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Si je meurs avant mon réveil … de Philippe Setbon

Editeur : AO éditions

C’est totalement par hasard que je suis tombé sur le dernier polar de Philippe Setbon. Depuis que je l’ai découvert grâce aux éditions du Caïman, je ne peux qu’être fervent de ses scénarii tordus et vicieux. C’est encore le cas ici.

Josée Vallée dit Jo débarque à Biarritz auréolée de sa chevelure de feu. La première chose qu’elle fait est d’enlever sa doudoune et d’aller prendre une bière au bar en face de la gare. John Fitzsimmons, Fitzie pour les intimes, la remarque aussitôt et lui paie un verre. Son plan drague est un peu trop voyant et elle le plante là, alors qu’il lui proposait de l’aider et de l’héberger en tout bien tout honneur. A force de se côtoyer, Fitzie va proposer à Jo un travail de serveuse chez des amis, Lucille et Louis « le gros loulou » qui tiennent un restaurant près des halles.

C’est dans un vieux grenier que l’on a retrouvé la pince du grand-père Victor. De la forme d’un sécateur, avec un grand clou à son extrémité, cet outil forgé des mains du « vieux » servait à tuer les animaux et à les dépecer. Victor, avant de mourir, a raconté pour la seule et unique fois à son petit-fils comment il a inventé et réalisé son outil, comment il l’a utilisé pendant la deuxième guerre mondiale contre les Allemands et tous ceux qui les ont aidés. Victor appelait cela « aller aux champignons ».

C’était un an plus tôt. Un an avant la dégringolade. Une année avant la chute libre jusqu’au fond des abysses. Elvire Gallia était alors capitaine des forces de police. Ce matin-là, elle reçoit un coup de fil de son jeune lieutenant, Rodolphe Noro. Il lui annonce que le corps d’Alice Julienne vient d’être atrocement découpé dans une forêt proche de Biarritz. Alice était la meilleur amie d’Elvire, sa seule amie.

Autre temps, autre lieu. Il y a la petite Marie, 10 ans. En ce 31 décembre 2000, alors que tout le monde craint et attend le bug, elle attend sa mère. Elle a prévenu qu’elle allait arriver plus tard. Elle s’endort tard, et est réveillée par des voix : celle de sa mère et celle d’un homme. Elle se cache sous le lit de sa mère et malheureusement pour elle, elle va entendre sa mère se faire tuer et découper. Elle sera ensuite élevée par son oncle.

On a l’habitude de lire des scénario diaboliques de la part de Philippe Setbon, celui-ci n’échappe par à la règle. Menant son intrigue sur quatre fronts, il nous malmène et nous emmène des années 40 à nos jours, passant d’un personnage à l’autre, d’une époque à l’autre. C’est fait avec une maestria remarquable puisque, malgré la complexité de sa construction, cela se lit très facilement.

Et quand je dis que cela se lit très facilement, je devrais dire qu’on ne peut pas s’arrêter. Une fois que l’on a compris à quelle sauce Philippe Setbon va nous cuisiner, une fois qu’on a intégré chaque personnage, chaque lieu, chaque tems, et chaque psychologie, on en redemande, en se demandant où il va bien nous emmener. Et je suis sur que vous mourez d’envie de savoir … eh bien, je ne vous dirai pas !

J’adore les chapitres courts, j’adore la fluidité du style et j’adore ce scénario diabolique, à la limite vicieux sans description macabre ou sanguinolente qui ne soit nécessaire, j’adore ces dialogues remarquablement bien faits, et le visuel de chaque scène qui me fait dire que cela devrait faire un bon film ou une bonne série. J’adore ce roman pour ce qu’il est : un excellent divertissement.

Du polar certes mais en humour !

Depuis San Antonio et peut-être même avant, il n’est pas interdit de lire un polar et de se marrer comme une baleine. On y trouve de tout, des intrigues décalées au style humoristique. Et quoi de mieux que de passer un bon moment en souriant voire en riant. Je vous pose deux exemples d’excellents romans qui viennent de sortir :

Laisse tomber de Nick Gardel

Editeur : Editions du Caïman

Comment être indifférent au sous-titre de ce roman : « Petit manuel de survie en milieu grabataire. » ?

