envie de hurler. Et cela fait de ce polar bien plus qu’un polar, une dénonciation des exactions gouvernementales mais aussi des informations que l’on choisit consciencieusement de donner au peuple. GENIAL !

Ne ratez pas l’avis des amis Claude, Yvan,  ainsi que sur Au Pouvoir des mots.

Elvis Cadillac King from Charleroi de Nadine Monfils

Editeur : Fleuve Éditions – 2016

Le nouveau roman de Nadine Monfils laisse augurer du changement : Changement d’éditeur puisque l’on passe de Belfond à Fleuve Editions ; changement de personnage principal puisque l’on passe de Mémé Cornemuse à Elvis Cadillac. D’ailleurs, les aficionados de cette excellente auteure belge qu’est Nadine Monfils pourraient bien ne pas s’apercevoir que ce roman est sorti, puisqu’il est classé en Littérature Blanche. Idiotie de classements d’étiquettes à la con ! C’est mon cas, puisque je ne parcours que les rayons polar, et s’il n’y avait eu le billet de l’ami Claude, je n’aurais jamais trouvé ce roman. Et rassurez-vous, malgré tous ces changements, ce qui est immuable dans les romans de Nadine Monfils, c’est bien son humour politiquement incorrect.

Tout commence par un clochard qui trouve un journal dans la rue. Il se met à le lire et tombe sur un article faisant l’éloge d’un sosie d’Elvis Presley. Dans son interview (qui vaut son pesant de cacahuètes, je vous le dis !), il clame sa joie de vivre, sa philosophie, ses rapports à la musique et au King du Rock’n’Roll. Son nom : Elvis Cadillac. Il s’habille comme le King, sa maison est emplie d’objets rappelant le King (du papier peint au papier toilette) et même sa chienne Priscilla est affublée d’une banane rose du plus bel effet.

Elvis Cadillac vit de petits concerts dans des petites salles de banlieue, avec toujours le même sourire aux lèvres … quand, un matin, une femme sonne à sa porte. C’est sa mère Raymonde Pirette, qui l’a abandonné étant bébé qui fait son retour. Elle veut faire de son fils une vedette, et veut devenir son manager … car il y a plein d’argent à se faire. D’ailleurs, elle va s’installer chez son fiston et commencer à gérer sa carrière, en lui trouvant immédiatement un concert privé chez les Montibul van Piperzeel, une riche famille bourgeoise, pour fêter l’anniversaire de la vieille grand-mère.

Les habitués de Nadine Monfils ne vont pas être dépaysés : c’est toujours aussi drôle, c’est toujours aussi bien écrit, c’est toujours rempli de bons mots. Bref, c’est un roman plaisir, un roman pour se faire plaisir, pour faire plaisir, pour rire à gorges déployées parce que les événements qui vont se dérouler vont être plus drôles les uns que les autres.

Evidemment, on va alterner entre les affres D’Elvis et sa mère avec tous les membres de la famille Montibul et on ressent le plaisir qu’a eu Nadine Monfils à flinguer tous ces gens bien nés qui n’attendent qu’une chose : la mort de la vieille pour toucher l’héritage quitte à l’aider un peu.

On aura donc droit à un corps, deux en fait, à un personnage de flic un peu bizarre, à des quiproquos en pagaille et à une blague de l’auteure elle-même, sorte de devinette posée en début de roman et dont on n’aura la réponse qu’à la fin.

D’ailleurs, Nadine Monfils fait référence plusieurs fois au DicoDard, dictionnaire des bons mots et aphorismes du gigantesque Frédéric Dard et je me permets de lancer un appel : Avis aux amateurs pour créer un DicoMonfils, car, croyez-moi, il y a de quoi faire. Et par les temps qui courent, on a bien besoin de rigoler un bon coup !

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude

Le principe de parcimonie de Mallock (Fleuve Noir)

Je ne sais plus qui m’a conseillé de lire les polars de Mallock, mais je peux vous dire que je le (la) maudis. Pourquoi ? Parce que j’ai eu la mauvaise idée de lire le cinquième tome des chroniques barbares et que j’ai trouvé ça génial. Et donc, je vais être obligé de lire les quatre précédentes. C’est malin ça ! Que celui qui se reconnait dans ces quelques lignes lève le doigt … que je lui coupe, tiens ! Comme ça, on restera dans le sujet de ce roman, Le principe de parcimonie, qui n’y va pas par le dos de la cuiller, comme on dit. Ceci dit, pour couper un doigt, une cuiller, ce n’est pas pratique !

