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La Revanche du petit juge de Mimmo Gangemi

Editeur : Seuil (Grand format) ; Points (Format poche)

Traduit par : Christophe Mileschi

C’est suite aux avis des amis Jean-Marc, Yan et Claude que ce roman m’a attiré. Ils disent en effet qu’il a un ton original, et je me devais de tester cette lecture. Je ne fus pas déçu, bien au contraire.

Don Mico Rota est en prison depuis plus de 14 ans, condamné à perpétuité pour de nombreux meurtres. Il faut dire qu’il est le chef suprême de la ‘Ndrangheta, la mafia calabraise. De par son statut, il est le maître incontesté, à la fois dans la prison mais aussi à l’extérieur, puisqu’il arrive à gérer ses affaires en étant enfermé. A l’âge de 75 ans, il espère sortir pour raison médicale, et finir sa vie tranquillement chez lui, puisqu’il lui reste quatre mois à vivre.

Le juge Giorgio Maremmi ne se fait pas d’illusion quant à la décision qu’il doit prendre, concernant le sort de l’assassin Francesco Manto. Quand il est condamné, Manto menace le juge en plein procès : « Infâme et fils d’infâme. T’en as marre de vivre ? T’es mort, tu piges ? T’es mort. ». Ces menaces ne devraient pas le toucher mais le frère de Manto étant en liberté, cela l’ébranle tout de même.

Giorgio Maremmi se mit à sortir moins, pour éviter tout risque. Il accorde juste quelques heures, lors de repas, à son ami et juge aussi Alberto Lenzi et à Lucio Cianci Faraone, riche exploitant de l’oliveraie familiale. Alberto Lenzi est plutôt le genre fainéant, fêtard et sans aucune ambition. Deux jours plus tard, Maremmi sort à la pharmacie pour s’acheter des bonbons à la menthe, pour calmer sa toux. Au retour, un homme s’immisce dans l’entrée de son immeuble et l’abat de deux balles.

Alors que les recherches s’orientent vers le frère de Manto, Alberto Lenzi va devoir abandonner ses parties nocturnes de poker pour essayer de savoir qui a pu tuer son ami et juge Maremmi. D’autant plus que l’on retrouve bientôt le cadavre du frère de Manto …

C’est une sacrée découverte que ce premier roman de Mimmo Gangemi, car c’est un roman pour le moins surprenant. L’auteur prend le temps d’installer ses personnages, tout en prenant un soin particulier à décrire cette partie de l’Italie si belle, si aride, avec ses belles plantations d’arbres, balayées par le vent du Nord.

C’est aussi dans sa façon de mener son intrigue que l’auteur arrive à imprimer un ton très personnel à son histoire. Il prend en effet un nouveau personnage, décrit sa vie, sa façon quotidienne de passer ses journées, puis l’insère dans l’histoire globale, tout cela dans un chapitre en plein milieu de l »histoire. C’est donc toute une galerie de personnages à laquelle nous avons droit qui sont tous des personnages aussi importants qu’Alberto Lenzi qui sert lui de liant à tout cela.

Alberto Lenzi justement, est une sacrée figure, puisque nous avons à faire avec un antihéros dans toute la noblesse du terme. Il ne cherche rien, ne voulant juste que profiter de la vie. Sans aucune ambition, divorcé avec un enfant qu’il ne voit jamais car il n’en voit pas l’intérêt, il est une sacrée figure de personnage immature, ou du moins un personnage qui sait qu’il ne peut pas changer la société dans laquelle il vit.

La société, justement, est totalement gérée par la mafia, la ‘Ndrangheta. Celle-ci est comme une pieuvre, comme un lézard qui, même si on lui coupe une patte, la retrouve après qu’elle ait bien vite repoussée. Cette situation est remarquablement retranscrite au travers de tous les habitants, qui savent tout, mais ne disent rien, qui résolvent leurs problèmes en faisant appel à la mafia plutôt qu’à l’état.

