Archives du mot-clé Mafia

Missing : Germany de Don Winslow

Editeur : Seuil

Traducteur : Philippe Loubat-Delranc

On avait rencontré Fanck Decker dans sa première enquête Missing : New York, un polar musclé introduisant un personnage humain qui recherche des personnes disparues. Le voici de retour dans une deuxième enquête tout aussi musclée.

Franck Decker a connu Charlie Spraghe en Irak, où ils ont combattu ensemble. En tant que Marines, ils se sont promis de s’entraider toute leur vie. Quand Decker reçoit un coup de fil de Spraghe, disant : « Kim a disparu », il accourt à Miami. Charlie Spraghe a fait fortune dans l’immobilier, sa fortune se compte en milliards de dollars. Kim était partie au centre commercial de Merrick Park Village, et elle n’est pas revenue.

Decker et Spraghe se donnent rendez-vous là-bas. Ils trouvent la voiture de Kim mais il n’y a rien dedans, ni papiers, ni téléphone portable. Pas de trace de lutte à l’extérieur. Le centre commercial étant fermé, ils font le tour des bars mais personne ne se rappelle d’une superbe jeune femme blonde. Même sa meilleure amie Sloane ne sait pas où elle est. Une seule solution : contacter les flics. Ils tombent sur le sergent Dolores Delgado.

Decker déroule donc ses recettes : Vérifier les débits sur ses cartes de crédit, le contenu de son ordinateur, mais il fait chou blanc. Spraghe demande alors à Decker de la chercher. Il fouille la chambre de Kim mais ne trouve rien. Dans la salle de bain, il voit quelques traces de sang sur le carrelage. Après s’être assuré que Spraghe n’a pas frappé sa femme, Decker appelle Delgado. Direction le poste de police pour un interrogatoire en règle. Quelques heures plus tard, un corps est signalé.

Je ne peux que vous donner deux conseils qui n’en fait qu’un : courez chez votre libraire préféré pour acheter ce roman et surtout, surtout, ne lisez pas la quatrième de couverture ! Car je trouve qu’elle en dévoile beaucoup trop, et qu’elle dessert la qualité de narration de cette enquête. Car le mot d’ordre est clairement : Vitesse et action. Le maigre résumé que je viens de faire couvre à peine les cinquante premières pages. C’est vous dire si vous allez trouver de nombreux événements tout au long de ces 310 pages.

Vitesse disais-je. Les chapitres dépassent rarement 5 à 6 pages, le style est rapide fait de phrases courtes. Et tout se tient : chaque phrase en appelle une autre, les dialogues claquent. Nous sommes en présence d’un auteur qui clairement maîtrise son genre, et qui ne se prive pas de raconter une histoire contemporaine avec tous les ingrédients qui ont fait le succès des enquêtes de détective privé.

Et puis, on ne peut rester insensible devant Decker et ses cicatrices, ses souvenirs de la guerre, ses regrets d’avoir raté sa vie privée, et sa loyauté envers ses amis mais aussi envers ses propres promesses. On va y trouver ses scènes d’action, extraordinaires cela va sans dire, mais aussi des scènes plus poignantes. On y trouve aussi certaines remarques par moments telles que « les riches n’ont pas de problèmes aux Etats Unis » ainsi que d’autres sur les maltraitances des femmes dans les campagnes.

On peut voir Decker comme un justicier moderne, n’hésitant pas à utiliser tous les moyens pour arriver à ses fins. Avec cette enquête, c’est aussi un témoin lucide qui n’est pas étonnant de voir que tout se vend, même l’impensable. Alors, accrochez vous, le cru 2018 de Don Winslow est très bon, impossible à lâcher. Ce n’est pas au niveau de La griffe du chien ou Cartel, mais c’est un roman d’action que l’on peut placer sans rougir au dessus du panier.

Ne ratez pas les avis de Jean-Marc et Black Cat

 

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Fantazmë de Niko Tackian

Editeur : Calmann Levy

Lors de ma lecture de Toxique, j’étais tombé amoureux de son personnage principal Tomar Kahn, qui était sa première enquête. Je n’allais pas laisser passer beaucoup de temps avant de lire la suite. Voici donc Fantazmë.

