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Chronique virtuelle : Ska cru 2017

Comme tous les ans, je vous propose une petite revue des derniers titres parus chez Ska, ou du moins certains d’entre eux. Voici donc quelques lectures électroniques noires, pour notre plus grand bien. L’ordre des billets ne respecte pas mon avis mais l’ordre de mes lectures.

Petit Jésus de Régine Paquet :

 « Même mon père n’a pas supporté la croix de mon prénom. Il s’est barré dès mes 2 ans pour ne jamais revenir ni donner le moindre signe d’intérêt concernant le sort de son unique rejeton. Depuis on est resté en tête en tête maman et moi. Et le pire c’est que pendant des années ça m’a suffi, ça m’a comblé. Etre le petit Jésus de ma maman adorée qui ne s’appelle pas Marie. A presque 25 ans, là je n’en peux plus, j’étouffe. Pas parce que comme avant elle me prend sans cesse dans ses bras pour couvrir de baisers la frimousse de son petit homme, pas parce qu’elle étale sa sollicitude anxieuse sur toutes les plages de ma vie, pas parce qu’elle fait la voiture balai de toutes mes amitiés et de mes frémissements amoureux…non. Juste parce qu’elle est là, pas loin, quasi chaque jour. »

Cette nouvelle, fruit d’un atelier d’écriture dirigé par Jeanne Desaubry et organisé par l’association « Tu connais la nouvelle », illustre le thème « Famille, je vous Haime ».

Mon avis :

En 10 pages, Régine Paquet relève le pari de narrer 25 ans de la vie d’un jeune homme affublé du prénom de Jésus par la volonté de sa mère. Son père est parti quand il avait 2 ans et il est tout pour sa mère. De son 7ème anniversaire à sa crise d’ado, jusqu’à cette veille de Noel qui clot la nouvelle dans un grand éclat de rire noir. Impressionnant.

La traque de Sébastien Géhan :

« Déjà la foule les cherche du regard. Un gendarme les pointe du doigt. Sans réfléchir, Simon se détourne. Moussa se carapate sans demander son reste… Moussa court, Simon court. Leurs cœurs cognent dans leurs frêles poitrines. Derrière eux, les claquements des bottes à bouts ferrés résonnent en un terrible écho à leur peur. De longues larmes strient leur peau, brouillent leur vue, dégoulinent jusqu’à leurs lèvres déformées en des rigoles de souffrance. D’un revers de manche, ils s’essuient les yeux. »

A travers le destin de deux enfants, Sébastien Gehan mêle les époques et les situations.  Rafle des juifs durant la dernière guerre ou expulsions d’immigrants aujourd’hui, deux réalités non comparables, mais une même barbarie à l’œuvre.

Mon avis :

1942, l’enfant s’appelait Simon. 2003, L’enfant s’appelait Moussa. Simon était juif. Moussa est noir. On leur fait sentir que les deux ne sont pas chez eux, qu’ils ne seront nulle part chez eux. De ce parallèle difficile entre deux époques différentes, Sébastien Gehan donne à prendre du recul et réfléchir sur le monde. Les époques changent, les hommes restent toujours des bêtes.

Cruel d’Isabelle Letélié :

« L’homme s’est arrêté de parler et de marcher et s’est laissé tomber dans le fond du  hangar, dans le noir. Votre cœur bat encore de ses mots, des images qu’il a fait surgir et de son désespoir qu’il vous a communiqué. Puis votre attention se reporte sur la femme. La compassion que vous éprouviez un peu plus tôt pour sa situation s’est considérablement amoindrie. Bien au contraire, l’histoire que vous venez d’entendre vous a empli d’une épouvante qui a mué votre commisération en quelque  chose qui ressemble maintenant à de la haine. »

Isabelle Letélié nous offre une nouvelle qui rend le lecteur complice et spectateur de l’action qui s’y déroule, la chute vous en donnera les raisons. Original et bougrement efficace.

