Archives pour la catégorie Littérature italienne

La maison du commandant de Valerio Varesi

Editeur : Agullo

Traductrice : Florence Rigollet

Tous ceux qui ont lu un des romans relatant les enquêtes du commissaire Soneri ne rateraient pour rien au monde le dernier opus en date. Si ce n’est pas votre cas, je vous recommande d’entamer dès cet été Le fleuve des brumes.

Alors qu’il poursuit en voiture de potentiels braqueurs de distributeurs automatiques d’argent, le commissaire Soneri se retrouve dans la Bassa, la région qui suit le cours du Pô. Soneri finit la poursuite dans une zone humide, brouillardeuse et inhospitalière. Souvent, le Pô sort de son cours, en fonction des pluies en amont et Soneri descend vers les rives boueuses du fleuve. Il y découvre un homme avec une balle tirée derrière la tête, vraisemblablement un étranger.

Après avoir contacté ses collègues, il se rappelle que la maison du vieux commandant Manotti se situe à proximité. Il rejoint la vieille demeure mais personne ne répond. Quand il entre dans la demeure de l’ancien résistant, il découvre son corps dans un état de décomposition avancé. Apparemment, cet illustre personnage est mort dans l’indifférence générale. Comment peut-on oublier un tel personnage, le laisser pourrir dans sa maison, voire même oublier, tirer un trait, gommer le passé ?

Alors que son chef l’avait envoyé après des voleurs, le voilà avec deux morts sur les bras. Comme à son habitude, il interroge les gens qui habitent aux environs. Il se rend compte que les gens sont furieux contre les étrangers qui pillent le Pô en braconnant le silure et qu’ils n’ont plus confiance dans la loi, que les responsables politiques bafouent. Mais Soneri va se rendre compte que cette affaire est bien plus compliquée que prévu.

Valerio Varesi est arrivé à trouver le bon style et le bon personnage pour parler de cette région de Parme, empreinte de mystères et poésie. Comme je le disais, quand on a commencé cette série, on ne peut que continuer tant le plaisir d’arpenter les rues ou les bords du Pô en sa compagnie semble naturel. Valerio Varesi a réussi à créer une connivence, une complicité entre ce commissaire et le lecteur grâce à sa façon d’aborder ses intrigues.

Soneri est dépeint comme un commissaire d’une cinquantaine d’années qui ne fait pas confiance à la technologie et fait confiance à son esprit de déduction et son instinct. La plus grande de ses qualités est sans aucun doute sa capacité à écouter les gens et à éprouver de l’empathie pour eux, ou au moins à chercher à comprendre leurs réactions.

Avec Soneri, Valerio Varesi a trouvé le personnage parfait pour aborder beaucoup de sujets importants, qu’ils soient du passé ou du présent, qu’ils soient intimes (le fantastique La pension de la Via Saffi) ou sur son pays l’Italie. Les deux corps de cette intrigue vont donner l’occasion à l’auteur de parler de la situation contemporaine de l’Italie et il se démarque de beaucoup de ses confrères en parlant des gens qui, voyant la corruption aux plus haut niveau de l’état, ne croient plus en la loi et trouvent des boucs émissaires dans la présence des étrangers sur leur sol. Rien d’étonnant à cela que les partis extrémistes y trouvent des voix !

Soneri qui se trouve en plein doute, à la fois personnel et professionnel, va prendre de plein fouet cette grogne populaire et se retrouver ébranlé dans ses croyances en son travail, sa mission. Il ne pourra se justifier que par le respect qu’il doit aux morts, les vivants ayant déjà choisi une voie extrémiste qui n’est pas une solution. Le ton, contrairement aux précédents volumes, n’est plus nostalgique mais révolté par la façon dont laisse partir à vau-l’eau un pays si riche de son passé et de ses gens.

Par sa façon d’écouter les gens, Valerio Varesi donne à son personnage le rôle de témoin, mais aussi de sociologue, fournissant des explications sur une situation qui se dégrade dont on peut trouver des résonances dans beaucoup de démocraties occidentales. Et plutôt que d’entrer dans un débat, je préfère laisser la parole à l’auteur par le biais de quelques extraits, qui démontre clairement que ce polar dépasse le cadre du polar et s’avère un livre important pour nous tous :

« Certaines générations naissent dans l’espoir, d’autres, dans la désillusion. Les changements balancent toujours entre les deux. Vous, par exemple, vous avez grandi dans l’espoir. Ceux d’aujourd’hui ont perdu toutes leurs illusions. La destruction est porteuse d’espoir, et la désillusion nous rend conservateurs. Vous et vos contemporains aviez envie d’abattre tout ce que vos pères avaient construit, mais les jeunes d’aujourd’hui n’ont pas de père. Ils ne connaissent pas l’autorité, ils ne peuvent pas la contester. Ils n’ont aucun repère, Ils cherchent désespérément quelqu’un qui leur ressemble. Voilà pourquoi ils rêvent d’un chef de meute, du discours unique. » (Page 80)

