Le chouchou du mois de septembre 2016

Oyez, oyez, braves gens ! Regardez mon étal de polars, il y en a pour tous les goûts ! Il vous suffit de choisir en fonction de ce que vous avez envie de lire !

Il me parait normal de mettre en avant mon coup de cœur du moment, mon coup de cœur de l’année 2016, même si celle-ci n’est pas terminée. Cartel de Don Winslow (Seuil) n’est pas un roman extraordinaire, il est exceptionnel. Faisant suite à La griffe du chien, roman devenu culte, cet auteur arrive à nous offrir un voyage en enfer, passionnant de la première à la dernière page. Et à nous montrer le dessous des cartes concernant le trafic de drogues et les luttes de pouvoir au niveau mondial.

Dans la catégorie Oldies but excellent goodies, je ne peux que vous conseiller La bête qui sommeille de Don Tracy (Folio). Outre la dénonciation du racisme, ce roman d’une modernité époustouflante est capable de vous faire ressentir la haine d’une foule en colère. C’est une expérience qui vous le détour, voire plus.

Et si vous cherchez des frissons, mâtinés d’humour, ne cherchez plus ! La proie des ombres de John Connoly (Pocket) est fait pour vous. Cette septième enquête de Charlie Parker est une grande réussite.

Les amateurs de romans policiers pourront tester un nouvel auteur et un nouveau personnage de juge récurrent avec La revanche du petit juge de Mimmo Gangemi (Points). Ce roman fait preuve d’une grande originalité dans la forme et nous présente l’omniprésence de la mafia dans le fond. Très très intéressant !

Et si vous essayiez le dernier roman de Megan Abbott ? Avant que tout se brise (Editions du Masque) est un régal de suspense familial, nous décrivant avec beaucoup de justesse et de subtilité la psychologie d’une mère de famille, aveuglée par les talents de sa fille ainée. Ou bien, vous pouvez lire Mauvaise compagnie de Laura Lippman (Toucan), roman psychologique aussi qui aborde avec beaucoup de talent l’aspect de la présomption d’innocence.

Pour ceux qui veulent du thriller, essayez donc En douce de Marin Ledun (Ombres Noires) et je vous garantis que vous serez surpris. Car le roman se révélera au bout du compte un vrai roman social, dont je ne suis pas prêt d’oublier la dernière phrase.

On peut aussi carrément changer d’univers. Je vous propose donc un un roman de science fiction, basé sur le voyage dans le temps. Dans L’homme qui mit fin à l’Histoire de Ken Liu (Le Belial), on y aborde une vraie réflexion sur la façon d’aborder l’Histoire, au travers d’un rappel des horreurs perpétrées dans l’Unité 731.

Et pourquoi pas faire le grand saut ? Dans Ne sautez pas ! De Frédéric Ernotte (Lajouanie), cette histoire qui repose sur la personnalité de Mathias, un homme comme vous qui se découvre une responsabilité dans la société en aidant les associations humanitaires. Un roman attachant.

Le titre de chouchou du mois revient à Sur les hauteurs du mont Crève-Cœur de Thomas H.Cook (Seuil), pour sa faculté à nous faire revivre la vie dans un petit village du sud des Etats Unis en 1962, et pour cette conclusion surprenante, sans oublier le style subtil et inimitable de ce grand auteur que j’adore.

Je vous donne rendez vous le mois prochain. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

Mauvaise compagnie de Laura Lippman

Editeur : Toucan

Traducteur : Thierry Arson

Les romans, c’est souvent une rencontre avec le lecteur, réussie ou ratée. Ce roman purement psychologique est tombé au bon moment, c’est ce dont j’avais besoin. Même s’il n’est pas parfait, il pose des questions importantes sur la présomption d’innocence.

