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Double Noir Saison 3

Claude Mesplède, le pape du polar, nous a quitté fin 2018 après s’être lancé dans une dernière aventure. L’association Nèfle Noire propose des nouvelles noires sous un format original (Format A6, c’est-à-dire tout petit, ça tient dans une poche de pantalon) à un prix tout aussi original (2€ !). Le contenu est aussi original, puisqu’il regroupe dans chaque volume 2 nouvelles, l’une écrite par un auteur classique, l’autre par un auteur contemporain. Ce qui veut dire que pour 2 euros, vous avez droit à une heure de lecture (car la fonte de l’écriture est riquiqui, mais essayez de proposer 2 nouvelles en 20 pages !)

Chaque année, nous avons donc droit à une série de nouvelles. La saison 1 se compose de 4 volumes (ou épisodes si on se réfère aux séries télévisées), La saison 2 en compte 5, comme la saison 3.

Ah oui, j’ai oublié de vous dire : les frais d’envoi à partir de 4 livres sont de 4 euros ! C’est donné ! Franchement, parfois, je me demande pourquoi vous hésitez encore !

Ah oui, j’ai une question d’une petite dame au fond de la salle. Comment ? Où peut-on se procurer ces petits volumes au contenu aussi étonnant que formidable ? C’est simple : vous allez sur le site www.doublenoir.fr/, vous téléchargez le bon de commande, un petit chèque et hop ! L’affaire est conclue.

Ah oui ! une autre question de la petite dame du fond : De quoi parlent la première saison ? Jetez donc un coup d’œil sur mon billet ici. Et pour la saison 2 ? Eh bien, c’est dans mon billet ici. Donc, voici un petit aperçu des 10 nouvelles de la saison 3 :

Saison 3 – Episode 1

Guillaume Apollinaire – 3 nouvelles

En 1910, Guillaume Apollinaire publie un recueil nommé L’Hérésiarque et compagnie, qui comporte 23 nouvelles et contes. Nous avons droit ici à trois d’entre eux, dans des genres variés.

La disparition d’Honoré Subrac : Le narrateur raconte comment Honoré Subrac découvrit son don de se fondre dans le décor, comme un caméléon. Frisant avec le genre fantastique, comme Edgar Allan Poe, cette nouvelle fait monter la tension en 6 pages.

Le matelot d’Amsterdam : D’un navire hollandais en provenance de Java, Hendrijk Wersteeg débarque avec un perroquet et un singe dans l’espoir de les vendre à bon prix. Pour son plus grand malheur, il entre dans une boutique sombre. Et à partir de cette idée, l’auteur nous concocte une formidable nouvelle noire.

Un beau film : Un jeune cinéaste rêve de filmer un crime. Avec ses amis, il va mettre en scène l’assassinat d’un couple. Avec ce scénario, nous avons entre les mains une pépite noire amorale comme il faut.

François Guerif : Cinéma permanent

Une ouvreuse de cinéma voit chaque jour arriver une vieille dame pour regarder les films de 10 à une heure du matin. Cette fidélité attire la curiosité de la ja jeune femme et elle va essayer d’en savoir plus. Elle va la suivre.

Empreinte de nostalgie (avec les salles de cinéma de quartier) et de tendresse, cette nouvelle est étonnamment douce même si elle penche vers le domaine policier car psychologiquement juste quant à la psychologie de l’ouvreuse.

Saison 3 – Episode 2

O.Henry – 2 nouvelles

Le loup tondu : Deux hommes vont passer des vacances dans un village perdu et rencontrent un commerçant future victime d’une arnaque. Outre le style un peu daté, je dois dire que cette illustration de l’arroseur arrosé est agréable et drôle à lire.

20 ans après : Un policier modèle aperçoit un homme sous un porche. Celui-ci lui annonce qu’il a donné rendez-vous à son meilleur ami 20 ans auparavant. Et cela donne une nouvelle croustillante autant que cruelle avec une chute exemplaire.

Michel Lebrun : Roulette russe

Mic et Stef sont deux adolescents inséparables. Stef est beau, Mic est moche. Mais quand l’amour passe par là, la vengeance sera terrible. Cette nouvelle est extrêmement bien construite et écrite et ce n’en est que plus jouissif quand la chute tombe, même si on s’en doute un peu.

Saison 3 – Episode 3

Harry Hay Junior : La capture

Vinal est caché dans une chambre, depuis 12 heures, sans faire de bruit. Dans l’appartement d’à coté, Pole et Dowell se planquent après avoir tué le vieux Sothoron et sa femme sur l’ordre du colonel. Vinal va prendre toutes les précautions pour les attraper vivants.

Avec une précision chirurgicale et une minutie rare, l’auteur va nous décrire le moindre geste, la moindre pensée, le moindre contrôle de son corps pour ne faire aucun bruit. Je n’ai jamais lu une nouvelle pareille, si détaillée et surtout aussi passionnante. D’autant plus que la chute, totalement inattendue, est géniale !

Eléna Piacentini : Histoire d’eau

Par une journée pluvieuse, voire de déluge, Adra a préparé des lasagnes surgelées pour Titi, son compagnon au chômage, avant d’aller faire l’inventaire du magasin. Elle n’aurait peut-être pas dû y aller …

Voilà un portrait d’une femme poussée à bout, et qui trouve les ressources pour se sortir d’une situation horrible et inextricable. Au bout du bout, elle y trouvera une nouvelle passion, les égouts de la ville. Avec son habituelle précision, Elena Piacentini nous concocte une nouvelle bien noire, non sans une lumière d’optimisme.

Saison 3 – Episode 4

Jules Renard : Crime de Village

Le père Collard veut acheter la vache du père Rollet, mais certainement pas au prix qu’il en veut. Alors Collard et Rollet partent boire un coup au bar du village, laissant à la maison leurs femmes.

A partir d’une anecdote commune, Jules Renard nous écrit une nouvelle aussi noire que féroce, montrant tout le mal qu’il pense de ses contemporains, prêts à n’importe quoi pour un peu plus d’argent.

Hervé le Corre : Tenir

Jessica dormait encore quand Christophe est parti à 5 heures sur le chantier de la Réole. Leur fils Tony est adolescent, et ne se passionne pas pour ses cours. Jessica doit gérer tous ce quotidien sous pression.

Hervé Le Corre n’est jamais aussi fort que quand il décrit le quotidien, et la psychologie des personnages. Cette nouvelle est d’une cruauté et d’une noirceur rare, nous plongeant dans cette maison triste ce qui donne une lecture âpre, très dure.