« La loi est faite pour les poissards. Les friqués s’en foutent, ils ne la respectent pas. Nos gouvernants sont des voleurs, des corrompus. Tous mouillés avec les mafias. On a même droit à des assassins. Et on devrait accepter de respecter leurs lois ? » (Page 127)

« Si je pouvais revenir en arrière, je ne m’occuperais plus de rien et j’en profiterais le plus possible. Je ne penserais qu’à moi, je ne prendrais pas parti, je ne m’exposerais pas. Sous le fascisme, j’aurais mieux fait de porter la chemise noire pour mes petits intérêts et puis après, quand Mussolini est tombé, j’aurais mieux fait de me mettre avec les démocrates-chrétiens, pour reprendre mes petites affaires. Aujourd’hui, j’aurais du choisir la droite pour les mêmes raisons. C’est comme ça qu’on vit le mieux : penser à soi et faire place nette dans tout le bazar, tous ces rêves et ces idéaux que je me suis trimballés pendant des années. J’ai gâché mon talent à travailler et à risquer ma vie pour les autres. Ça n’en vaut pas la peine. Aucune reconnaissance, et personne qui va me rendre les années que j’ai perdues à cracher du sang. Et ça suffit avec cette histoire de conscience. Tu parles d’une belle satisfaction de pouvoir te dire quand tu es vieux que tu as toujours été cohérent ! C’est quoi, la cohérence ? ça veut dire quoi, ce petit tas de mots que plus personne ne dit, par rapport à ce que j’ai perdu ? » (Extrait du journal du commandant Manotti – Page139)

Une affaire italienne de Carlo Lucarelli

Editeur : Métailié

Traducteur : Serge Quadruppani

L’un des maîtres du polar italien revient avec un nouveau personnage fantastique de mystères et de sous-entendus dans une étrange enquête policière. N’hésitez plus, courez acheter ce formidable roman policier !

Lundi 21 décembre 1953. De Luca entre dans une boutique qui ressemble plus à une pâtisserie qu’à un bar, pour y rejoindre un jeune homme, Giannino avec qui il a rendez-vous. De Luca, policier de grande valeur, a résolu nombre d’enquêtes sous le régime fasciste et à ce titre, a été placardisé depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, étant considéré comme un collaborateur des fascistes. Giannino, pendant toute l’enquête, l’appellera Ingénieur pour marquer son grand respect.

Le temps tourne à la neige et au froid. Pendant son trajet de Rome à Bologne, il a potassé le dossier, celui du meurtre de Stefania Mantovani épouse Cresca, retrouvée noyée dans la baignoire de la garçonnière de son mari. Son mari, Mario Cresca avait trouvé la mort dans un accident de voiture deux mois plus tôt.

Quand ils entrent dans la mansarde, ils perçoivent une pièce en total désordre. Des traces de sang tapissent le sol dans la pièce principale, les objets ont été balancés comme si l’on avait cherché quelque chose. Giannino lit alors le compte-rendu de l’enquête : le corps a été retrouvé immergé, portant la trace de coups ainsi que de traces sur le cou. Dans la corbeille, De Luca déniche un morceau d’enveloppe déchiré, Avant de partir, il emporte le rouleau de la machine à écrire.

Quelle joie de retrouver Carlo Lucarelli au meilleur de sa forme ! Dès le démarrage du roman, on a droit à une scène où De Luca et Giannino roulent à vive allure sur une petite route, avant d’avoir un grave accident. Puis retour en arrière, au début de l’enquête, dans un chapitre parfait, qu’il s’agisse de la description des personnages, des lieux du meurtre ou même des indices qui vont lancer l’enquête.

Carlo Lucarelli étant passionné d’histoire italienne, il a créé un personnage trouble, qui a œuvré sous le règne des fascistes, et qui doit subir les réactions des gens qu’il rencontre. D’ailleurs, il passera de longues heures dans sa chambre d’hôtel, préférant rester seul plutôt que rencontrer un membre d’une famille qu’il a maltraité. Mais, en grand maître du roman policier, l’auteur ne nous en dira que le strict minimum.

Il abordera cette période trouble tout en douceur, par petits traits, nous montrant une nation voulant chasser les communistes par tous les moyens, pendant que la population s’occupe des anciens fascistes. Et surtout, il introduit une notion géniale pour tout fana de mystères policiers : l’imperfection gérable. Alors, on se laisse mener, tranquillement, transi de froid en cette période de fêtes de fin d’année, et on s’approche du dénouement sans que l’on s’en rende compte ; Alors que tous les indices étaient répandus là, sous nos yeux. A ce niveau, c’est de l’art, du grand art ! Et la traduction est juste parfaite !

Le mangeur de pierres de Davide Longo

Editeur : Glénat

Traducteur : Anita Rochedy

Dans la collection Hommes et Montagnes des éditions Glénat, est paru ce roman à mi-chemin entre nature writing et roman noir. L’auteur nous invite à visiter les montagnes et vallées du Piémont et à rencontrer ses habitants, habitués aux conditions climatiques rigoureuses.

