Archives pour la catégorie Littérature québequoise

La chronique de Suzie : Des yeux dans la nuit de Chevy Stevens (Archipel)

Suzie est de retour pour son avis sur le dernier roman de Chevy Stevens. Je lui laisse la parole :

Nadine Lavoie, dont la fille Liza âgée d’une vingtaine d’années a fugué sans laisser de nouvelles, est psychiatre dans un hôpital de Vancouver.

Lorsqu’une patiente, Heather, lui est confiée après une tentative de suicide, Nadine commence avec elle une thérapie afin qu’elle lui raconte son histoire. Au fil des séances, Nadine apprend qu’Heather est membre d’une secte. Surtout, elle se rend compte qu’il existe de troublants parallèles entre la vie d’Heather et la sienne.

Mais, lorsqu’elle veut fouiller son propre passé, Nadine se retrouve face à un trou noir, ayant effacé de sa mémoire de nombreux souvenirs traumatisants d’adolescence. Pourquoi sa mère les a-t-elle emmenés son frère et elle vivre dans une commune isolée de l’île de Vancouver ? Pourquoi sa famille a-t-elle été détruite ? Et pourquoi le nom d’Aaron Quinn, le gourou de la secte d’Heather, lui inspire-t-il des sentiments de terreur ?

Plus Nadine avance, plus elle sent une menace peser sur elle. Elle se sent observée, le danger se rapproche. Ce sera lui ou elle.

Un thriller!! Qu’est ce que j’aime les thrillers.

« Des yeux dans la nuit » est le troisième roman de la Canadienne Chevy Stevens.

Actuellement, la totalité de ses romans sont édités chez L’Archipel (« Séquestrée » et « Il coule aussi dans tes veines »). Le prochain « That night » sortira en anglais en juin 2014.

Mais revenons à nos moutons, « Des yeux dans la nuit », tout est quasiment dit dans le titre et ce qui compte, c’est le quasiment. Ce titre est intriguant car, en lisant la quatrième de couverture, on se demande où l’auteur veut nous amener mais on la suit avec une seule question en tête : pourquoi?

Cette histoire est un thriller psychologique qui joue sur deux aspects. Le premier aspect concerne les souvenirs refoulés qui restent à la lisière de notre mémoire, de notre conscience et qui peuvent induire des comportements bizarres. L’esprit est bien fait, il ne débloque certains souvenirs que lorsqu’on est en mesure de les comprendre ou en cas d’urgence. Pourquoi bloque-t-on certains souvenirs, sont-ils vraiment nécessaire à notre vie quotidienne ou est-ce qu’on s’accommode au fur et à mesure de ne pas savoir pourquoi?

L’autre aspect de cette histoire est la vision que l’on peut avoir, extérieure et intérieure, de la vie dans certaines communautés, plus exactement les sectes. L’auteur s’en sert comme terrain pour engendrer les traumatismes de son héroïne, mais aussi pour montrer les difficultés de compréhension entre les personnes qui y résident et ceux de l’extérieur.

Notre héroïne est psychiatre et elle n’a pas été gâtée par la vie mais elle a réussi à s’en sortir, du moins sur l’aspect professionnel, car sa vie personnelle est un champ de mines. On pourrait croire que son métier lui donne plus d’ampleur pour comprendre les autres. Et, là est le problème, les autres, oui, ses proches, non. On va la voir évoluer et comprendre ses erreurs, du moins mieux les appréhender. C’est un personnage attachant, qu’on pourrait côtoyer dans notre vie de tous les jours et ne pas s’en rendre compte car très secrète.

Les interactions avec les autres personnages ont une réelle intensité, une véritable émotion. On se prend au jeu. Même si tout tourne autour de Nadine, les autres personnages ne laissent pas indifférents. Il y a des paires de claques, voire des réactions plus violentes qui peuvent émerger tellement on est pris aux tripes et qu’on aimerait réagir. Mais, je vous laisse les découvrir.

Un des problèmes que j’ai rencontré et qui peut rebuter certains lecteurs est que l’histoire est racontée à la première personne. Ce que j’ai toujours un peu de mal à appréhender mais, une fois dans la peau du personnage, je me suis tout à fait identifiée à l’héroïne et à ses problèmes. J’ai même réussi à me spoiler car je voulais connaitre la fin (comme souvent). Un autre point est que vous trouverez certaines situations convenues, que cela se voyait arriver de loin mais l’intérêt est la manière de traiter certains sujets et c’est justement parce qu’on les voit arriver que cela prend toute son ampleur (pas de spoil).

Ce roman est une bonne histoire qui vous fera réfléchir sur les sectes, les troubles de la mémoire, la confiance et la loi du silence ainsi que sur d’autres aspects que je vous laisse le plaisir de découvrir par vous-même. Ne pas savoir est un mécanisme de protection que tout un chacun possède mais il est difficile et dangereux parfois de savoir pourquoi on a certains comportements.