Ceci est remarquablement mis en évidence grâce au personnage de Don Mico Rota, qui gère la société du fond de sa cellule, qui va convoquer le juge Alberto Lenzi pour lui donner des bribes d’information qui vont faire avancer son enquête, au moyen de paraboles toutes plus belles et amusantes les unes que les autres. Car ce roman est écrit avant tout sans prendre parti et avec beaucoup de dérision, avec une légèreté qui donne à l’ensemble une facilité de lecture et un ton définitivement original. Comme je vous l’ai dit, c’est une sacrée découverte, et j’ai hâte de lire la deuxième aventure d’Alberto Lenzi qui s’appelle Le pacte du petit juge et qui est sorti au Seuil.

Novellas chez Ombres Noires

Depuis quelque temps, Ombres Noires publie des novellas, dont les thèmes sont centrés sur les livres, en général. En voici quelques uns :

 Mythe Isaac Becker

Le mythe d’Isaac Becker de Reed Farrel Coleman

Traducteur : Pierre Brévignon

Quatrième de couverture :

1944, camp de concentration de Birkenau. Les destins de Jacob et d’Isaac se trouvent scellés quand le carnet de ce dernier est confisqué par le sous-lieutenant Kleinmann. Chronique des activités criminelles du camp et des victimes des chambres à gaz, son Livre des Morts peut les conduire à leur perte. Les deux hommes tentent de récupérer le précieux objet mais, surpris par Kleinmann, Isaac est tué. Le carnet semble définitivement perdu.

Mais que sait-on réellement de Jacob et d’Isaac ? Sont-ils vraiment les héros que l’on croit ? Et si Le Livre des Morts venait à ressurgir, que dévoilerait-il ?

Mon avis :

Voilà une belle histoire, celle d’un homme déporté à Birkenau qui s’invente une histoire pour pourvoir émigrer aux Etats Unis. A travers des chapitres courts, nous allons voir comment cet homme va voir sa vie bouleversée par son premier mensonge, un soi-disant acte héroïque pour sauver un compagnon prisonnier qui avait écrit un mystérieux livre.

Cette illustration de l’histoire dans l’Histoire , des arrangements avec la vérité et la poids des mensonges est avant tout une belle histoire. Car si le style est, ou du moins m’a paru simple voire simpliste, le format court de cette nouvelle me laisse surtout sur ma faim, puisque j’aurais aimé que plusieurs situations et personnages soient développés. Du coup, c’est plutôt un sentiment de déception qui ressort de cette lecture.

Journal du parrain

Le journal du Parrain – Une enquête de Mike Hammer de Mickey Spillane & Max Allan Collins

Traducteur : Claire-Marie Clévy

Quatrième de couverture :

Lorsque le vieux Don Nicholas Giraldi décède, c’est la panique à New York. Selon la rumeur, le Parrain tenait un registre de toutes ses manoeuvres et transactions crapuleuses, qu’il voulait léguer à une personne de confiance. Parce qu’il a travaillé à plusieurs reprises pour le Don, le célèbre détective privé Mike Hammer est approché par des personnes ayant tout intérêt à récupérer le précieux document.

Véritable arme de pouvoir, ce carnet pourrait mettre bien des carrières politiques en péril… Et être décisif dans l’implacable guerre des clans qui fait rage parmi les différentes familles de la mafia.

Mon avis :

C’est mon premier Mickey Spillane et je dois dire que ce polar pur jus est sympathique … sans plus. Même si cette histoire a été terminée après la mort de l’auteur par son meilleur ami, le style d’écriture semble avoir été respecté. C’est une bonne histoire, racontée grâce à six ou sept scènes, dans un style efficace où on décrit les personnages en une phrase. Il y a beaucoup de dialogue, droles avec de la répartie. Si le mode de narration a un peu vieilli, le format court permet de donner un bon rythme à l’ensemble. Pour moi, ce fut une bonne lecture, mais qui ne sera pas inoubliable. Cette novella aura au moins le mérite d’avoir suscité chez moi la curiosité de lire d’autres romans de cet auteur.

plusdeprobleme.com de Fabrice Pichon (Lajouanie)

Attention coup de coeur !

