Archives du mot-clé Drogue

24 heures hero de Saphir Essiaf & Philippe Dylewski

Editeur : Nouveau Monde

Tenir un blog permet de découvrir des romans que je n’aurais pas ouverts. En lisant la quatrième de couverture, le sujet ne me tentait pas et le bandeau se réclamant de Brett Easton Ellis m’apparait comme une comparaison inappropriée. Je m’explique : Brett Easton Ellis a certes mis en place des personnages drogués mais c’était pour mieux mettre en évidence les maux de la société américaine. Ici, nous allons suivre un couple de drogués dans ce qui se rapproche d’un livre document.

Le roman se déroule à Charleroi mais il pourrait prendre place n’importe où. Nadia et Arnaud sont un couple, liés à la vie à la mort par l’Héroïne. Arnaud reconnait qu’elle lui a sauvé la vie un nombre incalculable de fois, Nadia le trouve beau et il est la seule personne à savoir la piquer sans qu’elle n’ait ni peur, ni mal. On les voit donc arpenter les rues de cette petite ville à la recherche de leur survie.

Ce roman nous propose de suivre une de leur journée, qui commence à 6H47 et va se terminer à 23H15. Elle commence tôt, quand Arnaud est pris de convulsions, de vomissements et de diarrhées. Le manque se fait sentir et il doit rapidement prendre quelque chose pour stopper la souffrance. Puis, quand Nadia s’éveille, il s’occupe d’elle en lui faisant sa première piqure. La journée commence …

Le reste de la journée va consister à récupérer de l’argent pour se payer suffisamment de doses pour passer la journée, voire en avoir un peu d’avance pour le lendemain. De la manche au vol à la tire, tout nous est montré dans le détail tout en nous détaillant la psychologie des personnages. Cette journée qui aurait pu être la même que les précédentes va pourtant être primordiale pour ce couple pas comme les autres.

La construction de ce roman constitue une des forces de ce roman. De façon alternative, chacun va prendre la parole et cela permet aux auteurs de montrer les pensées de Nadia et Arnaud mais aussi leurs motivations, leurs réactions ainsi que leur passé. Alors qu’Arnaud a fait de hautes études et un travail bien payé, Nadia vient d’une famille modeste et a connu des traumatismes lors de son adolescence.

Les deux personnages se retrouvent donc liés par le lien de la drogue, s’engueulant souvent, se tapant dessus parfois, mais se raccrochant toujours l’un à l’autre. On ne va pas parler de fierté ou de futur, Arnaud et Nadia ont dépassé le stade d’envisager de vivre. Leur seul objectif est de trouver une dose pour aujourd’hui et une pour le réveil du matin. D’ailleurs, se droguer ne leur procure que rarement un bien-être ; cela devient plutôt un besoin vital, comme une nourriture ou une boisson.

Je ne me suis pas attaché à ces personnages, mais je dois reconnaitre que cette plongée dans un monde que je connais mal est remarquable dans sa forme et dans son fond. Cette lecture me confirme qu’on n’a pas le droit de juger ces jeunes gens mais qu’on a un devoir de les aider. D’ailleurs, le roman nous montre une scène dans un local d’une association qui donne un semblant de solution.

Avec cette immersion, ce roman marquant nous emmène dans un monde qu’on ne veut pas voir, mais qu’il faut bien combattre, surtout quand on apprend qu’on peut acheter une dose d’héroïne pour moins de dix euros. Je dois tout de même signaler que cette lecture est à réserver à des personnes averties pour la violence de certaines scènes et pour les descriptions explicites. Un roman document à lire !

Le cavalier du septième jour de Serge Brussolo

Editeur : H&O éditions

Je n’avais jamais lu de roman de cet auteur pourtant prolifique, qui œuvre dans des domaines aussi variés que les romans pour la jeunesse, les romans fantastiques, de science-fiction ou romans policiers. C’est plutôt dans le genre fantastique qu’il faut classer ce Cavalier du septième jour.

La vieille Maggie, ancienne artiste sculpteuse de totems, que tout le monde croit folle, regarde dans l’eau du lac pour apercevoir un visage, celui d’une noyée. Puis elle se rend compte que c’est son visage qu’elle observe, ridée par les ondulations de l’eau. Elle rentre chez elle, regardant derrière son dos si elle est suivie. Elle cherche à protéger Ichika, jeune fille qu’elle a recueillie, presque adoptée, après la mort de ses parents. Maggie est persuadée qu’Ichika peut les protéger du Cavalier du septième jour.

Maggie voue une haine féroce contre Daryl, jeune orphelin aussi, qui est tombé amoureux de Ichika. Daryl a réussi à intégrer une université, se passionnant pour des cours de psychologie. Son professeur le convie à une expérience de mentalisme et se découvre des dons, un instinct lui permettant de voir, sentir quand une personne est malfaisante. Une agence gouvernementale l’engage alors pour dénoncer de futurs potentiels terroristes.

Tout ce petit monde vit à Pueblo Quinto en Amérique latine, où les croyances des indiens Wataphas font craindre la malédiction du Cheval Nocturne. Manito Caldéron y dirige un haras et croit dur comme fer à cette légende. Il recueille Ichika et veille à ce qu’elle reste vierge pour conserver son pouvoir de protection. La bluette entre Ichika et Daryl risque de mettre en danger le village mais peut-être aussi la Terre entière.

Ce roman est constitué de trois parties différentes et sa construction peut paraitre surprenante. Dans la première partie, l’auteur nous décrit les personnages principaux, insistant sur leur passé. Dans cette moitié de livre, l’auteur n’entre pas dans les détails mais décrit factuellement le parcours des protagonistes dans un style fluide, passant en revue les événements qui les ont faits se rencontrer.

