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Protocoles fatals de Fabrice Pichon

Editeur : Lajouanie

Décidément, les auteurs que je suis, dont je lis tous les livres ont décidé de me surprendre. C’est une nouvelle fois le cas avec ce nouveau roman de Fabrice Pichon, dont j’avais adoré pludeproblèmes.com en particulier (coup de cœur Black Novel).

Mai 1995, Cannes. Ils sont beaux, ils sont jeunes, ils s’aiment. Ils sortent d’un repas chez des amis. Un homme caché dans l’ombre d’un porche les surveille. L’homme n’aime pas intervenir sans préparation, mais il n’a pas le choix, cela doit se faire aujourd’hui. Les deux jeunes gens s’embrassent, font l’amour sur un banc de la Place de Castres. L’homme les vise de son pistolet, mais le jeune entame une bagarre à main nue. L’homme tire deux balles sur la femme, et décoche un uppercut au jeune qui bascule par-dessus une rambarde. La jeune femme s’appelle Lisbeth Rétif et est emmenée d’urgence à l’hôpital.

Juin 2018, Cannes. Maître Olivier Banette n’en croit pas ses yeux et doit annoncer la nouvelle à Lisbeth, sa cliente : son assassin va être libéré malgré une condamnation de 30 ans. En effet, après quelques mois de coma, Lisbeth s’est réveillée, vivante mais paralysée. Elle avait tout perdu, son amant, son enfant qui n’était qu’un embryon de deux mois. Elle avait bien refait sa vie avec Christophe, mais c’était une autre vie. C’était grâce à la détermination du commissaire Acquatella et à Banette qu’ils avaient mis la main sur Vincent Reître, ancien légionnaire et employé comme tueur à gages. Quand Lisbeth sort, Banette est enclin à aider la jeune femme et amie. Il ressort une carte de visite de la société Dassin Spa, domiciliée à Lugano  en Suisse. Son activité : Se débarrasser sans traces de personnes gênantes.

Moi qui ai lu presque tous les romans de Fabrice Pichon, depuis son premier (Vengeance sans visage) jusqu’à son précédent (Retours amers), je dois bien dire que ce roman s’annonce comme un grand coup de balai dans sa bibliographie. En tous cas, il y a une volonté de faire autre chose, de s’essayer à un nouveau genre, et de surprendre son lectorat. Car il n’y a aucun point commun entre ses romans policiers et ce Protocoles fatals. Aussi surprenant qu’il puisse être, c’est une franche réussite.

Changement de genre d’abord : Nous étions habitués à des romans policiers, pour la plupart ancrés dans la Franche Comté, avec des personnages de flics féminins d’une force dépassant les hommes, des personnages craquants. Nous nous trouvons ici face à de nombreux personnages, chacun évoluant dans un décor différent qui va de Cannes à la Suisse en passant par Dijon, et chacun venant poser sa brique de mystère dans cette intrigue.

Changement de genre ensuite : Alors que nous étions habitués à des romans policiers versant doucement dans le thriller (pour certains), nous sommes ici avec un polar costaud et une intrigue redoutablement retorse. De fait, la longueur du roman s’en ressent, passant de 400 pages à 200 pages. Et cela ressemble bien à un condensé de ce que sait faire Fabrice Pichon.

Changement de style enfin : Qui dit moins de pages, dit style moins littéraire, plus direct. Là encore, l’auteur nous surprend par sa facilité à peindre un décor avec moins de mots, à tailler dans le gras des dialogues pour ne garder que la moelle, et à insérer dans son récit une sorte non pas de rapidité mais d’urgence, de tension, poussant le suspense à son extrême, n’hésitant pas à jouer avec les nerfs du lecteur.

Complètement surprenant, Fabrice Pichon casse nos habitudes avec ce roman de suspense au scénario machiavélique. Il réussit un roman terriblement prenant et suffisamment immersif pour que l’on y croie et que l’on n’ait pas envie de s’arrêter de tourner les pages. Et je reprends d’ailleurs la conclusion de l’Oncle Paul : ce roman à suspense, fait de multiples tiroirs au contenu inattendu, m’a paru être un véritable hommage aux deux grands auteurs de ce genre, à savoir Boileau et Narcejac.