Mon avis :

C’est une nouvelle auteure que je découvre, et j’ai beaucoup aimé son efficacité, même si sa violence m’a un peu mis mal à l’aise. Voici un duel entre un homme et une femme, une scène de baston, une scène de torture. Va-t-il gagner, va-t-elle perdre ? Est-on suffisamment armé pour assister à ce scenario jusqu’au bout ? Est-ce réel ou imaginaire ? Lisez donc cette nouvelle jusqu’au bout pour vous rendre compte que vous aussi, vous aurez été manipulé !

Comme du sang d’Isabelle Letélié :

« Mais le répit est de courte durée. Dans son esprit, meublant le ruban infiniment avalé de la route, commencent à surgir des fragments stroboscopiques des heures qui viennent de s’écouler.         

Du rouge, beaucoup de rouge. Du rouge carmin, du rouge cramoisi, du rouge mouvant, du rouge figé, du rouge en gouttes et en nappes. Du sang ! Beaucoup de sang !  

C’est beau, non ? Le sang est une matière merveilleuse. J’aime ses couleurs changeantes, sa texture, son odeur. Depuis toujours. Mon premier souvenir est celui du sang. Je devais avoir trois ans. »

Au fil de ses nouvelles, Isabelle Letélié révèle son talent de conteuse de noires histoires où des suggestions pointillistes distillent une angoisse qui est la marque du genre.

Mon avis :

Quand on aime, on ne compte pas. Avec la même réussite que dans sa nouvelle précédente, l’auteure nous immerge dans la tête d’un homme au volant d’une voiture, qui se remémore des scènes noires. Entre réalité et imagination, une nouvelle fois le sens de la chute finale fait mouche.

Mémoire vive de Louisa Kern :

« Nettie ne se souvient plus que le repas est déjà dans le four. Alors elle prend un autre plat et dispose à nouveau les couches de légumes, de viande hachée, avec un peu de crème et de fromage râpé. Nettie refait les gestes qui la rassurent. Au moins n’est-elle plus en train d’essayer de se rappeler.   

Georges secoue la tête. Bien sûr que non, elle ne se souviendra pas de la promesse d’il y a cinquante ans. Au fond, il a bien fait de les appeler. Qu’ils viennent le plus vite possible, ça ne peut pas durer. C’est trop douloureux de la voir comme ça. »

Louisa Kern possède la faculté d’embarquer le lecteur sur des voies étranges, où le réel n’est jamais vrai, où le mystère est une autre forme de réalité. Le faux semblant est ici manié avec la maestria d’une nouvelliste de grand talent.

Mon avis :

Un homme regarde une femme dans ses taches ménagères. De l’importance de l’observation des petits détails qui construisent les souvenirs, qui bâtissent la mémoire. Toutes ces petites pièces de puzzle dont sont faites nos vies sont juste brossées, avec une simplicité étonnante, avant de nous plonger dans une fin noire, presque déprimante. On ressort de cette nouvelle la gorge serrée.

Aux enfants du Nord de Mathilde Bensa

« — Il faut que tu ailles le chercher à dix-huit heures chez Nelly avant de prendre les grands à la garderie. Je rentre tard ce soir.

— J’ai rendez-vous chez l’cardio à quatre heures. Je ne sais pas si je serai sorti.

— T’as appelé mon frère pour le boulot dont il t’a parlé dimanche ? Son copain, il ne va pas attendre cent sept  ans que tu lui téléphones.

— Je te dis que je vais chez le cardio et que je ne sais pas si je serai sorti.

— Mais t’as rien. Qu’est-ce que tu me prends la tête avec ça ! Arrête plutôt de jouer à la console et cherche du boulot. Ya six mois tu pouvais plus bouger à cause de ton dos, maintenant c’est le cœur. Et puis ce sera quoi après ? »

Cette nouvelle, fruit d’un atelier d’écriture dirigé par Jeanne Desaubry et organisé par l’association « Tu connais la nouvelle », illustre le thème « Famille, je vous Haime ».

