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Assassins d’avant d’Elisa Vix

Editeur : Rouergue

En lisant le dernier roman en date d’Elisa Vix, et après avoir tourné la dernière page, je me suis dit que j’étais incontestablement fan de cette auteure quand elle écrit des romans à plusieurs voix. Son dernier roman est incontestablement une grande réussite, génial jusqu’à la dernière ligne. A ne pas rater.

Alors qu’elle vient de passer la trentaine, Adèle Lemeur doit impérativement tourner la page sur un drame familial qui la marque encore aujourd’hui : Quand elle avait 5 ans, elle a perdu sa mère, institutrice, qui a été abattue d’une balle de pistolet en classe. Pour ce faire, elle décide de prendre contact avec un flic, Manuel Ferreira qui était dans la classe ce jour-là. Peut-être se rappelle-t-il de quelque chose ?

Adèle se fait passer pour une journaliste qui enquête sur les manques d’effectifs dans la police. Très vite, le sujet est éventé et Manuel va deviner qu’elle est venue pour autre chose. Adèle joue la carte de la franchise et manuel lui raconte ce dont il se rappelle : Il était assis à la même table que Ladji, et la maitresse se mit à écrire quelque chose au tableau. Ladji a alors sorti un pistolet et a tiré sur la maitresse. Arrêté par la police, il leur a échappé à la sortie de l’école et s’est enfui en traversant la rue. Malheureusement, une voiture l’a fauché et il est mort de ses blessures pendant son transfert à l’hôpital.

Adèle veut absolument savoir ce qui s’est passé et elle demande l’aide de Manuel. Manuel quant à lui sent bien que cette quête est importante pour la jeune femme. Il veut aussi la protéger contre des conclusions qui pourraient être violentes pour cette jeune femme fragile. Alors il accepte de l’aider à enquêter et lui donner des informations. Ou pas.

Comment rêver une situation de départ plus simple ? Comment peut-on partir d’une telle situation et arriver à inventer des événements qui vont faire avancer puis rebondir l’intrigue, en nous laissant tout simplement ébahi jusqu’à la dernière ligne. Et je pèse mes mots, dans ce roman, court puisqu’il ne fait que 180 pages, les scènes vont s’ajouter les unes aux autres, amenant à chaque fois un petit quelque chose, et on se retrouve surpris jusqu’à la dernière ligne !

Elisa Vix n’est jamais aussi forte que quand elle écrit des romans à plusieurs voix. Certes, il y a le cycle Thierry Sauvage, mais on n’est plus dans un registre cynique. Dans ce roman, les deux voix qui vont raconter cette histoire vont être celle d’Adèle et celle de Manuel. J’ai rarement été époustouflé par tant de maitrise, devant tant de simplicité pour montrer toute la subjectivité d’un témoignage. A chaque chapitre, à chaque phrase, à chaque dialogue, le lecteur a le droit de savoir ce que l’autre pense, ou ce qu’il veut nous laisser croire. C’est comme si deux personnes écrivaient leur journal intime, en reprenant parfois les mêmes scènes. C’en est bluffant.

Et puis, petit à petit, cette femme qui veut se reconstruire, tourner la page sur son passé, va découvrir de nouveaux secrets, qui la touchent elle, mais qui touchent aussi les autres, ceux qui l’entourent. Et cette narration va nous les faire découvrir en même temps qu’elle. Ensuite, tout le talent, l’inventivité et la magie de cette auteure va faire le reste. C’est simple, une fois ouvert, il est impossible de lâcher le livre, que j’ai lu en une journée. Je ne peux que vous encourager à courir chez votre dealer de livres pour lire ce roman ou même découvrir cette auteure. Car je trouve qu’on n’en parle pas assez et je trouve cela foncièrement injuste. D’ailleurs vous pouvez aussi rattraper votre retard et vous dépêcher de lire 04L’hexamètre de Quintilien, La nuit de l’accident ou Ubac qui sont tout aussi excellents.

Ne ratez pas l’avis de Lireaulit qui pense comme moi !

