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Le cri du cerf de Johanne Seymour

Editeur : Eaux Troubles

Je vous propose mon avis sur un roman policier venu de Québec, d’une auteure qui est la fondatrice du festival du polar Les Printemps meurtriers de Knowlton. Le cri du cerf est son premier roman, mais aussi le premier d’une série mettant en scène la policière Kate McDougall.

Kate McDougall vient d’être mutée au poste de Brome-Perkins. Elle habite une petite maison isolée, située juste à coté d’un lac. Ce matin là, elle décide d’aller piquer une tête dans le lac dont l’eau est fraiche : une bonne façon de se remettre les idées en place et de gommer les soucis qui la hantent. Alors qu’elle s’apprête à rejoindre la rive, elle voit un corps. Quand elle le ramène au sec, il s’agit du corps d’une jeune fille égorgée.

Les crimes majeurs sont suivis par la police de sureté du Québec, à Montréal et il n’est pas rare qu’ils délèguent des enquêtes aux commissariats locaux. Paul Trudel, à la tête de la police de sureté du Québec va superviser l’enquête avec Brodeur, qui déteste Kate et fait tout pour la pousser à la démission. Rapidement, la police déduit que la petite n’a pas été égorgée sur place, puisqu’il n’y a pas de traces de sang. Comme Kate est impliquée, elle ne fait pas partie de l’équipe d’enquête, à la grande joie de Brodeur qui fait tout pour la considérer comme une suspecte.

Le nom de la petite est Violaine Dauphin. Sa disparition a été signalée quelques jours plus tôt par ses parents qui sont vite innocentés. L’affaire se complique d’autant plus qu’une pièce de Scrabble est retrouvée dans sa poche. Quand un deuxième cadavre de jeune fille est retrouvé, il faut se rendre à l’évidence qu’un tueur en série rôde …

Ce roman est conçu comme le premier d’une série, alors il prend son temps pour nous présenter les personnages en présence, et de fouiller leur psychologie. Il ne faudra donc pas y chercher de l’action, mais plutôt un rythme lent. Par contre la lecture est rapide, car c’est bien écrit, très fluide, et la psychologie des personnages passe par les nombreux dialogues qui font avancer l’intrigue. Les chapitres sont aussi courts, très courts, ce qui a l’avantage de ne pas lasser le lecteur.

Ce qui est étonnant, c’est que l’enquête, sans passer au second plan, n’est pas un modèle du genre. Si la police enquête, l’auteure met plutôt l’accent sur les personnages et leurs relations avec les autres. On n’a pas droit à des déductions ou des indices qui s’amoncellent mais plutôt à Kate et ses collègues qui avancent en se rendant compte petit à petit que Kate est impliquée dans la résolution de l’énigme, et bien plus qu’elle ne le voudrait.

Kate subit aussi des séances de psychanalyse imposée par son passé, par une enquête précédente mais nous n’en saurons pas plus. Cela nous donne à nouveau des dialogues nombreux et des mystères à venir. Je pense que vous avez compris : j’ai trouvé qu’il y avait beaucoup de dialogues voire trop. Quant à l’enquête, si elle est classique, on a déjà lu des histoires semblables. En fait, ce roman consiste, à mon avis, à présenter les personnages avant de nous offrir une enquête plus prenante. En tous cas, ce roman a au moins un mérite : avoir créé un nouveau personnage attachant que j’aurais plaisir à retrouver pour une prochaine énigme.

Le Français de Roseville de Ahmed Tiab

Editeur : Editions de l’Aube

Voici un nouveau venu sur la scène du roman policier qui va nous donner l’occasion de suivre un nouveau personnage de commissaire Kémal Fadil. Pour un premier roman, c’est une franche réussite, à tel point que j’ai hâte de lire sa seconde enquête.

Oran, 2013. Dans le vieux quartier espagnol, la rénovation des immeubles bat son plein. Sur un chantier de la rue des Bougainvilliers, le grutier remarque des os. Il arrête tout de suite son travail et se trouve effectivement en présence d’os humains. Le commissaire Kémal Fadil va être chargé de cette affaire. Le médecin légiste Moss confirme que c’est le corps d’un petit garçon et qu’il a du être enterré plusieurs dizaines d’années auparavant. Entre la pression de la hiérarchie pour cette affaire non prioritaire et celle des promoteurs immobiliers, Kémal va avoir fort à faire. Dès le départ, il trouve un bijou en forme de crucifix en or avec les initiales A C. Puis, c’est un deuxième squelette qui fait son apparition. A priori, un homme et un enfant ont été enterrés là.