Tomar Kahn se balade dans une forêt qu’il connait bien. Il fouille la terre, à un endroit bien précis et déterre un crane qui lui parle : « Dis bonjour à Papa ! ». Il se retourne quand un couteau s’enfonce dans son ventre, lui procurant une brûlure de douleur … Tomar ouvre les yeux ; décidément, ces cauchemars reviennent le hanter de plus en plus souvent. A ses cotés, Rhonda qu’il vient de réveiller s’inquiète de ces images qui reviennent de plus en plus souvent.

Janvier 2017, Boulevard de la Villette. Assan passe sous les arches du métro, où s’étalait un camp de migrants quelques jours auparavant. Assan vit de ventes de cigarettes de contrebande au métro Stalingrad. Sur le bord du quai, il remarque une silhouette vêtue d’une capuche noire. Il décide de s’enfuir mais l’autre le rattrape et lui assène un énorme coup de poing au ventre, avant de le finir en frappant sa tête contre le trottoir … sans un mot.

Tomar et son équipe arrivent rue Caillé et descendent dans la cave, par où doivent passer toutes sortes de trafics. Le corps comporte une tête en bouillie. Rhonda trouve un papier de mande d’asile au nom d’Assan Barazi, originaire d’Alep. Apparemment, on l’a torturé avant de l’achever. De retour au bureau, un homme débarque : Le lieutenant Belko de l’Inspection Générale des Services demande à voir Rhonda. Des ennuis en perspective …

Il faut appréhender les enquêtes de Tomar Kahn comme une vraie série, avec un début et … une fin, peut-être ; mais espérons que la fin arrive le plus tard possible. Je dis tout cela parce que je vous encourage fortement à lire la première enquête, Toxique, avant d’entamer Fantazmë. En effet, les personnages sont les mêmes et on retrouve dans ce roman des conséquences de quelques événements et décisions qui sont advenus dans le premier. Donc, si vous n’avez pas lu Toxique, arrêtez de suite votre lecture et courez l’acheter, car il vient de sortir au Livre de Poche.

On retrouve donc Tomar en proie à ses démons, hanté par le personnage de son père et embringué dans une enquête sur un tueur qui pourrait bien être un justicier solitaire … comme lui. Cet épisode est plus centré sur Tomar et sa relation avec Rhonda, et donc, on ne voit pas apparaître son frère Goran, ni leur relation fraternelle que j’avais beaucoup aimé. Tomar devient de plus en plus le centre de cette série, cerné par deux cercles, l’un ami et l’autre ennemi.

Du premier tome, il nous reste tout de même Ara, la mère de Tomar, et leur relation trouble entre apaisement et protection. Ara représente la part humaine qui reste enfouie au fond de Tomar. C’est elle aussi qui va introduire l’un des grands thèmes de ce roman, à savoir le sort des migrants en France, et leur difficulté à survivre loin du pays qu’ils ont quitté. Niko Tackian va nous décrire les conditions insalubres et scandaleuses de leur vie, montrant un Paris de misère, de rues sales, de bas-fonds sombres, peuplé par des âmes en peine mourant de froid.

C’est au niveau du style et de la construction de l’intrigue que Niko Tackian étonne. Le style est plus direct, plus imagé. On retrouve de moins en moins des paragraphes interminables pour retrouver des décors très visuels. De même, l’intrigue est plus solide, plus construite et les différents points de vue permettent d’accélérer le rythme de lecture. Enfin, on devine, on ressent les influences de Niko Tackian, des séries populaires comme The Shield (que j’adore) aux films tels que les Dirty Harry (que j’adore aussi), une culture populaire bienvenue à laquelle ce roman rend un bel hommage.

Toute l’originalité tient dans la magie de la construction et dans le personnage de Tomar qui recycle des thèmes connus en les modernisant dans une période actuelle de moins en moins humaine. Car Niko Tackian, sans prendre ouvertement partie (sauf à la toute fin, ce qui était évitable) livre ici une deuxième enquête formidablement réussie. Il ne reste plus qu’à prendre son mal en patience pour lire la troisième enquête.