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Visite des abattoirs

Le hasard veut que j’aie lu à la suite deux romans totalement différents, dont le contexte était le même, de près ou de loin. Dans les deux cas, on y parle d’abattoir, ces usines où on abat puis découpe les bêtes pour nous les vendre en barquettes dans les supermarchés. J’ai donc eu l’idée de les regrouper dans le même billet.

Jusqu’à la bête de Timothée Demeillers (Asphalte)

Editeur : Asphalte

Du fond de sa cellule, Erwan ronge son frein. Il se rappelle le travail à la chaîne, à l’abattoir, à suspendre les carcasses de bœuf aux crochets. Il se rappelle le bruit incessant des esses qui claquent les unes contre les autres. Il se rappelle son soulagement quand il sortait, les tournées dans les bars, les soirées devant les programmes de télévision abêtissants. Mais rien n’était capable de lui faire oublier le bruit … clac … clac … clac …

Et il y avait Laetitia …

Ecrit à la première personne du singulier, Erwan nous raconte son quotidien, l’abrutissement du travail à la chaîne, son manque d’espoir par manque d’avenir. Sans esbroufe, l’auteur utilise un langage franc, direct, qui sonne vrai. Si au début cela peut sembler déstabilisant, plus on s’enfonce dans le roman, plus cela devient prenant et même impressionnant. Car c’est bien au fur et à mesure des pages que sa personnalité se construit, que le drame se joue, que l’issue se dessine de façon inéluctable.

Le résultat comme je viens de le dire, est redoutable, tout de violence contenue, on lit ce livre avec beaucoup de compassion, et on ne peut s’empêcher de suivre Erwan dans sa descente aux enfers. On est révolté contre les augmentations du rythme de production, réalisé de façon sournoise sans prévenir. On est outré par les conditions de travail, physiques, mentales surtout. Et on ne peut s’empêcher de trouver dans ce roman à la fois éprouvant mais aussi remarquablement bien fait, une forme qui s’allie avec ce qu’il veut montrer : l’horrible conséquence du taylorisme dans ce qu’il a de plus inhumain. C’est un roman dur, lucide, cynique à ne pas manquer.

Ne ratez les avis de Charybde, Jérôme, Yan et Emmanuelle

Bleu, saignant ou à point de James Holin (Ravet-Anceau)

Editeur : Ravet-Anceau

Michèle Scanzoni est avocate en droit du travail à Paris. Alors qu’elle est harcelée par son client présentateur célèbre de télévision, son amie la contacte pour défendre son père, Gilbert Castillon, vétérinaire dans l’énorme usine de viande hachée de Plankaert dont il vient de se faire virer. Comme l’oncle de Michèle est à l’hôpital au Touquet, au stade terminal d’un cancer, cela lui donne deux occasions d’aller dans le Nord.

Comme j’ai lu tous les livres de James Holin, je dois dire que je suis content de l’avoir défendu. Car ce roman est réellement un excellent divertissement, en même temps qu’il est une dénonciation des trafics sur la fabrication et la vente de la viande. C’est sur qu’après avoir lu ce roman, vous n’achèterez plus vos steaks hachés en grande surface, voire même vos boites de raviolis. Car en guise de bœuf haché, James Holin nous montre comment on y insère du porc, du cheval, et même de la viande avariée !

Mais revenons à l’auteur et ses écrits. Depuis son premier roman, il a doucement penché pour un comique de situation. Il enfonce le clou ici en insérant dans son intrigue des scènes tout simplement hilarantes, introduites doucement jusqu’à arriver à des situations absurdes. En cela, cela m’a fait penser à Donald Westlake dans sa façon de faire. Et je peux vous dire que j’ai bien rigolé à la lecture de ce roman.

Cela n’a pas d’impact sur le message de ce roman, et cela lui confère plus de force. Par un souci de gagner encore plus d’argent, tout est bon pour « faire de la merde » et la vendre sous une étiquette alléchante, comme dirait le regretté Jean-Pierre Coffe. Tout cela semble tellement réaliste qu’on ne peut que s’inquiéter en faisant ses courses. Je ne peux que vous engager à lire ce roman, ne serait-ce que pour passer un excellent moment de comédie intelligente.

