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Blanc comme neige de George P.Pelecanos

Editeur : Editions de l’Olivier (Grand Format) ; Points (Format Poche)

Traducteur : François Lasquin et Lise Dufaux

En cette année 2020, nous allons fêter les 50 années d’existence de la collection Points, et les 40 ans de Points Policier. Et quoi de mieux que de se lancer dans le premier roman mettant en scène Derek Strange et Terry Quinn.

L’auteur :

La biographie de l’auteur est incluse dans un de mes précédents billets, Le chien qui vendait des chaussures.

https://blacknovel1.wordpress.com/2014/11/22/oldies-le-chien-qui-vendait-des-chaussures-de-george-p-pelecanos-gallimard-serie-noire/

Quatrième de couverture :

Washington (D.C.). Leona Wilson veut laver la réputation de son fils, policier noir tué à la suite d’une bavure, et faire graver son nom sur le mur du mémorial de la police de la ville. Elle fait appel à Derek Strange, un ancien flic noir d’une cinquantaine d’années, aujourd’hui détective privé, pour connaître la vérité.

L’affaire, qui a fait l’objet d’une enquête pointilleuse, s’est déroulée une nuit durant laquelle Wilson, qui n’était pas en uniforme, a été surpris par deux collègues alors qu’il braquait son arme sur un homme. Jugeant cette attitude menaçante, l’un des policiers, Terry Quinn, un Blanc, a abattu Wilson. Depuis, il a démissionné de la police pour devenir vendeur de livres et de disques d’occasion.

Pour mener sa contre-enquête, Derek Strange décide de le rencontrer et, convaincu de sa bonne foi, lui propose de l’assister dans ses recherches au cours desquelles les deux hommes vont visiter une partie des bas-fonds de la ville, côtoyer flics ripoux, junkies et exclus du système.

« Derek Strange est un nouveau personnage tout aussi attachant que le privé Nick Stefanos, qui, comme lui, officie à Washington. Ses origines ethniques et sa fine connaissance du terrain en font l’homme idéal pour témoigner à propos du racisme car, au-delà du fait-divers, cette question constitue le sujet central de ce roman noir plein de suspense. » – Claude Mesplède

Mon avis :

Ce roman narre la rencontre entre les deux personnages principaux de cette série, à savoir Derek Strange, la cinquantaine, détective privé noir ayant officié 30 ans auparavant dans la police et Terry Quinn, jeune policier blanc qui a tué Wilson, un collègue noir lors d’une rixe et a été innocenté lors de l’enquête. Depuis, Terry Quinn travaille dans une librairie. A priori, tout oppose ces deux hommes mais la mère de Wilson demande à Strange d’enquêter et ces deux compères vont se trouver, malgré leurs différences. Lors de leur enquête, ils vont croiser la route des Boone, Père et Fils, trafiquants de drogue et meurtriers.

Car, que ce soit par leur couleur de peau, par leur culture, leur âge ou leur psychologie, on ne peut être plus différent. Pourtant, il y a ce même détachement, cette même façon nonchalante de prendre les événements et de trouver le bon mot humoristique pour relâcher la pression. Alors que des auteurs insistent sur le côté impossible de leur rencontre, George P.Pelecanos en fait des scènes justes, simples et logiques.

Le style de George P.Pelecanos est très détaillé, nous décrivant jusqu’au bibelot ornant une étagère dans un bar des bas-fonds de Washington. Cela nous permet d’avoir immédiatement la scène devant les yeux. C’est un style très cinématographique que personnellement j’adore, surtout que les dialogues sont parfaits, savoureux, ce qui donne un bon équilibre à une scène. Un exemple du genre.

Pelecanos nous présente donc le Washington des années 90, multiraciale, avec une criminalité en augmentation. C’est un témoignage de cette époque pas si éloignée, seulement 30 ans, et pourtant, la criminalité a tellement progressé que l’on a l’impression de lire un roman historique ou un reportage sur la vie des flics et la façon dont ils sont perçus dans la société, cible d’actions de plus en plus violente, où il n’y a plus aucun respect de l’autorité sensée faire régner l’ordre et respecter la loi.

