Archives du mot-clé Passé

Des poches pleines de poches

Entre deux romans grand format, je lis aussi des romans au format de poche et je ne prends jamais le temps d’en parler. D’où ce titre énigmatique qui répertorie des romans de plus court format qui sont aussi bien des novellas que des romans. Voici, déjà !, la troisième rubrique des Poches pleines de poches.

Le blues de la Harpie de Joe Meno

Editeur : Agullo (Grand format) ; Livre de Poche (Format poche)

Luce Lemay est un jeune homme comme les autres, sauf que, par amour, il décide de dépasser la ligne jaune. La seule solution qu’il trouve pour avoir plus d’argent et envisager d’épouser sa fiancée est de braquer la quincaillerie dans laquelle il travaille. Distrait lors de sa fuite, il ne voit pas une femme promenant son enfant dans un landau, n’a pas le temps de donner un coup de volant et écrase le landau, tuant le bébé sur le coup.

Luce va prendre 7 ans de prison et en faire 3. Il va rencontrer Junior Breen pendant sa détention et ils vont se lier d’amitié et se promettre de suivre le droit chemin quand ils seront sortis. Junior va décrocher un travail dans une station service et loger dans un hôtel miteux à la Harpie, la ville de Luce. Quand Luce sort, il rejoint son ami. Mais les habitants de la Harpie ne voient pas d’un bon œil le retour de l’assassin.

Sur le thème de la culpabilité, Joe Meno va plaider un sujet qui m’a paru personnel d’une façon totalement personnelle. Luce a payé sa dette à la société mais il ne pourra jamais rembourser celle qu’il a contractée auprès des habitants de cette petite ville. Luce va subir donc des intimidations de plus en plus violentes, quitte à ce que ces gens fassent pire que ce que Luce a commis.

Que l’on soit d’accord ou pas, la question est clairement posée et on voit bien la même problématique tous les jours dans les informations télévisées. Ne comptez pas sur moi pour vous donner mon opinion, le blog n’est pas le bon lieu pour cela. Il n’empêche que Luce et Junior sont dessinés de telle façon que l’on ressent de la sympathie pour eux sans jamais oublier qu’ils sont tous les deux des assassins.

Et le scénario, aidé par un style direct, nous positionne en tant que juge jusqu’à un dernier chapitre où l’auteur donne son avis. Peut-on pardonner un jour ? Doit-on porter le poids d’une erreur passée toute sa vie ? Ce roman est indéniablement un brûlot coup de poing qui va forcément réagit. Et n’est-ce pas l’intérêt de la littérature, la bonne, l’excellente ?

De sinistre mémoire de Jacques Saussey

Editeur : Les nouveaux auteurs (Grand Format) ; French Pulp (Format poche)

Mathilde Thomas arpente la galerie de la gare de Lyon, légèrement stressée par des bruits au milieu du silence nocturne. Elle se croit suivie, se dirige vers les toilettes après avoir vu un jeune homme entrer dans le photomaton. Quand elle ressort, le jeune homme est encore là. Elle va voir, voit les photos sorties et se rend compte qu’il a été assassiné, une seringue plantée dans l’oeil. Daniel Magne, capitaine de la PJ, est appelé sur place. Cela fait deux morts soit disant par overdose, concernant deux jeunes gens bien sous tous rapports. Heureusement, il récupère bientôt dans son groupe Lisa Heslin !

Alors que j’ai lu et adoré beaucoup de romans de Jacques Saussey, je dois dire qu’il est amusant de revenir sur son premier roman. Si le début peut paraître un peu bavard, et plante une scène anodine, la suite va vite nous prendre par la gorge pour nous emmener dans une enquête qui est haletante et dévoile un nouveau pan de notre histoire bien peu glorieuse, remontant à la seconde guerre mondiale.

On retrouve déjà dans ce premier roman tout ce qui fait le charme de Jacques Saussey : des personnages forts, une histoire prenante, une logique dans la trame et un style que je qualifierai d’un mélange parfait entre efficacité et littérature. Le problème avec Jacques Saussey, c’est qu’une fois commencé, on ne peut s’arrêter de le lire. Et que quand on tourne la dernière page, on a trouvé le roman trop court et qu’on en redemande. Bref, mon conseil du jour : Lisez Jacques Saussey !