Baltimore. Ça commence comme un drame qui n’aurait jamais du avoir lieu. Ronnie et Alice sont deux jeunes filles de 11 ans qui sont à la fois voisines et copines. La proximité de leur maison fait qu’on les voit souvent ensemble. Lors d’un anniversaire d’une fille de leur classe, la mère organisatrice reprend Alice, quand celle-ci jette une poupée Barbie dans une flaque de boue. Elle refuse de la ramasser, alors la mère prend le bras de la jeune fille … peut-être serre-t-elle trop ? Alice se dégage, mais ce faisant, elle met un coup de poing à la mère. Résultat : Alice et Ronnie sont gentiment priées de rentrer chez elle et elles insistent pour faire le trajet à pied. Errant dans un quartier qu’elles n’auraient pas du arpenter, elles voient un landau avec un bébé dedans. Elles frappent à la maison pour le signaler, d’autant plus qu’il fait soleil et très chaud. Personne ne répond, alors les deux filles emmènent le bébé. Quelques jours plus tard, le corps du bébé est retrouvé …

Sept ans plus tard, Ronnie et Alice ont purgé leur peine. Elles ont été enfermées dans des centres de délinquance juvénile différents. Elles vont revenir dans leur ville de Baltimore, chacune de leur coté, chacune avec ses propres moyens. Alice est devenue une jeune femme grassouillette, Ronnie est grande et maigre. La mère d’Alice retrouve son enfant, et cherche à la protéger. Ronnie se débrouille pour trouver un travail de vendeuse.

Cynthia Barnes, qui a perdu son bébé est excitée par le retour des deux jeunes femmes. Pour elle, c’est une aberration. Et elle a peur car elle a eu depuis un autre enfant. Sharon, l’avocate qui a défendu Alice, a un sentiment de culpabilité vis-à-vis de son échec et de la condamnation de sa cliente. Quant à la police, dont Diane Porter, elle ne s’occupe pas de cette situation … jusqu’à ce qu’un nouveau bébé disparaisse …

Si mon résumé est si long, c’est bien parce que le contexte est important dans cette histoire, et que l’auteure prend d’ailleurs son temps pour placer les différents personnages. Il existe des romans qui racontent le retour après un séjour en prison, et ce sont plutôt des romans noirs, durs. Ici, Laura Lippman nous livre plutôt un roman purement psychologique, et se permet de détailler, par chapitres alternés les réactions de chacun.

Donc il faut s’attendre à un rythme lent, et à une description fort judicieuse de chaque attitude, même si par moments, j’ai trouvé que les réactions étaient exagérées. Mais dans l’ensemble, le traitement du sujet, ou des sujets abordés est brillant, et très maitrisé. Car le sujet du roman est bien la présomption d’innocence, la dette payée à la société qui vous poursuit toute votre vie. Je parle de sujets au pluriel, car je dois ajouter que le bébé mort est noir alors que les deux jeunes filles Ronnie et Alice sont blanches ; qu’il faut condamner ces jeunes filles à une lourde peine, pour le calme de la ville, d’autant plus qu’elles sont issues de familles pauvres alors que la petite Barnes est issue d’une famille aisée.

Tous ces sujets forment les questions que pose l’auteure dans la première moitié de ce roman. Puis, après la disparition du deuxième bébé, on retrouve les mêmes thèmes avec, en plus, les a priori de la police lors de leur enquête, et les harcèlements de la presse. Du coup, l’enquête passe clairement au second plan pour mettre en lumière les réactions exacerbées des uns et des autres, comme une sorte de meute de loups qui s’acharnent sur deux jeunes filles innocentes … mais sont-elles innocentes ? Je ne vais quand même pas tout vous dire ! Vous l’aurez compris, les fans de romans psychologiques vont être ravis. Quant aux autres, posez-vous la question : Un criminel qui a purgé sa peine est-il dans l’esprit de tous innocenté ?

L’homme qui mit fin à l’Histoire de Ken Liu

Editeur : Le Belial – Collection : Une heure lumière

Traduction : Pierre-Paul Durastanti

Je dois cette lecture à l’insistance et au prêt de Greg2. Qu’il en soit grandement remercié car ce livre est un livre choc, une de ces novellas que vous n’êtes pas prêt d’oublier. Il s’agit d’un roman de Science Fiction, flirtant sur le thème du voyage dans le temps, mais il s’agit aussi d’un brûlot, d’un de ces romans qui dénoncent en même temps qu’ils veulent faire preuve de mémoire. Un livre important, donc.

