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Oldies : Little bird de Craig Johnson

Editeur : Gallmeister (Grand format) ; Gallmeister / Points (Format Poche)

Traducteur :

Afin de fêter ses 15 années d’existence, les chroniques Oldies de cette année seront consacrées aux éditions Gallmeister, spécialisées dans la littérature anglo-saxonne. Je vous propose un roman particulier pour moi, je vous en dis plus un peu plus loin …

L’auteur :

Craig Johnson, né le 12 janvier 1961 à Huntington dans l’État de la Virginie-Occidentale, est un écrivain américain, auteur d’une série de romans policiers consacrés aux enquêtes du shérif Walt Longmire.

Craig Johnson fait des études de littérature classique et obtient un doctorat en art dramatique.

Avant d’être écrivain, il exerce différents métiers : policier à New York, professeur d’université, cow-boy, charpentier, pêcheur professionnel, ainsi que conducteur de camion. Il a aussi ramassé des fraises. Tous ces métiers lui ont permis de financer ses déplacements à travers les États-Unis, notamment dans les États de l’Ouest. Il finit par s’installer dans le Wyoming où il vit actuellement. Toutes ces expériences professionnelles lui ont servi d’inspiration pour écrire ses livres et donner ainsi une certaine crédibilité à ses personnages.

Il est l’auteur d’une série policière ayant pour héros de shérif Walt Longmire. Les aventures du shérif se déroulent dans le comté fictif d’Absaroka, dans le Wyoming, aux Etats-Unis, le long d’une branche des montagnes rocheuses, la Chaîne Absaroka. Par son cadre géographique, la série lorgne vers le genre du western. Elle a été adaptée à la télévision américaine sous le titre Longmire, avec l’acteur australien Robert Taylor dans le rôle-titre.

Craig Johnson vit avec sa femme Judy dans son ranch près de Ucross (25 habitants) sur les contreforts des Monts Big Horn, dans le Wyoming, où il s’occupe de ses chevaux et de ses deux chiens. Son ranch est adjacent aux réserves indiennes Crow et Cheyenne où l’écrivain a de nombreux amis dont il s’inspire directement pour créer ses personnages amérindiens. Il trouve également son inspiration dans les paysages et différents lieux environnants son ranch et les décrit avec précision dans son œuvre. Bien que le comté d’Absaroka n’existe pas réellement, sa position géographique est bien réelle et ses caractéristiques reprennent celles de lieux existants.

Craig Johnson est lauréat de nombreux prix littéraires, dont le Tony HillermanMystery Short Story Contest. Il est membre de l’association des MysteryWriters of America.

En France, les écrits de Johnson sont publiés par l’éditeur Gallmeister. Plusieurs nouvelles ont été offertes gratuitement en librairie et diffusés sur internet afin de promouvoir l’œuvre de l’auteur.

(Source : Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Après vingt-quatre années passées au bureau du shérif du comté d’Absaroka, dans le Wyoming, Walt Longmire aspire à finir sa carrière en paix. Ses espoirs s’envolent quand on découvre le corps de Cody Pritchard près de la réserve cheyenne. Deux années auparavant, Cody avait été un des quatre adolescents condamnés avec sursis pour le viol d’une jeune indienne, Melissa LittleBird, un jugement qui avait avivé les tensions entre les deux communautés. Aujourd’hui, il semble que quelqu’un cherche à se venger. Alors que se prépare un blizzard d’une rare violence, Walt devra parcourir les vastes espaces du Wyoming sur la piste d’un assassin déterminé à parvenir à ses fins.

Avec LittleBird, premier volet des aventures de Walt Longmire, Craig Johnson nous offre un éventail de personnages dotés d’assez de sens du tragique et d’humour pour remplir les grandes étendues glacées des Hautes Plaines.

Mon avis :

Cette série représente pour une série de romans particulière pour une raison bien simple. Quand LittleBird est sorti, on m’en a parlé en des termes si élogieux que je l’ai acheté peu après sa sortie. Puis, les tomes sortant à la fréquence d’un par an, je les ai tous acquis année après année, et je ne les ai jamais ouverts. J’attendais la bonne occasion pour entamer cette série dont la première enquête a totalement rempli les attentes.

Dès les premières lignes, Craig Johnson nous plonge dans un décor de western, dans une époque bien ancrée dans notre quotidien. Son style, très littéraire, fait des miracles en termes de descriptions à un point tel que l’on se retrouve face à des peintures représentant un paysage montagneux à perte de vue.

Craig Johnson évite les pièges de vouloir nous présenter le contexte et les personnages au début du roman. Il entre dans son intrigue comme si nous faisions déjà partie des habitants de cette région d’Absaroka. Petit à petit, il va nous présenter les protagonistes au travers de scènes simplissimes qui permettent de situer à la fois leur relation avec Walt Longmire et leur psychologie.

D’ailleurs, Walt Longmire, qui est le narrateur de cette histoire, prend toute la place ; et la narration est si naturelle (je vais éviter de dire fluide) qu’on a l’impression non seulement de le connaitre depuis longtemps mais de carrément vivre à ses côtés. On ne peut qu’adorer ses répliques toutes en dérision de la part d’un homme dont la femme vient de mourir et qui se retrouve en période électorale pour son poste de shérif.

L’histoire en elle-même est terrible : une jeune fille indienne attardée a été violée par quatre jeunes hommes dont on attend la peine de prison après la condamnation. Alors qu’ils sont en liberté surveillée, Walt est appelé pour constater le corps de l’un d’eux. Le rythme de ce roman va être lent, au rythme de la vie dans l’Ouest américain, et va nous présenter la vie de cette petite ville, bordée par une réserve indienne. On y appréciera aussi la diplomatie et le respect des gens dont fait montre Walt, qu’ils soient blancs ou amérindiens. Un premier tome qui donne envie de se plonger dans la suite de suite.

Des poches pleines de poches

Pour bien finir l’année, la dernière rubrique consacrée aux romans en format poche est exclusivement consacrée aux éditions Points, qui fêtaient cette année leur 50ème anniversaire.

A sang perdu de Rae DelBianco

Editeur : Seuil (Grand Format) ; Points (Format Poche)

Traducteur : Théophile Sersiron

Wyatt Smith et Lucy sa sœur jumelle essaient du survivre en élevant leur troupeau de bœufs et de vaches. Ces quelques dizaines de bêtes leur permettent à peine de payer leur ferme, dont ils ont hérité à la mort de leur père. Sous le soleil implacable du désert de l’Utah, Wyatt subit des coups de feu par une jeune fille de 14 ans, qui a abattu quatre bœufs. Wyatt et Lucy l’enferment mais la jeune fille sauvage arrive à s’échapper. Wyatt se lance alors dans une course poursuite effrénée pour récupérer ses 4600 dollars.

