Archives du mot-clé Jeremy Bouquin

Une secrétaire de Jérémy Bouquin

Editeur : French Pulp

Sortir un roman une semaine avant les fêtes de Noël est indéniablement une bonne façon de passer inaperçu. C’est le désagrément qu’a subi le dernier roman en date de Jérémy Bouquin, dont on n’a entendu parler nulle part. Alors, j’en parle …

Emilie a la quarantaine et a toujours rêvé de devenir profileuse. Mais la vie ne nous conduit pas toujours là où on veut. Elle a eu un mari, un enfant Antonin. Quand son mari s’est suicidé, elle est retournée chez son père et a du assumer la charge du foyer. Aujourd’hui, Antonin est un ado accro aux jeux sur Smartphone, et son père, atteint par la maladie d’Alzheimer, perd la mémoire.

Elle suit les cours de criminologie de Jacques Durand, une pointure du domaine. Pour arrondir ses fins de mois, elle fait pour lui des fiches de lecture sur des ouvrages traitant de meurtres en série, qu’il utilise de son coté pour dorer sa réputation d’expert international. Lui récupère les lauriers du travail d’Emilie. Il faut dire qu’avec son physique ingrat, elle a du mal à s’imposer.

Quand Jacques Durand lui parle d’un travail de secrétaire chez le juge Tarmon, elle n’hésite pas. Il s’agit de tester un nouveau logiciel capable de compiler des millions de données pour offrir de nouvelles pistes dans des affaires criminelles ou de détecter des incohérences. Ce qui est fantastique, c’est que la machine apprend elle-même. Le juge Tarmon accepte de tester la machine … et Emilie, et prend comme cas test la disparition de la petite Manon, l’affaire qui fait grand bruit en ce moment.

Ah ! que j’aime le style de Jérémy Bouquin ! Que j’aime ses phrases courtes ! Que j’aime son rythme ! Que j’aime aussi ses personnages ! ça claque, ça va vite et les scènes s’alignent avec du une célérité qui pour moi est très agréable. On n’y trouve pas de grandes descriptions, juste le strict minimum pour nous plonger dans un décor et nous parler de la psychologie des personnages.

Après Une femme de ménage, nous voici donc avec Une secrétaire et c’est une bonne façon de montrer la vie des petites gens, qui doivent bosser comme des fous et s’occuper en plus de leur famille. La vie d’Emilie, de ce point de vue là, est bien difficile, entre son fils qui passe ses journées sur sa tablette et son père atteint d’Alzheimer. A coté, elle doit travailler pour ramener de l’argent et donc s’absenter beaucoup en laissant derrière elle ses deux phénomènes en qui elle ne peut avoir confiance. Il n’est pas question pour Jérémy Bouquin de s’appesantir sur ce contexte mais il l’utilise pour mettre un peu plus de pression sur son personnage tout en marquant bien la difficulté de la vie moderne.

Cette histoire fait montre d’une belle originalité puisque Emilie va être chargée de rentrer les données dans un logiciel intelligent. C’est un sujet bien casse-gueule car cela aurait pu être ennuyeux. Que nenni ! Jérémy Bouquin va insérer dans son intrigue la passion d’Emilie et des rebondissements, qui vont nous faire avancer au rythme des découvertes d’Emilie. Et puis, petit à petit le logiciel va prendre une importance de plus en plus importante, menant même l’enquête par ses questions ciblées. On passe alors dans un domaine fantastique qui n’est pas sans rappeler les thèmes chers à Stephen King.

Et ce n’est pas la seule référence que l’on va trouver. L’intrigue fait penser aux Racines du Mal de Maurice Dantec, qui est d’ailleurs cité dans un dialogue, ainsi qu’un bel hommage global à 1984 de George Orwell. Quant à la fin, et sans vouloir vous en dire plus, elle nous fait penser à Fight Club de Chuck Palahniuk. On y trouve aussi Benoit Minville qui fait une apparition. Ne vous y trompez pas, ces références n’étouffent pas le roman, elles ne sont pas là pour pallier un manque dans le scénario. C’est plutôt une volonté de l’auteur de souligner ses goûts. L’auteur s’amuse même à évoquer ses autres romans (j’ai relevé La Meute, excellent roman à lire).

Plus le roman avance, plus la tension va monter. La situation va se complexifier pour Emilie, qui est définitivement intenable. Tout cela va débouler sur une fin apocalyptique, un peu trop rapide à mon gout, sans pour autant donner toutes les clés de l’intrigue. Comme c’est une trilogie, on peut s’attendre encore à de sacrés rebondissements dans le prochain tome. Vivement la suite !

Publicités

Chroniques virtuelles : mes lectures électroniques de novembre

Je vous ai déjà dit ne lire que très rarement de livres sur ma liseuse. Je trouve que c’est bien pour y lire des nouvelles, mais j’ai un peu de mal avec des formats plus longs, surtout pour moi qui suis obligé de reprendre le livre pour écrire mon avis. Mais seuls les idiots ne changent pas d’avis. Voici donc deux romans de deux auteurs dont j’ai déjà parlé sur Black Novel.