Mon avis :

Cette nouvelle est terrible car terriblement encrée dans notre quotidien. De la difficulté à affronter le chômage au quotidien qui nous bouffe, cette histoire se termine horriblement alors qu’elle commence par une grand-mère qui veut rapporter son doudou à son petit-fils. Et la qualité est telle qu’elle rappelle Natural Ennemies de Julius Horwitz. A ne rater sous aucun prétexte.

Le Roi Richard de Jeanne Desaubry :

« Papa, je voulais te dire…

— Quoi ? Vas-y, allez ! T’as pas peur de ton Papa quand même !

— C’est les autres à l’école. Elles aiment pas leur papa comme moi.

— Et tu l’aimes grand comment ton Papa, hein, ma puce ?

— Je l’aime fort ! fort ! »

La petite Léna se love contre son père. Il la serre tendrement, pose un baiser dans ses cheveux. Malgré la journée d’école, il y reste des traces d’odeur du shampooing bébé à la fraise qu’elle affectionne toujours. »

Cette fiction est inspirée de deux fait divers ayant défrayé la chronique judiciaire : mêlant incestes, abus et meurtre. Le style acéré, elliptique de l’auteure donne des effets de réel parfois insoutenables. Un diamant noir par une orfèvre en la matière.

Mon avis :

Je le dis souvent, les femmes ont l’art d’écrire des romans beaucoup plus durs que ce que peuvent écrire les hommes. Elles ont ce talent de toucher juste, de trouver les mots qui marquent les émotions. Jeanne Desaubry réussit ce coup de force dans cette nouvelle de nous placer en confesseur d’une femme qui raconte son quotidien fait de violences et d’incestes. Sans tomber dans le glauque, dans le voyeurisme, l’auteure montre, démontre et dénonce l’inacceptable. C’est terriblement effrayant et tout simplement noirissimement génial.

 

Les compils de Jan Thirion et Jérémy Bouquin

Ça s’appelle Thirion, la compil’ et Bouquin, la compil’.

Le recueil de Jan Thirion regroupe 15 nouvelles de tous genres qui sont :

Le Voyage à dos de cailloux

L’Enfant couché

Lac noir

Les Échassiers

Réussir une séparation

Salon du livre et du reptile

La Grande Sortie du dimanche

Une signature héroïque

Schizo

Dans la nuit, une pierre blanche

10 rounds

Flash mortel

Plume de sang

Moi, gorille et auxiliaire de vie

La grande déculottée

Le recueil de Jérémy Bouquin en regroupe 5 qui sont :

No limit !

Music Box

Nickel

Echouée

Boudin

Dans les deux cas, ce sont deux recueils à ne pas manquer.

Ces nouvelles et recueils sont à commander sur Ska-Librairie bien sur. Et n’oubliez pas le principal, lisez !

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Le détective détraqué ou les mésaventures de Sherlock Holmes

Editeur : Baker Street

Traducteurs : Isabelle D. Philippe, Laure Joanin, Martine Leroy-Battistelli, Jean-Luc Piningre, Julie Maillard-Pujos et Yves Sarda.

Le personnage de Sherlock Holmes est tout de même inédit dans la littérature. Créé par Sir Arthur Conan Doyle, il est devenu si connu que beaucoup de gens croient qu’il a existé. Rien que pour ça, il est passé à la postérité ! Evidemment, cela peut irriter ou amuser certains auteurs. Par conséquent, de nombreuses nouvelles prenant pour personnage principal Sherlock Holmes sont sorties de tout temps. Ce recueil de nouvelles en regroupe un certain nombre, balayant une période allant de 1892 à 2012. Elles sont toutes écrites par des auteurs reconnus et optent pour une parodie du grand détective, chaque auteur y amenant son style humoristique propre. Plus qu’une curiosité, c’est un drôle de divertissement drôle que les éditions Baker Street nous offrent.

Le grand mystère de Pegram de Robert Barr :

Sherlaw Kombs s’ennuie chez lui et reçoit la visite de son ami Whatson. Un journaliste débarque et lui demande son aide pour résoudre le mystère de Pegram : Un homme a été retrouvé assassiné dans un train et on lui a dérobé tout son argent. Alors que le début de l’histoire montre toute la logique du grand maitre, la fin se termine par un grand éclat de rire cynique et cruel. Comme quoi, l’humilité, ça peut servir !