Antoine Spisser a la quarantaine et est rentier, au sens où ses parents lui ont laissé un beau petit pactole à leur mort. A force de ne rien faire d’autre que manger et regarder des films, Antoine s’est retrouvé obèse. Il ne sort donc que très peu de son appartement, situé dans un petit immeuble, au fond d’une impasse. Il faut dire que ses voisins ne sont pas motivants, puisque cet immeuble n’est peuplé que de personnes âgées ?

Quand le roman s’ouvre, notre Antoine se retrouve en équilibre sur la façade de l’immeuble, à presque 10 mètres du sol. Mais pourquoi est-il là ? Si je vous dis que c’est à cause de ses voisins ? Vous y croyez ? Si j’ajoute que c’est à cause d’un lustre tombé en panne ? Dit comme ça, cela peut sembler farfelu. Eh bien ça l’est ! En voulant rendre service, Antoine se retrouve pris dans un engrenage … comique.

Nick Gardel, c’est un auteur que j’aime beaucoup pour sa faculté à créer des situations comiques, entre burlesque et cynisme, sans oublier de bons jeux de mots. C’est dire s’il maîtrise toutes les facettes de l’humour. Mais avec ce roman-là, il s’est dépassé autant dans l’histoire que dans sa façon de la construire. Ce roman, c’est du pur plaisir de lecture du début à la fin, que l’on pourrait résumer par : un fainéant au pays des ignobles vieux.

Construit comme un huis clos, nous avons une situation d’un drôle irrésistible : ce gros échalas malhabile de ses dix doigts, se retrouve dans une position inextricablement noire. Les descriptions des personnages sont de grands numéros, proches de ce qu’a écrit San Antonio, et le cynisme de ce qui se passe dans cet immeuble proche de ce qu’a écrit Thierry Jonquet. Plus le roman va avancer, plus Antoine va s’enfoncer et plus cela va devenir drôle. Et cerise sur le gâteau : c’est remarquablement bien écrit ! Je vous livre un des nombreux passages irrésistibles du roman :

« Orsini est la caricature du vieillard. Voûté, la peau parcheminée et plissée comme un lit défait, il a dans les yeux une éternelle tristesse qu’aucun sourire ne pourra jamais totalement effacer. Son front a gagné la lutte de terrain sur sa chevelure blanchie, qui se retire néanmoins dignement dans l’arrière-pays de son crâne. Ses lobes d’oreilles accusent les ans, dévorés par la broussaille, tandis qu’un nez large s’épate entre rides et poches, ombrant des lèvres fines sans teinte. »

Ce roman, c’est à mon avis son meilleur à ce jour (du moins de ceux que j’ai lus)

Requiem pour un fou de Stanislas Petrosky

Editeur : French Pulp

Fan du Grand Johnny Hallyday, ce roman est fait pour toi !

Requiem, c’est Esteban Lehydeux, un prêtre exorciste d’un genre particulier : il file un coup de main aux flics pour résoudre des meurtres, mais il débarrasse aussi la société de nuisibles excités du bulbe, tels que les racistes ou les extrémistes. Après Je m’appelle Requiem et je t’…, Dieu pardonne, lui pas, et Le diable s’habille en licorne, voici donc la quatrième enquête de notre curé préféré.

Alors qu’il est à Paris pour donner un coup de main à une association œuvrant pour les SDF, Magdalena, il s’apprête à recevoir son amie Cécile pour lui faire découvrir les charmes de la Capitale et plein d’autres choses. Régis Labavure, commissaire et ami de Requiem va gâcher ce week-end en lui signalant un meurtre à la mise en scène étrange : Le corps a été torturé, un extrait de la bible est inscrit au mur mâtiné d’une chanson de Johnny Hallyday et surtout, un exemplaire du précédent roman de Requiem trône à côté du corps. De quoi mettre la puce (et autre chose) à l’oreille ! D’autant plus que ce corps n’est que le premier d’une longue série. Et à chaque corps, on retrouve un roman relatant les aventures de Requiem.

