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L’or vert du Sangha de Pierre Pouchairet

Editeur : Alibi (Ex-Filatures)

Et si avec L’or vert du Sangha, Pierre Pouchairet avait été son grand roman. Je ne lui souhaite pas car j’espère lire encore beaucoup de romans de cet auteur prolifique de ce niveau là. Pour ce faire, il a créé un pays africain de toutes pièces et nous dresse un état actuel des pays de l’Afrique noire.

Le Sangha est un pays d’Afrique centrale bordé par l’Océan atlantique. Il est richement doté de ressources naturelles, telles que le pétrole, le gaz, les minerais ou les bois précieux. Bien qu’il soit considéré comme une démocratie, le pays se prépare aux élections qui vont opposer le président sortant Honoré-Martin Atangana, qui en est déjà à son sixième mandat à une ancienne star du football Luc Otsiemi.

Luc Otsiemi s’est fait prendre la main dans le sac de cocaïne par la Police Judiciaire. Alors qu’il s’attendait à faire de la prison, on lui propose de jouer le rôle du challenger dans les élections du Sangha. On lui octroie pour l’occasion un chef de campagne, Jacques Lavergne, rompu à ce genre d’événements. Depuis, avec son slogan promettant le pouvoir au peuple et l’arrêt de la corruption, sa côte monte en flèche.

Claire Dorval se voit proposer un reportage pour suivre les élections présidentielles par son patron Jean-Michel Mebareck. Arrivée à l’aéroport de Bénoué, elle est « fraichement » accueillie par les officiers des douanes avant de retrouver son chauffeur Abou. Après sa rencontre avec Otsiemi, elle décide de revenir an France pour enquêter sur sa jeunesse. Mais elle doit bien vite retourner au Sangha quand on retrouve le corps dévoré par des crocodiles de Jean-Pierre Mounier, un collègue journaliste.

Il ne faut pas avoir peur devant les 440 pages de ce pavé, surtout quand on y voit la police de caractère de petite taille. Car dès les premières pages, on sait que l’on a devant les yeux un polar costaud, un polar d’aventure, un polar politique, un polar engagé. Et nous retrouvons après une centaine de pages les deux personnages principaux de ce roman, Claire Dorval et le commissaire Kuate, en charge du meurtre de Jean-Pierre Mounier.

Evidemment, les deux enquêtes vont se dérouler en parallèle, et les deux personnages se rencontrer pour mettre en commun leurs informations. Et si les chapitres ne sont pas courts (comme dans un thriller), on sent bien que Pierre Pouchairet a pris son sujet à bars le corps et y a insufflé sa passion pour des pays qui se font exploiter par toutes les grandes puissances du monde.

D’ailleurs, on ne s’y trompe pas, on y verra la présence des chinois, des russes, des turcs sans compter les corses et les italiens, tout cela pour y exercer des trafics en tous genres tels que la drogue ou le bois, du bois rare de plusieurs centaines d’années, dont la coupe et le commerce est soi-disant réglementé. Et on peut passer d’un personnage à l’autre, d’un pays à l’autre, que l’on se rassure : Pierre Pouchairet est un conteur hors-pair, capable de nous emmener au bout du monde.

Plus que costaud, je qualifierai ce roman de génial tant j’y ai trouvé tout ce que j’attends d’un polar politique. Les situations sont réalistes, les personnages plus vrais que nature dans leurs réactions, les dialogues formidables, et la tension croissante jusqu’à une scène (presque finale) dans le port décoiffante. Et ne croyez pas que ce roman se terminera à l’eau de rose, le Sangha, comme tous les pays d’Afrique, est sans pitié où chacun essaie de rattraper un peu de la manne financière qui lui passe sous le nez.

Forcément, on prend énormément de plaisir à parcourir ces pages, on espère, on a peur, on est enchanté par la façon dont les scènes s’enchainent, et surtout, on a la rage au ventre de voir ces populations exploitées, spoliées, décimées. On a envie de hurler devant le massacre des forêts africaines dont on ne parle jamais (la forêt amazonienne est plus à la mode), de dire STOP !

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Le fric ou l’éternité de Paul Chazen

Editeur : Jigal

Jimmy Gallier, propriétaire des éditions Jigal, a pour habitude de nous dégotter de nouveaux auteurs du Noir. C’est toujours très intéressant de rester à l’affut de ces nouveautés, pleines de verve. Le roman de Paul Chazen est porteur de promesses à venir.

Quand un nait dans une cité, son avenir est tout tracé, devenir chômeur ou trimer toute sa vie dans des postes mal rémunérés. Socrate passe donc d’un petit boulot à l’autre et il vient de se faire virer, ce qui lui arrive pour la première fois. Quand il voit son père se tuer au travail, cela ne lui fait pas envie. Mais il n’a aucune idée de ce qu’il pourrait faire, sans pour autant subir sa vie.

Dans un bar, il rencontre Nino, un membre de la Famille. A force de discussions, ce dernier lui propose un travail très facile, éliminer quelqu’un mais il devra faire en sorte que cela ait l’air d’un accident. Après quelques journées de surveillance, quelques heures de réflexion, quelques minutes de réalisation, la mission est parfaitement réalisée. Socrate coupe le circuit de freinage, mais pas complètement, et le conducteur s’écrase dans un virage ; l’accident parfait.