Fabrice Pichon, je le suis depuis ses débuts, depuis Vengeance sans visage, son premier roman policier. Pour ce roman, il change de maison d’édition, de style, de genre … et de lunettes (?) pour nous proposer un polar qui flirte entre le roman policier, le roman social, et le thriller. Fabrice Pichon a décidé de faire un mélange des genres et c’est une franche réussite.

Marc Segarra est cadre dans une société d’assurance, en province. Il travaille comme un fou pour nourrir sa famille mais il ne se sort plus de ses dettes, entre ses emprunts et ses enfants, dont l’un est handicapé. Seulement, pour avoir droit à des aides, il faut être pauvre ! Marc Segarra a rendez vous avec le juge de la commission de surendettement, le juge Chauvin. Mais ce dernier n’est guère compréhensif, arguant que Marc n’a fait aucun effort pour vendre sa maison. Mais Marc ne veut pas laisser sa famille à la rue.

Son seul moment de distraction, c’est d’aller voir Sylvie, une prostituée de luxe. Auparavant, il passait la voir souvent ; maintenant, il se contente de quelques brefs instants de bonheur volés. Elle refuse de le faire payer, car elle est amoureuse de lui. Ce soir là, une brute épaisse force la porte et ordonne à Sylvie de payer 70% de ses gains au grand chef, qui s’appelle La Baleine, un Roumain qui règne que la prostitution de qualité.

Marc, dans un élan qu’il ne comprend pas, assomme le malabar et le menace en se présentant sous le nom du juge Chauvin. En partant, le balèze laisse son pistolet, que Marc récupère. Il devient le héros de Sylvie, s’il ne l’était pas déjà. Quelques jours plus tard, une lettre du juge arrive donnant à Marc quelques jours supplémentaires de survie. Mais il ne voit pas comment s’en sortir. Sauf s’il utilisait l’arme du mafieux qu’il a gardé … et s’il se mettait à son compte ? Et s’il créait une entreprise d’élimination ?

Je ne peux que vous conseiller de vous jeter sur ce roman, et de ne pas tenir compte de vos apriori devant la taille du pavé (plus de 600 pages) car c’est un livre que l’on du mal à lâcher une fois qu’on l’a ouvert. En fait, j’ai trouvé tout ce que j’aime dans un polar. Et quand c’est fait comme ça, c’est tout simplement génial.

Tout d’abord, on part d’une situation simple mais tristement réaliste : un pauvre gars comme vous et moi, criblé de dettes, étranglé par ses crédits. On entre tout de suite dans le personnage, sans fioritures mais avec tant de justesse qu’on le suit les yeux fermés. Puis, premier événement : ce personnage a une amante. Avec cette deuxième situation, l’auteur introduit un deuxième personnage … ce principe va se répéter jusqu’à ce que tous les personnages soient entrés en scène.

Une fois que Fabrice Pichon nous a décrit son échiquier, il va faire évoluer ses pions. Je ne sais pas comment il fait, mais il arrive à trouver à chaque fois des événements qui vont faire rebondir l’intrigue, et bouleverser la destinée des personnages. Cela joue en grande partie dans l’addiction que l’on ressent à la lecture. En fait, ce roman a une intrigue sautillante, un peu comme une balle en mousse … sauf qu’elle ne rebondit jamais dans la direction que l’on aurait pu imaginer.

Pour finir, il faut quand même avouer que si on se passionne pour ce roman, c’est aussi grâce à ses formidables personnages. Et on retrouve là tout l’art et le talent de cet auteur pour peindre des personnages plus vrais que nature, où chacun a une même importance. L’auteur nous les décrit avec justesse, c’en est d’ailleurs impressionnant, leurs actions et réactions sont toutes logiques, et du coup, on se retrouve impliqué dans l’histoire, car ce qui leur arrive nous parle … forcément.