Jetez-vous sur ce livre qui engendrera, peut-être, des échos au niveau de votre vécu et vous vous poserez la question « qu’aurais-je fait à sa place »? Bonne lecture, je vais me dépêcher de lire « Séquestrée » ou « Il coule aussi dans tes veines », enfin de les mettre sur le haut de la pile !

Publicités

Spartakusbund de Marc André Poisson (Editions Papier Plume)

Voici un billet qui s’adresse à des lecteurs nord-américains, qu’ils soient québécois ou canadiens, puisque ce roman est édité là bas et pas (encore) distribué en France. Il a toutes les formes du thriller d’espionnage et mérite que l’on se penche dessus.

Claude Sanche est informaticien, et vient d’accepter un nouveau poste à Montréal. Il vient juste de quitter son appartement à Vieux Québec et part au travail, en passant par le tunnel Louis Hippolyte Lafontaine. Deux Poids Lourds le dépassent alors ; et il lui semble bien que les deux conducteurs se sont salués. Vers le bout du tunnel, ils s’arrêtent, bloquant la circulation, descendent et sortent des mitraillettes pour arroser les gens qui vont au travail. Claude se couche miraculeusement sous son volant et sort indemne de la gigantesque explosion déclenchée par les terroristes.

S’il a vaguement vu qu’ils étaient blonds aux yeux bleus, il ne peut pas donner plus de détails aux policiers et agents secrets qui l’interrogent. Tout juste garde-t-il en tête cet étrange salut que les deux conducteurs se sont échangés avant de déclencher l’apocalypse. Il décide de mener l’enquête.

En parallèle, Jean Gabié, garde cote, intercepte un étrange message en Allemand en se rapprochant de l’ile de Rowley, au large de l’Arctique, une ile désaffectée qui comporte d’anciennes antennes de radio. Il décide d’y aller voir et des coups de feu éclatent. Son chef ne veut pas l’autoriser à aller enquêter alors il prend des vacances pour s’assurer de ce qui se passe et, avec Claude Sanche er Richard Siroix policier fédéral de son état, ils vont faire une équipe explosive.

Voilà une lecture bien rafraichissante, qui nous ramènent quelques années en arrière, du temps des romans d’espionnage de la guerre froide. Prenez un héros, innocent, n’ayant aucun rapport avec le pouvoir, et mettez-le dans une situation inextricable. Ajoutez lui un partenaire un peu plus féru, pour faire avancer l’intrigue, mélangez avec des rebondissements toutes les 5 pages, rédigez ça avec un style qui fuse, clair et efficace et vous aurez un très bon thriller.

La recette parait simple, mais en réalité, c’est très difficile à réaliser. Et je dois dire que celui-ci est une réussite. On s’attache tout de suite à Claude, et on suit ses aventures avec beaucoup de vitesse tant c’est écrit simplement. L’auteur n’en fait pas des tonnes, nous concocte des dialogues courts, des descriptions efficaces. Le tout se tient formidablement bien, se lit à grande vitesse pour notre plus grand plaisir. Je regrette juste que les présentations des personnages soient un peu longues et pas forcément utiles dans le déroulement du scenario.

On y trouve bien quelques maladresses, surtout dans le style, avant d’être enchanté par quelques mots québécois si évocateurs pour nous Français de métropole. Si vous êtes fan de polar d’action, d’espionnage et de suspense, alors ce roman est clairement pour vous. Il ne reste plus qu’à espérer qu’il soit distribué en France … A suivre …

Un grand merci à son auteur pour sa gentillesse et la découverte de son roman très divertissant.

ZIPPO de Mathieu Blais et Joël Casséus (Editions Kyklos)

Deux auteurs québécois font leur entrée en force avec ce roman, aux odeurs de soufre et de brûlot. Son titre, ZIPPO, rappelle aussi le briquet tempête bien connu. Effectivement, ça brûle !

Dans un futur proche, dans la ville de Villanueva, aux Etats-Unis. Cette petite ville est à l’image du monde, alimentée par un canal et traversée par le boulevard Mac Carthy. La ville est en ébullition car elle accueille le sommet du ZIPPO, qui regroupe les neuf plus grandes puissances économiques mondiales. Le peuple, en révolte, attend des décisions. Dans le même temps, un météore menace de tomber sur la Terre, et de s’écraser sue Villanueva.

La ville est partagée entre les frasques, largement médiatisées et le quartier des Pornoputes où l’on a entassé les pauvres et les indésirables. Depuis peu, les prostituées disparaissent, et personne ne s’en soucie. La résistance essaie de faire parler d’elle, mais elle est violemment maitrisée par les forces de l’ordre, les Macoutes.