Quatrième de couverture :

Futur proche.

Deux scientifiques mettent au point un procédé révolutionnaire permettant de retourner dans le passé. Une seule et unique fois par période visitée, pour une seule et unique personne, et sans aucune possibilité pour l’observateur d’interférer avec l’objet de son observation. Une révolution qui promet la vérité sur les périodes les plus obscures de l’histoire humaine. Plus de mensonges. Plus de secrets d’État.

Créée en 1932 sous mandat impérial japonais, dirigée par le général Shiro Ishii, l’Unité 731 se livra à l’expérimentation humaine à grande échelle dans la province chinoise du Mandchoukouo, entre 1936 et 1945, provoquant la mort de près d’un demi-million de personnes… L’Unité 731, à peine reconnue par le gouvernement japonais en 2002, passée sous silence par les forces d’occupation américaines pendant des années, est la première cible de cette invention révolutionnaire. La vérité à tout prix. Quitte à mettre fin à l’Histoire.

« Ken Liu est un génie. » Elizabeth Bear

Ken Liu est né en 1976 à Lanzhou, en Chine, avant d’émigrer aux États-Unis à l’âge de onze ans. Titulaire d’un doctorat en droit (université de Harvard), programmeur, traducteur du chinois, il dynamite les littératures de genre américaines depuis une dizaine d’années, collectionnant distinctions et prix littéraires, dont le Hugo, le Nebula et le World Fantasy Award. En France, son recueil La Ménagerie de papier (Le Bélial’, 2015) est lauréat du Grand Prix de l’Imaginaire 2016.

Mon avis :

Revenons pour commencer sur le titre : Je me demande si, s’il avait été en lettres minuscules, l’auteur aurait écrit histoire avec un h minuscule ou un H majuscule. Car il est bien question d’Histoire. En Anglais, le titre n’offre pas de doute, c’est bien The man who ended History. Car il est bien question, avec ce sujet sur un voyage dans le temps à un endroit et un moment particulier et bien défini, de l’Histoire. Et c’est bien la question que l’auteur nous pose : La possibilité de vérifier de visu certains événements passés nous permettrait-elle de confirmer certains passages de l’Histoire ? Ou au contraire, cela ne ferait-il que semer la discorde et laisser libre cours aux négationnistes de tous poils sous prétexte que les participants à cette expérience ne sont que des témoins, donc faillibles.

En ce qui concerne le titre, l’auteur (et la version française, mais pas sur la couverture) a ajouté The man who ended History : A documentary. Effectivement, la forme de cette novella est construite comme un documentaire. Chaque plan y est décrit et passe d’un témoin à l’autre, donnant même la parole aux scientifiques ou à leurs conjoints. Quelle bonne idée d’avoir construit le roman de cette façon, donnant ainsi plus de force et de véracité à ce qui y est raconté, rendant ainsi chaque chapitre, chaque témoignage passionnant.

Le sujet central est l’Unité 731, ce laboratoire créé dès 1932 à Pingfang, localité proche de la ville de Harbin au Mandchoukouo (actuelle province du Heilongjiang en République populaire de Chine), où les Japonais se sont livrés à des expérimentations sur des Chinois vivants, soit disant pour étudier des maladies. On y trouve quelques passages difficiles tant ils sont cruels mais le principal n’est pas là. Il est bien sur dans ce qu’il advint après, tous ces soldats innocentés pour peu qu’ils reconnaissent ce qu’ils avaient faits, ces pseudo-chirurgiens qui ont été réhabilités par le Japon ou les Etats Unis pour peu qu’ils partagent leur savoir. Ce livre contient des témoignages de certains d’un camp ou de l’autre et même des opposés à cette expérimentations qui affirment, arguments à l’appui, que cela n’a aucune importance.