Ne ratez pas l’avis de Black Kat :

https://livrenvieblackkatsblog.wordpress.com/2018/02/04/fantazme-niko-tackian/

Marche ou greffe ! d’Olivier Kourilsky

Editeur : Glyphe éditions

Cela fait maintenant quelques années que j’ai la chance de lire les romans du Docteur K., comme il se surnomme, qui suivent les enquêtes de l’équipe du commandant Chardon, en alternant les personnages mis en avant, selon les histoires. La force de cet auteur est de créer des intrigues originales dé-corrélées les unes des autres, ce qui fait qu’on peut les lire indépendamment les unes des autres.

Le docteur Séverine Dombre est une néphrologue (dont la spécialité est les maladies de reins) reconnue. Elle a clairement mis sa profession au cœur de sa vie et ne voit jamais son fils, Vincent, qui est élevé par son père. Ce matin là, elle reçoit un homme âgé accompagné de deux gardes du corps qu’elle surnomme Black Ice et Blue Ice, en rapport avec la couleur de leurs yeux. M.Dibra est Albanais et est prêt à tout pour se faire greffer un rein, quitte à prendre en charge la totalité des frais chirurgicaux.

Outre la rapidité avec laquelle M.Dibra obtient ses résultats médicaux, Séverine va subir quelques désagréments qui vont faire monter la pression. Elle est tout d’abord convoquée par le service de R=répression des fraudes qui l’accusent de favoriser un laboratoire pour l’achat d’azote. Puis on lui vole sa carte bleue. Au poste de police, elle reconnait son agresseur sur la vidéo du guichet de retrait. Et le lendemain, c’est un homme abattu d’une balle de .22 Long Rifle qui l’attend à l’hôpital, dans lequel elle reconnait son voleur.

Les déboires ne s’arrêtent pas là quand M.Dibra débarque dans son bureau, en lui annonçant que le jeune homme abattu est compatible avec lui pour sa greffe. Séverine ne comprend pas comment il a pu obtenir ces résultats plus vite qu’elle, mais elle a bien reçu le message : M.Dibra est prêt à tout pour faire cette greffe au plus tôt. Et elle n’est pas suffisamment armée pour faire face à quelqu’un dont elle soupçonne de faire partie de la mafia albanaise.

Si ce roman est à classer du coté du roman policier, le fait que le personnage principal soit Séverine Dombre en fait plutôt un polar, construit d’une façon à nouveau fort originale. Et c’est bien ce personnage féminin qui va rendre ce roman bigrement prenant. Sa psychologie n’est pour autant pas lourde à lire, mais brossée par petits traits, sans nous imposer de conclusions évidentes, à nous lecteurs.

Ce que j’ai aimé avec ce personnage, c’est sa complexité en même temps que ses contradictions, passant d’une personne froide et distante à une femme se découvrant mère vis-à-vis de Vincent. Il en est de même pour les flics qui vont intervenir tardivement dans le roman. Psychologiquement, c’est impeccablement fait.

C’est surtout la façon de mener l’intrigue qui est remarquable ici. Menée par Séverine, les rebondissements sont nombreux, et le style acquiert une efficacité qui, dès les premières pages, impose un rythme et une tension qui rendent ce roman prenant. Vous connaissez le syndrome du voyageur en transports en commun qui est content quand il y a des problèmes dans le RER qui vont rallonger son temps de parcours de 15 à 20 minutes ? Vous connaissez le syndrome du cinglé qui rate (volontairement ou non, nul ne le saura) quelques stations pour allonger son temps de lecture ? Ou bien celui du fada qui fait deux fois le tour du paté de maison avant de rentrer chez lui pour finir son chapitre ? Eh bien, il m’est tombé dessus tout cela à la fois, auxquels je rajoute les deux heures de sommeil qui m’ont manqué pour finir le livre. Eh oui, vous avez bien lu : j’ai lu ce roman en une journée et cela ne m’était pas arrivé depuis un certain temps. C’est vous dire si c’est un excellent roman prenant !