Puis, ce que nous avions considéré comme situation établie va être modifié par des révélations sur les relations entre les personnages. Nous prenant à revers, nous sommes évidemment en proie à des doutes, nous demandant si ce qui nous est raconté est véridique ou pas. Si cela apparait comme des nouveautés et remet en cause nos certitudes, le style toujours aussi rapide nous fait déboucher sur une fin explosive.

D’une lecture agréable, ce roman se veut un pur divertissement et remplit sa fonction de nous procurer quelques heures de plaisir. Plaisir qui tient surtout à l’imagination folle de l’auteur, capable de nous faire accepter des personnages totalement dingues, quitte à créer des créatures irréalistes mais bigrement impressionnantes voire effrayantes. Ce cavalier du septième jour propose une lecture fort distrayante.

Pute et insoumise de Karim Madani

Editeur : La Tengo

J’adore Karim Madani. Que celle ou celui qui n’a pas lu Cauchemar périphérique rattrape son erreur immédiatement ! Il est aussi le créateur de la cité d’Arkestra, sorte de Sin City moderne, vision noire de nos banlieues. En parallèle, il écrit des biographies (que je n’ai pas lues). Le voici donc de retour pour un roman qui ressemble à un coup de poing au foie, terrible dans sa véracité.

Lors de sa sortie en boite sur les Champs Elysées, Sarah rencontre Carmen et lui demande de lui inculquer les ressorts du métier d’Escort girl. Elle décroche son premier rendez-vous, 3000 euros pour une nuit avec Abid, un saoudien. Sarah n’envisage pas de faire escort girl toute sa vie. Elle veut juste profiter de sa plastique pour bâtir sa clientèle pour l’avenir. En parallèle, elle travaille le jour à décrocher son Master 2 en droit des affaires. Le taxi la dépose au pied d’un immeuble cossu du XVIème arrondissement. Elle est accueillie comme une reine. Alors qu’elle croyait devoir coucher, la demande d’Abid la surprend : il veut lui acheter un rein.

A son réveil, Abid la renvoie avec une enveloppe pleine de billets neufs. Elle retourne à Saint-Denis, où elle habite avec ses parents et son frère. Son père est obnubilé par sa télévision branchée sur Al Jazeera, sa mère la traite de pute et son frère vient de faire son coming out : autant de raisons de vouloir quitter cet environnement. D’autant plus que Samy, son ex-copain ex-souteneur et dealer de drogue va bientôt sortir de prison. Cela l’inquiète car elle l’a dénoncé à la police ; elle en avait marre qu’il la viole.

Sarah se change, ne met que des fringues de luxe, mettant en valeur ses seins en forme d’obus. Elle e rendez-vous Place de la Concorde, dans un hôtel de luxe avec Carmen. Les deux jeunes femmes s’installent dans le bar de l’hôtel et attendent le pigeon, Sarah potasse ses cours quand un jeune homme la remarque. Il se présente, Wael, producteur de pop libanaise. Puis débarque Vince, un beau gosse mystérieux. Carmen et Sarah sont immédiatement invitées pour une soirée le jour même.

Karim Madani nous propose un portrait de jeune femme qui veut s’en sortir coûte que coûte. Ayant une plastique à faire tourner les têtes, elle utilise cet avantage à bon escient pour se sortir de la fange. Mais on n’échappe pas à son passé, à son environnement, à sa famille, aussi facilement, sauf si on rencontre le prince charmant. Ne reculant devant aucun sacrifice, elle va jouer son va-tout quitte à perdre le contrôle des événements voire de sa vie.

A la fois conte moderne, roman noir et biographie romancée, la véracité des événements, la justesse des personnages et les rebondissements vont transformer cette histoire en roman puissant. Raconté à la première personne du singulier, aidé par un style haché et des expressions de « djeuns », l’immersion est aussi forte et prenante que douloureuse au fur et à mesure du roman.

Karim Madani n’a pas son pareil pour écrire la banlieue, créer des personnages extraordinaires, montrer leur façon de s’en sortir, et les raisons pour lesquelles ils vont se brûler les ailes. Si mon seul bémol vient du fait que les derniers chapitres perdent ce style rapide proche du slam, il n’en reste pas moins que ce roman est une nouvelle fois une grande réussite avec une histoire terrible et un personnage principal que l’on n’est pas prêt d’oublier. C’est un roman puissant, émotionnellement fort et terrible qui démontre que l’on ne peut échapper à son destin, ni à ses racines, ni à son environnement. Et quand on apprend sur la quatrième de couverture que l’histoire est basée sur une histoire vraie …

THC sans ordonnance d’Olivier Kourilsky

Editeur : Editions Glyphe

Ce roman est le petit dernier en date de cet auteur, professeur honoraire au Collège de Médecine dans la civil et père de neuf romans policiers, dont le surnom, Docteur K., montre son degré d’humour. Une nouvelle fois, c’est une réussite.

Septembre 2019. Dans les Pyrénées, le commissaire Claude Maplède (Hommage caché) et le lieutenant Pierre Leroy sont appelés pour constater la présence d’un corps éviscéré et décapité. L’identification du corps va s’avérer difficile, d’autant plus que le morceaux manquants sont retrouvés dans une porcherie. Qui a bien pu s’amuser à éparpiller un corps sur plusieurs kilomètres ?

Après une bière bien méritée au chalet Le Pic-Noir à Aulon, les deux flics commencent par interroger les habitants puis le maire ; le résultat est bien entendu négatif : personne n’a rien vu, rien entendu. Il ne leur reste plus qu’à espérer sur le résultat de l’autopsie. Outre qu’il s’agisse d’un homme dans la cinquantaine, celle-ci ne leur apporte rien d’autre. Seule l’analyse d’ADN leur procure un nom : Pedro Ramirez, connu en tant que trafiquant de drogue.