A partir de ce moment là, Socrate devient l’exécuteur attitré de la Famille. Il ne ressent aucune émotion, n’a aucun remords, il débarrasse la surface de la Terre de quelques personnes comme d’autres vont au travail le matin. Quand la morale s’efface au profit de l’individualisme, le personnage présenté par Paul Chazen en devient le meilleur exemple.

Car derrière cette intrigue noire, se cache une vraie question. A partir du moment où on baisse le niveau de l’éducation au ras des pâquerettes, à partir du moment où on laisse trainer un brouillard sur les débouchés potentiels des jeunes, où on donne des titres pompeux à des postes que personne ne comprend, il devient impossible d’intéresser les jeunes au monde du travail.

Le contexte posé, Paul Chazen déroule son intrigue à partir de ce postulat, grossit un peu le trait, mais reste toujours juste dans son expression, extrêmement précis. Paul Chazen a voulu son roman comme un coup de poing, c’est un uppercut ; mais pas un uppercut dans le gras du bide, un direct au menton. Son style évite toute phrase superflue, pour n’en garder que la viande nécessaire autour de l’os.

Il est à noter que les têtes de chapitres sont extraites des 36 stratégies qui est un traité chinois qui décrit les ruses et les méthodes qui peuvent être utilisées pour l’emporter sur un adversaire. Le traité a probablement été écrit au cours de la dynastie Ming (de 1366 À 1610). Les stratagèmes sont applicables à une action militaire ou à un conflit de la vie quotidienne.

http://www.taopratique.fr/wp-content/uploads/Les_trente-six_strategies.pdf

Derrière ses atours de roman noir, ce petit roman laisse augurer de promesses intéressantes mais pose aussi de vraies questions quant à l’avenir sociétal, un sujet qui me passionne autant que la démographie ou la géopolitique, vous vous en doutez bien. Alors, Le fric ou l’éternité ? A vous de choisir, mais après avoir acheté ce roman !

La cité en flammes de Don Winslow

Editeur : Harper & Collins

Traducteur : Jean Esch

Don Winslow se lance dans un nouveau projet, une nouvelle trilogie mettant en scène deux clans de mafia, l’une irlandaise, l’autre italienne dans l’état de Rhode Island. Ce roman doit faire partie de vos lectures estivales, du Don Winslow en grande forme.

Danny Ryan est le fils du parrain de la mafia irlandaise de Providence. Ce dernier ayant laissé sa place à Murphy, Danny est relayé au rôle de recouvreur de dettes. S’il connait tous les membres depuis l’école, on l’accepte surtout parce qu’il a épousé la fille de Murphy, Terri. Murphy détient les docks et les syndicats. En face, la mafia italienne, les Moretti, a le monopole des jeux et de la prostitution.

Le marché est bien partagé entre les deux clans, le calme est même accepté du côté des parrains de Boston et New-York. Tous les jeunes des deux clans se connaissent depuis longtemps, boivent des coups ensemble dans les bars, font des barbecues ensemble, en toute cordialité. Mais le calme n’est qu’apparence et il suffit d’une étincelle pour que ce coin paisible en bord de mer se transforme en champ de guerre ?

Quand Danny voit sortir une superbe femme en bikini de l’eau, il sent que les problèmes vont survenir. Sa femme Terri le charrie mais sait bien que son mari l’aime à la folie. Plus tard, lors d’un barbecue fortement arrosé avec les Murphy et les Ryan, Paulie Moretti présente au groupe sa nouvelle compagne, Pamela, la femme de la plage. Plus tard, Liam Murphy emmène Pamela et la pelote. En guise de représailles, Paulie et ses copains tabassent Liam et le laissent pour mort. C’est le début d’une escalade infernale.

Fascinant. Don Winslow lui-même le dit et le martèle depuis toujours : le polar vient des tragédiens grecs et de William Shakespeare. Dans cette histoire, on ne peut qu’y voir un hommage et une volonté de retranscrire les grandes histoires de la littérature dans le monde d’aujourd’hui (même si l’action se situe en 1986). On y retrouve l’affrontement de deux clans qui n’attendent qu’une étincelle pour jeter aveuglément dans une guerre fratricide et meurtrière sans limites.

Fascinant. Don Winslow est un conteur hors pair, probablement l’un des meilleurs actuellement dans le monde du polar. On ne peut qu’être pris dans cette histoire, dès le début avec ce cliché de la femme qui sort de l’eau en bikini. On est emporté par ces personnages qu’il se permet de ne pas présenter dans le détail, nous laissant le soin de les placer sur l’échiquier. On suit avec avidité la tornade qui va balayer ces deux familles, les thèmes de la loyauté, de l’amitié, les non-dits, les décisions difficiles, l’amour plus que tout, la famille, les sacrifices au nom des règles ancestrales, les chocs des générations …

Fascinant. L’enchainement des événements est parfait, presque logique, mécanique, et Don Winslow nous montre les raisonnements des uns et des autres, les raisons de l’escalade, mais aussi le respect (on appelle ça un cessez le feu), en particulier quand il y a un enterrement. Il aborde aussi le thème qui lui est cher, l’arrivée du trafic de drogue qui pourrit tout et fait croire à de l’argent facile, sans risques et qui autorise toutes les horreurs. Il introduit l’implication des politiques, de la police, des services fédéraux, ce qui offre un roman moderne et complet.

