Archives du mot-clé Drogue

Défoncé de Mark Haskell Smith

Editeur : Rivages

Traducteur : Julien Guérif

Sur les recommandations de mon ami Richard, voilà une lecture fort plaisante avec une foultitude personnages déjantés … euh … défoncés.

Quatrième de couverture :

Miro Basinas, passionné de botanique, cultive ses plants avec amour. Il ne s’agit ni de fleurs ni de fruits et légumes, mais de marijuana. Comme c’est un artisan doué et consciencieux, il remporta la prestigieuse Cannabis Cup d’Amsterdam, une véritable consécration qui doit lui ouvrir les portes de la gloire. Dès lors, tout ce que l’univers compte de plus défoncé se met en quête de son « produit ». Gangsters, mormons, belle Portugaise enceinte, hommes d’affaires douteux : toux n’ont plus d’yeux que pour Miro. Et bien sûr, les ennuis commencent…

« Sans doute le chef-d’oeuvre de Mark Haskell Smith. » (Jerry Stahl)

Mark Haskell Smith adore les histoires échevelées dans lesquelles des personnages dépassés par les événements luttent pour leurs survie dans les conditions les plus improbables. Drôles, distrayants, satiriques, ses romans sont aussi des hymnes aux plaisirs de ce monde et des dénonciations de la bigoterie ou du consumérisme.

Mon avis :

Ça commence par un homme qui se prend une balle dans le torse. Par chance, la balle ne touche aucun organe vital.

Avant la balle, Miro gagne le concours de la meilleure herbe de cannabis. Il fait la connaissance de Guss et Marianna.

Après la balle, on a volé à Miro ses plants de cannabis. Ce n’est pas grave, en tant que botaniste, il est capable d’en créer une meilleure. Mais qui a bien voulu le tuer ?

A travers une intrigue simple, amusante et décalée, Mark Haskell créé un roman gentiment loufoque avec plein de personnages tous plus frappés les uns que les autres. Et je peux vous dire que certains valent vraiment le coup doeil, entre les bandits qui sont de véritables caricatures ou ce Mormons qui s’attache à son lit tous les soirs pour éviter la tentation de la masturbation.

Et malgré cette histoire déjantée qui comporte des scènes hilarantes, je suis resté en dehors de ce roman. Je l’ai lu, je l’ai fini mais sans grande passion. Je pense que le style très propret m’a rendu l’ensemble très lisse ce qui fait que ce qui est raconté ne se ressent pas dans le style. Peut-être est-ce du simplement au fait que ce n’était pas le bon moment pour lire ce roman ? Bref, un bon polar marrant mais qui ne casse pas des briques, en ce qui me concerne.

Le Diable n’est pas mort à Dachau de Maurice Gouiran

Editeur : Jigal

Fidèle je suis, fidèle je reste. En conséquence de quoi, je lis chaque nouvelle publication de Maurice Gouiran, car avec ses intrigues toujours bien construites, on y apprend toujours des faits historiques scandaleux et dont on ne parle pas assez. Ceux relatés ici sont tout simplement révoltants !

Jeudi 26 octobre 1967. Henri Marjencoules revient dans son village natal, Agnost-d’en-haut, pour l’enterrement de sa mère. Il avait bien pensé prendre une chambre d’hôtel, pour éviter d’avoir à faire face à son père, qui est genre mutique et qui ne s’épanche pas en démonstrations sentimentales. Malheureusement, tous les hôtels du coin ont été pris d’assaut. Henri travaille aux Etats-Unis en tant que mathématicien pour une entreprise privée et arrive bien fatigué. Il est par moments pris d’hallucinations mais c’est surement un effet secondaire du à ses abus de LSD.

