Archives du mot-clé Drogue

Harry Bosch 3 : La blonde en béton de Michael Connelly

Editeur : Points

Traducteur : Jean Esch

Après Les égouts de Los Angeles et La glace noire, voici donc la troisième enquête de Hieronymus Bosch, dit Harry, qui va creuser un nouvel aspect de la justice américaine, tout en approfondissant le personnage de Harry. Un très bon opus.

Alors que la police est à la recherche du tueur en série qui sévit sur Los Angeles, Harry Bosch reçoit un appel lui indiquant qu’une prostituée vient de lui échapper. Il se rend chez Norman Church, suspecté d’être le Dollmaker, celui qui maquille ses victimes comme des poupées, guidé par le jeune femme et lui demande de rester dans la voiture. Voyant une ombre devant la fenêtre, il imagine que le tueur a peut-être déjà trouvé une autre victime.

Harry défonce la porte, s’annonce et aperçoit une ombre dans la chambre. Il lui demande de ne pas faire un geste, de mettre les mains sur la tête. Norman Church tend doucement sa main vers le coussin et cherche quelque chose dessous. Harry lui demande de s’arrêter, mais l’autre continue. Harry est obligé de faire feu. Quand il regarde sous le coussin, il trouve une perruque et dans l’armoire de la salle de bain, des produits cosmétiques, appartenant probablement à ses victimes.

Quatre ans ont passé depuis la mort du Dollmaker et Harry est poursuivi dans un procès en civil par la veuve de Norman Church. Il est accusé d’avoir joué au cow-boy, d’avoir tué un innocent. Pendant une pause, un coup de téléphone lui apprend qu’une lettre vient d’arriver au commissariat, un poème dans le style du Dollmaker, indiquant l’emplacement d’une de ses victimes. Harry va devoir mener une enquête en même temps que son procès.

Marchant dans les traces d’un John Grisham, Michael Connelly nous offre ici un pur roman judiciaire, accompagné en parallèle d’une enquête policière en temps limité. C’est l’occasion pour l’auteur de creuser plusieurs thèmes dont le principal est la façon de mener un procès. Comme d’habitude, tout y est d’une véracité impressionnante des stratégies des avocats aux dépositions en passant par les motivations pécuniaires des uns et des autres.

Los Angeles va aussi occuper une place prépondérante, nous faisant visiter l’autre facette du cinéma, à savoir le monde de la pornographie et la vie des actrices, qui arrondissent leur fin de mois en se prostituant. Puis, quand elles tombent dans la drogue, elles deviennent des épaves, cherchant le moindre client pour assouvir leur besoin avant de mourir abandonnées dans une ruelle sombre.

On va aussi voir toutes les différentes relations entre les défenseurs de la loi, la police, les spécialistes, les légistes et les journalistes. Tout ce petit monde œuvre pour l’argent, ou pour la gloire, celle par exemple, d’avoir un article en première page du journal, au dessus du pli ! j’ai particulièrement apprécié les descriptions des psychologies des tueurs en série, quand Harry va demander l’aide du professeur Locke.

Si le rythme se fait plutôt lent dans les trois quart du roman, suivant en cela le déroulement du procès, la tension monte petit à petit quand l’issue se fait sentir. Harry doit trouver le coupable, l’imitateur du Dollmaker, nommé le Disciple, et c’est bien un coup de chance qui l’aidera dans cette tâche. Une nouvelle fois, c’est un très bon roman policier, instructif, qui assoit Harry dans son rôle de personnage récurrent tout en nous montrant une nouvelle facette de cette ville maudite qu’est Los Angeles.

Le vautour de Gil Scott-Heron

Editeur : Editions de l’Olivier (Grand Format) ; Points (Format poche)

Traducteur : Jean-François Ménard

En cette année 2020, nous allons fêter les 50 années d’existence de la collection Points, et les 40 ans de Points Policier. 

Au programme, je vous propose un roman culte, peu connu du grand public et qui mérite largement notre attention. Un roman choral très lucide et qui est toujours d’actualité.

L’auteur :

Gilbert « Gil » Scott-Heron, né le 1er avril 1949 et mort le 27 mai 2011, est un musicien, poète et romancier américain. Il est célèbre pour ses « chansons-poèmes et textes engagés » The Revolution Will Not Be Televised, The Bottle, Angel Dust, Johannesburg, ou l’incontournable et engagée dans la cause noire et les disparités aux États-Unis « Whitey On The Moon ».

Gilbert Scott-Heron est né à Chicago. Il est le fils unique d’une bibliothécaire, Bobbie Scott, et du footballeur d’origine jamaïcaine Gilbert Saint ElmoHeron, également connu sous le nom de Black Arrow (flèche noire) lorsqu’il portait le maillot du club écossais du Celtic FC, le club de football de Glasgow. Après le divorce de ses parents en 1950, il est élevé seul par sa grand-mère Lily Scott qui habite le quartier noir de Jackson dans l’État du Tennessee qui applique encore à cette époque la ségrégation raciale. Au printemps 1962, Gil et sa mère quittent définitivement le Tennessee pour emménager chez un oncle à New York dans le quartier du Bronx. Il y suit des études secondaires au collège de Creston, et travaille le soir comme plongeur dans un restaurant. Il entre ensuite au lycée DeWitt Clinton où il se passionne pour la littérature américaine. Repéré par une enseignante, il est orienté en tant qu’élève boursier vers le lycée privé de Fieldston où il commence l’année scolaire 1964. Dés l’âge de 16 ans, il travaille chaque été comme saisonnier au service du logement social la journée et employé de commerce le soir. Le week-end il gagne aussi de l’argent comme arbitre de basket. Toutes ses économies vont lui permettre de s’inscrire à la fac, sitôt après l’obtention de son baccalauréat à Fieldston en 1967.

Il choisit d’intégrer l’Université Lincoln en Pennsylvanie car c’était là que des écrivains noirs comme Langston Hughes, Melvin Tolson (en) ou Ron Welburn avaient atteint une renommée internationale.Cependant, Gil décide d’arrêter les études après sa première année de faculté pour se consacrer entièrement à son projet d’écriture de roman. Pour vivre, il travaille dans un magasin de nettoyage à sec situé près du campus. En avril 1969, il achève son manuscrit intitulé The Vulture (Le Vautour), un polar qui brosse un portrait satirique de la société américaine. Il parvient à le faire publier chez World Publishing (qui achète son manuscrit 5 000 dollars), mais le livre ne reçoit aucun écho à sa sortie.

Il choisit d’intégrer l’Université Lincoln en Pennsylvanie car c’était là que des écrivains noirs comme Langston Hughes, Melvin Tolson (en) ou Ron Welburn avaient atteint une renommée internationale1.Cependant, Gil décide d’arrêter les études après sa première année de faculté pour se consacrer entièrement à son projet d’écriture de roman. Pour vivre, il travaille dans un magasin de nettoyage à sec situé près du campus. En avril 1969 il achève son manuscrit intitulé The Vulture (Le Vautour), un polar qui brosse un portrait satirique de la société américaine. Il parvient à le faire publier chez World Publishing (qui achète son manuscrit 5 000 dollars), mais le livre ne reçoit aucun écho à sa sortie.