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Par le vent pleuré de Ron Rash

Editeur : Seuil

Traducteur : Isabelle Reinharez

C’est un fait, depuis Un pied au paradis, je n’arrête pas d’être surpris et enchanté par la plume de Ron Rash, par ses sujets, bref, par ses romans. Avec Par le vent pleuré, dont le titre est un extrait d’un romans de Thomas Wolfe (Rassurez vous, je n’ai pas la science infuse, c’est expliqué dans la roman !), Ron Rash m’a une nouvelle fois ébahi.

Eugène, aujourd’hui âgé de soixante ans, a passé toute sa vie à Sylva, en Caroline du Nord. Un corps vient d’être déterré par les eaux de la rivière. Il semble qu’il soit resté très longtemps enfoui. Alors, Eugène se rappelle sa jeunesse, et en particulier cette année 1969, où il a rencontré cette jeune fille venue de la grande ville, et au nom à la fois étrange et envoutant : Ligeia.

Eugène avait 16 ans, son frère Bill, 21 ans. Après le repas dominical chez le grand-père, qui était le médecin de Sylva. Cet après-midi là, Eugène et Bill étaient partis pêcher à Panther Creek. Dans un lac situé en contrebas, ils aperçurent une jeune fille nue qui se baignait. Eugène crut voir une sirène aux cheveux roux. Le temps de se remettre de leurs émotions, elle avait disparu.

Le dimanche suivant, ils revinrent et c’est elle qui fit le premier pas. Elle s’appelait Ligeia Mosely, et habitait chez son oncle Hiram, car elle avait fugué pour rejoindre des hippies à Daytona. Eugène et Bill n’avaient pas entendu parler de la Flower Power, ni des drogues, ni du sexe. Ils découvrirent cette année là de nouveaux horizons, qui se termina par une disparition inexpliquée encore aujourd’hui. Apparemment, on allait bientôt savoir où Ligeia avait fini sa vie.

On peut dire que Ron Rash aime la diversité dans les sujets qu’il traite. Je ne vais pas vous citer tout ce qu’il a écrit, il vous suffira de cliquer sur les liens en fin de billet pour cela. Ceci dit, on avait plutôt l’habitude de le voir dans un registre lié à la nature, à une exception près, et on se retrouve ici avec une histoire familiale. Ne me faites pas dire que ce changement radical est raté, c’est tout l’inverse. Psychologiquement c’est fort, très fort.

Eugène et Bill sont deux jeunes gens en 1969. Ils ont très tôt perdu leur père, et ont donc été élevés par leur mère, bien aidée financièrement par leur grand-père. Eugène étant le petit dernier, voit son frère comme un modèle, mais il est à l’âge où il veut faire sa place. Si le personnage de la mère est en retrait, c’est bien parce que le grand-père dirige tout, de façon autoritaire voire tyrannique. Les deux jeunes gens grandissent donc avec une éducation religieuse et morale, et l’arrivée de Ligeia va tout bouleverser.

Ligeia est une fugueuse, qui a été élevée à la ville. Elle a connu les hippies, et cette vague qui leur laisse croire qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent. Le fait qu’elle vienne de la ville lui octroie une incontestable aura de nouveauté, de liberté, d’exemple pour les deux jeunes qui veulent s’émanciper. Le roman va donc se construire sur deux axes, qui sont les secrets familiaux et le mystère de la disparition de Ligeia.

Incontestablement, ce roman est à classer aux cotés des meilleurs Thomas H.Cook. Et ce n’en est pas une pâle copie mais une déclinaison avec le style propre à l’auteur. Dire que ce roman est un pur plaisir de lecture est une évidence, tant la subtilité du style de Thomas H.Cook est remplacée par l’efficacité et l’âpreté de celui de Ron Rash. Avec des allers-retours entre le passé et le présent, il va nous montrer la fascination des deux jeunes gens pour cette génération hippie, mais aussi l’importance de l’éducation et de l’ouverture vers d’autres horizons. Ce roman est tout simplement magnifique.