« Cesare coupa une fine lamelle de tomme puis ferma son couteau en regardant par la fenêtre le jour qui déclinait.

Les crêtes des montagnes saillaient encore sous les derniers rayons de soleil, mais les pins en contrebas avaient le vert mat du crépuscule. Dans les prés de l’autre côté de la rivière quelques meules de foin restaient. Un vent paresseux berçait les hêtres et les châtaigniers à mi-hauteur, les préparant à la nuit. »

Cesare se penche vers sa chienne Micol, qui ressemble à une louve. En faisant la vaisselle, il regrette le torrent du Cumbo Scuro, que des bulldozers ont éventré, contre son avis. Il décide de sortir profiter du paysage, croise l’autocar qui ramène les ouvriers après leur journée de labeur, passe devant les granges abandonnées par leurs propriétaires, partis immigrer en France ou ailleurs.

Au milieu des chênes, des châtaigniers et des nuages menaçants, il s’approche du bord de la falaise, pour observer l’eau en contrebas. Une odeur fétide agresse ses narines, et il se décide à descendre. A la surface calme de la retenue d’eau, le ventre d’un homme mort flotte, indifférent au calme alentour. Quand il s’approche, il reconnait Fausto, son filleul, à qui il a appris les rudiments du travail de passeur.

Sergio travaille à la ferme de ses parents, subissant les remontrances incessantes du père, car il n’en fait jamais assez à leur goût. Le père est en train de soigner une de ses vaches blessée quand la mère leur apprend la découverte du mort. Sergio se rend compte qu’il ne peut rester ici, dans cette région, à attendre que la mort vienne le prendre. Lui aussi veut passer de l’autre côté de la frontière, en France.

On aurait pu s’attendre à une intrigue policière, alors que l’on va habiter avec les habitants de cette région inhospitalière, alternativement avec Cesare et Sergio. Le rythme va donc être relativement lent, détaillant à la fois la nature, passive, comme en attente d’une action des humains, et les journées à boire ou couper du bois, à discuter de tout et de rien. Les réactions des personnages, leur psychologie sont à chercher du côté de leurs actions.

Car Davide Longo opte pour un style minimaliste, en additionnant les phrases courtes mais toujours justes, extrêmement travaillées, minutieusement construites. J’ai rarement lu un roman aussi précis, concis, sauf peut-être chez James Sallis. Le style minimaliste au possible nous fait ressentir le froid prenant, cette humidité qui emprisonne les peaux que l’on peut à peine protéger d’un pull, le vent cinglant qui fige les hommes et bouge les branches, le silence oppressant qui laisse retentir le moindre pas cassant une brindille.

Ce roman arrivera à un dénouement violent, non décrit, plutôt suggéré montrant combien les décisions peuvent être improvisées pour le pire. Le style de l’auteur remarquablement traduit par Anita Rochedy en fait une lecture exigeante, tout en nous offrant des phrases ou des paysages décrits comme par magie. Pour toutes ces raisons, je ne le conseille qu’aux amateurs de belle littérature, non effrayés par des romans où il n’y a pas d’action.

07 07 07 d’Antonio Manzini

Editeur : Denoël

Traducteur : Samuel Sfez

Si vous ne connaissez pas le sous préfet Rocco Schiavone, il va falloir rapidement rattraper votre retard, puisque quatre enquêtes sont déjà parues avant celle-ci : Piste noire, Froid comme la mort, Maudit printemps et Un homme seul. Et comme toute série qui se respecte, je ne peux que vous conseiller de les lire dans l’ordre, d’autant plus que 07 07 07 est la suite de Un homme seul, un polar dont la chute est une des meilleures (et les plus noires) que j’aie lues avec Le Dramaturge de Ken Bruen (rien de moins). Bref, si vous choisissez de vous lancer dans la lecture de ces romans, ne lisez pas le paragraphe suivant.

Eté 2013. Rocco Schiavone est réveillé par du Heavy Metal, que son voisin écoute à fond. A peine habillé, il se jette sur la porte du malotru pour lui expliquer la vie. De mauvaise humeur, il achète le journal et trouve un article relatant la mort d’Adèle Costa, la compagne de son ami Sebastiano, tuée à sa place (voir le tome précédent). Arrivé au commissariat, le préfet Baldi et le juge Costa le convoquent. Ils savent que ce meurtre est lié au passé de Rocco et lui demandent de s’expliquer.

Eté 2007. Quand Rocco se réveilla par cette chaleur étouffante de fin juin, ce fut pour trouver son lit vide. Il trouva sa femme Marina assise à la table du salon, en train d’éplucher les comptes en banque. Elle venait de découvrir les sales activités rémunératrices de son mari. Déçue, dégouttée, elle se leva et s’en alla, arguant qu’elle avait besoin de temps pour réfléchir. Heureusement, il allait être convié à une affaire qui occuperait son esprit.