Saison 3 – Episode 5 (Hors Série)

Manuel Vásquez Montalbán : l’affaire de l’espion postmoderne

Le célébrissime Pépé Carvalho va être confronté aux espions modernes dans une nouvelle trop courte à mon gout.

Daniel Vásquez Salles : Epuration

Amanda amène Jean-Luc, français professeur d’espagnol, à une soirée chez des amis à elle. Ils sont adeptes de bio en termes de nourriture, Jean-Luc pas du tout. En plus, il ne mange pas de légumes, alors qu’il n’y a que ça à manger. Ça commence bien !

Tout est fait pour que la mayonnaise monte. C’est écrit de façon si fine, contrairement à Jean-Luc, que l’on se délecte de cette nouvelle d’un auteur encore absent du coté de chez nous, ce qui semble totalement injuste. Et le repas tourne à une bataille entre bio extrémiste et carnivore extrême.

Ecouter le noir – Recueil de nouvelles

Sous la direction d’Yvan Fauth

Editeur : Belfond

Yvan Fauth s’est lancé un défi, donner la voix à l’art de la nouvelle. Pour cela, il a réuni 13 auteurs pour former un recueil de 11 nouvelles autour d’un seul et même thème : l’ouïe, thème qui lui est cher. Si le défi de ce blogueur et ami est relevé, voyons dans le détail de quoi il retourne :

 

Deaf de Barbara Abel et Karine Giebel :

D’un coté, nous avons deux adolescents qui s’aiment et qui vont fuir le centre qui accueille des malentendants. De l’autre, nous avons une jeune mère qui revient de la pharmacie avec un médicament pour son bébé et qui est prise en otage par des braqueurs de bijouterie. Les deux itinéraires vont finir par se rencontrer dans un final d’une noirceur et une cruauté aussi rare que surprenant.

Quand deux auteurs phares du thriller psychologique, cela ne peut que nous donner une lecture réjouissante. Evidemment, le sujet est bien mis en place, évidemment, la tension va monter jusqu’à nous laisser un espoir, évidemment la fin est surprenante. La seule petite remarque est que je suis arrivé à déterminer certains passages écrits par l’une ou l’autre, Karine Giebel ayant un style tranché, haché et Barbara Abel s’étendant sur les aspects psychologiques. Cette nouvelle est une lecture plaisir bien stressante.

 

Archéomnésis de Jérôme Camut et Nathalie Hug :

Nous sommes en l’année 2945. Le narrateur se souvient quand il restait encore des humains sur Terre. Depuis que l’Intelligence Artificielle a pris le pouvoir, il vit reclus. Il se rappelle les réunions avec Adhara, Niels et Irma. Ces moments de nostalgie sont les seuls parcelles d’humanité qu’il lui reste.

Voilà un bel exercice de style que nous offrent ces deux grands auteurs de thrillers, à 10 000 parsecs de leur univers. C’est une belle réussite avec une fin bien triste.

 

Tous les chemins mènent au hum de Sonja Delzongle :

Paul est un père de famille comme les autres. Sa vie aurait pu être simple avec Emma sa compagne, Salomé, Timéo et Julie leurs enfants. Mais soudain, un bruit sourd assaille ses oreilles, incessant, constant, grave. Un bourdonnement. A force, on n’entend plus que cela et c’est gênant, assommant, assourdissant. Gêné et hésitant à en parler à sa famille, il va voir son docteur qui lui parle du projet HAARP.

Vingt pages, pas plus, c’est ce qu’il fait à Sonja Delzongle pour nous proposer une nouvelle mystérieuse, entre énigme scientifique et chronique familiale dramatique. Ce qui est remarquable dans cette nouvelle, c’est cette facilité à nous plonger dans une histoire complète en aussi peu de pages, avec une fin aussi surprenante.

 

Ils écouteront jusqu’à la fin … de François-Xavier Dillard

Abel Van Houffen est un virtuose du violon, adulé par le tout Paris, lors de ses concerts avec l’orchestre philharmonique de Paris. Dès la fin du concert, il prend l’avion pour Saint Pétersbourg où on lui promet un document exceptionnel. Arrivé rue Sadovaïa, un vieil homme l’emmène à la cave où réside un coffre fort. A l’intérieur, Abel découvre la dernière œuvre de Tchaïkovski pour violon, une partition mythique que personne n’a jamais vue. Mais au moment où il met les mains dessus, du bruit se fait entendre dans le couloir …

Il y aurait plusieurs façons de traiter ce début de roman. François-Xavier Dillard nous plonge dans un genre fantastique avec un scénario que Stephen King aurait adoré. Même si cette nouvelle ne fait qu’une trentaine de pages, il n’en reste pas moins que sans effusion de sang, il fait monter le stress et la mayonnaise de façon remarquable. C’est une de mes nouvelles préférées dans ce recueil.

 

Bloodline de Roger Jon Ellory :

Traducteur : Fabrice Pointeau

Carol et janine, deux jumelles inséparables, comme toutes les jumelles. Janine est sourde et Carol lui a servi de guide dans ce monde de fous, fait de violence et de sang. Devenues adultes, elles ont pris des chemins différents, mais elles sont liées par des liens indéfectibles pour toujours.

D’une construction complexe, pleine de mystère, cette histoire ancrée dans le réel va suivre une ligne directrice faite de sang et de larmes. Carol se retrouve sur le lieu d’un accident de la route, un homme va se vider de son sang et cela va être l’occasion pour elle de renouer les liens avec sa sœur. Cette nouvelle et sa chute sont juste magnifiques, 30 pages de pur plaisir par un auteur qui sait faire passer les sentiments comme peu le savent.

 

Un sacré chantier de Nicolas Lebel :

Avec tout ce boucan, sur le chantier, on ne peut rien entendre. Sandra a rendez vous avec le lieutenant Laimery pour la reconstitution d’un crime, le viol par son propre patron. Parole contre parole.

En très peu de pages, cette nouvelle pleine de bruit se lit comme du petit lait, et bénéficie d’une fin inattendue, très inattendue.

 

Zones de fracture de Sophie Loubière :

Scène banale, celle d’une agression. Delphine Savet, la cinquantaine a rencontré un homme de dix ans son aîné, et c’est devenu l’amour fou. Mais en rentrant chez elle, un vol à la sauvette, elle tombe, se fracasse la tête contre le trottoir et c’est le drame. Face à ce genre d’agression, il y a peu de chances de trouver le vrai coupable.

