Tu ne perds rien pour attendre de Janis Otsiemi

Editeur : Plon – Sang Neuf

Voilà un auteur dont je lis tous les romans, que je défends ardemment, autant pour ses intrigues, ses messages que son style inimitable. Alors que ses précédents romans étaient édités chez Jigal, le voici qui débarque dans la nouvelle collection de Plon, consacrée au polar, Sang Neuf. Janis Otsiemi nous invite dans son pays, le Gabon, plus précisément à Libreville.

Jean-Marc Ossavou est lieutenant de police dans la brigade de la Sûreté Urbaine. A l’âge de 10 ans, il avait perdu sa mère et sa sœur, fauchées par un chauffard que l’on n’a jamais retrouvé. Cet esprit de vengeance l’a amené à entrer dans la Police Judiciaire, et lui a donné cette envie, ce besoin de rendre la justice. Lassé des mœurs de la PJ, il a préféré être muté à la Sûreté Urbaine où les flics sont moins corrompus. Son poste lui permet d’appliquer sa propre justice.

Si Jean-Marc vit maritalement avec Marie mais n’habite pas la même demeure, il lui arrive de draguer des femmes. Au sortir du bar Chez Maxime, il voit une jeune femme qui attend sur le trottoir. Il lui propose de la remmener chez elle, à Awendjé. Elle lui dit s’appeler Svetlana, et travailler comme serveuse au casino La Roulette. Il la dépose devant un portail noir, enfermant une baraque blanche.

Le lendemain, il retourne à la maison pour revoir Svetlana. Il rencontre sa mère, éplorée quand il prononce son nom. Georgette lui explique que Svetlana est morte, deux auparavant, assassiné. On n’a jamais retrouvé son assassin. Jean-Marc, sur d’avoir rencontré un fantôme, se croit investi d’une mission : Trouver le coupable du meurtre de Svetlana.

Les fans de Janis Otsiemi vont être agréablement surpris par ce nouveau roman. On y retrouve bien cette langue si particulière, si poétique et imagée, faite d’expression gabonaises, et qui sont suffisamment explicites pour un Français moyen. Par contre, on avait droit en tête de chapitres à des proverbes que l’on a perdus en route, même si certains sont inclus dans le texte.

Dans ce nouvel opus, on retrouve avec plaisir cette écriture fluide et cette façon très logique de construire son intrigue. Au lieu d’avoir deux ou trois intrigues entremêlées,  nous allons suivre l’itinéraire d’un policier de la brigade de sureté urbaine. Du coup, j’ai trouvé que le style se faisait plus simple, et que Janis Otsiemi prenait son temps pour développer son intrigue, qu’il avait écrit son polar avec beaucoup de rigueur et d’application.

Dans sa façon de décrire ses personnages, dans sa façon d’amener les scènes, et dans le déroulement de l’intrigue, on est très proche des polars américains. On y trouve peu de sentiments et la psychologie se déduit surtout des actions des uns et des autres. Le détail amené dans les scènes fait que le rythme est moins élevé que pour ses précédents romans. En fait, j’ai surtout l’impression que l’auteur a grandi, en prenant comme exemple ses prédécesseurs, mais en y apportant sa patte, en gardant son identité.

Car le but de Janis Otsiemi est bien rempli : A travers le polar, il nous montre comment les gens vivent à Libreville, il nous décrit les quartiers pauvres, et les quartiers riches, les croyances ancestrales qui sont toujours en vigueur aujourd’hui, et la corruption qui gangrène la société. Et je trouve que, par rapport à ses précédents romans, on peut y lire un espoir puisqu’il y a des policiers qui font leur boulot en refusant l’argent facilement gagné. Ce roman vient s’inscrire dans une œuvre qui compte, et sa lecture vous est fortement conseillée.

Un dernier petit message personnel : Le titre de ce roman me rappelle une expression que ma mère utilisait souvent quand j’avais fait une connerie. Ce n’en est pas une d’avoir lu ce livre.

Les précédents romans chroniqués sur Black Novel sont :

La vie est un sale boulot ;

La bouche qui mange ne parle pas ;

Le chasseur de lucioles ;

African Tabloid ;

Les voleurs de sexe ;

Cet été là de Lee Martin

Editeur : Sonatine

Traducteur : Fabrice Pointeau

Il était clair pour moi que je devais lire ce roman, à partir du moment où il était indiqué sur la quatrième de couverture qu’il avait été finaliste pour le prix Pulitzer du meilleur roman. Je n’ai pas été déçu : ce roman est remarquablement écrit.