J’aurais lu pas mal de premiers romans en cette année 2020, et bien peu auront capté mon intérêt. Ce roman-là n’est pas exempt de défauts mais il vaut le détour par la description d’une partie de l’Amérique dont on parle peu, l’Utah, son désert et ses champs immenses et interminables, peuplés de fermes isolées tous les 50 kilomètres. Dans ce cadre, dans ce décor, il n’est pas étonnant de rencontrer des hommes et des femmes dont le principal objectif se résume à la survie. Et tout justifie la légitime défense de ses biens.

Le roman, malgré son scénario qui tiendrait sur un post-it, nous présente des personnages violents, justifiant leur mode de vie par la défense de leurs terres. On se retrouve plongés dans un monde qui ressemble à celui de Mad Max, sauf que nous sommes dans la vraie vie. Que ce soient les hommes ou les femmes, c’est la loi du plus fort qui prime, et de celui ou de celle qui tire vite et bien.

C’est bien le style qui me permet de dire que ce roman vaut le détour. Rae DelBianco a le talent de nous faire ressentir une terre aride, désertique, sous un soleil de plomb écrasant. On suerait presque de grosses gouttes à la lecture de ce roman. Et malgré le fait que l’auteure ait opté pour un style très descriptif mais irrémédiablement froid, clinique, ce qui empêche une quelconque empathie ou identification envers les personnages, on assiste à des scènes violentes dont l’aspect visuel et cinématographique force le respect. Il sera intéressant de suivre cette auteure prometteuse.

Mauvais coûts de Jacky Schwartzmann

Editeur : Seuil (Grand Format) ; Points (Format Poche)

A 47 ans, célibataire sans enfants, Gaby Aspinall cache derrière sa démarche débonnaire une âme de tueur d’entreprise. Acheteur chez Arema, une entreprise d’électricité spécialisée dans le nucléaire, il exerce son métier sans pitié pour ses fournisseurs, leur grattant quelques pourcents qui vont amputer leur marge. Ce matin-là, il se rend chez Nitram pour négocier avec Gressot, le patron, trois pourcents supplémentaires. Il ne sait pas encore que cette visite va engendrer de gros changements dans sa vie.

Gaby assurant la narration, il nous présente le monde de l’entreprise moderne. Ayant roulé sa bosse, il fait preuve d’une lucidité qui fait qu’on se retrouve forcément par son style cynique et méchant. Car Gaby ne croit en rien, ne fait confiance en personne et remplit sa vie vide par l’humiliation de ses fournisseurs. Et dans ce genre-là, quand il s’agit de pointer les travers de notre société, Jacky Schwartzmann est le roi.

Ça flingue à tout va, dans tous les domaines. C’est méchant, autant pour le fonctionnement de l’entreprise, que pour les pompes funèbres ou les hôtels, les restaurants, les parents, les syndicats, les docteurs, la télévision ; bref, tous les domaines que nous rencontrons dans notre misérable vie vont en prendre pour leur grade, le but n’étant pas de dire que c’était mieux avant, mais de pointer l’infantilisation que nous subissons.

Alors oui, Jacky Schwartzmann y va fort, on éclate de rire parfois, on rit jaune tout le temps. Mais surtout on apprécie l’opinion de ce personnage gratuitement ignoble et détestable parce qu’il y a un fond de vérité et des exemples criants de justesse et de lucidité. Ce qui est sûr, c’est que ça ne plaira pas à tout le monde. Mais par moments, ça fait bigrement du bien d’être bousculer dans nos petites certitudes inutiles. J’aime.

Les fils de la poussière d’Arnaldur Indridason

Editeur : Métailié (Grand Format) ; Points (Format poche)

Traducteur : EricBoury

Il me reste peu de romans mettant en scène le commissaire Erlendur Sveinsson à lire. Les éditions Métailié ont décidé de traduire les deux premiers romans, à savoir Les fils de la poussière et Les roses de la nuit. Les fils de la poussière a été publié en 1997 et est donc le premier roman où apparait notre commissaire préféré. Pour autant, Erlendur a déjà derrière lui une bonne dizaine d’années derrière lui dans ce roman.

Palmi, jeune libraire, rend visite à son demi-frère Daniel, qui est interné dans un asile psychiatrique depuis des années pour schizophrénie aigüe. Daniel semble anormalement agité, à tel point que les surveillants évacuent la salle commune. Daniel reconnait son frère, lui parle des autres élèves de sa classe d’école et l’informe que c’est en ce moment que la Terre est la plus proche du Soleil. Puis il se suicide en se jetant par la fenêtre du sixième étage dans une chute fatale.

Lors de la même nuit, Halldor, un ancien professeur tout juste à la retraite, est assis au milieu de son salon, la tête basse. Il est ligoté sur une chaise, et les effluves d’essence dont on l’a aspergé agressent son odorat. Pour autant, il ne songe pas à se défendre, et accepte son destin, comme une sorte de châtiment. Une main craque une allumette et la jette sur une rigole inflammable. Rapidement, la petite maison prend feu et le criminel jette son bidon d’essence dans le jardin environnant.

La mort de Daniel plonge Palmi dans un abime de questions. Il va tout d’abord questionner les infirmiers, savoir pourquoi il était si agité. Puis, Palmi apprend qu’un vieil homme rendait visite à son frère. Quand il apprend que c’était Halldor, les deux morts simultanées l’intriguent. De leur côté, Erlendur Sveinsson et Sigurdur Oli sont persuadés que le criminel a agi comme une personne ne craignant pas d’être identifié.

Pour les fans d’Erlendur, et ils sont nombreux, ce roman apparaitra avant tout comme une curiosité, puisqu’on voit comment l’auteur a voulu construire son personnage. A ce titre, cette intrigue peut comprendre, tant la psychologie d’Erlendur va s’épaissir, se construire, se complexifier au fur et à mesure de ses enquêtes. A ce titre, ce roman n’est pas le meilleur de la série mais il est intéressant.

Erlendur apparait comme un ancien du commissariat, plus en colère ouverte que bourru. Il n’est pas rare de le voir pousser un coup de gueule alors que dans ses futures enquêtes, on le sent plus taiseux, et psychologiquement plus intelligent et fin. En duo avec Sigurdur Oli, on le voit aussi en conflit ouvert comme une guerre de générations. Et on sent Erlendur moins touché par la disparition de son frère, ce qui formera l’une des trames à venir.

Ce roman ressemble beaucoup à un exercice appliqué où Arnaldur Indridason respecte les codes du roman policier, mené sur deux fronts en parallèle. Les pistes se multiplient, les potentiels coupables aussi et des chapitres sont insérés mettant en scène les vrais potentiels coupables.