Ce roman est malheureusement épuisé. Il va donc être bien difficile de le trouver. Je ne peux que vous conseiller de fouiller vos greniers afin d’en retrouver un exemplaire, ou d’aller voir du coté des sites d’occasion. J’en profite pour lancer un appel aux éditions Points : Il serait grand temps d’envisager une réédition des enquêtes de Strange et Quinn, qui sont au nombre de quatre :

  • Blanc comme neige
  • Tout se paye
  • Soul Circus
  • Hard Revolution (Le meilleur de la série selon Polars Pourpres)

A noter que Red Fury est un prequel mettant en scène Derek Strange et qu’il est disponible au Livre de Poche

Déstockage : Meurtres à Pooklyn de Mod Dunn

Editeur : Points

C’est une curiosité que je vous propose avec ce roman que j’avais mis de côté quand j’avais lu la quatrième de couverture. Un bon divertissement.

La ville de Pooklyn a décidé de mettre en place une équipe spéciale appelée the T.O.P, the Team Of Pooklyn, afin d’intégrer les personnes en situation de handicap.

Le chef de groupe se nomme Adam Smith, dit Vador. Atteint d’un cancer de la gorge, il a un appareil lui permettant de parler comme Dark Vador. Et comme il est fan de Star Wars …

Lois Maverick, dit Plexus était déjà gros dès le plus jeune âge. Son surpoids pondéral l’a destiné à l’informatique et au débusquage des bugs.

Emmet Jones, dit Forrest a raté son suicide sur les voies d’un train de banlieue. Etant riche de famille, il s’est fait implanter des jambes bioniques qui font Cling-Clang quand il marche. Et son surnom devient naturellement Robocop.

Alexander Proust, dit Tranxen est un ancien des Forces Spéciales qui ne s’est jamais remis des conflits auxquels il a participé. En gros, il s’y croit toujours.

Tout ce beau monde, cette équipe de choc, est aidé par une superbe secrétaire brune Pam, et d’un bouledogue femelle blanc, The Queen, qui a la mauvaise manie de péter tout le temps. On leur octroie un Open Space et une mission de premier ordre : réaliser les statistiques du commissariat.

Quand un cinglé se met à assassiner comme un sniper Ian Natan, un professeur de mathématiques, puis Lucie Dayle, une actrice connue pour ne pas être connue, c’est l’effervescence à Pooklyn. D’autant plus que le tueur envoie un message anonyme à la Dream Team et la défie de le trouver … sans en parler à la police. Vador, Plexus, Forrest, Tranxen, Pan et The Queen vont devoir se mettre en chasse.

C’est un roman totalement déjanté auquel on a droit ici, qui ressemble un peu aux films qu’ont fait Zucker, Zucker et Abrahams avec Y a-t-il un pilote dans l’avion ? et consorts. Le ton y est donc volontairement drôle et décalé, où les gags sont surtout introduits via des descriptions hilarantes des personnages ou des scènes dont certaines sont juste irrésistibles. C’est aussi un véritable hommage à la culture populaire, des sagas modernes à la Bande dessinée, en passant par la culture de super-héros.

C’est donc une excellente surprise que ce roman par sa façon de mener son intrigue, faisant le parallèle entre le chef du commissariat McNamara et l’équipe du T.O.P. Bizarrement, quand l’auteur déroule l’enquête, avec les codes du polar, c’est moins drôle. Et quand il réinvente une scène d’enlèvement ou d’interrogatoire à sa sauce, c’est fendard.

Alors franchement, pour 6,60 €, il serait vraiment dommage de passer au travers, de se priver d’un bon moment de divertissement, dont certains vont vous faire éclater de rire. On peut certes lui reprocher un rythme en dents de scie, mais personnellement, je suis prêt à mettre ce prix-là pour avoir droit à 4 à 5 heures de franche rigolade.

Ce que savait la nuit d’Arnaldur Indridason

Editeur : Métaillié (Grand Format) ; Points (Format Poche)

Traducteur : EricBoury

Il va bien falloir s’y faire, on ne verra plus apparaître Erlendur Sveinsson, l’inspecteur inventé par Arnaldur Indridason, ou en tous cas pour un certain temps. Après la trilogie des ombres (Dans l’ombre, La femme de l’ombre et Passage des ombres), l’auteur islandais se lance dans une nouvelle série mettant en scène Konrad, un inspecteur de police à la retraite.

