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Ce que savait la nuit d’Arnaldur Indridason

Editeur : Métaillié (Grand Format) ; Points (Format Poche)

Traducteur : EricBoury

Il va bien falloir s’y faire, on ne verra plus apparaître Erlendur Sveinsson, l’inspecteur inventé par Arnaldur Indridason, ou en tous cas pour un certain temps. Après la trilogie des ombres (Dans l’ombre, La femme de l’ombre et Passage des ombres), l’auteur islandais se lance dans une nouvelle série mettant en scène Konrad, un inspecteur de police à la retraite.

Un groupe de touristes de Wolsburg fait une pause sur le glacier Langjökull. La guide  s’apprête à entamer son sandwich quand un de ses clients l’interpelle. Suite à la fonte des glaces, on voit nettement apparaitre un visage, voire un corps sous la pellicule gelée. La police identifie rapidement le mort : Sigurvin, un jeune dont la disparition, qui a eu lieu 30 ans auparavant, n’a jamais été élucidée.

L’autopsie est surréaliste car le corps est celui d’un jeune homme grâce à la conservation dans la glace. A l’époque, déjà, son collègue Hjaltalin était soupçonné. Ce dernier est arrêté in extremis à l’aéroport, tentant de s’enfuir à l’étranger. Mais au lieu d’aller en prison, il est emmené directement à l’hôpital, puisqu’il est atteint d’un cancer et n’a que quelques semaines à vivre.

Hjaltalin demande à voir Konrad, policier à la retraite qui a suivi une partie de l’affaire à l’époque. Il clame à nouveau son innocence et demande à Konrad de reprendre l’affaire. Il faut dire que Sigurvin n’était pas habillé pour lutter contre le froid glaciaire et que son véhicule a été retrouvé loin du glacier. Alors, certes, les deux collègues amis se sont engueulés, mais il assure qu’il n’y est pour rien. C’est la visite d’une jeune femme qui va décider Konrad de chercher la vérité : en effet, son frère, a vu les deux amis dans un bar le jour de la disparition de Sigurvin, et depuis, il est mort, renversé par un gros 4×4.

D’un Erlendur taiseux et discret, Arnaldur Indridason passe à Konrad, un personnage bourru et réfléchi. Pour autant, ce n’est pas un roman d’action, tant l’intrigue va suivre son rythme lent et nonchalant, avançant à coups de réflexions et d’indices. L’aspect psychologique va donc prendre une grande place dans l’intrigue, ainsi que le décor, celui de Reykjavik dans une ambiance d’automne triste.

De la psychologie de Konrad, on va en savoir beaucoup. Veuf, ayant perdu sa femme juste au moment de prendre sa retraite, il a un fils Hugo. C’est la solitude, l’absence de l’être aimé qui lui pèse, et qui fait partie de sa décision de reprendre le collier. Sans y mettre plus de passion que cela, il va dérouler l’enquête comme un cruciverbiste, avec la volonté d’aller jusqu’à sa résolution. Konrad a aussi eu un père, violent qui a connu une mort mystérieuse. Tous ces petits indices sont autant d’énigmes à découvrir dans les prochaines enquêtes.

Car on a connu Arnaldur Indridason plus convaincant dans ses romans, avec des messages autrement plus frappants. S’il fait toujours preuve d’une subtilité quasi-unique dans le monde du polar, au ton triste, taciturne et désenchanté, il ne nous a pas habitué à une enquête aussi classique. Il faudra donc apprécier ce roman comme le premier d’une série, et trépigner d’impatience avant d’entamer la lecture de la deuxième enquête de Konrad, qui s’appelle Les fantômes de Reykjavik.

Victime 2117 de Jussi Adler Olsen

Editeur : Albin Michel

Traducteur : Caroline Berg

Les fidèles des enquêtes du Département V attendaient avec impatience que se lève le voile sur le passé d’Assad. A l’origine, Carl Mørck a pris la tête de ce service dédié aux affaires anciennes, et s’est retrouvé affublé de Rose, la secrétaire et d’Assad, originaire du Moyen Orient. Ce roman va raconter une partie du passé de l’énigmatique Assad.

Joan Aiguader est journaliste free-lance pour le Hores Del Dia. En manque d’argent, il voit à la télévision un reportage sur des immigrés sur une plage de Chypre, la plage d’Ayia Napa. Un compteur montre le nombre de corps rejetés par la Méditerranée. Ce matin, le nombre de morts était déjà de 2080. Alors, il vole l’argent de sa petite amie et vole vers Chypre pour décrocher un scoop.