Le commissaire compose immédiatement le numéro de téléphone de la gendarmerie pour les informer de la nouvelle. Malheureusement, on lui annonce que Pedro Ramirez est mort d’une crise cardiaque trois ans auparavant, et enterré dans un petit village espagnol proche de la frontière. Il ne reste plus qu’à nos deux policiers à aller voir sur place ce qu’il peut bien y avoir dans le cercueil.

Je viens de vous proposer le résumé des 15 premières pages de ce roman policier, ce qui vous indique à quelle vitesse progresse l’histoire. Nous retrouvons ici un certain nombre des personnages rencontrés dans les romans d’Olivier Kourilsky, et encore une fois, cette histoire peut être lue totalement indépendamment des précédentes. Et encore une fois, je trouve que c’est un sacré coup de force.

Depuis quelques romans, l’auteur se débarrasse des fioritures, dégraisse ses phrases pour ne garder que le strict minimum. Nous ne sommes pas encore dans un minimalisme cher à James Sallis ou plus récemment rencontré chez Davide Longo. Mais nous avons entre les mains un roman policier qui va vite et qui se révèle très agréable à suivre. En fait, on n’a pas le temps de se poser de questions, tant on est est happé par le rythme insufflé.

Car cette enquête va remonter dans la hiérarchie de la police, impliquer plusieurs services de police, entre la brigade des stupéfiants et l’évasion d’un prisonnier sanguinaire. La multiplicité des lieux et des personnages font que l’on saute d’un endroit à l’autre et on se retrouve secoué comme dans un grand huit. A la fin de ce roman, on éprouve un sentiment de plénitude, celle d’avoir passé un bon moment de divertissement. Le but de ce roman est pleinement atteint.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

Nuit bleue de Simone Buchholz

Editeur : L’Atalante. Collection : Fusion

Traductrice : Claudine Layre

Ce roman me donne l’occasion de parler de deux retours, celui de L’Atalante dans le monde du polar avec une nouvelle collection nommée Fusion et celui de Chastity Riley sur les étals de nos libraires.

Fusion, voici le nom de cette nouvelle collection estampillée Polar aux éditions de l’Atalante. A sa tête, on trouve Caroline de Benedetti et Emeric Cloche, connus pour avoir créé l’association Fondu au noir depuis 2007, et éditeurs de l’excellente revue trimestrielle L’indic, une véritable source de savoir du polar.

Chastity Riley a fait une brève apparition en France, aux éditions Piranha en 2015, dans un roman nommé Quartier rouge, qui était le premier de la série. Il nous présentait un personnage féminin complexe, « rentre dedans », extrême, mais aussi attachant et original.

Il est tabassé par trois hommes dans une ruelle et laissé en sale état. Allongé sur son lit d’hôpital, il se fait appeler Joe, car il se terre dans son mutisme et ne veut rien dire. Dans le cadre de la protection des victimes, on lui octroie un policier de garde devant sa chambre.

Chastity Riley est passé tout proche de la correctionnelle. Pour avoir voulu faire tomber son chef pour corruption, on lui offre un placard doré, la création d’un poste de procureure spéciale pour la protection des témoins. Sa première affaire va être celle de Joe et à force de visites à l’hôpital, elle va réussir à lui tirer quelques informations, en forme de pièces de puzzle pour découvrir une affaire qui fait froid dans le dos.

Le titre de ce roman vient directement du nom du bar BlaueNacht, où Chastity passe ses nuits et rencontre ses amis. Je retrouve avec un énorme plaisir ce personnage féminin hors norme dans une enquête qui va petit à petit se mettre en place, au gré de ses errances diurnes (elle s’ennuie dans ce faux poste) et nocturnes dans les quartiers chauds de Hambourg lors de virées alcooliques.

Je ne vais pas entrer dans le détail pour vous décrire Chastity puisque je l’ai fait grandement dans mon billet sur Quartier rouge. Elle s’appuie sur son entourage, entre amis, amies et amants, ainsi que sur sa cicatrice principale, celle de n’avoir pas connu son père. C’est bien pour cela qu’elle reste proche de Georg Faller, un de ses anciens chefs à la retraite. D’ailleurs, ce dernier a conservé une obsession en tête, celle de faire tomber le ponte albanais de Hambourg, Malaj Gjergj.

On ne peut qu’apprécier la façon d’aborder cette intrigue, et ce style direct, fait de petites phrases, en disant peu mais suffisamment pour créer des personnages plus vrais que nature. Ni bons, ni mauvais, ils ont tous une vraie personnalité et une loyauté que seuls les vrais amis peuvent avoir. On ne peut aussi que se passionner par les valeurs disséminées dans ce roman, par les obsessions de ses personnages et par le sujet de fond, une drogue puissamment mortelle qui va déferler sur l’Europe.

Entre deux chapitres, nous trouvons des témoignages ne dépassant pas quelques paragraphes, passant en revue les pensées de certains des protagonistes. Toute l’originalité tient dans ces passages qui vont nous expliquer certaines choses, puis nous embrouiller pour enfin nous montrer que ce qui est montré n’est pas aussi simple qu’on peut le croire. Même la fin nous pousse à nous demander qui, dans cette histoire, a manipulé qui ?

Jetez-vous sur cette enquête de Chastity Riley car vous allez y rencontrer une femme formidable, inoubliable ; vous allez être plongé dans leurs relations, devenir membre de leur clan, au milieu des Klatsche, Faller, Calabretta, et Carla. Et puis, vous succomberez au style de Simone Buchholz, court, simple, rapide. Et même après la dernière page, vous n’aurez qu’une envie : reprendre tout depuis le début, ne serait-ce que pour aller boire une bière au Blaue Nacht.