Mardi 26 janvier 1943. Sigmund Rascher est à la tête de recherches au camp de Dachau. Il est vrai que le nazisme lui offre la possibilité de tester de nouvelles méthodes sur des cobayes vivants. Sigmund se moque bien de Nowitski et Plötner qui font des recherches de leur coté sur des substances hallucinogènes pour trouver un sérum de vérité, qui serait bien utile dans les interrogatoires. Lui cherche à améliorer les conditions des soldats dans des conditions froides intenses. Il arrive à la conclusion qu’il faut avant tout protéger la tête dans les prochaines combinaisons de vol des pilotes.

A Agnost-d’en-haut, Henri renoue avec ses copains, qu’il avait perdu de vue. Pascal et Norbert ont le même age que lui, mais en paraissent le double. Ils ont repris la ferme familaiale comme une sorte de malédiction. A l’auberge, Henri apprend que la famille Stokton a été assassinée : le père, la mère et l’enfant de 8 ans. Le père avait acheté la ferme des Granges brulées une dizaine d’années auparavant. La rencontre avec Antoine Camaro, journaliste qui suit l’enquête, va l’impliquer dans ces meurtres d’une famille américaine.

Révoltant ! Les faits relatés sont révoltants !

Après une mise en jambe plutôt lente, Maurice Gouiran va patiemment construire son intrigue, pour mieux frapper (et non juste appuyer) là où ça fait mal. Mais auparavant, il aura pris soin de bien construire son personnage principal, et placé ses personnages secondaires. Quand il le faut, il insère des chapitres remontant tout d’abord à la 2ème guerre mondiale puis plus tard juste après guerre.

A travers ces chapitres, qui couvrent une bonne moitié du livre, Maurice Gouiran va nous montrer la différence entre le nouveau monde et l’ancien. Aux Etats-Unis, on est en pleine période peace and love, drugs, sex and rock and roll. Alors qu’en Europe, l’avenir des jeunes est de rejoindre une grande ville pour espérer trouver du travail, la vie américaine s’est libérée et décomplexée, non sans inconvénients. Et c’est là que cela devient intéressant.

Car en 210 pages, Maitre Gouiran ne va pas insister sur l’horreur des camps, comme le titre peut le laisser penser. Il va nous montrer comment les Américains ont récupéré des scientifiques nazis pour profiter de leurs avancées technologiques. Il va nous montrer comment ces recherches financées par l’état mais officiellement commandées par des boites privées ont pour but la lutte contre les Rouges et l’obsession d’augmenter son armement. Et enfin, et surtout, il va nous montrer comment les Etats-Unis ont fait eux aussi des essais en grandeur réelle, sur leur sol et ailleurs, testant soit de nouvelles drogues synthétiques soit carrément des armes bactériologiques.

Et Maurice Gouiran nous assène ça en quelques chapitres à partir du chapitre 20. Et là, c’est l’horreur … c’est révoltant. On pourrait accuser les scientifiques de s’aveugler quant à leurs trouvailles, de ne pas chercher à savoir, de privilégier leur gloire. Mais tout est suffisamment cloisonné pour que très peu de personnes soient au courant. On pourrait dire que Maurice Gouiran affabule. C’est pour défendre son roman (et non sa thèse, qu’il met à la fin deux pages entières de références sur des rapports, des articles et des études. Après tout ça, je suis KO. Ce nouveau roman de Maurice Gouiran est indispensable parce qu’il est révoltant. Et une nouvelle fois, je dis : Merci M.Gouiran.

Brève histoire de sept meurtres de Marlon James

Editeur : Albin Michel

Traducteur : Valérie Malfoy

On a beaucoup parlé de ce roman, avec des termes superlatifs, surtout dans la presse écrite spécialisée. Le fait qu’on la compare à James Ellroy était forcément un argument pour que je le lise. Le fait que ce roman soit sélectionner pour le prix du Balai d’or, organisé par le Concierge Masqué en était un autre.