À la rentrée 1969, Gil Scott-Heron réintègre l’Université Lincoln, où il fait la rencontre d’un étudiant en formation musicale: Brian Jackson. Influencés par The Last Poets, qu’ils fréquentent régulièrement à New York, les deux étudiants se consacrent à la musique et composent ensemble.

À la fin de l’été 1970, Gil entre en studio grâce au soutien de Bob Thiele (du label FlyingDutchman) et commence à enregistrer ses poèmes en compagnie de Brian Jackson. Le 33-tours qui sort sous le titre Small Talk at 125th & Lennox comprend notamment la chanson Whitey On the Moon, une diatribe contre le monde des médias, possédé principalement par des Blancs, et contre l’ignorance qu’ont les classes moyennes américaines des problèmes des populations pauvres des centres-villes. (Cette chanson connaîtra un regain de notoriété en 2018 suite à son utilisation dans le film « First Man ».)

Le succès régional rencontré par ce premier disque pousse Bob Thiele à proposer à Gil Scott-Heron d’enregistrer un album en studio avec des musiciens professionnels. Gil et Brian décident d’embaucher Hubert Laws, Bernard Purdie, Charlie Saunders, Eddie Knowles, Ron Carter et Bert Jones, tous musiciens de jazz, et entrent au studios RCA à New York en février 1971. L’album Pieces of a Man contient une nouvelle version du titre The Revolution Will Not Be Televised et est de facture plus conventionnelle comparée aux chansons libres et souvent scandées du premier album. Pourtant, à cette période de sa vie, Gil Scott-Héron ne s’imagine pas du tout devenir musicien, son but est alors d’obtenir un diplôme pour commencer une carrière de professeur de littérature à la faculté et de travailler à l’écriture de son second roman: The NiggerFactory.

En 1972, Gil Scott-Heron devient professeur au Federal City College de Washington (Université Columbia) et poursuit parallèlement une carrière musicale avec l’enregistrement, à l’automne 1973, de l’album Winter in America qui sort en 1974 et dont le single The Bottle devient un tube. Cette chanson qui s’inspire de témoignages réels raconte pourquoi et comment des personnes peuvent tomber dans l’alcoolisme.

En 1975, Gil Scott-Heron signe sur le label Arista, sur lequel il sort un nouvel album The First Minute of a New Day et entame une série de concerts avec son groupe le Midnight Band, ce qui l’oblige à arrêter sa carrière de professeur. En décembre 1978, Gil se marie avec Brenda Sykes avec laquelle il aura une fille, Gia. Il divorcera quelques années plus tard.

Toujours engagé dans la cause noire, il rejoint Stevie Wonder dans une vaste tournée (Hotter Than July Tour) en 1980-1981 qui milite pour faire du 15 janvier, date de l’anniversaire de Martin Luther King, un jour férié.Pendant les années 1980, Scott-Heron continue d’enregistrer, attaquant souvent le président Ronald Reagan et sa politique conservatrice.

Scott-Heron est écarté du label Arista Records en 1985, et arrête d’enregistrer, bien qu’il continue de tourner. En 1993, il signe pour TVT Records et sort Spirits, un disque contenant le morceau Message To The Messengers. La première piste est une prise de position à l’attention des rappeurs de l’époque, et contient des commentaires comme :

« Four letter words or four syllable words won’t make you a poet, It will only magnify how shallow you are and let ev’rybody know it. »

« Tell all them gun-totin’ young brothers that the ‘man’ is glad to see us out there killin’ one another! We raised too much hell, when they was shootin’ us down. »

« Young rappers, one more suggestion, before I get outta your way. I appreciate the respect you give to me and what you’ve got to say. »

Gil Scott-Heron y lance un appel envers les nouveaux rappeurs afin qu’ils recherchent le changement au lieu de perpétuer la situation sociale, pour qu’ils aient un discours plus clair et produisent des chansons plus artistiques : « There’s a bigdifferencebetween putting words over some music, and blendingthosesamewordsinto the music. There’s not a lot of humour. They use a lot of slang and colloquialisms, and you don’t really see inside the person. Instead, youjustget a lot of posturing »

En 2001, Gil Scott-Heron est incarcéré pour consommation de drogue et/ou violences domestiques. Apparemment, la mort de sa mère et la consommation de drogues l’entraînèrent dans un cercle vicieux. Sorti de prison en 2002, Gil Scott-Heron apparaît sur l’album de Blackalicious : Blazing Arrow.

En 2010, à l’âge de 61 ans, il signe son grand retour avec l’album I’m New Here, produit par Richard Russel qui était allé le voir dans sa cellule à la prison de Rickers Island pour le convaincre de revenir. Les treize morceaux sont remixés par Jamie Smith des XX dans We’re New Here.Tombé malade du fait de sa séropositivité au cours de sa tournée européenne de 2010, Gil Scott-Heron s’éteint le 27 mai 2011 dans l’hôpital pour pauvres de St. Luke à New York.

Le 2 avril 2015, à l’occasion de son anniversaire, son label XL Recordings sort un album posthume Nothing New qui reprend des titres connus, enregistrés en 2008, mais dont les versions acoustiques constituent la grande nouveauté. Cette sortie est accompagnée par un film documentaire Whois Gil Scott-Heron? réalisé par Iain Forsyth et Jane Pollard.

Quatrième de couverture :

John Lee est mort un jour de juillet, à New York. On a retrouvé son corps dans la 17e Rue. Il avait dix-huit ans. C’était un petit dealer, toujours à l’affût d’un coup, qui travaillait après l’école.

Alors, qui a tué John Lee ? Quatre hommes possèdent un fragment de la vérité : Spade, Junior Jones, frère Tommy Hall et Q.I. Quatre destins qui incarnent la violence, la ruse, mais aussi l’espoir d’une rédemption, dans un quartier voué à la misère et à la drogue.

Ce « polar » au réalisme impeccable est aussi un grand roman politique sur l’Amérique urbaine de la fin des années 60, qui allait bientôt basculer dans la violence raciale.

Mon avis :

Ecrit alors qu’il avait 20 ans, ce roman démontre le talent de Gil Scott-Heron et sa vision sur la société américaine à la fin des années 60, ce qui, avec le recul, comporte un aspect visionnaire. Sous des apparences de roman policier, car il s’agit de résoudre un meurtre, l’auteur va, à travers quatre personnages, montrer la réalité du terrain et celle qui va agiter l’actualité et qui continue à miner les Etats-Unis : le racisme et la place des Noirs dans la société civile.

Quatre personnages ayant connu la victime, John Lee, vont prendre la parole, comme s’il s’agissait d’un témoignage. Cela ressemble plutôt à quatre nouvelles, décorrélées entre elles, reliées entre elles uniquement par le fait que chacun a côtoyé John Lee :

Le premier se nomme Spade et est reconnu comme le caïd du quartier. A la tête d’un trafic de drogue, son attitude froide et distante ne lui permet pas d’avoir du succès auprès de la gent féminine autrement que par la violence. L’auteur a ajouté un aspect amusant du personnage quant à son physique, puisqu’il est mince, grand et élégant, ce qui est tout le contraire de John Lee.

