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La défaite des idoles de Benjamin Dierstein

Editeur : Nouveau Monde

J’ai laissé passer le premier roman de Benjamin Dierstein, La sirène qui fume ; mais je ne pouvais pas rater son deuxième. Ce pavé de 634 pages denses est un roman à mi-chemin entre polar et roman politique, et c’est une sacrée découverte !

Jeudi 20 octobre 2011. Un militaire portant un tatouage de serpent dans le dos et le cou observe un immeuble à Syrte. Cet immeuble, le District 2, renferme les derniers dignitaires du régime libyen, Mouammar Kadhafi et sa garde rapprochée. Ils tentent une sortie avant d’être pris pour cible par des missiles. L’homme les suit, et se rapproche de la caverne où ils se sont terrés. Le peuple arrive à attraper Kadhafi après une interminable fusillade, le roue de coups. Alors, l’homme s’approche et lui tire deux balles dans la poitrine ; Kadhafi n’est plus.

Christian Kertesz, ancien lieutenant de la Brigade de Répression du Proxénétisme, sort libre, après trois mois d’incertitude. L’IGS a réussi à le faire virer mais pas emprisonner. Il va pouvoir reprendre les affaires. Sa première visite est pour Clotilde Le Maréchal, la victime de sa précédente enquête, enfermée à l’institut Robert Merle d’Aubigné spécialisé dans les appareillages suite à des amputations. Clotilde, cette jeune pute de 17 ans dont il est fou amoureux. Puis il rejoint Didier Cheron, qui après un passage aux RG, est à la tête de Noticia, une entreprise de sécurité et renseignement. Ses clients, Patrick Rougier et Elias Khoury veulent décrocher le contrat de construction d’un hôpital à Tripoli, donc il faut des informations croustillantes sur leur concurrent. Enfin, il finit sa soirée au Liberty, un club d’entraineuse tenu par les Corses les plus recherchés de France. Ils veulent revenir sur la marché de la drogue et lui proposent un plan.

Laurence Verhaeghen est une jeune capitaine de la Police judiciaire, ambitieuse et divorcée, mère d’une petite Océane. Elle se retrouve en charge d’un meurtre dans un hôtel en réfection et, à six mois de la présidentielle, a la libération de Kertesz à gérer ; car elle ne veut pas le laisser en liberté. Dominique Muller, la victime avait reçu des menaces, peut-être le rackettait-on ? Cet hôtel appartient au groupe Bessin, qui sert à blanchir l’argent de la mafia. Zimmerman, son directeur l’appelle. Bien qu’elle ne soit pas syndiquée, elle a beaucoup de relations, certaines haut placées, et elle pourrait jouer un rôle important dans la déstabilisation de la Gauche. Il lui demande de tout faire pour trouver des armes contre Flanby, François Hollande, le candidat de la Gauche.

Je n’ai pas lu La sirène qui fume, son premier roman ; et je peux vous dire que je vais le lire très vite. Ce roman est totalement bluffant, totalement surprenant, totalement addictif. Malgré ses 640 pages, je l’ai lu en à peine quatre jours, et c’est tellement passionnant que j’aurais pu en reprendre encore quelques centaines de pages. Pourquoi ? Parce que cela me rappelle les meilleurs moments de lectures de mes auteurs favoris.

Ce roman est à la fois un polar et à la fois un roman politique. Le contexte se situe entre l’assassinat de Kadhafi et l’élection présidentielle de François Hollande, un contexte fort pour tout ce qui concerne la police, surtout si on se rappelle que Nicolas Sarkozy a été Ministre de l’Intérieur et a toujours gardé une relation particulière avec les forces de l’ordre. On va y voir une vraie bataille entre les différents services de la police, que la nouvelle structure n’a pas su effacer. Cette bataille, c’est la droite contre la gauche, un syndicat contre l’autre, une guerre idéologique contre l’autre.

Mais c’est aussi une période trouble quant à la politique extérieure de la France, en Lybie tout d’abord, ce qui est au centre de ce roman, mais aussi ailleurs, avec l’avènement de l’état islamique, tout juste abordé dans le roman. Et quand le grand banditisme, la mafia corse, veut redorer son blason sur le marché de la drogue, elle se retrouve face à des clans bien plus cruels que ce qu’elle est capable de faire. Face aux Albanais ou aux libyens, c’est toute une machination qui rapporte des millions d’euros par mois que nous démontre ce roman.

Ce roman, c’est aussi l’itinéraire de deux personnages forts, ni gentils ni méchants. Ils sont tous deux d’un coté de la ligne jaune, mais pour autant, leurs méthodes sont les mêmes. De la manipulation au chantage, des interrogatoires musclés aux meurtres, tous les moyens sont bons pour arriver à leur objectif. Ils sont tous deux forts, impressionnants, inoubliables, mais ils ont aussi chacun leur point faible qui causera leur perte ou une partie de leur vie. Kertesz et Verhaeghen, ce sont l’illustration parfaite de deux faces d’une pièces qui n’est rien d’autre que la société française actuelle, aux mains des mafieux de tous bords.

Ce roman, c’est un style extraordinaire. Les phrases sont courtes, les rebondissements abondent, les événements se suivent à fond de train. Caryl Ferey disait du précédent : « Un putain de bon roman … du DOA sous amphets, précis, nerveux, sans fioritures ». Et je suis totalement d’accord avec lui. Je vais même en rajouter une couche. Car ça pulse à toutes les pages, ça fuse, ça va vite et je n’ai pu empêcher mon rythme cardiaque d’accélérer à chaque instant. Les dialogues sont toujours bien placés, et bigrement bien faits, justes. Ce roman rappelle DOA, certes, mais aussi Dominique Manotti (par le sujet, le style) sans oublier le Grand James Ellroy, celui du Grand-Nulle-Part. Impressionnant !

Avec sa construction, qui insère dans sa narration des extraits de programmes radiophoniques, l’auteur nous plonge dans l’époque (pas si lointaine), à laquelle l’auteur a décidé de consacrer une trilogie. Après la Sirène qui fume, La défaite des idoles en est le deuxième. Et je peux vous dire que je piaffe d’impatience à l’idée que je doive attendre un an avant de lire le troisième. Je termine juste par un conseil : Ne ratez pas ce roman, c’est de l’or en barre !

Blanc comme neige de George P.Pelecanos

Editeur : Editions de l’Olivier (Grand Format) ; Points (Format Poche)

Traducteur : François Lasquin et Lise Dufaux

En cette année 2020, nous allons fêter les 50 années d’existence de la collection Points, et les 40 ans de Points Policier. Et quoi de mieux que de se lancer dans le premier roman mettant en scène Derek Strange et Terry Quinn.