A la fermeture de ce livre, j’ai eu comme un déchirement. Parce que je ne voulais pas abandonner Marc, Sylvie, Marie et les autres, je ne voulais pas sortir de cette situation inextricable. Sans ressentir de sympathie particulière envers Marc, qui est tout de même un assassin, on s’attache à ces psychologies fortes, et on se laisse malmener avec plaisir. En fait, ce roman, c’est un peu comme un grand 8 qui vous secoue dans tous les sens, qui flirte avec le roman noir, la critique acerbe de la société de consommation, le roman policier, l’itinéraire d’un tueur, et j’en passe … Et ce qu’il y a de fort, dans ce roman, c’est qu’aucun de ces aspects n’est négligé, tout est parfaitement maitrisé. Ce livre est génial, je vous le dis !

Coupr de coeur

Les novellas d’Ombres Noires

Depuis quelques temps, les éditions Ombres Noires nous donnent à lire des romans courts, appelés Novellas d’auteurs connus et reconnus. En voici deux parmi les dernières parues :

 Chatié par le feu

Châtié par le feu de Jeffery Deaver :

Quatrième de couverture :

Hermosillo, Mexique. Alonso Maria Carillo, dit aussi Cuchillo, « le Couteau », jouit d’une réputation de parrain cruel et très efficace. On ne lui connaît qu’un seul vice : une passion pour les livres rares. Il en possède des milliers, qu’il collectionne compulsivement et conserve avec amour.

Aussi, lorsque Carillo est visé par un contrat, les deux hommes chargés de l’assassiner, Evans et Díaz, pensent que ce sera un jeu d’enfant. Un bel autodafé devrait remettre Cuchillo dans le droit chemin. C’était oublier qu’un parrain se laisse rarement déposséder de son bien.

Mon avis :

D’un coté un homme immensément riche enfermé dans sa luxueuse propriété et que l’on soupçonne d’être un trafiquant et un assassin. De l’autre, deux hommes chargés de le tuer. C’est donc un duel à distance auquel on va assister. Il n’y a aucun spectacle, si ce n’est le pur plaisir de lire un scenario impeccable, servi par des dialogues d’une efficacité rare. Si l’on ajoute à cela un final en forme de clin d’œil, ainsi que le plaisir de l’auteur à écrire cette histoire que l’on ressent à chaque ligne, on se retrouve là avec 110 pages de pur plaisir. A déguster.

Cavale étranger

La cavale de l’étranger de David Bell :

Quatrième de couverture :

Jusqu’à sa mort, le père de Don Kurtwood avait la réputation d’être un homme sans histoire : époux fidèle, père aimant et lecteur compulsif. Le jour de ses funérailles, un vendeur de livres rares, Lou Caledonia, se présente à Don. Il en sait beaucoup sur M. Kurtwood, et il doit en parler. Rendez-vous est pris pour le lendemain. Mais à son arrivée à la boutique, c’est un cadavre que Don découvre. Quelles révélations s’apprêtait à faire Lou Caledonia ? Comment expliquer que Don en sache si peu sur son père ? Avec ce roman à l’écriture limpide et envoûtante, David Bell s’interroge sur ce lien unique et ténu qui tisse les relations père-fils.

Mon avis :

Comment créer une histoire, donner pleins d’espoirs au lecteur, et faire retomber le soufflé ? C’est un peu comme cela que je pourrais résumer mon avis. Avec un démarrage plein de promesses, le narrateur va chercher à connaitre son père. De fil en aiguille, il découvre qu’il fut un auteur de roman, d’un seul roman, un western. Sauf que, on attend surtout que l’histoire décolle …

Et non ! L’auteur, en ébauchant des thèmes qui auraient pu être forts, s’enferme dans la simple description de son intrigue. Et du coup, le manque de sentiments, le manque d’émotions devient flagrant … et on se prend à regretter qu’avec un sujet pareil, on n’ait entre les mains qu’un bon scenario de téléfilm. Quelle déception !