Quand il arrive là-bas, le compteur en est à 2117. C’est le corps d’une vieille femme qui vient de s’échouer sur la plage. Il prend des photos et envoie son scoop. Cette photographie va faire le tour de l’Europe, mais pas pour la bonne raison. Lui qui pensait émouvoir les gens sur le sort se retrouve en fait avec une image d’une vielle femme assassinée. Il se retrouve ridiculisé et se lance dans une enquête pour savoir qui est la morte.

Alors que Rose vit recluse chez elle, Assad vient lui rendre visite et découvre les murs de son appartement couverts de photos de presse. L’une d’elles attire son regard : celle d’une vieille femme, avec juste derrière deux femmes et un homme. Assad connait la vieille femme ; elle l’a aidé dans une autre vie. Les deux femmes ressemblent à sa propre femme et sa fille. Quant à l’homme, il est sûr qu’il s’agit d’Abdul Azim, dit Ghaalib, son ennemi qui a tenté de le tuer. Assad ne va pouvoir retenir sa soif de vengeance.

Contrairement aux autres enquêtes du Département V, ce roman va nous faire voyager dans plusieurs pays d’Europe, dont l’Allemagne. C’est une course poursuite entre Assad et Ghaalib, à laquelle vont participer un certain nombre de services policiers pour éviter un potentiel attentat. C’est donc, contrairement à ce que l’on pourrait croire, un roman rythmé et non l’histoire d’Assad. Certes, Assad va raconter son passé à Carl et Rose, mais cela se passe dans la première moitié du roman, et l’auteur a choisi de faire un roman de duel entre les deux ennemis.

Jussi Adler Olsen étant un auteur d’expérience, il va nous tenir en haleine passant d’un personnage à l’autre, avec beaucoup de savoir-faire. Les pages se tournent toutes seules, et il y ajoute la vie privée de Carl, quelque peu compliquée puisqu’il va bientôt être père à plus de cinquante ans. Bref, c’est un polar costaud, populaire, agréable à lire qui, pour autant m’a laissé un peu sur ma faim.

J’aurais aimé plus d’immersion dans les pays visités, Chypre en particulier, mais aussi l’Irak, lors des passages qui racontent le passé d’Assad. De même, certains personnages semblent faire de la figuration, et on ne comprend pas bien ce qu’ils font là, et en premier lieu, Joan le journaliste. Enfin, certains passages souffrent d’une traduction approximative, en particulier dans les conjugaisons.

Sans être aussi catastrophique que Selfies, que je n’avais pas du tout aimé car trop bordélique, ce roman est un bon passe-temps alors que j’en attendais tant. Je ne suis pas déçu, juste sorti avec une sensation de manque; je suis resté sur ma faim. Et puis, les premiers romans avaient une construction complexe, une sorte de passion dans l’écriture, et un humour bienvenu qui faisaient de ces enquêtes un excellent divertissement.

Alors je suis partagé entre la volonté de savoir comment le Département V va rebondir et le souhait que Jussi Adler Olsen tourne la page et se lance dans une nouvelle série. Soyons patients, l’avenir nous le dira.

En moi le venin de Philippe Hauret

Editeur : Jigal

Je suis Philippe Hauret depuis son premier roman, Je vis, je meurs. Après sont venus Que Dieu me pardonne puis Je suis un guépard, qui pour moi, démontrait un vrai talent pour allier intrigue, personnages et contexte social.

Sans repères ni attaches, Franck Mattis erre sans but, vivant sur ses économies. Divorcé, sans contact avec son fils, il vient de se mettre en disponibilité de son poste de flic. Quand l’hôpital l’appelle, c’est pour lui apprendre la mort de sa mère. Il est étonné que son père ne l’ait pas prévenu, même s’il n’a plus gardé de contacts avec eux depuis bien longtemps. En essayant de le joindre, il apprend que son père est mort aussi, quelques semaines auparavant. Il décide donc de retourner dans sa petite ville natale, au moins pour les obsèques de ses parents.