L’aventure des deux collaborateurs de James M.Barrie :

Sherlock Holmes devine qui sont les deux hommes qui viennent le voir sans les connaitre. Heureusement qu’il y a un paragraphe avant la nouvelle proprement dite, pour nous expliquer le contexte. Cette nouvelle est en fait une Private Joke que Sir Arthur Conan Doyle adorait.

La kermesse du terrain de cricket de Sir Arthur Conan Doyle :

C’est une nouvelle ne mettant en scène Sherlock Holmes et le Docteur Watson où l’auteur se moque de son héros. Sherlock arrive à deviner la teneur d’une lettre que Watson vient de recevoir.

Le cambriolage d’Umbrosa de R.C.Lehmann :

Invités dans la demeure du gouverneur John Silver, Picklock Holes et le docteur Potsonvont déjouer un cambriolage avant qu’il ait lieu. Fort bien écrite (et traduite), cette nouvelle flirte avec l’absurde. Je me suis beaucoup amusé.

Le vol du coffret à cigares de Bret Harte :

Le grand Hemlock Jones a été victime d’un vol : on lui a dérobé son coffret à cigares, que l’ambassadeur de Turquie lui avait offert. C’est une nouvelle hilarante où l’auteur se moque ouvertement de Sherlock Holmes … même si la chute est triste.

Scotland Yard de R.C.Lehmann :

Picklock Holes s’amuse à piéger l’inspecteur Lumpkin de Scotland Yard avec la complicité de son compares Potson. C’est une nouvelle qui flirte avec le burlesque, une sorte d’illustration de l’arroseur arrosé.

La beauté secourue de William B.Kahn :

Une nouvelle fois, l’humour absurde fait mouche dans cette nouvelle où Combs se transforme en bureau des renseignements.

Herlock Sholmes arrive trop tard de Maurice Leblanc :

Le créateur d’Arsène Lupin a parfois utilisé Herlock Sholmès dans le but de créer un duel entre les deux fantastiques personnages. Ici, en une trentaine de pages, nous allons visiter le château de Thibermesnil, faire la rencontre d’illustres personnages, assister à un vol audacieux, tomber amoureux de miss Nelly, et voir Sholmès résoudre le mystère du passage secret. Une grande nouvelle.

D’un cheveu de Jean Giraudoux :

« Je sortais des bras de Madame Sherlock Holmes, quand je tombais, voilà ma veine, sur son époux. ». Le docteur Watson va assister à l’esprit infaillible de logique de son ami, dans cette nouvelle qui m’a tiré un bel éclat de rire.

Arthur Conan Dyle de Jack London :

Jack London, dans un extrait de sa biographie, écrit sa fascination pour l’auteur de Sherlock Holmes et sa volonté de le rencontrer. Passionnant.

L’aventure de l’éditeur de livres d’art assassiné de Frederic Dorr Steele :

Le célèbre illustrateur des enquêtes de Sherlock Holmes écrit, dans cette nouvelle, une charge contre les éditeurs malhonnêtes. S’il n’y a pas de déduction logique, cette nouvelle permet à l’auteur de vider son sac.

Le meurtre de la cathédrale de Canterbury de Frederic Arnold Kummer :

Vous y croyez, vous, à Holmes et Watson en version féminine ? C’est bien ce que nous propose cette nouvelle, en mettant en scène la fille du grand Sherlock. Apparemment, la fille a les mêmes qualités que son père, sans les défauts. Cette nouvelle est tout simplement excellente, et probablement une des meilleures de ce recueil (à mon humble avis).

La plus grande machination du siècle de René Reouven :

Nous allons enfin découvrir la vérité sur la mort de Sherlock Holmes, à travers un éditorial écrit par le colonel Moriarty, le soi-disant frère du Professeur qui a poussé le détective dans le vide. Une autre façon de détourner le mythe.

Epinglé au mur de Peter G.Ashman :

L’auteur nous propose un recueil de lettres restées sans réponse et adressées à Sherlock Holmes après sa mort. Très drôle.