Le deuxième Junior, permet d’entrer dans l’aspect social du roman. Jeune homme de 17 ans, il a vite compris qu’il est plus rentable de faire du trafic de drogue que d’aller à l’école.

Afro a réussi ses études pour devenir professeur. Il décide de s’engager dans une association nommée BAMBU, visant à lutter contre le système d’éducation américain qui est fait par les blancs pour les blancs et de créer des écoles pour les noirs, où seront dispensés la culture noire.

QI est l’intellectuel du groupe, poète à ses heures, extrêmement cultivé. S’il cherche à s’engager dans l’association BAMBU, il est aussi le plus lucide du quartier.

En tant que roman policier, ce roman est exemplaire, tant les pistes pour trouver le meurtrier sont nombreuses (Jalousie, argent, trafic de drogue, vengeance), et qu’on ne connait la solution qu’à la fin. Mais il y a aussi le contexte montré par chacun des personnages. Spade va montrer la vie du quartier et l’augmentation de la violence. Junior est l’exemple flagrant de l’échec du système éducatif, d’autant plus qu’on ne donne aucun espoir à cette population. Afro derrière ses volontés d’éduquer ses frères, se retrouve face à un dilemme qui est le trafic de drogue. QI clôt ce roman de grande façon, sur un constat d’échec : Seule la violence permettra aux noirs d’arriver à faire respecter leurs droits. Le vautour est un roman exemplaire, intelligent et visionnaire, encore aujourd’hui.

Les lumières de l’aube de Jax Miller

Editeur : Plon

Traducteur : Claire-Marie Clévy

Comme j’ai adoré Candyland ! Forcément, je me devais de lire Les lumières de l’aube, le dernier roman en date de Jax Miller.

Le 30 décembre 1999, La ville de Welch dans l’Oklahoma est balayée par un vent glacial. La famille Freeman habite un mobil-home à l’extérieur de la ville, que l’on peut rejoindre en suivant un chemin rocailleux. Ashley Freeman fête son dix-septième anniversaire. Pour l’occasion, elle a invité son amie Lauria Bible à passer la nuit chez elle, ainsi que deux copains, avec l’accord de ses parents Danny et Kathy. Ces deux-là partiront en fin de soirée, laissant les deux filles allongées dans le canapé devant la télévision.

Le lendemain matin, une fumée dense s’élève de la colline. Le mobil-home est en feu et les pompiers mettront plusieurs heures pour circonscrire l’incendie. A l’intérieur, ils découvriront un cadavre, allongé sur le lit, écrasé par des briques qui avaient été entassées sur le toit et qui sont tombées à cause de la chaleur, quand tout n’est devenu que ruine. On ne retrouve aucune trace de Ashley et Lauria. Le corps étant féminin, tout le monde pense que Danny a enlevé les filles et est responsable de l’incendie.

Le shérif boucle rapidement le périmètre mais les habitants, regroupés autour du sinistre voient bien que l’affaire est gérée avec du laisser-aller. Le lendemain, Lorene Bible, la mère de Lauria est surprise de voir que les flics ont levé le camp. En fouillant aux alentours du mobile-home, ils découvrent un autre corps, celui de Danny, à moitié brûlé et tué d’une balle dans la tête. De toute évidence, la police a fait de nombreuses erreurs, volontaires ou non, mais une question demeure : où sont les filles ?

Il m’aura fallu une cinquantaine de pages pour comprendre où Jax Miller voulait en venir (je ne lis que rarement les quatrièmes de couverture). Pourtant, la mise en place du scénario se conforme aux règles du polar, avec des chapitres très descriptifs et centrés sur la psychologie des personnages. L’auteure passe alors en revue les filles, les parents et les voisins en y insérant des anecdotes qui amènent de l’épaisseur à l’intrigue.

Puis, les mystères s’épaississent avec les négligences de la police, les rumeurs de vengeance liées à de potentiels trafics de drogue et la mort du frère dont on n’a pas parlé au début. Malgré cela, le ton employé m’a laissé comme un goût de manque, a marqué une trop grande distance … jusqu’à ce que je comprenne le livre : Jax Miller a été obsédée par cette affaire et a mené elle-même l’enquête en se rendant sur place en 2015. D’ailleurs elle se met elle-même en scène en parlant de ses obsessions.

Et donc, ce roman n’est pas un polar au sens premier du terme mais plutôt le compte rendu minutieux de plus d’une dizaine d’années de recherche. Ce procédé fort prisé chez nos amis anglo-saxons est dénommé True crime. Chez nous, francophones, il semblerait que nous préférions des émissions du genre Investigations et autres. Je ne pense pas utile de vous préciser que j’abhorre ces émissions et préfère la lecture.

Donc, nous avons affaire à un True Crime, que l’on pourrait traduire par roman d’enquête criminelle. Car des meurtres, il va y en avoir alors que le début du roman ne nous le laissait pas présager. Jax Miller a organisé le roman pour appâter le lecteur de polar, une construction qui fait une large place sur la vie de campagnards américains avec ce qu’il faut de rumeurs, de mauvaises langues et de policiers qui ne veulent pas s’emmerder. Et elle arrive à faire passer à la fois sa passion et son obsession pour cette affaire. Franchement, les essais (ou documents) ne sont pas ma tasse de thé. Mais je dois reconnaitre que l’auteur sait vous attirer dans ses griffes, pour vous plonger dans un monde rural brutal sans autre loi que celle du plus fort. Et puis, on sent dans ces lignes la passion de l’auteure pour cette affaire, on y ressent comme une connexion directe avec ce qu’elle est, comme une communion autour d’une affaire bigre

Harry Bosch 2 : La glace noire de Michael Connelly

Editeur : Seuil & Calmann Levy (Grand Format) / Points & Livre de Poche (Format Poche)

Traducteur : Jean Esch

Je poursuis ma (re) découverte des enquêtes de Harry Bosch avec cette deuxième enquête qui va nous faire découvrir une nouvelle facette de Los Angeles, en prise avec le trafic de drogue.

Lors de cette veille de Noël, Harry Bosch est seul dans son appartement et est de garde à la brigade de Hollywood. Il aperçoit de la fumée du coté de Cahuenga Pass, puis intercepte un message sur la fréquence du LAPD : un corps vient d’être découvert dans la chambre 7 du minable motel Hideaway. Il aurait du être prévenu en premier et la brigade criminelle a pris l’affaire en charge. Bosch décide de se rendre sur les lieux.

Le cadavre repose dans la chambre depuis plusieurs jours, dans la salle de bains. Calexico Moore, membre de la brigade des stupéfiants, selon les papiers retrouvés sur la table de nuit, s’est tiré une balle de fusil en pleine tête. Il y retrouve le chef adjoint Irvin Irving, qui ne tient pas à ce qu’il s’occupe de cette affaire, d’autant plus que Moore est soupçonné par les Affaires Internes pour corruption. On trouve un mot énigmatique expliquant le suicide : « J’ai découvert qui j’étais ».