Publicités

Passage des ombres d’Arnaldur Indridason

Editeur : Métailié

Traducteur : Eric Boury

Voici donc le dernier tome de la trilogie des ombres, qui revient sur l’histoire de l’Islande pendant la deuxième guerre mondiale au travers de deux personnages : Flovent qui est un flic islandais et Thorston, de la police militaire canadienne qui a des origines islandaises. Autant le premier tome Dans l’ombre, m’avait plu, autant le deuxième La femme de l’ombre m’avait paru fade, bien trop fade et mal fichu. Ce troisième tome m’a enthousiasmé.

De nos jours, dans un petit immeuble de Reykjavik. Une vieille dame s’inquiète de ne pas avoir de nouvelles de son voisin depuis plusieurs jours. Elle appelle le commissariat et les policiers dépêchés sur place font appel à un serrurier. Le corps du voisin, Stephan Thordarson, est allongé sur son lit. Apparemment il est mort paisiblement dans son sommeil. Mais l’autopsie révèle des fibres synthétiques dans sa gorge, issues de son coussin. Le vieil homme a donc été étouffé pendant son sommeil. La commissaire fait appel à Konrad, policier à la retraite qui se rend sur les lieux. Sur place, Konrad découvre des coupures de presse relatant la découverte du corps d’une jeune femme retrouvé sous des cartons dans une ruelle proche du Théâtre National, le Passage des Ombres.

Cette affaire date de 1944. A l’époque, un militaire américain Paul Karoll flirtait avec une jeune Islandaise. Elle voulait lui annoncer un événement quand il découvrit le corps. Plutôt que de prévenir la police, il s’enfuit et elle fut interrogée par deux inspecteurs : Flovent, de la brigade criminelle islandaise et Thorson de la police américaine.

Konrad est tout de suite intéressé par cette affaire : il faut dire que son père était un charlatan, faisant des séances de spiritisme auprès de gens crédules. Konrad se rappelle que l’on avait consulté son père à propos de cette affaire. Il va mener l’enquête.

Arnaldur Indridason va, dans ce roman, alterner l’enquête de Flovent et Thorson en 1944 avec celle de Konrad. Et je dois dire que ce troisième tome de la trilogie est de loin mon préféré. On retrouve tout l’art du maître scandinave pour nous passionner dans une enquête où, comme d’habitude, le rythme y est lent. Il a l’art de parsemer ses intrigues de petits détails, sur les décors, sur le contexte qui nous font découvrir son pays sans jamais en faire trop. Avec ce roman, je me suis retrouvé à avaler les 300 pages sans jamais avoir eu envie de poser le livre.

Mais il n’y a pas que cela : Arnaldur Indridason relève plusieurs challenges dans ce roman : Il alterne les chapitres consacrés à 1944 avec ceux des années 2000 sans jamais insérer en tête de chapitre la période concernée. Il suffit juste d’un petit détail pour que le lecteur comprenne où il est. C’est un sacré coup de force. De même, il mène la même enquête à 60 ans de différence sans jamais se répéter, en faisant avancer deux trajectoires qui vont arriver à al même conclusion. C’en est impressionnant.

Enfin, l’auteur qui nous serinait tout le Mal que les envahisseurs américains avaient apporté à son pays adopte ici un ton plus mesuré. Après avoir décrit l’arrivée des drogues, de la prostitution et du règne de l’argent auprès d’un peuple paysan pauvre et innocent, il verse de l’eau dans son vin en nous parlant de l’émancipation des femmes et de l’indépendance de son pays, l’Islande, vis-à-vis du Danemark. Comme quoi, dans tout passage dans les ombres, il y a des lueurs à retenir. Et puis, nous nous sommes tant attachés à tous ces personnages que la fin en devient poignante. Si Passage des Ombres est indéniablement le meilleur tome de la trilogie, c’est aussi un des très bons romans de cet auteur islandais incomparable.