Que n’ai-je pas encore dit sur cette série ? Sous couvert de déconnade, Stanislas Pétrosky nous concocte de vrais scénarii menés tambour battant avec des personnages hauts en couleur. En termes d’humour, on est plutôt du côté de Frédéric Dard, ou de Nadine Monfils (qui signe la préface, truculente comme d’habitude). Et on rit de bon cœur, quasiment à chaque page. En ce moment, j’aime mettre des extraits, alors en voici un :

« C’est ça mon souci à l’heure actuelle, j’ose plus … je ne sais plus comment faire. Pas pour mater un cul, non pour vivre. Tiens, toi qui es du sexe mâle, célibataire, en recherche d’une nana, pour la vie ou pour une nuit. Comment tu fais maintenant ? Quand j’en vois certaines, moi, j’ai peur, tu vas pour draguer gentiment, et paf, un procès sur le coin du museau … On vit une drôle d’époque. Entre les mecs trop lourds, qui mériteraient une bonne claque dans la gueule, voire un coup de genou dans les aumônières, et les filles qui, dès qu’on tend un semblant de regard sur elles, se mettent à hurler au viol, va falloir trouver le juste milieu. Moi, je me permets de vous dire que vous êtes mal barrés pour vivre de belles histoires d’amour si vous ne redressez pas la barre rapidement … »

Requiem n’est pas seulement un personnage drôle ; il dit aussi des choses importantes sur les travers de notre société, il présente le sort des SDF, des abîmés de la vie que l’on délaisse au bord du trottoir, en fermant les yeux. Bref, ce tome-là ne dénote pas par rapport aux autres, c’est de la lecture distrayante et intelligente, qui secoue les neurones pour qu’on se bouge. Bref, une lecture à ne pas rater !

La bête et la belle de Thierry Jonquet

Editeur : Gallimard – Série Noire

Tous les billets de ma rubrique Oldies de 2019 seront dédiés à Claude Mesplède.

En choisissant de mettre en valeur les romans de la Série Noire, je me devais de parler d’un de mes auteurs français favoris, Thierry Jonquet. Tout le monde connait Mygale, mais il faut lire tous ses romans pour bien comprendre l’ampleur de son œuvre, et sa façon de décortiquer, toujours avec humour, la société française.

L’auteur :

Thierry Jonquet est un écrivain français, né le 19 janvier 1954 dans le 14e arrondissement de Paris et mort à l’hôpital de la Salpêtrière à Paris le 9 août 2009. Auteur de polar contemporain, il a écrit des romans noirs où se mêlent les faits divers et la satire politique et sociale. Il a également publié sous les pseudonymes de Martin Eden et Ramón Mercader, et utilisé les noms de Phil Athur et Vince-C. Aymin-Pluzin lors d’ateliers d’écriture.

Thierry Jonquet a une enfance marquée par le cinéma. Il fait ses études secondaires au lycée Charlemagne à Paris, puis étudie la philosophie à l’université de Créteil et, plus tard, l’ergothérapie. Il travaille ainsi en gériatrie.

Devant le spectacle de la mort omniprésente, il commence à écrire pour raconter l’horreur et pour rendre hommage à un pensionnaire avec qui il s’était lié d’amitié. Lassé de l’environnement hospitalier, il brigue un poste d’instituteur. Il se voit affecté à un centre de neuropsychiatrie infantile. Puis il est nommé par l’Éducation nationale dans les cités de banlieue nord-parisienne où il est responsable d’une classe de section d’éducation spécialisée.

Tous ces métiers l’ont mis en contact avec les « éclopés de la vie », « lui (ont) permis de découvrir le monde des vieillards oubliés, des handicapés, des délinquants, tableau complet de la défaillance de nos sociétés ». Lorsque Thierry Jonquet découvre assez tardivement les romans de la Série noire, il peut faire le lien entre la violence du réel et la violence littéraire. Il publie son premier roman, Mémoire en cage, en 1982.

Si les romans sont de pures fictions où il réinvente la réalité, il puise dans les faits divers, en revendiquant une totale liberté. Son roman Moloch lui vaut ainsi un procès. Bien que ses romans mettent en scène une société malade qui engendre la violence, la haine, le désir de vengeance, Thierry Jonquet refuse de porter l’étiquette d’auteur engagé. Même s’il ne cache pas qu’il est un homme de gauche, ses convictions ne s’expriment que très discrètement dans son œuvre. Thierry Jonquet mène de front deux activités distinctes — celle de scénariste et celle de romancier. Les personnages de son roman Les Orpailleurs ont donné naissance à une série télévisée, Boulevard du Palais. Il est aujourd’hui reconnu comme l’un des grands auteurs de romans noirs et ses livres sont autant de merveilles de construction, d’angoisse et d’intelligence narrative.

Son livre Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte est adapté par Emmanuel Carrère pour la télévision sous le titre Fracture en 2010, pour un téléfilm réalisé par Alain Tasma. Son roman Mygale est adapté en 2011 au cinéma par le réalisateur espagnol Pedro Almodóvar, sous le titre La piel que habito.