La chronique de Suzie : La défense de Steve Cavanagh (Bragelonne)

Pour cette découverte d’un nouvel auteur, nous avons été deux à lire ce roman, Suzie et moi. Comme son avis est bien meilleur que le mien, mieux écrit, mieux argumenté, je lui ouvre tout naturellement les portes de Black Novel. Je laisse donc la parole à Suzie :

Bonjour, amis lecteur, voici mon billet sur le livre « La Défense » de Steve Cavanagh.

Ancien escroc devenu avocat, Eddie Flynn a connu les deux carrières et décidé de ne plus plaider. Le chef de la mafia russe va pourtant l’y obliger : pour le convaincre d’assurer sa défense, il a enlevé sa fille et menace de l’exécuter. Détail supplémentaire : Eddie devra se présenter devant le juge avec une ceinture d’explosifs dans le dos.

Flynn a quarante-huit heures pour gagner le procès du siècle. Le FBI scrute le moindre de ses gestes. Pour un bon avocat, c’est presque mission impossible ; un simple arnaqueur baisserait sûrement les bras.

Mais on parle d’Eddie, là. L’adrénaline, il aime ça.

En lisant la quatrième de couverture de ce livre, j’ai tout de suite pensé au synopsis d’un film avec Johnny Depp dont le titre est « Meurtres en suspens ». C’est un film qui date de 1995 où le héros voit sa fille kidnappée et, pour la sauver, il doit tuer une personne, un politicien plus précisément.

Je suis donc partie avec un à priori négatif. Le truc qui m’a convaincu de lire ce roman est l’ancien métier exercé par le héros. Ce dernier est un ancien arnaqueur et non pas un simple quidam choisi dans la foule car il empêchait un skateur d’ennuyer sa petite fille.

Le récit commence donc comme décrit et on suit les aventures d’Eddy avec ses problèmes et ses flashes-back. Car il y a des flashes-back, tout au long du récit, qui peuvent dérouter le lecteur. L’auteur explique au fur et à mesure comment le héros en est arrivé à ce stade de l’histoire, ses affinités, ses rencontres et ce qui le disposait à devenir un escroc mais également un avocat car il faut être un arnaqueur repenti pour pouvoir amener un jury à vous suivre, du moins aux États-Unis. L’autre particularité de ce récit, c’est qu’il est raconté à la première personne. Ce qui peut être dérangeant ou pas selon.

Si vous avez survécu jusque là, vous apprécierez la suite car on va commencer à entrer dans le vif du sujet. La mise en place de l’histoire est assez longue et on ne comprend pas pourquoi l’auteur ne donne pas plus d’indications. Il faut persévérer dans la lecture, jusqu’au retournement de situation où la vision du héros et par là même, celle du lecteur, va changer et comprendre des aspects qu’on avait laissé de coté, voire même pas vu. Parce que l’auteur s’est fait plaisir en semant des indices dans le récit, indices dont le lecteur peut avoir du mal à comprendre l’utilité ou les oublier rapidement. Du coup, on se rend compte que ce qui paraissait si évident ne l’est plus du tout. Et qu’on avait tout faux dès le début. Et là, j’ai commencé à être vraiment captivée par le récit. Jusqu’à ce moment de l’histoire, j’étais juste curieuse.

Tout va commencer à s’accélérer, des alliances étranges vont voir le jour, les indices prendre un véritable sens jusqu’au dénouement final … explosif ;

En allant sur le site de l’auteur, il semblerait que ce tome soit le premier d’une série dont le héros serait Eddie Flynn. De plus, il semblerait que ce soit le premier roman de cet auteur, ce qui pourrait expliquer certaines maladresses dans le récit. Je me demande bien qu’elle sera la prochaine aventure de ce héros mi-arnaqueur, mi-avocat. Bonne lecture

Or noir de Dominique Manotti (Gallimard Série Noire)

Les anglo-saxons appellent ça un prequel. Théodore Daquin, policier que l’on a adoré dans Sombre sentier, À nos chevaux ! et Kop (tous disponibles chez Rivages Noir), revient dans une enquête époustouflante. Forcément, il est plus jeune, il a 27 ans et plein d’illusions.

