Archives pour la catégorie Littérature hollandaise

Trafiquante de Eva Maria Staal (Editions du Masque)

Indéniablement, si vous cherchez un roman noir original, ce roman est fait pour vous. Original autant dans son sujet que dans sn traitement. Et pourtant, j’avais beaucoup de réserves quant à ce roman, pour une seule raison : je n’aime pas quand on dit que c’est inspiré d’une histoire vraie. Pour moi, la littérature doit rester le royaume de l’imagination … mais ce n’est que mon avis.

Bref, à ce moment de mon billet, je devrais vous faire un résumé des premières pages pour que vous ayez une idée du sujet. Sachez que j’en suis incapable, et que donc, en fin de billet, je vous mettrai la quatrième de couverture, qui est remarquablement bien faite. Sachez aussi que pour faire court, ce roman raconte la vie d’une jeune femme qui a été trafiquante d’armes pour le compte d’un Chinois, Jimmy Liu.

J’ai eu un peu de mal à rentrer dans ce roman, mais je pense que c’était surtout lié à mes aprioris que je vous ai cités ci-dessus. Parce que, une fois rentré dedans, on a plutôt affaire avec une histoire autant impressionnante que détestable. Et c’est surtout la forme qui m’a semblé la plus choquante. Sachez enfin, que les chapitres alternent entre passé et présent, entre Eva Maria trafiquante d’armes et Eva Maria mère de famille, mais que tous les chapitres sont écrits au présent.

Et c’est bien là que cela fait le plus mal : ce refus de prendre de la distance dans ce que l’auteure écrit. Que cela soit dans les différents marchés qu’elle réalise en extrême orient, au Pakistan, ou en Tchétchénie, la narration nous plonge dans un autre monde, celui de l’horreur dans ce qu’elle a de plus terrible, car on a droit à des scènes terribles qui montrent les ravages des armes, sans que Eva Maria Staal ne montre une once de sentiment. Que cela soit aussi, quelque dix années plus tard, dans sa vie de mère de famille, on retrouve ce manque d’émotions et ce style sec, direct et brutal qui est aussi choquant que les pires scènes d’horreur du chapitre précédent.

C’est dans cette alternance, dans cette absence de vie, dans ce refus de descriptions pour laisser la plus grande part à l’imagination, que le roman devient le plus terrible, que ce roman frappe le plus fort le lecteur. Indéniablement, ce roman peut dérouter certains lecteurs, mais pour son voyage dans la psychologie d’une personne qui n’a rien à perdre, il en vaut le coup rien que pour l’originalité de son traitement. C’est un roman qui ne vous laissera ni indifférent, ni indemne.

Ne ratez pas en tous cas, l’avis des Unwalkers sur le sujet

Quatrième de couverture :

Il y a dix ans, Eva Maria gardait toujours une arme dans son sac à main. Un cadeau de Jimmy Liu, son patron, marchand d’armes fantasque d’origine chinoise ayant un faible un peu trop prononcé pour les jeunes escort-boys.

Islamabad, Pékin, Karachi: l’improbable duo parcourt le monde pour conclure des contrats de plusieurs millions de dollars. Leurs interlocuteurs: seigneurs de guerre sans pitié et chefs d’État corrompus.

Rattrapée par sa mauvaise conscience après une mission qui tourne mal, Eva Maria décide de raccrocher et se réfugie dans une vie paisible, sans armes mais avec mari, maison et bébé. Dix ans plus tard, le souvenir de son ancienne vie revient la hanter. À travers ses réminiscences, Eva Maria nous entraîne alors dans les turpitudes de son passé, l’occasion pour elle de se livrer à un véritable travail d’introspection et à une profonde réflexion sur le monde qui l’entoure.

Eva Maria Staal est le pseudonyme d’une auteur néerlandaise à succès qui a travaillé dans la vente d’armes pendant plus de quinze ans. Elle contribue régulièrement au magazine Dutch Monthly, ainsi qu’à d’autres publications.

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Petits meurtres entre voisins de Saskia NOORT (Denoel)

Allez ! encore un roman sélectionné pour le vote automnal de Polar SNCF. Amusant, celui là, je le connaissais. Mais je vous en parlerai plus bas.

Michel et Karen quittent Amsterdam pour un petit village de banlieue. Comme Karen s’ennuie, elle décide de créer le club des dîneurs avec cinq couples de ses voisins. Tout se passe pour le mieux jusqu’à qu’un de ses voisins et amis Evert se tue dans l’incendie de sa maison. Heureusement, la femme d’Evert et ses deux enfants en réchappent. La police conclut l’affaire par un suicide. Puis, Hanneke, une autre amie est retrouvée morte après qu’elle se soit jetée du balcon d’un hôtel. Commencent alors les doutes pour Karen, les questions sur des gens qu’elle croyait connaître et apprécier voire aimer.

L’une des grandes qualités de ce roman, c’est sans aucun doute son écriture. Simplissime, efficace, pas besoin de faire de grandes descriptions ni de grandes phrases pour apprécier et dévorer ces 300 pages. Ça se lit bien, ça se lit vite, et sans jamais lasser. On a l’impression que karen est devant nous à nous conter ses mésaventures. C’est efficace et très agréable

Le deuxième point fort, c’est la montée des doutes que subit la narratrice. Il semblerait que cela soit à la mode, au moins dans les livres que je lis. On a affaire à quelqu’un (en l’occurrence quelqu’une) qui est pleine de certitudes, et un ou plusieurs drames viennent remettre en cause ces certitudes. On doute de ce qu’on croit, des fondations de notre vie quotidienne, des gens que l’on connaît ou croyait connaître.

Un bon petit roman distrayant qui risque de se faire oublier aussi vite que je l’ai lu. La quatrième de couverture parle de montée d’angoisse dans le bouquin, je dirais plutôt qu’il s’agit d’un suspense gentillet savamment distillé. J’ai aussi particulièrement apprécié les flash-back distillés pendant une bonne partie du roman, sans qu’ils ne soient affichés comme tels. Certains romans m’horripilent quand ils se sentent obligés d’afficher en tête de chapitre les dates pour que le lecteur lambda s’y retrouve. Là, on oscille entre passé et présent et seuls les actes ou les personnages présents permettent de situer l’action dans le temps.

J’ai regretté par contre que l’auteur passe sous silence la psychologie de trois maris. Certes on comprend bien qu’elle est souvent avec ses amies. Mais de là à les ignorer ! Du coup, cela limite le nombre de coupables potentiels et un peu notre plaisir.

Un petit coup de gueule pour finir. J’avais acheté ce bouquin « en avant-première » chez France Loisirs il y a un an ! Denoël, la maison d’édition le sort un an après, et au prix fort. Ça aurait mérité de faire un prix d’appel vers 12 euros plutôt que 17,50 euros. Je trouve cela un peu abusif.