Ne ratez pas les avis de L’oncle Paul et de Claude

Le vacarme du papillon d’Eric Chavet

Editeur : Atelier Mosesu

Collection : Parabellum

Tout d’abord auto-édité, Le vacarme du papillon se retrouve édité par l’Atelier Mosesu et je peux vous dire qu’ils ont eu raison de mettre la main sur ce polar de cinglés. Le titre fait évidemment référence au fameux Effet Papillon, qui veut qu’un événement insignifiant engendre des conséquences à l’autre bout de la Terre. Attendez-vous à être surpris …

Monsieur Lange est en train de faire sa cuisine quand son téléphone sonne. Le numéro est inconnu. Au bout du fil, c’est Roberto Sacchi qui s’impatiente de toucher son argent. Cet argent servait à maintenir  flots son entreprise en perdition. Sacchi lui met la pression pour le récupérer rapidement. Monsieur Lange, désespéré, chasse Podekol de la cuisine, un chat qu’il héberge depuis quelque temps. Mais le chat aperçoit un papillon, étrange volatile, qui excite ses instincts animaux. Il veut se jeter dessus mais le rate et éteint la flamme de la cuisinière. Quelques minutes plus tard, l’explosion de gaz dévaste la maison quand Emile le facteur sonne et tue Monsieur Lange, qui pour le coup, n’a plus de problèmes d’argent.

Roberto Sacchi a un besoin vital de récupérer cet argent. Il a perdu une fortune au poker, face à des gueules patibulaires, 70000 euros. Quand il arrive dans le lotissement où habite Monsieur Lange, des voitures bloquent le quartier. Il apprend par les habitants du quartier que Monsieur Lange est parti en fumée … avec son fric. Comment peut-il bien faire pour sauver sa peau face çà des gens qui ne rigolent pas avec l’argent ?

Michel est un homme de main au service de Gras-Double, le caïd local au panel varié qui va de la prostitution au jeux d’argent. La cinquantaine, il est chargé de missions ponctuelles pouvant aller jusqu’au meurtre ou le recouvrement de dettes comme c’est le cas ici. Il doit aller à Lyon pour récupérer l’argent de Sacchi qui tarde à venir, et devra faire équipe avec Blondin. Il dira donc une nouvelle fois à sa femme qu’il part en voyage d’affaires puisqu’elle croit qu’il est représentant en lingerie fine. Michel et Blondin vont être une pièce du puzzle qui va déclencher la catastrophe …

On pourrait arguer que l’auteur tourne et retourne, prend des détours pour arriver à ses fins … et à la nôtre. Car si on lit la quatrième de couverture, on ne comprend pas du tout que cela ait un lien avec le roman. D’autant qu’on débarque au milieu de gens moyens, comme vous et moi, sauf qu’ils ont un petit souci d’argent avec un mafieux réputé pour ne pas être un tendre.

D’un fait insignifiant que l’on pourrait qualifier de divers, l’auteur déroule son histoire aux allures de catastrophe, et le pire, c’est que tout cela est d’une logique implacable telle, que l’on s’amuse comme des fous. C’est aussi et surtout la maitrise de cette intrigue qui force le respect. Tout cela servi par une plume qui use de dialogues forts drôles et des personnages plus vrais que nature. D’ailleurs, les psychologies aussi bien que les actions ou l’intrigue avancent essentiellement grâce aux dialogues longs mais toujours avec un humour décalé fort bien venu.

On peut se demander si l’auteur n’est pas un vicieux, en particulier envers ses personnages.  En effet, il s’amuse à prendre des personnages comme on tire un Kleenex de sa boite, se mouche avec, puis les jette à la poubelle une fois utilisés. C’est à la fois cruel mais aussi jouissif car l’ensemble est écrit d’une façon enlevée, qui fait qu’on a bien du mal à déterminer quel va être le prochain rebondissement ou le prochain personnage à y passer.

Eric Chavet est doté d’une imagination sans borne, à un tel point que c’en est inquiétant ! Mais comment peut-on imaginer une intrigue pareille pour aboutir à une telle conclusion ? A mon avis, c’est un grand cinglé, de ceux que j’adore, qui construit une histoire loufoque (quoique …) tout ça pour nous divertir. On sent derrière chaque passage son plaisir et son amusement à écrire son livre, et il arrive à nous le faire partager. Franchement, ce livre, c’est tout simplement dingue, plus gros que la réalité, plus drôle que la télévision, plus vrai que nature. C’est juste du divertissement haut de gamme !