Fascinant. Le style de Don Winslow s’est adapté au thème de son livre, et à l’ambition qu’il veut afficher. Il s’avère moins haché que d’habitude, même si à la fin, il se laisse aller, ce qui donne une impression de rapidité. Il adopte une fluidité remarquable, se rapprochent de la grande littérature, ce qui ajoute un plaisir supplémentaire à la lecture, aidé en cela par une traduction impeccable de Jean Esch.

Vous l’avez compris, ce nouveau roman de Don Winslow est juste fascinant, et on attend avec impatience le deuxième tome. S’il est un ton en dessous de sa trilogie La Griffe du Chien, Cartel et La Frontière, il fait partie de ses meilleurs romans.

Harry Bosch 5 : Le cadavre dans la Rolls de Michael Connelly

Editeur : Seuil & Calmann-Levy (Grand Format) ; Points & Livre de Poche (Format Poche)

Traducteur : Jean Esch

Après Les égouts de Los Angeles, La glace noire, La Blonde en béton, et Le dernier coyote, voici la cinquième enquête de Hieronymus Bosch, dit Harry, qui va continuer à mettre en place les personnes entourant l’inspecteur.

Après dix-huit mois de dépression, Harry Bosch revient aux affaires et se retrouve propulsé Chef de groupe, au bureau des cambriolages de la police de Hollywood, Suite à la décision de la nouvelle lieutenante Grace Billets, Bosch aura sous ses ordres Jerry Edgar et Kizmin Rider. Bosch est appelé aux alentours du Dodger stadium où se déroule la finale de football américain.

Bosch est accueilli l’agent Powers qui est chargé de surveiller la voiture, à l’intérieur de laquelle on a retrouvé un corps. Le mort s’appelle Anthony Aliso et a été abattu de deux balles dans la tête, ce qui ressemble à une exécution de la mafia. Aliso est connu pour être un producteur de films de série Z. Powers tient à prévenir Bosch et son équipe qu’il a laissé ses empreintes dans la voiture en ouvrant le coffre.

Bosch ne tient pas à prévenir l’OCID, le département chargé de la lutte anti-mafia. Mais sur l’insistance de Jerry, il les appelle et leur communique la découverte du corps. Dom Carbone qui est de permanence lui assure que l’OCID n’est pas intéressé. Bosch fait donc rapatrier la voiture avec le corps dedans pour ne pas affoler la foule. Bizarrement, rien n’a été volé, et Aliso avait loué sa voiture à Las Vegas, où il gérait ses affaires de cinéma.

Avec cet épisode, qui commence comme une banale affaire de meurtre, on sent que Michael Connelly veut faire d’Harry Bosch un personnage récurrent et qu’il veut le faire durer longtemps. Il va ainsi introduire le personnage d’Eleanor Wish, une ancienne compagne de Bosch, ex-agent du FBI qui sort tout juste de prison. Nous avons droit donc à des retrouvailles, liées à cette enquête.

L’intrigue démontre que Michael Connelly a acquis un savoir-faire et qu’il déroule les pistes, vraies ou fausses, avec le naturel du grand auteur qu’il est. Il est toujours aussi précis dans sa description des processus policiers et nous montre ici les liens de la mafia dans l’industrie cinématographique pour blanchir leur argent sale. Il nous montre aussi la main mise de Chicago sur Las Vegas malgré les purges annoncées par les politiques.

Enfin, il n’épargne pas les différents services de police, les guerres internes entre la brigade criminelle, la lutte anti-mafia et la police des polices. Bosch aura fort à faire avec des attaques venant de toutes parts, pour résoudre cette affaire dans les toutes dernières pages et pour se défendre. Il est à noter aussi le personnage de Grace Billets, la nouvelle lieutenante que Bosch apprend à connaitre et qui se place d’emblée dans son camp. Et tout cela est raconté avec un naturel, un allant et une simplicité qui forcent l’admiration, pour donner un excellent polar.

Les ombres de Wojciech Chmielarz

Editeur : Agullo

Traducteur : Caroline Raszka-Dewez

Attention, coup de cœur !

Cinquième roman de Wojciech Chmielarz, ce roman clôt surtout un cycle en donnant à l’ensemble une cohérence impressionnante et une analyse des maux de la société polonaise, mêlant la police, la justice, les politiques et la mafia. Grandiose !