Un groupe de touristes de Wolsburg fait une pause sur le glacier Langjökull. La guide  s’apprête à entamer son sandwich quand un de ses clients l’interpelle. Suite à la fonte des glaces, on voit nettement apparaitre un visage, voire un corps sous la pellicule gelée. La police identifie rapidement le mort : Sigurvin, un jeune dont la disparition, qui a eu lieu 30 ans auparavant, n’a jamais été élucidée.

L’autopsie est surréaliste car le corps est celui d’un jeune homme grâce à la conservation dans la glace. A l’époque, déjà, son collègue Hjaltalin était soupçonné. Ce dernier est arrêté in extremis à l’aéroport, tentant de s’enfuir à l’étranger. Mais au lieu d’aller en prison, il est emmené directement à l’hôpital, puisqu’il est atteint d’un cancer et n’a que quelques semaines à vivre.

Hjaltalin demande à voir Konrad, policier à la retraite qui a suivi une partie de l’affaire à l’époque. Il clame à nouveau son innocence et demande à Konrad de reprendre l’affaire. Il faut dire que Sigurvin n’était pas habillé pour lutter contre le froid glaciaire et que son véhicule a été retrouvé loin du glacier. Alors, certes, les deux collègues amis se sont engueulés, mais il assure qu’il n’y est pour rien. C’est la visite d’une jeune femme qui va décider Konrad de chercher la vérité : en effet, son frère, a vu les deux amis dans un bar le jour de la disparition de Sigurvin, et depuis, il est mort, renversé par un gros 4×4.

D’un Erlendur taiseux et discret, Arnaldur Indridason passe à Konrad, un personnage bourru et réfléchi. Pour autant, ce n’est pas un roman d’action, tant l’intrigue va suivre son rythme lent et nonchalant, avançant à coups de réflexions et d’indices. L’aspect psychologique va donc prendre une grande place dans l’intrigue, ainsi que le décor, celui de Reykjavik dans une ambiance d’automne triste.

De la psychologie de Konrad, on va en savoir beaucoup. Veuf, ayant perdu sa femme juste au moment de prendre sa retraite, il a un fils Hugo. C’est la solitude, l’absence de l’être aimé qui lui pèse, et qui fait partie de sa décision de reprendre le collier. Sans y mettre plus de passion que cela, il va dérouler l’enquête comme un cruciverbiste, avec la volonté d’aller jusqu’à sa résolution. Konrad a aussi eu un père, violent qui a connu une mort mystérieuse. Tous ces petits indices sont autant d’énigmes à découvrir dans les prochaines enquêtes.

Car on a connu Arnaldur Indridason plus convaincant dans ses romans, avec des messages autrement plus frappants. S’il fait toujours preuve d’une subtilité quasi-unique dans le monde du polar, au ton triste, taciturne et désenchanté, il ne nous a pas habitué à une enquête aussi classique. Il faudra donc apprécier ce roman comme le premier d’une série, et trépigner d’impatience avant d’entamer la lecture de la deuxième enquête de Konrad, qui s’appelle Les fantômes de Reykjavik.

Oldies : Bad City Blues de Tim Willocks

Editeur : Editions de l’Olivier (Grand Format) ; Points (Format Poche)

Traducteur : Elisabeth Peellaert

En cette année 2020, nous allons fêter les 50 années d’existence de la collection Points, et les 40 ans de Points Policier. Et quoi de mieux que de revisiter le premier roman de Tim Willocks, un vrai hard-boiled.

L’auteur :

Tim Willocks est un médecin et écrivain britannique né en 1957 à Stalybridge (dans le Grand Manchester), en Angleterre. Il est auteur de romans policiers. Il vit aujourd’hui à Rome.

Tim Willocks est un médecin, formé à la fois en tant que chirurgien et psychiatre.

Il peint son propre portrait à travers les caractères de différents personnages de ses romans. On retrouve ainsi un personnage central avec une connaissance approfondie en médecine, en drogues et en arts martiaux. Willocks est lui-même ceinture noire de karaté. Il est aussi un grand fan de poker.

Son premier roman, Bad City Blues a été adapté au cinéma. Il a également coécrit le documentaire de Steven Spielberg, The Unfinished Journey.

Son roman La Religion se déroule pendant l’année 1565 durant le Grand Siège de Malte, et est le début d’une trilogie romanesque ayant pour héros Mattias Tannhauser. Le deuxième tome s’appelle Les douze enfants de Paris.