Quatrième de couverture :

Kingston, 3 décembre 1976. Deux jours avant un concert en faveur de la paix organisé par le parti au pouvoir, dans un climat d’extrême tension politique, sept hommes armés font irruption au domicile de Bob Marley. Le chanteur est touché à la poitrine et au bras. Pourtant, à la date prévue, il réunit 80 000 personnes lors d’un concert historique

Construit comme une vaste fresque épique abritant plusieurs voix et des dizaines de personnages, ce livre monumental, couronné par le Man Booker Prize 2015, nous entraîne en Jamaïque et aux États-Unis, des années 1970 à nos jours. Convoquant hommes politiques, journalistes, agents de la CIA, barons de la drogue et membres de gangs, il s’interroge avec force sur les éternelles questions du pouvoir, de l’argent, de la politique et de la violence du monde.

S’affirmant ici comme le fils spirituel de Toni Morrison et James Ellroy, Marlon James signe un livre hors normes, tour à tour sombre, drôle, cru, et toujours passionnant, signe d’une rare ambition littéraire et d’un talent prodigieux.

« Un roman à la fois terrifiant, lyrique et magnifique, écrit par l’un des jeunes auteurs les plus talentueux d’aujourd’hui. »

Russell Banks

Mon avis :

Avant d’ouvrir ce roman, j’ai forcément eu un peu d’appréhension, au vu de la masse du livre, qui avoisine le kilogramme. C’est le genre de pavé que je me réserve pour mes vacances d’été, quand je veux faire du sport ! Ensuite, la comparaison avec mon Maitre James Ellroy a suscité beaucoup d’espoir, à un tel point qu’avant de lire la première page, j’envisageais de mettre un coup de cœur.

Ce roman est assez particulier, et je ne pense pas avoir jamais lu un roman structuré (ou déstructuré) de cette façon. Et on n’a pas le temps de souffler que l’on entre dans le vif du sujet. Divisé en cinq parties, celles-ci vont être découpées en chapitres narrés chacun par un personnage. Ce qui fait que nous avons plus d’une dizaine de personnages qui vont se suivre pour nous raconter à la fois leur vie, leur vision de l’histoire et leur role dans cette histoire. Et cette histoire est celle de la Jamaïque.

Dans la première partie, des membres de gangs, des agents de la CIA, des parrains de la mafia locale, le manager du Chanteur (comprenez Bob Marley), vont nous décrire un pays en prise à une violence de tous instants. Le pays est aux mains des communistes, alors les Etats-Unis veulent faire un coup d’état et arment les gangs d’armes automatiques. Ils organisent en sous-main un attentat contre la principale vedette du concert à venir le lendemain. Et ces gamins ivres de violence et de mort, qui se droguent et veulent devenir grands, se retrouvent avec des mitrailleuses et sont prêts à tuer n’importe qui.

Ces chapitres ont une grande qualité : le style de la narration varie en fonction de la personne qui parle. D’un style littéraire quand il s’agit d’un Américain, d’une expression simple quand il s’agit d’une groupie, il devient musical, rythmé et sans ponctuation quand c’est un jeune des gangs qui parle. Et ces chapitres ont un défaut : l’auteur ne fait aucun effort pour accrocher le lecteur. On sait qui parle car le chapitre porte le nom de la personne qui raconte, mais on ne sait pas où commence son histoire ni où elle se termine. C’est au lecteur de faire les efforts pour suivre l’histoire. Et ce sera de même pour la suite du roman, quand il nous racontera la guerre de crack à New York ou la Jamaïque d’aujourd’hui.

C’est donc une lecture en demi teinte pour moi, avec des chapitres extraordinaires, d’une puissance infinie, et la scène de l’attentat contre le Chanteur, écrite comme un slam de rap en est une. Et puis, il y a des chapitres moins intéressants, qui ne font pas avancer l’histoire et qui m’ont ennuyé. Mais même si elle est en demi-teinte, cette lecture restera pour moi une sacrée expérience.

Ainsi vint la nuit d’Estelle Surbranche

Editeur : La Tengo

Un premier roman permet de montrer le talent d’un auteur, ses passions, ses centres d’intérêt … mais aussi ses ambitions. Estelle Surbranche n’en manque pas, loin de là. Et je dis : Vivement le prochain !