Il raconte son engagement militant à Lutte ouvrière, puis à la Ligue communiste révolutionnaire et Ras l’Front dans Rouge c’est la vie, où il disait de lui :

« J’écris des romans noirs. Des intrigues où la haine, le désespoir se taillent la part du lion et n’en finissent plus de broyer de pauvres personnages auxquels je n’accorde aucune chance de salut. Chacun s’amuse comme il peut. »

Lors de ses obsèques, un certain nombre d’anciens militants de la LC/LCR sont présents dont Romain Goupil.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Léon est vieux. Très vieux. Léon est moche. Très moche. Léon est sale. Vraiment très sale ! Léon se tient très mal à table. C’est dans sa nature… C’est triste ? Non : Léon a enfin trouvé un ami, un vrai de vrai ! Seulement voilà, le copain en question est un peu dérangé. Parfois dangereusement. Mais Léon est indulgent envers ses amis. Pas vous ?

Mon avis :

La bête et la belle n’est pas un conte de fées, plutôt un conte pour adulte, qui se vautre dans la glauque. C’est aussi un roman choral où l’on voit se succéder Léon, le Coupable, l’Emmerdeur, et Rolland Gabelou le commissaire. Le Coupable a tué Irène, sa femme, et a mis le corps dans le congélateur. Pour cacher son méfait, le Coupable va inviter le vieux Léon à vivre avec lui, et entasser les sacs poubelle dans l’appartement, pour cacher le congélateur. Puis, comme cela ne suffit pas, il va commettre des meurtres pour détourner l’attention de lui …

Avec une intrigue décalée et incroyable, Thierry Jonquet va nous peindre une société qui ne s’intéresse pas à son voisin, et où tout déraille. Comme les trains électriques qui sont la passion du coupable. Thierry Jonquet regarde, observe, dissèque et tire sur un bon nombre d’institutions sans en avoir l’air, de l’éducation à la police, en passant par la télévision, les journalistes ou les petits commerces.

D’un humour noir sarcastique, il nous déroule son intrigue, entrecoupée d’une confession que le coupable a enregistré sur une cassette audio (eh oui, les jeunes, ça a existé !), que Gabelou va écouter pour comprendre comment on peut en arriver à de telles extrémités. Car c’est bien le sujet de ce roman : cette société de plus en plus violente qui créé des monstres qui alimentent les informations mais qui se dédouane en affichant un portrait plus propre que propre.

Ce roman est construit d’une façon à la fois originale et totalement impressionnante, tout en s’enfonçant dans le glauque (sans goutte de sang). Et la fin, mes aïeux, la fin, réalisée en deux actes va remettre toutes vos pendules à zéro. Elle est à la fois noire, désespérante mais aussi tout à fait géniale. Vous avez cru ce qu’on vous a montré avant ? C’est le genre de retournement de situation qui donne envie de relire le livre. Génial !

Voilà pourquoi Thierry Jonquet est mon auteur français favori.

Je suis un guépard de Philippe Hauret

Editeur : Jigal

Après ses deux premiers romans, Je vis je meurs et Que Dieu me pardonne, qui œuvraient dans le pur polar noir, Philippe Hauret nous revient avec un polar social peuplé de gens comme vous et moi. Ce roman s’avère être une histoire dramatique contemporaine, dans laquelle l’auteur a peut-être trouvé son style, son genre.

Lino est un jeune homme d’une trentaine d’année qui regarde sa vie passer comme un cours d’eau tranquille. Occupant un poste de bureaucrate bien peu passionnant et mal payé, il subit le rythme lancinant du Métro – Boulot – Dodo, ne s’accordant que peu de loisir. En effet, quand le compte en banque est à sec dès la moitié du mois, on ne peut guère faire de folies le soir ou le week-end.

Ne se mêlant pas à ses collègues, ne cherchant pas de problèmes, Lino est un jeune homme transparent qui se rêve écrivain. Le soir, il rédige, relit, corrige des histoires sans grand espoir d’être un jour édité. D’ailleurs, il se persuade qu’il écrit avant tout pour lui, pour passer le temps, pour passer sa vie.