Dans une petite ville de l’Indiana. M.Dees nous raconte une histoire qui a eu lieu 30 ans auparavant : « Si vous voulez écouter, vous allez devoir me faire confiance. Sinon, refermez ce livre et retournez à votre vie. Je vous préviens : cette histoire est aussi dure à entendre qu’elle l’est pour moi à raconter ».

Au mois de juillet, la petite Katie McKey, âgée de 9 ans, se fait réprimander par son père parce qu’elle pas rendu les livres qu’elle a empruntés à la bibliothèque. Elle les met dans le panier de son vélo, et part en direction de la ville. On ne l’a jamais revue. On a juste retrouvé son vélo, sur lequel la chaine avait déraillé.

Cette histoire va être contée par trois familles. Il y a bien entendu la famille McKey qui comprend les parents, le frère ainé Gilley et Katie. Il y a M.Dees, qui est un homme taciturne et solitaire, professeur de mathématiques, dont la vie est éminemment logique. M.Dees donne des cours de rattrapage en mathématiques à la petite Katie. Il y a Raymond R. Wright qui vit de petits boulots, comme installer un patio devant la maison de M.Dees. Il vit avec Clare, qui est une jeune veuve.

La vie de cette petite ville repose sur ces trois familles, qui vont avoir des liens les unes avec les autres. Tous sans exception vont être impactés par la disparition de la petite Katie. Et petit à petit, les souvenirs vont reconstruire ce qu’il s’est réellement passé, les secrets vont surgir, les psychologies des personnages vont s’affiner, s’affirmer, jusqu’à une conclusion qui va laisser le lecteur imaginer ce qui n’est pas écrit.

Ce roman nous propose plusieurs voix, comme un roman choral, faisant témoigner chacun des personnages avant d’alterner avec une narration plus classique à la troisième personne du singulier. Pour autant, on n’est pas perdu, puisque les titres des chapitres sont explicites, mais on a l’impression de voir un documentaire qui donne la parole aux différents témoins. Evidemment, chacun ne dit que ce qu’il a envie de dire, et garde bien au chaud ses propres avis ou vérités. Cela donne un roman où le lecteur est pleinement impliqué dans l’histoire cherchant à savoir ce qui s’est passé.

Surtout, cette forme de narration, alternant passé et présent, se rapproche d’un auteur comme Thomas H.Cook tout en s’en différentiant par la forme dont j’ai parlé juste au dessus. C’est aussi une excellente méthode pour décrire la vie tranquille des petites villes américaines, avec ce rythme calme et tranquille, et cette envie de bien paraitre vis-à-vis des voisins. Car qui connait vraiment ceux qui vivent juste à coté ?

Et c’est avec ce style calme et posé que nous nous est racontée cette histoire, qui va s’avérer terrible. On suit cette histoire en suivant le rythme imposé par ces phrases si poétiques, si empreintes du silence des forêts avoisinantes. Ce style remarquable a quelque chose d’hypnotique qui détourne l’attention du lecteur de ce qui est réellement important.

Quant à la conclusion, elle est terrible ! Posant ouvertement la responsabilité des gens dans ce genre d’affaires, cette volonté de se renfermer sur soi et d’ignorer les voisins, même quand ils ont besoin de vous. Tout au long du livre, j’avais la sensation de lire un très bon livre, le dernier chapitre m’a démontré que je venais de lire un grand livre.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Yvan.

Pssica d’Edyr Augusto

Editeur : Asphalte

Traducteur : Dinhiz Galhos

J’avais été enchanté, effaré par Nid de vipères, un roman court et violent, autopsiant la société brésilienne et la corruption généralisée, à travers une histoire de vengeance terrible. Et si l’histoire était marquante, le style si particulier fut pour moi une révélation. Pssica (qui veut dire Malédiction), pour moi, va encore plus loin, et fait plus mal.