Valery a passé des années de galère, avant de trouver le bon filon : ouvrir un night-club dans une petite ville. Comme il est d’abord facile et violent dans l’âme, il prévoit des filles, « exportées » des pays de l’est, qui seront chargées de faire boire les clients … et plus si affinités. Et quand il rentre le soir, il retrouve son amant, Warren, plus jeune que lui d’une vingtaine d’années, qu’il entretient.

Les élections municipales approchent. La municipalité de gauche surfe sur son succès, se contentant de gérer une ville en en faisant le minimum. Un jeune loup aux dents longues, Maxence, s’annonce candidat, sans étiquettes parce que les gens en ont marre des partis traditionnels. Il se contente de faire des discours que les gens veulent entendre, aidé en cela par une directrice de communication douée, Esther.

Pur roman noir, cette lecture remarquable de fluidité prend deux personnages en parallèle, Franck et Valery, et les conduit sur une route dont l’itinéraire est joué d’avance. J’avais dit que, depuis quelques romans, Philippe Hauret évitait les effets faciles et se dirigeait vers une narration simple et efficace. C’est plus que jamais le cas ici, où il démontre une maîtrise et une force impressionnante, menant sa barque avec une assurance, sur de son fait et sur que le lecteur va le suivre.

Impressionnant en est le résultat, quand Franck débarque dans sa petite ville. Car de roman noir ou polar, Philippe Hauret transforme son intrigue en roman social, grâce à toute une galerie de personnages secondaires, qui font plus que planter le décor et tenir la chandelle. De Warren l’insouciant à Esther la jeune femme dynamique déprimée, on y trouve aussi Ben l’ancien copain qui veut que rien ne bouge ou Chana la pauvre jeune fille qui est obligée de se prostituer, sans oublier Maxence le candidat pourri aux élections.

L’absence d’effets de style rend plus forte encore cette intrigue et surtout cette peinture de notre société actuelle, dénonçant de façon subtile comment faire de l’argent en politique grâce à de petits arrangements. Et avec ce roman, Philippe Hauret se rapproche des grands auteurs du noir, qui ont su montrer notre société. Avec ce roman, Philippe n’a jamais été aussi prêt de Thierry Jonquet. J’adore !

La chronique de Suzie : Expiations – Celles qui voulaient se souvenir de Kanae Minato

Editeur : Atelier Akatombo

Traducteurs : Dominique Sylvain, Saori Nakajima et Frank Sylvain

Quand j’ai un roman japonais, je fais appel à ma spécialiste du genre, qui adore aussi les polars : Suzie. Et comme l’Atelier Akatombo est spécialisée dans les romans japonais, je les achète et les lui donne pour avis. A ton tour, donc, Suzie, et encore un grand, un énorme merci pour ces avis et ta contribution :

Bonjour amis lecteur,

Voici un moment que je n’étais pas sortie de mon antre. Cette fois-ci, je pense que je vais rester un moment à l’extérieur pur vous parler de mes différentes lectures. En ce moment, je suis dans une phase « romans japonais » et c’est de ces derniers dont je vais vous parler en commençant par le plus récent « Expiations : Celles qui voulaient se souvenir de Kanae Minato (en japonais shokuzai / 贖罪).

Cette auteure a à son actif une quinzaine de livres dont seulement deux ont été traduits en français : « Les Assassins de la 5e B » (Kokuhaku /告白), son plus grand succès, et « Expiations ». Elle n’est publiée que depuis 2008.

Comme souvent au Japon, « Expiations » a fait l’objet d’une adaptation télévisuelle, plus précisément une mini-série de cinq épisodes. Cette dernière sera remontée, un peu plus tard, en un long-métrage en deux parties.

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Mais revenons au livre. L’histoire est simple. Alors que cinq petites filles d’une dizaine d’années jouent ensemble pour la fête d’O-Bon, l’une d’elles part avec un inconnu et on la retrouve assassinée à la fin de la journée, à quelques mètres de ses amies. Bien que les autres filles aient vu l’assassin, bizarrement, ce dernier reste un inconnu car la police n’arrive pas à obtenir une description de la part des enfants. Et, lorsque la mère de la petite fille assassinée s’en mêle, comment les survivantes vont-elles réagir? Doivent-elles vraiment expier pour une faute qu’elles n’ont pas commise?

