Dans la dèche à Los Angeles de Larry Fondation (Fayard)

J’ai lu les deux précédents de Larry Fondation, Sur les nerfs et Criminels ordinaires, et je dois dire qu’à chaque fois j’ai été époustouflé par la force d’évocation de sa plume. La seule chose qui m’a gêné, c’est le fait qu’il amoncelle des scènes, sans qu’il y ait des personnages ou une intrigue auxquels se raccrocher, comme si la vie aux Etats Unis partait en lambeaux. Sur les nerfs se déroulait dans les années 70, Criminels Ordinaires dans les années 80; Dans la dèche à Los Angeles se passe en 1994. Après les destructions des deux premiers romans, ce roman montre une société en ruine, illustrée par trois personnages, trois clochards que sont Fish, Soap et Bonds. Il nous raconte leurs errances alors que Bonds vient de rejoindre le couple formé par Fish et Soap.

Cela fait deux ans que Fish et Soap vivent dans la rue. Les gens respectables les appellent des SDF, Sans Domicile Fixe. Ils n’ont rien, ont connu des déboires et se sont retrouvés laminés par la machine sociale, celle qui refuse que vous fassiez la moindre erreur, sous peine de vous retrouver sans rien, à la rue, à chercher de la nourriture tous les jours, à accumuler un peu d’argent pour pouvoir vous payer une nuit d’hôtel pour vous laver une fois par semaine.

Fish était courtier en assurance, Soap a été mise à la rue par son dernier mari en date, Bonds est un ancien militaire que son pays a lâchement abandonné. Ce trio n’a qu’une seule préoccupation, récupérer de l’argent par tous les moyens, que ce soit la manche ou bien de petits boulots, pour pouvoir manger ou bien survivre.

On retrouve dans ce roman toute la force d’évocation de l’écriture de Larry Fondation, nous plongeant dans les cartons qui jonchent les impasses sales et puantes. Et pour autant, on ne s’apitoie pas devant les différentes étapes que rencontrent nos trois compères, le but n’est pas d’éprouver une quelconque empathie, mais de montrer une réalité du terrain : la plus grande démocratie du monde, gérée et menée par le bout du nez par son désir jamais assez assouvi du fric laisse sur le coté de la route de pauvres hères qui ne demandent qu’une chose : vivre ou plutôt survivre.

Bien qu’il ne se passe pas grand-chose, ce roman est passionnant, parce qu’il se passe toujours quelque chose, les dialogues sont toujours là pour vous interpeler ou les situations pour vous révolter. Car pour peu que l’on prenne un peu de recul, ce roman remarquablement écrit arrive à vous plonger dans une réalité sordide mais pour autant tellement vraie. D’ailleurs, Fish, Soap et Bonds ne se plaignent pas, ils sont comme des animaux à la recherche de quoi survivre.

Dans la dèche à Los Angeles, c’est un portrait de personnages que la « bonne » société a engendrés et qu’elle ne veut pas voir. Mais est-on capable de regarder la vérité en face ? Ce sont des gens que l’on a poussé dans l’ombre, et la fin est éloquente, montrant une société qui a créé des gens pour mieux les détruire. C’est un roman impressionnant qu’il ne faut pas rater.

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