Le rasoir d’Ockham ou rasoir d’Occam est un principe de raisonnement philosophique entrant dans les concepts de rationalisme et de nominalisme. Son nom vient du philosophe franciscain Guillaume d’Ockham (xive siècle), bien qu’il fût connu avant lui. On le trouve également appelé principe de simplicité, principe d’économie ou principe de parcimonie (en latin lex parsimoniae). Il peut se formuler comme suit :

Pluralitas non est ponenda sine necessitate

« Les multiples ne doivent pas être utilisés sans nécessité. »

C’est un automne de merde, je vous le dis. Il n’arrête pas de pleuvoir. Cette affaire débute au Louvre. On a volé la Joconde. Alors que tous les moyens les plus sophistiqués ont été mis en œuvre pour la protéger, l’incroyable, l’impossible est arrivé. Apparemment, ils étaient plusieurs, et personne n’arrive à imaginer comment ils sont entrés, comment ils sont sortis, ni comment ils s’y sont pris. Deux choses sont à noter : des traces de caoutchouc vraisemblablement laissés par des chaussures genre Rangers, et une victime sur place. En effet, le célèbre peintre Ivo avait le droit de rester la nuit dans la salle de La Joconde pour la peindre, dans le cadre d’une future exposition.

Le vol est revendiqué sur Internet par un certain Docteur Ockham. En ligne, il se permet même de montrer la destruction du célèbre tableau. Quelques jours plus tard, Mallock reçoit un bocal contenant des poussières de peinture. Une étiquette annonce : « confiture de Joconde ». Mallock et son équipe se demandent s’ils n’ont pas affaire avec quelqu’un qui veut revendre la Joconde tranquillement. Mais la suite va lui donner tort. Le docteur Ockham s’avère être un grand malade, s’attaquant par la suite à des personnalités dont il va tout d’abord couper les cheveux, puis amputer …

Ouah ! La vache ! Je comprends mieux pourquoi ceux qui lisent les polars de M.Mallock sont si emballés. Effectivement, on y trouve de quoi rassasier tout amateur de polars, tous genres confondus. On y trouve de l’action, du suspense, de la psychologie, de l’humour, du rythme, de l’amour, de la peur, de la démagogie, de la folie, de la créativité, de l’érudition … et je pourrais continuer longtemps comme cela tant j’y trouve des qualités. Et malgré tous ces ingrédients, on pourrait craindre que ce roman soit un mélange mal réalisé, avec un peu trop d’ingrédient de ceci, pas assez de cela. Que nenni ! Mallock remet au gout du jour la littérature policière populaire, dans ce qui ressemble, pour moi en tous cas, à un exemple du genre, sans jamais faire dans la facilité !

Rassurons les timides et les inquiets ! Cette enquête est la 5ème d’Amédée Mallock, le flic. Et malgré cela, on glisse dans le roman, on surfe avec les personnages comme si on les connaissait depuis 10 ans. Et j’oubliais de vous dire : Mallock l’auteur se met lui-même en scène dans le rôle principal, ce qui est un clin d’œil amusant (enfin, moi, ça m’amuse !). Tous les personnages ont leur caractère, leur vie, et c’est un vrai plaisir de les cotoyer.

D’ailleurs, ce roman est un pur plaisir de lecture, ce que j’appelle personnellement « Un livre de fou ». En fait, Mallock ne se donne aucune limite, ne se fixe aucune contrainte. Il créé un personnage de tueur cinglé, déploie toute son imagination et sa créativité pour faire plonger le lecteur dans l’horreur, en profite pour montrer et dénoncer la société des media, du paraitre et des fausses stars auto-adulées, et nous emmène un peu au hasard dans une première partie qui nous accroche. Puis, la deuxième partie est plus classique, si l’on peut dire avec un tel cinglé qui ne laisse aucune trace derrière lui, mais l’auteur rajoute à son intrigue une métaphore d’un Paris noyé sous une crue centennale, avec des images saisissantes. La troisième partie clot en beauté ce fantastique polar dans un rythme fou, et je peux juste vous dire que j’ai lu les 250 dernières pages en une journée, impossible que j’étais de m’arrêter.