Pour autant, il est intéressant quand il parle du système éducatif islandais, où on triait les élèves en fonction de leur niveau, où on fournissait aux élèves en classe des pilules mystérieuses, où la violence apparait dans une société auparavant bien calme et sereine dès les années de collège et même les mauvais traitements exercés dans les asiles psychiatriques. Par cet aspect-là, Arnaldur Indridason est conforme à son rôle, celui d’être un témoin de l’évolution de sa société.

Harry Bosch 3 : La blonde en béton de Michael Connelly

Editeur : Points

Traducteur : Jean Esch

Après Les égouts de Los Angeles et La glace noire, voici donc la troisième enquête de Hieronymus Bosch, dit Harry, qui va creuser un nouvel aspect de la justice américaine, tout en approfondissant le personnage de Harry. Un très bon opus.

Alors que la police est à la recherche du tueur en série qui sévit sur Los Angeles, Harry Bosch reçoit un appel lui indiquant qu’une prostituée vient de lui échapper. Il se rend chez Norman Church, suspecté d’être le Dollmaker, celui qui maquille ses victimes comme des poupées, guidé par le jeune femme et lui demande de rester dans la voiture. Voyant une ombre devant la fenêtre, il imagine que le tueur a peut-être déjà trouvé une autre victime.

Harry défonce la porte, s’annonce et aperçoit une ombre dans la chambre. Il lui demande de ne pas faire un geste, de mettre les mains sur la tête. Norman Church tend doucement sa main vers le coussin et cherche quelque chose dessous. Harry lui demande de s’arrêter, mais l’autre continue. Harry est obligé de faire feu. Quand il regarde sous le coussin, il trouve une perruque et dans l’armoire de la salle de bain, des produits cosmétiques, appartenant probablement à ses victimes.

Quatre ans ont passé depuis la mort du Dollmaker et Harry est poursuivi dans un procès en civil par la veuve de Norman Church. Il est accusé d’avoir joué au cow-boy, d’avoir tué un innocent. Pendant une pause, un coup de téléphone lui apprend qu’une lettre vient d’arriver au commissariat, un poème dans le style du Dollmaker, indiquant l’emplacement d’une de ses victimes. Harry va devoir mener une enquête en même temps que son procès.

Marchant dans les traces d’un John Grisham, Michael Connelly nous offre ici un pur roman judiciaire, accompagné en parallèle d’une enquête policière en temps limité. C’est l’occasion pour l’auteur de creuser plusieurs thèmes dont le principal est la façon de mener un procès. Comme d’habitude, tout y est d’une véracité impressionnante des stratégies des avocats aux dépositions en passant par les motivations pécuniaires des uns et des autres.

Los Angeles va aussi occuper une place prépondérante, nous faisant visiter l’autre facette du cinéma, à savoir le monde de la pornographie et la vie des actrices, qui arrondissent leur fin de mois en se prostituant. Puis, quand elles tombent dans la drogue, elles deviennent des épaves, cherchant le moindre client pour assouvir leur besoin avant de mourir abandonnées dans une ruelle sombre.

On va aussi voir toutes les différentes relations entre les défenseurs de la loi, la police, les spécialistes, les légistes et les journalistes. Tout ce petit monde œuvre pour l’argent, ou pour la gloire, celle par exemple, d’avoir un article en première page du journal, au dessus du pli ! j’ai particulièrement apprécié les descriptions des psychologies des tueurs en série, quand Harry va demander l’aide du professeur Locke.

Si le rythme se fait plutôt lent dans les trois quart du roman, suivant en cela le déroulement du procès, la tension monte petit à petit quand l’issue se fait sentir. Harry doit trouver le coupable, l’imitateur du Dollmaker, nommé le Disciple, et c’est bien un coup de chance qui l’aidera dans cette tâche. Une nouvelle fois, c’est un très bon roman policier, instructif, qui assoit Harry dans son rôle de personnage récurrent tout en nous montrant une nouvelle facette de cette ville maudite qu’est Los Angeles.

Sadorski et l’ange du péché de Romain Slocombe

Editeur : Robert Laffont (Grand format) ; Points (Format poche)

Je m’étais fixé un objectif de lire, en cette année 2020, la première trilogie consacrée à Léon Sadorski (L’affaire Léon Sadorski, L’étoile jaune de l’inspecteur Sadorski, Sadorski et l’ange du péché) et donc voici mon avis sur le troisième tome. Pourquoi je parle de première trilogie ? Parce qu’il y aura une deuxième trilogie. La première se nomme La trilogie des collabos. La deuxième s’appelle La trilogie de la guerre civile et comprendra La Gestapo Sadorski (qui vient de sortir aux éditions Robert Laffont), L’inspecteur Sadorski libère Paris (à venir en 2021) et J’étais le collabo Léon Sadorski (prévu en 2023).

L’inspecteur principal adjoint Léon Sadorski, chef du Rayon juif à la 3ème section des Renseignements généraux et des jeux, n’en est pas à sa première bassesse. Dans son métier, traquer les juifs pour les arrêter est son quotidien. Et quand il tombe sur une vendeuse de lingerie fine à la Samaritaine, il en profite pour lui faire un chantage et lui demander de voler des dessous pour sa femme adorée Yvette.

Sauf que tout semble dérailler pour lui. Alors qu’au travail, il est chargé de trouver une jeune femme juive qui a passé la ligne de démarcation avec de l’or, il intercepte une lettre anonyme pleine de menaces envoyée à sa femme qui lui montre que Paris est en train de changer en cette année 1943. Une bonne raison pour lui de serrer la vis et de se donner à fond, tout en faisant très attention aux policiers véreux de son service.

Alors que les lettres de dénonciation se multiplient, la Gestapo montre à Léon une lettre demandant de saisir les biens des parents de Julie Odwak, la petite juive qu’il loge chez lui dans l’espoir de la séduire. Il s’arrange pour être présent lors de la perquisition et arrive à mettre la main sur le journal intime de Julie avant que les Allemands ne le prennent. Heureusement, ils ne s’intéressent qu’aux toiles peintes. Ce qu’il va y lire va le sidérer.

Troisième tome et le plus volumineux de la trilogie, ce Sadorski et l’ange du péché comporte toutes les qualités qui m’ont fait adorer les deux précédents tomes :

Le personnage tout d’abord, immonde salaud raciste qui, tel une bête traquant sa proie, n’hésite à user de toutes les bassesses et les violences pour arrêter les juifs. Plus aveuglé que jamais dans son travail, il apparait comme un combattant du Mal lancé dans une croisade personnelle aveugle, mis à mal voire dépassé par un extrémisme antisémite qui va plus loin que ses convictions. Et malgré ses contradictions, on le retrouve concerné par l’extermination des juifs, mais il faut bien dire qu’il place son bien-être et sa survie au dessus de toute autre considération. Car Sadorski est avant tout un égoïste. La complexité de ce personnage ignoble en devient fascinante.