Ce livre se décompose en plusieurs chapitres. Chacun de ces chapitres va correspondre à une des protagonistes. Chacun des titres des chapitres est axé sur une caractéristique de chaque personnage. L’auteure va expliquer la vie telle qu’elle était perçue par chacun et ce qui a changé avec l’homicide. On va suivre la vie de chaque personnage et leur évolution jusqu’à la prescription du crime, environ quinze ans plus tard. Aux quatre fillettes, va se rajouter une personne supplémentaire. De plus, chaque protagoniste va raconter son histoire à la première personne du singulier pour appuyer encore plus ce qui a pu lui arriver dans sa vie. Le dernier volet, de quelques pages, donne la solution et la raison de cet homicide.

Bien que court (moins de deux cent cinquante pages), l’auteur a un rythme et un style tout en finesse. La description de certains passages, qui serait pénible et douloureuse à lire, est juste évoquée. Elle va donner un élément qui va faire comprendre aux lecteurs l’horreur de la scène. A chaque chapitre, elle distribue des miettes d’information qui vont permettre de raisonner et de se poser des questions pertinentes. Au fur et à mesure de l’histoire, ce qui paraissait aller de soi n’est qu’un faux-semblant. La vérité n’est pas ce qu’elle semble être. La tension monte avec les découvertes et les questionnements de chacun. Et, la conclusion n’est qu’une explication d’une ignorance.

Outre cette histoire d’homicide, l’auteure va confronter deux univers, deux types de culture différents en rajoutant la notion de « hiérarchie » très présente au pays du soleil levant. Ce duel va être symbolisé par les enfants. Ce qui leur paraissait le summum de la classe va être dégradé par rapport aux nouveaux arrivants. Les uns essaient de trouver leurs marques dans un monde qui leur semble ancien alors que les autres envient les premiers et ne veulent pas les intégrer. Les deux univers ont du mal à se comprendre et à communiquer. Les préjugés vont bon train. Tout cela est évoqué par de légères touches au niveau de la vie quotidienne par des choses qui sembleraient étranges dans l’un ou l’autre de ces deux univers. Les enfants vont le démontrer tout au long de l’histoire.

Les personnages sont stéréotypés surtout les enfants avec une caractéristique mise en exergue : la petite timide, la grande sœur responsable, la sportive ou celle qui est en bonne santé. Chacune va percevoir le traumatisme de l’homicide ainsi que leur incapacité à se souvenir de l’agresseur de façon différente. Leur psyché va les protéger, soit en niant un aspect de leur corps, de leur aspect, soit en les convaincant que leur vision d’elle-même est fausse. Cela va engendrer des conséquences graves dans leur vie future. De plus, elles vont devoir gérer un deuxième traumatisme : l’expiation demandée par la mère de la victime. Cette dernière ne considère que son propre malheur. Elle considère que les camarades de sa défunte fille ont échoué dans leur rôle premier : retrouver l’assassin de sa fille. Elle va leur imposer une pression supplémentaire qui va peser lourdement sur leur psyché. La question que l’on peut se poser est de savoir si c’est l’homicide ou les paroles de la mère qui va conditionner leur futur. L’auteur rajoute un doute significatif sur le sujet. Elle laisse au lecteur le choix de trancher.

Etant dans ma période de romans japonais, celui-ci est le plus récent en termes d’écriture. Et, je peux vous dire que l’auteure est très efficace pour mettre en place une atmosphère. J’ai vite senti la différence de comportement entre les nouveaux venus s’installer à la demande de leur entreprise et les natifs qui se contentaient de peu car c’était ce qu’ils avaient toujours connus. On ressent les disparités de vie, de culture comme si on y était, comme si on pouvait se mettre à la place de chacun des protagonistes en se demandant comment on aurait réagi dans de telles circonstances. La culpabilité des fillettes va les poursuivre tout au long de leur vie, alourdie par la sanction de la mère de la victime.

Et, on sent ce poids qui écrase chacune d’elle lorsqu’on prend connaissance de leur histoire. Mais, là où l’auteur est proprement diabolique, c’est qu’elle va vous expliquer que « l’ignorance est la mère de tous les crimes », qu’elle « est la mère de tous les maux ». Car ce qui semble être la vérité n’est qu’une vengeance. Contre qui et pourquoi, difficile de le savoir. Il faudra attendre la conclusion pour comprendre. Ce sont des faux-semblants qui gouvernent les différents protagonistes. On ne peut effacer le passé car il interviendra toujours sur le futur. Le passé se vengera toujours de ce qui a pu se passer, quitte à détruire tout le monde. Il m’a fallu lire quelques pages deux fois pour comprendre certains des sous-entendus de l’auteur car mon cerveau avait décidé de passer outre le message. Efficace, diabolique, manipulateur et tout en sous-entendus, avec une précision dans la description des différences entre les protagonistes qui vont arriver au même point, voici un succinct résumé de ce roman. A lire absolument pour découvrir la noirceur de l’âme humaine. Auteur à suivre.