Ne ratez pas l’avis de l‘oncle Paul

Une femme de ménage de Jérémy Bouquin

Editeur : French Pulp

Ce n’est un secret pour personne, j’aime ce qu’écrit Jérémy Bouquin. Dans un univers légèrement décalé, cet auteur fait toujours preuve d’originalité et de créativité dans ses rebondissements et ses intrigues. A cela, s’ajoute un style direct et cynique qui me sied parfaitement. Une femme de ménage est une nouvelle réussite. Et je peux vous dire que je vais continuer à parler de cette maison d’édition.

Sandra a toujours rêvé de travailler dans la médecine. Voir des blessures ne l’a jamais gênée, mais le niveau d’études requis l’a rebuté. Alors, lors d’un stage dans une morgue, le propriétaire et futur retraité lui donne les coordonnées de Greg, avocat de son nom. En effet, celui-ci a parfois besoin d’aide pour faire disparaitre des victimes de ses clients.

Cela fait maintenant trois ans que Sandra travaille pour Greg. Elle s’est retirée dans une maison isolée, du coté d’Orléans, et fait le ménage au moindre appel. Le problème, c’est qu’en quelques jours, elle doit intervenir sur trois sites différents. Le surmenage la guette, la fatigue la prend. Mais dans son métier, les vacances n’existent pas. Alors, elle va être confrontée à des événements de plus en plus bizarres, comme cette rose déposée sur sa table de cuisine, ou à des rencontres qu’elle aurait ne jamais avoir.

Excellente de simplicité, la couverture est à la fois humoristique et donne le ton du livre. Si on paie des femmes pour faire le ménage, pourquoi n’existerait-il pas des femmes chargées de nettoyer les corps de victimes ? A partir de ce constat d’une simplicité confondante, Jérémy Bouquin arrive encore une fois à nous surprendre et à nous enchanter par cette histoire qui va nous faire passer par toutes les émotions.

Avec une intrigue simple, on se retrouve avec un personnage principal en proie au surmenage (et au passage, Jérémy Bouquin nous glisse que ce monde devient de plus en plus fou !). D’une situation qui peut sembler aberrante, la force du personnage suffit à nous faire croire à cette histoire, et le talent de l’auteur fait le reste ! C’est impressionnant de facilité, et on y prend un pied d’enfer ! Je voudrais juste signaler que ce roman comporte quelques scènes sanglantes pas forcément insoutenables grace au style léger de l’auteur, mais tout de même, ça saigne.

Je voudrais juste rajouter que si le personnage de Sandra finit par être attachant, on en viendrait presque à la plaindre, les seconds rôles sont tout aussi croustillants. Entre Greg l’avocat qui ressemble à un proxénète, le propriétaire de la pizzeria obèse comme De Niro dans les Incorruptibles, avec le boulanger qui trompe sa femme qui s’avère jalouse et cinglée, avec même un tueur en série vampire dans lequel on voit l’ombre de Christopher Lee, on peut penser que ça part dans tous les sens. Eh bien non ! ce roman tient la route du début à la fin et c’est un super divertissement qui entre complètement dans la ligne éditoriale de cette toute jeune maison d’édition.

D’ailleurs, je vous joins cette description issue de leur site : http://frenchpulpeditions.fr/

Qu’est-ce que French Pulp ?

Pulp, comme ces feuilletons d’autrefois, ces romans qui depuis des siècles remplissent notre imaginaire de détectives durs à cuire, de femmes fatales et d’espions nonchalants, de héros familiers. Du roman noir à la saga familiale en passant par le space opera, ils ont donné naissance à une littérature dynamique et généreuse, qui fait aujourd’hui le bonheur de tous grâce à des textes fluides et percutants.

French, car il existe une école française de cette littérature. Populaire, addictive, son patrimoine mérite d’être défendu et son avenir renouvelé. C’est la mission que se donne French Pulp, qui publie à la fois des oeuvres cultes de la littérature française dite de gare (G.-J. Arnaud, André Lay, Francis Ryck…) mais aussi des nouveaux auteurs, uniquement francophones, amenés à renouveler un genre habitué aux succès.

Mais pourquoi un nom en anglais ?