Ne ratez pas l’avis de Jean-Marc Lahérrère

07 07 07 d’Antonio Manzini

Editeur : Denoël

Traducteur : Samuel Sfez

Si vous ne connaissez pas le sous préfet Rocco Schiavone, il va falloir rapidement rattraper votre retard, puisque quatre enquêtes sont déjà parues avant celle-ci : Piste noire, Froid comme la mort, Maudit printemps et Un homme seul. Et comme toute série qui se respecte, je ne peux que vous conseiller de les lire dans l’ordre, d’autant plus que 07 07 07 est la suite de Un homme seul, un polar dont la chute est une des meilleures (et les plus noires) que j’aie lues avec Le Dramaturge de Ken Bruen (rien de moins). Bref, si vous choisissez de vous lancer dans la lecture de ces romans, ne lisez pas le paragraphe suivant.

Eté 2013. Rocco Schiavone est réveillé par du Heavy Metal, que son voisin écoute à fond. A peine habillé, il se jette sur la porte du malotru pour lui expliquer la vie. De mauvaise humeur, il achète le journal et trouve un article relatant la mort d’Adèle Costa, la compagne de son ami Sebastiano, tuée à sa place (voir le tome précédent). Arrivé au commissariat, le préfet Baldi et le juge Costa le convoquent. Ils savent que ce meurtre est lié au passé de Rocco et lui demandent de s’expliquer.

Eté 2007. Quand Rocco se réveilla par cette chaleur étouffante de fin juin, ce fut pour trouver son lit vide. Il trouva sa femme Marina assise à la table du salon, en train d’éplucher les comptes en banque. Elle venait de découvrir les sales activités rémunératrices de son mari. Déçue, dégouttée, elle se leva et s’en alla, arguant qu’elle avait besoin de temps pour réfléchir. Heureusement, il allait être convié à une affaire qui occuperait son esprit.

Un jeune homme a été retrouvé mort dans une carrière, poignardé derrière la tête. La carrière était gardé par un vieil homme alcoolique qui dormait pendant ses gardes et n’a rien vu ni  entendu. Le grillage n’enfermait pas totalement la carrière, il suffisait de le suivre pour se retrouver près d’une route, en face d’une station service. Et si le jeune avait été en mauvaise compagnie, avait réussi à s’enfuir avant d’être rattrapé puis tué ?

En revenant en arrière, en plongeant dans le cauchemar de cette journée du 07 juillet 2007, Antonio Manzini nous permet à la fois de mieux comprendre son personnage et son attitude quand il a été muté à Aoste. On s’attendait à un livre fort, et l’auteur est au rendez-vous, dans une histoire remarquablement menée, porteuse d’une charge émotionnelle immense, digne des plus grands drames noirs que le polar est capable de nous offrir.

On comprend mieux les origines de Rocco, d’une famille pauvreuse, on rencontre sa femme Marina, belle comme le jour, dont il est fou amoureux (et c’est réciproque), on rencontre ses amis unis comme les doigts de main, Sébastiano l’ours lent, Furio le généreux rapide, et Brizio le beau gosse un peu bête. On participe à leurs repas, leurs discussions pleines de dérision de d’humour. Antonio Manzini réussit le coup de force de nous inviter dans ce cercle fermé grâce à des dialogues formidablement savoureux même si certains auraient mérité d’être mieux traduits.

Et puis, il y a cette intrigue qui part d’un meurtre d’un jeune, et qui se déploie comme une toile d’araignée pour monter vers des sommets de maîtrise. Ce roman se suit comme une évidence, l’enquête se révèle totalement logique et les scènes se suivent avec plaisir tant on démonte les rouages en même temps que Rocco.

Et puis, Antonio nous convie dans une visite de Rome, pas celle des touristes, celle des résidents, entre les boutiques de receleurs et les entrepôts, des ports environnants aux restaurants amicaux avec ces repas savoureux. C’est à la fois un cri d’amour envers la culture italienne, un cri de rage devant les assassinats, un cri de désespoir devant une fin tant attendue alors qu’on sait très bien qu’elle ne peut être que dramatique. C’est aussi dans cette façon de nous faire attendre que l’auteur est fort : on connait la fin et malgré cela, on est surpris comme une balle de revolver qui nous frappe en plein cœur. Ce roman nous frappe en plein cœur. Terrible !

Harry Bosch 3 : La blonde en béton de Michael Connelly

Editeur : Points

Traducteur : Jean Esch

Après Les égouts de Los Angeles et La glace noire, voici donc la troisième enquête de Hieronymus Bosch, dit Harry, qui va creuser un nouvel aspect de la justice américaine, tout en approfondissant le personnage de Harry. Un très bon opus.

Alors que la police est à la recherche du tueur en série qui sévit sur Los Angeles, Harry Bosch reçoit un appel lui indiquant qu’une prostituée vient de lui échapper. Il se rend chez Norman Church, suspecté d’être le Dollmaker, celui qui maquille ses victimes comme des poupées, guidé par le jeune femme et lui demande de rester dans la voiture. Voyant une ombre devant la fenêtre, il imagine que le tueur a peut-être déjà trouvé une autre victime.

Harry défonce la porte, s’annonce et aperçoit une ombre dans la chambre. Il lui demande de ne pas faire un geste, de mettre les mains sur la tête. Norman Church tend doucement sa main vers le coussin et cherche quelque chose dessous. Harry lui demande de s’arrêter, mais l’autre continue. Harry est obligé de faire feu. Quand il regarde sous le coussin, il trouve une perruque et dans l’armoire de la salle de bain, des produits cosmétiques, appartenant probablement à ses victimes.