Ne ratez pas les avis de Yan, Jean Marc et Claude Le Nocher

Les romans chroniqués sur Black Novel sont :

Un pied au paradis ;

Serena ;

Le monde à l’endroit ;

Une terre d’ombre ;

Le chant de la Tamassee ;

Ne dis rien à papa de François-Xavier Dillard

Editeur : Belfond

Voilà un auteur dont j’ai beaucoup entendu parler, en bien. Ayant raté son précédent roman, Fais le pour maman, j’ai voulu tester son petit dernier en date. Le moins que je puisse dire, c’est que j’ai bien fait, parce que c’est un roman terriblement addictif, que je l’ai lu en deux jours. Vous êtes prévenu : si vous commencez ce roman, vous allez perdre quelques heures de sommeil.

Il est allongé. Il se réveille et ne se souvient de rien. Il a du mal à respirer, il semble être dans une boite, ou du moins dans un espace confiné. Le bruit de la terre qui tombe sur la boite l’obsède. On l’enterre vivant ? Au secours !

Fanny est une femme heureuse en famille. Elle vit avec Mickael et les deux jumeaux Arno et Victor. Depuis qu’elle a écrit un livre à succès, sur comment décorer sa maison avec des fleurs, sa boutique a du succès. La cinquantaine apaisée, elle apprécie sa vie de couple au milieu des peintures de Mickael. Tout juste est-elle inquiète de Victor, et son envie de faire souffrir son frère. Il semble avoir une envie de faire du mal.

Le commissaire divisionnaire Dubois est au cimetière. Il déteste ça, mais il est forcé de rester là puisque c’est sa mère qu’on enterre. Il vient de recevoir un SMS : Le professeur Jacques Jakubovitch, le chirurgien esthétique des stars vient d’être retrouvé assassiné, et l’assassin a fait preuve d’imagination.

Elle est étudiante en deuxième année de médecine à Paris VII. Elle a toujours eu un penchant pour l’alcool, buvant à en oublier sa vie, son stress, à s’en rendre malade. Ce soir là, saoule comme d’habitude, elle a accepté de prendre les pilules proposées par Marc. Puis, ils sont devenus plusieurs. Puis ils l’ont emmenée dans un coin. Puis ils l’ont violée. Tous. Les uns après les autres.

Après la lecture de ce roman, je comprends pourquoi François-Xavier Dillard reçoit autant de compliments pour ses romans. On a en effet affaire à un thriller costaud, plutôt classique dans la forme et parfaitement maitrisé. Ce roman est construit comme un puzzle. On a vraiment l’impression de se retrouver devant ce type de jeu. On est face à plusiuers pièces, n’ayant aucun rapport les unes avec les autres. Certaines ont des couleurs qui se ressemblent, les formes sont différentes, et on n’a aucune idée de l’ensemble.

Nous allons donc passer d’un personnage à l’autre, sans aucune notion de temps ou d’espace. Malgré cela, on n’est jamais perdu et c’est la grande force de ce roman. Chaque scène est minutieusement décrite, les scènes sont d’une justesse incroyable, ce qui rend les chapitres fascinants. Même les scènes de tous les jours, qui peuvent paraitre habituelles, faisant part d’une certaine routine deviennent passionnante par cette minutie apportée dans l’écriture. Et si on a l’impression d’être transporté d’une scène à l’autre, on est passionné par ces chapitres qui s’accumulent.

François-Xavier Dillard évite aussi les longues descriptions. Ses phrases son courtes, font mouche à tous coups. Et ses chapitres ne dépassent pas 5 à 6 pages, ce qui donne un rythme à la lecture et une certaine frénésie dans l’esprit du lecteur qui veut en découdre avec cette intrigue tortueuse. Toutes ces qualités font que l’on n’a pas envie de lâcher ce roman avant la dernière page.

Si j’ai déjà lu des thrillers traitant de ce sujet, il n’en reste pas moins que la forme de ce roman et le talent de l’auteur en font un roman réellement passionnant. Comme je l’ai dit, l’écriture arrive à nous rendre fascinantes toutes les scènes ce qui rend la lecture de ce roman addictif, impossible à lâcher. Cela en fait un roman hautement recommandable et un excellent divertissement procurant un plaisir difficilement oubliable.