L’aventure de l’héboniste chronique de Ely M.Liebow :

Un Sherlock Holmes mâtiné à la sauce Humour juif.

L’autre défenestration de Pargue de Jacques Fortier :

Les deux dernières nouvelles (celle-ci et la suivante) sont plus récentes. Pour autant, cette défenestration, si elle est moins ironique, est remarquable par la logique déployée par le génial détective.

L’aventure du banquier pervers de Bernard Oudin :

Même si cette nouvelle n’a rien à voir avec l’affaire du Sofitel de New York de DSK, c’est avec à la fois beaucoup d’humour et de sérieux que l’auteur reprend une affaire similaire pour démontrer tout le génie de Sherlock Holmes. De quoi le regretter !

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

Hong Kong Noir de Chan Ho-Kei

Editeur : Denoel

Traducteur : Alexis Brossolet

Le titre de ce roman peut faire penser aux recueils de nouvelles publiés par les éditions Asphalte, qui étaient centrés sur une ville. Et on peut voir ce roman comme une somme de nouvelles écrites par un seul auteur sur Hong Kong. Mais ce serait bien réducteur car ces 6 enquêtes ou affaires policières forment un ensemble qui permet de voir l’évolution de cette ville et de sa criminalité.

Les deux personnages principaux sont Kwan Chun-Ok et Lok Siu-Ming. Kwan est un enquêteur hors pair, le seul à avoir connu un taux de résolution d’affaires de 100%, grâce à son esprit d’observation, de déduction, de psychologie et de ruse. Lok est un jeune inspecteur que Kwan a pris sous son aile, et qu’il forme. D’ailleurs il n’est pas rare que Lok l’appelle Maître.

Au travers de ces 6 affaires, on voit évoluer la ville et sa vie, mais aussi comment la criminalité a pris son essor et le pouvoir. La première affaire nous montre Kwan sur son lit de mort, atteint d’un cancer du foie, plongé dans le coma et capable de ne répondre aux questions que par des bips (1 bip pour oui, 2 bips pour non), grâce à des électrodes branchées sur son cerveau. Puis, avec les affaires suivantes, nous allons remonter le temps et participer aux enquêtes importantes résolues par Kwan et Lok.

Et le lecteur est invité à participer à ces enquêtes. Car l’auteur décrit ce que les deux enquêteurs voient, et démontre dans le dernier chapitre comment on peut arriver à la solution en ne faisant preuve que de logique et d’observation, avec une bonne dose de ruse pour piéger le coupable. Outre l’aspect ludique, c’est une véritable démonstration et on en peut rester insensible devant tant d’ingéniosité à la fois dans la construction de l’intrigue mais aussi dans la précision de l’écriture (et de la traduction).

Il y a aussi dans ces enquêtes la volonté de montrer comment les gens et leur vie a évolué. Si le propos n’est pas politique ou revendicateur, les faits relatés sont suffisamment explicites pour nous faire vivre cette ville et son évolution tout au long des 50 années que balais ce roman. Alors, roman ou recueil ? Peu importe, c’est un livre passionnant à lire dont je vous propose un résumé des 6 affaires.

  • La vérité entre le noir et le blanc

En 2012, M.Yuen, le propriétaire d’une puissante entreprise familiale a été assassiné chez lui à l’aide d’un fusil de chasse sous-marine. Si on peut penser à un cambriolage, tant le bureau a été retourné, rien n’a été dérobé à part quelques centaine de milliers de dollars. L’inspecteur Lok a réuni la famille et la domestique dans la chambre d’hôpital de Kwan Chun-Ok, le divin détective afin de découvrir le coupable.

  • L’honneur du prisonnier

Au début des années 2000, deux triades se partagent le marché de la criminalité à Hong-Kong, la Société de l’Infinie Justice et la Tige de la Florissante Loyauté, dirigée par Chor. Chor est aussi le propriétaire d’une société de show business dont la principale vedette est Tong Wing, une fantastique chanteuse. Au commissariat, on vient de recevoir une vidéo amateur montrant l’agression de Tong Wing et on la voit s’enfuir poursuivie par quatre malfrats. L’inspecteur Lok va devoir trouver les coupables de ce meurtre, alors qu’on n’a pas retrouvé le corps de la chanteuse.