Doglands, publié en France en 2012 aux éditions Syros, est son premier roman pour la jeunesse. Il a obtenu en 2012 la Pépite du Roman adolescent européen au Salon du Livre Jeunesse de Montreuil.

(Source Wikipedia complété par moi-même)

Quatrième de couverture :

Callie, ex-prostituée camée à la cocaïne, réussit le casse du siècle en braquant la banque de son mari : un million de dollars à partager avec Luther Grimes, un vétéran du Vietnam reconverti dans le trafic de stupéfiant. Pour doubler son complice, la belle séduit son frère, Cicero Grimes, un psy déjanté. Et le capitaine Jefferson, un flic sadique, espère bien récupérer sa part du butin…

Tim Willocks est psychiatre, scénariste, producteur et écrivain. Souvent comparé à James Ellroy ou Norman Mailer, il est l’auteur de plusieurs polars d’une intensité et d’un réalisme rares.

« Il faut lire ce roman noir déjanté, hystérique, unique. » Lire

Mon avis :

Callilou Carter, Callie pour les intimes, ex-prostituée, ex-droguée est mariée avec le pasteur de l’Eglise évangéliste du Seigneur, Cleveland Carter. Cleveland est aussi le propriétaire d’une banque qui vient de subir un casse. Il vient d’apprendre que Callie a renseigné les voleurs et qu’elle revient de chez son amant Cicero Grimes. Après quelques maltraitances elle parvient à s’enfuir.

Cleveland Carter fait donc appel à Clarence Seymour Jefferson, le capitaine de police. Ce dernier voit très vite que la situation peut tourner à son avantage. Il flingue le pasteur et part à la poursuite du million de dollars, qu’il va pouvoir garder pour lui. Car Jefferson est plutôt du genre à ne pas faire dans la demi-mesure.

Dans le genre plongée dans un monde de déjantés, ce roman se place en bonne position. Entre Callie, Jefferson et les frères Grimes, tous sont plus cinglés les uns que les autres, avec une forte dominance pour la violence, voire le sexe, voire le sexe violent. Ne croyez pas qu’il n’y a pas de scénario, car même s’il est simple, il offre de belles parenthèses entre passé et futur, entre réalité et illusion.

Il n’empêche qu’il ne vaut mieux pas mettre ce roman entre toutes les mains, le style étant explicite et les décors et actions remarquablement bien décrites jusqu’à devenir insoutenables dans certains cas (enfin, moi, j’ai passé des paragraphes …). C’est le genre de roman à réserver aux aficionados de scénario bien fait mais ultra violent. Vous voilà prévenus.

J’ai tué Kennedy de Manuel Vázquez Montalbán

Editeur : Christian Bourgois (Grand Format) ; Points (Poche)

Traducteur : Denise Laroutis

En cette année 2020, nous allons fêter les 50 années d’existence de la collection, et les 40 ans de Points Policier. Après Fredric Brown, voici le premier roman dans lequel apparaît le plus que célèbre Pepe Carvalho. C’est un roman pas comme les autres.

L’auteur :

Manuel Vázquez Montalbán (né à Barcelone le 14 juin 1939 et mort à Bangkok, Thaïlande le 18 octobre 2003) est un romancier, essayiste, poète et journaliste espagnol catalan, surtout connu pour ses romans policiers ayant pour héros Pepe Carvalho. Personne inclassable, il se définissait lui-même comme un « journaliste, romancier, poète, essayiste, anthologiste, préfacier, humoriste, critique et gastronome », ou plus simplement comme « un communiste hédoniste et sentimental ». Il obtient en 1995 le Prix national des Lettres espagnoles.

Issu d’un milieu modeste, Manuel Vázquez Montalbán est le fils unique d’une modiste et d’un militant du PSUC, qu’il ne connut pas avant l’âge de cinq ans, quand son père sortit de prison. Il fit des études de philosophie et de lettres à l’université autonome de Barcelone, et fut diplômé de l’école de journalisme de Barcelone. C’est d’ailleurs à l’université qu’il rencontre son épouse, l’historienne Anna Sallés Bonastre, qui lui donne en 1966 son fils unique, Daniel Vázquez Sallés, lui aussi devenu écrivain et journaliste.

Il s’engage politiquement dans les mouvements de gauche catalans, milite au PSUC et devient même membre du Comité central. Ces activités le mènent dans les prisons franquistes. En 1962, un conseil de guerre le condamne à trois ans de prison pour ses activités dans la résistance anti-franquiste. C’est dans la prison de Lérida qu’il écrit son premier essai, Informe sobre la información.