Jakub Mortka dit le Kub est appelé sur le lieu d’un assassinat dans une petite maison des environs de Varsovie. Une jeune femme et sa mère ont été retrouvées abattues dans ce qui ressemble à une exécution en bonne et due forme. Sur place, les policiers ont trouvé l’arme de service de Darek Kochan, le collègue du Kub, réputé pour être violent et frapper sa femme. Même s’il n’a pas l’intention de lui trouver de circonstances atténuantes, le Kub ne croit pas à la culpabilité de Kochan et veut découvrir la vérité. Sauf que Kochan a disparu …

De son côté, la lieutenante Suchocka, dite la Sèche, n’en finit pas de regarder une vidéo, enregistrée sur une clé USB, qu’elle a conservée suite à sa précédente affaire. Sur le film, on y voit trois hommes entrainer un jeune homme, vraisemblablement drogué, et le violer. La Sèche ne veut pas confier ce film à ses collègues, car elle sait que les trois hommes, facilement identifiables et très riches, s’en sortiraient en sortant quelques liasses de billets. Et elle fera en sorte qu’ils ne s’en sortent pas …

L’allure de Borzestowski dit Boro fait penser à un colosse. Lui qui dirige de main de maître tous les trafics imaginables à Varsovie, a intérêt à ce qu’on retrouve une preuve qui pourrait l’accuser d’un meurtre. L’inspecteur Gruda de la section Criminalité et Antiterrorisme de la police métropolitaine lui rend visite dans son hôtel, proche de l’aéroport. Il vient lui transmettre le message de quitter la Pologne mais la menace tombe à l’eau. Boro lui demande de faire taire Mieszko, actuellement en prison et de passer le message au directeur adjoint de la police Andrzejewski. Sinon Boro parlera de la découverte des corps de trois chefs de gangs par Kochan. De son coté, Andrzejewski et Gruda vont se mettre à la recherche d’un costume tâché du sang d’une victime de Boro que Mieszko a précautionneusement caché.

En guise de préambule, je dois vous dire que ce volume, le cinquième donc, peut se lire indépendamment des autres. De nombreuses références sont faites aux précédentes enquêtes, et sont suffisamment explicites pour que l’on puisse suivre. Ceci dit, ces cinq romans s’emboitent parfaitement, et trouvent une conclusion magnifique dans ce cinquième tome. Il serait donc dommage de ne pas avoir lu les autres romans qui sont : Pyromane, La ferme des poupées, La colombienne et La cité des rêves. Personnellement, il m’en reste un à lire.

Quand on attaque un roman de Wojciech Chmielarz, on a affaire à une enquête policière que l’on pourrait qualifier de classique. Ici, elle part sur au moins quatre axes différents : la recherche de l’innocence de Kochan, la recherche des coupables du viol du jeune homme, les manigances des responsables de la police pour se débarrasser du témoin gênant dans le cadre du procès de Borzestowski, et les magouilles de ce dernier pour se sortir des griffes de la justice.

A travers cette intrigue à multiples facettes, l’auteur montre l’ampleur de la puissance de la mafia dans la société polonaise, la main mise sur la police au plus haut niveau, sur la justice, sur la politique. Il nous montre comment les puissants de ce pays, ceux qui détiennent l’argent et le pouvoir peuvent tout se permettre et passer entre les mailles du filet à chaque fois. Pour cela, Wojciech Chmielarz a construit des personnages forts et détaillé leurs tactiques pour mieux montrer de quoi ils sont capables.

Le personnage de Lazarowitch, dit Lazare est à cet égard le parfait exemple de la situation. Par ses relations, les services qu’il rend aux uns et aux autres, les informations qui lui servent de chantage, il arrive à regrouper entre ses mains un pouvoir aussi invisible que gigantesque, que ce soit chez les truands comme chez les gens qui dirigent la société. Lazare est présenté comme le pendant de Boro, la seule différence résidant dans le fait que Lazare a les mains propres et que personne ne le connait dans le grand public. Dans le rôle des Don Quichotte de service, on trouve le Kub et la Sèche.

L’intrigue nous balance de droite et de gauche, introduit des personnages pour appuyer le propos, créé des scènes avec une limpidité et une inventivité impressionnantes, et malgré le nombre de protagonistes, malgré le nombre d’événements, malgré le nombre de lieux visités, on n’est jamais perdus. Ce roman m’a impressionné par ce parfait équilibre qu’on y trouve entre les descriptions et l’avancement de l’intrigue, entre les impressions ou les sentiments des personnages et les dialogues. Quant à la scène finale, elle se situe dans un abri antiatomique et vaut son pesant d’or. Et surtout, ce cinquième tome se place comme la pièce finale d’un puzzle, sorte de conclusion d’un cycle qui fait montre d’une incroyable lucidité et d’un implacable constat sur le niveau de corruption générale.

Rares sont les romans qui arrivent à me laisser sans voix devant l’ampleur de l’œuvre. En lisant ce roman, on le trouvera excellent. Après avoir lu les cinq tomes, cela en devient impressionnant, impressionnant. Il ne reste plus qu’à savoir si on reverra le Kub et la Sèche dans un nouveau cycle. Car la fin du roman semble pencher en ce sens plutôt qu’une fin de la série complète. Enfin, j’espère !

Coup de cœur, je vous dis !

L’ivresse des flammes de Fabio Benoit

Editeur : Favre éditions

Même si ce n’est pas son premier roman, cette Ivresse des flammes constituera pour moi la découverte d’un auteur, commissaire de police à Neuchâtel en Suisse. A en croire la quatrième de couverture, il s’agit du troisième roman de l’auteur et du troisième roman d’un triptyque qui comporte Mauvaise personne et Mauvaise conscience. Et effectivement, ce roman peut se lire indépendamment des autres.

Un homme attend patiemment, puis se dirige vers l’écurie, lesté de ses jerricanes emplis d’essence. Frotter l’allumette contre le grattoir procure des frissons, voir les flammes le réchauffe. Le bruit assourdissant le remplit de puissance, de plaisir.