Quatre ans ont passé depuis la mort du Dollmaker et Harry est poursuivi dans un procès en civil par la veuve de Norman Church. Il est accusé d’avoir joué au cow-boy, d’avoir tué un innocent. Pendant une pause, un coup de téléphone lui apprend qu’une lettre vient d’arriver au commissariat, un poème dans le style du Dollmaker, indiquant l’emplacement d’une de ses victimes. Harry va devoir mener une enquête en même temps que son procès.

Marchant dans les traces d’un John Grisham, Michael Connelly nous offre ici un pur roman judiciaire, accompagné en parallèle d’une enquête policière en temps limité. C’est l’occasion pour l’auteur de creuser plusieurs thèmes dont le principal est la façon de mener un procès. Comme d’habitude, tout y est d’une véracité impressionnante des stratégies des avocats aux dépositions en passant par les motivations pécuniaires des uns et des autres.

Los Angeles va aussi occuper une place prépondérante, nous faisant visiter l’autre facette du cinéma, à savoir le monde de la pornographie et la vie des actrices, qui arrondissent leur fin de mois en se prostituant. Puis, quand elles tombent dans la drogue, elles deviennent des épaves, cherchant le moindre client pour assouvir leur besoin avant de mourir abandonnées dans une ruelle sombre.

On va aussi voir toutes les différentes relations entre les défenseurs de la loi, la police, les spécialistes, les légistes et les journalistes. Tout ce petit monde œuvre pour l’argent, ou pour la gloire, celle par exemple, d’avoir un article en première page du journal, au dessus du pli ! j’ai particulièrement apprécié les descriptions des psychologies des tueurs en série, quand Harry va demander l’aide du professeur Locke.

Si le rythme se fait plutôt lent dans les trois quart du roman, suivant en cela le déroulement du procès, la tension monte petit à petit quand l’issue se fait sentir. Harry doit trouver le coupable, l’imitateur du Dollmaker, nommé le Disciple, et c’est bien un coup de chance qui l’aidera dans cette tâche. Une nouvelle fois, c’est un très bon roman policier, instructif, qui assoit Harry dans son rôle de personnage récurrent tout en nous montrant une nouvelle facette de cette ville maudite qu’est Los Angeles.

Le vautour de Gil Scott-Heron

Editeur : Editions de l’Olivier (Grand Format) ; Points (Format poche)

Traducteur : Jean-François Ménard

En cette année 2020, nous allons fêter les 50 années d’existence de la collection Points, et les 40 ans de Points Policier. 

Au programme, je vous propose un roman culte, peu connu du grand public et qui mérite largement notre attention. Un roman choral très lucide et qui est toujours d’actualité.

L’auteur :

Gilbert « Gil » Scott-Heron, né le 1er avril 1949 et mort le 27 mai 2011, est un musicien, poète et romancier américain. Il est célèbre pour ses « chansons-poèmes et textes engagés » The Revolution Will Not Be Televised, The Bottle, Angel Dust, Johannesburg, ou l’incontournable et engagée dans la cause noire et les disparités aux États-Unis « Whitey On The Moon ».

Gilbert Scott-Heron est né à Chicago. Il est le fils unique d’une bibliothécaire, Bobbie Scott, et du footballeur d’origine jamaïcaine Gilbert Saint ElmoHeron, également connu sous le nom de Black Arrow (flèche noire) lorsqu’il portait le maillot du club écossais du Celtic FC, le club de football de Glasgow. Après le divorce de ses parents en 1950, il est élevé seul par sa grand-mère Lily Scott qui habite le quartier noir de Jackson dans l’État du Tennessee qui applique encore à cette époque la ségrégation raciale. Au printemps 1962, Gil et sa mère quittent définitivement le Tennessee pour emménager chez un oncle à New York dans le quartier du Bronx. Il y suit des études secondaires au collège de Creston, et travaille le soir comme plongeur dans un restaurant. Il entre ensuite au lycée DeWitt Clinton où il se passionne pour la littérature américaine. Repéré par une enseignante, il est orienté en tant qu’élève boursier vers le lycée privé de Fieldston où il commence l’année scolaire 1964. Dés l’âge de 16 ans, il travaille chaque été comme saisonnier au service du logement social la journée et employé de commerce le soir. Le week-end il gagne aussi de l’argent comme arbitre de basket. Toutes ses économies vont lui permettre de s’inscrire à la fac, sitôt après l’obtention de son baccalauréat à Fieldston en 1967.

Il choisit d’intégrer l’Université Lincoln en Pennsylvanie car c’était là que des écrivains noirs comme Langston Hughes, Melvin Tolson (en) ou Ron Welburn avaient atteint une renommée internationale.Cependant, Gil décide d’arrêter les études après sa première année de faculté pour se consacrer entièrement à son projet d’écriture de roman. Pour vivre, il travaille dans un magasin de nettoyage à sec situé près du campus. En avril 1969, il achève son manuscrit intitulé The Vulture (Le Vautour), un polar qui brosse un portrait satirique de la société américaine. Il parvient à le faire publier chez World Publishing (qui achète son manuscrit 5 000 dollars), mais le livre ne reçoit aucun écho à sa sortie.

Il choisit d’intégrer l’Université Lincoln en Pennsylvanie car c’était là que des écrivains noirs comme Langston Hughes, Melvin Tolson (en) ou Ron Welburn avaient atteint une renommée internationale1.Cependant, Gil décide d’arrêter les études après sa première année de faculté pour se consacrer entièrement à son projet d’écriture de roman. Pour vivre, il travaille dans un magasin de nettoyage à sec situé près du campus. En avril 1969 il achève son manuscrit intitulé The Vulture (Le Vautour), un polar qui brosse un portrait satirique de la société américaine. Il parvient à le faire publier chez World Publishing (qui achète son manuscrit 5 000 dollars), mais le livre ne reçoit aucun écho à sa sortie.