L’air de rien, Sophie Loubière nous construit en 5 chapitres un véritable roman choral, passant d’un personnage à l’autre. Cette histoire, ancrée dans un quotidien normal de banlieue, s’avère une excellente nouvelle dont la chute vous laissera évidemment ébahi, tant elle est bien amenée et bien trouvée.

 

Echos de Maud Mayeras :

Charlie a 7 ans. Depuis tout petit, il entend des bruits. Peut-être sont-ils vrais, peut-être ne parlent-ils que dans sa tête ? Alors Charlie est un peu isolé à l’école, subissant les moqueries de ses camarades de classe. Charlie avait un frère, Lucas, mais il est mort l’année dernière, écrasé par un chauffard. Pourtant, il entend des bruits dans la chambre de Lucas. Mais il n’a pas assez de courage pour aller voir …

Cette histoire racontée par Charlie, mais à la troisième personne du singulier, est juste un pur morceau de tendresse, emplie d’incompréhensions et des peurs de l’enfance. Se déroulant tout doucement au rythme d’événements familiaux douloureux, c’est un pur morceau de sucré glacé, une histoire fondante et noire à déguster comme il se doit, avec un café bien fort, et en serrant les dents. C’est ma nouvelle favorite de ce recueil.

 

La fête foraine de Romain Puértolas :

Romain et Patricia ont décidé de se prendre quelques jours de vacances aux Canaries. Laissant leur enfant chez les grands-parents, ils dégotent un appartement calme en bord de mer. Mais dès le premier jour, ils sont assaillis par un bruit infernal, venant de la fête foraine toute proche.

Seul auteur inconnu pour moi de ce recueil, je dois dire que je me suis beaucoup amusé à lire les mésaventures de ce couple, venu pour trouver un peu de calme et qui se retrouvent en plein enfer. D’un ton humoristique, la fin est un vrai éclat de rire. C’est la seule nouvelle qui ne soit pas ouvertement noire.

 

Quand vient le silence de Laurent Scalese :

Xavier Deckard voit sa vie partir à vau l’eau : viré de son boulot, il écrase une jeune fille en rentrant chez lui. Puis il apprend que sa femme le quittera après leur week-end à la montagne. La descente aux enfers ne fait que commencer.

D’un ton noir et volontairement cruel, ce personnage désagréable et assassin va subir nombre de tortures sous la plume de Laurent Scalese. C’est la seule nouvelle de ce recueil que j’ai trouvé trop courte, en demandant un peu plus pour être plongé dans sa psychologie.

 

Le Diable m’a dit … de Cédric Sire :

Joan est auteur de thrillers. 12 ans auparavant, sa femme Dahlia, l’amour de sa vie, a disparu. Depuis, il a connu le syndrome de la page blanche … jusqu’à ce que son dernier roman connaisse un succès phénoménal. Mais le Diable, le ravisseur de Dahlia revient et l’enlève à son tour …

Cédric Sire nous offre là une excellente nouvelle toute en tension avec un vrai scénario et des personnages plus vrais que nature. Moi qui ne suis pas fan de ses romans, car ce n’est pas mon genre, je dois dire que je me suis laissé prendre par cette histoire diabolique jusqu’à la dernière page.

Chronique virtuelle : Ska cru 2019

Comme tous les ans, je vous propose une petite revue des derniers titres parus chez Ska, ou du moins certains d’entre eux. Voici donc quelques lectures électroniques noires, pour notre plus grand bien. L’ordre des billets ne respecte pas mon avis mais l’ordre de mes lectures. Tous ces titres et plus encore sont à retrouver sur le site de Ska : https://skaediteur.net/

Cercueil express de Mouloud Akkouche

Mohamed est devenu humoriste en France. Quand on lui apprend que sa mère est malade, il ne songe qu’à retourner au pays, l’Algérie, pour la voir. Mais des extrémistes ont juré de lui faire la peau à cause de certaines phrases dans son spectacle. C’est son fils ainé qui a l’idée : il n’a qu’à faire le voyage enfermé dans un cercueil.

Même si le sujet peut prêter à rire, et si on peut aisément imaginer une comédie avec ce thème, c’est avec beaucoup de délicatesse et de finesse que Mouloud Akkouche nous raconte cette histoire. On y passe facilement de la comédie à l’émotion en passant par la rage en une vingtaine de pages. Cette nouvelle est l’illustration parfaite de la façon de raconter une histoire simplement.

Kidnapping de Luis Alfredo :

Le quotidien d’un officier de police est très varié de nos jours. Le commandant René Charles de Villemur peut passer d’un rassemblement politique à un suicide en passant par la disparition d’une personne. C’est la disparition de Véronique Chérelle qui va l’occuper, rapportée par son adjoint Octave. Celle-ci a organisé un repas avec des amis et elle n’est pas présente, laissant son mari gérer le repas. Parmi les amis, il y a l’influent M. de Saint-Mont. Devant l’inquiétude de l’assistance, Chérelle appelle la police, ce qui va donner à une enquête sous haute tension dès lors que l’on touche aux grands de ce pays.

Quelle idée de démarrer par l’épisode 3 de cette série ! Je découvre donc bien tard cette série et je dois dire qu’on peut les lire indépendamment les uns des autres. Il y a un coté suranné dans le style, un coté légèrement décalé et humoristique, voire sarcastique, qui rendent cette lecture passionnante. L’intrigue est simple mais en peu de mots, l’auteur créé des psychologies, une ambiance et c’est du pur plaisir. Pour tout vous dire, j’ai déjà acheté les autres épisodes ! Je pense que j’y reviendrai plus en détail plus tard …

Baiser du soir de Gaëtan Brixtel

Léa se rappelle ses deux grands parents qui se sont aimés durant toute leur vie. Ils ont toujours montré un visage avenant, humoristique, pas sérieux. Le grand père en particulier racontait à Léa toute jeune ce qu’on ne dit qu’aux grandes personnes. Et ça énervait le père.

Je ne peux vous en dire plus sur cette nouvelle de 12 pages qui sent bon le vécu. Sous la forme d’une chronique familiale, il additionne les anecdotes pour mieux cerner la psychologie des personnages et surtout enfermer le lecteur dans ses bras de lettres. C’est une bouffée d’émotion intense jusqu’à la chute d’une noirceur sans pareille. L’une de mes nouvelles favorites de cet auteur.