Pour revenir sur celui ou celle qui m’a conseillé de lire Mallock, sache que j’ai déjà acheté les deux premières enquêtes et que la lecture de ce Principe de parcimonie m’a fait l’effet d’une vraie drogue : je ne demande qu’une chose, dorénavant : retrouver Mallock et son équipe.

Concerto pour 4 mains de Paul Colize (Fleuve Noir)

Génial, le dernier Paul Colize est génial. Prenant d’un bout à l’autre, il nous montre le destin de deux hommes, avec une simplicité telle que ce roman est impossible à lacher, et malgré cela, la structure du livre n’est pas si évidente que cela. Pour un lecteur lambda, cette lecture vous paraitra évidente et passionnante. Pour un spécialiste du polar, cette lecture laissera pantois par la maitrise montrée dans la conduite de l’intrigue. Je disais que ce roman est génial : Erreur ! il est impressionnant.

Le 18 février 2013, un fourgon charge une cargaison de diamants dans un avion. Un camion enfonce un mur de protection et débarque lors du chargement. Rapidement, les malfaiteurs mettent en joue les convoyeurs et embarquent les nombreux sacs. Quelques minutes plus tard, le camion se sauve par le même chemin qu’ils ont utilisé pour arriver. La rapidité, la précision font de ce braquage un chef d’œuvre du vol sans effusion de sang. Ce braquage serait-il l’œuvre de Franck Jammet ?

La vocation de Franck Jammet lui est dévoilée le jour où, enfant de chœur, il voit le curé mettre dans sa poche un gros billet récupéré lors de la quête de fin de messe. Ce jour-là, il comprend que l’on peut être voleur et ne pas se faire prendre. Scout par la suite, il invente une arnaque pour sauver des animaux en voie de disparition avec son ami de toujours XXX. C’est lors de ses études qu’il commence à monter des braquages judicieux, non violents et très rémunérateurs.

De nos jours, Jean Villemont, avocat au barreau de Bruxelles, doué et travailleur acharné, est appelé par M.Bachir pour défendre son fils Akim, qui vient d’être accusé de vol. En effet, Akim a été arrêté alors qu’il réalisait un braquage avec un couteau et à visage découvert. Le premier contact entre Akim et Jean se passe mal : Akim ne veut pas être défendu. Jean va mener son enquête et s’apercevoir qu’au lieu de braquer le bureau de poste, Akim cherchait en fait à échapper à la grosse voiture qui l’attendait dehors, et que, pour ce faire, il est entré précipitamment dans la banque pour simuler un braquage.

Ce roman est incroyable, impressionnant de maitrise, un pur plaisir de lecture. Il repose sur deux personnages forts, un voleur de haut vol et un avocat. D’emblée, Paul Colize alterne les chapitres afin de leur donner à chacun un temps de parole identique. Les chapitres se parlent, se répondent, et on entre dans cette intrigue avec deux hommes qui sont chacun d’un coté de la ligne jaune.

Franck Jammet est un truand qui se revendique comme tel, Jean Villemont est un avocat honnête qui se revendique comme tel. Ce qui attire mon attention, c’est le réalisme des scènes, et l’humanité des personnages. Paul Colize a mis beaucoup de passion dans son roman, et il nous l’insuffle, il nous conte une histoire à laquelle, il me semble, tout le monde se doit d’adhérer car elle est simple et humaine ; elle nous parle.

Cette construction faite d’alternances n’est pas nouvelle et on attend avec imaptience la rencontre entre les deux personnages. Elle est rendu plus complexe par le fait que les chapitres concernant Frank Jammet racontent sa vie depuis son adolescence. Malgré cette complexité voulue et revendiquée, ce roman est remarquable par sa fluidité, sn évidence. Ce roman se lit tout seul, le style est simple, mais chaque mot, chaque phrase veulent dire quelque chose.

Pour avoir lu plusieurs romans de Paul Colize, ce roman doit lui permettre d’atteindre à la reconnaissance parmi les meilleurs conteurs francophones contemporains. J’ai été époustouflé par la créativité des scènes, par l’imagination qui en découle, par l’évidence des enchainements et par la beauté de cette histoire, de ces deux destins. Et pendant toute la lecture, on ne se pose pas la question de comment ces histoires peuvent finir, parce que l’on aime se laisser porter par la narration.