Ne ratez pas l’avis de l’oncle Paul ainsi que l’interview de mon ami Richard le concierge masqué.

 

115 de Benoit Séverac

Editeur : Manufacture de livres

Vincent, mon ami de toujours, avait bien raison de m’inciter à lire Benoit Séverac. J’étais déjà passé à coté de son précédent roman, Le chien arabe, qui vient d’être réédité en format poche chez Pocket sous le titre Trafics, alors je ne pouvais passer à coté de son petit dernier, 115, comme le numéro d’urgence pour les Sans-abris. Impressionnant.

Fin 2015, Hiésoré a traversé la mer adriatique pour arriver en France, avec son fils Adamat. Les passeurs lui ont demandé en échange de trois années de travail, deux pour elle et une pour son fils. Ce qu’ils n’avaient pas précisé, c’est qu’elle devrait se prostituer pour eux. Elle a bien tenté de refuser mais ils sont venus à bout de ses résistances en la tabassant. Elle a gardé un esprit de révolte et réussi à s’enfuir, pour se réfugier dans un abri où elle se croit à l’abri. De toute façon, elle ne craint rien avec son fils.

Nathalie Decrest est responsable de la Brigade Spécialisée de Terrain, et réquisitionnée en ce mois de janvier 2016 pour une descente dans un regroupement de gens du voyage. Afin d’éviter les problèmes, la BAC, les CRS et Sergine Hollard vétérinaire ont été réquisitionnés. Leur descente a pour objectif d’interdire les combats de coqs. L’opération se déroule sans encombre, les équipes de la vétérinaire récupérant un certain nombre de volatiles camés.

Alors que Sergine s’enfonce un peu plus dans le camp, elle voit un container en acier dont la porte est fermée par un cadenas. Elle arrive à ouvrir la porte et voit deux jeunes femmes, visiblement étrangères et un enfant, tous trois en état de choc. Apparemment, ce sont des albanaises. Sergine n’insiste pas quand elle voit les flics emmener les femmes à l’abri. Elle vient sans le savoir de mettre un doigt dans un engrenage infernal.

Voilà une sacrée découverte en ce qui me concerne, car j’ai trouvé beaucoup de qualités dans ce roman, de celles qui laisseront de beaux souvenirs de lecture. A commencer par ces deux personnages féminins aussi marquants qu’ils sont opposés dans leur psychologie et leur façon de mener leur vie. Nathalie Decrest voue sa vie à son boulot, en délaissant sa vie personnelle, ce dont elle se rend parfaitement compte. Elle est dure et froide mais cherche surtout à se blinder face à son quotidien. Sergine Hollard est plus humaine, plus tournée vers les autres. Prise de pitié, par volonté aussi de bien faire, elle va créer un centre vétérinaire gratuit.

Bien que ces deux personnages soient à l’opposé l’une de l’autre, l’auteur montre deux façons différentes d’aborder la vie actuelle, dans une société où il y a de plus en plus de sans-abris et où tout le monde s’en fout. Pour autant, les deux femmes sont concernées, elles ont juste deux façons d’aborder leur ressenti par rapport à ce problème. Et c’est bien parce que leur psychologie est très bien faite que le roman nous place devant nos responsabilités, en nous posant frontalement la question.

Car ce roman aborde beaucoup de sujets épineux, auxquels il est sans doute difficile de trouver une et une seule solution. De la condition des gens qui vivent dans la rue aux maltraitances des femmes, de la prostitution aux malversations de certaines organisations soi-disant humanitaires, Benoit Séverac avance sur un terrain miné en pointant ouvertement le doigt là où ça fait mal. Et c’est aussi grâce à cette originalité dans la façon de mener son intrigue qu’il arrive à accrocher le lecteur et à le questionner sur son humanisme (si souvent enfoui bien profondément dans les limbes de l’oubli). Car en avançant par des chemins détournés, Benoit Séverac donne l’impression de faire progresser son histoire à coups de marteau sur le clou, tapant doucement tout d’abord pour finir rageusement par enfoncer … le clou, justement. Et bien brutalement.