Quatrième de couverture :

Romain Le Roux et Matthieu Manjeois mènent une vie d’étudiants normale et passent des vacances ordinaires à Biarritz… Jusqu’à ce jour de septembre où ils trouvent 7 kilos de cocaïne en surfant et gardent la marchandise. La première erreur d’une série de décisions hasardeuses qui s’avéreront fatales.

Et vous, que feriez-vous si 7 kilos de cocaïne atterrissaient entre vos mains? Matthieu et Romain, deux surfeurs étudiants, ne mettent pas longtemps à répondre à la question : monter un bizness qui rapporte une montagne de fric. Tout semble si facile… Sauf que la marchandise appartient à un gang serbe, particulièrement à cheval sur la notion de propriété et peu sourcilleux sur les méthodes de leur tueuse favorite, Nathalie. Plus dangereuse encore, Paris la nuit, ses fêtes, les paillettes des clubs et ses amours illusoires, qui corrompent l’amitié, les corps et la raison. Une seule personne peut encore arrêter le massacre : la capitaine Gabrielle Levasseur… si elle arrive à s’affranchir des fantômes qui la hantent.

Inspiré librement de faits réels qui se sont déroulés dans le sud-ouest de la France au début des années 2000, Ainsi vint la nuit raconte l’histoire de quatre vies entremêlées, des existences qui ne se rencontrent (presque) pas, mais ont chacune une influence mortelle sur les trois autres. Tout cela par la faute d’un grand big-bang provoqué par la déesse Cocaïne ! La mystérieuse Nathalie, formée à tuer pendant la guerre des Balkans – omniprésente en toile de fond – chasse férocement les deux apprentis dealers, et trouve l’impensable sur son chemin sanglant, une forme de résilience. Les péchés passés et le besoin maladif d’être aimée menacent d’engloutir la raison de Gabrielle Levasseur et lui interdisent la rédemption. Romain et Matthieu courent après le plaisir, de soirées techno en nuits de défonce, se moquant d’y laisser une part d’humanité. La noirceur gagne inexorablement les destins de chacun des personnages, recouvre leurs peurs et les pousse à se découvrir… Et le monstre le plus abject qui en surgira ne se révèlera pas forcément celui qu’on croit.

L’écriture énergique et syncopée d’Estelle Surbranche donne le rythme de ce polar en forme de tragédie moderne, s’accélérant au fur et à mesure des pages jusqu’à la délivrance finale, explosive, à l’image d’un morceau de musique techno. Apre et moite, l’ambiance de ce premier roman est aussi jouissive et dangereuse qu’une soirée en club sous MDMA.

Ainsi vint la Nuit est le premier acte d’une trilogie aux personnages récurrents.

Mon avis :

Il semblerait que les éditions La Tengo soient douées pour dénicher des auteurs de talent. Car ce roman foisonnant est une vraie réussite. Car ce roman en forme de course-poursuite enquête nous offre beaucoup de péripéties et surtout une galerie de personnages que l’on va suivre par chapitres interposés, tous aussi intéressants les uns que les autres :

Nathalie, tueuse à gages est chargée de retrouver la cargaison de drogue et c’est une tueuse sans sentiment, sans remords qui tue ses victimes en leur crevant les yeux. Romain et Mathieu sont des étudiants en vacances à Biarritz qui, en surfant, vont tomber sur deux paquets qui vont changer leur vie. Gabrielle est flic, mutée de Marseille après une affaire qui a mal tourné et qui l’a marquée à vie ; cette affaire pourrait bien être celle de la rédemption.

C’est très bien écrit, très fluide, et surtout, nous avons affaire à des personnages passionnants. De Biarritz à Paris, les rebondissements s’enchainent avec logique, les trois parties vont progresser vers un final étonnant, laissant derrière eux des cadavres sanglants. Surtout, on va avoir droit à une descente en enfer des deux jeunes, dont l’un tombe dans la paranoïa de la cocaïne, et je dois dire que ces passages sont fort bien faits.