Sur ces dernières paroles, je m’en vais voguer de librairies en bibliothèques avant de vous parler d’une autre œuvre japonaise. A très bientôt.

Du poison dans la tête de Jacques Saussey

Ediieur : French Pulp

Pour la huitième enquête de Daniel Magne et Lisa Heslin, Jacques Saussey nous a concocté une intrigue foisonnante mettant en scène plusieurs personnages. En mélangeant les genres entre roman policier et polar, entre roman psychologique et recherche de son passé, il nous offre des histoires complexes d’une justesse incroyable. Il creuse aussi beaucoup de thèmes, posant beaucoup de questions en plaçant ses personnages dans des situations moralement complexes. Et puis, surtout, il a trouvé un titre fantastique à son roman, Du poison dans la tête, comme un venin qui s’installe dans le cerveau de chacun des protagonistes. Un grand moment de lecture.

Du poison dans la tête : Lisa en a à revendre, pendant ses congés, où elle a du temps pour elle. Mais ses pensées sont accaparées par son fils adoptif, le petit Oscar et par Daniel qui étrangement, est taciturne en rentrant du boulot. Tournant en rond, elle sent qu’elle a besoin d’un nouveau challenge, et c’est ce qu’elle pense en promenant sa chienne Sham.

Du poison dans la tête : c’est ce qui mine Oscar, alors qu’il entre au collège et est victime de maltraitance par un petit chef de gang qui veut faire la loi dans la cour de récréation. Certes, ses parents sont là pour le soutenir mais ils ne sont pas là à l’école. Et si la solution était plus proche que ce qu’il pense ?

Du poison dans la tête, comme le fait de se sentir vieillir, débordé, empli de questions. Daniel Magne reçoit un colis de Thierry Buisson, un ami d’enfance qu’il n’a pas revu depuis 40 ans. A l’intérieur, des affaires appartenant à Fanny, son amour de l’époque, retrouvée morte dans les bois. Et pourquoi Thierry avait-il ces objets en sa possession, ainsi qu’une mèche de cheveux blonds ?

Du poison dans la tête, cette impossibilité de sortir ce mec de ses pensées. Myriam ne peut accepter qu’il l’abandonne, qu’il la jette comme une vieille serpillière. Elle s’approche du Pont d’Austerlitz, alors qu’il vient de lui faire un dernier adieu. En pleurs, elle laisse tomber son manteau, et totalement nue, se jette du haut du pont dans la Seine glacée.

Du poison dans la tête. Ludo et Fred, les deux lieutenants de Daniel Magne, en ont à revendre. Surtout Ludo qui vient de perdre sa sœur, Myriam, suicidée dans la Seine. Ludo sait qu’un homme l’a séduite, envoûtée au point de la rendre folle, au point de la pousser au suicide après avoir vidé son compte en banque. Mais on ne peut rien faire contre ces salauds qui utilisent la fragilité des gens à leur profit. Quoique …

Du poison dans la tête, c’est ce que la jeune Ophélie, officier de police à la brigade financière, subit. Elle veut à tout prix rejoindre la brigade criminelle et rien ne l’arrêtera. Elle s’entraîne sans arrêt, est dure au mal et prête à tout, même au pire. Elle est même prête à forcer le destin pour améliorer le sien.

Du poison dans la tête , c’est surtout un roman foisonnant, qui mêle et entremêle les intrigues, les personnages, avec un centre un assassin qui manipule les jeunes femmes, les forçant à se consacrer uniquement à lui, à rejeter ses amis, sa famille. Puis, quand le piège est fermé, il suffit juste d’une petite poussée vers l’irréparable. C’est l’un des thèmes qu’exploite ici Jacques Saussey, cette nouvelle forme de crime contre lequel on ne peut rien, puisque la police ne peut conclure qu’à un suicide.