Marc-Olivier Forel, commissaire à la Police Judiciaire de Neuchâtel, est appelé pour constater la mort d’un jeune homme, accidentelle lors d’une fête nocturne en plein air. Etant de permanence, il doit ensuite se rendre sur les lieux d’un suicide avant d’être appelé pour un incendie.

Nina se réveille dans son appartement, et se remémore son père mort aujourd’hui après lui avoir montré la voie, s’affranchir des règles et toujours avancer. Aux cotés d’Angelo Chiesa, employé municipal à la déchèterie, elle file le parfait amour.

Angel pourrait être assimilé à une cafetière : si on la laisse trop longtemps sur le feu, elle explose. Ce matin-là, une camionnette se fait pressante derrière lui, dans le tunnel de la Vue-des-Alpes. Respirant calmement, Angel est sorti, a retrouvé le chauffard et lui a calmement enfoncé son poing dans le nez. Il a beaucoup progressé en termes de maitrise de ses nerfs, grâce à Nina. Il a beaucoup changé ; avant, il était jeune et innocent, et s’appelait Efisio Piras.

Les amateurs de roman choral vont être ravis, car il possède une construction complexe et fort bien menée. Le fait que l’on n’ait pas besoin de lire les précédents romans est aussi à mettre à son crédit. Certains faits passés sont rappelés brièvement, en indiquant les seuls éléments permettant de suivre cette histoire. Ce roman est donc écrit avec un certain classicisme, respectant les codes du genre.

L’écriture se révèle aussi fort plaisante. Les descriptions laissent la place aux personnages, à leurs impressions, leurs sentiments, faisant avancer l’intrigue relativement doucement. Si par moments, on sent le travail derrière les phrases, nous avons à faire avec un style méticuleux, fort travaillé et littéraire. J’ai trouvé un vrai plaisir à lire un livre bien écrit, bien construit, bien fait, plaisant.

Les chapitres étant relativement courts, moins d’une dizaine de pages, cela se lit vite et l’attrait supplémentaire vient des parties consacrées au passé d’Angelo, qui viennent en alternance avec les enquêtes en cours. L’auteur va y décrire la vie des habitants de la Sardaigne, leur façon de réaliser des enlèvements, mais aussi et surtout l’invasion de la mafia pour y instaurer leur trafic de drogue. D’intéressants, ces passages en deviennent passionnants.

N’apportant pas de révolution dans le polar, ce roman comporte suffisamment d’éléments pour que l’on s’y attache et qu’on n’ait pas envie de le lâcher. Remarquablement bien construit, bien écrit, avec des personnages vivants et réalistes, il est parfois bon de revenir aux fondamentaux avec ce polar de bonne facture.

Nuit bleue de Simone Buchholz

Editeur : L’Atalante. Collection : Fusion

Traductrice : Claudine Layre

Ce roman me donne l’occasion de parler de deux retours, celui de L’Atalante dans le monde du polar avec une nouvelle collection nommée Fusion et celui de Chastity Riley sur les étals de nos libraires.

Fusion, voici le nom de cette nouvelle collection estampillée Polar aux éditions de l’Atalante. A sa tête, on trouve Caroline de Benedetti et Emeric Cloche, connus pour avoir créé l’association Fondu au noir depuis 2007, et éditeurs de l’excellente revue trimestrielle L’indic, une véritable source de savoir du polar.

Chastity Riley a fait une brève apparition en France, aux éditions Piranha en 2015, dans un roman nommé Quartier rouge, qui était le premier de la série. Il nous présentait un personnage féminin complexe, « rentre dedans », extrême, mais aussi attachant et original.

Il est tabassé par trois hommes dans une ruelle et laissé en sale état. Allongé sur son lit d’hôpital, il se fait appeler Joe, car il se terre dans son mutisme et ne veut rien dire. Dans le cadre de la protection des victimes, on lui octroie un policier de garde devant sa chambre.

Chastity Riley est passé tout proche de la correctionnelle. Pour avoir voulu faire tomber son chef pour corruption, on lui offre un placard doré, la création d’un poste de procureure spéciale pour la protection des témoins. Sa première affaire va être celle de Joe et à force de visites à l’hôpital, elle va réussir à lui tirer quelques informations, en forme de pièces de puzzle pour découvrir une affaire qui fait froid dans le dos.

Le titre de ce roman vient directement du nom du bar BlaueNacht, où Chastity passe ses nuits et rencontre ses amis. Je retrouve avec un énorme plaisir ce personnage féminin hors norme dans une enquête qui va petit à petit se mettre en place, au gré de ses errances diurnes (elle s’ennuie dans ce faux poste) et nocturnes dans les quartiers chauds de Hambourg lors de virées alcooliques.

Je ne vais pas entrer dans le détail pour vous décrire Chastity puisque je l’ai fait grandement dans mon billet sur Quartier rouge. Elle s’appuie sur son entourage, entre amis, amies et amants, ainsi que sur sa cicatrice principale, celle de n’avoir pas connu son père. C’est bien pour cela qu’elle reste proche de Georg Faller, un de ses anciens chefs à la retraite. D’ailleurs, ce dernier a conservé une obsession en tête, celle de faire tomber le ponte albanais de Hambourg, Malaj Gjergj.