Dis-moi que tu mens de Sabine Durrant

Editeur : Préludes

Traducteur : Luc Rigoureau

Une fois n’est pas coutume, voici un roman que m’a conseillé ma chère, douce et tendre, avec un avis dithyrambique de sa part : « C’est très très bien ». Me voilà donc plongé dans ce roman psychologique, en me disant à chaque page : Mais qu’est-ce que c’est bien fait, comme c’est bien vu ! En un mot comme en cent, ce roman m’a passionné !

Londres. Paul Morris est un jeune auteur qui a connu un grand succès avec son premier roman, Exégèse d’une vie. Deux autres ont suivi, sortis dans l’indifférence générale. Depuis, il essaie de retrouver cette flamme qui l’a animé et qui l’a lâchement abandonné. A 42 ans, la faillite le guette, d’autant plus que son dernier roman vient d’être refusé et qu’il va être expulsé de son appartement ! C’est en entrant dans une librairie, pour se mettre à l’abri d’une averse, qu’il rencontre une connaissance, Andrew Hopkins, avec qui il avait passé des vacances en Grèce, quelques années auparavant.

Quelques semaines plus tard, devenu squatteur chez un ami Alex Young, Paul reçoit une invitation d’Andrew. Lors de cette soirée, ils retrouveront la petite bande d’amis qui avait passé ces vacances en Grèce, à Pyros. Ce samedi soir là, Paul fait la connaissance de Tina, la femme d’Andrew, ainsi que d’Alice Mackenzie, veuve d’une cinquantaine d’année d’une classe stupéfiante. Avocate des pauvres, elle dirige une association chargée de rechercher Jasmine, une adolescente qui a disparu à Pyros, lors de leurs vacances.

Si Alice est prudente, voire distante, Paul est sous le charme. Il sent bien aussi que s’il arrive à la séduire, il pourrait vivre avec elle et se faire entretenir. Alors, il va faire le beau, inventer des mensonges, se construire une nouvelle vie à base de bobards afin de la faire craquer. Il lui faudra beaucoup de patience pour arriver à ses fins mais les mensonges ne construisent rien de bon …

Il est bien difficile de résumer ce roman sans en dire trop puisque le début du roman ne laisse rien présager de la suite et encore moins de la fin. Paul Morris est un menteur patenté qui cherche à s’en sortir en bluffant une veuve. De petits en gros mensonges, il va petit à petit s’insérer dans un groupe d’amis, qu’il a rencontré en Grèce 20 ans plus tôt. Paul Morris est un homme sans limite, sans respect, totalement irresponsable et égocentrique. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne nous est pas sympathique. Et le roman est tellement bien écrit qu’on le déteste de la première à la dernière ligne.

Paul Morris est aussi un écrivain. Il a donc le talent de regarder les autres, de les écouter et d’observer ce qui se passe autour de lui. Ce qui fait qu’il va interpréter ce qu’il voit ou entend et par la même occasion nous faire croire que l’on comprend les protagonistes. Mais en fait, ce roman est bien plus complexe que cela. On se rend vite compte que tous ont un secret, que tous mentent et on se demande bien qui ment le plus.

Ce n’est pas réellement un roman d’enquête, ce n’est pas non plus un polar, mais bien un roman psychologique qui allie le mystère de l’intrigue à un style remarquablement évocateur, qui colle avec la personnalité du narrateur. J’ai été réellement surpris de me retrouver impatient de reprendre la lecture tant j’y ai trouvé un réel plaisir à côtoyer Paul, ce personnage si dégueulasse qui ne se refuse rien, pourvu que ça lui rapporte.

Alors si vous attendez un roman d’action, passez votre chemin. Par contre, les amateurs de romans psychologiques basés sur un personnage trouble y trouveront leur compte et seront ravis par le retournement de situation final qui m’a littéralement renversé. Je ne m’attendais absolument pas à ça et j’ai été totalement bluffé. Allez, je vais tout de même mettre un tout petit bémol. J’ai trouvé que les 20 dernières pages (les 2 derniers chapitres) étaient de trop car ils m’ont semblé être une leçon de morale bien inutile pour un personnage comme Paul Morris. Malgré cela, Dis-moi que tu mens est un roman à l’écriture fine hautement recommandable.

La pension de la Via Saffi de Valerio Varesi

Editeur : Agullo

Traducteur : Florence Rigollet

Attention, coup de cœur !