  • Le jour le plus long

Kwan Chun-Dok est dans son dernier jour de travail, en cette année 1997, pour une retraite bien méritée. Il tient à boucler une dernière affaire, retrouver Shek, un dangereux truand qui vient de s’évader de l’hôpital où on l’avait amené. Alors que Hong Kong passe sous gouvernance chinoise, les émeutes font rage. Sur un marché, un attentat vient d’avoir lieu : des forcenés ont jeté des bombes de soude, brulant des passants. La police étant débordée, elle fait appel au département des crimes sérieux et Kwan, aidé de Lok vont aller sur place pour trouver les coupables.

  • La balance de Themis

Shek, le truand de l’épisode précédent, avait un frère. C’est Kwan qui les avait arrêtés huit ans plus tôt. Cet épisode revient sur la descente dans un immeuble de Hong Kong, qui fut un véritable fiasco d’un point de vue pertes humaines. Les frères Shek, Shek Boon-Tim et Shek Boon-Sing ont été repérés dans une planque et l’assaut des forces de police est donné avant que les équipes de renfort n’arrivent. De nombreuses victimes civiles vont y rester et Kwan va essayer de comprendre ce qui s’est passé.

  • Terre d’emprunt

Graham et Stella Hill ont déménagé après avoir subi un revers financier suite au crash pétrolier de 1973. Graham a accepté un poste dans le service qui lutte contre la corruption et Hong Kong a vu la naissance de leur fils Alfred. Un matin, Stella reçoit un coup de téléphone : Alfred a été enlevé et ne sera libéré qu’en échange d’une rançon. Effectivement, le jeune garçon et sa nounou ont disparu dès la sortie de l’école. C’est dans cette épisode que l’on voit l’importance de la corruption et des connivences entre entre les autorités chinoises et britanniques.

6- En sursis

En 1967 ont lieu à Hong Kong de nombreux attentats de la part de groupuscules communistes, visant à démontrer l’incapacité des Britanniques à faire régner l’ordre. Les attentats, basés sur de vraies et fausses bombes ont fait de nombreuses victimes. Un jeune homme essaie de survivre avec un ami qu’il nomme Grand Frère. Il habite en colocation chez la famille Ho et vit de petits boulots pour se payer un bol de riz. Un jour, il assiste à une conversation dans l’arrière boutique de M .Chow qui fait penser à une série d’attentats. Il va s’en ouvrir à un policier qu’il appelle Ah Sept.

L’ami Claude a donné un coup de cœur mérité à ce roman ici.

Franco la muerte (Arcane 17)

C’est un fait inédit : on annonce la sortie d’un recueil de nouvelles pour fêter les 40 ans de la mort de Franco. Vingt nouvelles écrites par vingt auteurs, au format imposé mais au sujet libre. Ce roman se veut aussi un rappel, un cheveu sur la soupe de l’oubli. Rien que pour certaines de ces nouvelles, ce recueil vaut le coup. Ce recueil sort demain 27 aout 2015.

Je vous propose de regarder cela dans le détail :

Moi et Franco de Patrick Amand :

Sous la forme d’un souvenir de famille, l’auteur nous conte comment le père de son ami Roberto aurait pu tuer le général lors d’un attentat pendant une partie de chasse. C’est une belle illustration d’un assassinat littéraire par procuration.

Le banquet du bas monde d’Alain Bellet :

A la mort de Franco, au ciel, tout le monde est content. De nombreux personnages se côtoient, mais je manque de culture pour apprécier pleinement cette nouvelle.

Mon village fantôme d’Antoine Blocier :

Alors qu’il découvre un article de papier jauni sur le village de Janovas, le narrateur va évoquer les drames qui sont survenus là-bas et qui ont marqué sa famille. Toute en retenue, mais plein de rage, un pan de l’histoire espagnole à faire froid dans le dos. Rien qu’à lire la première phrase, on en a des frissons.