Irvin Irving autorise Bosch à aller annoncer la mort de Moore à sa femme, dont il est séparé. Il se retrouve en compagnie de Sylvia, au charme indéniable. Mais elle ne lui apprend rien, à part le fait que Moore était originaire de Mexicali, de l’autre coté de la frontière. De toute évidence, Irving veut conclure cette affaire en démontrant que Moore était un flic pourri. Cela expliquerait pourquoi il n’a pas été prévenu.

De retour au bureau, le chef Pounds le convoque dans son bureau. Il lui rappelle que la fin de l’année approche, et que les statistiques de résolution des crimes ne sont pas bonnes, en dessous de 50%. Comme Lucius Porter, un des enquêteurs, s’est fait déclarer pâle, Pounds demande à Bosch de reprendre ses dossiers pour en résoudre quelques uns rapidement, avant la fin de l’année. Dans un de ces dossiers, il y a la découverte du corps d’un mexicain derrière un bar. En fouillant un peu, Bosch s’aperçoit que le corps a été découvert par Moore. Le suicide de Moore et la mort du mexicain sont peut-être liés dans une affaire de drogue, la Black Ice par exemple qui vient de débarquer et qui fait des ravages.

Rares sont les auteurs capables de vous plonger au cœur d’une intrigue et de ne plus vous lâcher jusqu’à la fin. Cette deuxième enquête est moins complexe que la première mais plus recentrée sur le problème de la drogue. On y retrouve tout le talent de l’auteur pour mener cette intrigue de façon passionnante et avec une logique formidable. Cela amènera même Bosch à faire la chasse aux trafiquants de drogue jusqu’au Mexique dans des scènes d’actions très prenantes. Connelly nous offrira même un ultime retournement de situation comme une cerise sur la gâteau.

Quant au personnage de Harry Bosch, on le retrouve plus solitaire que jamais, aussi bien dans sa vie privée qu’auprès de ses collègues. Seuls ceux qui sont irréprochables ont foi à ses yeux. Détestant l’incompétence et la corruption, il ne se fait pas d’amis. Et on le retrouve aussi de plus en plus miné par son passé, la mort de sa mère, sa jeunesse, et le fait qu’il soit le fils naturel du vieil avocat Haller, dont le fils Mickey Haller fera l’objet de romans par la suite.

La ville de Los Angeles partage la vedette avec Harry Bosch. Alors qu’il l’observe du haut de sa maison perchée sur les collines, Bosch (et donc Connelly) va nous faire visiter les quartiers pauvres, les rues parsemées de drogués, et les bars sombres et glauques où les informations circulent. En ce sens, la fin, qui se déroule au Mexique, ne m’a pas fait oublier ces rues paumées et la criminalité qui augmente à Los Angeles.

La précédente enquête et première de la série s’appelle Les égouts de Los Angeles et est chroniquée ici. 

La défaite des idoles de Benjamin Dierstein

Editeur : Nouveau Monde

J’ai laissé passer le premier roman de Benjamin Dierstein, La sirène qui fume ; mais je ne pouvais pas rater son deuxième. Ce pavé de 634 pages denses est un roman à mi-chemin entre polar et roman politique, et c’est une sacrée découverte !

Jeudi 20 octobre 2011. Un militaire portant un tatouage de serpent dans le dos et le cou observe un immeuble à Syrte. Cet immeuble, le District 2, renferme les derniers dignitaires du régime libyen, Mouammar Kadhafi et sa garde rapprochée. Ils tentent une sortie avant d’être pris pour cible par des missiles. L’homme les suit, et se rapproche de la caverne où ils se sont terrés. Le peuple arrive à attraper Kadhafi après une interminable fusillade, le roue de coups. Alors, l’homme s’approche et lui tire deux balles dans la poitrine ; Kadhafi n’est plus.

Christian Kertesz, ancien lieutenant de la Brigade de Répression du Proxénétisme, sort libre, après trois mois d’incertitude. L’IGS a réussi à le faire virer mais pas emprisonner. Il va pouvoir reprendre les affaires. Sa première visite est pour Clotilde Le Maréchal, la victime de sa précédente enquête, enfermée à l’institut Robert Merle d’Aubigné spécialisé dans les appareillages suite à des amputations. Clotilde, cette jeune pute de 17 ans dont il est fou amoureux. Puis il rejoint Didier Cheron, qui après un passage aux RG, est à la tête de Noticia, une entreprise de sécurité et renseignement. Ses clients, Patrick Rougier et Elias Khoury veulent décrocher le contrat de construction d’un hôpital à Tripoli, donc il faut des informations croustillantes sur leur concurrent. Enfin, il finit sa soirée au Liberty, un club d’entraineuse tenu par les Corses les plus recherchés de France. Ils veulent revenir sur la marché de la drogue et lui proposent un plan.

Laurence Verhaeghen est une jeune capitaine de la Police judiciaire, ambitieuse et divorcée, mère d’une petite Océane. Elle se retrouve en charge d’un meurtre dans un hôtel en réfection et, à six mois de la présidentielle, a la libération de Kertesz à gérer ; car elle ne veut pas le laisser en liberté. Dominique Muller, la victime avait reçu des menaces, peut-être le rackettait-on ? Cet hôtel appartient au groupe Bessin, qui sert à blanchir l’argent de la mafia. Zimmerman, son directeur l’appelle. Bien qu’elle ne soit pas syndiquée, elle a beaucoup de relations, certaines haut placées, et elle pourrait jouer un rôle important dans la déstabilisation de la Gauche. Il lui demande de tout faire pour trouver des armes contre Flanby, François Hollande, le candidat de la Gauche.

Je n’ai pas lu La sirène qui fume, son premier roman ; et je peux vous dire que je vais le lire très vite. Ce roman est totalement bluffant, totalement surprenant, totalement addictif. Malgré ses 640 pages, je l’ai lu en à peine quatre jours, et c’est tellement passionnant que j’aurais pu en reprendre encore quelques centaines de pages. Pourquoi ? Parce que cela me rappelle les meilleurs moments de lectures de mes auteurs favoris.

Ce roman est à la fois un polar et à la fois un roman politique. Le contexte se situe entre l’assassinat de Kadhafi et l’élection présidentielle de François Hollande, un contexte fort pour tout ce qui concerne la police, surtout si on se rappelle que Nicolas Sarkozy a été Ministre de l’Intérieur et a toujours gardé une relation particulière avec les forces de l’ordre. On va y voir une vraie bataille entre les différents services de la police, que la nouvelle structure n’a pas su effacer. Cette bataille, c’est la droite contre la gauche, un syndicat contre l’autre, une guerre idéologique contre l’autre.

Mais c’est aussi une période trouble quant à la politique extérieure de la France, en Lybie tout d’abord, ce qui est au centre de ce roman, mais aussi ailleurs, avec l’avènement de l’état islamique, tout juste abordé dans le roman. Et quand le grand banditisme, la mafia corse, veut redorer son blason sur le marché de la drogue, elle se retrouve face à des clans bien plus cruels que ce qu’elle est capable de faire. Face aux Albanais ou aux libyens, c’est toute une machination qui rapporte des millions d’euros par mois que nous démontre ce roman.