Un nom anglais pour une maison qui défend la langue française, est-ce bien raisonnable ? La meilleure défense, n’est-elle pas l’attaque ? Pour défendre notre langue et diffuser nos auteurs à l’étranger, ce nom en forme de clin d’œil annonce la couleur : tremblez, thriller, best-seller et autres feel-good book ! Chez French Pulp, tous nos auteurs ont vocation à être traduits et diffusés dans le monde entier afin de faire rayonner notre culture populaire.

Une maison d’édition engagée

Ces livres que vous lisez debout dans le métro, que vous ne pouvez pas lâcher le soir avant de vous endormir, qui résistent au soleil et à la plage, vous n’êtes pas les seuls à les dévorer : chaque mois, nos nouveautés seront parrainées, à travers un avant-propos, par des personnalités elles aussi subjuguées par le suspens, le merveilleux ou encore la modernité de ces histoires. Et comme chez French Pulp nous croyons dans l’engagement, à cette nouvelle société participative qui s’ouvre à nous, pour chacun des coups de cœur de nos personnalités, une partie des bénéfices tirés de l’ouvrage ira directement à l’association de leur choix.

Récit d’un avocat d’Antoine Bréa

Editeur : Seuil

La collection Seuil Policier change de nom et devient Cadre Noir. Si le visuel des couvertures devient plus commun, car on était habitué au titre séparant par le milieu deux photos, je dois dire que les nouvelles couvertures sont très réussies. Et on commence par un petit roman, une novella d’à peine 100 pages.

Quatrième de couverture :

En 1996, la cour d’assises du Jura condamne deux réfugiés kurdes, Ahmet A. et Unwer K., à trente ans de prison pour l’un, à la réclusion à perpétuité pour l’autre, pour faits de viol aggravé, assassinat en concomitance, tortures et actes de barbarie sur la personne d’Annie B., une jeune aide-soignante. Seize ans plus tard, le narrateur, jeune avocat souffreteux, se voit chargé par une vieille amie de porter assistance à « ce pauvre Ahmet » qui purge toujours sa peine à la prison de Clairvaux. Celui-ci craint d’être expulsé vers la Turquie après sa libération, ce qui selon lui le condamnerait à une mort certaine. Pas tout à fait sûr de ce qu’on exige de lui, notre narrateur prend connaissance du dossier, sans savoir qu’il met ainsi le pied dans une affaire qui va très vite le dépasser.

Si Récit d’un avocat débute à la manière d’un rapport juridique, le roman glisse rapidement vers une enquête sous le signe de l’inquiétante étrangeté, pour ne pas dire de l’angoisse pure. Bien au-delà du fait divers, ce sont des questions politiques qui émergent : les zones de guerre au Proche-Orient, Daech, l’éternel conflit entre l’État turc et les rebelles du PKK, la migration des populations qui en découle. « “Les sociétés ont les criminels qu’elles méritent”, observait en son temps Lacassagne. Se doutait-il que la corporation des criminels peut être assez large pour englober ceux qui les jugent ? » Toujours sur le fil entre fiction et réalité, Antoine Brea signe ici un thriller juridique implacable.

Mon avis :

Ce roman est un sacré coup de force. En une centaine de pages, avec des chapitres ne dépassant que rarement les 2 pages, avec un style littéraire sans dialogue, l’auteur nous fait entrer dans la psychologie d’un homme qui est devenu avocat après avoir été fonctionnaire. D’un naturel effacé, c’est une vieille dame qui correspond avec des prisonniers qui l’alerte sur le cas d’Ahmet. Elle lui annonce que s’il est expulsé, il se fera assassiner en Turquie, son pays d’origine. Il va alors transformer son métier, sa fonction en sorte de mission divine, et donner libre cours à sa folie latente.

Le début du roman s’avère très descriptif, comme un compte-rendu analytique d’une enquête. Et c’est cette façon très froide, très clinique, très factuelle, qui va nous faire entrer dans le personnage. Et si on peut penser que ce roman est trop court, c’est bien son format qui en fait un roman coup de poing. Car une fois commencée, on ne peut plus s’arrêter.