Max de Jérémy Bouquin

Editeur : Ska

C’est tout juste un gamin, Max, un ado des rues, tout cradot. Il se présente chez un vieux qui a une petite pizzeria, rue des Mirailles, derrière la place de la République. Paulo le regarde et ne croit pas qu’il a 16 ans. Max dit qu’il sait se battre. Alors Paulo lui propose de faire la plonge et le ménage. Pas trop ce qu’il espérait, le Max. Mais il accepte, et fait la connaissance de Raoul, le cuistot.

Avec les quelques dizaines de couverts, payés en liquide, Max arrive à se faire une centaine d’euros par jour. Inespéré pour ce gamin des rues. Il prend ses aises dans le bar de Carlos, et flâne sur les bords de Loire. Il y rencontre Cloé, une jeune ado comme lui.

Puis Raymond se pointe à la pizzeria, pour demander du fric à Paulo. Paulo veut dire non, mais il finit par céder. Il exige un remboursement rapide, un taux d’intérêt important. Max observe, écoute et se rend compte que la pizzeria n’est peut-être pas qu’un restaurant.

On retrouve tout l’art de Jérémy Bouquin pour placer ses personnages, les tracer de quelques traits, et les mettre dans des décors évidents. Rien de tel qu’un petit restaurant, sombre, noyé au fond d‘une ruelle. Rien de tel qu’un propriétaire bougon, un cuistot taiseux, un jeune homme curieux et une jeune fille attirée. Après, tout est une question d’histoire.

Celle-ci est simple, et peut s’adresser à des ados, adeptes d’histoires contemporaines, ancrées dans le quotidien. Je la réserverai tout de même à des ados de 15-16 ans. Car le vocabulaire est fleuri de mots d’argot par moments. Les adultes y trouveront un ou deux chapitres superflus, soit 6 pages sur les 116. C’est peu.

L’histoire, quant à elle, commence comme un vieux qui veut sauver un jeune, une histoire d’éducation, avant de se diriger doucement vers le mystère, puis le suspense sur la fin. On a clairement du mal à lâcher la liseuse, avec ses phrases courtes, ses chapitres courts et ses dialogues brillants. D’ailleurs, on pourrait diviser le roman en deux parties, l’une pour Max, l’autre pour Cloé, bien équilibrées. C’est à nouveau un très bon polar de M.Jérémy Bouquin.

Ma vie sera pire que la tienne de WIlliams Exbrayat

Roman auto-édité

Ils sont trois : Paulo, Mycose et le narrateur. Comme ils s’ennuient, l’idée de Paulo, le chef de la bande, décident d’emmener sa troupe visiter une résidence luxueuse et isolée, décorée d’un superbe (!) crépis rouge. Rapidement mise à sac, la maison pourrait être tranquille, jusqu’à ce qu’une bande de malfrats armée de vrais flingues ne débarquent …

Ils sont trois, affublés de masques à l’effigie de nos présidents de la République : Chirac, Hollande et Sarkozy. Ils entrent dans le casino, tirent une rafale de mitraillette et récupèrent tout l’argent liquide disponible. A la sortie, deux flics en civil les attendent et la tuerie commence. Ils arrivent à prendre la fuite en emportant une otage.

Trois des personnages vont se retrouver dans la dernière partie de ce roman, organisé comme un feu d’artifice.

Pour chacune de ces parties mettant en scène différents personnages dans différentes situations, le style y est différent. La première est écrite comme un roman d’action et ça pulse à une vitesse folle. Les phrases sont courtes, les dialogues claquent et j’y ai pris un plaisir fou avec ce narrateur qui cherche à comprendre qui poursuit qui et pourquoi. Puis vient le casse du casino et on se retrouve avec des paragraphes plus longs, et un rythme qui baisse.

Puis la troisième partie vient clore cette histoire avec une rencontre entre le narrateur et sa potentielle petite amie, avec ce qu’il faut de menace et de violence pour relancer l’intérêt. Cette troisième partie est déstructurée, moitié roman choral, moitié articles de presse ou rapports d’analyse psychiatrique. Il en ressort un roman avec plein de personnages que l’on reconnaît immédiatement, qui courent après un espoir de vie, et pour qui, la seule réponse est la violence. Peut-être faut-il y voir une image de notre société qui n’a pour seule réponse à l’absence d’espoir que la violence et la mort. Mais je ne pense pas que l’auteur ait voulu y insérer un message. C’est juste un polar bien noir, original, personnel, aussi divertissant que déstabilisant.

Pour le commander, c’est ici : https://www.amazon.fr/vie-sera-pire-que-tienne/dp/1719901538

 

Ska cru 2018

Comme tous les ans, je vous propose une petite revue des derniers titres parus chez Ska, ou du moins certains d’entre eux. Voici donc quelques lectures électroniques noires, pour notre plus grand bien. L’ordre des billets ne respecte pas mon avis mais l’ordre de mes lectures. Tous ces titres et plus encore sont à retrouver sur le site de Ska : https://skaediteur.net/

Justice pour tous de Gaëtan Brixtel

Enfin, merde ! On peut plus boire un coup tranquille dans un petit bar sans se faire emmerder ? Le narrateur va nous compter ses déboires, dans les bars, où il oublie le temps qui passe. C’est vrai que, quand on a 26 ans, qu’on est au chômage, on n’a pas beaucoup d’espoir, alors l’alcool c’est un palliatif. Même ses parents ne savent plus comment faire ! Et son destin, c’est de subir des piliers de bar comme lui.