Janalice est une collégienne comme les autres. Et pourtant, ce jour là est pour elle comme l’ouverture d’une porte vers l’enfer. Sa beauté, sa couleur de peau blanche en font une des vedettes du lycée. Quand elle est convoquée par la directrice, c’est pour apprendre que son petit ami Fenque a filmé leurs ébats sexuels et les a mis sur un réseau dit social.

La directrice lui demande de partir et de revenir avec ses parents. Quand elle arrive chez elle, elle en parle à sa mère, qui est effondrée. La réaction du père est plus extrême, il lui demande de partir de la maison et il la jette dehors. Elle trouve refuge chez une amie, et essaie de tourner la page. Mais en se promenant dans la rue, elle est enlevée dans une camionnette par deux hommes. Le père de Janalice a des remords. Il fait appel à Amadeu, un policier à la retraite, pour retrouver sa fille.

On va suivre aussi beaucoup d’autres personnages dans ce roman. Manoel Tourinhos a fui son pays d’origine l’Angola quand la révolution a éclaté et a rejoint l’île de Marajo, où il ouvre un commerce avec sa femme Ana Maura. Une bande de délinquants débarque et tue atrocement sa femme. Prea a pris la suite de son père à la tête du gang de tueurs. Leur activité va du vol au meurtre, du trafic de drogue à la corruption. Prea est un des exemples de chefs de gangs dans un milieu ultra-violent.

Comme je l’ai dit pour le précédent roman, le style du roman est particulier, complètement personnel. Là où dans le précédent roman, le lecteur devait emboiter les pièces pour construire l’histoire, on se retrouve ici avec une histoire plutôt linéaire ou plutôt plusieurs histoires en parallèle. Et dans ce cas là, son style fait mouche. Les phrases sont courtes et frappent le lecteur. Les dialogues ne sont pas séparés, ils sont inclus dans un même paragraphe, et le lecteur n’a aucune difficulté à s’y retrouver. En fait, on a plutôt l’impression que Edyr Augusto nous prend la tête entre ses mains et nous la secoue bien fort.

Car la situation est proprement hallucinante, voire déprimante, nous montrant des gens communs aux mains de tueurs qui n’ont aucune limite. Les scènes sont éloquentes, l’auteur ne nous cachant rien. Il faut s’attendre à des scènes crues et être préparé à ce voyage en enfer. Car les victimes vont s’amonceler et le lecteur n’en sortira pas indemne. Si on peut qualifier ce roman de roman noir, c’est aussi et surtout un roman de dénonciation.

Car à travers la galerie de personnages, tous personnage principal de l’histoire à un moment donné, Edyr Augusto livre un témoignage éloquent sur l’état de son pays, aux mains de tueurs sans états d’âmes, inhumains jusqu’au bout des ongles, de tous les trafics qui nourrissent ces gangs, de l’argent qui va remplir les poches des politiciens. Et la morale, dans tout cela ? J’ai bien peur qu’elle ait été enterrée avant le début de ce roman.

Avec ce roman, Edyr Augusto va encore plus loin dans la dénonciation et la dérive de son pays. Il ne met pas de gants, et ne nous épargne rien. C’est un roman fort, un roman coup de poing, qui mérite d’avoir un large écho pour que son message porte. C’est un roman dur, apre, dans lequel on ne trouvera aucune rédemption, aucun espoir, aucun avenir. Et peut-être faut-il que l’on se prenne des claques dans la figure pour nous en rendre compte ? Vous l’avez compris, il faut absolument lire ce roman hallucinant.

Ne ratez pas les avis de Yan, de Jean-Marc et l’excellent billet de la librairie Charybde

La chronique de Suzie : Mör de Johanna Gustawsson

Editeur : Bragelonne

Sur Black Novel, on aime Johana Gustawsson … et on n’est pas les seuls. Suzie, ma chroniqueuse invitée, est de retour pour parler de Mör, son dernier en date. D’ailleurs, ça faisait un petit bout de temps que tu n’étais pas venue, hein, Miss Suzie ?

Je lui laisse la parole :

Bonjour a tous. Cela fait un moment que je ne suis pas venue vous voir avec un billet. Trop de livres à lire et pas assez de temps pour le faire, et donc entre vous écrire un billet et lire, j’ai choisi de lire. Mais, j’ai décidé de sortir de ma cave pour vous parler d’un deuxième roman.