Le contexte du Paris occupé qui est toujours reconstitué avec minutie, force détails et des descriptions d’une réalité confondante. L’immersion dans un autre temps (pourtant pas si lointain) est insérée à l’intrigue et donne un rendu véridique, d’autant plus que peu de romans ont décrit avec autant d’acuité frontale la vie des Parisiens à cette époque et leurs pensées, leurs penchants en faveur d’un écrémage contre les juifs.

Le contexte historique de cette année 1943 y joue un rôle primordial. Alors que la famine et les restrictions font rage, la vie quotidienne devient une course à la survie. Comme devant tout événement majeur, on y trouve des victimes et des profiteurs. Une des trames du roman tourne donc autour du marché noir et de toute une mafia qui se monte et qui profite de la situation. Et 1943 constitue aussi le tournant de la guerre, l’année où les Allemands subissent leurs premières défaites. Dans la tête des Parisiens, commence à s’allumer une lueur d’espoir. Enfin, ils sont persuadés que les Allemands ne sont pas là pour toujours.

L’inspecteur adjoint Sadorski, aveuglé par sa chasse aux juifs, va être confronté à plus fort que lui. Tout d’abord les tenants du marché noir, mais aussi la vérité sur la déportation des juifs. Il va recevoir des témoignages lors d’interrogatoires ou de discussions qui vont lui ouvrir les yeux et le placer face à un choix impossible à faire pour lui. Les conséquences vont engendrer une tension dans le roman et des passages violents, très violents, d’autant plus violents qu’ils sonnent justes.

Dans cette thématique, il va découvrir le Journal Intime de Julie Odwak, sa petite protégée juive. Il a réussi à le conserver en prétendant l’utiliser pour trouver des pistes sur des juifs. En réalité, alors qu’il espère des sentiments de sa protégée, il lit le calvaire, la torture que les Nazis font subir aux juifs tous les jours. Sorte de continuité du journal d’Anne Franck (en version romancée), ces longs passages sont passionnants mais ont tendance à être plus des parenthèses dans l’intrigue que des éléments la faisant avancer.

Et c’est un peu ce que j’ai ressenti lors de cette lecture. Elle est passionnante, prenante, intéressante, instructive, inédite, impressionnante mais il m’a manqué un fil directeur. A chaque tome de la trilogie, on a droit à toujours plus de pages, et je dois dire que j’y ai trouvé des longueurs, des pages qui n’apportaient rien de plus. Pas décevant, loin de là, mais trop bavard par moment.

Le dernier thriller norvégien de Luc Chomarat

Editeur : Manufacture de livres (Grand format) ; Points (Format poche)

Sur ce mois de décembre, afin de finir en beauté pour fêter l’anniversaire des éditions Points, je vais vous proposer un certain nombre d’avis sur des polars sortis chez Points. Et on commence par ce roman vraiment pas comme les autres.

Alors qu’il est confortablement installé dans l’avion qui le mène à Copenhague, l’éditeur free-lance Delafeuille sait qu’il doit décrocher ce contrat s’il ne veut pas perdre son emploi. Les lois du marché du livre étant impitoyable, il vient pour négocier les droits du dernier thriller de l’auteur en vogue : Olaf Grundozwkzson. Il s’attend à ne pas être le seul sur le coup, vu le nombre de ventes qu’il réalise à chaque sortie de ses pavés de 600 pages.

Arrivé à l’hôtel, il s’isole dans un coin sombre, et distingue Murnau et Gorki, ses concurrents, déguster une Carlsberg, boisson qu’il boit aussi à défaut de pastis. Un homme habillé de vêtements d’un autre âge s’installe en face de lui et se présente : Sherlock Holmes. Ce dernier a deviné son identité et la raison de sa présence. Holmes est là pour trouver le tueur en série qui sévit en ce moment en découpant ses victimes de sexe féminin et que la presse a surnommé L’esquimau.

De retour dans sa chambre, l’accueil lui signale qu’on a laissé pour lui un paquet. On lui apporte et il l’ouvre : il s’agit du roman de Olaf Grundozwkzson, Le dernier thriller norvégien. Quand il en commence la lecture, il tombe sur un personnage qui rejoint Copenhague par avion. Ce personnage se nomme Delafeuille et dit les mêmes mots que lui a prononcé quelques heures auparavant. Delafeuille est-il dans la réalité ou dans la fiction ?

Rencontré auparavant dans L’espion qui venait du livre (Rivages Noir) que je n’ai pas (encore) lu, Delafeuille ne devait probablement pas devenir un personnage récurrent à l’époque. Mais depuis 2014, le monde de l’édition a connu nombre d’évolutions, dont le nombre de ventes de thrillers sanglants, la vague de polars nordistes, ou la guerre que se livrent les éditeurs dans ce marché au chiffre d’affaires alléchant.

Dès les premiers chapitres, le ton se veut décalé, œuvrant dans l’absurde et le surréalisme. Le début du livre s’avère même angoissant, et je n’ai pu m’empêcher de penser à Franz Kafka, si ce n’est que Luc Chomarat manœuvre l’humour pour décompresser les situations tendues. Fort drôle au début, et il faut dire que cette idée est tout bonnement géniale, on alterne entre la réalité et la fiction, jusqu’à ce qu’elles ne se fondent en un seul récit.

Il n’est pas étonnant, dès lors, de passer en quelques lignes de Copenhague (au Danemark, donc) et son climat rigoureux (les protagonistes devront même subir une tempête de neige) à l’Afrique et son climat chaud et sec. Il ne faut pas chercher de logique dans ce récit, juste apprécier les messages qui parsèment ce livre et les références aux grands auteurs de ce genre (Nesbo, Mankell, Larsson …).

Car l’auteur en profite pour donner son avis sur la guerre entre les éditeurs, se pliant aux desideratas des lecteurs à tout prix, au livre électronique bien qu’il en loue les possibilités infinies pour les intrigues, les facilités que prennent certains auteurs dans leurs descriptions sanguinolentes et gratuites, l’oubli volontaire des grands auteurs du passé que l’on préfère passer à la trappe pour éditer des pavés inintéressants.

On rit beaucoup dans ce livre, pour peu que l’on se laisse charmer, envoûter dans cette situation absurde et que l’on laisse l’inventivité de l’auteur nous emmener dans des contrées jamais rencontrées jusque-là. Car ce roman est avant tout un hymne à la littérature, seul art capable de nous emmener dans un endroit impossible à visiter : notre imagination (pourvu que l’on veuille réfléchir). D’ailleurs, l’auteur le dit bien mieux que moi : « L’écriture est un lieu à part, où tout peut arriver. »

Le vautour de Gil Scott-Heron

Editeur : Editions de l’Olivier (Grand Format) ; Points (Format poche)

Traducteur : Jean-François Ménard

En cette année 2020, nous allons fêter les 50 années d’existence de la collection Points, et les 40 ans de Points Policier. 

