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La Revanche du petit juge de Mimmo Gangemi

Editeur : Seuil (Grand format) ; Points (Format poche)

Traduit par : Christophe Mileschi

C’est suite aux avis des amis Jean-Marc, Yan et Claude que ce roman m’a attiré. Ils disent en effet qu’il a un ton original, et je me devais de tester cette lecture. Je ne fus pas déçu, bien au contraire.

Don Mico Rota est en prison depuis plus de 14 ans, condamné à perpétuité pour de nombreux meurtres. Il faut dire qu’il est le chef suprême de la ‘Ndrangheta, la mafia calabraise. De par son statut, il est le maître incontesté, à la fois dans la prison mais aussi à l’extérieur, puisqu’il arrive à gérer ses affaires en étant enfermé. A l’âge de 75 ans, il espère sortir pour raison médicale, et finir sa vie tranquillement chez lui, puisqu’il lui reste quatre mois à vivre.

Le juge Giorgio Maremmi ne se fait pas d’illusion quant à la décision qu’il doit prendre, concernant le sort de l’assassin Francesco Manto. Quand il est condamné, Manto menace le juge en plein procès : « Infâme et fils d’infâme. T’en as marre de vivre ? T’es mort, tu piges ? T’es mort. ». Ces menaces ne devraient pas le toucher mais le frère de Manto étant en liberté, cela l’ébranle tout de même.

Giorgio Maremmi se mit à sortir moins, pour éviter tout risque. Il accorde juste quelques heures, lors de repas, à son ami et juge aussi Alberto Lenzi et à Lucio Cianci Faraone, riche exploitant de l’oliveraie familiale. Alberto Lenzi est plutôt le genre fainéant, fêtard et sans aucune ambition. Deux jours plus tard, Maremmi sort à la pharmacie pour s’acheter des bonbons à la menthe, pour calmer sa toux. Au retour, un homme s’immisce dans l’entrée de son immeuble et l’abat de deux balles.

Alors que les recherches s’orientent vers le frère de Manto, Alberto Lenzi va devoir abandonner ses parties nocturnes de poker pour essayer de savoir qui a pu tuer son ami et juge Maremmi. D’autant plus que l’on retrouve bientôt le cadavre du frère de Manto …

C’est une sacrée découverte que ce premier roman de Mimmo Gangemi, car c’est un roman pour le moins surprenant. L’auteur prend le temps d’installer ses personnages, tout en prenant un soin particulier à décrire cette partie de l’Italie si belle, si aride, avec ses belles plantations d’arbres, balayées par le vent du Nord.

C’est aussi dans sa façon de mener son intrigue que l’auteur arrive à imprimer un ton très personnel à son histoire. Il prend en effet un nouveau personnage, décrit sa vie, sa façon quotidienne de passer ses journées, puis l’insère dans l’histoire globale, tout cela dans un chapitre en plein milieu de l »histoire. C’est donc toute une galerie de personnages à laquelle nous avons droit qui sont tous des personnages aussi importants qu’Alberto Lenzi qui sert lui de liant à tout cela.

Alberto Lenzi justement, est une sacrée figure, puisque nous avons à faire avec un antihéros dans toute la noblesse du terme. Il ne cherche rien, ne voulant juste que profiter de la vie. Sans aucune ambition, divorcé avec un enfant qu’il ne voit jamais car il n’en voit pas l’intérêt, il est une sacrée figure de personnage immature, ou du moins un personnage qui sait qu’il ne peut pas changer la société dans laquelle il vit.

La société, justement, est totalement gérée par la mafia, la ‘Ndrangheta. Celle-ci est comme une pieuvre, comme un lézard qui, même si on lui coupe une patte, la retrouve après qu’elle ait bien vite repoussée. Cette situation est remarquablement retranscrite au travers de tous les habitants, qui savent tout, mais ne disent rien, qui résolvent leurs problèmes en faisant appel à la mafia plutôt qu’à l’état.

Ceci est remarquablement mis en évidence grâce au personnage de Don Mico Rota, qui gère la société du fond de sa cellule, qui va convoquer le juge Alberto Lenzi pour lui donner des bribes d’information qui vont faire avancer son enquête, au moyen de paraboles toutes plus belles et amusantes les unes que les autres. Car ce roman est écrit avant tout sans prendre parti et avec beaucoup de dérision, avec une légèreté qui donne à l’ensemble une facilité de lecture et un ton définitivement original. Comme je vous l’ai dit, c’est une sacrée découverte, et j’ai hâte de lire la deuxième aventure d’Alberto Lenzi qui s’appelle Le pacte du petit juge et qui est sorti au Seuil.