Ce roman, c’est aussi l’itinéraire de deux personnages forts, ni gentils ni méchants. Ils sont tous deux d’un coté de la ligne jaune, mais pour autant, leurs méthodes sont les mêmes. De la manipulation au chantage, des interrogatoires musclés aux meurtres, tous les moyens sont bons pour arriver à leur objectif. Ils sont tous deux forts, impressionnants, inoubliables, mais ils ont aussi chacun leur point faible qui causera leur perte ou une partie de leur vie. Kertesz et Verhaeghen, ce sont l’illustration parfaite de deux faces d’une pièces qui n’est rien d’autre que la société française actuelle, aux mains des mafieux de tous bords.

Ce roman, c’est un style extraordinaire. Les phrases sont courtes, les rebondissements abondent, les événements se suivent à fond de train. Caryl Ferey disait du précédent : « Un putain de bon roman … du DOA sous amphets, précis, nerveux, sans fioritures ». Et je suis totalement d’accord avec lui. Je vais même en rajouter une couche. Car ça pulse à toutes les pages, ça fuse, ça va vite et je n’ai pu empêcher mon rythme cardiaque d’accélérer à chaque instant. Les dialogues sont toujours bien placés, et bigrement bien faits, justes. Ce roman rappelle DOA, certes, mais aussi Dominique Manotti (par le sujet, le style) sans oublier le Grand James Ellroy, celui du Grand-Nulle-Part. Impressionnant !

Avec sa construction, qui insère dans sa narration des extraits de programmes radiophoniques, l’auteur nous plonge dans l’époque (pas si lointaine), à laquelle l’auteur a décidé de consacrer une trilogie. Après la Sirène qui fume, La défaite des idoles en est le deuxième. Et je peux vous dire que je piaffe d’impatience à l’idée que je doive attendre un an avant de lire le troisième. Je termine juste par un conseil : Ne ratez pas ce roman, c’est de l’or en barre !

Blanc comme neige de George P.Pelecanos

Editeur : Editions de l’Olivier (Grand Format) ; Points (Format Poche)

Traducteur : François Lasquin et Lise Dufaux

En cette année 2020, nous allons fêter les 50 années d’existence de la collection Points, et les 40 ans de Points Policier. Et quoi de mieux que de se lancer dans le premier roman mettant en scène Derek Strange et Terry Quinn.

L’auteur :

La biographie de l’auteur est incluse dans un de mes précédents billets, Le chien qui vendait des chaussures.

https://blacknovel1.wordpress.com/2014/11/22/oldies-le-chien-qui-vendait-des-chaussures-de-george-p-pelecanos-gallimard-serie-noire/

Quatrième de couverture :

Washington (D.C.). Leona Wilson veut laver la réputation de son fils, policier noir tué à la suite d’une bavure, et faire graver son nom sur le mur du mémorial de la police de la ville. Elle fait appel à Derek Strange, un ancien flic noir d’une cinquantaine d’années, aujourd’hui détective privé, pour connaître la vérité.

L’affaire, qui a fait l’objet d’une enquête pointilleuse, s’est déroulée une nuit durant laquelle Wilson, qui n’était pas en uniforme, a été surpris par deux collègues alors qu’il braquait son arme sur un homme. Jugeant cette attitude menaçante, l’un des policiers, Terry Quinn, un Blanc, a abattu Wilson. Depuis, il a démissionné de la police pour devenir vendeur de livres et de disques d’occasion.

Pour mener sa contre-enquête, Derek Strange décide de le rencontrer et, convaincu de sa bonne foi, lui propose de l’assister dans ses recherches au cours desquelles les deux hommes vont visiter une partie des bas-fonds de la ville, côtoyer flics ripoux, junkies et exclus du système.

« Derek Strange est un nouveau personnage tout aussi attachant que le privé Nick Stefanos, qui, comme lui, officie à Washington. Ses origines ethniques et sa fine connaissance du terrain en font l’homme idéal pour témoigner à propos du racisme car, au-delà du fait-divers, cette question constitue le sujet central de ce roman noir plein de suspense. » – Claude Mesplède

Mon avis :

Ce roman narre la rencontre entre les deux personnages principaux de cette série, à savoir Derek Strange, la cinquantaine, détective privé noir ayant officié 30 ans auparavant dans la police et Terry Quinn, jeune policier blanc qui a tué Wilson, un collègue noir lors d’une rixe et a été innocenté lors de l’enquête. Depuis, Terry Quinn travaille dans une librairie. A priori, tout oppose ces deux hommes mais la mère de Wilson demande à Strange d’enquêter et ces deux compères vont se trouver, malgré leurs différences. Lors de leur enquête, ils vont croiser la route des Boone, Père et Fils, trafiquants de drogue et meurtriers.

Car, que ce soit par leur couleur de peau, par leur culture, leur âge ou leur psychologie, on ne peut être plus différent. Pourtant, il y a ce même détachement, cette même façon nonchalante de prendre les événements et de trouver le bon mot humoristique pour relâcher la pression. Alors que des auteurs insistent sur le côté impossible de leur rencontre, George P.Pelecanos en fait des scènes justes, simples et logiques.

Le style de George P.Pelecanos est très détaillé, nous décrivant jusqu’au bibelot ornant une étagère dans un bar des bas-fonds de Washington. Cela nous permet d’avoir immédiatement la scène devant les yeux. C’est un style très cinématographique que personnellement j’adore, surtout que les dialogues sont parfaits, savoureux, ce qui donne un bon équilibre à une scène. Un exemple du genre.

Pelecanos nous présente donc le Washington des années 90, multiraciale, avec une criminalité en augmentation. C’est un témoignage de cette époque pas si éloignée, seulement 30 ans, et pourtant, la criminalité a tellement progressé que l’on a l’impression de lire un roman historique ou un reportage sur la vie des flics et la façon dont ils sont perçus dans la société, cible d’actions de plus en plus violente, où il n’y a plus aucun respect de l’autorité sensée faire régner l’ordre et respecter la loi.

Ce roman est malheureusement épuisé. Il va donc être bien difficile de le trouver. Je ne peux que vous conseiller de fouiller vos greniers afin d’en retrouver un exemplaire, ou d’aller voir du coté des sites d’occasion. J’en profite pour lancer un appel aux éditions Points : Il serait grand temps d’envisager une réédition des enquêtes de Strange et Quinn, qui sont au nombre de quatre :

  • Blanc comme neige
  • Tout se paye
  • Soul Circus
  • Hard Revolution (Le meilleur de la série selon Polars Pourpres)

A noter que Red Fury est un prequel mettant en scène Derek Strange et qu’il est disponible au Livre de Poche

Santa Muerte de Gabino Iglesias

Editeur : Sonatine

Traducteur : Pierre Szczeciner

Si on ne me l’avait pas conseillé, notamment par les billets de Yan, Jean-Marc, Velda ou LauLo, mais aussi par mon dealer de livres Coco, je n’aurais pas dépassé le premier chapitre. Car c’est à partir du deuxième (chapitre), que j’ai été pris dans la tornade.