Encore une fois, la Manufacture de livres a trouvé un auteur original mais précieux qui nous livre ici un roman social, tout à la fois noir, brutal, mais aussi humain et terriblement lucide. Je ne peux que vous conseiller de lire ce roman, pas pleurnichard pour un sou, mais bigrement réaliste et totalement important. Un roman humaniste et moral comme je les aime.

Ne ratez pas les avis de l’ami Claude, Velda , Nyctalopes et Psycho-Pat

La Revanche du petit juge de Mimmo Gangemi

Editeur : Seuil (Grand format) ; Points (Format poche)

Traduit par : Christophe Mileschi

C’est suite aux avis des amis Jean-Marc, Yan et Claude que ce roman m’a attiré. Ils disent en effet qu’il a un ton original, et je me devais de tester cette lecture. Je ne fus pas déçu, bien au contraire.

Don Mico Rota est en prison depuis plus de 14 ans, condamné à perpétuité pour de nombreux meurtres. Il faut dire qu’il est le chef suprême de la ‘Ndrangheta, la mafia calabraise. De par son statut, il est le maître incontesté, à la fois dans la prison mais aussi à l’extérieur, puisqu’il arrive à gérer ses affaires en étant enfermé. A l’âge de 75 ans, il espère sortir pour raison médicale, et finir sa vie tranquillement chez lui, puisqu’il lui reste quatre mois à vivre.

Le juge Giorgio Maremmi ne se fait pas d’illusion quant à la décision qu’il doit prendre, concernant le sort de l’assassin Francesco Manto. Quand il est condamné, Manto menace le juge en plein procès : « Infâme et fils d’infâme. T’en as marre de vivre ? T’es mort, tu piges ? T’es mort. ». Ces menaces ne devraient pas le toucher mais le frère de Manto étant en liberté, cela l’ébranle tout de même.

Giorgio Maremmi se mit à sortir moins, pour éviter tout risque. Il accorde juste quelques heures, lors de repas, à son ami et juge aussi Alberto Lenzi et à Lucio Cianci Faraone, riche exploitant de l’oliveraie familiale. Alberto Lenzi est plutôt le genre fainéant, fêtard et sans aucune ambition. Deux jours plus tard, Maremmi sort à la pharmacie pour s’acheter des bonbons à la menthe, pour calmer sa toux. Au retour, un homme s’immisce dans l’entrée de son immeuble et l’abat de deux balles.

Alors que les recherches s’orientent vers le frère de Manto, Alberto Lenzi va devoir abandonner ses parties nocturnes de poker pour essayer de savoir qui a pu tuer son ami et juge Maremmi. D’autant plus que l’on retrouve bientôt le cadavre du frère de Manto …

C’est une sacrée découverte que ce premier roman de Mimmo Gangemi, car c’est un roman pour le moins surprenant. L’auteur prend le temps d’installer ses personnages, tout en prenant un soin particulier à décrire cette partie de l’Italie si belle, si aride, avec ses belles plantations d’arbres, balayées par le vent du Nord.

C’est aussi dans sa façon de mener son intrigue que l’auteur arrive à imprimer un ton très personnel à son histoire. Il prend en effet un nouveau personnage, décrit sa vie, sa façon quotidienne de passer ses journées, puis l’insère dans l’histoire globale, tout cela dans un chapitre en plein milieu de l »histoire. C’est donc toute une galerie de personnages à laquelle nous avons droit qui sont tous des personnages aussi importants qu’Alberto Lenzi qui sert lui de liant à tout cela.

Alberto Lenzi justement, est une sacrée figure, puisque nous avons à faire avec un antihéros dans toute la noblesse du terme. Il ne cherche rien, ne voulant juste que profiter de la vie. Sans aucune ambition, divorcé avec un enfant qu’il ne voit jamais car il n’en voit pas l’intérêt, il est une sacrée figure de personnage immature, ou du moins un personnage qui sait qu’il ne peut pas changer la société dans laquelle il vit.

La société, justement, est totalement gérée par la mafia, la ‘Ndrangheta. Celle-ci est comme une pieuvre, comme un lézard qui, même si on lui coupe une patte, la retrouve après qu’elle ait bien vite repoussée. Cette situation est remarquablement retranscrite au travers de tous les habitants, qui savent tout, mais ne disent rien, qui résolvent leurs problèmes en faisant appel à la mafia plutôt qu’à l’état.