L’auteur :

La biographie de l’auteur est incluse dans un de mes précédents billets, Le chien qui vendait des chaussures.

https://blacknovel1.wordpress.com/2014/11/22/oldies-le-chien-qui-vendait-des-chaussures-de-george-p-pelecanos-gallimard-serie-noire/

Quatrième de couverture :

Washington (D.C.). Leona Wilson veut laver la réputation de son fils, policier noir tué à la suite d’une bavure, et faire graver son nom sur le mur du mémorial de la police de la ville. Elle fait appel à Derek Strange, un ancien flic noir d’une cinquantaine d’années, aujourd’hui détective privé, pour connaître la vérité.

L’affaire, qui a fait l’objet d’une enquête pointilleuse, s’est déroulée une nuit durant laquelle Wilson, qui n’était pas en uniforme, a été surpris par deux collègues alors qu’il braquait son arme sur un homme. Jugeant cette attitude menaçante, l’un des policiers, Terry Quinn, un Blanc, a abattu Wilson. Depuis, il a démissionné de la police pour devenir vendeur de livres et de disques d’occasion.

Pour mener sa contre-enquête, Derek Strange décide de le rencontrer et, convaincu de sa bonne foi, lui propose de l’assister dans ses recherches au cours desquelles les deux hommes vont visiter une partie des bas-fonds de la ville, côtoyer flics ripoux, junkies et exclus du système.

« Derek Strange est un nouveau personnage tout aussi attachant que le privé Nick Stefanos, qui, comme lui, officie à Washington. Ses origines ethniques et sa fine connaissance du terrain en font l’homme idéal pour témoigner à propos du racisme car, au-delà du fait-divers, cette question constitue le sujet central de ce roman noir plein de suspense. » – Claude Mesplède

Mon avis :

Ce roman narre la rencontre entre les deux personnages principaux de cette série, à savoir Derek Strange, la cinquantaine, détective privé noir ayant officié 30 ans auparavant dans la police et Terry Quinn, jeune policier blanc qui a tué Wilson, un collègue noir lors d’une rixe et a été innocenté lors de l’enquête. Depuis, Terry Quinn travaille dans une librairie. A priori, tout oppose ces deux hommes mais la mère de Wilson demande à Strange d’enquêter et ces deux compères vont se trouver, malgré leurs différences. Lors de leur enquête, ils vont croiser la route des Boone, Père et Fils, trafiquants de drogue et meurtriers.

Car, que ce soit par leur couleur de peau, par leur culture, leur âge ou leur psychologie, on ne peut être plus différent. Pourtant, il y a ce même détachement, cette même façon nonchalante de prendre les événements et de trouver le bon mot humoristique pour relâcher la pression. Alors que des auteurs insistent sur le côté impossible de leur rencontre, George P.Pelecanos en fait des scènes justes, simples et logiques.

Le style de George P.Pelecanos est très détaillé, nous décrivant jusqu’au bibelot ornant une étagère dans un bar des bas-fonds de Washington. Cela nous permet d’avoir immédiatement la scène devant les yeux. C’est un style très cinématographique que personnellement j’adore, surtout que les dialogues sont parfaits, savoureux, ce qui donne un bon équilibre à une scène. Un exemple du genre.

Pelecanos nous présente donc le Washington des années 90, multiraciale, avec une criminalité en augmentation. C’est un témoignage de cette époque pas si éloignée, seulement 30 ans, et pourtant, la criminalité a tellement progressé que l’on a l’impression de lire un roman historique ou un reportage sur la vie des flics et la façon dont ils sont perçus dans la société, cible d’actions de plus en plus violente, où il n’y a plus aucun respect de l’autorité sensée faire régner l’ordre et respecter la loi.

Ce roman est malheureusement épuisé. Il va donc être bien difficile de le trouver. Je ne peux que vous conseiller de fouiller vos greniers afin d’en retrouver un exemplaire, ou d’aller voir du coté des sites d’occasion. J’en profite pour lancer un appel aux éditions Points : Il serait grand temps d’envisager une réédition des enquêtes de Strange et Quinn, qui sont au nombre de quatre :

  • Blanc comme neige
  • Tout se paye
  • Soul Circus
  • Hard Revolution (Le meilleur de la série selon Polars Pourpres)

A noter que Red Fury est un prequel mettant en scène Derek Strange et qu’il est disponible au Livre de Poche

Santa Muerte de Gabino Iglesias

Editeur : Sonatine

Traducteur : Pierre Szczeciner

Si on ne me l’avait pas conseillé, notamment par les billets de Yan, Jean-Marc, Velda ou LauLo, mais aussi par mon dealer de livres Coco, je n’aurais pas dépassé le premier chapitre. Car c’est à partir du deuxième (chapitre), que j’ai été pris dans la tornade.

Pour Fernando, tout a commencé à déraper dans une boite de Mexico, El Colmillo. Quand il reçoit un appel d’Isabel, sa sœur, qu’elle lui raconte qu’un type l’a pelotée, il répond à sa loi de protéger sa famille plus que tout. Il embarque aux toilettes le type avec ses deux complices, Javi et Luis. Sauf que trois autres gars armés arrivent et c’est la fusillade. Luis reste sur le carreau, et Javi emmène Fernando parmi les petites ruelles de Mexico. Quelques jours après, Javi est assassiné dans les mêmes toilettes à coups de tesson de bouteille dans le cou. Fernando apprend qu’il a descendu un mec du cartel de Sinaloa. A force de prier Santa Muerte, il a réussi à sauver sa peau, mais maintenant il doit fuir aux Etats Désunis.

A Austin, Julio lui trouve un boulot dans de plongeur dans une pizzeria. En vidant les poubelles, il voit Collin, le gérant essayer de violer une serveuse. Il s’interpose et le tabasse. Là aussi, il est grillé. On lui propose de travailler pour Guillermo et de devenir dealer avec Nestor. Cinq ans plus tard, il est kidnappé et se retrouve dans un hangar. Nestor est attaché, vivant, pour le moment. Le gang fait partie de la Salvatrucha et exige l’exclusivité du commerce en centre-ville, entre l’I35 et l’autoroute 1. En guise de bonne foi, ils coupent les doigts de Nestor et finissent par le décapiter, avant de le laisser partir. Fernando va devoir prier longtemps la Santa Muerte pour s’en sortir.

