Archives pour la catégorie Littérature hollandaise

Des poches pleines de poches … en humour

Polar et humour

Je suis un fan de littérature humoristique et j’aime bien insérer entre deux polars « sérieux » un roman qui me fasse rire. J’avais déjà fait un billet sur cette thématique avec les romans de Nick Gardel et Stanislas Petroski. Comme je viens d’en lire trois, en format poche, je vous les propose en vous les conseillant très fortement :

La revanche des hauteurs de Guillaume Desmurs :

Editeur : Glénat

La station de sports d’hiver est en ébullition grâce aux afflux touristiques. La journée a vu la température monter avant que la nuit vienne- recouvrir les trottoirs et la rue d’une couche de glace. Au petit matin, on retrouve une touriste espagnole au bas de son balcon. Outre la jolie couleur rouge qui agrémente le blanc immaculé, la thèse du suicide avancée par les gendarmes et la municipalité permet de ne pas faire de vagues.

Jean-Marc est le directeur de l’Office du Tourisme. Il a tout organisé pour que cela passe inaperçu. Alix, une jeune stagiaire est chargée par le quotidien local de faire un entrefilet le plus rapidement possible. Quant à Marc-Antoine, médecin de son état, il vient en vacances avec sa femme Christiane ; il n’aime pas le ski mais elle adore, d’autant plus qu’elle retrouve un ancien amant ancien GO qui va lui permettre d’améliorer son planté de bâton.

Tout se passerait pour le mieux dans le meilleur des mondes si on ne retrouvait pas le lendemain un jeune collégien sous la déneigeuse. Outre la couleur rouge sur la route, cela fait tout de même deux morts inexpliquées en pleine saison touristique. Quand c’est le propriétaire du commerce de journaux qui se retrouve écrasé par ses étagères, la phobie de la présence d’un tueur en série fait son chemin.

On peut dire que Glénat fait son entrée en grandes pompes dans le domaine du polar, avec cette nouvelle collection appelée Neige Noire. Neige Noire devrait nous proposer des polars ayant pour cadre une station de ski fictive. Et ce premier « tome » est un grand, un énorme morceau d’humour décalé et cynique à souhait. D’ailleurs, la dédicace en ouverture de livre nous laisse envisager le meilleur : A pierre Desproges qui a posé la première pierre.

Vous connaissez (ou pas) mon amour pour Pierre Desproges. Si on peut craindre pour ce pari un peu fou, on est vite rassuré par l’humour cynique, pas méchant, et par des descriptions acerbes et minutieusement bien travaillées. On y trouve aussi une redoutable observations de nos semblables et de leurs travers ce qui fait de cette histoire un excellent moment de rire jaune mais pas grinçant. Quant au scénario, contrairement à Des femmes qui tombent du Maître Pierre Desproges où l’histoire et sa chute étaient capillo-tractées, il tient la route avec des scènes délirantes. Une excellente surprise !

Pension complète de Jacky Schwartzmann :

Editeur : Seuil (Grand format) ; Points (Poche)

Dino Scala vit depuis 20 ans avec Lucienne, une riche septuagénaire luxembourgeoise. Ils ont plus de 30 ans d’écart mais cela ne les gêne pas, ni elle qui est aimée, ni lui qui vit la belle vie. Un couple presque normal, quoi ! Ils vivent avec la mère de Lucienne, Macha, presque centenaire. Quand Macha fait un AVC, ce n’est que le commencement d’une descente aux enfers inéluctable.

Résumé comme cela, on peut penser à un roman noir comme on en lit tant. Sauf qu’aux manettes, on retrouve Jacky Schwarzmann, et qu’on se retrouve avec une histoire bien barrée, décalée, écrite dans un style plus assagi que d’habitude mais bien cynique quand même ! Car, il va s’en passer des choses dans la vie peinarde de Dino, qui vont l’emmener du Luxembourg au camping des Naïades de La Ciotat.

Pour ceux qui ont déjà lu les précédents romans de cet auteur, ils y trouveront un style assagi, un humour moins mordant, moins méchant. Et on y trouvera des descriptions toujours aussi drôles de nos contemporains, démontrant une fois de plus que Jacky Schwarzmann a le talent d’observer le monde autour de lui et surtout de nous le décrire de façon irrésistible. Il n’y a qu’à lire la scène du restaurant, celle de la banque ou même l’arrivée des voisins Belges au camping.