Après être sorti de prison, il commence sa carrière de journaliste dans la revue Triunfo, et collabore à plusieurs publications, telles que Siglo XX, Tele/Xprés, Por Favor. Par la suite, il écrit également dans des journaux réputés tels qu’El País, Interviú (es) ou Avui, dans lesquels il signe des articles jusqu’à sa mort.

En 1967, il publie son premier recueil de poésie, Une éducation sentimentale, suivi en 1969 de Movimientos sin éxito. La même année parait son roman Au souvenir de Dardé. Mais c’est en 1972 qu’il crée le célèbre personnage du détective Pepe Carvalho.

Montalbán a créé une des séries de roman noir les plus prolifiques de la littérature espagnole. Le personnage principal en est Pepe Carvalho, un détective privé catalan et gastronome. Il est assisté, professionnellement et culinairement, par Biscuter, rencontré dans les prisons de Lérida. Ces romans furent un moyen pour l’auteur de donner une chronique sociopolitique, historique et culturelle des quarante dernières années de l’Espagne et du monde contemporain.

On peut souligner ainsi dans Meurtre au Comité Central, de 1981, Montalbán raconte l’assassinat d’un dirigeant communiste, en pleine crise de l’Eurocommunisme du PCE. En 1993, il évoque les fastes de la Barcelone olympique dans Sabotage olympique.Il fait également part dans ces romans de ses passions, comme la gastronomie, en particulier les spaghetti.

Manuel Vázquez Montalbán reçoit plusieurs prix : le Premi Creu de Sant Jordi en 1985, le Prix national de Narration pour Galindez en 1991, le prix Europa en 1992 et le Prix national des Lettres espagnoles en reconnaissance de toute son œuvre en 1995.

Il meurt le 18 octobre 2003 d’une crise cardiaque à l’aéroport Suvarnabhumi de Bangkok.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Pepe Carvalho entre en scène : détective privé nihiliste, gourmet, grand lecteur et brûleur de livres, il a pour mission de camper un tueur super entraîné, à la fois garde du corps et assassin du président américain, pour le compte de la CIA et du lobby du pétrole. Une première enquête hallucinatoire qui sape le mythe Kennedy dans une joyeuse sarabande de marionnettes, d’ellipses et de délires.

 » Un texte drôle, effronté, d’une belle force d’invention.  »

Dernières nouvelles d’Alsace

Mon avis :

Edité en 1972 mais traduit en France seulement en 1994, ce roman est le premier dans lequel apparaît le personnage de Pepe Carvalho. N’en ayant lu aucun, c’est donc une totale découverte mais ce n’est probablement pas celui par lequel il faut commencer. En effet, Pepe Carvalho apparaît (ou pas) comme l’assassin de Kennedy, et l’histoire est racontée par le garde du corps le plus proche du président et de sa famille.

En réalité, il n’y a pas d’enquête, juste un meurtre qui survient vers la fin du roman (il est dans le titre), et entre temps beaucoup de férocité envers la famille que tout le monde adule, regrette, vénère. C’est surtout un roman en forme de véritable charge contre les Etats-Unis, ce royaume du paraître, du rôle de gendarme du monde alors qu’ils ne cherchent à servir que leurs propres intérêts.

Sur la base de photos, l’auteur a imaginé ce que pourrait être la vie des Kennedy, les montrant plus attirés par leur image, les détaillant dans toute leur futilité. Et Manuel Vázquez Montalbán n’y va pas de main morte, mêlant des scènes d’une drôlerie féroce, d’un ridicule irrésistible, au milieu de scènes délirantes, comme si tout le monde était sous l’emprise d’une substance illicite.

Pepe Carvalho n’apparaît ici que comme une ombre, une personnalité inquiétante et menaçante. Tout le roman est écrit comme le journal du Garde du corps du couple présidentiel et à ce titre, il nous décrit des choses renversantes, scandaleuses. Jackie par exemple est plus impliquée par l’architecture d’un palais, JFK étant montré comme un superficiel pantin qui déteste ses enfants. Et tout ce ramdam est justifié au nom de l’anticommunisme primaire !