On ne peut qu’apprécier la façon d’aborder cette intrigue, et ce style direct, fait de petites phrases, en disant peu mais suffisamment pour créer des personnages plus vrais que nature. Ni bons, ni mauvais, ils ont tous une vraie personnalité et une loyauté que seuls les vrais amis peuvent avoir. On ne peut aussi que se passionner par les valeurs disséminées dans ce roman, par les obsessions de ses personnages et par le sujet de fond, une drogue puissamment mortelle qui va déferler sur l’Europe.

Entre deux chapitres, nous trouvons des témoignages ne dépassant pas quelques paragraphes, passant en revue les pensées de certains des protagonistes. Toute l’originalité tient dans ces passages qui vont nous expliquer certaines choses, puis nous embrouiller pour enfin nous montrer que ce qui est montré n’est pas aussi simple qu’on peut le croire. Même la fin nous pousse à nous demander qui, dans cette histoire, a manipulé qui ?

Jetez-vous sur cette enquête de Chastity Riley car vous allez y rencontrer une femme formidable, inoubliable ; vous allez être plongé dans leurs relations, devenir membre de leur clan, au milieu des Klatsche, Faller, Calabretta, et Carla. Et puis, vous succomberez au style de Simone Buchholz, court, simple, rapide. Et même après la dernière page, vous n’aurez qu’une envie : reprendre tout depuis le début, ne serait-ce que pour aller boire une bière au Blaue Nacht.

Ne ratez pas l’avis de Jean-Marc Lahérrère

La soustraction des possibles de Joseph Incardona

Editeur : Infinitude

Comme je le disais précédemment pour un de ses romans, Chaleur, Je considère Joseph Incardona comme un des auteurs les plus intéressants. Ce roman nous présente le monde de la finance de la fin des années 80, un monde pourri par l’argent, sans limites; pourtant, comme le dit l’auteur en introduction de son roman, La soustraction des possibles est un roman d’amour !

Dans un palace de Genève, Les Eaux-Vives, le moniteur de tennis Aldo Bianchi donne des cours à de riches clients qui veulent faire croire à leurs connaissances qu’ils savent jouer au lieu de juste renvoyer la balle jaune. Jeune, il a rêvé de devenir champion, avant de trouver ses limites, et de s’apercevoir qu’avec son physique, il pouvait faire de l’argent facilement auprès de la gent féminine.

L’une de ses cliente, Odile, arrive à un âge où elle a besoin de se sentir aimée. A la fin d’un de ses cours, Odile entraine Aldo dans sa chambre. Aldo se rend compte de l’avantage qu’il peut en tirer ; devenir gigolo lui parait une bonne opportunité professionnelle. Afin de le garder dans ses filets, Odile le présente à son mari René qui organise pour le compte d’une banque, des transports de valises pleines de billets entre la France et la Suisse.

Aldo se retrouve donc à convoyer des valises entre Lyon et Genève, tous frais payés et grassement rétribué. Il doit déposer ses colis dans une consigne en arrivant. Odile pense avoir mis la main sur son Apollon et se permet même de l’inviter à des soirées privées organisées par la banque. Curieux de nature, il attend devant la consigne un jour, et aperçoit la femme qui reçoit les valises. Un coup de foudre pour cette jeune femme Sveltlana Novák va lui faire changer la vision de son avenir.

Sveltlana Novák est conseillère particulière de Max, un directeur de la banque et totalement dévouée à son travail. Elle s’arrange pour amener sa fille à l’école le matin et passe le reste de ses journées au travail. Ambitieuse et intelligente, elle laisse peu de place aux sentiments, visant d’atteindre le nirvana de la finance internationale. Sa rencontre avec Aldo va totalement changer sa vision de la vie, faisant entrer le Grand Amour dans son cœur.

L’auteur nous l’a dit : La soustraction des possibles est un roman d’amour, mais pas du tout un roman à l’eau de rose, une visite du monde des Bisounours. Tout au long de cette histoire, nous allons plonger dans un monde sans pitié, rencontrant des banquiers ou clients ultra-riches se payant tout ce qu’ils désirent, des mafieux plaçant leur argent sale dans des casiers immaculés, des hommes politiques profitant d’avantages innombrables. En dessous d’un monde fait d’ors et de diamants, nous retrouvons ceux qui profitent du système, ceux qui s’approprient des miettes, et les victimes telles les jeunes femmes que l’on « dresse » à devenir des prostituées. Et nous avons les rêveurs, Aldo et Svetlana, qui croient pouvoir louvoyer dans ce monde de requins, qui pensent qu’ils peuvent vivre d’amour et d’eau fraiche tout en espérant piocher dans des poches pleines d’argent sans risques.

A la fois roman de personnages et roman littéraire, il bénéficie aussi d’un scénario ingénieux, à la mécanique implacable et remarquablement huilé, passant de l’un à l’autre ; ce scénario s’avère si bien fait qu’on regarde les pièces du puzzle ou plutôt les engrenages s’assembler avec un pur plaisir de lecture, et nous emporte par l’ambition affichée, tant dans les psychologies que les décors décrits ou le mode de fonctionnement du monde d’en haut, dans la peinture du monde des traders des années 80.