Ne ratez pas les avis de Christophe Laurent et Anaïs

Les fantômes de Manhattan de Roger Jon Ellory

Editeur : Sonatine

Traducteur : Claude et Jean Demanuelli

Sachez que je suis un fan de la plume de Roger Jon Ellory, depuis son premier roman paru en France, Seul le silence. Dès qu’un de ses romans sort, je suis assuré de me balader avec un personnage hors norme, avec une histoire racontée par un maître quand il s’agit de nous faire voyager.

Annie O’Neill a perdu son père à l’âge de 7 ans, et a vécu avec sa mère. A la mort de celle-ci, elle a décidé d’investir dans une petite librairie en plein cœur de Manhattan, ce qui lui permet tout juste de vivre. Âgée de 30 ans, son activité professionnelle ne lui laisse que peu de temps et sa vie personnelle et amoureuse s’en ressent. Alors, elle passe ses soirées libres avec son voisin, Sullivan, cinquantenaire débonnaire, philosophe et alcoolique.

Un lundi soir, un étrange vieillard débarque dans sa boutique. Il lui indique avoir connu son père, et détenir certaines de ses lettres. Il lui propose de créer aussi un club de lecture, ou plutôt une sorte de contrat où elle s’engage à lire un manuscrit narrant l’histoire d’un certain Haim Kruszwika, tzigane dans les années 30 en Europe, qui va être déporté à Dachau, avant d’être rescapé à la libération.

Quelques jours plus tard, un jeune homme se présente à la boutique. Sans avoir un but, il flâne dans les rayonnages et se présente : David Quinn. Il est à la recherche d’un ou plusieurs livres pour ses voyages. Annie le sentant réservé, elle lui propose trois livres. Elle ne peut pas se douter à ce moment-là, qu’ils vont se revoir très bientôt.

Cela peut sembler étrange d’éditer aujourd’hui le deuxième roman de RJ.Ellory, surtout en grand format. J’aurais plutôt imaginé qu’il serait sorti sur Sonatine +, leur collection où sortent des romans plus anciens. Ceci dit, ce roman détonne par rapport à ses autres productions par son aspect psychologique d’une part et par son personnage féminin d’autre part.

Le roman tient sur les épaules d’Annie 0’Neill, qui arrive à un tournant de sa vie, à l’approche de la trentaine. Clairement, elle est à la croisée des chemins, se demandant ce qu’elle va faire de sa vie, comment elle va envisager, elle qui n’a pas de passé. D’ailleurs, les trois hommes qui l’entourent dans ce roman représentent chacun une génération, de David le jeune, Sullivan le cinquantenaire et Forrester le plus âgé. Elle se retrouve face à un choix difficile à prendre, essayant de gérer les trois relations en parallèle.

Ce roman pose effectivement la question du poids du passé, et l’influence qu’il peut avoir dans nos choix de vie. Mais c’est aussi un roman mystérieux où tout au long du roman, on se pose la question de la chute finale. La question que l’on se pose est alors de savoir qui est le gentil de l’histoire et qui est le méchant. Et comme Roger Jon Ellory nous distille les informations au compte goutte, on est contraint d’accepter de jouer les règles du jeu fixées par l’auteur : le roman avancera à son rythme.

Alors, le rythme se révèle lent, décrivant les états d’âme d’Annie, et cela pourrait paraître long à lire. C’est sans compter le fabuleux talent de conteur de Roger Jon Ellory, qui arrive à nous passionner avec, finalement, peu de rebondissements. On se laisse bercer par ce faux rythme, fasciné par l’acuité de la description de la vie de cette jeune femme, jusqu’à un dénouement que l’on peut avoir senti venir, mais qui est empli d’émotions fortes. Je l’ai déjà dit, Ellory est fascinant et ce roman le démontre une nouvelle fois.

Dans l’ombre du viaduc d’Alain Delmas

Editeur : Editions Intervalles

Vous connaissez mon gout pour les premiers romans. Je fais donc en sorte d’en insérer de temps en temps dans ma liste de lectures, me basant essentiellement sur les sujets proposés et leur genre. Celui-ci m’a attiré par son contexte.