À la rentrée 1969, Gil Scott-Heron réintègre l’Université Lincoln, où il fait la rencontre d’un étudiant en formation musicale: Brian Jackson. Influencés par The Last Poets, qu’ils fréquentent régulièrement à New York, les deux étudiants se consacrent à la musique et composent ensemble.

À la fin de l’été 1970, Gil entre en studio grâce au soutien de Bob Thiele (du label FlyingDutchman) et commence à enregistrer ses poèmes en compagnie de Brian Jackson. Le 33-tours qui sort sous le titre Small Talk at 125th & Lennox comprend notamment la chanson Whitey On the Moon, une diatribe contre le monde des médias, possédé principalement par des Blancs, et contre l’ignorance qu’ont les classes moyennes américaines des problèmes des populations pauvres des centres-villes. (Cette chanson connaîtra un regain de notoriété en 2018 suite à son utilisation dans le film « First Man ».)

Le succès régional rencontré par ce premier disque pousse Bob Thiele à proposer à Gil Scott-Heron d’enregistrer un album en studio avec des musiciens professionnels. Gil et Brian décident d’embaucher Hubert Laws, Bernard Purdie, Charlie Saunders, Eddie Knowles, Ron Carter et Bert Jones, tous musiciens de jazz, et entrent au studios RCA à New York en février 1971. L’album Pieces of a Man contient une nouvelle version du titre The Revolution Will Not Be Televised et est de facture plus conventionnelle comparée aux chansons libres et souvent scandées du premier album. Pourtant, à cette période de sa vie, Gil Scott-Héron ne s’imagine pas du tout devenir musicien, son but est alors d’obtenir un diplôme pour commencer une carrière de professeur de littérature à la faculté et de travailler à l’écriture de son second roman: The NiggerFactory.

En 1972, Gil Scott-Heron devient professeur au Federal City College de Washington (Université Columbia) et poursuit parallèlement une carrière musicale avec l’enregistrement, à l’automne 1973, de l’album Winter in America qui sort en 1974 et dont le single The Bottle devient un tube. Cette chanson qui s’inspire de témoignages réels raconte pourquoi et comment des personnes peuvent tomber dans l’alcoolisme.

En 1975, Gil Scott-Heron signe sur le label Arista, sur lequel il sort un nouvel album The First Minute of a New Day et entame une série de concerts avec son groupe le Midnight Band, ce qui l’oblige à arrêter sa carrière de professeur. En décembre 1978, Gil se marie avec Brenda Sykes avec laquelle il aura une fille, Gia. Il divorcera quelques années plus tard.

Toujours engagé dans la cause noire, il rejoint Stevie Wonder dans une vaste tournée (Hotter Than July Tour) en 1980-1981 qui milite pour faire du 15 janvier, date de l’anniversaire de Martin Luther King, un jour férié.Pendant les années 1980, Scott-Heron continue d’enregistrer, attaquant souvent le président Ronald Reagan et sa politique conservatrice.

Scott-Heron est écarté du label Arista Records en 1985, et arrête d’enregistrer, bien qu’il continue de tourner. En 1993, il signe pour TVT Records et sort Spirits, un disque contenant le morceau Message To The Messengers. La première piste est une prise de position à l’attention des rappeurs de l’époque, et contient des commentaires comme :

« Four letter words or four syllable words won’t make you a poet, It will only magnify how shallow you are and let ev’rybody know it. »

« Tell all them gun-totin’ young brothers that the ‘man’ is glad to see us out there killin’ one another! We raised too much hell, when they was shootin’ us down. »

« Young rappers, one more suggestion, before I get outta your way. I appreciate the respect you give to me and what you’ve got to say. »

Gil Scott-Heron y lance un appel envers les nouveaux rappeurs afin qu’ils recherchent le changement au lieu de perpétuer la situation sociale, pour qu’ils aient un discours plus clair et produisent des chansons plus artistiques : « There’s a bigdifferencebetween putting words over some music, and blendingthosesamewordsinto the music. There’s not a lot of humour. They use a lot of slang and colloquialisms, and you don’t really see inside the person. Instead, youjustget a lot of posturing »

En 2001, Gil Scott-Heron est incarcéré pour consommation de drogue et/ou violences domestiques. Apparemment, la mort de sa mère et la consommation de drogues l’entraînèrent dans un cercle vicieux. Sorti de prison en 2002, Gil Scott-Heron apparaît sur l’album de Blackalicious : Blazing Arrow.

En 2010, à l’âge de 61 ans, il signe son grand retour avec l’album I’m New Here, produit par Richard Russel qui était allé le voir dans sa cellule à la prison de Rickers Island pour le convaincre de revenir. Les treize morceaux sont remixés par Jamie Smith des XX dans We’re New Here.Tombé malade du fait de sa séropositivité au cours de sa tournée européenne de 2010, Gil Scott-Heron s’éteint le 27 mai 2011 dans l’hôpital pour pauvres de St. Luke à New York.

Le 2 avril 2015, à l’occasion de son anniversaire, son label XL Recordings sort un album posthume Nothing New qui reprend des titres connus, enregistrés en 2008, mais dont les versions acoustiques constituent la grande nouveauté. Cette sortie est accompagnée par un film documentaire Whois Gil Scott-Heron? réalisé par Iain Forsyth et Jane Pollard.

Quatrième de couverture :

John Lee est mort un jour de juillet, à New York. On a retrouvé son corps dans la 17e Rue. Il avait dix-huit ans. C’était un petit dealer, toujours à l’affût d’un coup, qui travaillait après l’école.