Ce roman se déroule entre le 11 mars et le 1er avril 1973. Théodore Daquin débarque dans une ville qu’il ne connait pas, Marseille. Quand il se présente au commissariat, on l’envoie sur une fusillade qui a eu lieu à la Belle de Mai. Il faut dire que depuis la chute de Guerrini, les morts tombent comme des mouches. L’un des morts s’appelle Marcel Ceccaldi, c’est l’un des hommes de Francis le Belge. C’est donc à nouveau un règlement de comptes.

Mardi 13 mars 1973, 3 heures du matin. Un couple sort du casino de Palais de la Méditerranée. Il a la cinquantaine, elle a la trentaine. Il lui remet le châle sur ses épaules. Une moto arrive, s’arrête. Un révolver est brandi, un coup de feu éclate, puis deux, puis cinq, puis dix. L’homme qui accompagnait la jeune femme vient d’être abattu de dix balles sans que celle-ci ne soit touchée. La moto repart.

La jeune femme est américaine et s’appelle Emily Frickx. C’est l’épouse de Michael Frickx, le directeur de la succursale européenne de CoTrade, l’une des entreprises de trading des matières premières. Le mort s’appelle Maxime Pieri. Ancien résistant, il a participé à la mise en place de l’Héroïne pour le clan Guerrini, puis s’est rangé pour créer une société de transport maritime. Alors que tout le monde veut faire passer ce meurtre pour un règlement de comptes, Daquin va mettre le doigt dans une affaire bien plus importante : le commerce du pétrole à quelques jours de la crise pétrolière.

Dominique nous démontre tout son savoir faire dans ce roman. Il n’y a strictement rien à dire du coté de l’intrigue, qui part d’un meurtre dans la ville de Nice, dans un contexte de guerre des gangs pour le trafic de drogue. Et déjà là, Dominique Manotti nous explique les dessous de ce trafic, avec les parrains qui sont des anciens de la résistance et qui ont pu développer leur marché avec la bénédiction des politiques. Jusqu’à ce que la CIA ne décide de financer ses opérations par la drogue. A ce moment là, la plateforme française fait tache d’huile, et c’est la chute de la French Connection.

Mais encore une fois, ce n’est pas là le sujet. Les chapitres alternent entre Daquin et Michael Frickx, ce dernier personnage nous dévoilant les dessous de la crise pétrolière et la décision de l’Iran à sortir de l’OPEP et à vendre par elle-même son pétrole. Dominique Manotti nous prend par la main et nous montre tout, sans exception : l’implication des politiques de certains pays, les services de police qui ferment les yeux à certaines exactions, les tankers pirates, le détournement d’argent, les montages financiers des sociétés et les paradis fiscaux. Et tout cela est connu mais on ferme les yeux puisque Pieri est une figure de la réussite des entreprises marseillaises.

Il serait injuste de réduire ce roman à un cours. C’est bel et bien un polar, un super polar bien construit, avec plein de personnages secondaires qui ne le sont pas. A la limite, on aurait aimé que Daquin soit plus convaincant pour que ce roman soit un coup de cœur. Ceci dit, un roman qui vous apprend plein de choses, en plus d’être un très bon polar, ça ne court pas forcément les rues. Merci Madame Manotti.

Ne ratez pas les avis de Lesièclebleu, et des amis Yan et Jean-Marc

La pieuvre de Jacques Saussey (Toucan)

Jacques Saussey est un auteur prolifique, qui conte les enquêtes d’un couple de policiers, le capitaine Daniel Magne et la lieutenante Lisa Heslin. Et ce qui est remarquable chez Jacques Saussey, c’est son talent à raconter de bonnes intrigues avec un style fluide que beaucoup peuvent lui envier. Ce roman ne fait pas exception à sa bibliographie.