Je vous engage donc à découvrir ce premier roman, sachant que la fin nous laisse augurer une suite haletante, en nous surprenant et en étant très loin du happy end que l’on aurait pu craindre. Ce qui est sur, en tous cas, c’est que je serai au rendez-vous du prochain roman d’Estelle Surbranche !

Cartel de Don Winslow

Editeur : Seuil

Traduction : Jean Esch

Attention, coup de cœur, gros coup de cœur, énorme coup de cœur !

J’ai bien peur que ce billet s’adresse à ceux qui ont lu La griffe du chien. Pour les autres, dépêchez vous de rattraper votre retard, car Cartel en est la suite, et c’est un MONUMENT ! La griffe du chien fait partie de mon Top 10 de tous les livres que j’ai pu lire, et c’est forcément avec un peu d’appréhension, de crainte, que j’ai commencé cette lecture. Je dois dire qu’il y avait aussi un peu de peur, celle de trouver ce roman bien, mais sans plus, de ternir ce fantastique livre qu’est La griffe du chien.

Il n’en est rien. Cartel se révèle au niveau de son prédécesseur, sans se répéter ou paraphraser l’épopée précédente. Alors que La griffe du chien racontait l’ascension inéluctable du trafic de drogue, approuvé par les Etats Unis, à travers un duel devenu personnel entre Art Keller et la famille Barrera, entre 1975 et 2000, Cartel raconte la guerre civile (ou presque parce que non reconnue comme telle) qui a ravagé le Mexique. Il balaie donc la période qui va de 2004 à 2012.

Le livre s’ouvre sur une liste plus de 200 personnes, 200 journalistes qui sont morts pour avoir enquêté ou parlé des événements qui se sont passés au Mexique pendant son écriture. Comme entrée en matière, ça plombe l’ambiance et après avoir lu Cartel, on comprend que Don Winslow a voulu rendre hommage à tous ces gens qui luttent pour informer, qui veulent faire éclater la vérité, en relatant les faits.

2004, au Nouveau Mexique. Art Keller a quitté la DEA et s’est reconverti en apiculteur dans un monastère. Pour tenter d’oublier son passé, sa vie, mais aussi pour fuir.

2004, San Diego. Adan Barrera, l’ancien roi de la drogue, passe 23 heures par jour dans sa cellule. Son avocat vient lui annoncer la mort de sa fille Gloria, atteinte de Lymphangiome kystique qui engendre une malformation de la tête. Adan veut assister aux obsèques à tout prix. Il demande à son avocat de négocier sa présence contre des informations sur les cartels mexicains. Au retour de l’enterrement, Adan Barrera promet la tête d’Hugo Garza, le leader du cartel du Golfe, à la condition d’être extradé dans une prison au Mexique.

Dans la prison de Puente Grande, Adan organise sa cellule avec un coin bureau et a même droit à une cuisine individuelle avec cuisinier. Il reprend le métier, organisant les transports et recevant toutes les informations sur ses ordinateurs personnels. Il met la tête d’Art Keller à prix, pour deux millions de dollars, car il veut avant tout éliminer son pire ennemi. Dans la nuit de réveillon, il organise une rébellion et en profite pour s’échapper.

Art Keller a été prévenu par deux agents de la DEA. Sa tête est mise à prix. Alors, il reprend la fuite, changeant tous les jours d’hôtel, abattant de jeunes drogués qui lui courent après. Mais la fuite n’a qu’un temps. Il se résigne à retourner voir Taylor, son ancien chef à la DEA, et lui propose ses services pour arrêter Adan Barrera. Car c’est avant tout une question d’honneur et de survie.