Une brève histoire du roman noir de Jean Bernard Pouy

Editeur : Editions Jean Claude Béhar

Editeur format poche : Points

Jean Bernard Pouy, en plus d’être un auteur incontournable du roman noir français, est aussi un érudit de la littérature noire. Je ne peux que vous encourager à vous procurer cet essai, qui montre toute la passion de cet auteur pour ce genre littéraire.

Quatrième de couverture :

« Le roman noir se doit par essence de ne pas être rose, c’est la moindre des choses. Sa préoccupation essentielle, celle de dépeindre des êtres brisés et menacés par une société aveugle et corrompue, lui a confié toute une génération d’auteurs qui, eux-mêmes, pour diverses raisons, quelquefois personnelles, ne voyaient aucunement l’espoir se lever derrière les brouillards dépressifs de toutes sortes. »

Jean-Bernard Pouy, une des figures les plus remarquées du roman noir en France, est l’auteur d’une soixantaine de romans. On lui doit notamment La Belle de Fontenay, RN 86 et Spinoza encule Hegel.

« Enflammé, radical, passionné, provocateur, le co-créateur du Poulpe partage ses envies, raconte ses livres favoris, encense ses auteurs phares. » Le Figaro

Mon avis :

Si vous cherchez des lectures pour cet été, ou pour un autre moment, vous allez avoir entre les mains LE livre qu’il vous faut. On ne va pas vous parler de nouveautés, bien qu’il y en ait mais plutôt des incontournables, de ces romans qui vous chamboulent et vous hantent toute votre vie. Clairement, à part Le Dictionnaire des Littératures Policières du Maître Claude Mesplède, il est bien difficile de traiter de ce sujet. Jean Bernard Pouy a décidé de laisser parler sa passion et en cela c’est avant un livre de passionné. Et la force de ce livre, c’est qu’il vous offre sa passion et que nous, nous l’acceptons comme une offrande.

Je ne l’ai pas lu en une seule fois, mais plutôt chapitre par chapitre. Et au passage, j’y ai noté une dizaine de livres qu’il va falloir que je me procure … de quoi alimenter ma rubrique Oldies. A part quelques piques envers les autres genres du polar, JB se lâche, et laisse parler son cœur … et c’est tellement bien écrit que je me demande encore pourquoi je continue à tenir ce blog. Chapeau, Maître !

Vous y trouverez donc une introduction, qui se veut humble. Puis JB nous propose 6 rubriques, pour classer les auteurs. Les aiguilleurs, Les forcenés, Les pessimistes, Les allumés, Les étoiles filantes et les intellos. Quelque soit la rubrique, cela m’a permis de découvrir des titres que je ne connaissais pas. Il termine son exercice par une nouvelle au titre humoristique à souhait et finalement dans le plus pur style de ce qu’il est capable d’écrire : Sauvons un arbre, tuons un romancier ! Tout un programme.

Bref, voilà un livre que je vous conseille très fortement. Que vous soyez fans de littérature policière ou non, il faut le lire pour découvrir autre chose, sans se tromper.

La vérité sur Anna Klein de Thomas H.Cook (Points)

Ceux qui suivent mes avis sur Black Novel savent que je vous un culte à Thomas H.Cook, parce que sa plume est d’une finesse rare et qu’il a trouvé une bonne façon de raconter une histoire : Il s’agit dans beaucoup de cas de gens qui remontent dans le passé à coups de flashbacks. Cette façon de faire lui a permis de fouiller des thèmes importants tels que la famille, le poids du passé, le regret, l’éducation, la confiance, le doute, la loyauté, les souvenirs, …

Depuis quelque temps, Thomas H.Cook prend la même « recette » et regarde notre histoire contemporaine et notre vision vis-à-vis de ce passé. C’est le cas ici puisque l’on y aborde la deuxième guerre mondiale en nous plongeant dans le royaume des espions.