Mais il y aura aussi le thème de la difficulté du passage à l’adolescence, les bagarres de cour de récréation qui tournent au harcèlement et contre lequel les parents ne peuvent rien. Il y aura aussi les difficultés des parents adoptifs aussi, qui doivent élever un enfant comme le leur et qui se retrouvent en difficulté devant le retour de la vraie mère. Il y aura le thème de la justice, portée à mal devant les intrigues imaginées par Jacques Saussey, quand il poste ses personnages devant des situations inextricables. Et bien d’autres encore.

C’est un roman foisonnant, passionnant aussi, parce que tout ce qu’écrit Jacques Saussey peut se passer, parce que nous avons tous des problèmes à résoudre, et qu’il n’y a pas de solution simple. C’est surtout un roman qui m’a impressionné par sa maîtrise et aussi par ses aspects psychologiques. Je m’explique : Il est juste incroyable d’être capable de passer d’un personnage à l’autre et d’écrire des réactions aussi crédibles. Avec sa dizaine de personnages, ce sont plus d’une dizaine de psychologies à construire, et à nous faire ressentir. C’est un sacré coup de maître !

Du poison dans la tête. Si c’est le titre du nouveau roman de Jacques Saussey, c’est aussi le venin qui parcourra vos veines pendant sa lecture. On vit avec chaque personnage et, si on n’est pas forcément d’accord avec leurs choix, on les comprend et on les suit avec beaucoup de compassion. C’est un sacré roman, émotionnellement fort du début jusqu’à la fin. C’est un des romans indispensables de 2019.

Les enquêtes de Daniel Magne et Lisa Heslin sont les suivantes :

De sinistre mémoire

Quatre racines blanches

Colère noire

L’enfant aux yeux d’émeraude

La pieuvre

Ne prononcez jamais leurs noms

7/13

Evidemment, je vous conseille de les lire dans l’ordre !

Zippo de Valentine Imhof

Editeur : Rouergue Noir

Attention, coup de cœur !

Après Par les rafales, son précédent et premier roman, qui démontrait une plume rare de poésie, Valentine Imhof se lance dans le thriller. Pour autant, il est bien plus que cela tant ce roman est brillant.

Clic ! Clic ! Clic ! Le bruit de son briquet Zippo est entêtant mais le calme, dans ce bar au nom étrange : Le Y-Not II. Il l’attend, Elle, Eva, celle qui l’a fait chavirer et qu’il cherche sans relâche. Il l’aperçoit, ou croit l’apercevoir et il chancelle. Il s’approche, lui offre un verre, puis sortent marcher dans le parc. Elle s’assoit (Clic !) et est surprise par le bruit. Elle tourne sa tête vers lui et son regard lui montre qu’il s’est encore trompé. Il sort sa flasque d’essence, l’asperge, surtout sur le visage et Clic ! Prometheus.

Eva l’a connu alors qu’elle était adolescente. Elle lui trouvait une laideur fascinante, une tristesse irrésistible ; son visage marqué l’a tout de suite attirée. Ils ont dansé, comme s’ils étaient seuls au monde sur un rock des années 50. Elle l’a suivi jusqu’à un perron puis un premier baiser les a réunis. C’était leur première rencontre. Leur dernière a commencé de la même façon, et s’est terminée par la mort de sa sœur, calcinée dans une voiture.

La lieutenant Mia Larström vient de débarquer au poste de police de Milwaukee avec un dossier en béton. Elle est convoquée sur le lieu d’un crime : une jeune femme à moitié brûlée sur un banc. Ce n’est pas une première pour elle. Son binôme, le lieutenant Peter « Casanova » McNamara est en retard, comme d’habitude. Il va encore la seriner avec ses aventures sexuelles, lui raconter comment il a fait hurler toute la nuit sa conquête d’un soir. Leur équipe ressemble à un mélange de feu et de glace.

Le début de ce roman ressemble à s’y méprendre à un thriller, et l’enquête, bien complexe, se révèle ardue pour nos deux enquêteurs. Les chapitres, très courts, vont s’enchaîner en passant d’un personnage à l’autre. Il n’y a aucun repère en tête de chapitre pour indiquer lequel est au centre du chapitre et pourtant, on n’est jamais perdu. La magie du talent de Valentine Imhof commence …

Parce que, petit à petit, l’auteure va lever le voile, non pas sur l’intrigue, puisque l’on va rapidement comprendre de quoi il retourne, mais sur les personnages. Petit à petit, Valentine Imhof va gratter le vernis qui cache la psychologie de chacun d’eux, et révéler leur passé et les cicatrices qui en découlent, leurs blessures comme des tatouages indélébiles, ineffaçables, ces moments qui marquent une vie à jamais.