Cet auteur, je l’avais découvert l’année dernière chez Ska, justement ! Cet auteur a l’art de nous conter des scènes de tous les jours, des petits moments qui peuvent sembler insignifiants. Sauf qu’insidieusement, ces petits riens deviennent un grand tout quand il s’agit de se mettre à la place de la victime. On ne peut même pas dire que le sort s’acharne sur notre narrateur, mais que la fin est d’une drôlerie bigrement cynique qui nous ferait éclater de rire si on ne s’était pas attaché à ce pauvre jeune.

Vendredi 13 de Jérémy Bouquin

Jeudi 12, dans un futur proche. Le pays subit des émeutes depuis cinq ans, c’est la désolation partout. La narratrice prend le bus, direction le sud pour sortir de la ville. Elle débarque dans une sorte de hangar, en plein Territoire Zéro, où la fête bat son plein : on fête la fin du monde. Elle arrive en pleine orgie. Elle se dirige vers un gars qui fait des croquis, Harley. Elle cherche une fille, pas n’importe quelle fille … Mona.

Tiens ! je lis des nouvelles érotiques ? oui, très peu. Mais je ne pouvais passer outre celle-ci. Parce que c’est un auteur que j’adore, et parce que le début est terrible. En une vingtaine de pages, Jérémy Bouquin nous décrit un monde en perdition, et ce qui marque, ce sont ces quelques mots qui créent le décor fait de folie et de néons. On pense immanquablement au Versus d’Antoine Chainas, mais aussi à ce film génial qu’était Strange days de Kathryn Bigelow. S’il y a deux ou trois scènes érotiques genre SM, c’est surtout le cadre qui est fascinant. On regrette même que ce ne soit pas plus long. A ne pas rater.

Bad dog de Frédérique Trigodet

Tout allait bien dans leur couple. Elle aimait son homme, à la folie. Lui travaillait comme un fou, s’absentant toute la semaine pour trouver des chantiers mieux payés. Et puis … il prit un chien. Elle ne sait pas pourquoi, mais elle avait l’impression que le chien ne l’aimait pas, qu’il était un mur entre elle et lui.

Voilà une nouvelle bien courte, trop courte mais terrible. En n’en disant que le minimum, l’auteure nous fait entrer dans une maison commune, et nous conte un conte de l’horreur du quotidien. Cette nouvelle est marquante par sa conclusion, mais surtout par son style littéraire remarquable. En quelques pages et 20 minutes de lecture, j’ai envie de suivre les prochaines parutions de cette auteure.

Une odeur de brûlé de Gaëtan Brixtel :

Vincent vivait une vie de rêve avec sa femme Agathe. Quand ils ont eu un enfant, le petit Timothée, leur vie a changé. Et il n’était pas prêt à ce bouleversement, d’autant qu’il a tendance à paniquer pour un rien. Et chez un bébé, les raisons de s’inquiéter sont nombreuses, trop nombreuses pour lui qui a du mal à prendre le dessus.

Une nouvelle fois, Gaëtan Brixtel prend une situation commune, de la vie de tous les jours, pour développer son drame. Et quel drame ! Cet auteur est bigrement doué, capable de nous montrer ce qu’est l’arrivée d’un bébé dans la vie d’un jeune homme. Quel talent pour nous faire vivre tout ça de l’intérieur. Evidemment, le drame n’est jamais bien loin, puisque nous sommes dans la collection Noire Sœur. Et ce drame là, il va marquer l’imaginaire du lecteur pendant de longues années. Je vous le dis : cette nouvelle est excellente, dure mais excellente !

Crapule de Sébastien Gehan :

Le narrateur se lève à 13H06, un dimanche matin. La ville du Havre dort encore et il a du mal à se remettre de sa soirée, très arrosée. Il se rend au Palace, sorte de supermarché pour marginaux, dans le quartier du Rond-point. Il fait un arrêt au Vincennes, le bar-PMU pour jouer son quinté, avant de rencontrer Momo et son chien Crapule.

Sébastien Gehan nous fait visiter un petit quartier du Havre, qui a gardé son esprit français, anti nazi et révolté contre la vie. C’est une vie de marginaux, ceux qui travaillent (ou pas) et qui boivent (ou pas) mais qui toujours gardent des relations humaines. Et puis, la société ne les aime pas, tout se ligue contre eux. Et si en ce jour de brouillard, ils avaient de la chance ? Une nouvelle fort bien écrite et attachante.