Un jeune homme a été retrouvé mort dans une carrière, poignardé derrière la tête. La carrière était gardé par un vieil homme alcoolique qui dormait pendant ses gardes et n’a rien vu ni  entendu. Le grillage n’enfermait pas totalement la carrière, il suffisait de le suivre pour se retrouver près d’une route, en face d’une station service. Et si le jeune avait été en mauvaise compagnie, avait réussi à s’enfuir avant d’être rattrapé puis tué ?

En revenant en arrière, en plongeant dans le cauchemar de cette journée du 07 juillet 2007, Antonio Manzini nous permet à la fois de mieux comprendre son personnage et son attitude quand il a été muté à Aoste. On s’attendait à un livre fort, et l’auteur est au rendez-vous, dans une histoire remarquablement menée, porteuse d’une charge émotionnelle immense, digne des plus grands drames noirs que le polar est capable de nous offrir.

On comprend mieux les origines de Rocco, d’une famille pauvreuse, on rencontre sa femme Marina, belle comme le jour, dont il est fou amoureux (et c’est réciproque), on rencontre ses amis unis comme les doigts de main, Sébastiano l’ours lent, Furio le généreux rapide, et Brizio le beau gosse un peu bête. On participe à leurs repas, leurs discussions pleines de dérision de d’humour. Antonio Manzini réussit le coup de force de nous inviter dans ce cercle fermé grâce à des dialogues formidablement savoureux même si certains auraient mérité d’être mieux traduits.

Et puis, il y a cette intrigue qui part d’un meurtre d’un jeune, et qui se déploie comme une toile d’araignée pour monter vers des sommets de maîtrise. Ce roman se suit comme une évidence, l’enquête se révèle totalement logique et les scènes se suivent avec plaisir tant on démonte les rouages en même temps que Rocco.

Et puis, Antonio nous convie dans une visite de Rome, pas celle des touristes, celle des résidents, entre les boutiques de receleurs et les entrepôts, des ports environnants aux restaurants amicaux avec ces repas savoureux. C’est à la fois un cri d’amour envers la culture italienne, un cri de rage devant les assassinats, un cri de désespoir devant une fin tant attendue alors qu’on sait très bien qu’elle ne peut être que dramatique. C’est aussi dans cette façon de nous faire attendre que l’auteur est fort : on connait la fin et malgré cela, on est surpris comme une balle de revolver qui nous frappe en plein cœur. Ce roman nous frappe en plein cœur. Terrible !

Indio de Cesare Battisti

Editeur : Seuil

Prévu fin 2019 et reporté deux fois, le dernier roman en date de Cesare Battisti est sorti juste avant l’été. Alors qu’il est plutôt catalogué parmi les auteurs de romans noirs, Cesare Battisti flirte du côté du roman d’aventures historiques.

Direction l’Atlantique, donc, et plus précisément le Brésil, pour ce roman étrange, calme, apaisé. Le narrateur apprend la mort d’un de ses amis par noyade. Indio, puisque c’est son prénom a été retrouvé sans vie alors qu’il pratiquait la plongée sous-marine. Le narrateur va se déplacer à Cananeïa, petit village de pêcheurs, pour assister à l’enterrement et devenir l’héritier légataire d’Indio.

Dans ce petit village, tout le monde regarde les étrangers d’un drôle d’œil. Il ne fait pas bon poser des questions, ou s’intéresser à ce qui s’y passe. La découverte du corps d’un pêcheur n’émeut personne, même s’il porte des traces de liens sur les poignets. Le narrateur va alors se pencher sur des documents que son ami a regroupés et sur une sorte de journal portant sur une période lointaine.

Quelques années avant Christophe Colomb, un savant juif et un pirate musulman auraient débarqué au Brésil et donc découvert le Nouveau Monde avant tout le monde. Cosme Fernandes et Barberousse sont devenus des légendes et auraient peut-être laissé derrière eux un trésor, coulé dans une frégate au large. Les différentes morts seraient-elles liées à une chasse au trésor ?

Dès les premières lignes, on est happé par la belle musique de l’écriture, et par la sensation de calme et de douceur qu’il en ressort. Alors qu’on y parle tout de même de mort (s), cette distanciation fait disparaître l’aspect émotif de l’intrigue. C’est en partie pour cela qu’il est étrange d’avoir sorti ce roman dans la collection Cadre Noir, puisqu’il a peu à voir avec un polar.

On est plutôt dans le genre Roman d’aventures, avec des alternances entre les découvertes du narrateur et les découvertes de nos deux aventuriers et leurs relations avec les autochtones. Il y a un côté agréable dans cette lecture avec des passages hypnotiques, que viennent relever quelques piques mais l’ensemble est plutôt un roman lisse et calme que l’on a plaisir à parcourir.