Kémal est célibataire et vit avec sa mère, Léna, handicapée suite à un accident de la route qui a vu la mort de son père. Il a bien une femme dans sa vie, Fatou, d’origine nigériane, mais il ne peut vivre avec elle car elle et sa mère ne s’entendent pas. Léna était dans les années 60 interprète et traduisait des discours officiels en espagnol lors de réunions politiques. C’est là qu’elle a rencontré l’amour de sa vie …

Années 50. Arthur Guillot est un Français travaillant en Algérie. Il est comptable, et ses déboires sentimentaux vont le faire plonger dans la délinquance au moment où il rencontre Roméro, un truand notoire.

Ce premier roman est époustouflant par son ambition. Il arrive, par des allers-retours passé présent à différentes époques, à nous présenter à la fois Kémal et ses parents, la situation de l’Algérie avant, pendant et après l’indépendance. Et tout cela est fait à travers des personnages, de façon parfaitement subtile, tout en ne prenant jamais partie pour qui que ce soit. En cela, je trouve que ce roman est à la fois intelligent et instructif.

Il ne faut pas attendre de ce roman beaucoup d’action. On a à faire avec un roman policier du type Cold Case (référence à une série télévisée que j’aime beaucoup) voire même aux premiers romans d’Arnaldur Indridason. On y trouve la même volonté de décrire les ambiances, les couleurs, les sons, et cette force d’inventer des personnages secondaires aussi forts que celui de Kémal lui-même.

Vers le milieu du roman, un nouveau personnage fait son entrée, Arthur Guillot. On se doute bien qu’il a quelque chose à voir avec cette affaire. C’est encore une fois l’occasion pour l’auteur d’évoquer l’Algérie avant l’indépendance. Mais cela a aussi pour conséquence de gâcher le suspense final ou du moins une partie.

Vous l’aurez compris, ce roman m’a impressionner. Cela m’a donné l’occasion d’apprendre plein de choses, qui sont évoquées par petites touches. Ma seule envie, c’est maintenant de pourquivre cette série pour en apprendre encore plus. Pour votre information, le deuxième tome des enquêtes de Kémal vient de sortir aux éditions de l’Aube et s’appelle Le désert ou la mer.

Vendetta chez les chtis de Elena Piacentini (Ravet-Anceau)

Ce roman est le troisième d’Elena Piacentini après Un corse à Lille et Art brut. On retrouve donc le commandant Pierre-Arsène Leoni, d’origine corse, à la tête de la Police Judiciaire de Lille.

En cet octobre 2003, on ne peut pas dire que Pierre-Arsène Leoni, commissaire corse à la tête de la Police judiciaire de Lille soit serein. Outre le fait que sa grand-mère Mémé Angèle soit retournée sur son île natale, l’accouchement de Marie, sa concubine est pour bientôt et le stress monte irrémédiablement chez le commissaire. Ce matin là, Baudouin l’appelle pour l’informer que l’on vient de découvrir le corps d’une jeune femme.

Dans un champ qui borde la route qui mène à Lesquin, le corps de Christelle Gallois, membre du personnel de l’aéroport, a été retrouvé mutilé, à un point que toute l’équipe de police a vomi son petit déjeuner. A part des traces de 4×4, il y a peu d’indices à se mettre sous la dent. En plus, Eliane Ducatel, la légiste habituelle qui a eu une aventure avec Leoni, a décidé de prendre une année sabbatique, et est remplacée par un personnage étrange, André Duval, avec lequel le courant passe mal.

On découvre des traces sur le corps de la morte. Ces marques font penser au Dieu du mal, Moloch. Ce meurtre serait-il un meurtre rituel ? Ou bien un nouveau tueur en série viendrait-il sévir dans le Nord ? Une autre piste apparait quand on apprend à Leoni qu’un tueur à gages se fait appeler Moloch. Dès ce moment, l’affaire se complique sérieusement alors que les corps s’amoncellent.

On dit souvent que le deuxième roman est celui de la confirmation, et que le troisième celui de l’affirmation. C’est exactement ce que j’ai éprouvé à la lecture de cette troisième enquête de Pierre-Arsène Leoni. On retrouve donc tout le talent de cette auteure, que décidément j’adore, pour peindre des psychologies, sans en dire trop, mais en révélant l’état de chacun par des dialogues essentiellement. L’enquête va alterner entre Leoni et Eliane, car même si elle n’est pas présente, elle va bien s’occuper de cette affaire à distance.