Après un premier chapitre violent, très violent, l’auteur entre dans son sujet : montrer à travers la vie de Fernando, le quotidien des immigrés aux Etats Unis. Il sort donc du lot des romans noirs démonstratifs par sa faculté à nous plonger dans la psychologie du personnage, et surtout, il a un vrai talent de conteur qui nous donne l’impression que l’on écoute une histoire, la vie d’un jeune homme lâche.

Lâche, il l’est et ne se le cache pas. Quand on n’a pas de diplômes, qu’on n’a pas d’éducation, on cherche à survivre. On est prêt à accepter des studios sales pour avoir la chance de voir se lever le soleil le lendemain. Et quand il se retrouve face à un gang ultra-violent qui veut reprendre le commerce de la drogue, il cherche une main protectrice. Fernando, c’est le bébé qui cherche la protection de ses parents, un bébé qui n’a pas grandi. Et il ne lui reste plus que la croyance en cette sainte, Santa Muerte,

Il faut dire que la situation aux Etats-Unis ne fait rien pour aider les immigrés. C’est même grâce à cela qu’ils ont des salaires bas. Le chapitre 6 est à cet égard remarquable, car il nous interpelle dans notre culture française sociale. D’ailleurs, l’auteur nous prend à témoin, il nous tutoie, nous montre son quotidien qui devient le nôtre. C’est un chapitre remarquable qui participe à notre immersion dans cet environnement.

Avec toutes ces qualités, il serait bien dommage de passer au travers de ce roman, de cette nouvelle voix du polar, qu’il va falloir suivre à l’avenir. Il y a une vraie personnalité, un vrai ton, une vraie originalité en même temps qu’une véracité dans ce qu’il raconte, sans en rajouter. Et dans la description de l’environnement, les personnages secondaires y sont pour beaucoup et ils sont tous très réussis. D’ailleurs, le seul reproche que l’on pourrait lui faire, c’est la longueur du roman. En tournant la dernière page, on regrette aussitôt que ce soit déjà fini. C’est un très bon signe.

Oldies : Bad City Blues de Tim Willocks

Editeur : Editions de l’Olivier (Grand Format) ; Points (Format Poche)

Traducteur : Elisabeth Peellaert

En cette année 2020, nous allons fêter les 50 années d’existence de la collection Points, et les 40 ans de Points Policier. Et quoi de mieux que de revisiter le premier roman de Tim Willocks, un vrai hard-boiled.

L’auteur :

Tim Willocks est un médecin et écrivain britannique né en 1957 à Stalybridge (dans le Grand Manchester), en Angleterre. Il est auteur de romans policiers. Il vit aujourd’hui à Rome.

Tim Willocks est un médecin, formé à la fois en tant que chirurgien et psychiatre.

Il peint son propre portrait à travers les caractères de différents personnages de ses romans. On retrouve ainsi un personnage central avec une connaissance approfondie en médecine, en drogues et en arts martiaux. Willocks est lui-même ceinture noire de karaté. Il est aussi un grand fan de poker.

Son premier roman, Bad City Blues a été adapté au cinéma. Il a également coécrit le documentaire de Steven Spielberg, The Unfinished Journey.

Son roman La Religion se déroule pendant l’année 1565 durant le Grand Siège de Malte, et est le début d’une trilogie romanesque ayant pour héros Mattias Tannhauser. Le deuxième tome s’appelle Les douze enfants de Paris.

Doglands, publié en France en 2012 aux éditions Syros, est son premier roman pour la jeunesse. Il a obtenu en 2012 la Pépite du Roman adolescent européen au Salon du Livre Jeunesse de Montreuil.

(Source Wikipedia complété par moi-même)

Quatrième de couverture :

Callie, ex-prostituée camée à la cocaïne, réussit le casse du siècle en braquant la banque de son mari : un million de dollars à partager avec Luther Grimes, un vétéran du Vietnam reconverti dans le trafic de stupéfiant. Pour doubler son complice, la belle séduit son frère, Cicero Grimes, un psy déjanté. Et le capitaine Jefferson, un flic sadique, espère bien récupérer sa part du butin…

Tim Willocks est psychiatre, scénariste, producteur et écrivain. Souvent comparé à James Ellroy ou Norman Mailer, il est l’auteur de plusieurs polars d’une intensité et d’un réalisme rares.

« Il faut lire ce roman noir déjanté, hystérique, unique. » Lire

Mon avis :

Callilou Carter, Callie pour les intimes, ex-prostituée, ex-droguée est mariée avec le pasteur de l’Eglise évangéliste du Seigneur, Cleveland Carter. Cleveland est aussi le propriétaire d’une banque qui vient de subir un casse. Il vient d’apprendre que Callie a renseigné les voleurs et qu’elle revient de chez son amant Cicero Grimes. Après quelques maltraitances elle parvient à s’enfuir.

Cleveland Carter fait donc appel à Clarence Seymour Jefferson, le capitaine de police. Ce dernier voit très vite que la situation peut tourner à son avantage. Il flingue le pasteur et part à la poursuite du million de dollars, qu’il va pouvoir garder pour lui. Car Jefferson est plutôt du genre à ne pas faire dans la demi-mesure.

Dans le genre plongée dans un monde de déjantés, ce roman se place en bonne position. Entre Callie, Jefferson et les frères Grimes, tous sont plus cinglés les uns que les autres, avec une forte dominance pour la violence, voire le sexe, voire le sexe violent. Ne croyez pas qu’il n’y a pas de scénario, car même s’il est simple, il offre de belles parenthèses entre passé et futur, entre réalité et illusion.

Il n’empêche qu’il ne vaut mieux pas mettre ce roman entre toutes les mains, le style étant explicite et les décors et actions remarquablement bien décrites jusqu’à devenir insoutenables dans certains cas (enfin, moi, j’ai passé des paragraphes …). C’est le genre de roman à réserver aux aficionados de scénario bien fait mais ultra violent. Vous voilà prévenus.

La frontière de Don Winslow

Editeur : Harper & Collins

Traducteur : Jean Esch

Attention, coup de cœur !

Eh bien voilà, il fallait bien que le cycle consacré à Art Keller, policier de la DEA (Drugs Enforcement Agency) arrive à son terme. Ce cycle est une trilogie, qui a commencé par la Griffe du chien, s’est poursuivie avec Cartel pour se terminer avec La frontière. Trois romans pour suivre un personnage hors-norme, mais surtout pour décrire et nous expliquer comment le trafic de drogue s’est développé, à tel point qu’aujourd’hui, il est impossible de lutter contre un tel monstre.