Contrat de chair de Mathilde Bensa :

Victorine quitte Le Havre au mois d’aout 1863 à bord de l’Isis, à destination de Port-de-France. Orpheline, elle avait été désignée parmi d’autres pour repeupler la Nouvelle Calédonie. Chenepa est canaque et a donné cinq enfants à Baptiste mais trois seulement ont survécu à la terrible fièvre ; elle se retrouve supplantée par Victorine. Victorine aura une fille Marie. C’est 13 ans plus tard que le drame va se jouer.

Cette nouvelle est surprenante par sa concision, nous insérant dans un monde inconnu, dans une famille inconnue et nous fait vivre une horreur comme il en existe tant. Si encore une fois, cela me parait court, c’est bien parec que cette plume expressive est très addictive et qu’on aimerait qu’elle nous raconte d’autres histoires plus longuement.

Lola de Louisa Kern

Comme une lettre, cette nouvelle nous raconte des souvenirs, des itinéraires, des regrets sur un homme qui a vécu les barricades, qui a fait de la prison et s’aperçoit vingt ans plus tard qu’il a raté sa vie. A mon avis, c’est un peu court, et pourtant ces phrases regorgent d’émotions brutes.

Dur à avaler de Stéphane Kirchacker :

En principe, quand il n’y a pas de corps, il n’y a pas de meurtre. Le capitaine Ludovic Grelier interroge une danseuse de boite de nuit habillée en geisha. Il veut savoir où peut bien être Maître Xavier Rochard. Il est loin d’imaginer ce qui a bien pu se passer, très loin, trop loin. Comme quoi, il faut se méfier des apparences.

Cette nouvelle policière prend une tournure plutôt classique, mais en respecte tous les codes. Un lieu, une description sommaire, des dialogues bigrement efficaces, une scène importante qui change tout, et surtout une fin ENORME. En même temps que je découvre un nouvel auteur, je découvre un nouveau talent. Un conseil : ne ratez pas cette nouvelle !

Le fils de Gaëtan Brixtel :

Le retour du fils prodigue … enfin, pas tout à fait. Dans une famille comme toutes les autres, le père est à la retraite et taille sa haie l’été. La mère sourit tout le temps. Le fils, c’est Vincent Deschamps, et il est de retour pour quelques temps … ou pas. Il retrouve ses copains d’avant, sa copine et ses souvenirs. Il est heureux mais aussi profondément désespéré, alors il prend des anxiolytiques. Beaucoup …

Portrait d’un jeune désœuvré, cyclothymique ou bipolaire, sans avenir, sans espoir, qui passe de la joie simple à la noirceur de son âme désespérée, cette nouvelle arrive à nous recréer une ambiance de village, une vie de famille, ses souvenirs, ses photos, ses secrets en tout juste un peu plus de 20 pages. C’est juste parfait, il y a un équilibre entre la narration et le parti pris de l’auteur d’avoir choisi de raconter son histoire en basculant entre le Je et le Il, pour montrer les états d’âme de Vincent. Petit à petit, cette histoire bascule dans le noir, l’horreur, l’inimaginable. C’est juste magnifique.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

Il est à noter que l’Oncle Paul a chroniqué quasiment tous ces titres. Allez donc y fouiller !

Le pari de Gaëtan Brixtel :

Vincent et Anne sont deux adolescents. Elle semble avoir besoin de protection, lui veut la protéger. Quand ils se retrouvent seuls, elle lui propose un bain de minuit. Mais il fait froid, il fait nuit, et cette nuit va faire mal.

Comme une scène de film, décrite avec tant de justesse, cette nouvelle en devient vite une scène de torture. Et si la fin est indécise, pour notre plus grand plaisir, elle devient vite une tranche de vie amère, de celles que l’on n’oublie pas. Il y a comme un air de nostalgie, de regrets derrière ces lignes, qui font partie des cicatrices que l’on porte en nous.

Double Noir Saison 1

Claude Mesplède, le pape du polar s’est lancé dans une nouvelle aventure. L’association Nèfle Noire propose des nouvelles noires sous un format original (Format A6, c’est-à-dire tout petit, ça tient dans une poche de pantalon) à un prix tout aussi original (2€ !). Le contenu est aussi original, puisqu’il regroupe dans un volume 2 nouvelles, l’une écrite par une auteur classique, l’autre par un auteur contemporain. Ce qui veut dire que pour 2 euros, vous avez droit à une heure de lecture (car la fonte de l’écriture est riquiqui, et c’est le seul reproche que je ferai, mais essayez de proposer 2 nouvelles en 20 pages !)

Chaque année, nous avons donc droit à une série de nouvelles. La saison 1 se compose de 4 volumes (ou épisodes si on se réfère aux séries télévisées). Ah oui, j’ai oublié de vous dire : les frais d’envoi à partir de 4 livres sont de 4 euros ! C’est donné ! Franchement, parfois, je me demande pourquoi vous hésitez encore ! Du coup, j’ai acheté les 2 premières séries, la troisième devant voir le jour en octobre de cette année.

Ah oui, j’ai une question d’une petite dame au fond de la salle. Comment ? Où peut-on se procurer ces petits volumes au contenu aussi étonnant que formidable ? C’est simple : vous allez sur le site www.doublenoir.fr/, vous téléchargez le bon de commande, un petit chèque et hop ! L’affaire est conclue. Ah ! une autre question de la petite dame du fond : De quoi parlent la première saison ? Eh bien, voici un petit aperçu des 8 nouvelles de la saison 1 :

Saison 1 / Episode 1 :

Erckmann-Chatrian: La voleuse d’enfants

En 1787, à Mayence, une femme erre dans la ville en appelant sa fille, disparue. Tout le monde la prend pour une folle. Il faudra la disparition du fils d’un colonel pour que le prévôt veuille bien lancer une enquête. En une dizaine de pages, l’ambiance brumeuse et sombre est formidablement posée. Et le mystère va nous mener à un dénouement noir et macabre digne des thrillers actuels. Une nouvelle énorme !

Marc Villard : Chorus

Sam est un génie méconnu de la trompette. Il joue dans des petits bars et son ancienne petite amie Diana lui demande un service. Mais il n’aurait jamais dû écouter son cœur sur ce coup là. Marc Villard nous écrit un pur polar réjouissant. Tout y est : l’ambiance, les méchants, les gentils, la femme fatale … et l’amour du jazz. Là ou des auteurs mettent 300 pages à vous intéresser, Marc Villard le fait en 11 !