Et si l’humour est plus sage, cela sert aussi au scénario ; d’aucuns diraient que l’auteur s’est mis au service de son histoire. Il n’empêche que ce roman est un pur plaisir de lecture. « Demain c’est loin » (Le Seuil, 2017) a reçu le Prix Transfuge 2017 du meilleur espoir polar, le Prix du roman noir du Festival international du film policier de Beaune et le Prix Amila-Meckert 2018. Celui-ci a déjà remporté le prix des chroniqueurs. Nul doute qu’il va encore remporter de nombreuses distinctions.

Un été sans poche de Bram Dehouck

Editeur : Mirobole (Grand Format) ; 10/18 (Poche)

Traductrice : Emmanuèle Sandron

Dans la petite bourgade belge de Windjoek (la traduction néerlandaise donne Coupe-vent, ce qui donne le ton du roman, très humoristique), la vie qui devrait être un long fleuve tranquille va subir des changements : on vient de mettre en route un superbe et rutilant parc d’éoliennes. Doit-on pour autant considérer que c’est la cause des événements dramatiques qui vont déferler sur ce petit village ?

Tout a commencé avec le boucher-charcutier-traiteur Herman Bracke. Le bruit incessant des pales tournant à la vitesse du vent lui fait perdre le sommeil. Après une semaine de nuits blanches, sa spécialité le “Pâté Bracke de Windhoecke” a un goût, une odeur et une couleur de faisandé, alors qu’il n’y a pas de faisan dedans ! Normal, Herman s’est endormi en le préparant et a plongé la tête la première dedans !

Mais les autres protagonistes de ce roman vont aussi subir les influences néfastes de la rotation incessante des pales, et on va découvrir les dessous de leur vie privée. Entre Walter le facteur qui distribue les plis qu’il veut, Saskia la pauvre chômeuse qui se dévalorise, Jan Lietaer le vétérinaire et son épouse bien peu fidèle, le pharmacien ou l’immigré sénégalais, ce sont une belle galerie de personnages décalés.

Et le ton, parfois cynique, parfois méchant mais toujours drôle, va montrer les travers des uns et des autres pour démontrer comment un grain de sable fait dérailler une société qui est déjà aux limites de ce qu’elle peut accepter. Comme dans un roman de Brett Easton Ellis, tout cela va finir dans le sang, mais avec un gentil sourire aux lèvres. Car ce n’est que de la littérature, n’est-ce pas ? Voilà un roman fort amusant à découvrir d’urgence pour prendre plus de recul par rapport à notre quotidien !

Trafiquante de Eva Maria Staal (Editions du Masque)

Indéniablement, si vous cherchez un roman noir original, ce roman est fait pour vous. Original autant dans son sujet que dans sn traitement. Et pourtant, j’avais beaucoup de réserves quant à ce roman, pour une seule raison : je n’aime pas quand on dit que c’est inspiré d’une histoire vraie. Pour moi, la littérature doit rester le royaume de l’imagination … mais ce n’est que mon avis.

Bref, à ce moment de mon billet, je devrais vous faire un résumé des premières pages pour que vous ayez une idée du sujet. Sachez que j’en suis incapable, et que donc, en fin de billet, je vous mettrai la quatrième de couverture, qui est remarquablement bien faite. Sachez aussi que pour faire court, ce roman raconte la vie d’une jeune femme qui a été trafiquante d’armes pour le compte d’un Chinois, Jimmy Liu.

J’ai eu un peu de mal à rentrer dans ce roman, mais je pense que c’était surtout lié à mes aprioris que je vous ai cités ci-dessus. Parce que, une fois rentré dedans, on a plutôt affaire avec une histoire autant impressionnante que détestable. Et c’est surtout la forme qui m’a semblé la plus choquante. Sachez enfin, que les chapitres alternent entre passé et présent, entre Eva Maria trafiquante d’armes et Eva Maria mère de famille, mais que tous les chapitres sont écrits au présent.

Et c’est bien là que cela fait le plus mal : ce refus de prendre de la distance dans ce que l’auteure écrit. Que cela soit dans les différents marchés qu’elle réalise en extrême orient, au Pakistan, ou en Tchétchénie, la narration nous plonge dans un autre monde, celui de l’horreur dans ce qu’elle a de plus terrible, car on a droit à des scènes terribles qui montrent les ravages des armes, sans que Eva Maria Staal ne montre une once de sentiment. Que cela soit aussi, quelque dix années plus tard, dans sa vie de mère de famille, on retrouve ce manque d’émotions et ce style sec, direct et brutal qui est aussi choquant que les pires scènes d’horreur du chapitre précédent.