Et l’écriture est suffisamment convaincante pour semer le doute, à tel point qu’on ne sait plus distinguer la réalité de la fiction. Il est tout de même amusant de se dire que les Amériques auraient été découvertes par un juif et un musulman et non par des catholiques. Cette remarque, par exemple, est glissée l’air de rien au détour d’un chapitre … sans vouloir faire plus de vagues. C’est une lecture qui change de mon quotidien.

Or, encens et poussière de Valerio Varesi

Editeur : Agullo

Traductrice : Florence Rigollet

Avec ce roman, les éditions Agullo nous proposent ce qui est déjà la cinquième enquête du commissaire Soneri, après Le fleuve des brumes, La pension de la via Saffi, Les ombres de Montelupo, et Les mains vides. Avec ce nouveau tome, on est déjà en terrain connu, voire conquis.

Le brouillard enveloppe la ville de Parme et le commissaire Soneri adore profiter de ces moments de mystère où tout se fond dans le flou. Son collègue l’inspecteur Juvara interrompt ses rêveries en lui annonçant au téléphone qu’un gigantesque carambolage a eu lieu au nord de la ville, sur l’autoroute. Comme les tziganes rôdent pour piller les véhicules accidentés et que le commissaire est le seul à connaitre les routes annexes du coin, les deux policiers vont se rendre sur place.

Empruntant les routes de campagne dont certaines ne sont que des chemins de terre, évitant des taureaux qui fuient, ils s’arrêtent à proximité du pont où ont eu lieu les accidents. En contrebas du pont, ils finissent par trouver un corps carbonisé. Pour Soneri, ce corps ne vient pas de l’accident puisqu’il ne trouve aucune trace d’herbe brûlée autour du corps. Il a donc été tué ailleurs et balancé du pont.

Le commissaire Soneri rend visite au camp de tziganes, non pas pour y traquer des voleurs mais pour savoir s’ils ont aperçu quelqu’un s’arrêter sur le pont et transporter un objet lourd. Mais il revient bredouille. Le corps s’avère être celui d’Ines Iliescu, femme de ménage roumaine sans papiers mais aussi amante de plusieurs hommes riches et en vue de Parme. Puis, la découverte d’un vieil homme mort de causes naturelles dans un car à destination de Bucarest conforte le commissaire Soneri à analyser les coïncidences de plus près.

Une fois qu’on s’est laissé emporter par la finesse de l’écriture de Valerio Varesi, il est difficile voire impossible de résister à un nouvel opus. Dès le début de cette enquête, on se croirait plongé dans le premier tome (paru en France), Le fleuve de brumes. Mais l’auteur ne va utiliser ce décor que pour justifier le carambolage de l’autoroute, avant de l’utiliser comme métaphore à chaque dialogue.

Dans ce roman, les dialogues y apparaissent parfaits, justes et mettant en valeur la puissance des mots prononcés et des non-dits. Le commissaire Soneri va devoir démêler les sous-entendus et interpréter les phrases, les informations qu’elles implicites ou explicites. Et il lui faudra sa logique propre pour comprendre que dans un monde divisé entre riches et pauvres, les couleurs se divisent en divers tons de gris.

Valerio Varesi aborde beaucoup de thèmes dans son roman dont la fracture de la société entre les pauvres qui fouillent les poubelles des supermarchés, et les riches qui se paient des femmes pour leur plaisir. Et il insiste à travers les différents personnages rencontrés sur l’importance de l’apparence, sur le jugement que l’on se fait des gens, remettant au gout du jour l’adage : L’habit ne fait pas le moine. Valerio Varesi pousse tellement le bouchon qu’on en vient à être dégoutté de certaines personnes, poussés par la pitié que l’on éprouve pour les sans-papiers.

Mais on y trouve aussi dans ce roman un commissaire perdu dans sa vie personnelle, navigant à vue, dans le brouillard. Son enquête surgit comme un coup de semonce contre son couple qu’il forme avec Angela. Elle parait plus distante, ne répond pas au téléphone et il se sent perdu, jaloux envers une jeune femme plus jeune que lui, comme Ines avec ses amants. Ce sentiment fort va le perturber mais aussi donner le fil directeur de son enquête.

Cette enquête va nous montrer un policier en plein doute, perturbé dans sa vie personnelle mais aussi malmené par des indices qui tombent et ne s’imbriquent pas bien. C’est bien la première fois que l’on voit un policier autant en difficulté. La dernière fois que j’ai ressenti une telle force dans un sujet semblable, ce fut pour Méfaits d’hiver de Philippe Georget. Il faut des auteurs de beaucoup de sensibilité et de talent pour aborder ce thème douloureux.

Le livre des choses cachées de Francesco Dimitri

Editeur : Hugo & Cie

Traducteur : Charles Recourse

Voilà un premier roman enthousiasmant, aussi étrange que son titre, qui est auréolé du prix Douglas Kennedy, ce qui promet un roman dénué de gore à tous les étages. C’est surtout la curiosité qui m’a poussé vers ce roman, grâce à la quatrième de couverture très bien faite.