Popa de Louisa Kern :

Dans un hameau, un homme vit dans une maison isolée. Il construit sa clôture sous le soleil agressif. Ses voisins, situés à quelques centaines de mètres, sont une femme et une petite fille. La petite vient le voir quand sa mère part travailler et ils restent ensemble tous les deux. Juste besoin d’une présence. Lui se rappelle Annette, sa petite, quand elle avait deux, trois ans. Elle l’appelle Popa de sa voix trainante.

Cette nouvelle est à la fois tendre et enchanteresse et terrible. Le rythme y est lent, pour mieux nous bercer dans ce décor de champs à perte de vue, et pour mieux centrer l’intrigue sur ces deux personnages atypiques, que rien n’aurait pu réunir. La simplicité du style et l’utilisation des bons mots créent une sorte de douceur dans un paysage plombé par une chaleur suffocante. Une nouvelle simple en apparence et remarquablement réussie sur le plan de l’émotion et de sa chute finale.

Une vie contre une autre d’Eva Scardapelle

La famille Charvet fait tourner sa ferme et devant le travail à faire l’été, ils embauchent des saisonniers. Quand le père meurt, la mère Edmonde songe à vendre l’exploitation mais le fils Antoine refuse au nom de la mémoire. Alors les deux restant s’échinent à faire tourner la ferme. Mais petit à petit, Antoine devient trop présent, en particulier dans la vie privée de sa mère, lui refusant une aventure avec un saisonnier. Le décor de l’enfer est installé.

C’est une très belle nouvelle, très appliquée que nous présente Eva Scardapelle, dont c’est le premier ouvrage que je lis. Le décor est plantée, la situation établie et l’intrigue monte petit à petit en intensité, jusqu’à une chute dramatique, qui n’est pas forcément celle que l’on attend. Après avoir lu cette nouvelle, je vais surveiller les prochaines parutions de cette auteure car j’y ai senti un beau potentiel au niveau de l’écriture, simple et évocatrice.

Privé d’origine de Jérémy Bouquin

Editeur : French Pulp

Je suis un ardent défenseur de Jérémy Bouquin, et vous qui êtes un fidèle de cet humble blog, vous devez le savoir. Ce roman est sorti en fin d’année dernière, dans un anonymat que je qualifierais de scandaleux. Lisez Jérémy Bouquin !

Kloé, avril 2014. Elle est bassiste dans le groupe de rock Vynille Rondelle. Après des mois de tournée, le groupe est enfin récompensé de succès. Il n’y a qu’à entendre les vivats du public du printemps de Bourges, qui en redemande ! Du vrai punk ! En sortant de scène, elle a un message. Jasper Zenderro lui annonce qu’il a des informations sur son père. Cela fait deux ans maintenant qu’elle est partie à la recherche de ses origines, elle qui est une enfant abandonnée à la naissance.

Rota, avril 1979. Depuis 1969, les brigades rouges sèment la terreur en Italie. Le commissaire Rota est appelé sur une scène de crime, le casse d’une bijouterie qui a mal tourné, puisque le propriétaire a été abattu. Si les armes utilisées fait penser à l’organisation d’extrême gauche, Rota pense que le bijoutier a voulu se défendre avec une arme et l’a payé de sa vie. La présence de sang sur le trottoir laisse à penser qu’un des voleurs a été blessé.

KLoé, avril 2014. Elle prend rendez- vous avec Zenderro, dans un petit bar de Mehun-sur-Yèvre. Il annonce avoir cherché du coté de l’hôpital où Kloé est née. Elle voit son vrai prénom écrit : Chloé. Zenderro n’en sait pas plus sur sa mère. En ce qui concerne sa mère, des amis « bien placés » lui ont conseillé d’abandonner. Ils ont été tellement persuasifs qu’il a décidé d’abandonner l’affaire, qui flirte avec des dossiers de terrorisme international.

Tony Marretti, avril 1979. Après le casse manqué, les camarades ont porté Tony, blessé, dans la voiture. Tony a perdu beaucoup de sang ; Giuseppe lui tient la main, lui parle. Il plonge dans le coma, se réveille sur un bateau, replonge, puis se retrouve en Corse chez un docteur … enfin, un vétérinaire, Peyo. Tony va devoir tout abandonner, sa vie, son identité, et fuir pour éviter de se retrouver en prison.

J’ai plutôt l’habitude de retrouver Jérémy Bouquin dans des intrigues bien ancrées dans notre quotidien. Il a l’habitude de prendre des personnages marginaux, et de grossir le trait dans un style direct et redoutablement évocateur. Et dans tous les cas, on retrouve sa patte, sa façon de peindre les décors et d’éviter les morales à deux balles pour offrir du vrai bon polar populaire (dans le bon sens du terme).

Quelle ne fut pas ma surprise quand j’ai ouvert ce roman ! La narration fait des allers retours entre aujourd’hui et les années 80. Entre la recherche de Kloé sur ses racines et les groupes terroristes d’il y a 30 ans, on a droit à la fois à des moments d’émotion pure, d’action, de mystère, et de découvertes. Jérémy Bouquin s’est surpassé pour nous fournir un roman plein, documenté juste comme il faut pour ne pas alourdir l’histoire, et des rebondissements qui vont nous retourner jusqu’à la dernière page (ou au moins jusqu’au dernier chapitre).