C’est dans cette alternance, dans cette absence de vie, dans ce refus de descriptions pour laisser la plus grande part à l’imagination, que le roman devient le plus terrible, que ce roman frappe le plus fort le lecteur. Indéniablement, ce roman peut dérouter certains lecteurs, mais pour son voyage dans la psychologie d’une personne qui n’a rien à perdre, il en vaut le coup rien que pour l’originalité de son traitement. C’est un roman qui ne vous laissera ni indifférent, ni indemne.

Ne ratez pas en tous cas, l’avis des Unwalkers sur le sujet

Quatrième de couverture :

Il y a dix ans, Eva Maria gardait toujours une arme dans son sac à main. Un cadeau de Jimmy Liu, son patron, marchand d’armes fantasque d’origine chinoise ayant un faible un peu trop prononcé pour les jeunes escort-boys.

Islamabad, Pékin, Karachi: l’improbable duo parcourt le monde pour conclure des contrats de plusieurs millions de dollars. Leurs interlocuteurs: seigneurs de guerre sans pitié et chefs d’État corrompus.

Rattrapée par sa mauvaise conscience après une mission qui tourne mal, Eva Maria décide de raccrocher et se réfugie dans une vie paisible, sans armes mais avec mari, maison et bébé. Dix ans plus tard, le souvenir de son ancienne vie revient la hanter. À travers ses réminiscences, Eva Maria nous entraîne alors dans les turpitudes de son passé, l’occasion pour elle de se livrer à un véritable travail d’introspection et à une profonde réflexion sur le monde qui l’entoure.

Eva Maria Staal est le pseudonyme d’une auteur néerlandaise à succès qui a travaillé dans la vente d’armes pendant plus de quinze ans. Elle contribue régulièrement au magazine Dutch Monthly, ainsi qu’à d’autres publications.

Petits meurtres entre voisins de Saskia NOORT (Denoel)

Allez ! encore un roman sélectionné pour le vote automnal de Polar SNCF. Amusant, celui là, je le connaissais. Mais je vous en parlerai plus bas.

Michel et Karen quittent Amsterdam pour un petit village de banlieue. Comme Karen s’ennuie, elle décide de créer le club des dîneurs avec cinq couples de ses voisins. Tout se passe pour le mieux jusqu’à qu’un de ses voisins et amis Evert se tue dans l’incendie de sa maison. Heureusement, la femme d’Evert et ses deux enfants en réchappent. La police conclut l’affaire par un suicide. Puis, Hanneke, une autre amie est retrouvée morte après qu’elle se soit jetée du balcon d’un hôtel. Commencent alors les doutes pour Karen, les questions sur des gens qu’elle croyait connaître et apprécier voire aimer.

L’une des grandes qualités de ce roman, c’est sans aucun doute son écriture. Simplissime, efficace, pas besoin de faire de grandes descriptions ni de grandes phrases pour apprécier et dévorer ces 300 pages. Ça se lit bien, ça se lit vite, et sans jamais lasser. On a l’impression que karen est devant nous à nous conter ses mésaventures. C’est efficace et très agréable

Le deuxième point fort, c’est la montée des doutes que subit la narratrice. Il semblerait que cela soit à la mode, au moins dans les livres que je lis. On a affaire à quelqu’un (en l’occurrence quelqu’une) qui est pleine de certitudes, et un ou plusieurs drames viennent remettre en cause ces certitudes. On doute de ce qu’on croit, des fondations de notre vie quotidienne, des gens que l’on connaît ou croyait connaître.

Un bon petit roman distrayant qui risque de se faire oublier aussi vite que je l’ai lu. La quatrième de couverture parle de montée d’angoisse dans le bouquin, je dirais plutôt qu’il s’agit d’un suspense gentillet savamment distillé. J’ai aussi particulièrement apprécié les flash-back distillés pendant une bonne partie du roman, sans qu’ils ne soient affichés comme tels. Certains romans m’horripilent quand ils se sentent obligés d’afficher en tête de chapitre les dates pour que le lecteur lambda s’y retrouve. Là, on oscille entre passé et présent et seuls les actes ou les personnages présents permettent de situer l’action dans le temps.

J’ai regretté par contre que l’auteur passe sous silence la psychologie de trois maris. Certes on comprend bien qu’elle est souvent avec ses amies. Mais de là à les ignorer ! Du coup, cela limite le nombre de coupables potentiels et un peu notre plaisir.

Un petit coup de gueule pour finir. J’avais acheté ce bouquin « en avant-première » chez France Loisirs il y a un an ! Denoël, la maison d’édition le sort un an après, et au prix fort. Ça aurait mérité de faire un prix d’appel vers 12 euros plutôt que 17,50 euros. Je trouve cela un peu abusif.