Trois romans, mais aussi trois reportages, trois documents indispensables pour comprendre un large pan de notre vie d’aujourd’hui. Comment tout cela a commencé, quelles décisions ont été prises, quelles ont été leurs conséquences et les désastres humains que nous ramassons aujourd’hui. Ces trois romans, ces trois coups de cœur pour moi, sont des œuvres que nous devrions être obligés de lire, pour mieux comprendre, même s’ils sont avant tout centrés sur les relations mexico-américaines.

C’est en 2007 que sort La griffe du chien, chez Fayard avant de paraître au format poche aux éditions Points. C’est lors de cette dernière sortie que Jean-Bernard Pouy en fait l’éloge. Commence alors pour ce roman, un succès de bouche à oreille (qui continue d’ailleurs) car on n’a jamais lu un tel roman avec un tel souffle, une telle volonté de démontrer tous les aspects du trafic de drogue entre le Mexique et les Etats-Unis. Personnellement, pour l’avoir lu pendant les fêtes de fin d’année 2008, je me rappelle avoir été littéralement happé par l’ampleur et l’ambition (réussie) de ce livre, qui figure dans mon Top10 de tous les temps.

Simple officier de douane à la DEA, Art Keller va voir se développer le trafic de la cocaïne. La mort de son équipier va le forcer à se lancer dans une croisade personnelle contre le clan Barrera, clan qui de son coté va tenter d’éliminer les concurrents en créant La Federacion. En mêlant les événements réels avec des personnages fictifs, Don Winslow montre l’ascension terrible et inéluctable d’un cartel, ainsi que l’implication de la police, de l’armée, des gouvernements et de la religion. Ce roman, qui couvre la période allant de 1975 à 2004, c’est juste un roman incroyable tant il est juste, vrai, lucide, violent et courageux dans ses dénonciations. Don Winslow aura mis 8 ans à l’écrire et semble prendre ce sujet comme sa propre croisade, à l’instar de son personnage principal.

En septembre 2016, débarque aux éditions du Seuil (et début 2018 aux éditions Points), Cartel, la suite de la Griffe du chien, suite que l’on n’attendait pas. Dans une interview, Don Winslow a vu la guerre civile se dérouler devant ses yeux effarés au Mexique. Il ne pouvait pas la passer sous silence et se lance dans sa deuxième croisade, Cartel, qui va balayer la période de 2004 à 2012. Comme le Mexique qui plonge dans une véritable guerre civile, le roman nous montre comment les différents cartels vont se livrer une guerre de territoire sans merci, en tuant, découpant et affichant les membres du clan ennemi.

Art Keller est obligé de reprendre du service quand Adan Barrera s’évade de sa prison mexicaine. Et Art Keller pense que puisque son pays ne veut rien faire, il ira mener sa guerre sur le propre terrain des cartels, au Mexique. D’une violence insoutenable et basée sur des faits véridiques, ce roman se transforme en livre de stratégie de guerre sans jamais être ennuyeux ou pompeux. Au contraire, comme dans le précédent roman, Don Winslow place les hommes et les femmes au centre de l’intrigue et transforme ce qui aurait pu être un roman gore en un plaidoyer d’une force incroyable pour tous ceux qui souffrent, qui subissent les conséquences du trafic de drogue.

Quelques mois après la sortie de Cartel en France, on a appris que Don Winslow écrirait un troisième et dernier tome dédié à la vie d’Art Keller. Et nous, fans de son personnage, étions prêts à attendre, à être patients. Avec une certaine fébrilité, je ne vous le cache pas. Comment faire aussi bien, voire dépasser les deux premiers volumes ? La tâche semblait impossible mais impossible n’est pas Winslow, surtout quand il s’attaque à son sujet de prédilection. Et ce troisième et dernier tome clôt de façon admirable et grandiose une trilogie inédite qui fera date dans le monde du polar voire dans le monde de la littérature tout court.

La frontière commence en 2012, juste après Cartel et la réunion des cartels au Guatemala, qui s’est terminée dans un bain de sang. Il décide de mettre un terme à sa carrière et de retourner à ses racines à commencer par retrouver sa femme mexicaine Marisol. Alors qu’Obama vient de se faire réélire, le sénateur O’Brien lui propose la direction de la DEA, proposition qu’il va accepter, en pensant pouvoir continuer son combat personnel contre le trafic de drogue.

Du Guatemala, personne n’a de nouvelles d’Adan Barrera et on n’a pas retrouvé son corps. Partout au Sinaloa, des affiches affirment « Adan Vive ». L’absence du chef incontesté des cartels donne lieu à des doutes puis à une guerre de succession entre les différents prétendants. Alors que le Mexique semblait acquérir une forme de calme, l’horreur va à nouveau ensanglanter ce pays.

En suivant le trajet d’Art Keller, Don Winslow a voulu aussi montrer tout ce qui a été fait (ou pas) contre le trafic de drogue. Dans La guerre du chien, il montrait comment la lutte contre le communisme était prioritaire sur le trafic de drogue, quitte même à favoriser les cultures pour financer la lutte contre les factions rouges, impliquant la CIA mais aussi les gouvernements mexicain et américain. Et l’ascension d’Art Keller dans l’organigramme de la DEA lui permettait de découvrir les parties impliquées, jusqu’aux religieux qui bénissaient ce travail des champs qui nourrissait les pauvres.

Dans Cartel, Art Keller a cru que pour abattre le trafic de drogue, il fallait abattre les chefs de cartel. Don Winslow nous a donc décrit un pays en proie à un massacre permanent, à la fois d’un point de vue stratégique et à la fois d’un point de vue humain. Car la force des deux romans qui suivent La griffe du chien est de placer les humains au cœur d’un combat qui les dépasse. Cartel, roman de guerre autant que roman désespéré, s’avère un roman des cimes, tant Don Winslow n’a jamais atteint un tel sommet de violence ni de dénonciation des politiques (le terme est au pluriel et c’est volontaire).

Avec La frontière, Art Keller ne peut que s’avouer vaincu. Quand un chef est abattu, il est remplacé par un autre. La drogue ne cesse d’affluer dans le pays (les USA). Et comme les médicaments y sont chers, les cartels vont proposer des médicaments opioïdes moins chers et donc exploser le marché auprès de tout le monde, y compris ceux qui ont peu d’argent. C’est le retour en force de l’héroïne. Art Keller ne voit plus qu’une solution : s’attaquer à l’argent de la drogue et à son blanchiment.

Don Winslow (pardon, Art Keller) va donc nous montrer avec tout son art et son génie, comment cet argent sale va inonder les marchés, prendre des parts dans des sociétés ou des immeubles sans que cela se voit. Il démonte tous les mécanismes et démontre même comment Donald Trump (pardon, John Dennison) est arrivé à se faire élire à la présidence. Il semble que rien ne puisse arrêter Don Winslow dans sa croisade, et ce roman va tout enfoncer, les portes ouvertes (quand il s’agit d’informations connues) que des portes fermées que l’on espère imaginées par l’auteur.