Le prétexte, ou plutôt devrais-je dire la colonne vertébrale de cette histoire, est la rencontre entre deux hommes, peu après le 11 septembre 2001. Le premier est tout jeune, presque un jeunot, et est sensé être journaliste. Paul Crane vient écrire un billet sur la vie de l’homme qu’il vient rencontrer, en la personne de Thomas Danforth. C’est le deuxième homme de notre histoire, un homme qui a connu les soubresauts de la Grande Guerre.

Tout débute en 1939. La guerre n’a pas encore été déclarée, mais tout le monde le sait qu’elle va arriver parce que c’est inéluctable. De même, tout le monde sait que les Etats Unis vont être obligés d’intervenir. A l’époque, la situation était complexe, Danforth était un jeune espion, innocent, naïf. Robert Clayton, un collègue et ami, le contacte afin de rencontrer une nouvelle recrue, Anna Klein, pour dans un premier temps, l’évaluer.

Anna Klein est redoutablement belle, mais elle est aussi remarquablement décidée quant à accomplir sa mission : mener à bien Le Projet. Danforth ne sachant pas de quoi il s’agit, accepte malgré tout de prêter sa demeure afin d’entrainer Anna à la création de bombes, à l’utilisation d’armes … Après plusieurs semaines, c’est le départ vers l’Europe. Anna sera chargée de réaliser sa mission et Thomas la suivra durant son périple.

Comme d’habitude, j’ai envie de dire, Thomas H.Cook joue sur les flash-backs pour raconter cette aventure. Au travers de cette interview, entre un jeune homme innocent et un « vieux de la vieille, Thomas H.Cook décide de nous plonger dans le brouillard. Pendant presque un quart du roman, nous ne saurons pas plus de choses que ce que l’on veut bien dire au jeune Danforth. On y suit bien la rencontre puis l’entrainement d’une jeune femme, mais on ne sait guère où cela va nous mener. Par contre, on apprécie la subtilité de la plume qui s’amuse à inverser les rôles, le vieux Danforth devenant le jeune homme innocent de l’histoire.

Puis, après le départ pour l’Europe, les rôles s’affirment, et surtout la passion s’en mêle. Thomas et Anna vont bel et bien tomber amoureux et accomplir une mission dangereuse dans le sud de la France. C’est à partir de ce moment là que la situation devient trouble : certes depuis le début, nous savons qu’Anna était dès le départ condamnée, mais plus on s’enfonce dans le livre, plus on se demande qui est qui, qui joue avec qui, et qui manipule qui. Et cet auteur a l’art de nous poser des petites phrases qui, sans cesse, arrivent à semer le doute au fur et à mesure de la lecture.

En nous faisant traverser plus de cinquante ans de l’histoire mondiale, avant, pendant et après la deuxième guerre mondiale, Thomas H.Cook nous dessine à la fois le monde trouble et sous-jacent de l’espionnage, leur rôle dans les conflits, mais aussi et surtout la difficulté pour les hommes qui sont derrière de comprendre les grands desseins. Car c’est bien un portrait d’homme que nous offre Thomas H .Cook avec ce roman, qui a perdu son innocence, mais qui, pour autant, ne sait pas pourquoi et comment il doit prendre sa propre histoire, perdue au milieu de la Grande Histoire.

Au cours de ce roman, nous aurons droit à la sécheresse du climat espagnol, à la crainte des Londonniens, à l’insouciance des parisiens, à la terreur des Allemands, mais aussi à la folie des soldats, à la fureur des tortures ou au désespoir d’un amoureux ayant perdu son amour. C’est un roman plein d’aventures et de romantisme, embelli par une écriture magnifique et en même temps intime. Un grand roman d’espionnage.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude

Le gâteau mexicain de Antonin Varenne (Points)

Depuis Fakirs, premier coup de cœur Black Novel, je suis un fan inconditionnel de Antonin Varenne. Les éditions Points ont eu la bonne idée de ressortir son deuxième roman, qui était paru à l’époque (en 2008) aux éditions Toute Latitude.

Quatrième de couverture :

Rien ne va plus pour Nino Valentine. Depuis le braquage désastreux d’une bergerie qui lui a valu une rafale de chevrotine dans les fesses, la malchance le poursuit. Dépassé par les événements, le beau manouche prend la fuite au volant d’une voiture volée avec un bébé orphelin à l’arrière. Objectif : survivre. En cavale, son destin se mêle à celui d’un poète raté, d’un flic obèse et de prostituées insoumises.