Pour Fernando, tout a commencé à déraper dans une boite de Mexico, El Colmillo. Quand il reçoit un appel d’Isabel, sa sœur, qu’elle lui raconte qu’un type l’a pelotée, il répond à sa loi de protéger sa famille plus que tout. Il embarque aux toilettes le type avec ses deux complices, Javi et Luis. Sauf que trois autres gars armés arrivent et c’est la fusillade. Luis reste sur le carreau, et Javi emmène Fernando parmi les petites ruelles de Mexico. Quelques jours après, Javi est assassiné dans les mêmes toilettes à coups de tesson de bouteille dans le cou. Fernando apprend qu’il a descendu un mec du cartel de Sinaloa. A force de prier Santa Muerte, il a réussi à sauver sa peau, mais maintenant il doit fuir aux Etats Désunis.

A Austin, Julio lui trouve un boulot dans de plongeur dans une pizzeria. En vidant les poubelles, il voit Collin, le gérant essayer de violer une serveuse. Il s’interpose et le tabasse. Là aussi, il est grillé. On lui propose de travailler pour Guillermo et de devenir dealer avec Nestor. Cinq ans plus tard, il est kidnappé et se retrouve dans un hangar. Nestor est attaché, vivant, pour le moment. Le gang fait partie de la Salvatrucha et exige l’exclusivité du commerce en centre-ville, entre l’I35 et l’autoroute 1. En guise de bonne foi, ils coupent les doigts de Nestor et finissent par le décapiter, avant de le laisser partir. Fernando va devoir prier longtemps la Santa Muerte pour s’en sortir.

Après un premier chapitre violent, très violent, l’auteur entre dans son sujet : montrer à travers la vie de Fernando, le quotidien des immigrés aux Etats Unis. Il sort donc du lot des romans noirs démonstratifs par sa faculté à nous plonger dans la psychologie du personnage, et surtout, il a un vrai talent de conteur qui nous donne l’impression que l’on écoute une histoire, la vie d’un jeune homme lâche.

Lâche, il l’est et ne se le cache pas. Quand on n’a pas de diplômes, qu’on n’a pas d’éducation, on cherche à survivre. On est prêt à accepter des studios sales pour avoir la chance de voir se lever le soleil le lendemain. Et quand il se retrouve face à un gang ultra-violent qui veut reprendre le commerce de la drogue, il cherche une main protectrice. Fernando, c’est le bébé qui cherche la protection de ses parents, un bébé qui n’a pas grandi. Et il ne lui reste plus que la croyance en cette sainte, Santa Muerte,

Il faut dire que la situation aux Etats-Unis ne fait rien pour aider les immigrés. C’est même grâce à cela qu’ils ont des salaires bas. Le chapitre 6 est à cet égard remarquable, car il nous interpelle dans notre culture française sociale. D’ailleurs, l’auteur nous prend à témoin, il nous tutoie, nous montre son quotidien qui devient le nôtre. C’est un chapitre remarquable qui participe à notre immersion dans cet environnement.

Avec toutes ces qualités, il serait bien dommage de passer au travers de ce roman, de cette nouvelle voix du polar, qu’il va falloir suivre à l’avenir. Il y a une vraie personnalité, un vrai ton, une vraie originalité en même temps qu’une véracité dans ce qu’il raconte, sans en rajouter. Et dans la description de l’environnement, les personnages secondaires y sont pour beaucoup et ils sont tous très réussis. D’ailleurs, le seul reproche que l’on pourrait lui faire, c’est la longueur du roman. En tournant la dernière page, on regrette aussitôt que ce soit déjà fini. C’est un très bon signe.

Oldies : Bad City Blues de Tim Willocks

Editeur : Editions de l’Olivier (Grand Format) ; Points (Format Poche)

Traducteur : Elisabeth Peellaert

En cette année 2020, nous allons fêter les 50 années d’existence de la collection Points, et les 40 ans de Points Policier. Et quoi de mieux que de revisiter le premier roman de Tim Willocks, un vrai hard-boiled.

L’auteur :

Tim Willocks est un médecin et écrivain britannique né en 1957 à Stalybridge (dans le Grand Manchester), en Angleterre. Il est auteur de romans policiers. Il vit aujourd’hui à Rome.

Tim Willocks est un médecin, formé à la fois en tant que chirurgien et psychiatre.

Il peint son propre portrait à travers les caractères de différents personnages de ses romans. On retrouve ainsi un personnage central avec une connaissance approfondie en médecine, en drogues et en arts martiaux. Willocks est lui-même ceinture noire de karaté. Il est aussi un grand fan de poker.

Son premier roman, Bad City Blues a été adapté au cinéma. Il a également coécrit le documentaire de Steven Spielberg, The Unfinished Journey.

Son roman La Religion se déroule pendant l’année 1565 durant le Grand Siège de Malte, et est le début d’une trilogie romanesque ayant pour héros Mattias Tannhauser. Le deuxième tome s’appelle Les douze enfants de Paris.

Doglands, publié en France en 2012 aux éditions Syros, est son premier roman pour la jeunesse. Il a obtenu en 2012 la Pépite du Roman adolescent européen au Salon du Livre Jeunesse de Montreuil.

(Source Wikipedia complété par moi-même)

Quatrième de couverture :

Callie, ex-prostituée camée à la cocaïne, réussit le casse du siècle en braquant la banque de son mari : un million de dollars à partager avec Luther Grimes, un vétéran du Vietnam reconverti dans le trafic de stupéfiant. Pour doubler son complice, la belle séduit son frère, Cicero Grimes, un psy déjanté. Et le capitaine Jefferson, un flic sadique, espère bien récupérer sa part du butin…

Tim Willocks est psychiatre, scénariste, producteur et écrivain. Souvent comparé à James Ellroy ou Norman Mailer, il est l’auteur de plusieurs polars d’une intensité et d’un réalisme rares.

« Il faut lire ce roman noir déjanté, hystérique, unique. » Lire

Mon avis :

Callilou Carter, Callie pour les intimes, ex-prostituée, ex-droguée est mariée avec le pasteur de l’Eglise évangéliste du Seigneur, Cleveland Carter. Cleveland est aussi le propriétaire d’une banque qui vient de subir un casse. Il vient d’apprendre que Callie a renseigné les voleurs et qu’elle revient de chez son amant Cicero Grimes. Après quelques maltraitances elle parvient à s’enfuir.

Cleveland Carter fait donc appel à Clarence Seymour Jefferson, le capitaine de police. Ce dernier voit très vite que la situation peut tourner à son avantage. Il flingue le pasteur et part à la poursuite du million de dollars, qu’il va pouvoir garder pour lui. Car Jefferson est plutôt du genre à ne pas faire dans la demi-mesure.

Dans le genre plongée dans un monde de déjantés, ce roman se place en bonne position. Entre Callie, Jefferson et les frères Grimes, tous sont plus cinglés les uns que les autres, avec une forte dominance pour la violence, voire le sexe, voire le sexe violent. Ne croyez pas qu’il n’y a pas de scénario, car même s’il est simple, il offre de belles parenthèses entre passé et futur, entre réalité et illusion.

Il n’empêche qu’il ne vaut mieux pas mettre ce roman entre toutes les mains, le style étant explicite et les décors et actions remarquablement bien décrites jusqu’à devenir insoutenables dans certains cas (enfin, moi, j’ai passé des paragraphes …). C’est le genre de roman à réserver aux aficionados de scénario bien fait mais ultra violent. Vous voilà prévenus.