Après quelques dizaines de pages pour introduire l’histoire, Don Winslow entre dans le vif du sujet, ou plutôt il nous plonge brutalement dans le Mexique des années 2000, un pays livré aux cartels de la drogue, qui se font la guerre entre eux, engendrant un massacre (et je pèse mes mots !) qui s’apparente plus à un génocide qu’à une guerre civile. Chaque région étant détenue par un cartel, les combats deviennent une guerre de territoire, chaque camp se construisant une véritable armée de milliers de tueurs sanguinaires, chaque camp étant soutenu soit par la police municipale, soit la police fédérale, soit par l’armée. Bref, chaque événement est l’occasion d’engendrer une vague de crimes dont les innocents sont plus nombreux au sol que les coupables eux-mêmes.

Cartel, c’est un livre de fou, qui réussit à nous faire vivre de l’intérieur cette situation inédite d’un pays qui a perdu le pouvoir face au crime organisé comme des armées de mercenaires, des soldats sans aucune humanité.

Cartel, c’est un livre qui vous montre que derrière les horreurs, derrière les compromissions, derrière les corruptions, derrière les hypocrisies des grands pays industrialisés, il y a des hommes et des femmes qui se battent pour vivre, car ils veulent vivre honnêtement.

Cartel, c’est un livre qui démonte tous les mécanismes, toutes les décisions prises si haut au sommet de tous les états (de la Maison Blanche à l’Europe) qui soit disant font tout pour lutter contre la drogue, mais qui en sous-main facilitent le trafic par l’ouverture des frontières pour laisser passer des camions ou des bateaux remplis de cocaïne.

Cartel, c’est un gigantesque roman de guerre politique et économique, comme un énorme jeu de plateau où chacun avance ses pions, fait des alliances avec ses ennemis d’hier pour mieux récupérer une région ou mieux trahir un ami d’hier, tout cela au nom du pouvoir et non de l’argent, puisqu’ils sont immensément riches et ont placé leur argent dans les entreprises industrielles mondiales.

Cartel, c’est un livre qui prend votre tête pour la plonger dans le sable du désert, où sont enterrés des milliers de personnes ; pour vous emmener dans un trajet de bus quand une bande armée débarque et tire dans le tas, qui vous montre que l’on peut élever des enfants de 11 ans et en faire des machines à tuer.

Cartel, au-delà du souffle épique et de son incroyable densité, c’est aussi des personnages, tous plus sublimes les uns que les autres ; qu’ils soient du bon coté ou du mauvais, ils sont tous à vos cotés, ils vous montreront leur vie, leur logique. Au premier rang d’eux, il y aura des femmes, formidables de courage (Marisol en particulier) qui vont reconstruire un village ; il y aura des journalistes grandis par leur courage et à l’espérance de vie si courte ; il y aura des policiers corrompus, des paysans, des barmen, des caïds, des mercenaires, des enfants, et tant de morts.

Cartel, c’est avant tout un grand, un énorme roman, qui se base sur une documentation impressionnante, qui arrange les faits pour faire avancer son intrigue et qui débouche sur une scène finale de feu d’artifice. D’ailleurs, je remercie Damien Ruzé pour m’avoir signalé ce site qui lui relate la situation du Mexique : http://www.borderlandbeat.com/. Parce que, ne croyez pas que c’est fini. La guerre de la drogue est d’ors et déjà perdue. Et les responsables de la situation mexicaine sont aussi à chercher de l’autre coté de la frontière.

Cartel, c’est tout simplement ma meilleure lecture de 2016.

Coup de cœur !

Ne ratez pas les avis des amis Jean-Marc et Yan.

 

Condor de Caryl Ferey

Editeur : Gallimard

Comme beaucoup de lecteurs de polars, j’aime Caryl Ferey. J’aime Caryl Ferey pour ses intrigues. J’aime Caryl Ferey pour ses personnages. J’aime Caryl Ferey pour son humanisme. J’aime Caryl Ferey pour son honnêteté. J’aime Caryl Ferey pour ce qu’il nous montre du monde et de l’état dans lequel il est. Avec Condor, nous faisons étape au Chili.