Le plus fort dans cette histoire, c’est qu’Ahmet est bien coupable, qu’il a bien violé, tué et massacré cette pauvre fille avec son complice, et que l’on pourrait se demander pourquoi il continue cette quête. Puis la force du style de l’auteur nous amène à ne pas nous poser la question, mais à le suivre, aveuglément et en toute confiance.

Ce n’est qu’après avoir lu la dernière page, la dernière ligne que l’on se réveille d’n cauchemar que l’on n’a pas vu venir, et on se dit que l’on a fait un sacré voyage dans l’esprit d’un jeune homme solitaire que l’absence de contacts sociaux a rendu malade. Un sacré coup de maitre pour un roman décidément bien particulier et pas comme les autres. Noir.

Ne ratez pas l’avis de Yan 

Concerto pour 4 mains de Paul Colize (Fleuve Noir)

Génial, le dernier Paul Colize est génial. Prenant d’un bout à l’autre, il nous montre le destin de deux hommes, avec une simplicité telle que ce roman est impossible à lacher, et malgré cela, la structure du livre n’est pas si évidente que cela. Pour un lecteur lambda, cette lecture vous paraitra évidente et passionnante. Pour un spécialiste du polar, cette lecture laissera pantois par la maitrise montrée dans la conduite de l’intrigue. Je disais que ce roman est génial : Erreur ! il est impressionnant.

Le 18 février 2013, un fourgon charge une cargaison de diamants dans un avion. Un camion enfonce un mur de protection et débarque lors du chargement. Rapidement, les malfaiteurs mettent en joue les convoyeurs et embarquent les nombreux sacs. Quelques minutes plus tard, le camion se sauve par le même chemin qu’ils ont utilisé pour arriver. La rapidité, la précision font de ce braquage un chef d’œuvre du vol sans effusion de sang. Ce braquage serait-il l’œuvre de Franck Jammet ?

La vocation de Franck Jammet lui est dévoilée le jour où, enfant de chœur, il voit le curé mettre dans sa poche un gros billet récupéré lors de la quête de fin de messe. Ce jour-là, il comprend que l’on peut être voleur et ne pas se faire prendre. Scout par la suite, il invente une arnaque pour sauver des animaux en voie de disparition avec son ami de toujours XXX. C’est lors de ses études qu’il commence à monter des braquages judicieux, non violents et très rémunérateurs.

De nos jours, Jean Villemont, avocat au barreau de Bruxelles, doué et travailleur acharné, est appelé par M.Bachir pour défendre son fils Akim, qui vient d’être accusé de vol. En effet, Akim a été arrêté alors qu’il réalisait un braquage avec un couteau et à visage découvert. Le premier contact entre Akim et Jean se passe mal : Akim ne veut pas être défendu. Jean va mener son enquête et s’apercevoir qu’au lieu de braquer le bureau de poste, Akim cherchait en fait à échapper à la grosse voiture qui l’attendait dehors, et que, pour ce faire, il est entré précipitamment dans la banque pour simuler un braquage.

Ce roman est incroyable, impressionnant de maitrise, un pur plaisir de lecture. Il repose sur deux personnages forts, un voleur de haut vol et un avocat. D’emblée, Paul Colize alterne les chapitres afin de leur donner à chacun un temps de parole identique. Les chapitres se parlent, se répondent, et on entre dans cette intrigue avec deux hommes qui sont chacun d’un coté de la ligne jaune.

Franck Jammet est un truand qui se revendique comme tel, Jean Villemont est un avocat honnête qui se revendique comme tel. Ce qui attire mon attention, c’est le réalisme des scènes, et l’humanité des personnages. Paul Colize a mis beaucoup de passion dans son roman, et il nous l’insuffle, il nous conte une histoire à laquelle, il me semble, tout le monde se doit d’adhérer car elle est simple et humaine ; elle nous parle.

Cette construction faite d’alternances n’est pas nouvelle et on attend avec imaptience la rencontre entre les deux personnages. Elle est rendu plus complexe par le fait que les chapitres concernant Frank Jammet racontent sa vie depuis son adolescence. Malgré cette complexité voulue et revendiquée, ce roman est remarquable par sa fluidité, sn évidence. Ce roman se lit tout seul, le style est simple, mais chaque mot, chaque phrase veulent dire quelque chose.