Souvenez-vous, en octobre 2015, Bragelonne publiait le premier roman d’un auteur dont l’intrigue se promenait entre deux lieux et deux époques. D’ailleurs, nous avions fait un billet à deux sur le sujet. La voici donc de retour avec une nouvelle aventure s’intitulant « Mör ». Cette dernière vient de sortir mercredi !

Nous allons donc retrouver notre profiler préféré, Emily Roy qui doit enquêter sur l’enlèvement d’une actrice devant son domicile. Affaire qui ressemble, à se méprendre, à celle d’un tueur en série qui attend tranquillement son heure. En plus, il est responsable de la mort du compagnon de l’écrivain Alexis Castells. De quoi perturber la psyché de cette dernière ainsi que sa nouvelle relation.

Comme dans le premier opus, l’auteur mêle deux périodes temporelles différentes. Dans le premier volume, l’histoire commence en pleine Deuxième Guerre Mondiale, avec les camps de concentration et ses conséquences sur les protagonistes de l’histoire en cours. Alors que dans ce tome, l’auteur va s’intéresser au quartier de Whitechapel et à l’histoire de Jack l’Éventreur. Cette dernière aura-t-elle une incidence sur l’affaire en cours? Je vous laisse le découvrir.

Autant dans le premier tome, l’auteur nous mettait face aux faiblesses de ses héroïnes, autant dans celui-ci, elle va dévoiler un coin de l’histoire. Car, dans certains cas, il faut revenir dans le passé pour pouvoir avancer.

Le rythme ne change pas, constitué par des chapitres courts qui nous emportent d’un point à un autre de l’Histoire et nous faisant changer régulièrement de continents. Aux protagonistes du premier opus vont se rajouter des protagonistes principaux dont un personnage féminin qui devrait être récurrent. D’ailleurs, par beaucoup de points, elle ressemble à Emilie avec une personnalité qui lui est propre. Lors d’une interview via les médias, l’auteur a donné la raison du choix du titre qui, avec ou sans tréma, ne signifie pas la même chose. D’ailleurs, si vous lisez la quatrième de couverture, vous comprendrez pourquoi.

Comme beaucoup de personnes, j’avais hâte de pouvoir retrouver Alexis et Emily dans de nouvelles enquêtes. Surtout que l’auteure nous avait abandonné sur les fameuses boites noires d’Emily qui m’ont fait rager. Ayant beaucoup aimé le premier tome et étant une fan des histoires sur Jack l’Éventreur, j’ai dévoré le roman pour connaitre la fin.

La fin??? Il faut que je vous avoue une chose. Même si je ne devrais pas, j’aime connaitre la fin rapidement et suivre le cheminement jusqu’à celle-ci. Du coup, je suis allée lire quelques pages pour me faire une idée. Comme j’ai mal choisi, je ne me suis pas spoilée. J’ai découvert de nouveaux personnages dont une qui, j’espère, vous devriez aimer.

Il y a une scène que j’ai particulièrement appréciée entre Emily et une tasse de thé un peu spéciale. Sinon, je m’attendais à quelque chose dans le même style que le premier volume et je me suis retrouvée retournée comme une crêpe. Je ne m’attendais pas à ce genre de scène. Autant certains points étaient évidents, autant d’autres m’ont surprise. Et comme certains le savent déjà, un troisième tome est déjà prévu et il se déroulera dans le pays natal des parents d’Alexis : l’Espagne. Il faudra juste être patient.

Dompteur d’anges de Claire Favan

Editeur : Robert Laffont

J’ai déjà dit et redit tout le bien que je pense de Claire Favan, sa capacité à écrire des histoires marquantes, à créer des personnages incroyables et à nous prendre dans ses filets pour nous faire passer d’excellents moments de lecture. A chaque fois, ses romans sont différents, et encore une fois, Dompteur d’anges est une formidable réussite.

Tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Max Ender est depuis sa naissance marqué d’une sorte de destin funeste. Quand il est né, sa mère Faye a vu son père Derek partir, arguant qu’il ne voulait pas d’enfant. Alors elle l’élève seule, courageusement. Quand un camion la fauche, Max se retrouve seul à gérer sa vie, alors qu’il a à peine 19 ans. Et comme il est gentil, les gens lui confient des petits travaux.