Espagne, 1957. Arnaud Madrier est un jeune ingénieur d’une trentaine d’années. Alors que la ville de Valence est sujette à de fréquentes inondations, il est dépêché sur place pour construire un barrage qui détournera le lit du fleuve. Pendant ses travaux, il fait la connaissance de Paco. Ce dernier lui propose de venir voir la feria dans sa ville natale Teruel, à quelques 200 kilomètres de Valence.

Après un trajet en tortillard pittoresque, Arnaud débarque chez Paco. Paco le logera dans sa chambre et dormira avec Rafael, son frère. Mais quand le soir arrive, le père rentre et exige de Paco que son ami s’en aille. Mais Paco ne dit rien à Arnaud. Paco raconte à Arnaud que son père, capitaine de régiment républicain, a perdu sa jambe pendant la guerre. Il a en effet été en prison, s’est blessé à la jambe qui a été gangrenée faute de soins. Arnaud lui dit alors qu’il est à la recherche de son père, disparu 20 ans plus tôt dans la région, alors qu’il était venu soutenir les socialistes.

La ville est calme quand ils la visitent. Les festivités ne commenceront que plus tard dans la journée. La ville a gardé tous ses charmes d’antan, surplombée par un viaduc impressionnant. Quand ils s’arrêtent dans un bar, Arnaud aperçoit Inès. Les deux jeunes gens se dévisagent et Arnaud fera tout pour la revoir lors de la feria, car elle lui plait beaucoup. Mais cela risque d’avoir des conséquences dramatiques.

A la lecture du premier chapitre, on est immédiatement pris par la qualité de l’écriture. Il est rare que l’on soit non pas emporté mais bercé, charmé par une telle fluidité et une telle évidence dans un premier roman. Sans en faire des tonnes, l’auteur déroule son intrigue avec une belle maîtrise, trouvant un excellent équilibre entre l’ambiance, les décors, les descriptions et les dialogues. Impressionnant !

Si la narration est à la troisième personne du singulier, c’est pour suivre les deux amis qui, par la force des événements vont suivre des itinéraires séparés. Arnaud va être subjugué par Inès alors que Paco va subir l’influence de son père, vieil homme taiseux, capable de colères violentes envers sa famille. Cela permet aussi de décrire la vie de cette ville en liesse, dont la scène d’ouverture de la feria (qui doit durer 6 jours) et une corrida impressionnante de vérité (alors que je ne suis pas du tout adepte de ce spectacle).

Petit à petit, ce qui devait être un voyage d’agrément devient un séjour mystérieux. L’ambiance lourde de secrets devient plombante, les gens ne disent rien, et les ressentiments finissent par apparaître. Outre le personnage du père, les habitants regardent le nouveau venu de loin, et la ville qui devrait être accueillante se fait menaçante. Plus que du stress ou du suspense, l’auteur joue sur cette ambiance lourde, ajoutant ça et là des personnages qui vont ajouter une aura de mystère au décor.

C’est décidément une belle surprise et une formidable réussite que ce premier roman, qui comme je l’ai dit, montre une rare maîtrise, et nous permet de nous plonger dans un autre espace et un autre temps. Si le thème abordé, les rancœurs, les secrets du passé est un thème souvent abordé dans le polar, le fait d’avoir choisi l’Espagne et de l’avoir si bien décrite rend ce roman passionnant.

Sœurs de Bernard Minier

Editeur : XO éditions

Pour ceux qui ont lu Glacé et Le Cercle, Bernard Minier est devenu une figure du polar français. Il a introduit dans le paysage français des ambiances qui, rein qu’avec quelques mots bien trouvés, créent une ambiance angoissante. Mais il n’y a pas que ça : les intrigues sont redoutablement bien montées. Bref, c’est du divertissement Haut de Gamme. Et c’est encore le cas avec son dernier opus en date.

« Immense, énorme, la forêt s’étendait devant elles … ».