De ces personnages que l’on aura bien du mal à oublier, on se rendra compte que rien n’est aussi simple, qu’aucun d’entre eux n’est ni blanc, ni noir, ni gris. Ils sont un mélange de toutes les couleurs, pour donner un résultat indéfini, poussés par leur motivation propre. Et plus on s’enfonce dans le roman, plus le nombre de personnages augmente, et ils sont tous décrits avec la même acuité, la même justesse.

Valentine Imhof va donc nous plonger dans les abîmes de l’âme, et nous plonger dans un décor de douleur. Rapidement, on se retrouve dans un monde BDSM, et le décor est à l’image des personnages, une descente aux enfers comme une recherche du plaisir, la douleur comme un cri d’extase, non pas pour oublier le passé, mais pour se rechercher soi, sa vraie personnalité.

Valentine Imhof met aussi son style au service de son histoire, poétique et noir, agrémenté par une bande-son sans fautes (merci d’avoir cité Joy Division et d’avoir déterré My Bloody Valentine !). Il y a une vraie rage dans son écriture, de sa plume coule une lave incandescente qu’elle déverse sur chaque ligne. Ses phrases sont éclairées, lumineuses, éblouissantes et emplie de tant de noirceur, jusqu’au dénouement final extraordinaire, sans rédemption, sans espoir, noir opaque. Énorme ! Un brûlant roman à classer juste à côté de Versus d’Antoine Chainas.

Je vous le dis, coup de cœur !

No problemo d’Emmanuel Varle

Editeur : Lajouanie

Alors que j’avais adoré son précédent roman, Dernier virage avant l’enfer, j’étais passé au travers de la sortie de son dernier roman en date. Heureusement, l’auteur m’a gentiment signalé sa sortie et voici donc mon avis.

Ils sont deux et n’ont a priori rien à voir l’un avec l’autre. José et Romuald se rencontrent et décident de monter ensemble un casse.

Romuald a décidé de quitter le domicile familial très tôt, et tombe dans la drogue. Un psy le sauve et lui fait découvrir la boxe. Mais un jour, il rate un entrainement, puis refuse les sacrifices et les concessions demandés par ce sport. Retombant dans le drogue, il s’en sort avec de petits larcins, jusqu’à sa rencontre avec José et cette idée de larcin apportée comme sur un plateau par son nouvel ami.

José a suivi sensiblement le même trajet. Ses parents étaient employés pour s’occuper d’une belle résidence appartenant à un auteur de thrillers connu, James Blisdane. C’est parce qu’il a passé son enfance dans cette propriété qu’il envisage de la cambrioler. Il sait qu’il y a un coffre-fort plein de lingots d’or. Cela va donc être un casse facile. « No problemo », n’arrête-t-il pas de répéter. Ils investissent donc la propriété mais la première personne à se présenter à la porte n’est pas l’écrivain de renom … et les surprises ne font que commencer.

Même s’il est découpé en une vingtaine de chapitres, l’intrigue suit trois parties : la préparation du casse, le déroulement du casse et enfin la fuite après le casse. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que malgré un plan classique, ce roman bénéficie d’une plume simple et agréable à suivre. Ce qui veut dire qu’une fois que l’on a commencé à ouvrir le livre, on se dépêche de le finir pour savoir comment tout cela peut terminer.

Le style de narration de l’auteur se veut direct, très factuel, distant par rapport à ses personnages principaux. A la limite, José prend toute la place et Romuald se retrouve au second plan, bien que le premier chapitre lui soit consacré. Par contre, les autres personnages secondaires qui vont traverser cette histoire sont passionnants, voire caustiquement drôles, dans un roman où le ton se veut sérieux.

Car du casse initial qui doit se dérouler sans problème, de nombreux événements vont venir perturber la mécanique huilée prévue au départ. Et là où un Westlake en aurait fait un roman humoristique, Emmanuel Varle en fait un roman sérieux, et donc un polar plutôt classique. Et du coup, il m’a manqué un zeste de psychologie sur le passé de José et un meilleur équilibre entre les personnages. Mais rien que pour les autres personnages secondaires (le nègre, la femme de ménage et surtout l’institutrice de la fin), ce roman s’avère un bon divertissement.