Quatrième de couverture :

Ils sont quatre. Fabio, Tony, Mauro et Art. Quatre amis d’enfance qui, fidèles au Pacte qui les unit, se retrouvent une fois par an dans leur village natal du sud de l’Italie pour célébrer l’amitié, le temps qui passe et les rêves que l’on poursuit mieux à plusieurs.

Mais cette année, Art, le plus flamboyant d’entre eux, n’est pas au rendez-vous.

Art a disparu. De nouveau. Comme il y a vingt-deux ans, cette nuit d’été qui l’avait vu s’enfoncer, seul, dans une forêt d’oliviers. Il y avait eu un cri, puis le silence, puis le néant.

Personne n’a jamais su ce qui s’était passé à l’époque. Art était réapparu et la vie avait repris son cours.

Ses amis le pressentent : cette nouvelle disparition est liée à la première. Mais elle est aussi beaucoup plus inquiétante.

Car les années ont fait d’Art un homme à la fois solaire et mystérieux, aux relations troubles et aux passions déroutantes, arpentant en funambule le précipice qui sépare la raison de la folie, comme le révèle ce manuscrit retrouvé chez lui : Le livre des choses cachées.

Sous le soleil brûlant des Pouilles, où la mafia contrôle le moindre geste, où les traditions séculaires rythment encore le quotidien et où le surnaturel n’est jamais très loin, la disparition d’Art va confronter chacun à ses secrets, à ses trahisons et à ses fantômes.

Mon avis :

Présenté comme un roman choral où chacun des amis va prendre la parole pour dérouler l’intrigue, ce roman s’avère une très bonne surprise. Ecrit dans un style simple, entouré d’un mystère épais lié à la disparition de leur ami Art, le scénario est déroulé avec une excellente maîtrise, alternant juste quand il le faut entre présent et passé pour relancer l’intérêt du lecteur. De là à le classer parmi les thrillers, il y a un pas que je ne franchirai pas.

Car si la narration est fluide, certains passages sont bavards et on est plus attirés par la résolution de la disparition d’Art que par des scènes époustouflantes. L’auteur va complexifier son intrigue plutôt que de nous emmener sur de fausses pistes. Ce qui fait qu’on est plus proche d’un roman flirtant avec le genre Fantastique que d’un polar avec ses codes, ses crimes et sa résolution.

Et je dois dire qu’il en résulte une lecture agréable, des personnages que l’on suit avec plaisir, et un final qui sans être explosif n’en reste pas moins surprenant. Francesco Dimitri nous montre avec ce roman beaucoup de choses, et on ne peut qu’être curieux et impatient de lire son prochain roman, pour voir où il veut nous emmener. Je ne peux que vous encourager à découvrir ce nouvel auteur qui pourrait bien vous étonner. Laissez-vous capter par l’appel du Livre des Choses Cachées.

Le gang des rêves de Luca Di Fulvio

Editeur : Slatkine & Cie (Grand Format) ; Pocket (Format Poche)

Traducteur : Elsa Damien

C’est grâce à Muriel Leroy que j’ai lu ce roman, ce pavé de 940 pages évoquant les années 20 aux Etats-Unis. Il m’aura fallu 6 jours pour me laisser emporter par ce pays et cette époque pleine d’espoirs. Un vrai grand roman populaire.

Aspromonte, Italie, 1906-1908. Cetta Luminita est née dans une famille pauvre. A 12 ans, elle travaille à la ferme. A 14 ans, elle se fait violer par le patron. Elle appelle le petit Natale et décide qu’il vivra une belle vie. Elle décide donc de fuir vers les Amériques. Vendant son corps au capitaine du bateau, elle obtient une place à bord pour elle et son fils. A Ellis Island, les douaniers ne comprenant pas ce qu’elle dit, le petit se fait appeler Christmas.

Manhattan, Etats-Unis, 1922. Christmas est un jeune adolescent qui est beau parleur. Sa mère travaille dans une maison de passe mais elle fait tout pour lui rendre la vie facile. Elle va vivre avec un vieux truand fier Sal qui ne lui dira jamais qu’il l’aime. Christmas va proposer au boucher du coin de protéger son chien en l’échange d’un peu d’argent. La protection se fera grâce à son gang, qu’il vient d’inventer, les Diamond Dogs.

Ruth est une jeune fille juive qui va faire une mauvaise rencontre : un soir, elle tombe sur Bill un jeune délinquant qui travaille comme jardinier. Un jour, Bill laisse libre cours à sa violence et la tabasse, la viole et lui coupe un doigt pour voler sa bague. Ruth est récupérée par Christmas qui va la raccompagner chez elle. A force de morgue et de demi-mensonges, Christmas va être pris en charge par le grand-père de Ruth, Saul Isaacson.

Même s’il fait plus de 900 pages, ce roman se laisse lire par la force de ses personnages, tous formidablement faits, réalistes, vrais. On va suivre les itinéraires de chacun par alternance, Christmas, Ruth et Bill en traversant les années 20, peuplées de nouveautés mais aussi de personnages secondaires tous extraordinaires. Chacun va suivre son chemin, en parallèle, ils vont se croiser, se manquer, se rater pour se retrouver puis se quitter à nouveau.