1988. Ainsi comme le roman, deux sœurs s’enfoncent dans une forêt. Au départ, on croit qu’elles veulent se faire peur, ce qui est normal pour des jeunes filles de 15 et 16 ans. En fait, Ambre et Alice ont rendez-vous avec un personnage sombre, et ont amené des robes ressemblant aux habits de communiantes. Elles sont venues rencontrer Erik Lang, auteur de thrillers à succès, dont elles sont les plus grandes fans.

1989. A l’heure où les gens dorment encore, François-Régis Bercot file sur l’eau de la Garonne, pour s’octroyer quelques heures de sport intense, tendu sur son aviron. Quand il passe devant l’île du Grand Ramier, il aperçoit deux taches blanches. Il décide d’approcher et aperçoit deux corps ligotés à deux arbres, face à face, deux jeunes filles habillées en robe de communiantes.

1989. Martin Servaz essaie d’oublier le suicide de son père, quatre ans auparavant. Mais même sa femme Alexandra ou sa fille Margot n’arrivent pas à lui enlever ce poids. Il vient de débarquer tout frais émoulu de l’école de Cannes-Écluse dans le service de Kovalski. Tout le service apprécie peu ce jeune qui sait tout, ne dit rien, et plein d’illusions dans le métier de flic. Ce double meurtre va être sa première enquête … et va avoir des répercutions inattendues 25 années plus tard.

Dans mon sobre et court résumé, j’ai volontairement omis les détails de l’enquête car cela va donc vous obliger à acheter ce roman. Et surtout, cela va m’éviter d’en dire trop, ou de placer un détail qui pourrait vous mettre sur la trace …

Bernard Minier a donc décidé dans le premier tiers du roman de présenter Martin Servaz jeune, aux prises avec plusieurs problèmes, qu’ils soient personnels, affectueux ou professionnels. Dans ce démarrage, on trouve un Servaz bien différent de ce qu’il deviendra par la suite, pensant faire respecter l’ordre et suivant le règlement à la lettre. C’est un beau clin d’œil que Bernard Minier fait à ses fans. A mon avis, il lui restera à nous montrer par la suite comment il est devenu solitaire et jusqu’au-boutiste comme un loup enragé.

Le deuxième personnage fort de ce roman est incontestablement Erik Lang, auteur de thrillers horrifiques à succès, personnage adulé par ses fans, mais désagréable, distant et mystérieux. Doit-on confondre un auteur avec ses écrits ? Les fans ont-ils un quelconque droit sur un auteur, quitte à dépasser ses écrits ? Tous les auteurs se sont penchés sur la relation qu’ils peuvent avoir avec leurs lecteurs, mais aussi avec le fait de créer. Ici, Bernard Minier ne spolie pas Stephen King et son génial Misery, mais penche plutôt vers un personnage désagréable et malgré cela adulé.

Dans le deuxième tiers, retour au présent et un nouveau duel entre Servaz et Erik Lang. Servaz apparaît plus expérimenté, ne se laissant pas aller à un quelconque ressentiment, et Erik Lang, qui a atteint la soixantaine, devient la victime. Changement d’époque, changement de décor et changement de scénario. Mais toujours avec autant de passion, de réussite et de surprises. Dans le troisième tiers, nous avons droit à une apothéose comme j’en ai rarement lue : Une scène d’interrogatoire de plus de 100 pages, tout simplement géniale. A nouveau, Bernard Minier nous dévoile ses cartes, et s’amuse à détruire le château que nous avions patiemment construit. Quel talent dans ce retournement de situation final, pour nous démontrer que lz solution n’est pas celle que nous avions imaginée !

Enfin, ne croyez pas que Bernard Minier a abandonné son art de créer l’angoisse par les ambiances. Il a l’art de créer une scène et nous y plonger en nous faisant passer des frissons fort désagréables. Et c’est tellement bon ! Sur quelques unes d’entre elles, on comprend comment il construit ses scènes, prenant un soin particulier pour créer l’ambiance, les lieux, les bruits, avant de lancer son personnage. Mais cela n’altère en rien le pur plaisir de lecture qu’il nous offre une nouvelle fois avec ce nouveau roman. Bernard Minier est décidément trop fort.