Avec ce roman là, Jérémy Bouquin a densifié ses personnages, qu’ils soient au premier plan ou pas, les a multipliés aussi, s’est évertué à construire une grande intrigue, en prenant son temps tout en restant passionnant. Il n’est pas question de juger les uns ou les autres, juste de se mettre au service de l’histoire. Jérémy Bouquin n’a pas monté une marche, il a grimpé un étage d’un coup, et a écrit avec ce roman son meilleur à ce jour. Enfin, c’est mon avis. J’ai adoré.

Ne ratez pas les avis de Laulo, Mel, et Garoupe.

Enfants de la Meute de Jérémy Bouquin

Editeur : Rouergue

Depuis que les éditions Ska m’ont permis de découvrir Jérémy Bouquin, j’essaie de suivre ses publications, ce qui n’est pas forcément évident puisque le bonhomme est prolifique. Ce que j’aime chez Jérémy Bouquin, c’est son style rentre-dedans et ses intrigues originales.

Il roule à bord de son AUDI intérieur cuir sans regarder en arrière. Il s’appelle Garry Lazare. Avec, lui, sur le siège arrière, il y a un enfant Yannis, âgé de 8 ans. Il s’arrête sur une aire d’autoroute, pour une pause pipi, et pour faire un petit ravitaillement. C’est alors que Yannis demande où est son papa. C’est vrai que c’est l’excuse qu’il lui a donnée : on va rejoindre ton papa.

Quand ils arrivent dans le Jura, la route commence à serpenter. Garry n’a pas trouvé mieux que d’emmener le petit chez son propre grand-père, que Garry a toujours détesté. Son frère et lui y passaient leurs vacances d’été et ils avaient du mal à supporter les humeurs de ce vieil alcoolique raciste. Mais il n’y a pas mieux comme planque que la baraque de ce vieux con, perdue dans les bois jurassiens.

Dans les virages boueux menant à la baraque du vieux, le petit vomit sur les sièges intérieur cuir. Garry arrive à garder son calme. Quand il arrive, le grand-père pose des questions auxquelles Garry ne répond pas. Il est officiellement venu passer quelques jours avec Yannis qui n’est pas son fils. Yannis est en effet le fils de Joe, son ami de cœur, son frère de sang. Joe est en prison, et doit bientôt s’en évader. Mais tout ne va pas se passer comme il était prévu.

Malgré sa forme relativement courte, il va se passer beaucoup de choses dans ce roman, qui montre une nouvelle tout l’art de Jérémy Bouquin de partir d’une situation simple et d’en faire un excellent polar uniquement grâce à sa créativité et son style. L’histoire tout d’abord se résume en un duel, même si cela commence comme un enlèvement d’enfant. Car le roman est construit en deux parties, une consacrée à Garry et une à son poursuivant. Vous comprendrez bien que je ne peux pas vous révéler son identité sous peine de vous révéler la chute du roman qui est génialement trouvée.

Le style est direct, il claque comme un coup de feu dans les bois jurassiens. Jérémy Bouquin démontre une nouvelle fois qu’il est inutile d’en faire des tonnes pour raconter une bonne histoire, histoire qui va se révéler plein de surprises : c’est indubitablement noir et sans remords. L’univers y est dur et on est en face de gens sans pitié. Mais l’auteur arrive par la magie de certaines scènes à nous insuffler de belles émotions de tendresse, en particulier les passages où le grand-père part avec Yannis dans la forêt.

Ne me demandez pas si cela va se terminer bien, ni si la morale est respectée. Le fond de cette histoire se passe dans le milieu de la drogue et donc la trame se révèle violente, même si elle n’est pas explicite et étalée sur les pages blanches. Il en ressort une sensation de stress insufflé uniquement par les actions des personnages.

Enfin, ne ratez pas la fin, qui a lieu après le duel (tant attendu et liquidé en deux phrases). Non, la surprise a lieu juste après, avec un retournement de situation qui fait montre d’un bel humour noir et qui surtout nous reconstruit toute l’histoire, comme quand on vient mettre les quelques dernières pièces d’un puzzle bien agencé. Avec ce roman, Jérémy a construit un polar efficace dans la plus pure tradition du noir.

Ne ratez pas l’avis de Claude entre autres …

Une femme de ménage de Jérémy Bouquin

Editeur : French Pulp

Ce n’est un secret pour personne, j’aime ce qu’écrit Jérémy Bouquin. Dans un univers légèrement décalé, cet auteur fait toujours preuve d’originalité et de créativité dans ses rebondissements et ses intrigues. A cela, s’ajoute un style direct et cynique qui me sied parfaitement. Une femme de ménage est une nouvelle réussite. Et je peux vous dire que je vais continuer à parler de cette maison d’édition.

Sandra a toujours rêvé de travailler dans la médecine. Voir des blessures ne l’a jamais gênée, mais le niveau d’études requis l’a rebuté. Alors, lors d’un stage dans une morgue, le propriétaire et futur retraité lui donne les coordonnées de Greg, avocat de son nom. En effet, celui-ci a parfois besoin d’aide pour faire disparaitre des victimes de ses clients.