Né à Paris en 1973, Antonin Varenne est diplômé de philosophie. Il a parcouru le monde avant de revenir en France pour se consacrer à l’écriture. Ses romans Fakirs et Le Mur, le Kabyle et le Marin sont disponibles en Points.

« Retenez bien son nom, car Antonin Varenne trône en bonne place dans la nouvelle génération des polardeux français. » L’Express

Mon avis :

On entre dans ce roman comme on entre dans un bazar. Le roman repose sur trois personnages, et on découvre dans ce roman tout le talent de l’auteur à faire vivre des personnages extrêmes, impossibles, que l’on n’a aucune chance de rencontrer dans la rue … et ça vaut mieux. On y trouve Nino qui va vite rencontrer des Romanichelles. D’aventure en aventure, il va être poursuivi par des gens, alors qu’il se retrouve avec un bébé dans les bras. Il y a Nathalie, la pute au grand cœur. Et il y a Padovani, inspecteur aux mœurs, qui fait plus de 150 kilos, et qui a une philosophie : « J’aime pas les gens ».

Antonin Varenne additionne les scènes, toutes bien faites, avec des dialogues brillants, sans qu’elles aient des liens évidents les unes avec les autres. Cette lecture peut déconcerter et on peut avoir une impression d’improvisation et de grand n’importe quoi. Et pourtant, pourvu que l’on fasse un peu d’effort, que l’on poursuive dans l’intrigue, on découvre des scènes hilarantes, mais aussi délirantes.

C’est donc un polar original, qui ne plaira pas à un grand nombre par son coté foutraque mais qui rendra curieux tous les fans de cet auteur qui a écrit tant de grands livres par la suite. Après avoir fini le roman, on en gardera tout de même quelques scènes inoubliables voire même quelques scènes intimes que personne n’est capable d’écrire comme cela. Un objet littéraire étrange et attachant.

King Suckerman de George Pelecanos (Points)

Aux dire des experts pelecanosiens, King Suckerman est le meilleur roman de cet auteur, et chacun de ses romans se propose de montrer un aspect de la ville de Washington. Ici, nous faisons un retour en arrière, dans les années 70, quand la ville était à 80% noire. Ce roman est le premier d’un quartet, qui comporte Un nommé Peter Karras (qui se situe avant celui-ci), puis Suave comme l’éternité et Funky guns.

Nous sommes en 1976, à quelques jours des célébrations du bicentenaire de L’indépendance américaine. Wilton Cooper est un tueur à gages noir. Il est venu assister au Drive-in à son film favori : L’exécuteur noir, un film qu’il adore car il représente tellement ce qu’il est, lui. Au moment de la scène finale, il voit un jeune homme blanc qui entre dans la cabine du projecteur. Il reproduit les dialogues du film en tuant le projectionniste de plusieurs balles. Wilton Cooper va prendre sous son aile le jeune Bobby Roy Clagget.

Marcus Clay est un disquaire noir. C’est un ancien soldat revenu du Vietnam, mais il préfère ne jamais en parler. Il s’est pris d’affection pour le jeune Dimitri Karras, qui est élevé par sa mère, et avec qui il joue au basket. Dimitri sèche les cours, ne fait rien de ses journées et deale un peu de drogue.

Eddie Marchetti, surnommé Eddie Spaghetti, est à la tête du traffic de drogue à Washington, depuis que la Famille lui a demandé de quitter le New Jersey. Il attend la visite de Cooper qui doit lui proposer d’éliminer un gang de motards qui vend de la drogue, et celle d’un nommé Karras qui veut acheter une livre de dope.

Quand Dimitri débarque avec Clay chez Eddie Marchetti, Cooper est là avec Bobby Roy. La rencontre est sous haute tension, car il parle mal à Vivian et Dimitri ne l’accepte pas. Dimitri flanque un coup de poing à Eddie et les flingues sortent. Tout le monde se tient en joue. Et Clay ne sait pas pourquoi il fait cela, mais il prend l’argent, en même temps que la drogue. Dimitri et Clay repartent avec Vivian … Leur vie va se résumer à une question de survie.