Il y a aussi le contexte, la description des Etats Unis dans les années 20, où tout peut se réaliser pourvu que l’on ait envie de le faire. Il y a la vraie vie des immigrés, pauvres hères qui tentent de survivre. Il y a les rencontres qui changent une vie, en bien ou en mal. Il y a ce pays qui fait miroiter un rêve que peu vont pouvoir toucher de la main. Il y a l’évocation de ces villes multicolores multiraciales. Il y a cette violence inhérente à un pays où le maître mot est la Liberté.

Ce roman est autant une ode à la liberté qu’une évocation de la vie des immigrés, à la fois une fantastique évocation de la construction d’une vie qu’un hymne à l’amour. Il y a du sang, des joies et des peines, des réussites et des drames. Ce roman a la saveur de la vie, la vraie, celle où on se prend des coups mais où on se relève malgré tout parce que, après tout, elle est belle. Il nous propose des personnages inoubliables et nous fait passer un excellent moment de lecture. C’est un vrai grand roman populaire, dans ce qu’il a de plus noble.

Les mains vides de Valerio Varesi

Editeur : Agullo

Traductrice : Florence Rigollet

Ce roman n’est que le quatrième publié en France de cet auteur, après Le fleuve des brumes, La pension de la via Saffi et Les ombres de Montelupo, et déjà, j’ai l’impression qu’à chaque fois, ce sont des lectures impératives, obligatoires, tant ces lignes disent tant de choses.

C’est le mois d’aout dans la ville de Parme et la chaleur est insupportable. On aurait pu croire que la ville sommeillerait tranquillement en attendant la baisse de la température de la soirée. Mais il devait en être autrement. Dès le matin, un appel à la radio signale un braquage, réalisé par quatre individus. Puis c’est une bagarre générale qui se déclenche Via Trento, impliquant une quinzaine de personnes. Puis, c’est un fou qui menace la foule avec un couteau.

Mais c’est l’appel suivant qui attire l’attention du commissaire Soneri : deux hommes viennent de voler l’accordéon du musicien qui joue sur les marches du Teatro Regio. « On peut tout supporter de cette ville : sa chaleur, ses voyous … Mais pas qu’on lui vole sa musique. » L’après midi commence sur le même rythme : une jeune fille a été agressée puis un homme est retrouvé mort chez lui. On demande à Soneri d’aller voir cette affaire bien étrange.

En plein quartier des boutiques de fringues, Soneri arrive dans l’appartement de Francesco Galluzzo. Le mort, brun et bronzé, est couché à coté du canapé, sa tête tournée vers la porte. L’appartement est en total désordre et l’homme a le visage tuméfié, avec des traces de corde aux poignets. C’est son associé qui l’a découvert, après être allé chercher la clé chez la sœur de Galluzzo. Pour Soneri, c’est clair : c’est un passage à tabac qui s’est mal terminé.

Ceux qui ont lu les trois premières enquêtes de Soneri risquent d’être surpris au démarrage de ce livre. Là où Le fleuve des brumes jouait sur les ambiances, où La pension de la via Saffi et Les ombres de Montelupo abordaient les relations du commissaire avec son passé familial, nous sommes plongés dans une canicule en pleine ville. Le style et le rythme s’en ressentent : les phrases sont rapides, toutes en actions, en mouvements, et il y a peu de place pour les sentiments.

A partir d’une affaire simple en apparence, l’affaire va non pas se complexifier, mais dévoiler des liens sur la vie secrète de Parme et l’implantation de la mafia dans les commerces de la ville. Puis, le commissaire va se montrer un témoin des changements de sa ville, de sa vie, empli de nostalgie, de ce passé où la vie semblait si simple, si limpide, plus en relation avec la loi et le respect des gens.

Car le monde a choisi un nouveau roi, un nouveau Dieu, celui de l’argent. Tout se vend, tout s’achète et plus on en donne aux gens, plus ils en demandent. On trouve cette phrase éloquente et remarquable dans la deuxième moitié du livre : « L’argent est la nouvelle idole unique et totalitaire. Il ne nous reste plus que deux possibilités : soit en profiter, soit tenter de s’y opposer. Moi, j’ai choisi la première et vous, la seconde. Le seul point sur lequel on se retrouve, c’est le mépris qu’on peut ressentir pour ce monde-là. »

Si le sujet n’est pas nouveau, le regard que pose Valerio Varesi et son commissaire sur notre monde et sur son évolution permet de prendre un peu de recul par rapport à ce qu’on subit tous les jours. Publié en 2004, il avait des allures de visionnaire ; aujourd’hui, il fait office de constat pessimiste. Mais il y a une qualité que l’on ne peut lui reprocher : c’est de nous avoir emmené dans cette Parme magique, pour parler d’un sujet universel, avec un beau constat d’échec. Et quand on a tourné la dernière page, on a envie d’éteindre la télévision quand il y a des pages de publicité.