Pour avoir lu plusieurs romans de Paul Colize, ce roman doit lui permettre d’atteindre à la reconnaissance parmi les meilleurs conteurs francophones contemporains. J’ai été époustouflé par la créativité des scènes, par l’imagination qui en découle, par l’évidence des enchainements et par la beauté de cette histoire, de ces deux destins. Et pendant toute la lecture, on ne se pose pas la question de comment ces histoires peuvent finir, parce que l’on aime se laisser porter par la narration.

Si je considère qu’Un long moment de silence est son chef d’œuvre à ce jour, ce roman là en est très proche tant ce roman est passionnant d’un bout à l’autre. Et si je dois vous donner un conseil pour vos cadeaux de Noel, n’hésitez plus : Ce roman là est sans aucun doute en ce qui me concerne un roman qui va plaire à tout le monde. Laissez vous emporter par ce concerto pour 4 mains !

Ne ratez pas les avis des amis : David et Yvan,

La chronique de Suzie : La défense de Steve Cavanagh (Bragelonne)

Pour cette découverte d’un nouvel auteur, nous avons été deux à lire ce roman, Suzie et moi. Comme son avis est bien meilleur que le mien, mieux écrit, mieux argumenté, je lui ouvre tout naturellement les portes de Black Novel. Je laisse donc la parole à Suzie :

Bonjour, amis lecteur, voici mon billet sur le livre « La Défense » de Steve Cavanagh.

Ancien escroc devenu avocat, Eddie Flynn a connu les deux carrières et décidé de ne plus plaider. Le chef de la mafia russe va pourtant l’y obliger : pour le convaincre d’assurer sa défense, il a enlevé sa fille et menace de l’exécuter. Détail supplémentaire : Eddie devra se présenter devant le juge avec une ceinture d’explosifs dans le dos.

Flynn a quarante-huit heures pour gagner le procès du siècle. Le FBI scrute le moindre de ses gestes. Pour un bon avocat, c’est presque mission impossible ; un simple arnaqueur baisserait sûrement les bras.

Mais on parle d’Eddie, là. L’adrénaline, il aime ça.

En lisant la quatrième de couverture de ce livre, j’ai tout de suite pensé au synopsis d’un film avec Johnny Depp dont le titre est « Meurtres en suspens ». C’est un film qui date de 1995 où le héros voit sa fille kidnappée et, pour la sauver, il doit tuer une personne, un politicien plus précisément.

Je suis donc partie avec un à priori négatif. Le truc qui m’a convaincu de lire ce roman est l’ancien métier exercé par le héros. Ce dernier est un ancien arnaqueur et non pas un simple quidam choisi dans la foule car il empêchait un skateur d’ennuyer sa petite fille.

Le récit commence donc comme décrit et on suit les aventures d’Eddy avec ses problèmes et ses flashes-back. Car il y a des flashes-back, tout au long du récit, qui peuvent dérouter le lecteur. L’auteur explique au fur et à mesure comment le héros en est arrivé à ce stade de l’histoire, ses affinités, ses rencontres et ce qui le disposait à devenir un escroc mais également un avocat car il faut être un arnaqueur repenti pour pouvoir amener un jury à vous suivre, du moins aux États-Unis. L’autre particularité de ce récit, c’est qu’il est raconté à la première personne. Ce qui peut être dérangeant ou pas selon.

Si vous avez survécu jusque là, vous apprécierez la suite car on va commencer à entrer dans le vif du sujet. La mise en place de l’histoire est assez longue et on ne comprend pas pourquoi l’auteur ne donne pas plus d’indications. Il faut persévérer dans la lecture, jusqu’au retournement de situation où la vision du héros et par là même, celle du lecteur, va changer et comprendre des aspects qu’on avait laissé de coté, voire même pas vu. Parce que l’auteur s’est fait plaisir en semant des indices dans le récit, indices dont le lecteur peut avoir du mal à comprendre l’utilité ou les oublier rapidement. Du coup, on se rend compte que ce qui paraissait si évident ne l’est plus du tout. Et qu’on avait tout faux dès le début. Et là, j’ai commencé à être vraiment captivée par le récit. Jusqu’à ce moment de l’histoire, j’étais juste curieuse.