Si je considère qu’Un long moment de silence est son chef d’œuvre à ce jour, ce roman là en est très proche tant ce roman est passionnant d’un bout à l’autre. Et si je dois vous donner un conseil pour vos cadeaux de Noel, n’hésitez plus : Ce roman là est sans aucun doute en ce qui me concerne un roman qui va plaire à tout le monde. Laissez vous emporter par ce concerto pour 4 mains !

Ne ratez pas les avis des amis : David et Yvan,

Imagine le reste de Hervé Commère (Fleuve éditions)

Hervé Commère n’est pas un inconnu dans le monde du polar. Car, avec un style simple et imagé, il créé des intrigues qui se révèlent étonnantes et pleines de créativité. Ce roman, si vous vous baladez dans le petit monde des blogueurs est tout simplement encensé par tous ceux qui l’ont chroniqué. D’ailleurs, le bandeau du livre est explicite : « Conquis ou remboursé ».

Le livre s’ouvre sur l’itinéraire de deux copains, deux amis inséparables, Frédéric Abkarian et Karl Avanzato. Originaires de Calais, ils vivent de petits délits, mais surtout, ils ont été livreurs de mystérieux paquets pour un caïd du coin, Cimard. Fred s’est fait serrer, a fait quelques mois de prison, et retrouve son pote, qui l’attend dans la voiture de sa mère. Sur le siège arrière, il y a une sacoche. Et dans la sacoche, il y a deux millions d’euros.

Ils envisagent de prendre l’autoroute qui les mènerait en Aquitaine. Ils vont rejoindre la fille de leur rêve, Carole. Elle habitait aussi à Calais, et tous les deux étaient amoureux d’elle. %ais elle est partie à Bordeaux quelques années auparavant. Karl explique comment il a volé l’argent à Cimard, l’emmène au Touquet pour lui faire visiter la demeure du mafieux, qui est parti en vacances en Thaïlande.

Puis ils se dirigent vers le sud, rejoindre leur rêve inaccessible. C’est là-bas que va se dérouler le drame …

Le roman va se poursuivre en nous présentant un chanteur doué mais qui n’a pas encore rencontré le succès … jusqu’à ce qu’il rencontre un producteur octogénaire. Le livre de Hervé Commère est composé de quatre chapitres, qui se nomment Karl, puis Nino, puis Serge puis All together … comme la chanson des Beatles. D’ailleurs, il sera beaucoup question de musique dans ce roman.

La première partie du roman est tout simplement géniale. Il y a dans ce début tout ce que j’adore dans les romans de Hervé Commère. Des chapitres courts, une innovation à chaque chapitre, des rebondissements, des retournements de situation, et un réel talent pour peindre des personnages simples et attachants. Franchement, quand il écrit comme ça, je pourrais lire des centaines de pages sans même m’en rendre compte, tant je me laisse emporter.

Puis vient la deuxième partie avec un énorme retournement de situation. Et là, je me dis : « Chouette, ça repart sur de bonnes bases, je vais m’éclater ». Evidemment, on y parle de Nino, chanteur doué, dont le rêve est de devenir connu, ou du moins d’être reconnu à sa juste valeur. Et là, je ne sais pas pourquoi, mais je me suis détaché du roman. Je n’ai plus été intéressé, pris par la trajectoire de Nino. En gros, ce qui pouvait arriver à Nino m’indifférait. Il y avait bien quelques rebondissements avec lesquels je me retrouvais, mais j’ai trouvé cette partie … longue.

Puis viennent les deux autres parties où à nouveau, je suis emballé par ce que Hervé Commère a écrit. Si vous cherchez des avis sur Internet, vous ne trouverez, sauf erreur de ma part, que des avis élogieux, voire des coups de cœur. Tout ça pour vous dire que j’adore Hervé Commère, que j’ai adoré son livre, sauf la deuxième partie, où je suis passé à coté. Ça doit surement être ça, une rencontre ratée.

Il ne vous reste plus qu’à aller voir du coté de Yvan, Claude, Unwalkers, Cannibaleslecteurs, Foumette, entre autres.

Oldies : La crève de Frédéric Dard (Fleuve Noir)

Ce billet se veut un hommage à Frédéric Dard, inoubliable auteur français. Outre qu’il fut le créateur de San Antonio, il écrivit aussi des romans noirs. La crève que je vous présente ici est une œuvre de jeunesse qui date de 1947 réédité par les éditions Fleuve Noir.