Saison 1 / Episode 2 :

Abraham Lincoln: L’affaire Trailor

William, Henry et Archibald Trailor ne sont pas connus pour être des frères bandits ou assassins. Fisher, voisin de William, partit avec lui rejoindre ses autres frères. Arrivés à Sptingfield, ils prirent une chambre dans une pension. Le soir, ils partirent faire un tour dans les bois et Fisher ne revint jamais. Avec cette histoire mystérieuse, le Président des Etats-Unis Abraham Lincoln demande et se demande ce que doit être une société juste et la place de la justice dans celle-ci.

Franck Thilliez : Gabrielle

Gabrielle et Pierre sont deux amoureux de la nature. Tous les ans, ils observent et filment les grizzlis à la chasse automnale, qui se préparent pour un hiver rigoureux. Ils habitent au milieu des bois, derrière un grillage électrifié. Mais cette année-là , les saumons ne sont pas au rendez vous, et les grizzlis ont faim, désespérément faim. Le stress monte, monte, jusqu’à un dénouement totalement inattendu. J’ai trouvé cette nouvelle excellentissime, et non dénué de tendresse.

Saison 1 / Episode 3 :

Emile Zola: Les disparitions mystérieuses

Emile Zola est un de mes auteurs favoris que j’ai découvert lorsque j’étais au collège. Avant les Rougon-Macquart, en 1867, il publiait une chronique dans le Figaro, qui se voulait une critique acerbe et humoristique, tournant en dérision les novellistes qui inventent des histoires sur la base de disparitions de gens. Commencé comme un reportage pour rassurer ses lecteurs, il transforme cette chronique en un charmant petit morceau de comédie.

Laurence Biberfeld : Treize, impair et manque

Martin Saroyo avait tout pour lui : riche, PDG, et venant de gagner de fortes sommes au casino. Alors comment expliquer qu’on le retrouve mort, suicidé, ayant croqué une pilule de cyanure. De cet événement dramatique, Laurence Biberfeld nous concocte une nouvelle bien noire au dénouement aussi inattendue qu’inhumain.

Saison 1 / Episode 4 :

Scott Fitzgerald : Pendant le bal

Il est étonnant de lire une nouvelle de Francis Scott Fitzgerald qui lorgne du coté du roman policier. On a du mal à l’imaginer, pour qui a lu Gatsby le Magnifique. On y retrouve tous les ingrédients d’un roman policier, un personnage féminin, une scène de meurtre, et on se laisse bercer par ce style inimitable et nonchalant de ce grand auteur, à la fois dandy et subtil dans sa façon de fondre les personnages dans des décors éthérés.

Elsa Marpeau : Jeu de main

Elle aime l’informatique et s’est créé son propre monde imaginaire. Avant de préparer le repas de la famille, elle s’évade dans ce monde parfait. Parfait ? Pas sur ! En quatre pages, seulement, Elsa Marpeau arrive à nous plonger dans un monde plus vrai que vrai. L’effet en est saisissant et la chute d’autant plus violente pour le lecteur. Un sacré coup de force pour cette auteure décidément trop méconnue.

Chronique virtuelle : Ska cru 2017

Comme tous les ans, je vous propose une petite revue des derniers titres parus chez Ska, ou du moins certains d’entre eux. Voici donc quelques lectures électroniques noires, pour notre plus grand bien. L’ordre des billets ne respecte pas mon avis mais l’ordre de mes lectures.

Petit Jésus de Régine Paquet :

 « Même mon père n’a pas supporté la croix de mon prénom. Il s’est barré dès mes 2 ans pour ne jamais revenir ni donner le moindre signe d’intérêt concernant le sort de son unique rejeton. Depuis on est resté en tête en tête maman et moi. Et le pire c’est que pendant des années ça m’a suffi, ça m’a comblé. Etre le petit Jésus de ma maman adorée qui ne s’appelle pas Marie. A presque 25 ans, là je n’en peux plus, j’étouffe. Pas parce que comme avant elle me prend sans cesse dans ses bras pour couvrir de baisers la frimousse de son petit homme, pas parce qu’elle étale sa sollicitude anxieuse sur toutes les plages de ma vie, pas parce qu’elle fait la voiture balai de toutes mes amitiés et de mes frémissements amoureux…non. Juste parce qu’elle est là, pas loin, quasi chaque jour. »

Cette nouvelle, fruit d’un atelier d’écriture dirigé par Jeanne Desaubry et organisé par l’association « Tu connais la nouvelle », illustre le thème « Famille, je vous Haime ».

Mon avis :

En 10 pages, Régine Paquet relève le pari de narrer 25 ans de la vie d’un jeune homme affublé du prénom de Jésus par la volonté de sa mère. Son père est parti quand il avait 2 ans et il est tout pour sa mère. De son 7ème anniversaire à sa crise d’ado, jusqu’à cette veille de Noel qui clot la nouvelle dans un grand éclat de rire noir. Impressionnant.

La traque de Sébastien Géhan :

« Déjà la foule les cherche du regard. Un gendarme les pointe du doigt. Sans réfléchir, Simon se détourne. Moussa se carapate sans demander son reste… Moussa court, Simon court. Leurs cœurs cognent dans leurs frêles poitrines. Derrière eux, les claquements des bottes à bouts ferrés résonnent en un terrible écho à leur peur. De longues larmes strient leur peau, brouillent leur vue, dégoulinent jusqu’à leurs lèvres déformées en des rigoles de souffrance. D’un revers de manche, ils s’essuient les yeux. »

A travers le destin de deux enfants, Sébastien Gehan mêle les époques et les situations.  Rafle des juifs durant la dernière guerre ou expulsions d’immigrants aujourd’hui, deux réalités non comparables, mais une même barbarie à l’œuvre.

Mon avis :

1942, l’enfant s’appelait Simon. 2003, L’enfant s’appelait Moussa. Simon était juif. Moussa est noir. On leur fait sentir que les deux ne sont pas chez eux, qu’ils ne seront nulle part chez eux. De ce parallèle difficile entre deux époques différentes, Sébastien Gehan donne à prendre du recul et réfléchir sur le monde. Les époques changent, les hommes restent toujours des bêtes.