Ce roman, comme les autres, ne laisse pas de coté la bataille de chefs au Mexique, alternant les points de vue puisque la narration est chronologique. Nous allons donc retrouver quelques événements réels dans ce récit, tel ce massacre d’étudiants se rendant à une manifestation et exécutés sur le bord d’une route. Et comme il faut un gagnant, il y en aura un après de nombreux bains de sang. On y est habitués mais c’est toujours aussi choquant.

Dans ce roman, on aura l’occasion de suivre l’itinéraire de quelques personnages tels Jacqui, une héroïnomane ou bien Nico petit guatémaltèque de 10 ans, obligé de fuir sa ville et de délaisser sa mère pour essayer de survivre aux USA. Ce dernier, personnage phare de ce roman pour moi, montre toute l’hypocrisie du système, qui a créé ces malheureux et arrive au bout du compte à en retirer de l’argent. C’est un parcours réaliste et hallucinant, qui donne envie de hurler.

Pour autant, le roman n’est pas sans espoir : Don Winslow nous offre dans un formidable dernier chapitre des pistes qui peuvent résoudre ce problème de société. Loin de la répression à outrance, il ouvre de nouvelles pistes. Je ne suis pas sûr d’ailleurs qu’il aurait écrit un tel chapitre quand il a commencé cette trilogie. Ce dont je suis sûr, ce que j’ai ressenti, c’est que ce dernier chapitre était personnel, et qu’il justifiait ses romans, sa croisade, ce pour quoi il se bat, à son niveau. Don Winslow a voulu nous ouvrir les yeux, il a créé un plaidoyer unique pour l’humanisme.

A l’instar de ses autres romans, les scènes s’enchaînent à un rythme d’enfer, les personnages sont nombreux et le roman est porté par un style efficace et imagé, agrémenté de dialogues géniaux. L’ensemble est si réaliste, si marquant, qu’on ne peut que se laisser emporter par cet ouragan et tant d’inspiration. Evidemment, je ne peux que vous conseiller de les ces trois romans, si ce n’est déjà fait, car il serait dommage de commencer celui-là et de passer à travers les deux autres monuments qui forment cette trilogie.

Car c’est bien de cela que l’on parle : ces trois romans forment un monument du polar, un monument d’intelligence, un monument de dénonciation contre ce phénomène néfaste. Et cela dépasse le simple cadre du polar : c’est un monument d’humanisme, un monument de sociologie, un monument de littérature. Pour moi, ces trois romans, cette trilogie, ce sont sont des coups de cœur que seul un James Ellroy est capable d’égaler.

COUP DE CŒUR ! COUPS DE CŒUR !

La Colombienne de Wojciech Chmielarz

Editeur : Agullo

Traducteur : Eric Veaux

La Colombienne est la troisième enquête du Kub, l’inspecteur Mortka, après Pyromane (bien aimé) et La ferme aux poupées (pas encore lu). Comme toutes les séries mettant en scène un personnage récurrent, je ne peux que vous conseiller de les lire dans l’ordre pour suivre l’évolution du Kub.

Le travail de Polaco, c’est de faire du rabattage, trouver des naïfs jeunes dans une discothèque, qui veulent gagner de l’argent facile. Polaco se pointe dans une discothèque, et rameute quelques jeunes pour leur proposer de tourner une publicité pour Coca-Cola avec son van rouge. Polaco emmène le groupe de jeunes dans un hôtel de luxe, sur la mer des Caraïbes, all inclusive, tous frais payés. Quelques jours après, la mauvaise nouvelle tombe : le tournage de la pub est annulé, mais les frais sont payés. Quelques jours plus tard, les jeunes doivent payer leur séjour auprès d’un groupe armé ou faire un travail pour eux : ramener en Pologne de la cocaïne. Cette fois-là, Agnieszka se rebelle. Elle sera battue puis arrêtée par la police.

Deux clochards, frère et sœur, finissent de cuver leur vin quand ils aperçoivent une voiture qui s’arrêtent un peu plus loin. Le conducteur porte un colis sur le pont enjambant la Vistule. Apercevant le clochard, le conducteur leur ordonne d’appeler la police pour venir constater son œuvre. L’inspecteur Mortka arrive sur les lieux pour découvrir un corps suspendu et éviscéré. Embringué dans ses affaires familiales et sa séparation d’avec sa femme, il doit aussi faire face à une épée de Damoclès suspendue au dessus de sa tête : Il doit impérativement vérifier s’il est atteint du virus du SIDA. Malheureusement pour lui, il va devoir mener cette enquête seul : son adjoint est assigné à une affaire étrange : le corps d’une femme a été retrouvé les poignets tailladés dans sa baignoire alors que l’appartement est fermé à clé : un suicide évidemment. Quoique …

Comme vous pouvez le lire sur mon résumé, les intrigues foisonnent dans cet excellent roman policier, troisième de la série. Par rapport au premier roman, Pyromane, le style s’est affermi et le mélange entre vie privée de Jakub Mortka et vie professionnelle se fait plus consistant. Il en ressort que l’on partage ce que le Kub traverse et que l’on compatit (plus qu’on ne s’identifie) à ce qui lui arrive.

On y voit un personnage de père fort, attaché à ses deux garçons, et toujours aussi meurtri de sa séparation avec sa femme. Professionnellement parlant, il se retrouve affublé d’une nouvelle collègue, l’aspirante Suchocka, dite La Sèche, eu égard à son physique, et doit reprendre du service avec un bras dans la plâtre. Avec la menace du SIDA, cela créé autour du Kub une tension émotionnelle intense que l’on ressent très bien à la lecture, que l’on vit même.

Outre le trafic de cocaïne, qui grandit en Pologne, Wojciech Chmielarz aborde nombreux autres thèmes, dont les loisirs faciles, l’acceptation des homosexuels, les malversations financières et la facilité de détourner de l’argent ou de le blanchir, et enfin, la maltraitance des femmes. Tous ces thèmes se mêlent, s’entremêlent, se fondent dans les différentes intrigues pour donner un roman plus qu’intéressant, passionnant par ce qu’il montre, et c’est d’autant mieux fait que tout se fond de manière parfaite avec les différents personnages.