Nous allons donc suivre l’itinéraire des deux groupes de personnes : d’un coté, la course sanglante de Cooper, avec son acolyte Bobby Roy, sorte de jeune homme cinglé et psychopathe. De l’autre Dimitri et Clay qui savent qu’une rencontre est incontournable, qu’il ne peuvent rien contre cela … jusqu’à ce que cela devienne une obligation pour stopper la série de massacres.

Outre la structure qui est plutôt classique et qui alterne entre les différents personnages, ce qui est remarquable dans ce roman, c’est la peinture du Washington des années 70, avec ces petits détails qui nous plongent dans les décors d’alors, avec cette bande son impeccable. On y trouve aussi ce combat des noirs pour exister, ce besoin d’être reconnu d’égal à égal avec les blancs. Le personnage de Cooper est d’ailleurs annonciateur de ce qui va arriver à la société américaine, puisque c’est un noir qui manipule et utilise un blanc.

Et puis, on retrouve les thèmes chers à l’auteur tels que l’amitié, la loyauté, la justice. Mais ce que Pelecanos a voulu mettre en avant, c’est cette époque charnière où dans une ville à 80% noire, la révolte gronde. Les films de la Blaxploitation montrent l’exemple à suivre, et donnent un espoir aux défavorisés d’accéder à une vie décente. Il n’y a jamais de volonté de dénoncer de la part de Pelecanos, juste de raconter à travers une histoire formidablement bien maitrisée les changements de la société américaine à venir. Superbe !

Ne meurs pas sans moi de Suzanne Stock (Points)

Je profite de la sortie de ce roman en format de poche pour dépoussiérer un billet que j’avais écrit quand ce roman est sorti en grand format.

Sandra Denison est une jeune avocate, que l’on peut appeler une sucess-woman. Elle vit sa vie au présent, collectionnant les succès professionnels et personnels. Le patron du cabinet où elle travaille, Kyle Hartmann, lui propose une promotion et d’intégrer le conseil d’administration. Mais ils n’auront pas l’occasion d’en parler avant lundi !

Suite à cette nouvelle, Sandra décide de fêter ça avec son collègue et amant Mark Stanton. Quand elle lui propose une soirée, il décline, étant déjà pris et ayant peur que sa femme se doute de quelque chose. Alors, elle se retourne vers son amie de toujours, Claire Jenkins. Elles fêteront cela avec des bouteilles de champagne.

Petit à petit, Sandra va se sentir oppressée par une silhouette noire, avec des yeux rouges. Emportée par l’alcool, son environnement va devenir brouillardeux. Des flashbacks vont lui rappeler son enfance, quand elle était maltraitée par sa mère, son père toujours présent et aimant et ce drame quand sa maison a pris feu avec le corps de sa mère à l’intérieur. Quand Sandra trouve le téléphone portable de Claire qu’elle a oublié, son esprit va totalement disjoncter. Que cache donc Sandra dans les replis de son esprit ?

Le roman est divisé en deux parties très différentes entre elles, comme on fait un puzzle. Dans L’appel du vide, Suzanne Stock étale les pièces du puzzle ; Dans La furie, elle les met en place pour nous montrer la qualité de son intrigue. Si la première partie oscille entre les personnages, entre les passages dans le présent et le passé, la deuxième partie est plus linéaire et classique dans son déroulement.

Dans L’appel du vide, tout est fait pour que le lecteur se sente mal. Toutes les descriptions sont centrées sur les petits détails de la vie, et les sentiments de Sandra. Et surtout, l’ambiance se retrouve vite mise à mal par des passages dignes d’un film d’horreur, avec des scènes visuelles pleines de sang et d’angoisse. Si l’alternance entre les différents personnages risque un peu de perdre un peu le lecteur, les scènes d’horreur sont terriblement réussies.

Dans La furie, le personnage principal devient Josh, le père de Sandra et la mécanique se met en place. Et là aussi, en tant qu’habitué des polars, je me suis un peu douté du dénouement, mais la construction m’a paru fort bien faite … Jusqu’à un épilogue qui nous montre que l’on n’a pas rêvé ce cauchemar.

Ce premier roman, sans être exempt de défauts, montre en tous cas une auteure qui est capable de faire frémir le lecteur avec des scènes dignes des films d’horreur. Le style est imagé et j’aurais juste aimé que les paragraphes soient un peu moins longs, plus aérés pour faciliter la lecture. Il n’en reste pas moins que c’est un roman fort prometteur avec quelques scènes tout bonnement ahurissantes. A découvrir.