Santiago du Chili. La manifestation étudiante fait rage Plaza Italia. Gabriela parcourt les rangs, armée de sa camera pour faire un reprortage qu’elle postera sur le Net. Elle y retrouve son amie Camila Araya, la présidente de la Fédération des Etudiants de l’université du Chili. La manifestation défend l’éducation pour tous, depuis que le Chili s’est libéré de la dictature de Pinochet pour plonger dans l’ultralibéralisme et des universités payantes qui coutent le salaire d’un ouvrier.

A 67 ans, Stefano a toujours la passion du cinéma et celle de partager la culture. Il héberge Gabriela depuis quatre ans, et lui propose de venir voir The Getaway de Sam Peckinpah à la Victoria, où ils rejoindront le Père Patricio. En pleine projection, la sœur Maria Inès leur demande venir voir le drame qui se déroule sur un terrain vague tout proche :

Quelques policiers tentent de maitriser la centaine de badauds qui observent le corps d’un jeune adolescent mort. Enrique, le fils de 14 ans du rédacteur en chef de Senal3 est étendu là, mort. Gabriela filme tout, car elle a remarqué des traces de poudre blanche. C’est le quatrième corps d’adolescent que l’on retrouve comme cela. Gabriela sait que la police ne fera rien pour élucider les morts de jeunes pauvres. On lui conseille alors de contacter un jeune avocat spécialiste des causes perdues Esteban.

Après la Nouvelle-Zélande («Haka», 1998, «Utu», 2004), l’Afrique du Sud («Zulu», 2008), et l’Argentine («Mapuche», 2012), Caryl Ferey pose ses valises au Chili. C’est l’occasion pour lui de montrer en 400 pages un pan de l’histoire de ce pays marqué par une dictature adoubée par les plus grands pays économiques, sous prétexte de lutter contre le communisme. Le pendant de cela, c’est que ce pays est tombé dans un ultralibéralisme, qui creuse les écarts entre les pauvres et les riches, et qui foule aux pieds le moindre humanisme. Il était donc logique que Caryl Ferey y installe son intrigue.

Si on peut regretter qu’au fil des pages, le personnage de Stefano disparaisse quelque peu, ce roman est bel et bien porté par ses deux personnages principaux Gabriela et Esteban. Ce sont deux personnages aussi opposés qu’on puisse l’imaginer, Gabriela étant une révoltée sans le sou et Esteban un avocat issu d’une famille immensément riche mais se battant pour les pauvres. Comme d’habitude, Caryl Ferey démontre tout son humanisme à travers ces personnages, et surtout faisant de son roman un reportage sur un pays où le seul leitmotiv est de faire toujours plus d’argent.

Pour autant, l’intrigue n’est pas en reste puisqu’elle se déroule gentiment, jusqu’à dévoiler le sujet véritable du roman dans les dernières pages, sujet que l’on est bien incapable de trouver auparavant. Avant, nous aurons eu droit à un très bon polar, avec des scènes de suspense haletantes, des dialogues formidables et surtout un contexte des plus noirs, choquant, révoltant, scandaleux.

Je dois dire que ce roman m’a passionné mais que j’ai regretté que les personnages soient aussi stéréotypés (les gentils sont très gentils, les méchants sont très méchants) et qu’un peu plus de subtilité m’aurait poussé à mettre un coup de cœur. Et puis, il m’a manqué un peu de folie, un peu de passion, que je n’ai pas ressenti à la lecture, et qui est une des raisons pour lesquelles j’adore cet auteur. Ceci dit, ce roman n’est en aucun cas décevant pour moi, car c’est encore une fois un formidable voyage dans une contrée mal connue, pourrie par le règne de l’argent eu détriment des hommes et des femmes, présenté par des formidables personnages inoubliables.