Jour J-5. Samir Khaleb est livreur. Sur sa mobylette, il fonce à travers les rues de Paris. Pour arrondir ses fins de mois, il en profite pour livrer des colis spéciaux. Le tout, c’est de ne pas se faire remarquer par les flics, faire comme si de rien n’était. Normalement, il repère la bonne boite aux lettres grâce à une pastille rouge collée dessus. Là, il n’y a rien. Il se baisse et n’entend pas la personne qui est derrière lui. Cela lui coute deux balles en pleine tête.

Jour J-13. Daniel Magne est de mauvaise humeur ce matin-là. Lisa et lui se sont engueulés. Quand elle va en direction de la salle de bains, le téléphone sonne. Le docteur Stéphane Marchand, de la clinique des Orchidées à Sanary sur mer lui apprend que sa mère, qu’elle n’a pas vu depuis des dizaines d’années est atteinte de la maladie de Alzheimer et qu’elle est en phase terminale. Lisa décide immédiatement de se rendre sur place. Sa mère l’avait abandonnée alors qu’elle avait 8 ans. Elle a été élevée par sa grand-mère à la mort de son père, le célèbre juge Heslin.

Jour J-4. Daniel Magne s’ennuie depuis le départ de Lisa, dont il n’a reçu que deux ou trois coups de fils. Alors qu’il est convoqué dans le bureau du chef, une mauvaise nouvelle l’attend. La balle retrouvée dans le crane de Samir a été tirée par la même arme qui a servi à tuer le juge Heslin il y a vingt-et-un ans. Pas question de le dire à Lisa. Daniel Magne, détaché au ministère va devoir mener son enquête.

Et voilà le bien humble résumé des 40 premières pages. Alors, accrochez vous parce que cela va aller vite. Et comme Jacques Saussey est très doué, il va nous balader tout au long de ces 550 pages dans un roman qui dépasse tout simplement le cadre d’un roman policier. Car il s’agit réellement d’un vrai roman d’aventures que l’on va dévorer avec une soif d’en savoir plus. C’est extrêmement bien écrit et la lecture est tout simplement délicieuse.

Et même si vous n’avez jamais lu d’enquêtes de Daniel Magne et Lisa Heslin, vous ne serez pas perdu. L’auteur ne s’appesantit pas sur leurs précédentes enquêtes, la psychologie est brossée de façon très efficace pour éviter d’en faire trop. Et bien vite, on est pris dans le rythme, emporté par ces chapitres courts qui alternent l’enquête de Daniel Magne avec celle de Lisa Heslin.

Car évidemment, nos deux flics vont se retrouver dans des imbroglios, jusqu’à un dénouement final très émotionnel et visuellement fort. Et c’est là un coup de force de Jacques Saussey : raconter deux histoires à quelques jours d’intervalles sans jamais se répéter ou délivrer des indices qui laisseraient deviner le dénouement. Je vous le dis : la construction de ce livre est un grand moment du roman policier.

En s’appropriant les assassinats de quelques juges italiens et français perpétrés dans les années 90, Jacques Saussey nous construit une enquête qui vise à montrer la toute puissance et l’omniprésence de la mafia dans la vie de tous les jours. Et ça fait froid dans le dos … L’auteur ne veut pas dénoncer, il construit une intrigue bien à lui, totalement inventée par son esprit créatif.

Personnellement, j’ai un peu regretté les chapitres où le tueur apparait, vers la fin. Je trouve que la construction s’en est trouvée ralentie, cassée. Mais cela ne concerne que 4 ou 5 chapitres, ce qui est peu au regard des 86 que comporte ce roman. Clairement, Jacques Saussey m’a encore impressionné avec ce roman, et il se pourrait bien que je reprenne un de ses romans précédents tant j’ai hâte de retrouver ces deux flics. Jacques Saussey est très fort, il le démontre de belle façon ici.