Ceci est remarquablement mis en évidence grâce au personnage de Don Mico Rota, qui gère la société du fond de sa cellule, qui va convoquer le juge Alberto Lenzi pour lui donner des bribes d’information qui vont faire avancer son enquête, au moyen de paraboles toutes plus belles et amusantes les unes que les autres. Car ce roman est écrit avant tout sans prendre parti et avec beaucoup de dérision, avec une légèreté qui donne à l’ensemble une facilité de lecture et un ton définitivement original. Comme je vous l’ai dit, c’est une sacrée découverte, et j’ai hâte de lire la deuxième aventure d’Alberto Lenzi qui s’appelle Le pacte du petit juge et qui est sorti au Seuil.

Novellas chez Ombres Noires

Depuis quelque temps, Ombres Noires publie des novellas, dont les thèmes sont centrés sur les livres, en général. En voici quelques uns :

 Mythe Isaac Becker

Le mythe d’Isaac Becker de Reed Farrel Coleman

Traducteur : Pierre Brévignon

Quatrième de couverture :

1944, camp de concentration de Birkenau. Les destins de Jacob et d’Isaac se trouvent scellés quand le carnet de ce dernier est confisqué par le sous-lieutenant Kleinmann. Chronique des activités criminelles du camp et des victimes des chambres à gaz, son Livre des Morts peut les conduire à leur perte. Les deux hommes tentent de récupérer le précieux objet mais, surpris par Kleinmann, Isaac est tué. Le carnet semble définitivement perdu.

Mais que sait-on réellement de Jacob et d’Isaac ? Sont-ils vraiment les héros que l’on croit ? Et si Le Livre des Morts venait à ressurgir, que dévoilerait-il ?

Mon avis :

Voilà une belle histoire, celle d’un homme déporté à Birkenau qui s’invente une histoire pour pourvoir émigrer aux Etats Unis. A travers des chapitres courts, nous allons voir comment cet homme va voir sa vie bouleversée par son premier mensonge, un soi-disant acte héroïque pour sauver un compagnon prisonnier qui avait écrit un mystérieux livre.

Cette illustration de l’histoire dans l’Histoire , des arrangements avec la vérité et la poids des mensonges est avant tout une belle histoire. Car si le style est, ou du moins m’a paru simple voire simpliste, le format court de cette nouvelle me laisse surtout sur ma faim, puisque j’aurais aimé que plusieurs situations et personnages soient développés. Du coup, c’est plutôt un sentiment de déception qui ressort de cette lecture.

Journal du parrain

Le journal du Parrain – Une enquête de Mike Hammer de Mickey Spillane & Max Allan Collins

Traducteur : Claire-Marie Clévy

Quatrième de couverture :

Lorsque le vieux Don Nicholas Giraldi décède, c’est la panique à New York. Selon la rumeur, le Parrain tenait un registre de toutes ses manoeuvres et transactions crapuleuses, qu’il voulait léguer à une personne de confiance. Parce qu’il a travaillé à plusieurs reprises pour le Don, le célèbre détective privé Mike Hammer est approché par des personnes ayant tout intérêt à récupérer le précieux document.

Véritable arme de pouvoir, ce carnet pourrait mettre bien des carrières politiques en péril… Et être décisif dans l’implacable guerre des clans qui fait rage parmi les différentes familles de la mafia.

Mon avis :

C’est mon premier Mickey Spillane et je dois dire que ce polar pur jus est sympathique … sans plus. Même si cette histoire a été terminée après la mort de l’auteur par son meilleur ami, le style d’écriture semble avoir été respecté. C’est une bonne histoire, racontée grâce à six ou sept scènes, dans un style efficace où on décrit les personnages en une phrase. Il y a beaucoup de dialogue, droles avec de la répartie. Si le mode de narration a un peu vieilli, le format court permet de donner un bon rythme à l’ensemble. Pour moi, ce fut une bonne lecture, mais qui ne sera pas inoubliable. Cette novella aura au moins le mérite d’avoir suscité chez moi la curiosité de lire d’autres romans de cet auteur.