Mauricio Lopez est communiste ! de Frédéric Bertin-Denis :

Il s’appelle Pedro, il a 14 ans, il conduit le troupeau vers les pâturages. En ce 8 aout 1942, il est arrêté par les troupes franquistes, pour ses relations supposées communistes, alors qu’il ne sait même pas ce que cela veut dire. L’auteur de Viva la muerte que j’avais adoré nous concocte une formidable nouvelle dramatique, au style sans émotion, efficace comme un uppercut au foie.

Le raid du F-BEQB de Didier Daeninckx :

Il fallait tout le talent de Didier Daeninckx pour écrire en seulement vingt pages une enquête policière passionnante qui démarre avec un véhicule retrouvé dans un canal et qui se termine avec une certaine amertume. Excellent.

Porque te vas de Jeanne Desaubry :

Elle s’appelait Valérie, étudiait à la Sorbonne. Elle s’était décidée d’aller voir un film de Carlos Saura … Encore une fois, Jeanne Desaubry nous sort une nouvelle bien noire, un vrai concentré de polar, pour le plaisir du lecteur.

Le cimetière des deux mères de Pierre Domenges :

Esteban subit une séance d’hypnotisme qui va le ramener à l’époque des enfants volés du franquisme.

L’ombre de la Santa Cruz de Maurice Gouiran :

Le 20 novembre a lieu à Madrid le diner des patries, où tous les partis fascistes se donnent rendez-vous pour célébrer la mort de Franco. Le narrateur a décidé de gâcher les festivités en hommage à Pedro. Une nouvelle intéressante car on y apprend plein de choses et la chute est excellente.

El Ogro (L’ogre) de Gildas Girodeau :

Cette nouvelle conte la préparation et la réalisation de l’attentat à la bombe contre le successeur désigné au général Franco. La bombe était cachée derrière une sculpture dénommée L’ogre qui représentait des enfants mangeant l’ogre.

A quelques minutes près … de Patrick Fort :

1973, Madrid. Virtudes est une petite fille qui fait tout le temps le même cauchemar : un ogre vient la dévorer. Adelina sa mère la réveille pour assister à l’église… Une nouvelle parfaite, passionnante qui comporte juste ce qu’il faut de descriptions et de psychologies.

Franco : La muerte de Hervé Le Corre :

Le soir de la mort de Franco …

« Il y a dans Bordeaux, entre la flèche Saint Michel et le cours de la Marne, un vieil homme qui sourir à la photo de son fils, tué un jour de juillet pendant la bataille de l’Ebre. »

Une nouvelle magnifique

Gratia Plena de Sophie Loubière :

La lettre de Franco à son père, pleine de rage est une nouvelle remarquablement écrite. Je ne suis pas sur que cet homme ait fait montre d’humanité mais littérairement parlant, ces quelques pages sont un grand moment.

GAL-OAS de Roger Martin :

Au travers d’une lettre de Eva-Maria Dirche, fille de Jean-Paul Dirche, à Robert Ménard, nouveau maire de Béziers, l’auteur écrit une charge contre les relations entre l’Espagne et la France, les attentats fascistes et les relations entre le Gal et l’OAS. Fichtre, voilà une bien belle charge contre les barbouzes et certains hommes politiques !

Les Couacs Franco de Jacques Mondoloni :

Le 14 novembre 1975, pendant un concert au Palais des Congrès, on apprend la mort de Franco.

Decimas de Ricardo Montserrat :

Ricardo Montserrat donne la parole à Franco, qui écrit une lettre à Joseph Staline pour décrire la manipulation et l’extermination de son peuple.

Garrots-Gorilles de Chantal Montellier :

Agnès Saulnier, professeur de vingt six ans, prend fait et cause pour les révolutionnaires espagnols suite à la condamnation au garrot de Salvador Puig Antich. Elle devient même dessinatrice politique engagée. La suite de l’histoire va nous montrer la recette du garrot à la française. Une nouvelle révoltante.