Kahid est un journaliste, et son patron va lui confier la mission de couvrir le sommet du ZIPPO, alors que cela ne le motive pas plus que cela. Il a perdu la belle A***, et il se perd dans l’alcool à longueur de journée, confondant les désordres de la rue avec les ruines de sa vie. De nombreux personnages vont se croiser, s’entrecroiser dans ce paysage chaotique.

Roman social, roman apocalyptique, roman de fin du monde. La vision désespérante mais pas désespérée d’un monde qui s’éteint donne une impression hallucinante et hallucinée de ce vers quoi pourrait basculer nos sociétés industrielles. Entre mauvais rêve, cauchemar et réalité, le tableau est poisseux, noir, sale, et empli de fureur, de celle que l’on éteint quand on lance la charge des forces de sécurité.

Il y a un tel écart dans le roman entre les belles présentations du ZIPPO et la réalité du terrain, entre ceux qui y croient et ceux qui meurent de faim. Que peut-on attendre d’un monde qui nourrit le peuple avec des cigarettes que l’on appelle des crache poumons, ou de l’alcool appelé jus de cervelle ? Que dire des camions poubelles chargés de ramasser les corps des morts qui jonchent les rues ?

Le style est à l’image de ce monde, anarchique, oubliant les phrases pour lancer des rafales de mots, noyant les dialogues dans la narration. Effet de style sans concession, sans pitié qui parfois m’a laissé pantois, parfois m’a laissé sur le bord de la route. Certains passages m’ont paru difficilement compréhensibles, comme si les auteurs voulaient asséner leurs coups de mots dans la tête du lecteur qui a déjà la tête sous l’eau ou dans le sang.

C’est un roman d’anticipation, heureusement, et n’y cherchez pas l’auteur des meurtres des pornoputes car l’intrigue a peu d’importance. Lisez le tableau, buvez les images, retenez le style, c’est un livre fait pour secouer et pour faire réfléchir. Mission réussie.

Sur le seuil de Patrick Senécal (Bragelonne)

Depuis qu’elle a goûté au plaisir d’écrire des articles, on ne l’arrête plus. Revoici donc Foumette qui nous parle d’un auteur dont je n’ai lu qu’un roman, Patrick Senecal. Si ça continue, je vais créer une nouvelle rubrique : Les chroniques extraordinaires de Foumette.

Car en lisant son avis, impossible de résister, on met le livre sur la liste d’achat, et on achète dès que l’on peut. Bref, voici donc l’avis de Foumette sur un roman qui fait frissonner :

Sur-le-seuil.jpgWaouh!!! « Ca déchire », ce n’est certes pas une expression très française, mais ce fut ma première réaction, mon cri du coeur en refermant ce bouquin.

Une véritable histoire de « fou » où justement il est question de folie mais pas toujours comme on l’entend. Parfois ce que l’on interprète comme de la folie n’en est pas, comme dans cette histoire, cela peut atteindre l’irrationnel, l’indicible, l’invraisemblable…un concept que l’on ne peut nommer tant cela dépasse la logique, la science et même notre raison!

Thomas Roy, un écrivain très célèbre pour ses romans d’horreur, se retrouve à l’hôpital dans le service du psychiatre Paul Lacasse. L’auteur est atrocement mutilé et dans un état catatonique. Pour le psychiatre, il s’agit d’un cas assez banal mais peu à peu il va devoir reconsidérer son opinion et remettre en question son diagnostic ainsi que ses certitudes tant personnelles que professionnelles.

Il va, accompagné de sa collègue et d’un journaliste, essayer de comprendre ce qu’il s’est réellement passé, ils vont découvrir des faits très troublants, des témoignages perturbants, des évènements monstrueux….. Ils vont apprendre à leurs dépens que, au-delà du drame de Roy, il y a quelque chose de bien plus terrifiant, quelque chose que le commun des mortels considérerait comme inimaginable et que les conséquences pourraient en être désastreuses. Toute vérité n’est pas toujours bonne à entendre car parfois c’est au péril de sa vie, de ses croyances, de ses certitudes que celle-ci jaillira.

Deux solutions s’offrent donc à vous : soit vous restez bien sagement sur le seuil ou bien vous ouvrez cette porte qui vous emmènera à la frontière de l’horreur.

Un thriller implacable, un récit captivant, saisissant qui vous donnera la sensation d’être capturé dans un tourbillon qui n’en finit pas de vous secouer à en avoir les tripes retournées.

Amateurs de sensations fortes, ouvrez donc cette porte ! Pour les autres, tendez bien l’oreille car les bruits que vous entendez pourraient bien vous inciter à l’ouvrir!!