Dites Mme Stock, c’est pour quand le deuxième ?

Hommage : Une main encombrante de Henning Mankell (Points)

Je ne pouvais décemment pas passer sous silence la disparition le mois dernier de ce grand auteur suédois, connu et reconnu dans le monde littéraire et adulé chez les polardeux pour la création de son personnage de Wallander.

L’auteur :

Henning Mankell, né le 3 février 1948 à Stockholm et mort le 5 octobre 2015 à Göteborg, est un romancier et dramaturge suédois, tout particulièrement connu comme auteur d’une série policière ayant pour héros l’inspecteur Kurt Wallander du commissariat d’Ystad, une ville de Scanie, près de Malmö, dans le sud de la Suède.

Henning Mankell grandit à Härjedalen, au centre de la Suède. Ses parents ont divorcé alors qu’il avait un an. Sa mère partie, il est élevé par son père, juge d’instance. À seize ans, il part en stop pour Paris. Il intègre ensuite la marine marchande, vit à Paris puis en Norvège. En 1972, il découvre l’Afrique, d’abord en Guinée-Bissau puis en Zambie.

Il partage ensuite sa vie entre la Suède et le Mozambique où il a monté une troupe de théâtre, le « Teatro Avenida ». Après quelques romans, il développe sa carrière d’écrivain pour « se consacrer au théâtre en signant de nombreuses pièces » pour la scène et pour la radio. Dès 1990, il se lance en parallèle dans l’écriture d’ouvrages de littérature d’enfance et de jeunesse. Selon le spécialiste des littératures nordiques Philippe Bouquet cité par Claude Mesplède dans le Dictionnaire des littératures policières : « Mankell a toujours eu un faible pour les petites gens, […] cela se remarque dès ses premières œuvres romanesques [dans les années 1980 centrés sur des ouvriers] qui se lancent à la poursuite d’un patron indélicat [ou] traitent de la situation de la femme par le biais de la maternité ».

Mankell ne connaît toutefois une renommée internationale que grâce à la série policière des enquêtes de Kurt Wallander, homme en « perpétuelle interrogation sur le pourquoi des souffrances humaines [et dont la devise est] : « Les êtres sont rarement ce qu’on croit qu’ils sont » ». Ce commissaire, qui mène ses enquêtes de façon désabusée, est entouré par une équipe de policiers où chacun possède une personnalité soigneusement décrite. Les meurtres sanglants auxquels il est confronté le plongent au fil des romans dans un état de plus en plus dépressif, car le développement de l’aspect psychologique est tout aussi important pour Mankell que l’intrigue policière elle-même. Toutes les aventures de Wallander se déroulent dans la petite ville d’Ystad, en Scanie, dans le sud de la Suède, même si le détective se déplace une fois en Lettonie (Les Chiens de Riga) et enquête sur un meurtre dont les origines remontent en Afrique du Sud (La Lionne blanche). En outre, le sol du proche Danemark est souvent foulé.

Henning Mankell reçoit le prix Nils Holgersson en 1991. Il devient le premier lauréat du prix Clé de verre en 1992 avec le roman Meurtriers sans visage. En 2000, il reçoit le prix Mystère de la critique pour le roman Le Guerrier solitaire. Mankell est également double lauréat du prix du meilleur roman policier suédois. En 2007, il préside le jury du Prix du Livre européen qui sera remis cette année-là à Guy Verhofstadt pour son livre Les États-Unis d’Europe.

En 2010, il participe à l’expédition organisée par des groupes activistes en faveur de Gaza, qui donne lieu à un abordage israélien qui causa une dizaine de victimes. Il tire de cette expérience un récit publié le 5 juin 2010 dans plusieurs grands journaux dont Libération (France) 6, The Guardian7 (Angleterre), El País (Espagne), Dagbladet (Suède), La Repubblica (Italie) ou The Toronto Star (Canada). En janvier 2010, le classement de plusieurs magazines dédiés à l’édition, dont Livres-Hebdo en France et The Bookseller (en) en Grande-Bretagne, le place à la neuvième place des écrivains de fiction les plus vendus en Europe en 2009.