Il rencontre Kyle, le fils des Legrand chez qui il travaille. A 12 ans, Kyle est remarquablement intelligent et ils deviennent les meilleurs amis du monde. Alors que Max se blesse, Kyle propose de rentrer chez lui pour aller chercher des compresses. Kyle prend son vélo et se précipite, pendant que Max se rend chez Mme Briggs, son prochain chantier. Personne ne reverra Kyle.

La mère de Kyle appelle Max le soir. Elle est inquiète. Alors Max refait le chemin retour pour retrouver son ami. Il aperçoit un vélo caché sur le bas-côté de la route, et découvre le corps de Kyle. Il a été violé et assassiné. Max n’étant pas très cultivé, il fait figure de coupable idéal. La police ne cherche pas plus loin et l’envoie en prison. Mais en prison, on n’aime pas les violeurs d’enfants.

Max va subir les pires outrages, pendant plusieurs années. Et son histoire, il va la mettre sur le dos de son manque de culture. Il va lire des livres et des livres … jusqu’à ce que le véritable coupable soit trouvé et Max se retrouve dehors. Son calvaire, sa torture va devenir sa motivation : la société devra payer et ceux qui l’ont enfermé vont souffrir comme lui a souffert. Avec l’argent qu’il touche, il achète une caravane et rencontre Suzy. Son avenir, il le voit très simplement : il va élever des enfants dans la haine de la société. Pour cela, il va enlever Tom Porter, le fils d’un de ceux qui l’ont enfermé.

Construit en trois actes, nommés Dompteur d’anges, Frères de sang et Frères ennemis, ce roman est un excellent exemple de ce que Claire Favan est capable de nous écrire en termes de créativité de l’intrigue. Je ne vais pas vous le cacher longtemps, j’ai lu ce roman de 400 pages en 2 jours, et m’a presque fait passer une nuit blanche ! Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas été pris dans un engrenage si savamment dosé, accroché aux pages pour savoir comment cela allait se dérouler.

Si l’histoire commence avec Max Ender, comme je l’ai fait lors de mon résumé (qui ne couvre qu’une cinquantaine de pages, rassurez-vous), elle va vite s’orienter sur Cameron (le nouveau nom de Tom Porter, après son adoption par Max). Max va alors former, éduquer Cameron à devenir une arme contre la société, de façon à réaliser sa vengeance, qui prend ici une dimension inédite.

Si la vengeance est bien le thème central du début du livre, la question qui est posée par Claire Favan est bien celle de l’éducation de nos chères têtes blondes. En grossissant le trait, parce que nous sommes dans un roman, Claire Favan nous montre comment on peut créer des monstres, ou des antisociaux. Et le lecteur que je suis, qui a depuis belle lurette éteint sa télévision pour ne pas subir les programmes débilitants, a fortement apprécié ces questionnements.

Le début du livre est donc dur, psychologiquement parlant, bien sur. Car en plus de nous placer face à ce débat, Claire Favan place ses personnages dans une situation ambigüe, et les rend attachants, ou du moins suffisamment pour que l’on se pose en juge. Evidemment, cela n’est possible que parce que les personnages sont encore une fois formidables et les situations potentielles possibles. Et surtout, logique. L’enchainement des rebondissements est un pur plaisir, et il y en a tellement qu’on est pris par la narration pour ne plus s’arrêter, d’où ma nuit presque blanche.

La suite du roman est à l’avenant : nous sommes questionnés sur les relations fraternelles, sur la culpabilité, sur les erreurs de la justice, sur la subjectivité des gens, sur les couleuvres qu’on nous fait avaler à longueur de la journée. Et tout cela dans un roman à suspense, un parfait page-turner, qui ne vous laissera jamais tranquille. Même lors du dernier chapitre, on se demande si cela va se terminer bien ou mal.

Voilà, voilà. Vous trouverez tout cela et même plus dans ce roman. Vous l’aurez compris, Claire Favan est incontournable dans le paysage polardeux français, et avec ce roman, elle a écrit une fois écrit un fantastique thriller (dans le bon sens du terme). Et jusqu’à maintenant, en ce qui me concerne, elle a réalisé un sans fautes ! Terrible, ce roman !