Je ne suis pas sûr que ce soit le bon roman à lire pour aborder l’œuvre de Manuel Vázquez Montalbán. Et personnellement, je vais y revenir avec une autre enquête. Car si je me suis beaucoup amusé avec celui-ci, je pense qu’il y a tant d’autres aspects à découvrir avec cet auteur. A suivre donc …

Oldies : La bête de miséricorde de Fredric Brown

Editeur : Moisson rouge (Grand format) ; Points (Format Poche)

Traducteur : Emmanuel Pailler

Nouvelle année, nouveau défi. Après avoir consacré mon année Oldies à Rivages en 2018, à la Série Noire de Gallimard en 2019, c’est au tour des éditions Points pour 2020. C’est aussi l’occasion de fêter les 50 années d’existence de cette collection, et les 40 ans de Points Policier.

L’auteur :

Fredric Brown, né le 29 octobre 1906 à Cincinnati en Ohio et mort le 11 mars 1972 à Tucson en Arizona, est un écrivain américain de science-fiction célèbre pour ses nouvelles au parfum humoristique. Il a également publié des romans policiers ou de science-fiction, souvent dans un registre burlesque, comme dans son roman Martiens, Go Home !

Il commence à travailler à l’âge de seize ans, exerçant divers métiers (employé de cirque, plongeur, détective privé, bibliothécaire, correcteur pour des journaux, etc), après avoir perdu sa mère et son père, respectivement un et deux ans plus tôt. En 1926, il tente d’entrer à l’université de Hanover dans l’Indiana, mais il abandonne rapidement.

Brown a été édité toute sa vie dans des pulps, ces magazines populaires et bon marché qui regroupent des histoires policières ou de science-fiction. Il commence sa carrière d’écrivain en 1937, à l’âge de 31 ans, alors qu’il travaille comme correcteur pour le Milwaukee Journal. Sa première fiction, The Moon for a Nickel a été publiée dans la revue Detective Story en mars 1938.

Il écrit par la suite beaucoup de nouvelles, notamment des short-shorts, nouvelles de quelques centaines de mots se concluant par une chute époustouflante, comique ou tragique. Dans les années 1960, il fut publié dans Playboy et d’autres magazines pour hommes, où ses histoires très courtes et souvent drôles avec une chute inattendue faisaient merveille. Il est même considéré comme le maître de la micro-nouvelle (short short-story) et de la nouvelle brève, dont le recueil en français, Fantômes et Farfafouilles (traduit de l’américain par Jean Sendy : Denoël, « Présence du futur » n°65) donne un saisissant aperçu. Il est d’ailleurs principalement connu en France pour ses nouvelles de science fiction, alors qu’il a surtout offert beaucoup à la littérature policière, par ses innombrables nouvelles ou ses romans, où, de son style percutant et épuré, il propose des intrigues à la fois simples et originales, dans un décor reflétant les réflexes, les modes et les angoisses de l’Amérique des années 1960.

L’humour est très présent chez Fredric Brown, au point parfois d’être le point de départ, sinon la raison, de ses textes. L’Univers en folie (What Mad Universe) écrit en 1949 joue avec les clichés du genre, racontant l’histoire d’un éditeur de magazine envoyé dans un monde parallèle et reprenant une vision enfantine des récits publiés dans la revue. Martiens, Go Home! (écrit en 1954) décrit une invasion martienne vue à travers les yeux d’un auteur de science-fiction, par d’insupportables petits hommes verts caricaturaux, sans gêne, malicieux et tourmenteurs d’une humanité qui va peut-être se ressouder contre eux.

L’une de ses nouvelles les plus connues, Arena, a servi pour un épisode de la série Star Trek.

Il meurt en 1972, alors que, alcoolique et atteint d’un emphysème pulmonaire, il avait arrêté d’écrire depuis neuf ans.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Est-ce un suicide ? Le mort, Kurt Stiffler, avait de bonnes raisons de vouloir en finir : rescapé d’Auschwitz, il venait de perdre toute sa famille dans un accident de voiture. Mais l’arme qui l’a tué reste introuvable, et l’unique témoin semble en savoir plus qu’il ne veut bien l’avouer. Pour l’inspecteur Frank Ramos, pas de doute : il s’agit d’un meurtre.

Fredric Brown, né le 29 octobre 1906 à Cincinnati, Ohio, est un écrivain américain de science fiction et de roman noir, célèbre pour ses nouvelles humoristiques, fantastiques et policières. Il est décédé en 1972. La bête de miséricorde a été publié en 1956 aux Etats-Unis.