Alors, qui a tué John Lee ? Quatre hommes possèdent un fragment de la vérité : Spade, Junior Jones, frère Tommy Hall et Q.I. Quatre destins qui incarnent la violence, la ruse, mais aussi l’espoir d’une rédemption, dans un quartier voué à la misère et à la drogue.

Ce « polar » au réalisme impeccable est aussi un grand roman politique sur l’Amérique urbaine de la fin des années 60, qui allait bientôt basculer dans la violence raciale.

Mon avis :

Ecrit alors qu’il avait 20 ans, ce roman démontre le talent de Gil Scott-Heron et sa vision sur la société américaine à la fin des années 60, ce qui, avec le recul, comporte un aspect visionnaire. Sous des apparences de roman policier, car il s’agit de résoudre un meurtre, l’auteur va, à travers quatre personnages, montrer la réalité du terrain et celle qui va agiter l’actualité et qui continue à miner les Etats-Unis : le racisme et la place des Noirs dans la société civile.

Quatre personnages ayant connu la victime, John Lee, vont prendre la parole, comme s’il s’agissait d’un témoignage. Cela ressemble plutôt à quatre nouvelles, décorrélées entre elles, reliées entre elles uniquement par le fait que chacun a côtoyé John Lee :

Le premier se nomme Spade et est reconnu comme le caïd du quartier. A la tête d’un trafic de drogue, son attitude froide et distante ne lui permet pas d’avoir du succès auprès de la gent féminine autrement que par la violence. L’auteur a ajouté un aspect amusant du personnage quant à son physique, puisqu’il est mince, grand et élégant, ce qui est tout le contraire de John Lee.

Le deuxième Junior, permet d’entrer dans l’aspect social du roman. Jeune homme de 17 ans, il a vite compris qu’il est plus rentable de faire du trafic de drogue que d’aller à l’école.

Afro a réussi ses études pour devenir professeur. Il décide de s’engager dans une association nommée BAMBU, visant à lutter contre le système d’éducation américain qui est fait par les blancs pour les blancs et de créer des écoles pour les noirs, où seront dispensés la culture noire.

QI est l’intellectuel du groupe, poète à ses heures, extrêmement cultivé. S’il cherche à s’engager dans l’association BAMBU, il est aussi le plus lucide du quartier.

En tant que roman policier, ce roman est exemplaire, tant les pistes pour trouver le meurtrier sont nombreuses (Jalousie, argent, trafic de drogue, vengeance), et qu’on ne connait la solution qu’à la fin. Mais il y a aussi le contexte montré par chacun des personnages. Spade va montrer la vie du quartier et l’augmentation de la violence. Junior est l’exemple flagrant de l’échec du système éducatif, d’autant plus qu’on ne donne aucun espoir à cette population. Afro derrière ses volontés d’éduquer ses frères, se retrouve face à un dilemme qui est le trafic de drogue. QI clôt ce roman de grande façon, sur un constat d’échec : Seule la violence permettra aux noirs d’arriver à faire respecter leurs droits. Le vautour est un roman exemplaire, intelligent et visionnaire, encore aujourd’hui.

Les lumières de l’aube de Jax Miller

Editeur : Plon

Traducteur : Claire-Marie Clévy

Comme j’ai adoré Candyland ! Forcément, je me devais de lire Les lumières de l’aube, le dernier roman en date de Jax Miller.

Le 30 décembre 1999, La ville de Welch dans l’Oklahoma est balayée par un vent glacial. La famille Freeman habite un mobil-home à l’extérieur de la ville, que l’on peut rejoindre en suivant un chemin rocailleux. Ashley Freeman fête son dix-septième anniversaire. Pour l’occasion, elle a invité son amie Lauria Bible à passer la nuit chez elle, ainsi que deux copains, avec l’accord de ses parents Danny et Kathy. Ces deux-là partiront en fin de soirée, laissant les deux filles allongées dans le canapé devant la télévision.

Le lendemain matin, une fumée dense s’élève de la colline. Le mobil-home est en feu et les pompiers mettront plusieurs heures pour circonscrire l’incendie. A l’intérieur, ils découvriront un cadavre, allongé sur le lit, écrasé par des briques qui avaient été entassées sur le toit et qui sont tombées à cause de la chaleur, quand tout n’est devenu que ruine. On ne retrouve aucune trace de Ashley et Lauria. Le corps étant féminin, tout le monde pense que Danny a enlevé les filles et est responsable de l’incendie.

Le shérif boucle rapidement le périmètre mais les habitants, regroupés autour du sinistre voient bien que l’affaire est gérée avec du laisser-aller. Le lendemain, Lorene Bible, la mère de Lauria est surprise de voir que les flics ont levé le camp. En fouillant aux alentours du mobile-home, ils découvrent un autre corps, celui de Danny, à moitié brûlé et tué d’une balle dans la tête. De toute évidence, la police a fait de nombreuses erreurs, volontaires ou non, mais une question demeure : où sont les filles ?

Il m’aura fallu une cinquantaine de pages pour comprendre où Jax Miller voulait en venir (je ne lis que rarement les quatrièmes de couverture). Pourtant, la mise en place du scénario se conforme aux règles du polar, avec des chapitres très descriptifs et centrés sur la psychologie des personnages. L’auteure passe alors en revue les filles, les parents et les voisins en y insérant des anecdotes qui amènent de l’épaisseur à l’intrigue.

Puis, les mystères s’épaississent avec les négligences de la police, les rumeurs de vengeance liées à de potentiels trafics de drogue et la mort du frère dont on n’a pas parlé au début. Malgré cela, le ton employé m’a laissé comme un goût de manque, a marqué une trop grande distance … jusqu’à ce que je comprenne le livre : Jax Miller a été obsédée par cette affaire et a mené elle-même l’enquête en se rendant sur place en 2015. D’ailleurs elle se met elle-même en scène en parlant de ses obsessions.