En un peu plus de 100 pages, Ken Liu nous pond un roman impressionnant, passionnant, dont le but est surtout de nous faire réfléchir sur l’Histoire, sur les réactions des uns et des autres et nous pose la grande question : Qu’est-ce que l’histoire ? Pour ma part, j’ai trouvé un peu réducteur de dire ou laisser entendre que l’histoire est un amoncellement de faits. Je pense qu’il faut plutôt trouver le déroulement logique qui amène à de telles exactions, en trouver les causes pour éviter que cela n’arrive à nouveau. Mais ce n’est que mon avis. En tous cas, c’est une novella à ne manquer sous aucun prétexte.

Cartel de Don Winslow

Editeur : Seuil

Traduction : Jean Esch

Attention, coup de cœur, gros coup de cœur, énorme coup de cœur !

J’ai bien peur que ce billet s’adresse à ceux qui ont lu La griffe du chien. Pour les autres, dépêchez vous de rattraper votre retard, car Cartel en est la suite, et c’est un MONUMENT ! La griffe du chien fait partie de mon Top 10 de tous les livres que j’ai pu lire, et c’est forcément avec un peu d’appréhension, de crainte, que j’ai commencé cette lecture. Je dois dire qu’il y avait aussi un peu de peur, celle de trouver ce roman bien, mais sans plus, de ternir ce fantastique livre qu’est La griffe du chien.

Il n’en est rien. Cartel se révèle au niveau de son prédécesseur, sans se répéter ou paraphraser l’épopée précédente. Alors que La griffe du chien racontait l’ascension inéluctable du trafic de drogue, approuvé par les Etats Unis, à travers un duel devenu personnel entre Art Keller et la famille Barrera, entre 1975 et 2000, Cartel raconte la guerre civile (ou presque parce que non reconnue comme telle) qui a ravagé le Mexique. Il balaie donc la période qui va de 2004 à 2012.

Le livre s’ouvre sur une liste plus de 200 personnes, 200 journalistes qui sont morts pour avoir enquêté ou parlé des événements qui se sont passés au Mexique pendant son écriture. Comme entrée en matière, ça plombe l’ambiance et après avoir lu Cartel, on comprend que Don Winslow a voulu rendre hommage à tous ces gens qui luttent pour informer, qui veulent faire éclater la vérité, en relatant les faits.

2004, au Nouveau Mexique. Art Keller a quitté la DEA et s’est reconverti en apiculteur dans un monastère. Pour tenter d’oublier son passé, sa vie, mais aussi pour fuir.

2004, San Diego. Adan Barrera, l’ancien roi de la drogue, passe 23 heures par jour dans sa cellule. Son avocat vient lui annoncer la mort de sa fille Gloria, atteinte de Lymphangiome kystique qui engendre une malformation de la tête. Adan veut assister aux obsèques à tout prix. Il demande à son avocat de négocier sa présence contre des informations sur les cartels mexicains. Au retour de l’enterrement, Adan Barrera promet la tête d’Hugo Garza, le leader du cartel du Golfe, à la condition d’être extradé dans une prison au Mexique.

Dans la prison de Puente Grande, Adan organise sa cellule avec un coin bureau et a même droit à une cuisine individuelle avec cuisinier. Il reprend le métier, organisant les transports et recevant toutes les informations sur ses ordinateurs personnels. Il met la tête d’Art Keller à prix, pour deux millions de dollars, car il veut avant tout éliminer son pire ennemi. Dans la nuit de réveillon, il organise une rébellion et en profite pour s’échapper.

Art Keller a été prévenu par deux agents de la DEA. Sa tête est mise à prix. Alors, il reprend la fuite, changeant tous les jours d’hôtel, abattant de jeunes drogués qui lui courent après. Mais la fuite n’a qu’un temps. Il se résigne à retourner voir Taylor, son ancien chef à la DEA, et lui propose ses services pour arrêter Adan Barrera. Car c’est avant tout une question d’honneur et de survie.