Mon avis :

C’est un roman que je m’étais mis de coté, suite à un coup de cœur de Claude Le Nocher. Je ne savais pas de quoi il retournait ; cela s’appelle la confiance aveugle. Datant de 1956, ce roman policier pourrait aussi bien être écrit aujourd’hui, tant il est moderne dans son écriture et dans son analyse psychologique des personnages. Ce roman frise la perfection, menant son intrigue avec une force peu commune, et avec des dialogues parfaits.

John Medley va, un beau matin, faire ses courses. En revenant, il découvre un cadavre dans son jardin et appelle la police. Frank Ramos et Fern « Red » Cahan sont les deux inspecteurs qui vont s’occuper de l’affaire. L’homme a été abattu d’une balle par l’arrière du crâne et aucune arme n’est trouvée dans la jardin. Ils vont fouiller dans le passé de la victime mais aussi dans celui de Medley.

Si on ne lira pas ce roman pour son suspense, car on sait très vite qui a tué, par son attitude réservée et mystérieuse, on le lire indéniablement pour son approche psychologique. Fredric Brown choisit pour cela la forme d’un roman choral, adoptant le point de vue de chaque inspecteur, mais aussi de Medley, du capitaine de police Walter Pettijohn ou de la femme de Frank, Alice Ramos. Il va autant dérouler l’enquête que les vies personnelles des protagonistes, et démontrer sans en rajouter la vie d’une petite ville des Etats Unis.

On se retrouve donc avec un roman qui ressemble beaucoup à une enquête de Colombo, que j’adore, avec l’intervention de chaque personnage. Il est difficile de faire plus simple en étant génial, surtout avec cette fin qui montre la monotonie des vies et ses difficultés. Un petit joyau à ne pas oublier.

Des poches pleines de poches … en humour

Polar et humour

Je suis un fan de littérature humoristique et j’aime bien insérer entre deux polars « sérieux » un roman qui me fasse rire. J’avais déjà fait un billet sur cette thématique avec les romans de Nick Gardel et Stanislas Petroski. Comme je viens d’en lire trois, en format poche, je vous les propose en vous les conseillant très fortement :

La revanche des hauteurs de Guillaume Desmurs :

Editeur : Glénat

La station de sports d’hiver est en ébullition grâce aux afflux touristiques. La journée a vu la température monter avant que la nuit vienne- recouvrir les trottoirs et la rue d’une couche de glace. Au petit matin, on retrouve une touriste espagnole au bas de son balcon. Outre la jolie couleur rouge qui agrémente le blanc immaculé, la thèse du suicide avancée par les gendarmes et la municipalité permet de ne pas faire de vagues.

Jean-Marc est le directeur de l’Office du Tourisme. Il a tout organisé pour que cela passe inaperçu. Alix, une jeune stagiaire est chargée par le quotidien local de faire un entrefilet le plus rapidement possible. Quant à Marc-Antoine, médecin de son état, il vient en vacances avec sa femme Christiane ; il n’aime pas le ski mais elle adore, d’autant plus qu’elle retrouve un ancien amant ancien GO qui va lui permettre d’améliorer son planté de bâton.

Tout se passerait pour le mieux dans le meilleur des mondes si on ne retrouvait pas le lendemain un jeune collégien sous la déneigeuse. Outre la couleur rouge sur la route, cela fait tout de même deux morts inexpliquées en pleine saison touristique. Quand c’est le propriétaire du commerce de journaux qui se retrouve écrasé par ses étagères, la phobie de la présence d’un tueur en série fait son chemin.

On peut dire que Glénat fait son entrée en grandes pompes dans le domaine du polar, avec cette nouvelle collection appelée Neige Noire. Neige Noire devrait nous proposer des polars ayant pour cadre une station de ski fictive. Et ce premier « tome » est un grand, un énorme morceau d’humour décalé et cynique à souhait. D’ailleurs, la dédicace en ouverture de livre nous laisse envisager le meilleur : A pierre Desproges qui a posé la première pierre.