Un soir, alors qu’il revient d’une soirée dans un bar, il voit sur le seuil de son appartement une jeune fille endormie. Elle a juste un sac et est sale, ce qui lui montre qu’elle doit être sans domicile fixe. Il a suffisamment de problèmes personnels pour en plus rajouter ceux des autres. D’ailleurs, le lendemain, la jeune fille a disparu. Quelques jours plus tard, il la retrouve sur son palier, le visage en sang. Des jeunes ont voulu abuser d’elle. Alors, n’écoutant que son cœur, il la laisse entrer chez lui. Elle s’appelle Jessica.

Plutôt que d’inventer des paysages imaginaires, Philippe Hauret plante son décor en pleine ville, à Paris, et nous offre un roman social ancré dans le monde d’aujourd’hui. Il nous montre la vie de ceux qui arpentent les couloirs de métro, qui travaillent et qui touchent un salaire qui ne leur permet pas de vivre. La routine du travail est suivie par la routine de la maison puis la routine de la télévision. Voilà une vie bien triste dans laquelle il suffit d’une étincelle pour qu’elle prenne de l’ampleur.

Mais l’étincelle peut s’avérer une mèche et entraîner une explosion. Philippe Hauret aurait pu tomber dans un thriller, un roman d’action ou tout autre genre faisant de l’esbroufe. Il préfère la douceur, et la lucidité d’une histoire simple. Et il accompagne cette histoire à la fois dramatique, noire et belle d’une fluidité dans la narration qui rend hommage à sa créativité. Et le parcours de ces deux êtres, isolés au milieu des autres, va se dérouler sur la base de petits actes, de petits larcins aux grandes conséquences.

Ce roman ne fait que 200 pages mais chaque mot a tant à dire, tant à nous dire. C’est un regard non pas désenchanté mais lucide sur la vie et les rêves d’une autre vie, les rêves d’une vie tout court. Porteur d’un espoir parmi la grisaille de tout instant, ce roman est fondant, attachant dans sa retenue et sa fluidité. Avec ce troisième roman, maîtrisé de bout en bout, Philippe Hauret a écrit là un roman fort, humain, attachant. Il a peut-être trouvé un créneau personnel qui fonctionne à merveille. Il a, selon moi, écrit là son meilleur roman à ce jour. Vivement le suivant.

Ne ratez pas les avis de 404 et de l’ami Jean le Belge

Des airs de vendredi 13 …

Rappelez-vous, dans les années 90, une série de films mettant en scène un tueur en série, racontait comment tuer une bande jeunes gens de façon horrible (et comique, moi, je trouvais ça comique !) les uns après les autres. Je ne parle pas d’Halloween de John Carpenter, mais de Vendredi 13 de Sean Cunningham. Je vous propose deux lectures qui peuvent entrer dans cette catégorie, avec des bases de sujet différentes.

Itinéraire d’une mort annoncée de Fabrice Barbeau

Editeur : Hugo & Cie

Auréolé d’un bandeau rouge annonçant un Coup de Cœur RTL, ce roman est passé entre mes mains car il fait partie de la sélection 2018 du Grand Prix des Balais d’Or. C’est un roman à suspense bien stressant.

Anthony est un jeune homme qui a tout perdu : son travail, sa femme, et même son compte en banque. Il quitte son appartement et se retrouve à la rue, cherchant un endroit à l’abri du froid pour dormir. Les premières nuits, il se fait dépouiller et tabasser. Sa chance réside dans Mélanie, une jeune policière qui décide de l’héberger pour lui redonner gout à la vie. Pour son anniversaire, elle lui fait une surprise : Réunir ses anciens amis dans une maison de campagne pour fêter son anniversaire.

Ce roman ne manque pas d’ambition : peindre le portrait d’un jeune homme qui a tout perdu, sur une base d’allers-retours entre passé et présent. Si le principe est connu, il est bien difficile à maîtriser. Le grand talent de l’auteur est bien de trouver tous les événements qui vont rendre cette histoire crédible et intéressante. Si le début du roman commence comme un roman psychologique, le rythme des événements augmente très vite pour créer une tension et un stress qui nous fait oublier de chercher le coupable.

Car les disparitions et les morts vont s’accumuler, et le roman se transformer en huis-clos de la mort. A la façon d’un Dix petits nègres, mais avec plus de violence, ce roman m’a surtout fait penser à la série Vendredi 13, qui était surtout comique par la façon de mettre en scène les meurtres. Même si j’ai deviné le nom du coupable assez tôt dans le roman, je dois dire que je me suis laissé prendre au jeu, surtout au nom de la nostalgie des films d’antan et parce que ce roman arrive à nous tenir en haleine sur plus de 300 pages. Ce qui prouve que ce roman est un bon divertissement.