Des romans policiers chez de petits éditeurs

Récemment, j’ai lu deux romans policiers édités par deux petits éditeurs. D’où l’idée de regrouper mes deux avis pour faire un billet thématique. Si Théâtre au sang est un polar sympathique, Le train pour Tallinn vaut largement le détour.

Théâtre au sang d’Eliane Arav

Editeur : Le Chant des Voyelles

Au théâtre Charles Victor, la pièce de Samuel Beckett bat son plein depuis six mois. Et la présence de la grande, l’immense actrice Tessa Saguine y est pour quelque chose. Tout le gratin de Paris s’est déplacé ce soir, mais la diva se fait attendre. Pour faire patienter le public, on leur propose une lecture, jusqu’à ce qu’un corps tombe des cintres. Tessa est morte. Didier Daille, dit Didaille, commandant de police est dans la salle. Il va devoir trouver le coupable parmi tous ceux qui disent aimer l’actrice et tous ceux qui la détestent réellement … c’est-à-dire tous !

La petite maison d’édition Le Chant des Voyelles nous propose un roman policier classique, dont la forme peut sembler surannée. On a en effet l’impression de lire une enquête de Maigret, où l’on voit le commandant Didaille enquêter seul, sans être obligé de faire de point pour le procureur ou sa hiérarchie. Pour autant, il a accès à la technologie moderne telle que l’analyse ADN. Cela en fait un roman doucement décalé.

C’est aussi un sacré pavé, avec un format de livre plus long que large, qui se lit avec un grand plaisir, grâce à la fluidité du style et à ses nombreux dialogues. D’ailleurs, l’enquête va surtout avancer par dialogues, avec une scène par chapitre, ce qui est tout à fait classique mais très bien fait. De même, les indices sont parsemés de ci de là, et l’auteure a même ajouté une touche de fantôme, une touche de mystère bienvenue.

Et ce que j’ai apprécié, c’est cette plongée dans le monde du spectacle, plongée aidée par l’utilisation de termes spécifiques liés au théâtre (expliqués dans un lexique en fin de roman), mais aussi la peinture de ce monde de faux-semblants. Et donc, tout le monde ment et / ou joue la comédie … Aidé en cela par une bonne dose de dérision et de sarcasme, ce roman s’avère être une lecture bien agréable et surprenante.

Le train pour Tallinn d’Arno Saar

Editeur : La Fosse aux Ours

Traducteur : Patrick Vighetti

Dans le train qui relie Saint Petersburg à Tallinn, le contrôleur essaie de réveiller un homme qui s’est endormi après avoir bu une bouteille entière de vodka bon marché. Depuis la chute du communisme et l’indépendance des pays baltes, cette ligne de train doit faire des arrêts prolongés aux douanes. L’homme décédé est allé boire au bar pendant le trajet en Russie et ne s’est plus déplacé ensuite. Peut-être s’est-il contenté de boire sa bouteille d’alcool bon marché ? Et comme on ne vend pas cette marque dans le train, peut-être l’avait-il avec lui ? Toutes les hypothèses sont permises quand on apprend son identité : Igor Semenov, un homme d’affaires russe.

L’inspecteur Marko Kurismaa a la cinquantaine et souffre de narcolepsie. Seul Kalio Kuslap, le commissaire-chef le sait et le couvre. Il n’est pas apprécié, surtout parce que son père était un fervent opposé à l’ancien régime politique. N’ayant pas d’enfant, ni de femme (il a une liaison avec Kristina Lupp, une policière), il se consacre à son travail. Affublé d’une jeune recrue, Kasper Mand, il préfère travailler en solitaire, sans compter ses heures.

C’est une vraie curiosité que ce roman à plusieurs égards. Tout d’abord, l’auteur Arno Saar est italien, et il n’est autre qu’Alessandro Perissinotto, auteur de littérature blanche. Ensuite, il situe son intrigue dans un pays balte après la chute du mur et l’indépendance de l’Estonie. Si le déroulement de l’intrigue est classique, avec une enquête à base d’entretiens, beaucoup de pistes et un inspecteur immédiatement sympathique, ce roman est réellement une excellente surprise.

Sans en rajouter outre mesure, Arno Saar nous présente un pays scindé en deux, une partie de la population regrettant la rupture des liens avec les Russes, les autres détestant l’époque communiste et les exactions du KGB. Le contexte est un pays froid, où le soleil est peu présent dans la journée. Et ce petit pays possède aussi ses casseroles, et quelles casseroles ! La fin de ce roman en est une illustration éloquente.

Savoir que ce roman est la première enquête de Marko Kurismaa est une excellente nouvelle. Car la lecture de ce roman est un pur plaisir, le dépaysement est garanti sans en rajouter et on a hâte de retrouver notre commissaire dans sa deuxième enquête qui s’appelle La neve sotto la neve, La neige sous la neige. Tout un programme !