La frontière de Don Winslow

Editeur : Harper & Collins

Traducteur : Jean Esch

Attention, coup de cœur !

Eh bien voilà, il fallait bien que le cycle consacré à Art Keller, policier de la DEA (Drugs Enforcement Agency) arrive à son terme. Ce cycle est une trilogie, qui a commencé par la Griffe du chien, s’est poursuivie avec Cartel pour se terminer avec La frontière. Trois romans pour suivre un personnage hors-norme, mais surtout pour décrire et nous expliquer comment le trafic de drogue s’est développé, à tel point qu’aujourd’hui, il est impossible de lutter contre un tel monstre.

Trois romans, mais aussi trois reportages, trois documents indispensables pour comprendre un large pan de notre vie d’aujourd’hui. Comment tout cela a commencé, quelles décisions ont été prises, quelles ont été leurs conséquences et les désastres humains que nous ramassons aujourd’hui. Ces trois romans, ces trois coups de cœur pour moi, sont des œuvres que nous devrions être obligés de lire, pour mieux comprendre, même s’ils sont avant tout centrés sur les relations mexico-américaines.

C’est en 2007 que sort La griffe du chien, chez Fayard avant de paraître au format poche aux éditions Points. C’est lors de cette dernière sortie que Jean-Bernard Pouy en fait l’éloge. Commence alors pour ce roman, un succès de bouche à oreille (qui continue d’ailleurs) car on n’a jamais lu un tel roman avec un tel souffle, une telle volonté de démontrer tous les aspects du trafic de drogue entre le Mexique et les Etats-Unis. Personnellement, pour l’avoir lu pendant les fêtes de fin d’année 2008, je me rappelle avoir été littéralement happé par l’ampleur et l’ambition (réussie) de ce livre, qui figure dans mon Top10 de tous les temps.

Simple officier de douane à la DEA, Art Keller va voir se développer le trafic de la cocaïne. La mort de son équipier va le forcer à se lancer dans une croisade personnelle contre le clan Barrera, clan qui de son coté va tenter d’éliminer les concurrents en créant La Federacion. En mêlant les événements réels avec des personnages fictifs, Don Winslow montre l’ascension terrible et inéluctable d’un cartel, ainsi que l’implication de la police, de l’armée, des gouvernements et de la religion. Ce roman, qui couvre la période allant de 1975 à 2004, c’est juste un roman incroyable tant il est juste, vrai, lucide, violent et courageux dans ses dénonciations. Don Winslow aura mis 8 ans à l’écrire et semble prendre ce sujet comme sa propre croisade, à l’instar de son personnage principal.

En septembre 2016, débarque aux éditions du Seuil (et début 2018 aux éditions Points), Cartel, la suite de la Griffe du chien, suite que l’on n’attendait pas. Dans une interview, Don Winslow a vu la guerre civile se dérouler devant ses yeux effarés au Mexique. Il ne pouvait pas la passer sous silence et se lance dans sa deuxième croisade, Cartel, qui va balayer la période de 2004 à 2012. Comme le Mexique qui plonge dans une véritable guerre civile, le roman nous montre comment les différents cartels vont se livrer une guerre de territoire sans merci, en tuant, découpant et affichant les membres du clan ennemi.

Art Keller est obligé de reprendre du service quand Adan Barrera s’évade de sa prison mexicaine. Et Art Keller pense que puisque son pays ne veut rien faire, il ira mener sa guerre sur le propre terrain des cartels, au Mexique. D’une violence insoutenable et basée sur des faits véridiques, ce roman se transforme en livre de stratégie de guerre sans jamais être ennuyeux ou pompeux. Au contraire, comme dans le précédent roman, Don Winslow place les hommes et les femmes au centre de l’intrigue et transforme ce qui aurait pu être un roman gore en un plaidoyer d’une force incroyable pour tous ceux qui souffrent, qui subissent les conséquences du trafic de drogue.

Quelques mois après la sortie de Cartel en France, on a appris que Don Winslow écrirait un troisième et dernier tome dédié à la vie d’Art Keller. Et nous, fans de son personnage, étions prêts à attendre, à être patients. Avec une certaine fébrilité, je ne vous le cache pas. Comment faire aussi bien, voire dépasser les deux premiers volumes ? La tâche semblait impossible mais impossible n’est pas Winslow, surtout quand il s’attaque à son sujet de prédilection. Et ce troisième et dernier tome clôt de façon admirable et grandiose une trilogie inédite qui fera date dans le monde du polar voire dans le monde de la littérature tout court.

La frontière commence en 2012, juste après Cartel et la réunion des cartels au Guatemala, qui s’est terminée dans un bain de sang. Il décide de mettre un terme à sa carrière et de retourner à ses racines à commencer par retrouver sa femme mexicaine Marisol. Alors qu’Obama vient de se faire réélire, le sénateur O’Brien lui propose la direction de la DEA, proposition qu’il va accepter, en pensant pouvoir continuer son combat personnel contre le trafic de drogue.

Du Guatemala, personne n’a de nouvelles d’Adan Barrera et on n’a pas retrouvé son corps. Partout au Sinaloa, des affiches affirment « Adan Vive ». L’absence du chef incontesté des cartels donne lieu à des doutes puis à une guerre de succession entre les différents prétendants. Alors que le Mexique semblait acquérir une forme de calme, l’horreur va à nouveau ensanglanter ce pays.

En suivant le trajet d’Art Keller, Don Winslow a voulu aussi montrer tout ce qui a été fait (ou pas) contre le trafic de drogue. Dans La guerre du chien, il montrait comment la lutte contre le communisme était prioritaire sur le trafic de drogue, quitte même à favoriser les cultures pour financer la lutte contre les factions rouges, impliquant la CIA mais aussi les gouvernements mexicain et américain. Et l’ascension d’Art Keller dans l’organigramme de la DEA lui permettait de découvrir les parties impliquées, jusqu’aux religieux qui bénissaient ce travail des champs qui nourrissait les pauvres.

Dans Cartel, Art Keller a cru que pour abattre le trafic de drogue, il fallait abattre les chefs de cartel. Don Winslow nous a donc décrit un pays en proie à un massacre permanent, à la fois d’un point de vue stratégique et à la fois d’un point de vue humain. Car la force des deux romans qui suivent La griffe du chien est de placer les humains au cœur d’un combat qui les dépasse. Cartel, roman de guerre autant que roman désespéré, s’avère un roman des cimes, tant Don Winslow n’a jamais atteint un tel sommet de violence ni de dénonciation des politiques (le terme est au pluriel et c’est volontaire).

Avec La frontière, Art Keller ne peut que s’avouer vaincu. Quand un chef est abattu, il est remplacé par un autre. La drogue ne cesse d’affluer dans le pays (les USA). Et comme les médicaments y sont chers, les cartels vont proposer des médicaments opioïdes moins chers et donc exploser le marché auprès de tout le monde, y compris ceux qui ont peu d’argent. C’est le retour en force de l’héroïne. Art Keller ne voit plus qu’une solution : s’attaquer à l’argent de la drogue et à son blanchiment.