J’admire cette façon, l’air de rien, de partir d’un meurtre, et de multiplier les pistes, les hypothèses, les causes possibles, d’une façon tout à fait logique. Dans cet opus là, c’est mieux fait que les autres, plus maitrisé. Alors, certes, le processus est classique, mais quand c’est bien fait, c’est du pur plaisir.

Puis l’intrigue va petit à petit se rapprocher de Leoni, et on va effleurer son passé. C’est à partir de ce moment que le roman prend du rythme, se transforme en roman d’action au lieu de roman policier. Et si j’avais un bémol à mettre, c’est que ces chapitres d’une demi-page m’ont désarçonné, et j’ai même été perdu parfois, ne sachant plus où  se déroulait l’action. Par contre, attendez-vous à avoir un bon gros choc noir à la fin, du genre gros coup sur la tête, qui m’a fait réagir en tant que lecteur : Si j’aime le noir, j’aime ces fins désespérantes. Mais avec un personnage comme Leoni, que l’on finit par aimer pour son humanité, j’ai été traversé par un sentiment d’injustice. C’est avec ce roman, je pense, que l’on devient accro à l’univers d’Elena Piacentini.

Les enquêtes du commissaire Pierre-Arsène Leoni sont, à ce jour, au nombre de 6 :

Un Corse à Lille

Art Brut

Vendetta chez les Chtis

Carrières Noires

Le cimetière des chimères

Des forêts et des âmes – Coup de cœur Black Novel0808

Une sale affaire de Marco Vichi

Editeur : Philippe Rey

Traduction : Nathalie Bauer

Après un premier épisode sobrement intitulé Le commissaire Bordelli, et qui vient de sortir en format poche chez 10/18, voici la deuxième enquête de ce personnage décidément attachant et dont on ne va pas pouvoir se séparer.

Avril 1964. Casimiro, un ami de Bordelli et nain de son état, se présente à la porte du commissariat. Il demande à voir le commissaire de toute urgence. Du coté de Fiseole, dans un champ, il a vu un homme mort. Il n’y a pas de doute : du sang sortait de sa bouche. Bordelli prend cette affaire très au sérieux, et ils montent dans la coccinelle du commissaire pour aller voir ça de plus près, mais le corps a disparu. Par contre, ils se font attaquer par un chien que Bordelli parvient in extremis à abattre d’une balle dans la tête, à proximité d’une maison bourgeoise. Quand ils sonnent à la maison, la bonne leur dit qu’elle est seule et qu’elle n’a pas de chien.

Quelque temps après, une jeune fille est retrouvée morte dans un parc de la ville de Florence. Elle a été étranglée et mordue post-mortem sur le ventre. Ce meurtre dégoutte le commissaire et l’émeut beaucoup. Puis, c’est un autre corps que l’on retrouve quelques jours plus tard … ainsi que le corps de son ami Casimiro, empoisonné et enfermé dans une valise. C’en est trop pour le commissaire Casimiro.

Il y a indéniablement un vrai plaisir à lire les romans de Marco Vichi, une absence de rythme, une sorte de nonchalance qui donne envie de se prélasser au soleil. Il y a aussi ces petits détails de la ville de Florence, les petits plaisirs du commissaire, tout cela confère un charme bien particulier à cette lecture, un charme tout en séduction, un charme italien en somme. A cela, on retrouve comme dans la précédente enquête, tous les amis du commissaire qui ont autant d’importance que le commissaire lui-même. Cela donne un cadre cohérent avec de nombreux personnages tous formidablement vivants. A noter qu’il n’est pas utile d’avoir lu la précédente enquête pour suivre celle-ci, même si elle vient de ressortir en format poche chez 10/18.

On retrouve ce personnage de flic débonnaire, serein, qui avance grace à ses amis, motivé par ses rencontres, par ses repas gargantuesques. Il connait les petits truands et n’hésite pas à passer la main en faisant des leçons de morale, car les vrais crimes sont bien plus importants. Il y a surtout ces crimes de jeunes filles qui le révoltent, qui lui montrent ce qui est important dans la vie : sauver les gens.