Cela fait maintenant trois ans que Sandra travaille pour Greg. Elle s’est retirée dans une maison isolée, du coté d’Orléans, et fait le ménage au moindre appel. Le problème, c’est qu’en quelques jours, elle doit intervenir sur trois sites différents. Le surmenage la guette, la fatigue la prend. Mais dans son métier, les vacances n’existent pas. Alors, elle va être confrontée à des événements de plus en plus bizarres, comme cette rose déposée sur sa table de cuisine, ou à des rencontres qu’elle aurait ne jamais avoir.

Excellente de simplicité, la couverture est à la fois humoristique et donne le ton du livre. Si on paie des femmes pour faire le ménage, pourquoi n’existerait-il pas des femmes chargées de nettoyer les corps de victimes ? A partir de ce constat d’une simplicité confondante, Jérémy Bouquin arrive encore une fois à nous surprendre et à nous enchanter par cette histoire qui va nous faire passer par toutes les émotions.

Avec une intrigue simple, on se retrouve avec un personnage principal en proie au surmenage (et au passage, Jérémy Bouquin nous glisse que ce monde devient de plus en plus fou !). D’une situation qui peut sembler aberrante, la force du personnage suffit à nous faire croire à cette histoire, et le talent de l’auteur fait le reste ! C’est impressionnant de facilité, et on y prend un pied d’enfer ! Je voudrais juste signaler que ce roman comporte quelques scènes sanglantes pas forcément insoutenables grace au style léger de l’auteur, mais tout de même, ça saigne.

Je voudrais juste rajouter que si le personnage de Sandra finit par être attachant, on en viendrait presque à la plaindre, les seconds rôles sont tout aussi croustillants. Entre Greg l’avocat qui ressemble à un proxénète, le propriétaire de la pizzeria obèse comme De Niro dans les Incorruptibles, avec le boulanger qui trompe sa femme qui s’avère jalouse et cinglée, avec même un tueur en série vampire dans lequel on voit l’ombre de Christopher Lee, on peut penser que ça part dans tous les sens. Eh bien non ! ce roman tient la route du début à la fin et c’est un super divertissement qui entre complètement dans la ligne éditoriale de cette toute jeune maison d’édition.

D’ailleurs, je vous joins cette description issue de leur site : http://frenchpulpeditions.fr/

Qu’est-ce que French Pulp ?

Pulp, comme ces feuilletons d’autrefois, ces romans qui depuis des siècles remplissent notre imaginaire de détectives durs à cuire, de femmes fatales et d’espions nonchalants, de héros familiers. Du roman noir à la saga familiale en passant par le space opera, ils ont donné naissance à une littérature dynamique et généreuse, qui fait aujourd’hui le bonheur de tous grâce à des textes fluides et percutants.

French, car il existe une école française de cette littérature. Populaire, addictive, son patrimoine mérite d’être défendu et son avenir renouvelé. C’est la mission que se donne French Pulp, qui publie à la fois des oeuvres cultes de la littérature française dite de gare (G.-J. Arnaud, André Lay, Francis Ryck…) mais aussi des nouveaux auteurs, uniquement francophones, amenés à renouveler un genre habitué aux succès.

Mais pourquoi un nom en anglais ?

Un nom anglais pour une maison qui défend la langue française, est-ce bien raisonnable ? La meilleure défense, n’est-elle pas l’attaque ? Pour défendre notre langue et diffuser nos auteurs à l’étranger, ce nom en forme de clin d’œil annonce la couleur : tremblez, thriller, best-seller et autres feel-good book ! Chez French Pulp, tous nos auteurs ont vocation à être traduits et diffusés dans le monde entier afin de faire rayonner notre culture populaire.

Une maison d’édition engagée

Ces livres que vous lisez debout dans le métro, que vous ne pouvez pas lâcher le soir avant de vous endormir, qui résistent au soleil et à la plage, vous n’êtes pas les seuls à les dévorer : chaque mois, nos nouveautés seront parrainées, à travers un avant-propos, par des personnalités elles aussi subjuguées par le suspens, le merveilleux ou encore la modernité de ces histoires. Et comme chez French Pulp nous croyons dans l’engagement, à cette nouvelle société participative qui s’ouvre à nous, pour chacun des coups de cœur de nos personnalités, une partie des bénéfices tirés de l’ouvrage ira directement à l’association de leur choix.

Chronique virtuelle : Ska cru 2017

Comme tous les ans, je vous propose une petite revue des derniers titres parus chez Ska, ou du moins certains d’entre eux. Voici donc quelques lectures électroniques noires, pour notre plus grand bien. L’ordre des billets ne respecte pas mon avis mais l’ordre de mes lectures.