L’auteur :

Le père de Frédéric Dard, Francisque, d’abord ouvrier de la société de Dietrich, lance une entreprise de chauffage central à Bourgoin-Jallieu. Sa mère, Joséphine-Anna Cadet, est fille d’agriculteurs. Frédéric Dard nait avec un bras atrophié, inerte1. Ses parents, très occupés par l’affaire familiale, le font élever par sa grand-mère. Il en gardera un souvenir ému et le goût pour la lecture.

Le krach de 1929 précipite le déclin de l’entreprise familiale, qui est mise en faillite. Tous leurs biens sont saisis, sous les yeux du jeune Frédéric. La famille émigre alors à Lyon, dans un petit appartement du boulevard des Brotteaux. Frédéric suit sans grand intérêt des études commerciales à l’école La Martinière. Il est présenté en 1938 à Marcel E. Grancher, le fondateur des Éditions Lugdunum et du journal Le Mois à Lyon, par son oncle, ouvrier-mécanicien dans un garage automobile que Grancher fréquente. Engagé comme stagiaire, il assume peu après un rôle de secrétaire de rédaction (fonction qu’il assumera officiellement à la fin de l’été 1940), puis de courtier en publicité. Ses premiers articles, certainement encouragés par ses ainés comme le docteur Edmond Locard ou le romancier Max-André Dazergues sont publiés anonymement dans le journal dès 1939. Enfin journaliste, le métier qui l’attire depuis longtemps, il passe à l’écriture à proprement parler et publie fin octobre 1940 son premier livre La Peuchère (une nouvelle paysanne, ainsi que la qualifiera son éditeur Marcel Grancher), son premier vrai roman, Monsieur Joos, récompensé par le premier Prix Lugdunum décerné sur manuscrit lui apportant enfin en mars 1941 la notoriété.

Frédéric Dard se marie en novembre 1942 avec Odette Damaisin, dont il aura deux enfants, Patrice (né en 1944) et Élizabeth (1948 – 2011)2. Il s’installe avec sa femme à Lyon, dans le quartier de la la Croix-Rousse, au 4 rue Calas, où il réside entre juillet 1944 et mars 1949.

Frédéric Dard écrit des livres pour enfants et des romans populaires pour nourrir sa petite famille, rencontre des écrivains repliés à Lyon. Sa notoriété commence à dépasser les limites de la capitale rhodanienne. Très influencé par le roman noir américain (Faulkner, Steinbeck et surtout Peter Cheyney), il se lie avec Georges Simenon, qui lui rédige une préface pour son livre Au massacre mondain. Sous la houlette de Clément Jacquier, il écrit des romans avec ses premiers pseudonymes pittoresques : Maxell Beeting, Verne Goody, Wel Norton, Cornel Milk, etc.

Sur un coup de tête (il a pris ombrage d’un livre de Marcel E. Grancher, qui le cite dans ses souvenirs), il part en 1949 s’installer aux Mureaux avec sa famille, dans un pavillon de banlieue. Après quelques années de vache maigre, il connaît ses premiers succès d’écriture, au théâtre (notamment La neige était sale, adaptation du roman de Simenon, est montée par Raymond Rouleau au Théâtre de l’Œuvre en décembre 1950). C’est en 1949 que paraît Réglez-lui son compte !, roman policier signé San Antonio, et qui est un échec commercial. Il rejoint alors les éditions du Fleuve noir, où il va côtoyer Jean Bruce et Michel Audiard, et y publie deux romans : Dernière Mission, et le second San-Antonio, Laissez tomber la fille.

En 1954, Frédéric Dard et Robert Hossein montent au Grand-Guignol Les Salauds vont en enfer, première pièce d’une longue collaboration théâtrale.

La notoriété naissante du Commissaire San-Antonio engendre le succès, qui, dès lors, ne le quittera plus. Dard écrit vite et beaucoup, au rythme de quatre à cinq ouvrages par an : romans policiers, romans d’espionnage ou d’épouvante, scénarios, adaptation de roman pour le cinéma. En 1964 Frédéric Dard détient le record du nombre de livres vendus en France4.

Cependant, sa vie de couple avec Odette Damaisin n’est pas heureuse. Dans les mois précédant leur séparation, il tente de se pendre. Il se remarie le 14 juin 1968 avec Françoise de Caro, la fille d’Armand de Caro, le fondateur des éditions Fleuve noir.