Le plaisir ne serait pas suffisant sans le style de l’auteur. Ne doutant jamais de la forme choisie, Joseph Incardona ose tout, des digressions sur l’histoire d’un monument ou sur la vie d’un scientifique, des ellipses génialement utilisées, des passages où l’auteur lui-même se met en scène, s’engage et nous prend à parti, des scènes purement cinématographiques où il décrit les mouvements de la caméra, et les moments où il se place en retrait, en tant que conteur et maître de cette tragédie, avec beaucoup d’humour. A cet égard, il ne se gène pas pour nous rappeler qu’il est aux manettes et qu’il est le seul à décider où doit aller l’histoire et ce qu’il va advenir des personnages. On aime ou pas. J’adore ! et quel formidable conteur fantasque !

De cette structure qui peut paraitre déstabilisante, l’ensemble ressort formidablement entier, cohérent, doux et dur à la fois, choquant, provocant, et bigrement lucide. De ce monde définitivement noir, ceux qui font preuve d’humanité, qui ont des sentiments ressortiront en tant que victimes. Seuls les salauds, les requins s’en sortiront, évitant une mort violente. Les immondes salauds de cette histoire, non contents de bénéficier de tous les biens matériels imaginables, cherchent à posséder les êtres humains qu’ils convoitent. Et ce roman, aux allures de tragédie shakespearienne, trouvera une place de choix dans ma bibliothèque, aux côtés de Brett Easton Ellis, du Bûcher des Vanités de Tom Wolfe ou de Nos Fantastiques Années Fric de Dominique Manotti pour le sujet et d’un Francis Rissin de Martin Mongin pour la forme osée. La soustraction des possibles, un roman protéiforme comme on en rencontre que trop rarement, propose une lecture jouissive, intelligente et instructive. Fantastique !

Les âmes sous les néons de Jérémie Guez

Editeur : La Tengo éditions

Cela fait presque sept ans que j’attendais un roman de Jérémie Guez, depuis Le dernier tigre rouge. Entre temps, celui que je surnomme Le Petit Prince du Polar est passé du côté du cinéma, écrivant des scénarii et réalisant un film, Bluebird. Les âmes sous les néons permet donc de fêter le retour en grande forme de cet auteur du Noir.

Copenhague.

Elle vit une vie de rêve, belle maison, belles voitures, un bébé en forme, un homme qui l’aime.

La fête se déroule dans la joie, pour souhaiter la bienvenue au bébé.

Elle est énervée, Lars n’est pas là.

Elle est seule avec les amis de son compagnon.

Le téléphone sonne.

La police lui annonce que Lars vient d’être abattu d’une balle dans la tête, au volant de sa voiture.

Lors de l’interrogatoire, les flics lui apprennent que Lars dirigeait plusieurs bars à putes, blanchissait de l’argent sale de plusieurs mafieux.

Elle n’a rien vu, ne s’est intéressée à rien, a profité de l’argent qui coulait à flots.

Lors de l’enterrement, Libyens, Palestiniens, Syriens, Irakiens, Tchétchènes, Serbes, Albanais, et Somaliens viennent la saluer.

Elle ne les connait pas.

L’avocat de Lars lui annonce avoir trouvé des gens pour racheter le business de Lars.

Elle devrait signer, c’est un conseil.

Un homme sonne à la porte.

Il se présente comme le seul ami de Lars, son homme de main aussi.

Lars l’a chargé de veiller sur sa vie, qui va devenir à haut risque.

Il lui demande de ne pas accepter l’offre de l’avocat.

Question de survie.

Ce nouveau roman de Jérémie Guez s’annonce comme un nouveau coup de poing, un nouveau coup de pied au monde du polar. Bien que situé dans un pays nordique, il pourrait prendre place n’importe où ailleurs. L’auteur préfère mettre en avant les personnages et le mystère du monde interlope et caché de la nuit.

Les deux personnages principaux vont jouer un jeu dont ils ne connaissent pas les règles, se rencontrer, se frôler, se quitter en ne sachant pas s’ils peuvent se faire confiance. Leurs allers-retours ressemble à s’y méprendre à une danse moderne, où ils volettent d’un bout à l’autre de la scène.

De danse, il en est aussi question dans la forme de ce polar. Jérémie Guez a opté pour un style, non pas haché, mais fait de paragraphes formés d’une seule phrase, comme un slam rap brillant, une poésie noire et moderne, efficace menant tout droit à l’enfer. Dans chaque phrase, avec le minimum de mots, il se permet de dessiner des décors, de peindre des psychologies et de creuser des thèmes chers au polar.

L’amour, la solitude, la famille, la confiance, la loyauté, ces thèmes représentent les fondations de ce roman aussi brillant par son intrigue que par son style, sans montrer de sentiments superflus. Et à la fin de la lecture, on en vient à regretter d’avoir attendu aussi longtemps, presque sept ans, pour le lire. Bon sang, Jérémie, peux-tu nous en écrire d’autres de ce niveau-là, s’il te plait ?

Avant les diamants de Dominique Maisons

Editeur : Editions de la Martinière

Attention, coup de cœur !

Après toutes les bonnes critiques parues sur ce roman, je me joins aux autres … avec un peu de retard … pour vous inciter à acquérir et à dévorer ce roman qui nous plonge dans le monde d’Hollywood de 1953. Le plaisir et l’immersion sont totaux.