Vous connaissez (ou pas) mon amour pour Pierre Desproges. Si on peut craindre pour ce pari un peu fou, on est vite rassuré par l’humour cynique, pas méchant, et par des descriptions acerbes et minutieusement bien travaillées. On y trouve aussi une redoutable observations de nos semblables et de leurs travers ce qui fait de cette histoire un excellent moment de rire jaune mais pas grinçant. Quant au scénario, contrairement à Des femmes qui tombent du Maître Pierre Desproges où l’histoire et sa chute étaient capillo-tractées, il tient la route avec des scènes délirantes. Une excellente surprise !

Pension complète de Jacky Schwartzmann :

Editeur : Seuil (Grand format) ; Points (Poche)

Dino Scala vit depuis 20 ans avec Lucienne, une riche septuagénaire luxembourgeoise. Ils ont plus de 30 ans d’écart mais cela ne les gêne pas, ni elle qui est aimée, ni lui qui vit la belle vie. Un couple presque normal, quoi ! Ils vivent avec la mère de Lucienne, Macha, presque centenaire. Quand Macha fait un AVC, ce n’est que le commencement d’une descente aux enfers inéluctable.

Résumé comme cela, on peut penser à un roman noir comme on en lit tant. Sauf qu’aux manettes, on retrouve Jacky Schwarzmann, et qu’on se retrouve avec une histoire bien barrée, décalée, écrite dans un style plus assagi que d’habitude mais bien cynique quand même ! Car, il va s’en passer des choses dans la vie peinarde de Dino, qui vont l’emmener du Luxembourg au camping des Naïades de La Ciotat.

Pour ceux qui ont déjà lu les précédents romans de cet auteur, ils y trouveront un style assagi, un humour moins mordant, moins méchant. Et on y trouvera des descriptions toujours aussi drôles de nos contemporains, démontrant une fois de plus que Jacky Schwarzmann a le talent d’observer le monde autour de lui et surtout de nous le décrire de façon irrésistible. Il n’y a qu’à lire la scène du restaurant, celle de la banque ou même l’arrivée des voisins Belges au camping.

Et si l’humour est plus sage, cela sert aussi au scénario ; d’aucuns diraient que l’auteur s’est mis au service de son histoire. Il n’empêche que ce roman est un pur plaisir de lecture. « Demain c’est loin » (Le Seuil, 2017) a reçu le Prix Transfuge 2017 du meilleur espoir polar, le Prix du roman noir du Festival international du film policier de Beaune et le Prix Amila-Meckert 2018. Celui-ci a déjà remporté le prix des chroniqueurs. Nul doute qu’il va encore remporter de nombreuses distinctions.

Un été sans poche de Bram Dehouck

Editeur : Mirobole (Grand Format) ; 10/18 (Poche)

Traductrice : Emmanuèle Sandron

Dans la petite bourgade belge de Windjoek (la traduction néerlandaise donne Coupe-vent, ce qui donne le ton du roman, très humoristique), la vie qui devrait être un long fleuve tranquille va subir des changements : on vient de mettre en route un superbe et rutilant parc d’éoliennes. Doit-on pour autant considérer que c’est la cause des événements dramatiques qui vont déferler sur ce petit village ?

Tout a commencé avec le boucher-charcutier-traiteur Herman Bracke. Le bruit incessant des pales tournant à la vitesse du vent lui fait perdre le sommeil. Après une semaine de nuits blanches, sa spécialité le “Pâté Bracke de Windhoecke” a un goût, une odeur et une couleur de faisandé, alors qu’il n’y a pas de faisan dedans ! Normal, Herman s’est endormi en le préparant et a plongé la tête la première dedans !

Mais les autres protagonistes de ce roman vont aussi subir les influences néfastes de la rotation incessante des pales, et on va découvrir les dessous de leur vie privée. Entre Walter le facteur qui distribue les plis qu’il veut, Saskia la pauvre chômeuse qui se dévalorise, Jan Lietaer le vétérinaire et son épouse bien peu fidèle, le pharmacien ou l’immigré sénégalais, ce sont une belle galerie de personnages décalés.

Et le ton, parfois cynique, parfois méchant mais toujours drôle, va montrer les travers des uns et des autres pour démontrer comment un grain de sable fait dérailler une société qui est déjà aux limites de ce qu’elle peut accepter. Comme dans un roman de Brett Easton Ellis, tout cela va finir dans le sang, mais avec un gentil sourire aux lèvres. Car ce n’est que de la littérature, n’est-ce pas ? Voilà un roman fort amusant à découvrir d’urgence pour prendre plus de recul par rapport à notre quotidien !