C’est donc aussi un personnage sous haute tension, que l’on retrouve ici, dans une intrigue plus noire que la précédente, qui va faire autant appel à son instinct que dans la précédente mais qui est stressé car il a peur de retrouver un nouveau corps. Et puis, il y a toujours ses souvenirs de la guerre où on sait qu’il a combattu les nazis à partir de 1943 mais on ne sait pas ce qu’il a fait avant. Et puis, il y a toujours ces personnages secondaires qui sont toujours aussi importants et qui donnent une touche de véracité. Bref, il y a tant de choses, toutes ces touches qui font que j’aime le commissaire Bordelli. Super !

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude

L’homme posthume de Jake Hinkson (Gallmeister)

Traduit par Sophie Aslanides

Editieur : Gallmeister Collection NeoNoir

Jake Hinkson m’avait fortement impressionné avec son premier roman, L’enfer de Church Street pour lequel je lui avais décerné un coup de cœur Black Novel. Ce roman a par ailleurs été distingué par le Prix Mystère de la critique 2016. Voici donc le deuxième roman de Jake Hinkson, qui s’avère être un auteur de grand talent.

Elliott Stilling se réveille à l’hôpital, les murs blancs l’éblouissent. Petit à petit, il se rappelle pourquoi il est allongé sur ce brancard. Il vient de faire une tentative de suicide, a avalé des dizaines de pilules. Le docteur annonce à haute voix qu’il est mort pendant trois minutes, mais ils ont réussi à le sauver. Avant de replonger dans l’inconscience, un visage d’ange lui apparaît, celui d’une infirmière.

Le lendemain, il se réveille dans une chambre. L’infirmière qui lui a donné l’envie de se battre est là. Elle s’appelle Felicia Vogan. Elle travaille aux urgences et est juste venue prendre de ses nouvelles. Ils discutent, se trouvent des affinités mais elle est obligée de partir travailler. Elliott ne veut pas rester là, partir avec que sa femme Carrie ne débarque. Il se lève péniblement, s’habille difficilement, et sort de l’hôpital.

Il s’assoit dans le square d’en face, au soleil. Il attend Felicia et quand elle sort, il la rejoint. Il lui propose d’aller boire un verre. Elle accepte mais elle doit rentrer chez elle pour se changer, car elle porte encore sa blouse d’infirmière. Sur le chemin, elle se fait arrêter par un flic, bedonnant, menaçant, un peu barré. Au lieu d’une amende pour excès de vitesse, DB, le flic, les accompagne jusque chez Felicia. Là bas, dans une petite maison charmante de banlieue, les attend la copie conforme de DB : le frère sosie de DB se nomme Tom et est muet. Il semblerait que les deux hommes attendent un troisième larron, Stan The Man. Les portes de l’enfer viennent de s’ouvrir …

Il y a tant de choses à dire sur ce roman qui pourtant ne fait même pas 200 pages ! On y retrouve toutes les qualités rencontrées dans le premier roman, et en particulier ce style si simple, si efficace que j’avais apprécié. Le sujet, en relation avec des bouseux, avec en arrière plan la religion, est aussi présent. Elliott est un ancien pasteur, marié puis divorcé … mais on en saura pas beaucoup plus avant d’avoir bien avancé dans le livre.

Car nous avons bien à faire avec un personnage mystérieux qui a eu un passé trouble et dramatique et qui veut tourner la page. Non seulement, il veut oublier son passé, mais il veut aussi changer de personnalité. De religieux il passe de l’autre coté de la ligne jaune, en étant embringuer dans un vol avec les autres cinglés DB, Tom et Stan. En fait, c’est un personnage tout en contradiction, qui à la fois cherche à s’oublier, mais aussi cherche une présence ; qui veut se punir et à la fois se venger ; c’est un personnage en colère contre la vie, contre l’injustice de la vie, contre les limites de la vie.

Ce qui est impressionnant dans ce court roman, c’est la façon qu’a l’auteur de construire ses personnages et l’ambiance, donnant autant d’importance aux personnages principaux qu’aux personnages secondaires. Et dans ce domaine là, on flirte avec des ambiances telles que l’on en rencontre dans Blue Velvet de David Lynch, dans lequel on peut rajouter des énergumènes complètement barrés que l’on pourrait rencontrer chez les frères Coen.

Bref, ce nouveau roman de Jake Hinkson confirme tout le bien que j’avais pu penser de cet auteur, un auteur à part qui sait construire ses propres intrigues et ses propres univers en empruntant avec beaucoup d’intelligence et de sagesse ce que l’on peut trouver chez les meilleurs du polar noir. Une réussite

Promesse de Jussi Adler Olsen (Albin Michel)

Cela faisait un petit bout de temps que j’avais laissé de côté mes amis du Département V, chargé de résoudre des enquêtes vieilles et délaissées. Il était donc temps pour moi de renouer des liens avec ces personnages sympathiques que sont Carl Morck, Assad et Rose.