17 mars 1953, Nevada Test Site, Mercury, Comté de Nye. Plusieurs invités viennent assister à la démonstration de force organisée par l’armée américaine. La bombe Annie vient confirmer la prédominance des Etats-Unis dans la course aux armes atomiques. Convoqué par le général Trautman, le major Chance Buckman se voit confier une mission de la plus haute importance : Comme le Maccarthisme s’essouffle, l’armée doit subventionner des producteurs indépendants des grands studios qui diffuseront des messages démontrant la grandeur de l’Amérique. A l’avenir, chaque pays aura deux cultures : la sienne et la culture américaine. Pour cette mission, il sera secondé par l’agent Annie Morrisson.

17 mars 1953, Lone Pine, Comté d’Inyo, Californie Larkin Moffat, producteur maniable de westerns à petits budgets, travaille au bouclage de son dernier film en date, avec une figure vieillissante du cinéma américain, Wild Johnny Savage. Il est obligé d’aller chercher la star dans sa roulotte car le tournage des scènes va bientôt démarrer. Il découvre un acteur épuisé, endormi dans ses vapeurs de drogue. Sans hésiter, le producteur sans scrupules appelle un docteur pour qu’il lui injecte un remontant pas tout à fait légal, de quoi lui faire tourner les scènes du jour. Puis il va passer ses nerfs sur sa compagne, Didi, à coups de ceinturons, avant de la violer. C’est le prix à payer pour devenir une Star.

17 mars 1953, Little Church of the West, Las Vegas, Nevada. Le père Santino Starace a réussi à faire fructifier son église et devient incontournable au sein de la Legion of Decency,  une ligue de vertu donnant des étiquettes de visionnage très strictes aux films pour préserver la morale du peuple américain. Ayant terminé sa journée, il retrouve son amant Juanito, qui a la moitié de son âge et qui rêve de devenir acteur. Quand Buckman et Morrisson le contactent, il accepte de faire l’intermédiaire avec Jack Dragna, qui gère les affaires du mafioso Mickey Cohen, incarcéré depuis peu pour évasion fiscale. En échange, le père Starace négocie des papiers en règle pour Jancinto. Dragna y voit l’occasion de diversifier les investissements de la mafia et la possibilité d’un rendement extraordinaire.

Je ne sais pas ce qu’il en est de vous, mais je suis passionné par le cinéma américain d’après-guerre. C’est aussi le cas de Dominique Maisons, dont chaque ligne de ce roman est écrite avec passion. Et c’est un vrai grand beau roman noir auquel on a droit avec ce pavé de 500 pages, comme une sorte de voyage enchanté dans un monde féérique, mais aussi superficiel et irrémédiablement violent.

La comparaison en quatrième de couverture avec les grands auteurs contemporains est flatteuse (James Ellroy, Robert Littell ou Don Winslow) et ce roman n’a pas besoin de ces références pour se situer au-dessus du lot. Ce roman formidablement évocateur, possède sa propre identité et se place parmi les meilleurs romans évocateurs de cette période. Car, avec une plume érudite et une puissance évocatrice, le lecteur que je suis a fait un voyage dans le temps, et découvert l’envers du décor imprimé sur la toile de cinéma.

L’auteur n’avait pas besoin de parsemer son histoire de personnages illustres (on y croise entre autres Errol Flynn, Clark Gable, Gary Cooper, Franck Sinatra, ou HedyLamarr) pour sonner vrai. Et pourtant, ils sont tellement bien utilisés dans l’intrigue qu’ils se fondent dans le décor. On y sent l’odeur de la peinture fraiche, on y entend les caméras tourner, on y voit des acteurs ou actrices malades se transformer dès qu’on entend le mot « Moteur ».

Et puis, derrière les fastes exhibés devant la caméra, l’ambiance tourne au scénario le plus noir que l’on puisse imaginer. Des luttes d’influence aux relations entre l’armée, le cinéma et la mafia, des actions violentes perpétrées pour assouvir un besoin sexuel, ou une envie de meurtre ou juste un besoin de vengeance, quand ce n’est pas pour éliminer une concurrente, ce roman ne nous épargne rien, tout en restant en retrait, factuel comme un témoin de cette époque apparemment idéale mais en réalité si cruelle et immonde.

Pour illustrer ces aspects, des personnages fictifs vont émailler cette intrigue, Didi, Liz, Juanito, Buckman, Annie, Moffat, Storance, et tous sont justes, vrais, psychologiquement impeccables, tout au long de cette année 1953 que parcourt cette histoire. Ils vont tous être tour à tour innocents, coupables, bourreau et victimes. Hollywood vend du rêve mais l’envers du décor ressemble plutôt à une machine à broyer des êtres humains.

Avec son scenario en béton, sans oublier sa fin apocalyptique, avec ses personnages formidables, avec sa puissance d’évocation, et son style si fluide et hypnotique, Dominique Maisons a écrit un grand livre, que je ne suis pas prêt d’oublier. Il a aussi garder sa passion intacte, ne jamais faiblir tout au long des 500 pages, et nous offrir un grand moment de littérature, tout simplement.

Coup de cœur !

Si j’ai lu (dévoré) ce roman, c’est surtout grâce aux billets de Laulo et Yvan