Ça y est, je le tiens, le premier coup de cœur de 2017. Et quel coup de cœur, quel roman ! Son précédent roman paru chez nous chez Agullo aussi, Le fleuve des brumes, était déjà impressionnant d’ambiance et parlait d’un sujet historique prenant. Celui-ci est plus introspectif et émotionnellement très fort.

A quelques jours de Noel, Parme, Italie. C’est une période habituellement calme au commissariat. Une vieille dame vient pour signaler qu’elle est inquiète car son amie ne répond ni au téléphone, ni quand on sonne à sa porte. De loin, le commissaire Soneri entend que la vieille dame s’insurge, qu’il s’agit de Ghitta, qu’elle ne sort jamais de chez elle, qu’elle tient la pension Tagliavini, dans la Via Saffi. Ce nom, cet endroit, tout cela lui rappelait sa jeunesse.

C’était il y a quinze ans. Tous les jeunes de l’université étaient passés par la pension, logeant dans les chambres meublées de Ghitta. Ada habitait là-bas. C’était la femme de Soneri. Cela fait quinze ans qu’elle est morte en mettant au monde leur enfant. Quinze ans qu’il survit à ce drame, à l’absence de l’être aimé. Quinze ans qu’il imagine ce qu’aurait du être sa vie avec elle.

Peut-être ne voulait-il pas y aller, ressasser ses souvenirs ? Peut-être devait-il y aller ? Il se dirigea vers la pension. La porte avait été claquée, pas fermée à clé. Il l’ouvre avec sa carte de crédit. En entrant, il retrouve le couloir, les chambres alignées, ses souvenirs collés dans l’air ambiant. C’est dans la cuisine qu’il trouve Ghitta, allongée sur le carrelage. Il n’y a aucune trace de sang, les bijoux sont dans un petit coffre en bois. Elle a été poignardée et vidée de son sang comme un cochon.

Déjà avec Le fleuve des brumes, j’avais été enthousiasmé par la qualité de l’écriture de Valerio Varesi et son talent à peindre des atmosphères. Avec ce roman, je retrouve toutes les raisons pour lesquelles j’aime cet auteur, auxquelles j’ajoute cette incroyable plongée dans la psychologie de Soneri, indéniablement marqué par son passé et la perte de sa femme lors de l’accouchement de leur enfant.

On pourrait penser que, chronologiquement, ce roman arrive avant Le fleuve des brumes, puisqu’il aborde le passé du commissaire. Et pourtant, il a été publié en Italie un an après. Surtout, ce roman fait appel aux souvenirs du lecteur, à ses blessures, à ses cicatrices toujours ouvertes, de ces moments désagréables qui, la plupart du temps, nous laissent tranquilles, jusqu’à ce qu’un moment, ils reviennent nous hanter.

Comme tout le monde, j’ai des souvenirs douloureux, des regrets, des moments que je souhaiterais oublier, comme certaines phrases ou réactions qui me marquent. Comme Soneri, je voudrais bien tourner la page, mettre un voile opaque sur tout ça, regarder vers l’avant. Mais ça n’existe que dans les livres. Et en parlant de livres, La pension de la Via Saffi m’a fait mal, même si le sujet est assez loin de mes expériences. Il n’empêche que la façon de raconter cette histoire force forcément le lecteur à se pencher sur son passé, le place devant ses propres responsabilités.

Avec son personnage de commissaire taciturne et sa façon de creuser le passé du personnage, on se retrouve très proche des meilleurs romans d’Arnaldur Indridason. Son style est d’une subtilité rare, détaillant de petits moments, des petits détails qui rappellent des souvenirs, et par conséquent l’absence de la personne aimée. Quand je disais que ce roman était intemporel, il est surtout universel, et m’a permis une vraie remise en cause sur ce qu’est la mémoire et la façon dont on arrange les souvenirs.