Les lois du ciel de Grégoire Courtois

Editeur : Gallimard Folio

Conseillé par Coco, voilà un sujet bien glauque puisque le départ du roman est un voyage en classe transplantée ou classe verte d’une douzaine de gamins de CP, accompagnés de trois adultes. Ils ne partaient pas loin, tout juste une dizaine de kilomètres dans les bois. Les accompagnateurs étaient Frédéric Brun l’instituteur ainsi que deux mamans Sandra Rémy et Nathalie Amselle. Le premier chapitre se termine ainsi :

« Et voilà.

Les enfants étaient partis.

Et jamais ils ne reviendraient. »

Parmi les enfants, on trouve tous les caractères inhérents aux enfants de leur âge, qu’ils soient peureux, courageux, attentifs ou turbulents. Je dois dire qu’après le froid du premier chapitre, on en vient à s’intéresser à cette histoire pour comprendre. Et les mises en situation permettent de nous imprégner de ces psychologies, avant le drame, horrible comme il se doit qui va nous mettre en situation.

D’amusement, on passe à l’horreur de la mort de Fred et on continue à faire défiler les pages pour voir comment tous ces enfants vont connaitre leur fin irrémédiable. En tant que parent, je dois dire que cela met bien mal à l’aise, et en tant que lecteur, l’auteur nous interpelle clairement devant notre désir de voyeurisme. Et de divertissement amusant, on se retrouve avec ce genre de roman qui nous met mal à l’aise face à notre volonté d’en voir toujours plus.

Au bout du compte, ce petit roman (200 pages) en dit bien plus que d’autres de 400 pages, et s’avère une belle démonstration d’un voyeurisme malsain. Ce sera un roman difficile à oublier.

Des poches pleines de poches …

Voici une nouvelle rubrique dans Black Novel, consacrée aux livres de poche. Et si cela vous plait, cette rubrique reviendra. A vous de me dire.

Entre deux romans grand format, je lis aussi des romans au format de poche et je ne prends jamais le temps d’en parler. D’où ce titre énigmatique qui répertorie des romans de plus court format qui sont aussi bien des novellas que des romans. D’où cette nouvelle rubrique dédiée aux romans courts.

Les biffins de Marc Villard

Editeur : Joëlle Losfeld

Cécile a un sacerdoce, celui d’aider les marginaux et les SDF. C’est probablement du au fait que son père appelé Bird parce qu’il était musicien, ait fini clochard. Plus qu’une passion, cette volonté de sauver les autres est pour elle la ligne directrice de sa vie. Trouvant que cela devient trop dur pour elle, elle envisage de quitter l’association dans laquelle elle officie pour aider les biffins, ces vendeurs à la sauvette qui présentent leur marchandise entre le boulevard Barbès et les Puces de Saint Ouen.

N’ayant pas lu Bird, le premier roman où apparaît Cécile qui part à la recherche de son père, mais ça ne saurait tarder, je n’ai pas été gêné dans ma lecture. Je pourrais dire que c’est un roman noir, ou un roman social, mais c’est avant tout un documentaire voire un témoignage des gens qui vivent dans la rue, et que l’on ne veut pas montrer. Comment envisager que dans la Ville des lumières, il y ait encore des hommes, des femmes et des enfants vivant de rien dans la rue, abandonnés à eux-mêmes.

Marc Villard nous décrit une situation qui se dégrade, entre marginaux et malades, des sans papiers toujours plus nombreux et des aides de plus en plus absentes. Pour Cécile, ce n’est plus tenable. Avec les biffins, elle découvre un autre monde, empli de petites histoires, des familles accueillantes et des gens à aider. En 120 pages, Marc Villard nous décrit un monde que nous ne connaissons pas, avec une économie de mots remarquable. Aussi passionnant qu’effarant, ce voyage près de chez nous s’avère une lecture obligatoire, révoltante et humaine, sur des gens que l’on a oublié sur le coté du progrès.

Un feu dans la plaine de Thomas Sands

Editeur : Les Arènes – Equinox

Pour ma première lecture de la nouvelle collection Equinox des éditions Les arènes, sous la direction d’Aurélien Masson, j’ai été servi. Et pour un premier roman, c’est une sacrée surprise. Car ce roman est un cri de révolte venant d’un jeune homme qui en a marre de voir une société vendre une situation qui n’est pas la réalité, marre de la propagande faite pour endormir le peuple.