Au programme, je vous propose un roman culte, peu connu du grand public et qui mérite largement notre attention. Un roman choral très lucide et qui est toujours d’actualité.

L’auteur :

Gilbert « Gil » Scott-Heron, né le 1er avril 1949 et mort le 27 mai 2011, est un musicien, poète et romancier américain. Il est célèbre pour ses « chansons-poèmes et textes engagés » The Revolution Will Not Be Televised, The Bottle, Angel Dust, Johannesburg, ou l’incontournable et engagée dans la cause noire et les disparités aux États-Unis « Whitey On The Moon ».

Gilbert Scott-Heron est né à Chicago. Il est le fils unique d’une bibliothécaire, Bobbie Scott, et du footballeur d’origine jamaïcaine Gilbert Saint ElmoHeron, également connu sous le nom de Black Arrow (flèche noire) lorsqu’il portait le maillot du club écossais du Celtic FC, le club de football de Glasgow. Après le divorce de ses parents en 1950, il est élevé seul par sa grand-mère Lily Scott qui habite le quartier noir de Jackson dans l’État du Tennessee qui applique encore à cette époque la ségrégation raciale. Au printemps 1962, Gil et sa mère quittent définitivement le Tennessee pour emménager chez un oncle à New York dans le quartier du Bronx. Il y suit des études secondaires au collège de Creston, et travaille le soir comme plongeur dans un restaurant. Il entre ensuite au lycée DeWitt Clinton où il se passionne pour la littérature américaine. Repéré par une enseignante, il est orienté en tant qu’élève boursier vers le lycée privé de Fieldston où il commence l’année scolaire 1964. Dés l’âge de 16 ans, il travaille chaque été comme saisonnier au service du logement social la journée et employé de commerce le soir. Le week-end il gagne aussi de l’argent comme arbitre de basket. Toutes ses économies vont lui permettre de s’inscrire à la fac, sitôt après l’obtention de son baccalauréat à Fieldston en 1967.

Il choisit d’intégrer l’Université Lincoln en Pennsylvanie car c’était là que des écrivains noirs comme Langston Hughes, Melvin Tolson (en) ou Ron Welburn avaient atteint une renommée internationale.Cependant, Gil décide d’arrêter les études après sa première année de faculté pour se consacrer entièrement à son projet d’écriture de roman. Pour vivre, il travaille dans un magasin de nettoyage à sec situé près du campus. En avril 1969, il achève son manuscrit intitulé The Vulture (Le Vautour), un polar qui brosse un portrait satirique de la société américaine. Il parvient à le faire publier chez World Publishing (qui achète son manuscrit 5 000 dollars), mais le livre ne reçoit aucun écho à sa sortie.

Il choisit d’intégrer l’Université Lincoln en Pennsylvanie car c’était là que des écrivains noirs comme Langston Hughes, Melvin Tolson (en) ou Ron Welburn avaient atteint une renommée internationale1.Cependant, Gil décide d’arrêter les études après sa première année de faculté pour se consacrer entièrement à son projet d’écriture de roman. Pour vivre, il travaille dans un magasin de nettoyage à sec situé près du campus. En avril 1969 il achève son manuscrit intitulé The Vulture (Le Vautour), un polar qui brosse un portrait satirique de la société américaine. Il parvient à le faire publier chez World Publishing (qui achète son manuscrit 5 000 dollars), mais le livre ne reçoit aucun écho à sa sortie.

À la rentrée 1969, Gil Scott-Heron réintègre l’Université Lincoln, où il fait la rencontre d’un étudiant en formation musicale: Brian Jackson. Influencés par The Last Poets, qu’ils fréquentent régulièrement à New York, les deux étudiants se consacrent à la musique et composent ensemble.

À la fin de l’été 1970, Gil entre en studio grâce au soutien de Bob Thiele (du label FlyingDutchman) et commence à enregistrer ses poèmes en compagnie de Brian Jackson. Le 33-tours qui sort sous le titre Small Talk at 125th & Lennox comprend notamment la chanson Whitey On the Moon, une diatribe contre le monde des médias, possédé principalement par des Blancs, et contre l’ignorance qu’ont les classes moyennes américaines des problèmes des populations pauvres des centres-villes. (Cette chanson connaîtra un regain de notoriété en 2018 suite à son utilisation dans le film « First Man ».)

Le succès régional rencontré par ce premier disque pousse Bob Thiele à proposer à Gil Scott-Heron d’enregistrer un album en studio avec des musiciens professionnels. Gil et Brian décident d’embaucher Hubert Laws, Bernard Purdie, Charlie Saunders, Eddie Knowles, Ron Carter et Bert Jones, tous musiciens de jazz, et entrent au studios RCA à New York en février 1971. L’album Pieces of a Man contient une nouvelle version du titre The Revolution Will Not Be Televised et est de facture plus conventionnelle comparée aux chansons libres et souvent scandées du premier album. Pourtant, à cette période de sa vie, Gil Scott-Héron ne s’imagine pas du tout devenir musicien, son but est alors d’obtenir un diplôme pour commencer une carrière de professeur de littérature à la faculté et de travailler à l’écriture de son second roman: The NiggerFactory.

En 1972, Gil Scott-Heron devient professeur au Federal City College de Washington (Université Columbia) et poursuit parallèlement une carrière musicale avec l’enregistrement, à l’automne 1973, de l’album Winter in America qui sort en 1974 et dont le single The Bottle devient un tube. Cette chanson qui s’inspire de témoignages réels raconte pourquoi et comment des personnes peuvent tomber dans l’alcoolisme.

En 1975, Gil Scott-Heron signe sur le label Arista, sur lequel il sort un nouvel album The First Minute of a New Day et entame une série de concerts avec son groupe le Midnight Band, ce qui l’oblige à arrêter sa carrière de professeur. En décembre 1978, Gil se marie avec Brenda Sykes avec laquelle il aura une fille, Gia. Il divorcera quelques années plus tard.

Toujours engagé dans la cause noire, il rejoint Stevie Wonder dans une vaste tournée (Hotter Than July Tour) en 1980-1981 qui milite pour faire du 15 janvier, date de l’anniversaire de Martin Luther King, un jour férié.Pendant les années 1980, Scott-Heron continue d’enregistrer, attaquant souvent le président Ronald Reagan et sa politique conservatrice.