Carl Morck est en train de travailler dans son bureau ; comprenez qu’il est en train de faire sa sieste. Le téléphone sonne. Un policier nommé Christian Habersaat se présente à lui et lui demande son aide dans une affaire vieille de 17 ans. Une jeune fille avait été renversée par une voiture, son corps projeté dans un arbre. Carl lui annonce brutalement qu’au département V, ils sont débordés. Puis, le téléphone sonne à nouveau. Sa mère lui apprend que son cousin part en Thaïlande pour récupérer le corps de son autre cousin mort là-bas, suite à un massage. C’est une nouvelle qui met Carl mal à l’aise.

Le lendemain, Rose apprend à Carl que Christian Habersaat s’est suicidé lors de son pot de départ à la retraite. Si Carl est peu affecté par cet événement, Rose de son coté, se sent plus coupable. Elle prend donc des billets d’avion pour toute l’équipe du département V à destination de l’île de Bornholm. Il s’avère que Habersaat a été marqué par l’accident d’Alberte, au point de s’y consacrer jours et nuits. Il y a même perdu sa vie de famille puisqu’il a divorcé. Personne au commissariat ne voit d’inconvénient à leur laisser cette affaire, puisqu’il n’y a pas d’enquête.

Quand ils débarquent chez Habersaat, ils découvrent des tonnes de documents, des murs entiers recouverts de coupures de presse, de photos, d’extraits d’enquêtes. Alors qu’il était simple policier de quartier, il a consacré sa vie à la résolution de ce mystère. Sa femme June ne veut pas entendre parler de lui. Par contre, quand quelques jours plus tard, le fils de Habersaat se suicide en laissant un mot de pardon envers son père, le Département V au complet décide de se consacrer à plain temps sur cette affaire.

On retrouve avec plaisir ces trois personnages bien particuliers et si vous ne les connaissez pas, courez donc acheter le premier tome de la série. Carl est plus fainéant que jamais, et poussé par son équipe. Rose est très impliquée, et se montre finalement la plus humaine des trois. Quant à Assad, il est plus mystérieux que jamais, et ce n’est pas dans cette enquête que l’on va en savoir plus.

Ceci dit, on en apprend un peu plus et en même temps, l’image que l’on s’en faisait de chacun est modifiée, altérée ce qui va surement relancer l’intérêt de cette série. On découvre un Carl un peu plus inhumain, toujours aussi égocentrique mais avec un caractère de lâche qu’on ne lui avait pas forcément vu auparavant. De plus, il s’est passé des choses dans son passé que l’on pourrait bien voir ressurgir. Assad est toujours aussi énigmatique, et alors qu’on le pensait syrien et musulman, on le découvre sous un autre jour, mais on ressort surtout avec encore plus de questions à son sujet. Quant à Rose, toujours aussi volontaire, c’est dans les dernières pages que l’on va s’inquiéter pour elle. Un quatrième personnage va rejoindre le groupe, apparemment apparu lors du précédent opus, mais je dois dire que je n’ai pas été convaincu par le présence de Gordon. A suivre …

Avec un peu de recul, il faut bien s’avouer que ce roman est une belle mécanique, bien huilée, réalisée avec métier, avec tous les arguments qu’il faut pour plaire au plus grand nombre. Avec un démarrage qui comporte bien peu d’indices, l’intrigue va se dérouler sans anicroches, tranquillement, et avec une logique qui force le respect. Alors, certes, le rythme est lent (plus que dans certains épisodes précédents) mais cela se lit bien et c’est passionnant parce que c’est porté de bout en bout par ces formidables personnages.

Je me demande d’ailleurs si cet épisode en forme de roman policier plutôt classique, qui consiste surtout à trouver l’identité d’un gourou de secte, ne sert pas à Jussi Adler Olsen de transition entre les épisodes précédents et ceux à venir. J’ai réellement l’impression qu’après avoir résolu des enquêtes sur le passé, l’auteur va maintenant se pencher sur le passé de ses personnages. En tous cas, cela donne vraiment envie de lire la suite, l’année prochaine puisqu’il sort un épisode par an. Quant à cet épisode-ci, il démontre une nouvelle fois tout le savoir faire de cet auteur de talent, et vous aurez l’assurance d’avoir entre les mains un roman policier nordique certes classique, mais bien fait.