Il n’y a pas vraiment de scénario dans ce roman, mais plutôt la déambulation d’un jeune homme dont la mère est au chômage. L’entreprise dans laquelle il travaille va fermer. Il va donc parcourir ce monde, le regarder et montrer tout le ridicule d’une société qui vend des choses que de moins en moins de personnes peuvent s’acheter. Alors, pour combler sa rage, il va opter pour la destruction.

Proche d’un scénario tel que Fight club, rejoignant tous les romans nihilistes récents, ce roman se distingue par son style sans concession, empreint de désespoir et de lucidité. Thomas Sands hurle le mal-être de son personnage, avec plus de brutalité qu’un Thierry Marignac, nous offrant un roman dur et noir, sans esbroufe. C’est une entrée impressionnante et réussie dans le monde du noir social. Ce roman-là, je vous le dis, a une bonne tête de roman culte. Nous allons être nombreux à attendre le deuxième roman de jeune auteur.

Ne ratez pas l’excellent avis de mon ami Petite Souris

La petite gauloise de Jérôme Leroy

Editeur : Manufacture de livres.

Le nouveau Jérôme Leroy reste dans l’actualité brûlante avec un roman traitant du terrorisme mais d’une façon tout à fait originale. Le roman nous plonge dans une scène qui interpelle le lecteur : Dans une école située dans la banlieue d’une grande ville de l’ouest de la France, un policier municipal descend un flic. Erreur, bavure, victime collatérale ou bien acte de terrorisme ? ou peut-être tout à la fois. Jérôme Leroy va tout reprendre de zéro pour nous démontrer à la façon d’un mathématicien consciencieux le ridicule de la situation.

Si le premier chapitre nous met dans l’ambiance d’une farce cruelle, le reste est à l’avenant, tout en dérision et cynisme. On voit y passer des dizaines de personnages qui ont tous un point commun : ils se croient importants mais ne sont que des vermisseaux. Des flics aux terroristes, des étudiants aux instituteurs, des jeunes des cités aux journalistes, on pourrait tous les prendre un par un et les pointer du doigt pour leur insignifiance.

Lors de ces 140 pages, on sourit, mais l’ensemble est surtout au rire jaune, grinçant, et nous permet de prendre du recul par rapport à toutes les conneries que l’on nous serine dans les informations écrites ou télévisuelles. Et une nouvelle fois, Jérôme fait preuve d’une belle lucidité pour nous amener à y réfléchir. La petite gauloise ? C’est finalement l’assurance d’un divertissement haut de gamme et intelligent.

Tuez-moi demain de Dominique Terrier

Editeur : Editions du Carnet à Spirales

Le narrateur s’appelle Poulbot et habite Montmartre. Ça ne s’invente pas ! Son activité principale est de prendre l’apéro avec son pote de toujours Lolo, con comme un ballon mais toujours prêt à rendre service, tout en devisant de phrases bien senties. Quand une beauté universelle débarque, enfin, quand elle déploie ses jambes en sortant de sa voiture, leur vie va basculer. Car si Poulbot est sous le charme, amoureux, cela ne dure qu’un temps : la belle plante se fait dézinguer par une rafale de mitraillette. Son dernier mot est pour l’oreille de Poulbot : Rosebud.

Le ton est de toute évidence à la franche rigolade et le premier chapitre est à cet égard un pur plaisir de comédie. Dominique Terrier fait preuve d’une originalité folle pour trouver des expressions qualifiant les personnages alentour, et il serait bien dommage de se passer d’un tel bonheur. Et pour supporter ce style humoristique, l’auteur s’appuie sur une intrigue à base de scènes burlesques et de nombreuses et judicieuses références cinématographiques et musicales..

Pour un premier roman, c’est une sacrée réussite et dans le genre, de Michel Audiard à Fréréric Dard, ou plus récemment Samuel Sutra ou Stanislas Pétroski, ce Tuez-moi demain n’a pas à rougir de ces romans comiques français. Il se classe même à leurs cotés avec fierté. Car on rigole franchement, on est même secoué par les scènes d’action qui font rebondir l’intrigue, et on passe un excellent moment de divertissement, sans y déceler le moindre temps mort. Une vraie réussite et une vraie découverte que ce premier roman.