Toutes taxes comprises de Patrick Nieto

Éditeur : Éditions Cairn

J’avais déjà adoré Jeux de dames de Philippe Beutin, publié par les éditions Cairn. Il semblerait que cette petite maison d’édition ait le nez pour dénicher des premiers romans passionnants et ambitieux. C’est le cas avec ce roman choral, qui s’avère passionnant de bout en bout.

2001, environs de Montauban. L’assassin est caché dans les fourrés qui entourent une luxueuse propriété. Il est 22 heures. L’assassin surveille à travers les vitrages sa future victime, qui, malheureusement pour lui, est au téléphone et a une conversation animée. Enfin ! L’homme raccroche et l’assassin pénètre dans la demeure. Il menace l’homme de son revolver, lui demande de s’agenouiller et l’abat d’une balle dans la tête. Puis, il renverse les affaires qui traînent sur le bureau, simule un cambriolage rapidement et s’enfuit.

Le premier témoin de ce drame est un chat sauvage. Il a bien vu l’assassin armé de son revolver. Il l’a vu aussi déposer dans l’herbe deux mégots de cigarette.

Le policier qui débarque sur la scène du crime est le capitaine Lemoine, de la SRPJ de Toulouse. Il semblerait que l’on ne fasse pas confiance aux gens du cru ! La mise en scène du meurtre ressemble plus à une mise à mort qu’à un cambriolage ou à un meurtre passionnel. Quelle n’est pas sa surprise quand il obtient l’identité du mort : Pierre-Henri Sennelier, proche conseiller du Président de la République Nicolas Sarkozy.

La veuve apparaît éplorée, elle aimait vraiment son mari. Pendant le meurtre de son mari, elle assistait à un concert classique à Toulouse. Il n’y a rien de choquant à cela, puisque son mari n’était pas mélomane.

Cette affaire de meurtre sans piste, sans indice, sans mobile, promet d’être compliquée.

Ce roman est un premier roman.

Ce roman est un roman choral.

Ce roman est excellent.

Je dois dire que j’adore les romans à plusieurs voix. Et je suis toujours étonné quand des auteurs choisissent cette forme pour leur premier roman. C’est faire preuve d’une ambition énorme. La difficulté de l’exercice est bien entendu de faire progresser l’intrigue logiquement, par personne interposée, de faire en sorte que le lecteur reconnaisse rapidement le personnage qui parle, de créer une psychologie cohérente pour chacun, et enfin, d’adapter le style de l’expression au personnage.

Si je reprends ce que j’attends d’un roman choral, point par point, je dois bien avouer que ce roman est un sans-faute. Les personnages sont fantastiquement dessinés, on les reconnait tous immédiatement et en plus, on est aidé par les titres des chapitres même s’ils ne sont pas forcément utiles. Les psychologies sont remarquables, les personnages nombreux puisqu’il y en a une dizaine. On est compréhensif envers le capitaine Lemoine, même s’il fait montre d’une certaine attitude hautaine. La veuve au début éplorée s’avère cacher des choses. L’assassin est retors au possible. L’avocate, mal dans sa peau, est attachante. Et les témoins, répartis dans l’intrigue, vont servir de lien, de liant. Pour donner un point de repère, ce roman dans sa forme, se situe au niveau du roman de Ron Rash, Un pied au paradis. Et je n’ai pas été bluffé à ce point depuis L’île des hommes déchus de Guillaume Audru.

Il faut dire que l’intrigue est menée de façon très intelligente, enchaînant avec beaucoup de créativité les rebondissements, les allers-retours, les fausses pistes, pour mieux accrocher le lecteur. De plus, c’est écrit avec beaucoup d’humour, et je ne vous parle même pas du dernier chapitre, qui à la fois donne une cohérence à l’ensemble, mais m’a beaucoup fait rire. Car c’est là que je me suis rendu compte que l’auteur s’était beaucoup amusé à jouer avec ses lecteurs et à nous par la même occasion.

Si le contexte de ce roman se situe au niveau des arnaques sur la taxe carbone, il faut bien s’avouer que cet aspect est parfaitement bien décrit mais n’est pas le point central du roman. Ce n’est pas un roman revendicateur mais bien du pur divertissement, de l’excellent divertissement. Pour le sujet sur la taxe carbone, je ne peux que vous conseiller de lire Le cimetière des chimères d’Elena Piacentini.