Cruel d’Isabelle Letélié :

« L’homme s’est arrêté de parler et de marcher et s’est laissé tomber dans le fond du  hangar, dans le noir. Votre cœur bat encore de ses mots, des images qu’il a fait surgir et de son désespoir qu’il vous a communiqué. Puis votre attention se reporte sur la femme. La compassion que vous éprouviez un peu plus tôt pour sa situation s’est considérablement amoindrie. Bien au contraire, l’histoire que vous venez d’entendre vous a empli d’une épouvante qui a mué votre commisération en quelque  chose qui ressemble maintenant à de la haine. »

Isabelle Letélié nous offre une nouvelle qui rend le lecteur complice et spectateur de l’action qui s’y déroule, la chute vous en donnera les raisons. Original et bougrement efficace.

Mon avis :

C’est une nouvelle auteure que je découvre, et j’ai beaucoup aimé son efficacité, même si sa violence m’a un peu mis mal à l’aise. Voici un duel entre un homme et une femme, une scène de baston, une scène de torture. Va-t-il gagner, va-t-elle perdre ? Est-on suffisamment armé pour assister à ce scenario jusqu’au bout ? Est-ce réel ou imaginaire ? Lisez donc cette nouvelle jusqu’au bout pour vous rendre compte que vous aussi, vous aurez été manipulé !

Comme du sang d’Isabelle Letélié :

« Mais le répit est de courte durée. Dans son esprit, meublant le ruban infiniment avalé de la route, commencent à surgir des fragments stroboscopiques des heures qui viennent de s’écouler.         

Du rouge, beaucoup de rouge. Du rouge carmin, du rouge cramoisi, du rouge mouvant, du rouge figé, du rouge en gouttes et en nappes. Du sang ! Beaucoup de sang !  

C’est beau, non ? Le sang est une matière merveilleuse. J’aime ses couleurs changeantes, sa texture, son odeur. Depuis toujours. Mon premier souvenir est celui du sang. Je devais avoir trois ans. »

Au fil de ses nouvelles, Isabelle Letélié révèle son talent de conteuse de noires histoires où des suggestions pointillistes distillent une angoisse qui est la marque du genre.

Mon avis :

Quand on aime, on ne compte pas. Avec la même réussite que dans sa nouvelle précédente, l’auteure nous immerge dans la tête d’un homme au volant d’une voiture, qui se remémore des scènes noires. Entre réalité et imagination, une nouvelle fois le sens de la chute finale fait mouche.

Mémoire vive de Louisa Kern :

« Nettie ne se souvient plus que le repas est déjà dans le four. Alors elle prend un autre plat et dispose à nouveau les couches de légumes, de viande hachée, avec un peu de crème et de fromage râpé. Nettie refait les gestes qui la rassurent. Au moins n’est-elle plus en train d’essayer de se rappeler.   

Georges secoue la tête. Bien sûr que non, elle ne se souviendra pas de la promesse d’il y a cinquante ans. Au fond, il a bien fait de les appeler. Qu’ils viennent le plus vite possible, ça ne peut pas durer. C’est trop douloureux de la voir comme ça. »

Louisa Kern possède la faculté d’embarquer le lecteur sur des voies étranges, où le réel n’est jamais vrai, où le mystère est une autre forme de réalité. Le faux semblant est ici manié avec la maestria d’une nouvelliste de grand talent.

Mon avis :

Un homme regarde une femme dans ses taches ménagères. De l’importance de l’observation des petits détails qui construisent les souvenirs, qui bâtissent la mémoire. Toutes ces petites pièces de puzzle dont sont faites nos vies sont juste brossées, avec une simplicité étonnante, avant de nous plonger dans une fin noire, presque déprimante. On ressort de cette nouvelle la gorge serrée.

Aux enfants du Nord de Mathilde Bensa

« — Il faut que tu ailles le chercher à dix-huit heures chez Nelly avant de prendre les grands à la garderie. Je rentre tard ce soir.

— J’ai rendez-vous chez l’cardio à quatre heures. Je ne sais pas si je serai sorti.

— T’as appelé mon frère pour le boulot dont il t’a parlé dimanche ? Son copain, il ne va pas attendre cent sept  ans que tu lui téléphones.

— Je te dis que je vais chez le cardio et que je ne sais pas si je serai sorti.

— Mais t’as rien. Qu’est-ce que tu me prends la tête avec ça ! Arrête plutôt de jouer à la console et cherche du boulot. Ya six mois tu pouvais plus bouger à cause de ton dos, maintenant c’est le cœur. Et puis ce sera quoi après ? »

Cette nouvelle, fruit d’un atelier d’écriture dirigé par Jeanne Desaubry et organisé par l’association « Tu connais la nouvelle », illustre le thème « Famille, je vous Haime ».

Mon avis :

Cette nouvelle est terrible car terriblement encrée dans notre quotidien. De la difficulté à affronter le chômage au quotidien qui nous bouffe, cette histoire se termine horriblement alors qu’elle commence par une grand-mère qui veut rapporter son doudou à son petit-fils. Et la qualité est telle qu’elle rappelle Natural Ennemies de Julius Horwitz. A ne rater sous aucun prétexte.

Le Roi Richard de Jeanne Desaubry :

« Papa, je voulais te dire…

— Quoi ? Vas-y, allez ! T’as pas peur de ton Papa quand même !

— C’est les autres à l’école. Elles aiment pas leur papa comme moi.

— Et tu l’aimes grand comment ton Papa, hein, ma puce ?

— Je l’aime fort ! fort ! »

La petite Léna se love contre son père. Il la serre tendrement, pose un baiser dans ses cheveux. Malgré la journée d’école, il y reste des traces d’odeur du shampooing bébé à la fraise qu’elle affectionne toujours. »

Cette fiction est inspirée de deux fait divers ayant défrayé la chronique judiciaire : mêlant incestes, abus et meurtre. Le style acéré, elliptique de l’auteure donne des effets de réel parfois insoutenables. Un diamant noir par une orfèvre en la matière.

Mon avis :

Je le dis souvent, les femmes ont l’art d’écrire des romans beaucoup plus durs que ce que peuvent écrire les hommes. Elles ont ce talent de toucher juste, de trouver les mots qui marquent les émotions. Jeanne Desaubry réussit ce coup de force dans cette nouvelle de nous placer en confesseur d’une femme qui raconte son quotidien fait de violences et d’incestes. Sans tomber dans le glauque, dans le voyeurisme, l’auteure montre, démontre et dénonce l’inacceptable. C’est terriblement effrayant et tout simplement noirissimement génial.

 

Les compils de Jan Thirion et Jérémy Bouquin

Ça s’appelle Thirion, la compil’ et Bouquin, la compil’.