Don Winslow (pardon, Art Keller) va donc nous montrer avec tout son art et son génie, comment cet argent sale va inonder les marchés, prendre des parts dans des sociétés ou des immeubles sans que cela se voit. Il démonte tous les mécanismes et démontre même comment Donald Trump (pardon, John Dennison) est arrivé à se faire élire à la présidence. Il semble que rien ne puisse arrêter Don Winslow dans sa croisade, et ce roman va tout enfoncer, les portes ouvertes (quand il s’agit d’informations connues) que des portes fermées que l’on espère imaginées par l’auteur.

Ce roman, comme les autres, ne laisse pas de coté la bataille de chefs au Mexique, alternant les points de vue puisque la narration est chronologique. Nous allons donc retrouver quelques événements réels dans ce récit, tel ce massacre d’étudiants se rendant à une manifestation et exécutés sur le bord d’une route. Et comme il faut un gagnant, il y en aura un après de nombreux bains de sang. On y est habitués mais c’est toujours aussi choquant.

Dans ce roman, on aura l’occasion de suivre l’itinéraire de quelques personnages tels Jacqui, une héroïnomane ou bien Nico petit guatémaltèque de 10 ans, obligé de fuir sa ville et de délaisser sa mère pour essayer de survivre aux USA. Ce dernier, personnage phare de ce roman pour moi, montre toute l’hypocrisie du système, qui a créé ces malheureux et arrive au bout du compte à en retirer de l’argent. C’est un parcours réaliste et hallucinant, qui donne envie de hurler.

Pour autant, le roman n’est pas sans espoir : Don Winslow nous offre dans un formidable dernier chapitre des pistes qui peuvent résoudre ce problème de société. Loin de la répression à outrance, il ouvre de nouvelles pistes. Je ne suis pas sûr d’ailleurs qu’il aurait écrit un tel chapitre quand il a commencé cette trilogie. Ce dont je suis sûr, ce que j’ai ressenti, c’est que ce dernier chapitre était personnel, et qu’il justifiait ses romans, sa croisade, ce pour quoi il se bat, à son niveau. Don Winslow a voulu nous ouvrir les yeux, il a créé un plaidoyer unique pour l’humanisme.

A l’instar de ses autres romans, les scènes s’enchaînent à un rythme d’enfer, les personnages sont nombreux et le roman est porté par un style efficace et imagé, agrémenté de dialogues géniaux. L’ensemble est si réaliste, si marquant, qu’on ne peut que se laisser emporter par cet ouragan et tant d’inspiration. Evidemment, je ne peux que vous conseiller de les ces trois romans, si ce n’est déjà fait, car il serait dommage de commencer celui-là et de passer à travers les deux autres monuments qui forment cette trilogie.

Car c’est bien de cela que l’on parle : ces trois romans forment un monument du polar, un monument d’intelligence, un monument de dénonciation contre ce phénomène néfaste. Et cela dépasse le simple cadre du polar : c’est un monument d’humanisme, un monument de sociologie, un monument de littérature. Pour moi, ces trois romans, cette trilogie, ce sont sont des coups de cœur que seul un James Ellroy est capable d’égaler.

COUP DE CŒUR ! COUPS DE CŒUR !

La Colombienne de Wojciech Chmielarz

Editeur : Agullo

Traducteur : Eric Veaux

La Colombienne est la troisième enquête du Kub, l’inspecteur Mortka, après Pyromane (bien aimé) et La ferme aux poupées (pas encore lu). Comme toutes les séries mettant en scène un personnage récurrent, je ne peux que vous conseiller de les lire dans l’ordre pour suivre l’évolution du Kub.

Le travail de Polaco, c’est de faire du rabattage, trouver des naïfs jeunes dans une discothèque, qui veulent gagner de l’argent facile. Polaco se pointe dans une discothèque, et rameute quelques jeunes pour leur proposer de tourner une publicité pour Coca-Cola avec son van rouge. Polaco emmène le groupe de jeunes dans un hôtel de luxe, sur la mer des Caraïbes, all inclusive, tous frais payés. Quelques jours après, la mauvaise nouvelle tombe : le tournage de la pub est annulé, mais les frais sont payés. Quelques jours plus tard, les jeunes doivent payer leur séjour auprès d’un groupe armé ou faire un travail pour eux : ramener en Pologne de la cocaïne. Cette fois-là, Agnieszka se rebelle. Elle sera battue puis arrêtée par la police.

Deux clochards, frère et sœur, finissent de cuver leur vin quand ils aperçoivent une voiture qui s’arrêtent un peu plus loin. Le conducteur porte un colis sur le pont enjambant la Vistule. Apercevant le clochard, le conducteur leur ordonne d’appeler la police pour venir constater son œuvre. L’inspecteur Mortka arrive sur les lieux pour découvrir un corps suspendu et éviscéré. Embringué dans ses affaires familiales et sa séparation d’avec sa femme, il doit aussi faire face à une épée de Damoclès suspendue au dessus de sa tête : Il doit impérativement vérifier s’il est atteint du virus du SIDA. Malheureusement pour lui, il va devoir mener cette enquête seul : son adjoint est assigné à une affaire étrange : le corps d’une femme a été retrouvé les poignets tailladés dans sa baignoire alors que l’appartement est fermé à clé : un suicide évidemment. Quoique …

Comme vous pouvez le lire sur mon résumé, les intrigues foisonnent dans cet excellent roman policier, troisième de la série. Par rapport au premier roman, Pyromane, le style s’est affermi et le mélange entre vie privée de Jakub Mortka et vie professionnelle se fait plus consistant. Il en ressort que l’on partage ce que le Kub traverse et que l’on compatit (plus qu’on ne s’identifie) à ce qui lui arrive.

On y voit un personnage de père fort, attaché à ses deux garçons, et toujours aussi meurtri de sa séparation avec sa femme. Professionnellement parlant, il se retrouve affublé d’une nouvelle collègue, l’aspirante Suchocka, dite La Sèche, eu égard à son physique, et doit reprendre du service avec un bras dans la plâtre. Avec la menace du SIDA, cela créé autour du Kub une tension émotionnelle intense que l’on ressent très bien à la lecture, que l’on vit même.

Outre le trafic de cocaïne, qui grandit en Pologne, Wojciech Chmielarz aborde nombreux autres thèmes, dont les loisirs faciles, l’acceptation des homosexuels, les malversations financières et la facilité de détourner de l’argent ou de le blanchir, et enfin, la maltraitance des femmes. Tous ces thèmes se mêlent, s’entremêlent, se fondent dans les différentes intrigues pour donner un roman plus qu’intéressant, passionnant par ce qu’il montre, et c’est d’autant mieux fait que tout se fond de manière parfaite avec les différents personnages.

Par rapport à Pyromane, j’ai trouvé le style plus fluide (merci pour cette formidable traduction), et la multiplicité des intrigues font qu’il ressort de ce roman une puissance fictionnelle et émotionnelle intense. A la limite, c’est un roman où on est plus concerné par le devenir de son personnage principal que par le dénouement des intrigues, ce qui est paradoxal. En tous cas, cela m’inspire un regret : celui de ne pas avoir lu (encore) La ferme aux poupées. Ne ratez pas cette série polonaise !

Ne ratez pas l’avis de Velda