Scott-Heron est écarté du label Arista Records en 1985, et arrête d’enregistrer, bien qu’il continue de tourner. En 1993, il signe pour TVT Records et sort Spirits, un disque contenant le morceau Message To The Messengers. La première piste est une prise de position à l’attention des rappeurs de l’époque, et contient des commentaires comme :

« Four letter words or four syllable words won’t make you a poet, It will only magnify how shallow you are and let ev’rybody know it. »

« Tell all them gun-totin’ young brothers that the ‘man’ is glad to see us out there killin’ one another! We raised too much hell, when they was shootin’ us down. »

« Young rappers, one more suggestion, before I get outta your way. I appreciate the respect you give to me and what you’ve got to say. »

Gil Scott-Heron y lance un appel envers les nouveaux rappeurs afin qu’ils recherchent le changement au lieu de perpétuer la situation sociale, pour qu’ils aient un discours plus clair et produisent des chansons plus artistiques : « There’s a bigdifferencebetween putting words over some music, and blendingthosesamewordsinto the music. There’s not a lot of humour. They use a lot of slang and colloquialisms, and you don’t really see inside the person. Instead, youjustget a lot of posturing »

En 2001, Gil Scott-Heron est incarcéré pour consommation de drogue et/ou violences domestiques. Apparemment, la mort de sa mère et la consommation de drogues l’entraînèrent dans un cercle vicieux. Sorti de prison en 2002, Gil Scott-Heron apparaît sur l’album de Blackalicious : Blazing Arrow.

En 2010, à l’âge de 61 ans, il signe son grand retour avec l’album I’m New Here, produit par Richard Russel qui était allé le voir dans sa cellule à la prison de Rickers Island pour le convaincre de revenir. Les treize morceaux sont remixés par Jamie Smith des XX dans We’re New Here.Tombé malade du fait de sa séropositivité au cours de sa tournée européenne de 2010, Gil Scott-Heron s’éteint le 27 mai 2011 dans l’hôpital pour pauvres de St. Luke à New York.

Le 2 avril 2015, à l’occasion de son anniversaire, son label XL Recordings sort un album posthume Nothing New qui reprend des titres connus, enregistrés en 2008, mais dont les versions acoustiques constituent la grande nouveauté. Cette sortie est accompagnée par un film documentaire Whois Gil Scott-Heron? réalisé par Iain Forsyth et Jane Pollard.

Quatrième de couverture :

John Lee est mort un jour de juillet, à New York. On a retrouvé son corps dans la 17e Rue. Il avait dix-huit ans. C’était un petit dealer, toujours à l’affût d’un coup, qui travaillait après l’école.

Alors, qui a tué John Lee ? Quatre hommes possèdent un fragment de la vérité : Spade, Junior Jones, frère Tommy Hall et Q.I. Quatre destins qui incarnent la violence, la ruse, mais aussi l’espoir d’une rédemption, dans un quartier voué à la misère et à la drogue.

Ce « polar » au réalisme impeccable est aussi un grand roman politique sur l’Amérique urbaine de la fin des années 60, qui allait bientôt basculer dans la violence raciale.

Mon avis :

Ecrit alors qu’il avait 20 ans, ce roman démontre le talent de Gil Scott-Heron et sa vision sur la société américaine à la fin des années 60, ce qui, avec le recul, comporte un aspect visionnaire. Sous des apparences de roman policier, car il s’agit de résoudre un meurtre, l’auteur va, à travers quatre personnages, montrer la réalité du terrain et celle qui va agiter l’actualité et qui continue à miner les Etats-Unis : le racisme et la place des Noirs dans la société civile.

Quatre personnages ayant connu la victime, John Lee, vont prendre la parole, comme s’il s’agissait d’un témoignage. Cela ressemble plutôt à quatre nouvelles, décorrélées entre elles, reliées entre elles uniquement par le fait que chacun a côtoyé John Lee :

Le premier se nomme Spade et est reconnu comme le caïd du quartier. A la tête d’un trafic de drogue, son attitude froide et distante ne lui permet pas d’avoir du succès auprès de la gent féminine autrement que par la violence. L’auteur a ajouté un aspect amusant du personnage quant à son physique, puisqu’il est mince, grand et élégant, ce qui est tout le contraire de John Lee.

Le deuxième Junior, permet d’entrer dans l’aspect social du roman. Jeune homme de 17 ans, il a vite compris qu’il est plus rentable de faire du trafic de drogue que d’aller à l’école.

Afro a réussi ses études pour devenir professeur. Il décide de s’engager dans une association nommée BAMBU, visant à lutter contre le système d’éducation américain qui est fait par les blancs pour les blancs et de créer des écoles pour les noirs, où seront dispensés la culture noire.

QI est l’intellectuel du groupe, poète à ses heures, extrêmement cultivé. S’il cherche à s’engager dans l’association BAMBU, il est aussi le plus lucide du quartier.

En tant que roman policier, ce roman est exemplaire, tant les pistes pour trouver le meurtrier sont nombreuses (Jalousie, argent, trafic de drogue, vengeance), et qu’on ne connait la solution qu’à la fin. Mais il y a aussi le contexte montré par chacun des personnages. Spade va montrer la vie du quartier et l’augmentation de la violence. Junior est l’exemple flagrant de l’échec du système éducatif, d’autant plus qu’on ne donne aucun espoir à cette population. Afro derrière ses volontés d’éduquer ses frères, se retrouve face à un dilemme qui est le trafic de drogue. QI clôt ce roman de grande façon, sur un constat d’échec : Seule la violence permettra aux noirs d’arriver à faire respecter leurs droits. Le vautour est un roman exemplaire, intelligent et visionnaire, encore aujourd’hui.

Pimp de Iceberg Slim

Editeur : Editions de l’Olivier (Grand format) ; Points (Format poche)

Traducteur : Jean-François Ménard

En cette année 2020, nous allons fêter les 50 années d’existence de la collection Points, et les 40 ans de Points Policier. De temps en temps, il y a des romans que je me mets de coté, par leur réputation ou par les avis publiés au moment de leur sortie. Ce roman est considéré comme culte par de nombreux jeunes gens. Voici la biographie romancée d’un maquereau.

L’auteur :

Iceberg Slim, alias Robert Beck, et de son vrai nom Robert Lee Maupin, né le 4 août 1918 à Chicago et mort le 28 avril 1992, est un écrivain américain, auteur de roman noir.