Le recueil de Jan Thirion regroupe 15 nouvelles de tous genres qui sont :

Le Voyage à dos de cailloux

L’Enfant couché

Lac noir

Les Échassiers

Réussir une séparation

Salon du livre et du reptile

La Grande Sortie du dimanche

Une signature héroïque

Schizo

Dans la nuit, une pierre blanche

10 rounds

Flash mortel

Plume de sang

Moi, gorille et auxiliaire de vie

La grande déculottée

Le recueil de Jérémy Bouquin en regroupe 5 qui sont :

No limit !

Music Box

Nickel

Echouée

Boudin

Dans les deux cas, ce sont deux recueils à ne pas manquer.

Ces nouvelles et recueils sont à commander sur Ska-Librairie bien sur. Et n’oubliez pas le principal, lisez !

Le détective détraqué ou les mésaventures de Sherlock Holmes

Editeur : Baker Street

Traducteurs : Isabelle D. Philippe, Laure Joanin, Martine Leroy-Battistelli, Jean-Luc Piningre, Julie Maillard-Pujos et Yves Sarda.

Le personnage de Sherlock Holmes est tout de même inédit dans la littérature. Créé par Sir Arthur Conan Doyle, il est devenu si connu que beaucoup de gens croient qu’il a existé. Rien que pour ça, il est passé à la postérité ! Evidemment, cela peut irriter ou amuser certains auteurs. Par conséquent, de nombreuses nouvelles prenant pour personnage principal Sherlock Holmes sont sorties de tout temps. Ce recueil de nouvelles en regroupe un certain nombre, balayant une période allant de 1892 à 2012. Elles sont toutes écrites par des auteurs reconnus et optent pour une parodie du grand détective, chaque auteur y amenant son style humoristique propre. Plus qu’une curiosité, c’est un drôle de divertissement drôle que les éditions Baker Street nous offrent.

Le grand mystère de Pegram de Robert Barr :

Sherlaw Kombs s’ennuie chez lui et reçoit la visite de son ami Whatson. Un journaliste débarque et lui demande son aide pour résoudre le mystère de Pegram : Un homme a été retrouvé assassiné dans un train et on lui a dérobé tout son argent. Alors que le début de l’histoire montre toute la logique du grand maitre, la fin se termine par un grand éclat de rire cynique et cruel. Comme quoi, l’humilité, ça peut servir !

L’aventure des deux collaborateurs de James M.Barrie :

Sherlock Holmes devine qui sont les deux hommes qui viennent le voir sans les connaitre. Heureusement qu’il y a un paragraphe avant la nouvelle proprement dite, pour nous expliquer le contexte. Cette nouvelle est en fait une Private Joke que Sir Arthur Conan Doyle adorait.

La kermesse du terrain de cricket de Sir Arthur Conan Doyle :

C’est une nouvelle ne mettant en scène Sherlock Holmes et le Docteur Watson où l’auteur se moque de son héros. Sherlock arrive à deviner la teneur d’une lettre que Watson vient de recevoir.

Le cambriolage d’Umbrosa de R.C.Lehmann :

Invités dans la demeure du gouverneur John Silver, Picklock Holes et le docteur Potsonvont déjouer un cambriolage avant qu’il ait lieu. Fort bien écrite (et traduite), cette nouvelle flirte avec l’absurde. Je me suis beaucoup amusé.

Le vol du coffret à cigares de Bret Harte :

Le grand Hemlock Jones a été victime d’un vol : on lui a dérobé son coffret à cigares, que l’ambassadeur de Turquie lui avait offert. C’est une nouvelle hilarante où l’auteur se moque ouvertement de Sherlock Holmes … même si la chute est triste.

Scotland Yard de R.C.Lehmann :

Picklock Holes s’amuse à piéger l’inspecteur Lumpkin de Scotland Yard avec la complicité de son compares Potson. C’est une nouvelle qui flirte avec le burlesque, une sorte d’illustration de l’arroseur arrosé.

La beauté secourue de William B.Kahn :

Une nouvelle fois, l’humour absurde fait mouche dans cette nouvelle où Combs se transforme en bureau des renseignements.

Herlock Sholmes arrive trop tard de Maurice Leblanc :

Le créateur d’Arsène Lupin a parfois utilisé Herlock Sholmès dans le but de créer un duel entre les deux fantastiques personnages. Ici, en une trentaine de pages, nous allons visiter le château de Thibermesnil, faire la rencontre d’illustres personnages, assister à un vol audacieux, tomber amoureux de miss Nelly, et voir Sholmès résoudre le mystère du passage secret. Une grande nouvelle.

D’un cheveu de Jean Giraudoux :

« Je sortais des bras de Madame Sherlock Holmes, quand je tombais, voilà ma veine, sur son époux. ». Le docteur Watson va assister à l’esprit infaillible de logique de son ami, dans cette nouvelle qui m’a tiré un bel éclat de rire.

Arthur Conan Dyle de Jack London :

Jack London, dans un extrait de sa biographie, écrit sa fascination pour l’auteur de Sherlock Holmes et sa volonté de le rencontrer. Passionnant.

L’aventure de l’éditeur de livres d’art assassiné de Frederic Dorr Steele :

Le célèbre illustrateur des enquêtes de Sherlock Holmes écrit, dans cette nouvelle, une charge contre les éditeurs malhonnêtes. S’il n’y a pas de déduction logique, cette nouvelle permet à l’auteur de vider son sac.

Le meurtre de la cathédrale de Canterbury de Frederic Arnold Kummer :

Vous y croyez, vous, à Holmes et Watson en version féminine ? C’est bien ce que nous propose cette nouvelle, en mettant en scène la fille du grand Sherlock. Apparemment, la fille a les mêmes qualités que son père, sans les défauts. Cette nouvelle est tout simplement excellente, et probablement une des meilleures de ce recueil (à mon humble avis).

La plus grande machination du siècle de René Reouven :

Nous allons enfin découvrir la vérité sur la mort de Sherlock Holmes, à travers un éditorial écrit par le colonel Moriarty, le soi-disant frère du Professeur qui a poussé le détective dans le vide. Une autre façon de détourner le mythe.

Epinglé au mur de Peter G.Ashman :

L’auteur nous propose un recueil de lettres restées sans réponse et adressées à Sherlock Holmes après sa mort. Très drôle.

L’aventure de l’héboniste chronique de Ely M.Liebow :

Un Sherlock Holmes mâtiné à la sauce Humour juif.