Pour un premier roman, Patrick Nieto a frappé très fort, plaçant très haut son ambition dans une intrigue policière en utilisant une forme difficile à maîtriser. Et cela s’avère une formidable réussite. Jetez vous sur ce roman, vous découvrirez un nouvel auteur et vous vous laisserez prendre dans les filets de cette intrigue.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Jean le Belge

 

Récit d’un avocat d’Antoine Bréa

Editeur : Seuil

La collection Seuil Policier change de nom et devient Cadre Noir. Si le visuel des couvertures devient plus commun, car on était habitué au titre séparant par le milieu deux photos, je dois dire que les nouvelles couvertures sont très réussies. Et on commence par un petit roman, une novella d’à peine 100 pages.

Quatrième de couverture :

En 1996, la cour d’assises du Jura condamne deux réfugiés kurdes, Ahmet A. et Unwer K., à trente ans de prison pour l’un, à la réclusion à perpétuité pour l’autre, pour faits de viol aggravé, assassinat en concomitance, tortures et actes de barbarie sur la personne d’Annie B., une jeune aide-soignante. Seize ans plus tard, le narrateur, jeune avocat souffreteux, se voit chargé par une vieille amie de porter assistance à « ce pauvre Ahmet » qui purge toujours sa peine à la prison de Clairvaux. Celui-ci craint d’être expulsé vers la Turquie après sa libération, ce qui selon lui le condamnerait à une mort certaine. Pas tout à fait sûr de ce qu’on exige de lui, notre narrateur prend connaissance du dossier, sans savoir qu’il met ainsi le pied dans une affaire qui va très vite le dépasser.

Si Récit d’un avocat débute à la manière d’un rapport juridique, le roman glisse rapidement vers une enquête sous le signe de l’inquiétante étrangeté, pour ne pas dire de l’angoisse pure. Bien au-delà du fait divers, ce sont des questions politiques qui émergent : les zones de guerre au Proche-Orient, Daech, l’éternel conflit entre l’État turc et les rebelles du PKK, la migration des populations qui en découle. « “Les sociétés ont les criminels qu’elles méritent”, observait en son temps Lacassagne. Se doutait-il que la corporation des criminels peut être assez large pour englober ceux qui les jugent ? » Toujours sur le fil entre fiction et réalité, Antoine Brea signe ici un thriller juridique implacable.

Mon avis :

Ce roman est un sacré coup de force. En une centaine de pages, avec des chapitres ne dépassant que rarement les 2 pages, avec un style littéraire sans dialogue, l’auteur nous fait entrer dans la psychologie d’un homme qui est devenu avocat après avoir été fonctionnaire. D’un naturel effacé, c’est une vieille dame qui correspond avec des prisonniers qui l’alerte sur le cas d’Ahmet. Elle lui annonce que s’il est expulsé, il se fera assassiner en Turquie, son pays d’origine. Il va alors transformer son métier, sa fonction en sorte de mission divine, et donner libre cours à sa folie latente.

Le début du roman s’avère très descriptif, comme un compte-rendu analytique d’une enquête. Et c’est cette façon très froide, très clinique, très factuelle, qui va nous faire entrer dans le personnage. Et si on peut penser que ce roman est trop court, c’est bien son format qui en fait un roman coup de poing. Car une fois commencée, on ne peut plus s’arrêter.

Le plus fort dans cette histoire, c’est qu’Ahmet est bien coupable, qu’il a bien violé, tué et massacré cette pauvre fille avec son complice, et que l’on pourrait se demander pourquoi il continue cette quête. Puis la force du style de l’auteur nous amène à ne pas nous poser la question, mais à le suivre, aveuglément et en toute confiance.

Ce n’est qu’après avoir lu la dernière page, la dernière ligne que l’on se réveille d’n cauchemar que l’on n’a pas vu venir, et on se dit que l’on a fait un sacré voyage dans l’esprit d’un jeune homme solitaire que l’absence de contacts sociaux a rendu malade. Un sacré coup de maitre pour un roman décidément bien particulier et pas comme les autres. Noir.

Ne ratez pas l’avis de Yan 

Ce blog a pour unique but de faire partager mes critiques de livres qui sont essentiellement des polars et romans noirs. Pour me contacter : pierre.faverolle@gmail.com