En 1968, il prend la route de la Suisse avec sa nouvelle femme. Le couple se fait construire le « chalet San Antonio » à Gstaad.

Ils auront une fille, Joséphine, née en 1970 qui épousera Guy Carlier en 2006. Quelques semaines après sa naissance, le couple Dard adopte un jeune Tunisien, prénommé Abdel. En mars 1983, Joséphine, âgée de 13 ans à l’époque, est enlevée5 durant plus de cinquante heures de leur domicile de Vandœuvres par un cadreur de télévision6. Il la cache dans un appartement à Annemasse. Elle sera libérée contre le versement d’une rançon de 2 millions de francs suisses grâce au chalet de Gstaad qui venait d’être vendu. Le ravisseur sera arrêté et la rançon récupérée, mais l’épisode a longtemps traumatisé Frédéric Dard et sa fille7.

Il noue des liens très forts avec le R. P. Bruckberger (à qui il dédiera La Sexualité…) et avec Albert Cohen. Il se passionne pour la peinture, notamment les œuvres de Domenico Gnoli, peintre hyperréaliste, ou celles de René Magritte, peintre surréaliste. Il rend hommage à l’œuvre du poète belge Louis Scutenaire.

Avec le temps, il commence à prendre du recul, il accorde de longues interviews à la presse. En 1975, il fait paraître Je le jure, signé San-Antonio, un livre d’entretiens où il évoque son enfance, ses débuts, sa famille, ses idées. En 1978, il acquiert à Bonnefontaine une ferme du xviiie siècle qu’il restaure : c’est dans ce domaine de L’Eau vive qu’il poursuit son œuvre en composant une centaine de romans et de nombreuses peintures, sa vocation contrariée8.

Frédéric Dard meurt le 6 juin 2000, à son domicile de Bonnefontaine, en Suisse. Il est inhumé suivant ses volontés au cimetière de Saint-Chef en Dauphiné, village où il a vécu, enfant, en 1930, dans une maison appartenant à la famille de sa mère. L’ancienne école de Saint-Chef qu’il a fréquentée, porte une plaque commémorative rappelant ce fait.

Depuis la mort de son père, son fils Patrice poursuit l’écriture des San-Antonio.

(Source Wikipedia)

  Crève

Mon avis :

Le roman débute comme un huis clos et se situe à la fin de la deuxième guerre mondiale. Une famille de quatre personnes et autant de caractères se réfugient dans la petite maison d’un village français. Le père Albert est un honnête travailleur, un peu dépassé par les événements et la mère Constance est le genre de femme un peu effacée qui fait tourner le ménage sans faire de bruit.

Hélène, la fille de la famille, est très belle mais a eu l’erreur de succomber au charme d’un officier allemand M.Otto. Quant à Petit Louis, le cadet de la famille, il a été un peu plus que « collabo » puisqu’il a aidé les nazis à tuer des Français. Tout ce petit monde sait bien qu’une nouvelle ère arrive et qu’ils ont intérêt à se cacher. Mais on ne peut pas échapper très longtemps à son destin de salaud.

Moi qui connais (un peu) les romans de San Antonio, j’ai été très surpris par ce roman. En fait, j’y ai découvert un formidable auteur de roman noir, avec une acuité et une finesse dans la description des personnages et de leur psychologie qui annonçait le talent d’un grand auteur. Si le roman commence comme un huis-clos, cela permet de voir de sacrés personnages que l’on déteste se retrouver traqués, obligés de se confronter à leur passé.

Frédéric Dard fait preuve de cynisme et de beaucoup d’humour, mais aussi de poésie dans la description de certaines scènes et c’est dans ces phrases simples que j’ai redécouvert cet auteur. On y trouve aussi des réparties dans les dialogues qui font mouche, qui mériteraient de figurer dans un dictionnaire de citations. En cela, les deux premiers tiers du roman sont hautement jouissifs.

Dans le dernier tiers, quand la famille sort de sa maison, j’ai trouvé l’intrigue moins maitrisée, voire même une fin un peu précipitée. Mais comme ce roman est édité en format poche à un faible prix (6,80€), je ne peux que vous encourager à redécouvrir un de nos meilleurs et prolifiques auteurs de polars.