Tout va commencer à s’accélérer, des alliances étranges vont voir le jour, les indices prendre un véritable sens jusqu’au dénouement final … explosif ;

En allant sur le site de l’auteur, il semblerait que ce tome soit le premier d’une série dont le héros serait Eddie Flynn. De plus, il semblerait que ce soit le premier roman de cet auteur, ce qui pourrait expliquer certaines maladresses dans le récit. Je me demande bien qu’elle sera la prochaine aventure de ce héros mi-arnaqueur, mi-avocat. Bonne lecture

Le double portrait de George Pelecanos (Calmann-Levy)

Le dernier Pelecanos en date, Le double portrait, remet en selle ce personnage bien étrange et particulier que nous avions eu l’occasion de rencontrer dans Une balade dans la nuit. C’est une nouvelle occasion de se rendre compte, au travers de plusieurs intrigues emmêlées comment Pelecanos joue avec les codes, tout en détaillant la psychologie de Spero Lucas, son nouveau personnage récurrent.

Spero Lucas, d’origine grecque, est un vétéran de la guerre d’Irak. Mais il a trouvé le moyen de vivre de ses qualités qui sont de s’adapter à son environnement et de savoir s’entourer d’amis, sans pour autant oublier la famille. L’un de ses travaux est de faire l’enquêteur pour un avocat pénaliste qui, dès le début du roman, lui demande de faire le jour dans l’affaire Calvin Bates. Ce dernier est en effet accusé d’avoir assassiné sa maitresse. Alors que cela devrait être un crime passionnel, la voiture est retrouvée incendiée et on ne trouve aucune douille sur les lieux du crime.

Sa deuxième activité est de retrouver des objets précieux. Il demande en retour 40% de la valeur du bien. Alors qu’il va manger dans un restaurant de luxe, la serveuse lui parle d’une amie à elle, Grace Kinkaid. A la suite d’une aventure amoureuse malheureuse, on lui a dérobé un tableau d’une grande valeur sentimentale et vénale. Spero accepte l’affaire.

Tout cela ne serait ue du classique si, lors d’une soirée dans un bar, Spero ne tombait pas sur une femme splendide. Il lui offre un verre, elle lui laisse son numéro de téléphone. Elle s’appelle Amanda. Ils vont se retrouver, faire l’amour et Spero va tomber amoureux. Ce qui, pour un homme qui veut tout contrôler, va lui occasionner quelques déboires.

Si Une balade dans la nuit était un roman simple, se contentant de présenter Spero et ses qualités, celui-ci est plus complexe dans ses intrigues et va détailler la psychologie de ce personnage hors du commun. C’est un personnage complexe, marqué par la guerre et les meurtres qu’il y a commis. C’est un spécialiste de la débrouille, mais pas un MacGiver bis.

C’est un homme qui ne croit en rien, sauf en lui-même et en ses amis, sur lesquels il peut compter. Il montre une certaine assurance mais cherche à avoir le contrôle de sa vie. Alors, quand il tombe amoureux, il perd ses moyens et change de profil. Alors qu’il est plutôt solitaire de nature, il agit plutôt par instinct. En fait, Spero me fait penser à un animal, à un félin qui est libre de ses mouvements mais pour autant qui sait où chercher sa nourriture ou ses envies du moment.

Les intrigues se révèlent une fois de plus simples. Nous savons assez rapidement ce qui s’est passé dans le cas Calvin Bates, et nous avons rapidement affaire à un groupe ultra violent pour le vol de Grace Kinkaid. Mais, on sent poindre, dans le propos, la violence de la société américaine, et Spero se retrouve confronté à la même violence que ce qu’il a connu pendant la guerre.

Si pour autant, Pelecanos ne dénonce rien, il se veut surtout témoin de sa ville, Washington, et nous livre là un bon polar, avec ce style inimitable fait de petites descriptions qui vous immergent immédiatement dans un décor. Et tout le roman nous emmène vers un final, qui comme il se doit est explosif, très visuel et très violent. De l’adrénaline en poudre ! Alors, Lucas Spero, je t’attends pour ta prochaine affaire. Tes aventures sont un vrai plaisir de lecture.