Par rapport à Pyromane, j’ai trouvé le style plus fluide (merci pour cette formidable traduction), et la multiplicité des intrigues font qu’il ressort de ce roman une puissance fictionnelle et émotionnelle intense. A la limite, c’est un roman où on est plus concerné par le devenir de son personnage principal que par le dénouement des intrigues, ce qui est paradoxal. En tous cas, cela m’inspire un regret : celui de ne pas avoir lu (encore) La ferme aux poupées. Ne ratez pas cette série polonaise !

Ne ratez pas l’avis de Velda

La légende de Santiago de Boris Quercia

Editeur : Asphalte

Traducteur : Isabel Siklodi

Après Les rues de Santiago et Tant de chiens, voici le retour de l’inspecteur Santiago Quinones, que je retrouve avec un grand plaisir puisque j’ai mis deux coups de cœur pour ces deux romans. Inutile de vous dire que je piaffais d’impatience en entamant ma lecture. Quel roman !

Santiago est assis chez sa mère, au chevet de son beau père, qu’il appelle le monsieur. Ce dernier agonise, branché à des tuyaux, et la musique des machines emplit le calme de la chambre. Pourquoi laisser quelqu’un souffrir comme cela ? Plus pour se débarrasser de lui que dans un geste de bonté, Santiago débranche les tuyaux et regarde le monsieur quitter cette terre, tranquillement.

L’après midi de l’enterrement, Santiago et son collègue Garcia sont à la recherche de deux noirs. Après les avoir repérés, Santiago s’approche d’un kiosque pour acheter des cigarettes. Soudain, les deux noirs s’enfuient et Santiago court après l’un d’eux. Il bifurque dans une ruelle et aperçoit son homme plus loin, assis par terre. Quand il s’approche, il s’aperçoit que le trafiquant a été égorgé. Le jour même, un communiqué annonce avoir débarrassé le Chili d’un « sale rat ».

Le soir, Santiago passe devant le restaurant chinois Xan Wan, et voit le Petit Boiteux en sortir. Il l’oblige à retourner à l’intérieur et trouve le Chinois assassiné et les doigts coupés. Santiago voit des doses de cocaïne sur le comptoir et s’en empare. Puis il menace le Petit Boiteux pour qu’il ne dise rien et rentre chez lui, sans rien signaler. Chez lui, il s’aperçoit que Marina est partie. Ça va être dur de vivre seul, sans l’amour de sa vie. Heureusement il a de la cocaïne pour oublier …

Il vaut mieux avoir le moral pour entamer et lire ce roman. Car nous sommes ici dans la grande tradition du détective privé qui s’enfonce à force de prendre les mauvaises décisions. Et c’est bien dans une spirale infernale que va nous entraîner Boris Quercia, malmenant son personnage de mésaventures en mésaventures, de coups durs en coups durs, de souffrances en souffrances.

C’est un homme en déperdition, en perte de repères que nous peint l’auteur, avec son style toujours aussi efficace et direct jusqu’à en faire une torture de ce personnage emblématique que j’ai tant aimé. Et comme on compatit à tous ses malheurs, on souffre avec lui, dans cette descente vertigineuse sans fond, qui va l’amener à à la fois se sacrifier et sacrifier les autres. Et je peux vous dire, qu’émotionnellement, c’est très très fort.

J’ai adoré les deux premiers tomes, j’ai aussi adoré celui-ci. Je ne peux que vous conseiller de les lire tous, même si chaque enquête peut se lire indépendamment les unes des autres. Boris Quercia fait entrer Santiago Quinones dans le panthéon des grands détectives dépressifs et solitaires, à l’instar des Jack Taylor ou Charlie Parker (dans ses dernières aventures). C’est du roman noir, du grand roman noir, à ne rater sous aucun prétexte pour tous les amateurs du genre.

Honneur à Stanislas Petrosky

On ne le connaissait pas il y a trois ans, avant que ne débarque Ravensbrück mon amour, ce roman noir et dur sur le camp de concentration du même nom. Avec la création de l’excellente maison d’édition l’Atelier Mosesu pour l’occasion. Puis, l’année d’après débarquait un cyclone dans le monde du polar humoristique, façon Frédéric Dard. Le roman s’appelait Je m’appelle Requiem et je t’em… aux éditions Lajouanie.

Il est impossible de résister à ce personnage de curé exorciste, à l’humour ravageur et politiquement incorrect. On ne s’était pas remis de nos émotions que débarquait un an après Dieu pardonne, lui pas. Nouvelles aventures et nouveau coup de poing dans le ventre des excités du bulbe et autres extrémistes de tous poils. Eh bien, mes amis, le troisième tome s’appelle Le Diable s’habille en Licorne et c’est à nouveau fendard.

A l’ouverture de ce nouveau roman relatant les aventures d’Estéban Lehydeux, dit Requiem, cela fait un bout de temps que notre prêtre favori n’a pas eu l’occasion d’exercer ses dons dans le domaine de l’exorcisme. Heureusement, Monseigneur Gillio fait appel à lui pour une banale affaire de possession par le Diable dans le corps de la petite Christine. Ses parents sont très inquiets et Requiem se dirige donc dans notre belle vielle de Dunkerque, où se préparent les festivités du carnaval. Mais, quand il débarque dans le Nord, il apprend que la jeune adolescente s’est suicidée, en se plantant une lame dans le ventre, comme un certain … Jésus Christ. En jetant un coup d’œil sur les messages électroniques de la donzelle, il semblerait qu’elle ait eu des relations Sado-Masochistes avec un adulte. De quoi titiller l’instinct de chasseur de Requiem.

On prend les mêmes recettes que pour les tomes précédents, c’est-à-dire humour à fortes doses, jeux de bons mots, gags en dessous de la ceinture, réparties qui fusent. C’est toujours aussi politiquement incorrect, ça flirte avec la ligne jaune mais le ton est toujours juste. Le but n’est pas de se prendre au sérieux, mais de distraire, de parler de choses sérieuses en s’amusant. Et j’adore !

Je tiens à noter que le scénario de cette enquête est particulièrement bien construit, que l’on y retrouve moult personnages comportant des noms d’auteurs de polars récents (un beau clin d’œil aux collègues tels que Maxime Gillio, Marco Falvo ou Jacques Saussey) et que les noms des élèves du lycée Sainte-Croix du Christ Rédempteur ont tous des noms hilarants, et qu’il n’y a pas une page sans que l’on se marre. Pour toutes ces raisons, vous vous devez de faire la connaissance de Requiem.

Je tiens juste à passer un message personnel à Stanislas Petrosky : Merci de nous rappeler que la meilleure arme contre les extrémistes de tous poils est l’humour. Ce roman en est une formidable démonstration. Dans ton roman, Stanislas, tu t’adresses beaucoup à tes fans de sexe féminin, voire trop. Je sais que j’ai un coté féminin développé mais quand même ! Ou alors je suis jaloux. En tous cas, merci d’écrire les aventures de Requiem.