Ne ratez pas l’avis de Yvan

Une assemblée de chacals de S.Craig Zahler

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Janique Jouin-de Laurens

Allez savoir pourquoi, je n’aime pas les westerns, en littérature. J’ai du lire un roman se déroulant dans le Far-West et j’ai du trouver cela mauvais pour ne pas m’en rappeler ni d’ailleurs avoir envie de tenter à nouveau ma chance. Et pourtant j’ai lu Une assemblée de chacals, sans doute parce qu’il est édité par les éditions Gallmeister, mais surtout parce qu’Olivia Castillon a insisté pour que je le lise. Eh bien, je remise mes aprioris au placard, ce roman est fantastique, à tous points de vue.

On pourrait penser qu’Oswell Danford est un simple fermier de Virginie, qu’il se contente de vivre une vie tranquille, entouré de sa femme et de ses deux enfants. Quand Elinore lui annonça qu’un télégramme venait d’arriver du Montana, il ne pouvait se douter de sa teneur. Le message vient de James Lingham, un fantôme du passé, et lui annonce qu’il va épouser Béatrice Jeffries. La fin du message est sans équivoque : « Toutes les vieilles connaissances seront présentes ».

Godfrey son frère ainé approcha et il a reçu aussi le même télégramme. Ils se sentent obligés d’aller à ce mariage, et ils vont récupérer Richard Sterling dit Dicky le troisième de la bande. Godfrey tient tout de même à se rassurer et demande si Oswell a toujours son arsenal. Il est effectivement là, enterré sous le porche. Ils peuvent donc se mettre en route pour assister à ce mariage même si cela ressemble plus à un voyage vers l’enfer.

Pendant le voyage, Oswell tient à rédiger ses mémoires, pour laisser une trace pour sa femme et ses enfants. Il va raconter comment Godfrey, Dicky et Oswell ont rencontré Lingham, comment ils ont formé le Gang du Grand Boxeur, un gang de voleurs de grands chemins, jusqu’à ce qu’ils rencontrent Quinlan, un Irlandais complètement cinglé, assoiffé de sang, qui leur a montré à quoi ressemblait l’enfer.

Construit en trois parties, ce roman peut sembler à tout égard classique. Tout d’abord, il y a le voyage jusqu’au Montana, puis les préparatifs du mariage, et enfin la confrontation finale. C’est dans la première partie que tout se joue, où on s’attache aux personnages et où les mémoires d’Oswell sonnent remarquablement juste. Il y a dans ces passages une simplicité et une honnêteté qui nous font adhérer à l’histoire.

Puis vient la deuxième partie, où nous nous trouvons dans une ville peuplée de gens honnêtes, attachants, et où la menace est constante et ne fait que monter. Avec des phrases minutieusement choisies, le stress de la présence de Quinlan se fait sentir alors qu’on ne le voit pas. Et c’est d’autant plus intenable que l’on sait de quoi il est capable. En contrepartie, la préparation du mariage montre des gens heureux, des décorations joyeuses, alors que l’on sait que cela va virer au cauchemar.

Puis vient la confrontation finale, qui dure plus de cent pages. Et là, c’est un véritable festival, une vision apocalyptique et violente pendant un moment qui ne devrait laisser augurer que de doux sentiments. Et là encore, le style de l’auteur fait mouche, avec cette façon si imagée de décrire les scènes, opposant les familles heureuses avec une violence venue d’ailleurs.

Si les psychologies sont remarquablement décrites, si les scènes sont remarquablement enchaînées, ce roman vire dans une jouissance totale, nous faisant revivre les meilleurs westerns cinématographiques, tels Sergio Leone ou Tarantino. Il y a dans cette histoire une volonté de montrer des personnages extrêmes dans des décors sentant bon le Far West, mais pas celui policés de beaucoup de westerns, plutôt celui dur et âpre du sable qui fouette les visages et la chaleur qui assèche les bouches. Et cette idée d’avoir situé l’église en dehors de la ville, au milieu du désert est l’une des clés de la réussite de cette fin.

Attendez-vous à prendre une belle claque avec ce western réaliste et violent, peuplé de personnages à la limite de la caricature. C’est un voyage que vous n’oublierez pas de sitôt. Quant à moi, je remise au placard mes aprioris car ce roman m’a époustouflé.