Dans la seconde moitié du XXème siècle, il est l’un des écrivains afro-américains les plus influents grâce à la publication de Pimp, son autobiographie parue en 1969, où il expose sa vie de proxénète (pimp signifiant littéralement « mac »). Ses descriptions crues et réalistes du milieu sordide et très violent où il évoluait (il battait « ses » prostituées avec un cintre en fer qu’il avait torsadé) exercent alors une grande influence sur la culture afro-américaine et sur le hip-hop en particulier (par exemple, sur des rappeurs comme Ice-T ou Ice Cube, qui lui doivent leur pseudonyme). L’écrivaine américaine Sapphire, qui a préfacé l’édition française de Pimp, écrit : « Quelle que soit la désapprobation que nous inspirent sa violente misogynie ou son analyse défaitiste des possibilités de progrès social pour les Noirs, nous sommes obligés de reconnaître qu’il y a une vérité à découvrir dans l’histoire de cet homme. »

Iceberg Slim passe la majeure partie de son enfance à Milwaukee et Rockford (Illinois) avant de retourner à Chicago à l’adolescence. Abandonnée par son mari, sa mère travaillait comme domestique et a tenu un salon de beauté. « Elle s’efforçait de maintenir en moi un peu de l’amour et du respect qu’elle m’avait inspiré à Rockford. Mais j’en avais trop vu, j’avais trop souffert. La jungle avait commencé à insuffler en moi son amertume et sa férocité. » Il évoquera le psychiatre d’une prison qui avait peut-être raison quand il lui avait dit qu’il était devenu maquereau à cause de la haine inconsciente qu’il vouait à sa mère à la suite des mauvais traitements de son père. Il relate également des abus sexuels commis par sa nourrice alors qu’il avait trois ans (c’est d’ailleurs par le récit de ces attouchements qu’il commence son autobiographie).

Au milieu des années 1930, il s’essaie brièvement à des études universitaires au Tuskegee Institute, un des premiers établissements d’enseignement supérieur destinés aux Noirs. À dix-huit ans, il adopte son pseudonyme d’Iceberg Slim et reste souteneur dans la région de Chicago jusqu’à l’âge de quarante-deux ans. Il est incarcéré plusieurs fois et, après avoir passé dix mois seul dans une « cellule de confinement », à la maison de correction de Cook County, il décide de se ranger et de se consacrer à l’écriture à partir de 1960.

Il déménage ensuite en Californie afin de mener une vie « normale ». Il y adopte le nom de Robert Beck, utilisant le patronyme du mari de sa mère.

Dans Mama Black Widow, il décrit la vie d’un travesti noir.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Robert Beck, alias Young Blood, est un jeune vaurien de Milwaukee.

Il y a longtemps que son père est allé traîner ailleurs ses guêtres blanches et son chapeau melon. Sa mère, elle, tient un salon de beauté fréquenté par les filles de joie du quartier. Entre deux séjours en maison de correction, Young Blood s’initie à la vie. Il découvre le monde des gigolos, des macs et des putains, les cabarets où l’on écoute du jazz jusqu’au petit matin, la drogue, les hôtels louches.

Diplômé de la rue, il devient Iceberg Slim, le prince des maquereaux, et règne sur un harem qu’il tient d’une main de fer. Il a une Cadillac blanche, des costumes sur mesure, de la cocaïne plein les poches, sa bouteille réservée dans les meilleurs clubs de Chicago. Mais il y a ce je-ne-sais-quoi qui le sépare des autres…

Mon avis :

Avant de me lancer dans cette lecture, je savais ce qui m’attendait mais j’étais loin d’imaginer la force d’évocation de cette écriture. Je croyais que le style rythmerait les phrases dans un slam proche du rap ; en fait, ce roman est porté par une écriture très littéraire faisant place aux dialogues mais aussi à des scènes très explicites. Ce n’en fut que plus surprenant.

En tant que biographie, j’ai trouvé le roman mal équilibré, puisqu’il parle beaucoup de l’enfance de ce maquereau, beaucoup de son ascension et des rencontres qui vont lui apprendre les règles du métier (hum, hum) et que sa chute va s‘orchestrer dans les dernières centaines de pages. Par contre, l’aspect psychologique est fort bien fait, l’auteur prenant le recul nécessaire pour décrire son monde d’ignobles pourris.

Dans le fond, j’ai trouvé ce lire choquant, (et pourtant, il m’en faut beaucoup) par le racisme qu’il montre (anti-blanc, anti-noir), la façon dont il montre les femmes, la façon dont il les traite. Iceberg Slim se décrit comme un commercial qui, en vitrine vend ses putes, et dans l’arrière boutique les maltraite à coups de pied et les drogue. Et pour les flics, rien de plus facile que de leur verser quelques dollars …

Ce ne sont pas tant les scènes que l’implication qui en ressort, cette façon de traiter les êtres humains comme des serpillères, uniquement par attrait du fric. Le roman évite la caricature (sauf une scène) et conserve sa puissance tout au long de ces 410 pages. Mais on reste accroché à cette histoire pour connaitre la fin, après les trahisons et les séjours en prison. D’ailleurs, l’auteur ne montre jamais aucun remords, il se voit comme un patron qui fait travailler ses ouvrières. Bref … On ne peut retirer à ce livre sa force indéniable même s’il faut avoir le cœur bien accroché.

Paperboy de Pete Dexter

Editeur : Editions de l’Olivier (Grand Format) ; Points (Format Poche)

Traduction : Brice Matthieussent.

En cette année 2020, nous allons fêter les 50 années d’existence de la collection Points, et les 40 ans de Points Policier. 

Ce mois-ci, j’ai décidé de mettre à l’honneur un grand auteur de romans noirs dont on ne parle pas assez à mon goût. Lisez , relisez Pete Dexter.

L’auteur :

Pete Dexter, né le 22 juillet 1943 à Pontiac dans le Michigan, est un écrivain, journaliste et scénariste américain. Il a reçu le National Book Award en 1988 pour son livre Paris Trout (Cotton Point en France).

Il travaille comme journaliste d’investigation, chroniqueur et éditorialiste pour le Philadelphia Daily News de Philadelphie, le The Sacramento Bee de Sacramento et le Sun Sentinel de Fort Lauderdale avant de se consacrer à l’écriture. Il débute comme romancier en 1984 avec le roman noir God’s Pocket. Il obtient le National Book Award en 1988 pour le roman Paris Trout (Cotton Point en France).

Pete Dexter travaille également comme scénariste, il participe notamment aux adaptations de ses romans. Stephen Gyllenhaal réalise Paris Trout d’après le roman éponyme en 1991, Walter Hill se base sur Deadwood pour réaliser Wild Bill en 1995 et Lee Daniels réalise The Paperboy en 2012 d’après le roman du même nom.

Il a par ailleurs collaboré à l’écriture des films Rush, Les Hommes de l’ombre, Michael et Sexy Devil.

Pour la création de la série télévisée Deadwood, David Milch s’est inspiré du roman Deadwood.

Quatrième de couverture :

Dans une cellule de la prison de MoatCounty, en Floride, Hillary Van Wetter attend la mort. I lest accusé d’avoir assassiné – ou plus exactement éventré – le shérif local. Pendant ce temps, une certaine Charlotte Bless adresse une lettre au Miami Times, expliquant que le condamné va être exécuté pour un crime qu’il n’a pas commis. Flairant une affaire juteuse, le journal décide d’envoyer ses deux meilleurs reporters, James et Acheman, enquêter sur place.