Petit Jésus de Régine Paquet :

 « Même mon père n’a pas supporté la croix de mon prénom. Il s’est barré dès mes 2 ans pour ne jamais revenir ni donner le moindre signe d’intérêt concernant le sort de son unique rejeton. Depuis on est resté en tête en tête maman et moi. Et le pire c’est que pendant des années ça m’a suffi, ça m’a comblé. Etre le petit Jésus de ma maman adorée qui ne s’appelle pas Marie. A presque 25 ans, là je n’en peux plus, j’étouffe. Pas parce que comme avant elle me prend sans cesse dans ses bras pour couvrir de baisers la frimousse de son petit homme, pas parce qu’elle étale sa sollicitude anxieuse sur toutes les plages de ma vie, pas parce qu’elle fait la voiture balai de toutes mes amitiés et de mes frémissements amoureux…non. Juste parce qu’elle est là, pas loin, quasi chaque jour. »

Cette nouvelle, fruit d’un atelier d’écriture dirigé par Jeanne Desaubry et organisé par l’association « Tu connais la nouvelle », illustre le thème « Famille, je vous Haime ».

Mon avis :

En 10 pages, Régine Paquet relève le pari de narrer 25 ans de la vie d’un jeune homme affublé du prénom de Jésus par la volonté de sa mère. Son père est parti quand il avait 2 ans et il est tout pour sa mère. De son 7ème anniversaire à sa crise d’ado, jusqu’à cette veille de Noel qui clot la nouvelle dans un grand éclat de rire noir. Impressionnant.

La traque de Sébastien Géhan :

« Déjà la foule les cherche du regard. Un gendarme les pointe du doigt. Sans réfléchir, Simon se détourne. Moussa se carapate sans demander son reste… Moussa court, Simon court. Leurs cœurs cognent dans leurs frêles poitrines. Derrière eux, les claquements des bottes à bouts ferrés résonnent en un terrible écho à leur peur. De longues larmes strient leur peau, brouillent leur vue, dégoulinent jusqu’à leurs lèvres déformées en des rigoles de souffrance. D’un revers de manche, ils s’essuient les yeux. »

A travers le destin de deux enfants, Sébastien Gehan mêle les époques et les situations.  Rafle des juifs durant la dernière guerre ou expulsions d’immigrants aujourd’hui, deux réalités non comparables, mais une même barbarie à l’œuvre.

Mon avis :

1942, l’enfant s’appelait Simon. 2003, L’enfant s’appelait Moussa. Simon était juif. Moussa est noir. On leur fait sentir que les deux ne sont pas chez eux, qu’ils ne seront nulle part chez eux. De ce parallèle difficile entre deux époques différentes, Sébastien Gehan donne à prendre du recul et réfléchir sur le monde. Les époques changent, les hommes restent toujours des bêtes.

Cruel d’Isabelle Letélié :

« L’homme s’est arrêté de parler et de marcher et s’est laissé tomber dans le fond du  hangar, dans le noir. Votre cœur bat encore de ses mots, des images qu’il a fait surgir et de son désespoir qu’il vous a communiqué. Puis votre attention se reporte sur la femme. La compassion que vous éprouviez un peu plus tôt pour sa situation s’est considérablement amoindrie. Bien au contraire, l’histoire que vous venez d’entendre vous a empli d’une épouvante qui a mué votre commisération en quelque  chose qui ressemble maintenant à de la haine. »

Isabelle Letélié nous offre une nouvelle qui rend le lecteur complice et spectateur de l’action qui s’y déroule, la chute vous en donnera les raisons. Original et bougrement efficace.

Mon avis :

C’est une nouvelle auteure que je découvre, et j’ai beaucoup aimé son efficacité, même si sa violence m’a un peu mis mal à l’aise. Voici un duel entre un homme et une femme, une scène de baston, une scène de torture. Va-t-il gagner, va-t-elle perdre ? Est-on suffisamment armé pour assister à ce scenario jusqu’au bout ? Est-ce réel ou imaginaire ? Lisez donc cette nouvelle jusqu’au bout pour vous rendre compte que vous aussi, vous aurez été manipulé !

Comme du sang d’Isabelle Letélié :

« Mais le répit est de courte durée. Dans son esprit, meublant le ruban infiniment avalé de la route, commencent à surgir des fragments stroboscopiques des heures qui viennent de s’écouler.         

Du rouge, beaucoup de rouge. Du rouge carmin, du rouge cramoisi, du rouge mouvant, du rouge figé, du rouge en gouttes et en nappes. Du sang ! Beaucoup de sang !  

C’est beau, non ? Le sang est une matière merveilleuse. J’aime ses couleurs changeantes, sa texture, son odeur. Depuis toujours. Mon premier souvenir est celui du sang. Je devais avoir trois ans. »

Au fil de ses nouvelles, Isabelle Letélié révèle son talent de conteuse de noires histoires où des suggestions pointillistes distillent une angoisse qui est la marque du genre.

Mon avis :

Quand on aime, on ne compte pas. Avec la même réussite que dans sa nouvelle précédente, l’auteure nous immerge dans la tête d’un homme au volant d’une voiture, qui se remémore des scènes noires. Entre réalité et imagination, une nouvelle fois le sens de la chute finale fait mouche.