Après quelques dizaines de pages pour introduire l’histoire, Don Winslow entre dans le vif du sujet, ou plutôt il nous plonge brutalement dans le Mexique des années 2000, un pays livré aux cartels de la drogue, qui se font la guerre entre eux, engendrant un massacre (et je pèse mes mots !) qui s’apparente plus à un génocide qu’à une guerre civile. Chaque région étant détenue par un cartel, les combats deviennent une guerre de territoire, chaque camp se construisant une véritable armée de milliers de tueurs sanguinaires, chaque camp étant soutenu soit par la police municipale, soit la police fédérale, soit par l’armée. Bref, chaque événement est l’occasion d’engendrer une vague de crimes dont les innocents sont plus nombreux au sol que les coupables eux-mêmes.

Cartel, c’est un livre de fou, qui réussit à nous faire vivre de l’intérieur cette situation inédite d’un pays qui a perdu le pouvoir face au crime organisé comme des armées de mercenaires, des soldats sans aucune humanité.

Cartel, c’est un livre qui vous montre que derrière les horreurs, derrière les compromissions, derrière les corruptions, derrière les hypocrisies des grands pays industrialisés, il y a des hommes et des femmes qui se battent pour vivre, car ils veulent vivre honnêtement.

Cartel, c’est un livre qui démonte tous les mécanismes, toutes les décisions prises si haut au sommet de tous les états (de la Maison Blanche à l’Europe) qui soit disant font tout pour lutter contre la drogue, mais qui en sous-main facilitent le trafic par l’ouverture des frontières pour laisser passer des camions ou des bateaux remplis de cocaïne.

Cartel, c’est un gigantesque roman de guerre politique et économique, comme un énorme jeu de plateau où chacun avance ses pions, fait des alliances avec ses ennemis d’hier pour mieux récupérer une région ou mieux trahir un ami d’hier, tout cela au nom du pouvoir et non de l’argent, puisqu’ils sont immensément riches et ont placé leur argent dans les entreprises industrielles mondiales.

Cartel, c’est un livre qui prend votre tête pour la plonger dans le sable du désert, où sont enterrés des milliers de personnes ; pour vous emmener dans un trajet de bus quand une bande armée débarque et tire dans le tas, qui vous montre que l’on peut élever des enfants de 11 ans et en faire des machines à tuer.

Cartel, au-delà du souffle épique et de son incroyable densité, c’est aussi des personnages, tous plus sublimes les uns que les autres ; qu’ils soient du bon coté ou du mauvais, ils sont tous à vos cotés, ils vous montreront leur vie, leur logique. Au premier rang d’eux, il y aura des femmes, formidables de courage (Marisol en particulier) qui vont reconstruire un village ; il y aura des journalistes grandis par leur courage et à l’espérance de vie si courte ; il y aura des policiers corrompus, des paysans, des barmen, des caïds, des mercenaires, des enfants, et tant de morts.

Cartel, c’est avant tout un grand, un énorme roman, qui se base sur une documentation impressionnante, qui arrange les faits pour faire avancer son intrigue et qui débouche sur une scène finale de feu d’artifice. D’ailleurs, je remercie Damien Ruzé pour m’avoir signalé ce site qui lui relate la situation du Mexique : http://www.borderlandbeat.com/. Parce que, ne croyez pas que c’est fini. La guerre de la drogue est d’ors et déjà perdue. Et les responsables de la situation mexicaine sont aussi à chercher de l’autre coté de la frontière.

Cartel, c’est tout simplement ma meilleure lecture de 2016.

Coup de cœur !

Ne ratez pas les avis des amis Jean-Marc et Yan.

 

Sur les hauteurs du Mont Crève-Cœur de Thomas H.Cook

Editeur : Seuil

Traducteur : Philippe Loubat-Delranc

Le dernier roman en date de Thomas H.Cook, que j’adore pour son talent et sa subtilité à faire revivre des époques passées est une merveille de roman social et s’intéresse aux années 60, dans le Sud des Etats Unis. Suspense et surprises au rendez vous !