Ne ratez pas l’avis de Yan

Assassins d’avant d’Elisa Vix

Editeur : Rouergue

En lisant le dernier roman en date d’Elisa Vix, et après avoir tourné la dernière page, je me suis dit que j’étais incontestablement fan de cette auteure quand elle écrit des romans à plusieurs voix. Son dernier roman est incontestablement une grande réussite, génial jusqu’à la dernière ligne. A ne pas rater.

Alors qu’elle vient de passer la trentaine, Adèle Lemeur doit impérativement tourner la page sur un drame familial qui la marque encore aujourd’hui : Quand elle avait 5 ans, elle a perdu sa mère, institutrice, qui a été abattue d’une balle de pistolet en classe. Pour ce faire, elle décide de prendre contact avec un flic, Manuel Ferreira qui était dans la classe ce jour-là. Peut-être se rappelle-t-il de quelque chose ?

Adèle se fait passer pour une journaliste qui enquête sur les manques d’effectifs dans la police. Très vite, le sujet est éventé et Manuel va deviner qu’elle est venue pour autre chose. Adèle joue la carte de la franchise et manuel lui raconte ce dont il se rappelle : Il était assis à la même table que Ladji, et la maitresse se mit à écrire quelque chose au tableau. Ladji a alors sorti un pistolet et a tiré sur la maitresse. Arrêté par la police, il leur a échappé à la sortie de l’école et s’est enfui en traversant la rue. Malheureusement, une voiture l’a fauché et il est mort de ses blessures pendant son transfert à l’hôpital.

Adèle veut absolument savoir ce qui s’est passé et elle demande l’aide de Manuel. Manuel quant à lui sent bien que cette quête est importante pour la jeune femme. Il veut aussi la protéger contre des conclusions qui pourraient être violentes pour cette jeune femme fragile. Alors il accepte de l’aider à enquêter et lui donner des informations. Ou pas.

Comment rêver une situation de départ plus simple ? Comment peut-on partir d’une telle situation et arriver à inventer des événements qui vont faire avancer puis rebondir l’intrigue, en nous laissant tout simplement ébahi jusqu’à la dernière ligne. Et je pèse mes mots, dans ce roman, court puisqu’il ne fait que 180 pages, les scènes vont s’ajouter les unes aux autres, amenant à chaque fois un petit quelque chose, et on se retrouve surpris jusqu’à la dernière ligne !

Elisa Vix n’est jamais aussi forte que quand elle écrit des romans à plusieurs voix. Certes, il y a le cycle Thierry Sauvage, mais on n’est plus dans un registre cynique. Dans ce roman, les deux voix qui vont raconter cette histoire vont être celle d’Adèle et celle de Manuel. J’ai rarement été époustouflé par tant de maitrise, devant tant de simplicité pour montrer toute la subjectivité d’un témoignage. A chaque chapitre, à chaque phrase, à chaque dialogue, le lecteur a le droit de savoir ce que l’autre pense, ou ce qu’il veut nous laisser croire. C’est comme si deux personnes écrivaient leur journal intime, en reprenant parfois les mêmes scènes. C’en est bluffant.

Et puis, petit à petit, cette femme qui veut se reconstruire, tourner la page sur son passé, va découvrir de nouveaux secrets, qui la touchent elle, mais qui touchent aussi les autres, ceux qui l’entourent. Et cette narration va nous les faire découvrir en même temps qu’elle. Ensuite, tout le talent, l’inventivité et la magie de cette auteure va faire le reste. C’est simple, une fois ouvert, il est impossible de lâcher le livre, que j’ai lu en une journée. Je ne peux que vous encourager à courir chez votre dealer de livres pour lire ce roman ou même découvrir cette auteure. Car je trouve qu’on n’en parle pas assez et je trouve cela foncièrement injuste. D’ailleurs vous pouvez aussi rattraper votre retard et vous dépêcher de lire 04L’hexamètre de Quintilien, La nuit de l’accident ou Ubac qui sont tout aussi excellents.

Ne ratez pas l’avis de Lireaulit qui pense comme moi !