Dodgers de Bill Beverly

Editeur : Seuil

Traduction : Samuel Todd

Voici un premier roman, ce qui a l’art d’attirer mon oeil et de titiller ma curiosité. En plus, on y voit un bel hommage de Donald Ray Pollock. Je me devais donc de voir de quoi il en retourne …

De nos jours, à Los Angeles. Les maisons dans lesquelles les drogués viennent se ravitailler, voire consommer la drogue qu’ils viennent d’acheter s’appellent des Taules. Celles-ci sont gardées par des sortes de gardiens, de guetteurs, qui sont bien souvent des mineurs du quartier que le Big Boss paie pour leurs heures de surveillance. Dans notre histoire, le Boss s’appelle Fin et le personnage principal est un guetteur du nom d’East.

East doit surveiller la Taule, et pour cela, il est à la tête d’une petite bande, qui doivent être aux aguets contre tout ce qui pourrait être anormal. A force d’arpenter le trottoir d’en face, il a déjà remarqué la petite fille qui joue dans le jardin : c’est attendrissant. Un jour, un incendie se déclare un peu plus loin, dans un autre pâté de maisons. Cela suffit à attirer son attention, et à négliger un flot de voitures qui débarquent : Il a affaire à une descente de police.

Il se cache derrière une voiture, alors que les tirs fusent. La petite voisine continue à jouer et East voudrait bien la sauver. Quand elle est touchée par une balle perdue, il ne lui reste plus qu’à fuir. Fin, forcément, demande des comptes. Il lui accorde un sursis s’il lui rend un service : aller tuer un témoin gênant, qui n’est autre qu’un juge, qui passe la semaine dans sa maison de campagne dans le Wisconsin. Pour cela, on lui adjoint trois acolytes : Michael Wilson agé de 20 ans, Walter agé de 17 ans et Ty le frère d’East agé de 13 ans. Le périple peut commencer.

Le roman peut se découper en trois parties : Dans la première, on y voit le voyage de 3000 km qui va durer presque 200 pages. Les jeunes gens vont se connaitre, visiter des lieux, rencontrer des gens, des normaux, des frappés, et chacun va, en fait, faire son nid, se positionner par rapport au groupe. Cette partie, qui ne bouge pas trop, puisque la majeure partie se déroule dans la voiture, est plutôt bien faite, bien écrite, et surtout psychologiquement subtil … même si c’est un long.

Puis, tout cela va s’enchainer sur la deuxième partie, qui va concerner la mission proprement dite puis sur la troisième partie qui va être les conséquences de cette mission et les réactions d’East par rapport à cela. Si la mission est redoutablement efficace, et constitue le meilleur morceau de livre à mon avis, la troisième partie voit la rencontre entre East et des gens normaux … et je dois dire que j’ai moins accroché.

Car en fait, cette sorte de rédemption, après les nombreux événements qui sont survenus avant ressemble à quelque chose de déjà vu, de déjà lu et surtout en décalage avec la mission proprement dite. Alors, je me dis que cette partie, qui devait être l’apogée de ce roman, tombe un peu à plat par rapport à ce qu’on aurait pu attendre. Certes, il y a bien un coté manipulation derrière tout cela, mais cela ne m’a pas enlevé ce gout d’inachevé, de presque trop facile vis à vis de la fin.

Quoiqu’il en soit, pour un premier roman c’est très prometteur et Bill Beverly a réellement un superbe plume et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle je lirai son prochain roman. Par contre, en ce qui concerne la phrase d’accroche signée de Donald Ray Pollock, je trouve que c’est un peu exagéré : « Avec son rythme soutenu et son intrigue impeccablement maîtrisée, un des plus grands polars littéraires que vous lirez jamais. ».

Nota : Le titre fait référence aux Tshirts que les 4 jeunes portent tout au long de leur voyage. Ils doivent être habillés comme des fans de l’équipe de Baseball de Los Angeles pour ne pas attirer l’attention.

Ne ratez pas les avis opposés de Claude et Nyctalopes