Il n’y a pas une seule faute dans ce roman, et je n’y ai vu que des qualités. Son rythme doux et tendre, à l’image des images du passé qui traînent dans nos cerveaux, est d’autant plus cruel, et fait appel à l’expérience du lecteur. C’est en cela que je trouve ce roman remarquable, extraordinaire, puissant, profond : le lecteur que je suis s’identifie au personnage de Soneri et s’approprie cette histoire et tout ce qu’elle implique. Pour tout vous dire, j’en ai pleuré, et j’ai mis une bonne semaine à m’en remettre. Coup de cœur !

Ne ratez pas non plus le coup de cœur de mon ami du Sud La Petite Souris

Nu couché sur fond vert de Jacques Bablon

Editeur : Jigal

En seulement deux romans, Trait bleu et Rouge écarlate, Jacques Bablon a imposé ses histoires, ses personnages et son style, une voix faite de phrases qui tapent comme autant de coups de poing au lecteur. D’ailleurs, je n’avais pas hésité à évoquer James Sallis lors d’un de mes billets. Eh bien, Jacques Bablon est de retour avec une autre couleur, le vert. Mais ne vous leurrez pas, ce n’est pas la couleur de l’espoir …

Margot Garonne et Romain Delvès travaillent tous les deux dans le même commissariat et pourtant ils n’ont fait que s’observer de loin. Quand il se décide à l’inviter à diner, il ne se passe rien entre eux. Tout juste Romain lui raconte-t-il que sa mère et son père se sont séparés, et que ce dernier a été assassiné quand il avait 6 ans, en sa présence.

En effet, 30 ans plus tôt, la mère de Romain s’appelait Anna, son père Paul. Elle était réalisatrice de films et venait de boucler le tournage de son premier film Case Départ. Elle avait juste accouché après la dernière scène mise en boite. C’est lors de vacances en plein été à la campagne que l’orage éclata entre Anna et Paul, Anna ayant perdu une bague familiale et suspectant une des jeunes filles logée dans la propriété. Romain avait alors 2 ans. C’est lors de cet été que Romain rencontra Dimitri, un jeune lettonien qui allait devenir son meilleur ami, malgré leurs douze années d’écart.

La deuxième rencontre entre Margot et Romain eut lieu dans un supermarché, au rayon bio. Margot lui révéla qu’elle avait 3 filles et que c’est la justice qui l’animait, comme si elle voulait purifier le monde pour ses filles. Romain lui a trouvé logique d’entrer dans la police suite au meurtre non élucidé de son père, mais pour autant, il n’a jamais cherché à en savoir plus.

Lors d’une opération musclée, Romain et Ivo, son partenaire poursuivent des trafiquants. L’accident de la route fut fatal pour Ivo et Romain en sortit indemne. Romain se jura de venger Ivo. Pendant ce temps-là, Anna découvre que le père de Romain était immensément riche. Soudain, la résolution du meurtre de Paul devient son objectif.

Après avoir lu ce roman, je me demande comment Jacques Bablon fait pour rendre ses histoires aussi évidentes, aussi simples, aussi passionnantes ? Je ne reviendrai pas sur le style si direct, si efficace de l’auteur, qui en a fait sa marque de fabrique. Même si, au fur et à mesure de l’histoire, les phrases coup de poing deviennent simples caresses pour mieux nous décrire la vie à la campagne … mais je vais un peu vite.

Si je devais juste dire une chose sur ce roman, c’est que ces deux personnages, si vivants à coté de nous, sont comme deux personnes qui n’auraient jamais du se rencontrer. Hasard des rencontres, fréquentation de collègues de travail, et les deux trajectoires que sont leur vie vont se dérouler en parallèle.

Deux personnages donc, avec deux vies aussi dissemblables, deux itinéraires et deux passions. Anna représente le glaive de la justice, une superbe Athéna, obsédée par la chasse du mal, comme si ce qu’elle faisait pouvait améliorer un peu le monde pour ses filles. C’est une sorte de mère louve et on retrouve à nouveau une allégorie mythologique …  Romain est plutôt calme et désabusé, le genre sans passion, sans vague, sans vie. Du moins c’est ce qu’on croit au début. Car c’est bien lui que l’on va découvrir au grand jour quand il va partir en quête de sa vengeance, une sorte de croisade personnelle. En cela, on découvre une facette plus complexe qu’il n’y parait, un impulsif du bon coté de la barrière, un personnage dont regorgent de nombreux polars, mais peut-être pas avec cette force.