Fantazmë de Niko Tackian

Editeur : Calmann Levy (Grand Format); Livre de poche (Format Poche)

fantazmë

Lors de ma lecture de Toxique, j’étais tombé amoureux de son personnage principal Tomar Kahn, qui était sa première enquête. Je n’allais pas laisser passer beaucoup de temps avant de lire la suite. Voici donc Fantazmë.

Tomar Kahn se balade dans une forêt qu’il connait bien. Il fouille la terre, à un endroit bien précis et déterre un crane qui lui parle : « Dis bonjour à Papa ! ». Il se retourne quand un couteau s’enfonce dans son ventre, lui procurant une brûlure de douleur … Tomar ouvre les yeux ; décidément, ces cauchemars reviennent le hanter de plus en plus souvent. A ses cotés, Rhonda qu’il vient de réveiller s’inquiète de ces images qui reviennent de plus en plus souvent.

Janvier 2017, Boulevard de la Villette. Assan passe sous les arches du métro, où s’étalait un camp de migrants quelques jours auparavant. Assan vit de ventes de cigarettes de contrebande au métro Stalingrad. Sur le bord du quai, il remarque une silhouette vêtue d’une capuche noire. Il décide de s’enfuir mais l’autre le rattrape et lui assène un énorme coup de poing au ventre, avant de le finir en frappant sa tête contre le trottoir … sans un mot.

Tomar et son équipe arrivent rue Caillé et descendent dans la cave, par où doivent passer toutes sortes de trafics. Le corps comporte une tête en bouillie. Rhonda trouve un papier de mande d’asile au nom d’Assan Barazi, originaire d’Alep. Apparemment, on l’a torturé avant de l’achever. De retour au bureau, un homme débarque : Le lieutenant Belko de l’Inspection Générale des Services demande à voir Rhonda. Des ennuis en perspective …

Il faut appréhender les enquêtes de Tomar Kahn comme une vraie série, avec un début et … une fin, peut-être ; mais espérons que la fin arrive le plus tard possible. Je dis tout cela parce que je vous encourage fortement à lire la première enquête, Toxique, avant d’entamer Fantazmë. En effet, les personnages sont les mêmes et on retrouve dans ce roman des conséquences de quelques événements et décisions qui sont advenus dans le premier. Donc, si vous n’avez pas lu Toxique, arrêtez de suite votre lecture et courez l’acheter, car il vient de sortir au Livre de Poche.

On retrouve donc Tomar en proie à ses démons, hanté par le personnage de son père et embringué dans une enquête sur un tueur qui pourrait bien être un justicier solitaire … comme lui. Cet épisode est plus centré sur Tomar et sa relation avec Rhonda, et donc, on ne voit pas apparaître son frère Goran, ni leur relation fraternelle que j’avais beaucoup aimé. Tomar devient de plus en plus le centre de cette série, cerné par deux cercles, l’un ami et l’autre ennemi.

Du premier tome, il nous reste tout de même Ara, la mère de Tomar, et leur relation trouble entre apaisement et protection. Ara représente la part humaine qui reste enfouie au fond de Tomar. C’est elle aussi qui va introduire l’un des grands thèmes de ce roman, à savoir le sort des migrants en France, et leur difficulté à survivre loin du pays qu’ils ont quitté. Niko Tackian va nous décrire les conditions insalubres et scandaleuses de leur vie, montrant un Paris de misère, de rues sales, de bas-fonds sombres, peuplé par des âmes en peine mourant de froid.

C’est au niveau du style et de la construction de l’intrigue que Niko Tackian étonne. Le style est plus direct, plus imagé. On retrouve de moins en moins des paragraphes interminables pour retrouver des décors très visuels. De même, l’intrigue est plus solide, plus construite et les différents points de vue permettent d’accélérer le rythme de lecture. Enfin, on devine, on ressent les influences de Niko Tackian, des séries populaires comme The Shield (que j’adore) aux films tels que les Dirty Harry (que j’adore aussi), une culture populaire bienvenue à laquelle ce roman rend un bel hommage.

Toute l’originalité tient dans la magie de la construction et dans le personnage de Tomar qui recycle des thèmes connus en les modernisant dans une période actuelle de moins en moins humaine. Car Niko Tackian, sans prendre ouvertement partie (sauf à la toute fin, ce qui était évitable) livre ici une deuxième enquête formidablement réussie. Il ne reste plus qu’à prendre son mal en patience pour lire la troisième enquête.

Ne ratez pas l’avis de Black Kat :

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