« Voici le récit le plus tragique qu’il m’ait été donné d’entendre. Toute ma vie, je me suis évertué à le garder pour moi. » Ainsi commence ce roman, ainsi parle Ben Wade …

Cette histoire dramatique nous est contée par Ben Wade, médecin à Choctaw, une petite ville d’Alabama où il a passé toute son enfance. Quand il était jeune, il aidait son père à remplir les rayons de l’épicerie. Puis, il a fait ses études au lycée de Choctaw avant de poursuivre ses études de médecine ailleurs. Ben se rappelle l’année scolaire 1961-1962, celle qui a tout décidé de son avenir.

Ben a toujours été un très bon élève. C’est pourquoi le directeur a pensé à lui pour devenir le rédacteur en chef du journal du lycée, le Wildcat. Ben accepte cette charge et quand il en parle à Luke Duchamp, son meilleur ami, celui-ci lui dit qu’on lui a forcé la main. Ben s’en défend, arguant que cela allègera la charge de Mlle Carver qui s’en occupait jusqu’à maintenant. En tous cas, Ben espère rehausser le niveau intellectuel du journal.

Cette année là, une nouvelle élève est arrivée du Nord, de Baltimore Kelli Troy. Bien qu’elle fût de nature discrète, tout le monde la remarquait grâce à ses cheveux blonds, ses yeux bleus. Tout la différenciait car elle venait du Nord, d’une grande ville et était élevée seulement par sa mère. Tout cela alimentait les on-dit, mais personne n’aurait pu imaginer ce qui allait se passer en cette année 1962.

A la fin de l’année 1962, on a retrouvé le corps de Kelli en haut du mont Crève-Cœur. C’est Lyle Gates qui a été arrêté et accusé pour ce méfait, un jeune à la réputation de violent. Ben avait remarqué Kelli, il ressentait de l’attirance pour elle, surtout parce qu’elle venait d’ailleurs. Quand elle vint lui proposer un poème pour le Wildcat, ils devinrent amis et collaborateurs pour le journal …

A chaque roman de Thomas H.Cook, je me laisse embarquer par cette façon de poser un personnage, une situation, un événement dramatique et de dérouler son intrigue en insérant intelligemment des scènes du passé qui vont donner de l’épaisseur à l’ensemble. Ben Wade est un personnage foncièrement bon, reconnu et apprécié dans sa petite ville de Choctaw. Et pourtant un événement le mine. A partir de ce début si simple, Thomas H.Cook nous décrit un homme « adulé » mais si triste à l’intérieur. Et, au début, on croit à une bluette sur un amour de jeunesse …

Mais c’est mal connaitre cet auteur, ce grand auteur, manipulateur né. Ce début d’histoire lui donne l’occasion de revenir en 1962, dans le sud des Etats Unis, où finalement, l’égalité entre blancs et noirs n’est qu’un mirage. Certes, vu de loin, tout se passe bien, mais en réalité, certaines petites remarques, certaines attitudes, ou même la présence de si peu de noirs au lycée viennent montrer subtilement au lecteur que la réalité est plus moche que ce que l’on imagine.

Thomas H.Cook navigue avec une telle facilité dans la description de ce petit microcosme, qu’on a l’impression de faire un voyage dans le temps. L’apparition de Kelli, jeune fille passionnée pour l’égalité des chances vient certes mettre de l’huile sur le feu, et on en vient à regretter que l’auteur situe ses origines dans le Nord, car je trouve qu’il n’était pas utile de grossir le trait dans ce roman là. Vous avouerez que c’est un bien petit reproche !

Ami lecteur, que tu connaisses ou pas Thomas H.Cook, sache que ce n’est pas un roman revendicateur, ni même un roman témoignage, même s’il en a tous les atours, mais avant tout une belle histoire avec de beaux personnages, des mystères opaques et une fin … franchement, je croyais m’attendre à tout sauf à ça ! Après avoir tourné la dernière page, je me suis dit : « Avec tous les livres que j’ai lus de cet auteur, je me suis encore fait avoir ! ». Excellent, une fois encore c’est excellent. Lisez ce roman, vraiment !

Ce blog a pour unique but de faire partager mes critiques de livres qui sont essentiellement des polars et romans noirs. Pour me contacter : pierre.faverolle@gmail.com