Puis, les vies de nos deux piliers vont continuer, en parallèle, même s’ils vont se croiser. Et l’histoire se dérouler, les deux enquêtes avançant … jusqu’à la fin, un véritable déferlement, un tel feu d’artifice, mais avec si peu de mots, qu’on en ouvre grand les yeux, tant on arrive à visualiser la scène dans notre tête. C’est très fort, très impressionnant, et surtout inoubliable. Alors, non, ce vert là n’est pas la couleur de l’espoir, mais bien la couleur du feu de signalisation autorisant Jacques Bablon à nous offrir de tels polars.

Ne ratez pas les avis des Amis Claude et Jean le Belge

Le cri du cerf de Johanne Seymour

Editeur : Eaux Troubles

Je vous propose mon avis sur un roman policier venu de Québec, d’une auteure qui est la fondatrice du festival du polar Les Printemps meurtriers de Knowlton. Le cri du cerf est son premier roman, mais aussi le premier d’une série mettant en scène la policière Kate McDougall.

Kate McDougall vient d’être mutée au poste de Brome-Perkins. Elle habite une petite maison isolée, située juste à coté d’un lac. Ce matin là, elle décide d’aller piquer une tête dans le lac dont l’eau est fraiche : une bonne façon de se remettre les idées en place et de gommer les soucis qui la hantent. Alors qu’elle s’apprête à rejoindre la rive, elle voit un corps. Quand elle le ramène au sec, il s’agit du corps d’une jeune fille égorgée.

Les crimes majeurs sont suivis par la police de sureté du Québec, à Montréal et il n’est pas rare qu’ils délèguent des enquêtes aux commissariats locaux. Paul Trudel, à la tête de la police de sureté du Québec va superviser l’enquête avec Brodeur, qui déteste Kate et fait tout pour la pousser à la démission. Rapidement, la police déduit que la petite n’a pas été égorgée sur place, puisqu’il n’y a pas de traces de sang. Comme Kate est impliquée, elle ne fait pas partie de l’équipe d’enquête, à la grande joie de Brodeur qui fait tout pour la considérer comme une suspecte.

Le nom de la petite est Violaine Dauphin. Sa disparition a été signalée quelques jours plus tôt par ses parents qui sont vite innocentés. L’affaire se complique d’autant plus qu’une pièce de Scrabble est retrouvée dans sa poche. Quand un deuxième cadavre de jeune fille est retrouvé, il faut se rendre à l’évidence qu’un tueur en série rôde …

Ce roman est conçu comme le premier d’une série, alors il prend son temps pour nous présenter les personnages en présence, et de fouiller leur psychologie. Il ne faudra donc pas y chercher de l’action, mais plutôt un rythme lent. Par contre la lecture est rapide, car c’est bien écrit, très fluide, et la psychologie des personnages passe par les nombreux dialogues qui font avancer l’intrigue. Les chapitres sont aussi courts, très courts, ce qui a l’avantage de ne pas lasser le lecteur.

Ce qui est étonnant, c’est que l’enquête, sans passer au second plan, n’est pas un modèle du genre. Si la police enquête, l’auteure met plutôt l’accent sur les personnages et leurs relations avec les autres. On n’a pas droit à des déductions ou des indices qui s’amoncellent mais plutôt à Kate et ses collègues qui avancent en se rendant compte petit à petit que Kate est impliquée dans la résolution de l’énigme, et bien plus qu’elle ne le voudrait.

Kate subit aussi des séances de psychanalyse imposée par son passé, par une enquête précédente mais nous n’en saurons pas plus. Cela nous donne à nouveau des dialogues nombreux et des mystères à venir. Je pense que vous avez compris : j’ai trouvé qu’il y avait beaucoup de dialogues voire trop. Quant à l’enquête, si elle est classique, on a déjà lu des histoires semblables. En fait, ce roman consiste, à mon avis, à présenter les personnages avant de nous offrir une enquête plus prenante. En tous cas, ce roman a au moins un mérite : avoir créé un nouveau personnage attachant que j’aurais plaisir à retrouver pour une prochaine énigme.