Mon avis :

A Lately, dans le Comté de Moat, Hillary Van Wetter croupit en prison dans l’attente de son procès pour meurtre. Il est accusé d’avoir tué le shérif Thurmond Call, après que celui-ci ait tué à coups de pieds Jérôme Van Wetter, lors d’une arrestation. Le shérif Call n’en est pas à son coup d’essai, puisqu’il a déjà tué seize jeunes noirs en trente-quatre ans d’exercice.

Jack James est le fils du propriétaire du MoatCounty Tribune. Son frère Ward a pris son envol et est devenu une star du Miami Times, avec son acolyte YardleyAcheman. Le procès de Hillary est l’occasion pour Jack de retrouver son frère puisqu’il va être embauché comme chauffeur pour lui. Une dénommée Charlotte Bless, serveuse et nymphomane de son état, leur demande de prouver l’innocence de son futur fiancé …

Jack va nous raconter cette enquête vue du côté des journalistes comme s’il déposait en tant que témoin dans un procès. Il va donc décrire chaque scène et le roman va avancer par de petites scènes ne dépassant que rarement deux pages. On ne peut qu’être ébahi par l’imagination de l’auteur mais aussi par la rigueur qu’il montre dans le déroulement de l’intrigue. Et on peut se dire que Pete Dexter a décidé de se ranger derrière son histoire, mais ce serait mal connaitre ce grand auteur.

Petit à petit, les scènes fortes vont se dévoiler, montrant les largesses de la justice, l’impunité des shérifs qui ont tous les droits et l’aveuglement et la culpabilité des policiers et de la population. Je pensais lire une charge contre la peine de mort, et je trouve une charge contre le système américain, avec au premier plan la façon dont on (mal) traite les journalistes, seuls êtres impartiaux, à la recherche de la vérité dans un système pourri jusqu’à la moelle.

Dès lors, la critique de la société américaine se fait autant acerbe que subtile, par petites touches, à travers des anecdotes à première vue anodines. J’en veux la réaction de la gouvernante noire du père du narrateur qui n’apprécie pas que ce dernier affiche sa sympathie envers les gens de couleur ; ou bien quand Ward devenu journaliste à succès a tout le temps d’étudier le lieu d’un accident d’avion de ligne, de compter le nombre de victimes, parce que les secours avaient une mission plus urgente : intervenir sur un incident d’un avion privé.

Décidément, ce roman s’avère plus subtil, plus intéressant que ce qu’il peut paraitre au premier abord. Et puis, si je peux vous donner un dernier conseil, en plus de celui de lire tous les romans de Pete Dexter. N’allez pas voir le film qui n’a retenu que les scènes trash pour totalement gommer l’aspect progressiste du roman.

Harry Bosch 2 : La glace noire de Michael Connelly

Editeur : Seuil & Calmann Levy (Grand Format) / Points & Livre de Poche (Format Poche)

Traducteur : Jean Esch

Je poursuis ma (re) découverte des enquêtes de Harry Bosch avec cette deuxième enquête qui va nous faire découvrir une nouvelle facette de Los Angeles, en prise avec le trafic de drogue.

Lors de cette veille de Noël, Harry Bosch est seul dans son appartement et est de garde à la brigade de Hollywood. Il aperçoit de la fumée du coté de Cahuenga Pass, puis intercepte un message sur la fréquence du LAPD : un corps vient d’être découvert dans la chambre 7 du minable motel Hideaway. Il aurait du être prévenu en premier et la brigade criminelle a pris l’affaire en charge. Bosch décide de se rendre sur les lieux.

Le cadavre repose dans la chambre depuis plusieurs jours, dans la salle de bains. Calexico Moore, membre de la brigade des stupéfiants, selon les papiers retrouvés sur la table de nuit, s’est tiré une balle de fusil en pleine tête. Il y retrouve le chef adjoint Irvin Irving, qui ne tient pas à ce qu’il s’occupe de cette affaire, d’autant plus que Moore est soupçonné par les Affaires Internes pour corruption. On trouve un mot énigmatique expliquant le suicide : « J’ai découvert qui j’étais ».

Irvin Irving autorise Bosch à aller annoncer la mort de Moore à sa femme, dont il est séparé. Il se retrouve en compagnie de Sylvia, au charme indéniable. Mais elle ne lui apprend rien, à part le fait que Moore était originaire de Mexicali, de l’autre coté de la frontière. De toute évidence, Irving veut conclure cette affaire en démontrant que Moore était un flic pourri. Cela expliquerait pourquoi il n’a pas été prévenu.

De retour au bureau, le chef Pounds le convoque dans son bureau. Il lui rappelle que la fin de l’année approche, et que les statistiques de résolution des crimes ne sont pas bonnes, en dessous de 50%. Comme Lucius Porter, un des enquêteurs, s’est fait déclarer pâle, Pounds demande à Bosch de reprendre ses dossiers pour en résoudre quelques uns rapidement, avant la fin de l’année. Dans un de ces dossiers, il y a la découverte du corps d’un mexicain derrière un bar. En fouillant un peu, Bosch s’aperçoit que le corps a été découvert par Moore. Le suicide de Moore et la mort du mexicain sont peut-être liés dans une affaire de drogue, la Black Ice par exemple qui vient de débarquer et qui fait des ravages.

Rares sont les auteurs capables de vous plonger au cœur d’une intrigue et de ne plus vous lâcher jusqu’à la fin. Cette deuxième enquête est moins complexe que la première mais plus recentrée sur le problème de la drogue. On y retrouve tout le talent de l’auteur pour mener cette intrigue de façon passionnante et avec une logique formidable. Cela amènera même Bosch à faire la chasse aux trafiquants de drogue jusqu’au Mexique dans des scènes d’actions très prenantes. Connelly nous offrira même un ultime retournement de situation comme une cerise sur la gâteau.

Quant au personnage de Harry Bosch, on le retrouve plus solitaire que jamais, aussi bien dans sa vie privée qu’auprès de ses collègues. Seuls ceux qui sont irréprochables ont foi à ses yeux. Détestant l’incompétence et la corruption, il ne se fait pas d’amis. Et on le retrouve aussi de plus en plus miné par son passé, la mort de sa mère, sa jeunesse, et le fait qu’il soit le fils naturel du vieil avocat Haller, dont le fils Mickey Haller fera l’objet de romans par la suite.

La ville de Los Angeles partage la vedette avec Harry Bosch. Alors qu’il l’observe du haut de sa maison perchée sur les collines, Bosch (et donc Connelly) va nous faire visiter les quartiers pauvres, les rues parsemées de drogués, et les bars sombres et glauques où les informations circulent. En ce sens, la fin, qui se déroule au Mexique, ne m’a pas fait oublier ces rues paumées et la criminalité qui augmente à Los Angeles.

La précédente enquête et première de la série s’appelle Les égouts de Los Angeles et est chroniquée ici.