Le 29 janvier 2014, il révèle publiquement qu’il est touché par un cancer détecté au cou et dans un poumon à un stade avancé. Et il précise « J’ai tout de suite décidé d’écrire à propos de cette maladie, parce que c’est finalement une douleur et une souffrance qui affectent beaucoup de gens. Mais je vais écrire avec la perspective de la vie, pas de la mort.»

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

C’est l’automne en Scanie avec son lot de pluie et de vent. Désabusé, Wallander aspire à une retraite paisible et rêve d’avoir une maison à la campagne et un chien. Il visite une ancienne ferme, s’enthousiasme pour les lieux, pense avoir trouvé son bonheur. Pourtant, lors d’une dernière déambulation dans le jardin à l’abandon, il trébuche sur ce qu’il croit être les débris d’un râteau. Ce sont en fait les os d’une main affleurant le sol. Les recherches aboutissent à une découverte encore plus macabre.

Au lieu d’une maison, Wallander récolte une enquête. Jusqu’où devra-t-il remonter le temps, et à quel prix, pour identifier cette main ?

Mon avis :

Le cas de Henning Mankell et de Kurt Wallander est vraiment à part. Et tous ceux qui ont ouvert au moins un des romans de cette série ne peuvent qu’être touchés par la disparition de M.Mankell. Car même si il était annoncé que L’homme Inquiet était la dernière enquête de Wallander, il n’en reste pas moins que les fans espéraient toujours une enquête de plus. C’est assez incroyable que Kurt Wallander ait acquis une telle popularité auprès du public, et si je ne veux pas juger la valeur littéraire de cette série, je vais vous expliquer pourquoi j’ai adoré ce personnage.

Je pense que Henning Mankell a créé un style qui laisse la vie s’écouler, qui prend le temps de regarder les gens, qui prend le temps d’analyser les choses. Il prend le temps de montrer des gens normaux, avec des réactions normales. On n’y trouvera pas de scènes extraordinaires, si ce n’est qu’elles le sont car elles sont ordinaires et tellement vivantes. Et Henning Mankell a su écrire pour parler au plus grand nombre.

Il nous a montré un inspecteur bourru et intelligent, toujours aux manettes de sa vie, essayant toujours de s’adapter aux changements de la vie, aux changements de la société. En cela, le public a tout de suite reconnu un des siens. Dans mon cas, j’avais l’impression de côtoyer un proche, quelqu’un que j’avais toujours connu. Quand j’ai appris la mort de Henning Mankell, je me suis brutalement rendu compte que c’est aussi Kurt Wallander qui venait de mourir.

Henning Mankell aura donc, avec son inspecteur, parlé de sujets graves tels l’assassinat de Olof Palme, la perte de l’innocence de son pays, l’évolution de cette société, mais aussi les dessous cachés d’une démocratie qui veut à tout prix paraitre irréprochable aux yeux du reste du monde. Pour autant, Wallander n’est pas un revendicateur, il ne va pas s’élever contre cette évolution, mais juste servir de témoin et laisser le lecteur à son livre-arbitre. Le principe n’en est que plus marquant pour le lecteur.

A tous ceux qui ne connaissent pas Kurt Wallander, cet ami, je ne peux que vous conseiller de les lire dans l’ordre d’écriture et non de parution en France. Moi-même, je ne les ai pas tous lus, mais je peux vous assurer que les premiers sont fantastiques. Et vous prendrez un livre de temps en temps, comme si vous alliez à la rencontre d’un ami dont vous n’aviez plus de nouvelles depuis longtemps.

Le cycle Wallander se termine avec L’homme inquiet, qui clôt la vie de cet inspecteur, puisque, atteint de la maladie d’Alzheimer, il doit prendre une retraite bien méritée. Une main encombrante se situe juste avant, et c’est un court roman qui prépare le lecteur à la santé fragile de Wallander. Dans Une main encombrante, l’enquête est classique, et on voit un inspecteur confronté à la vieillesse, ou du moins à des personnes âgées. Et il se rend compte que cela va bientôt être son tour … Entre envisager d’acheter une maison pour sa retraite et être confronté à la réalité de la déchéance physique, il y a un pas qui est évoqué avec beaucoup de subtilité ici.

Voilà, Henning Mankell est mort, Kurt Wallander est mort. Le monde littéraire vient de perdre un grand auteur. Et moi, je viens de perdre un ami.