L’autre défenestration de Pargue de Jacques Fortier :

Les deux dernières nouvelles (celle-ci et la suivante) sont plus récentes. Pour autant, cette défenestration, si elle est moins ironique, est remarquable par la logique déployée par le génial détective.

L’aventure du banquier pervers de Bernard Oudin :

Même si cette nouvelle n’a rien à voir avec l’affaire du Sofitel de New York de DSK, c’est avec à la fois beaucoup d’humour et de sérieux que l’auteur reprend une affaire similaire pour démontrer tout le génie de Sherlock Holmes. De quoi le regretter !

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

Hong Kong Noir de Chan Ho-Kei

Editeur : Denoel

Traducteur : Alexis Brossolet

Le titre de ce roman peut faire penser aux recueils de nouvelles publiés par les éditions Asphalte, qui étaient centrés sur une ville. Et on peut voir ce roman comme une somme de nouvelles écrites par un seul auteur sur Hong Kong. Mais ce serait bien réducteur car ces 6 enquêtes ou affaires policières forment un ensemble qui permet de voir l’évolution de cette ville et de sa criminalité.

Les deux personnages principaux sont Kwan Chun-Ok et Lok Siu-Ming. Kwan est un enquêteur hors pair, le seul à avoir connu un taux de résolution d’affaires de 100%, grâce à son esprit d’observation, de déduction, de psychologie et de ruse. Lok est un jeune inspecteur que Kwan a pris sous son aile, et qu’il forme. D’ailleurs il n’est pas rare que Lok l’appelle Maître.

Au travers de ces 6 affaires, on voit évoluer la ville et sa vie, mais aussi comment la criminalité a pris son essor et le pouvoir. La première affaire nous montre Kwan sur son lit de mort, atteint d’un cancer du foie, plongé dans le coma et capable de ne répondre aux questions que par des bips (1 bip pour oui, 2 bips pour non), grâce à des électrodes branchées sur son cerveau. Puis, avec les affaires suivantes, nous allons remonter le temps et participer aux enquêtes importantes résolues par Kwan et Lok.

Et le lecteur est invité à participer à ces enquêtes. Car l’auteur décrit ce que les deux enquêteurs voient, et démontre dans le dernier chapitre comment on peut arriver à la solution en ne faisant preuve que de logique et d’observation, avec une bonne dose de ruse pour piéger le coupable. Outre l’aspect ludique, c’est une véritable démonstration et on en peut rester insensible devant tant d’ingéniosité à la fois dans la construction de l’intrigue mais aussi dans la précision de l’écriture (et de la traduction).

Il y a aussi dans ces enquêtes la volonté de montrer comment les gens et leur vie a évolué. Si le propos n’est pas politique ou revendicateur, les faits relatés sont suffisamment explicites pour nous faire vivre cette ville et son évolution tout au long des 50 années que balais ce roman. Alors, roman ou recueil ? Peu importe, c’est un livre passionnant à lire dont je vous propose un résumé des 6 affaires.

  • La vérité entre le noir et le blanc

En 2012, M.Yuen, le propriétaire d’une puissante entreprise familiale a été assassiné chez lui à l’aide d’un fusil de chasse sous-marine. Si on peut penser à un cambriolage, tant le bureau a été retourné, rien n’a été dérobé à part quelques centaine de milliers de dollars. L’inspecteur Lok a réuni la famille et la domestique dans la chambre d’hôpital de Kwan Chun-Ok, le divin détective afin de découvrir le coupable.

  • L’honneur du prisonnier

Au début des années 2000, deux triades se partagent le marché de la criminalité à Hong-Kong, la Société de l’Infinie Justice et la Tige de la Florissante Loyauté, dirigée par Chor. Chor est aussi le propriétaire d’une société de show business dont la principale vedette est Tong Wing, une fantastique chanteuse. Au commissariat, on vient de recevoir une vidéo amateur montrant l’agression de Tong Wing et on la voit s’enfuir poursuivie par quatre malfrats. L’inspecteur Lok va devoir trouver les coupables de ce meurtre, alors qu’on n’a pas retrouvé le corps de la chanteuse.

  • Le jour le plus long

Kwan Chun-Dok est dans son dernier jour de travail, en cette année 1997, pour une retraite bien méritée. Il tient à boucler une dernière affaire, retrouver Shek, un dangereux truand qui vient de s’évader de l’hôpital où on l’avait amené. Alors que Hong Kong passe sous gouvernance chinoise, les émeutes font rage. Sur un marché, un attentat vient d’avoir lieu : des forcenés ont jeté des bombes de soude, brulant des passants. La police étant débordée, elle fait appel au département des crimes sérieux et Kwan, aidé de Lok vont aller sur place pour trouver les coupables.

  • La balance de Themis

Shek, le truand de l’épisode précédent, avait un frère. C’est Kwan qui les avait arrêtés huit ans plus tôt. Cet épisode revient sur la descente dans un immeuble de Hong Kong, qui fut un véritable fiasco d’un point de vue pertes humaines. Les frères Shek, Shek Boon-Tim et Shek Boon-Sing ont été repérés dans une planque et l’assaut des forces de police est donné avant que les équipes de renfort n’arrivent. De nombreuses victimes civiles vont y rester et Kwan va essayer de comprendre ce qui s’est passé.

  • Terre d’emprunt

Graham et Stella Hill ont déménagé après avoir subi un revers financier suite au crash pétrolier de 1973. Graham a accepté un poste dans le service qui lutte contre la corruption et Hong Kong a vu la naissance de leur fils Alfred. Un matin, Stella reçoit un coup de téléphone : Alfred a été enlevé et ne sera libéré qu’en échange d’une rançon. Effectivement, le jeune garçon et sa nounou ont disparu dès la sortie de l’école. C’est dans cette épisode que l’on voit l’importance de la corruption et des connivences entre entre les autorités chinoises et britanniques.

6- En sursis

En 1967 ont lieu à Hong Kong de nombreux attentats de la part de groupuscules communistes, visant à démontrer l’incapacité des Britanniques à faire régner l’ordre. Les attentats, basés sur de vraies et fausses bombes ont fait de nombreuses victimes. Un jeune homme essaie de survivre avec un ami qu’il nomme Grand Frère. Il habite en colocation chez la famille Ho et vit de petits boulots pour se payer un bol de riz. Un jour, il assiste à une conversation dans l’arrière boutique de M .Chow qui fait penser à une série d’attentats. Il va s’en ouvrir à un policier qu’il appelle Ah Sept.

L’ami Claude a donné un coup de cœur mérité à ce roman ici.