Mémoire vive de Louisa Kern :

« Nettie ne se souvient plus que le repas est déjà dans le four. Alors elle prend un autre plat et dispose à nouveau les couches de légumes, de viande hachée, avec un peu de crème et de fromage râpé. Nettie refait les gestes qui la rassurent. Au moins n’est-elle plus en train d’essayer de se rappeler.   

Georges secoue la tête. Bien sûr que non, elle ne se souviendra pas de la promesse d’il y a cinquante ans. Au fond, il a bien fait de les appeler. Qu’ils viennent le plus vite possible, ça ne peut pas durer. C’est trop douloureux de la voir comme ça. »

Louisa Kern possède la faculté d’embarquer le lecteur sur des voies étranges, où le réel n’est jamais vrai, où le mystère est une autre forme de réalité. Le faux semblant est ici manié avec la maestria d’une nouvelliste de grand talent.

Mon avis :

Un homme regarde une femme dans ses taches ménagères. De l’importance de l’observation des petits détails qui construisent les souvenirs, qui bâtissent la mémoire. Toutes ces petites pièces de puzzle dont sont faites nos vies sont juste brossées, avec une simplicité étonnante, avant de nous plonger dans une fin noire, presque déprimante. On ressort de cette nouvelle la gorge serrée.

Aux enfants du Nord de Mathilde Bensa

« — Il faut que tu ailles le chercher à dix-huit heures chez Nelly avant de prendre les grands à la garderie. Je rentre tard ce soir.

— J’ai rendez-vous chez l’cardio à quatre heures. Je ne sais pas si je serai sorti.

— T’as appelé mon frère pour le boulot dont il t’a parlé dimanche ? Son copain, il ne va pas attendre cent sept  ans que tu lui téléphones.

— Je te dis que je vais chez le cardio et que je ne sais pas si je serai sorti.

— Mais t’as rien. Qu’est-ce que tu me prends la tête avec ça ! Arrête plutôt de jouer à la console et cherche du boulot. Ya six mois tu pouvais plus bouger à cause de ton dos, maintenant c’est le cœur. Et puis ce sera quoi après ? »

Cette nouvelle, fruit d’un atelier d’écriture dirigé par Jeanne Desaubry et organisé par l’association « Tu connais la nouvelle », illustre le thème « Famille, je vous Haime ».

Mon avis :

Cette nouvelle est terrible car terriblement encrée dans notre quotidien. De la difficulté à affronter le chômage au quotidien qui nous bouffe, cette histoire se termine horriblement alors qu’elle commence par une grand-mère qui veut rapporter son doudou à son petit-fils. Et la qualité est telle qu’elle rappelle Natural Ennemies de Julius Horwitz. A ne rater sous aucun prétexte.

Le Roi Richard de Jeanne Desaubry :

« Papa, je voulais te dire…

— Quoi ? Vas-y, allez ! T’as pas peur de ton Papa quand même !

— C’est les autres à l’école. Elles aiment pas leur papa comme moi.

— Et tu l’aimes grand comment ton Papa, hein, ma puce ?

— Je l’aime fort ! fort ! »

La petite Léna se love contre son père. Il la serre tendrement, pose un baiser dans ses cheveux. Malgré la journée d’école, il y reste des traces d’odeur du shampooing bébé à la fraise qu’elle affectionne toujours. »

Cette fiction est inspirée de deux fait divers ayant défrayé la chronique judiciaire : mêlant incestes, abus et meurtre. Le style acéré, elliptique de l’auteure donne des effets de réel parfois insoutenables. Un diamant noir par une orfèvre en la matière.

Mon avis :

Je le dis souvent, les femmes ont l’art d’écrire des romans beaucoup plus durs que ce que peuvent écrire les hommes. Elles ont ce talent de toucher juste, de trouver les mots qui marquent les émotions. Jeanne Desaubry réussit ce coup de force dans cette nouvelle de nous placer en confesseur d’une femme qui raconte son quotidien fait de violences et d’incestes. Sans tomber dans le glauque, dans le voyeurisme, l’auteure montre, démontre et dénonce l’inacceptable. C’est terriblement effrayant et tout simplement noirissimement génial.

 

Les compils de Jan Thirion et Jérémy Bouquin

Ça s’appelle Thirion, la compil’ et Bouquin, la compil’.

Le recueil de Jan Thirion regroupe 15 nouvelles de tous genres qui sont :

Le Voyage à dos de cailloux

L’Enfant couché

Lac noir

Les Échassiers

Réussir une séparation

Salon du livre et du reptile

La Grande Sortie du dimanche

Une signature héroïque

Schizo

Dans la nuit, une pierre blanche

10 rounds

Flash mortel

Plume de sang

Moi, gorille et auxiliaire de vie

La grande déculottée

Le recueil de Jérémy Bouquin en regroupe 5 qui sont :

No limit !

Music Box

Nickel

Echouée

Boudin

Dans les deux cas, ce sont deux recueils à ne pas manquer.

Ces nouvelles et recueils sont à commander sur Ska-Librairie bien sur. Et n’oubliez pas le principal, lisez !