Nota : La licorne est une nouvelle drogue à l’addiction immédiate et à l’issue certaine et rapide

Stanislas Petrosky est aussi l’inventeur de Luc Mandoline, ce personnage récurrent édité aux Ateliers Mosesu. Luc Mandoline, thanatopracteur, ancien légionnaire, rompu aux enquêtes et sports de combat, se retrouve toujours mêlé dans de drôles d’affaires. Chaque épisode est écrit par un nouvel auteur, comme le Poulpe par exemple, ce qui donne à chaque fois un ton particulier et original. Il faut rendre à César ce qui appartient à César, c’est son créateur lui-même qui s’y colle avec Un Havre de paix, édité pour cette fois par French Pulp.

Luc Mandoline est au Havre, sous une pluie discontinue, avec son amie de toujours Elisa. Malheureusement, il doit écourter sa soirée pour se rendre au centre pénitencier du Havre. Un des détenus s’est pendu dans sa cellule avec son sweat-shirt. Jusque là, rien de bien mystérieux. Mais quand Max Claneboo ami et commissaire apprend à Luc que le mort William Petit est en fait un flic infiltré, cela se corse. William Petit était censé faire parler son codétenu Hamed Balkhar dit le Turc pour le coincer dans une affaire de meurtre d’une jeune fille. Sauf que le Balkhar en question était à l’infirmerie quand William Petit a rendu l’âme. Une chose est sure : c’est un faux suicide, car Luc a remarqué une odeur d’amande, synonyme de Cyanure. Il va devoir assister à l’autopsie …

Cet épisode ne déroge pas aux règles … et ce serait un comble voire un scandale. Un Havre de paix est un pur plaisir de polar, avec une enquête qui se divise en deux puis en trois, avec de l’action, du sexe (un peu, très peu) et de l’humour (beaucoup, très beaucoup). Même si on peut penser que 150 pages, c’est peu, la fonte petite (très petite, et c’est le seul reproche que je ferai à ce livre) fait que l’on passe deux bonnes journées de lecture grâce à un scénario mitonné aux petits oignons et une sacrée dose de réparties humoristiques qui en font un divertissement haut de gamme. Et puis, ce sera l’occasion pour vous d’être curieux et de découvrir les autres aventures de notre thanatopracteur favori.

Oldies : Meurtre à Greenwich Village de Kinky Friedman

Editeur : Rivages Noir

Traducteur : Frank Reichert

Je continue l’exploration de ma « collection » de Rivages Noir avec le premier roman de la série consacrée au détective Kinky Friedman.

L’auteur :

Richard S. (Kinky) Friedman, né le 31 octobre 1944 à Chicago, dans l’Illinois, est un chanteur, auteur-compositeur, romancier, chroniqueur au magazine Texas Monthly et homme politique américain. À l’élection de 2006, il est l’un de deux candidats indépendants au poste de gouverneur du Texas. Avec 12,6 % des voix, Friedman s’est classé en quatrième position dans la course à six. Surnommé le « Frank Zappa de la country », il joue dans divers films d’horreur, dont Massacre à la tronçonneuse 2, avant de commencer à écrire en 1986. Il s’impose très vite par son originalité, étant l’un des rares auteurs de roman policier à pratiquer l’auto-fiction avec une telle constance. Il a conquis un public éclectique, de l’ancien président Clinton à la romancière Fred Vargas qui le revendiquent comme l’un de leurs écrivains préférés.

Fils du Dr. S. Thomas Friedman, professeur d’université, et de Minnie Samet Friedman, il naît à Chicago, et sa famille déménage dans un ranch au Texas durant son enfance. Dès son très jeune âge, il développe un grand intérêt pour la musique et les échecs. À l’âge de sept ans, il est choisi pour faire partie d’un groupe de cinquante joueurs d’échecs locaux qui tentent de vaincre le grand maître américain Samuel Reshevsky lors de cinquante matches simultanés à Houston. Reshevsky remporte chacun des cinquante matches, mais Friedman est de loin le plus jeune compétiteur.

Il fait ses études à l’Université du Texas à Austin et obtient son baccalauréat en psychologie en 1966. C’est lors sa première année à l’université qu’il acquiert le surnom de « Kinky » en référence à ses cheveux frisés. Friedman sert alors pendant deux ans dans le Peace Corps à Bornéo.

Après un ralentissement de sa carrière musicale dans les années 1980, Friedman se convertit en auteur de romans policiers. Ses livres partagent certaines ressemblances avec sa musique, mettant en vedette une version fictive de lui-même, nommé Kinkster Friedman, dit Kinky, « un détective privé new-yorkais » qui enquête sur des crimes à New York, offrant blagues, sagesse, charme texan et whisky irlandais en quantités à peu près égales. Cet «ancien chanteur country qui fume toute la journée des cigares jamaïcains et considère l’existence avec une certaine nonchalance, […] joue au détective, assisté de son ami Ratso, une sort de Watson qui lui sert surtout de garde du corps ». Les romans de la série sont écrits dans un style direct inspiré de Raymond Chandler. À ce jour, il a également écrit quelques romans qui ne mettent pas en vedette le personnage de Kinky Friedman. Friedman écrit également une chronique régulière pour le magazine Texas Monthly depuis avril 2001, bien qu’elle ait été suspendue durant sa campagne au poste de gouverneur du Texas ; son dernier essai est paru dans le numéro de mars 2005.

Friedman vit au Echo Hill Ranch, le camp d’été familial près de Kerrville (Texas). Il est également le fondateur de Utopia Animal Rescue Ranch, dont la mission est de soigner les animaux errants, blessés, âgés et qui ont été victimes d’abus ; plus de 1 000 chiens ont été sauvés de l’euthanasie.

(Source Wikipedia adapté par mes soins)

Quatrième de couverture :

Le premier appel de Mc Govern à Kinky est pour lui apprendre qu’il y a un cadavre, avec onze roses dans la main, sur le plancher de l’appartement en face du sien. Le second est pour lui dire que les flics l’ont arrêté parce qu’ils ont trouvé l’arme du crime chez lui. Kinky sait bien que Mc Movern, reporter au Daily News, descend plus volontiers des verres d’alcool que ses semblables. Mais lorsqu’il trouve un reçu pour une douzaine de roses chez le journaliste, il n’est plus sûr de rien. Sauf que tout le monde est fou à Greenwich Village.