Et donc, ce roman n’est pas un polar au sens premier du terme mais plutôt le compte rendu minutieux de plus d’une dizaine d’années de recherche. Ce procédé fort prisé chez nos amis anglo-saxons est dénommé True crime. Chez nous, francophones, il semblerait que nous préférions des émissions du genre Investigations et autres. Je ne pense pas utile de vous préciser que j’abhorre ces émissions et préfère la lecture.

Donc, nous avons affaire à un True Crime, que l’on pourrait traduire par roman d’enquête criminelle. Car des meurtres, il va y en avoir alors que le début du roman ne nous le laissait pas présager. Jax Miller a organisé le roman pour appâter le lecteur de polar, une construction qui fait une large place sur la vie de campagnards américains avec ce qu’il faut de rumeurs, de mauvaises langues et de policiers qui ne veulent pas s’emmerder. Et elle arrive à faire passer à la fois sa passion et son obsession pour cette affaire. Franchement, les essais (ou documents) ne sont pas ma tasse de thé. Mais je dois reconnaitre que l’auteur sait vous attirer dans ses griffes, pour vous plonger dans un monde rural brutal sans autre loi que celle du plus fort. Et puis, on sent dans ces lignes la passion de l’auteure pour cette affaire, on y ressent comme une connexion directe avec ce qu’elle est, comme une communion autour d’une affaire bigre

Harry Bosch 2 : La glace noire de Michael Connelly

Editeur : Seuil & Calmann Levy (Grand Format) / Points & Livre de Poche (Format Poche)

Traducteur : Jean Esch

Je poursuis ma (re) découverte des enquêtes de Harry Bosch avec cette deuxième enquête qui va nous faire découvrir une nouvelle facette de Los Angeles, en prise avec le trafic de drogue.

Lors de cette veille de Noël, Harry Bosch est seul dans son appartement et est de garde à la brigade de Hollywood. Il aperçoit de la fumée du coté de Cahuenga Pass, puis intercepte un message sur la fréquence du LAPD : un corps vient d’être découvert dans la chambre 7 du minable motel Hideaway. Il aurait du être prévenu en premier et la brigade criminelle a pris l’affaire en charge. Bosch décide de se rendre sur les lieux.

Le cadavre repose dans la chambre depuis plusieurs jours, dans la salle de bains. Calexico Moore, membre de la brigade des stupéfiants, selon les papiers retrouvés sur la table de nuit, s’est tiré une balle de fusil en pleine tête. Il y retrouve le chef adjoint Irvin Irving, qui ne tient pas à ce qu’il s’occupe de cette affaire, d’autant plus que Moore est soupçonné par les Affaires Internes pour corruption. On trouve un mot énigmatique expliquant le suicide : « J’ai découvert qui j’étais ».

Irvin Irving autorise Bosch à aller annoncer la mort de Moore à sa femme, dont il est séparé. Il se retrouve en compagnie de Sylvia, au charme indéniable. Mais elle ne lui apprend rien, à part le fait que Moore était originaire de Mexicali, de l’autre coté de la frontière. De toute évidence, Irving veut conclure cette affaire en démontrant que Moore était un flic pourri. Cela expliquerait pourquoi il n’a pas été prévenu.

De retour au bureau, le chef Pounds le convoque dans son bureau. Il lui rappelle que la fin de l’année approche, et que les statistiques de résolution des crimes ne sont pas bonnes, en dessous de 50%. Comme Lucius Porter, un des enquêteurs, s’est fait déclarer pâle, Pounds demande à Bosch de reprendre ses dossiers pour en résoudre quelques uns rapidement, avant la fin de l’année. Dans un de ces dossiers, il y a la découverte du corps d’un mexicain derrière un bar. En fouillant un peu, Bosch s’aperçoit que le corps a été découvert par Moore. Le suicide de Moore et la mort du mexicain sont peut-être liés dans une affaire de drogue, la Black Ice par exemple qui vient de débarquer et qui fait des ravages.

Rares sont les auteurs capables de vous plonger au cœur d’une intrigue et de ne plus vous lâcher jusqu’à la fin. Cette deuxième enquête est moins complexe que la première mais plus recentrée sur le problème de la drogue. On y retrouve tout le talent de l’auteur pour mener cette intrigue de façon passionnante et avec une logique formidable. Cela amènera même Bosch à faire la chasse aux trafiquants de drogue jusqu’au Mexique dans des scènes d’actions très prenantes. Connelly nous offrira même un ultime retournement de situation comme une cerise sur la gâteau.

Quant au personnage de Harry Bosch, on le retrouve plus solitaire que jamais, aussi bien dans sa vie privée qu’auprès de ses collègues. Seuls ceux qui sont irréprochables ont foi à ses yeux. Détestant l’incompétence et la corruption, il ne se fait pas d’amis. Et on le retrouve aussi de plus en plus miné par son passé, la mort de sa mère, sa jeunesse, et le fait qu’il soit le fils naturel du vieil avocat Haller, dont le fils Mickey Haller fera l’objet de romans par la suite.

La ville de Los Angeles partage la vedette avec Harry Bosch. Alors qu’il l’observe du haut de sa maison perchée sur les collines, Bosch (et donc Connelly) va nous faire visiter les quartiers pauvres, les rues parsemées de drogués, et les bars sombres et glauques où les informations circulent. En ce sens, la fin, qui se déroule au Mexique, ne m’a pas fait oublier ces rues paumées et la criminalité qui augmente à Los Angeles.

La précédente enquête et première de la série s’appelle Les égouts de Los Angeles et est chroniquée ici.