Voici le temps des assassins de Gilles Verdet (Jigal)

Une nouvelle fois, les éditions Jigal font mouche avec ce roman fort original empreint d’une poésie noire que l’on a peu tendance à trouver dans les productions actuelles. D’ailleurs, il y est fait référence à Rimbaud, aussi bien dans le titre, que dans l’intrigue et dans le style. Jugez-en par vous-même, cela commence comme ça :

« Le ciel de mai avait la couleur du plomb fondu. Le jour était sale. Et si bas qu’il avalait le clocher de Saint-Germain-des-Prés. »

Ils sont deux et ont tout prévus. Ils doivent arriver en moto. Avec leur casque intégral, personne ne les reconnaitra. Paul Viennot a mis le feu à une voiture pour attirer les flics plus loin. Puis il attendra Simon sur la moto. Simon Granville entrera dans la bijouterie, récupérera les bijoux. Mais cela ne devait pas se passer comme ça. Deux femmes voilées entrent, sortent un flingue, tirent dans le ventre de Simon mais il ne veut pas lâcher le sac. Alors l’une d’elle fourre le canon dans la visière du casque et fait feu, avant de s’enfuir.

Il semblerait que Paul et Simon ont toujours été amis. Paul est devenu photographe, il fait les portraits d’auteurs de romans. Simon, lui, est flic. Paul joint Bernard et lui explique ce qui s’est passé. Bernard le rassure, il lui assurera son alibi. Marianne, la femme de Simon, l’appelle en état de choc. Paul la rejoint et lui explique que Simon était endetté jusqu’au cou, à force de jouer au poker avec des cercles de truands, et qu’il était condamné par un cancer. Ce vol de la bijouterie, c’était la seule solution qu’il ait trouvé pour sauver Marianne.

Georges va prendre son métro à la station République. Il observe le quai, les gens. Le bruit étouffé et métallique annonce l’arrivée prochaine de la rame. C’est alors qu’il sent un souffle tiède sur sa nuque. Une voix féminine lui déclama : « La vie est là, simple et tranquille … ». Il se retourna, et fit face à un sourire, avant de sentir une poussée qui le mènera en enfer, accompagné de vers de Verlaine. Ce meurtre sera le premier d’une série qui va ramener Paul vers son passé …

Quand on lit du polar, on adore les personnages pris dans des remous, sans le vouloir … ou du moins c’est ce qu’on croit au début. C’est dans ce cadre que rentre ce superbe roman de Gilles Verdet, qui commence par un roman noir. Car certes, le personnage principal participe à un Hold-up par amitié, ce qui a priori ne le rend pas sympathique, mais plutôt attachant. Et puis, ses déambulations, son désarroi font qu’on le suit, non pas en essayant de comprendre l’intrigue, mais plutôt en l’accompagnant dans les rues de Paris. Il y a une maitrise dans cette intrigue, une façon de construire les scènes les unes après les autres qui démontrent un vrai savoir faire, un pur talent. Il y a aussi cette efficacité des mots, cette justesse dans la description des situations.

Et ce qui sort ce polar de toutes les productions actuelles, ce qui le démarque du lot commun, c’est la plume de l’auteur. Si le titre fait référence à Rimbaud, la plume de Gilles Verdet en est son plus bel hommage. Je pourrais prendre une phrase au hasard et vous montrer la beauté noire de son écriture, car ce roman est un pur plaisir de lecture pour qui aime la poésie. Ce roman, c’est un pur joyau des mots, un éclat naturel et noir, brillant dans un ciel gris.

« Dans la lumière du jour qui baissait, on voyait danser des ombres étranges de matière grise. Comme si son esprit rôdait une dernière fois dans ce carré de nature en jachère ».

Je me faisais cette réflexion en lisant ce livre : tout lecteur de polar doit être tombé amoureux de Baudelaire ou de Rimbaud un jour. Pour ma part, c’est Baudelaire. Rimbaud m’a toujours gêné par moments par sa liberté jusqu’au-boutiste. Eh bien, ce roman, c’est de la poésie pure, c’est un roman où se cachent des vers qu’aurait oublié Baudelaire, c’est une pure merveille qui nous montre combien le beau est triste. Dans le ciel du polar, brille une nouvelle étoile noire. Magnifique.

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