Mon avis :

Avec ce roman, me voilà obligé d’ajouter Kinky à la liste des personnages de détective dont il va falloir que je lise les aventures. Ce Meurtre à Greenwich Village a ce quelque chose qui le rend à la fois attachant, drôle et qui donne envie de retrouver Kinky. D’ailleurs, il n’est pas étonnant que Fred Vargas déclare que Kinky Friedman soit son auteur favori, tant on y retrouve des similitudes, surtout dans la façon de raconter une intrigue. On y retrouve une influence de Ken Bruen dans les dialogues à base de comique à répétition. Et je suis sur que les fans de la reine du Rom Pol et / ou ceux du noir vont se jeter sur ces livres.

Ce que j’en retiendrais, c’est une intrigue menée avec nonchalance, et remarquablement construite. On ne voit pas qui peut bien être le coupable, et on commence à comprendre l’affaire avec le dernier meurtre (Eh oui, il y en a plusieurs !). L’auteur va même se permettre un dernier chapitre où il nous raconte comment il a semé des indices dans tout le roman. Et je peux vous dire que c’est un vrai plaisir de se faire avoir comme cela.

Il y a ces personnages formidables, tous acteurs, scénaristes, drogués, homosexuels, à la mode du jour, passant leurs nuits dans les boites de ce quartier si « Hype » ! Et au milieu, Kinky est imperturbable, tout en cynisme et dérision, affublé de sa veste de chasse où il a remplacé ses cartouches par des cigares, regardant ses semblables avec un recul intéressant, ne se privant pas de critiquer le culte du paraître. Assurément, ce roman est pour moi une belle découverte.

Animal boy de Karim Madani

Editeur : Le Serpent à Plumes

Allez savoir pourquoi, j’avais lu Cauchemar Périphérique, qui était sélectionné à l’époque pour le Polar SNCF, et j’avais trouvé ce roman époustouflant d’ambition. Puis était venue cette idée folle de créer une ville imaginaire, à l’ambiance noire, une ville où on ne dort pas : Arkestra. Avaient alors suivi Le jour du fléau, Casher Nostra et même un épisode du Poulpe : Blood Sample. Tous trois venaient démontrer un pur talent pour écrire du polar noir, costaud. Voici donc le retour au polar noir de Karim Madani, avec Animal Boy.

Paris, vendredi 13 novembre 2015. Alex Kavini est batteur dans un groupe de deuxième zone Moloko. Le hasard veut qu’il décide de traîner du coté du Bataclan. Ce soir là, des nanars californiens font le show pour des bobos qui n’y connaissent rien. IL cherche un bout de came pour passer son temps. Il cherche à rentrer mais se fait refouler. Quatre mecs débarquent, genre arabes, et sortent des mitraillettes. C’est le carnage et Alex n’y comprend rien, si ce n’est qu’il est au mauvais endroit au mauvais moment. Une  fille sort de la sortie principale, elle s’est prise une balle dans le cou, elle s’écroule dans ses bras, elle vide son sang sur ses mains. Au milieu du chaos, il devient un survivant.

Alex est transporté aux urgences, les docteurs le traitent comme s’il avait survécu au carnage. Puis ce sont les flics qui l’emmènent au 36 quai des Orfèvres car il est un témoin essentiel. Elle s’appelait Pauline et s’invente un rôle, celui qui l’accompagnait au concert. Ses réponses sont floues, laissent planer le doute. Il aura droit à des séances de psy, souffrant du syndrome de Lazare.

De retour dans vie de merde, il retrouve sa compagne, Charlotte, une droguée, accro à tout ce qui permet de planer ailleurs. Charlotte  essaie de décrocher. Elle lui demande de dire la vérité, d’arrêter de mentir. Les journalistes le harcèlent au téléphone. Lou Slama, son pote de prison n’est pas de cet avis : il y a du fric à se faire. Puis, ce sont les parents de Pauline qui veulent le voir. Ils sont plein de pognon. Et Alex voit dans cette rencontre l’occasion de devenir quelqu’un.

Attention, Le Serpent à Plumes est de retour !

Attention, Karim Madani est de retour !

Délaissant Arkestra, il prend à bras le corps un sujet presque tabou, et nous concocte une histoire bien noire, qui n’est finalement pas très loin de l’univers qu’il avait créé avec Arkestra. La vérité dépasse la fiction, dit-on. Il y a bien eu le cas d’un jeune homme qui avait inventé la mort d’un de ses copains au Bataclan. Karim Madani avait écrit cette histoire avant, mais il force le trait, appuie sur la plaie, jusqu’à s’en faire mal. Car en l’occurrence, c’est un sujet qui permet de creuser des psychologies malades.

Le personnage principal porte tout le livre sur ses frêles épaules, apparaissant comme un loser né pour être un loser et laissant les autres et les événements de sa vie mener son chemin. Il prend donc toujours les mauvaises décisions, ou du moins, se laisse vivre, malmener, jusqu’à s’enfoncer. D’un simple mensonge qui lui fait entrevoir autre chose, qui lui permettrait de devenir quelque chose, d’être quelqu’un aux yeux des autres, il va s’enfoncer dans un destin des plus noirs, refusant une vie qui aurait pu lui ouvrir les bras.

Dans une ville comme Paris, qui brille de ses mille feux, au contact d’une famille, celle de Pauline, qui a réussi et est prête à le payer pour lui raconter ce qu’elle veut entendre, la pseudo-vie de Pauline, il pourrait devenir le centre d’attraction, vivre une vie normale. Car derrière les lumières de la ville lumière (justement), il y a les pauvres, les drogués, les assassins, les ratés qui se cachent derrière les décors enluminés.

Rythmé par les Ramones, groupe punk américain, dont chaque chapitre reprend un titre de leurs chansons, ce roman comporte une rage et une noirceur peu commune. Ecrit comme des slams de rap, il montre aussi le décalage du personnage d’Alex entre ses goûts et son époque, entre sa vie et le décor dans lequel il vit. Il n’y a pas de place pour les marginaux dans une ville qui veut se voir plus belle qu’elle n’est.

Du sujet initial à l’intrigue violemment amorale, de l’intrigue aux coups des mots qui font mal, ce roman est un véritable roman choc, car si on ne ressent pas de sympathie pour Alex, il n’en reste pas moins qu’on le suit avec une certaine avidité. Car le chemin est mince pour passer d’un coté à l’autre de la ligne blanche. Et si ce roman se veut une pure invention, il n’en reste pas moins qu’il comporte des messages qui parlent, qui en font un cri humaniste qui me parle ; et sa fin ouverte nous poursuit longtemps après avoir tourné la dernière page, nous posant de multiples questions.

Ne ratez pas les avis de Mr K. et de Jean-Marc