Los Caidos de Max Obione :

Une jeune étudiante loue une chambre chez un vieil homme à moitié aveugle. Petit à petit, leur relation va devenir plus étroite et il va parler de l’Espagne, de sa jeunesse, de ses parents. Elle va l’aider à réaliser sa promesse, son rêve. De toutes les nouvelles, celle-ci remporte la palme de l’Emotion. Tout y est si vrai et si sobrement écrit. Et puis, cette dernière phrase nous arrache un sourire, un rire amer.

Je ne suis pas Franco de Jean-Hugues Oppel :

Un prisonnier, soupçonné d’être un terroriste, n’a qu’une seule phrase en bouche : « je ne suis pas Franco ». C’est l’occasion pour l’auteur de rappeler quelques évidences qu’il est bon de se rappeler telle celle-ci : « Tuer un homme pour défendre une idée, ce n’est pas défendre une idée, c’est tuer un homme. »

La faute du toubib de Gérard Streiff :

Les derniers jours de Franco montrent un homme paranoïaque. Quand la maladie se déclare, un jeune reporter, amant de la fille d’un des docteurs a accès à des informations en avant-première. Il devient la coqueluche du tout Paris. Jusqu’à ce que …

Les vivants et les morts de Maria Torres Celada :

L’inspecteur Francisco Alcantara est passé du camp républicain au camp pour l’armée franquiste. Cette nouvelle montre la progression d’un homme qui n’a jamais pris de décision et qui a mené sa vie en suivant le cours d’eau du temps. Remarquablement écrit.

Bien que ce ne soit pas une lecture commune, l’ami Claude a aussi parlé de ce recueil aujourd’hui même ici

Quatre pour le prix d’un

Depuis quelque temps, les éditeurs nous proposent des nouvelles ou des novellas en format poche à des prix relativement bas. Voici quatre lectures d’auteurs différents qui peuvent vous donner quelques idées de lecture

Maitres du jeu de Karine Giebel (Pocket)

Maitres du jeu

4ème de couverture :

Il y a des crimes parfaits.

Il y a des meurtres gratuits.

Folie sanguinaire ou machination diabolique, la peur est la même. Elle est là, partout : elle s insinue, elle vous étouffe… Pour lui, c est un nectar. Pour vous, une attente insoutenable. D où viendra le coup fatal ? De l ami ? De l amant ? De cet inconnu à l air inoffensif ? D outre-tombe, peut-être…

Ce recueil comprend les nouvelles Post-mortem et J’aime votre peur.

Mon avis :

Ce recueil proposé à moins de 3 euros est clairement une très bonne affaire.

Post-Mortem nous propose une intrigue machiavélique qui n’est pas sans rappeler les meilleurs romans de Jean Pierre Ferrière. Au menu, un style fluide, et de la créativité dans le scenario qui en fait un excellent moment de divertissement.

J’aime votre peur est plus classique, proposant une course poursuite après un serial killer qui vient de s’échapper d’un hôpital psychiatrique. Si la trame m’a paru déjà vue, je dois dire que la façon de mener l’histoire est bigrement vicieuse et met même mal à l’aise. Mais on a l’habitude avec Karine Giebel !

 

Plein gaz de Joe Hill & Stephen King (JC.Lattès)

plein gaz

4ème de couverture :

Sur une route désolée du Nevada, un gang de motards est pris en chasse par un camion fou, apparemment bien décidé à les éliminer un à un. Il n’existe qu’une seule issue pour sauver sa peau : ne jamais ralentir…

Inspiré par le désormais classique Duel, de Richard Matheson, adapté au cinéma par Steven Spielberg dans son premier film, Plein Gaz marque la première collaboration entre Stephen King et Joe Hill.

Traduit de l’anglais par Antoine Chainas

Mon avis :

L’alliance entre le père et le fils ne m’a pas passionné plus que cela. Soit le roman est trop court, soit il est trop long. En tout état de cause, beaucoup de sujets sont évoqués mais à mon avis juste effleurés ce qui fait que je suis resté sur ma faim, comme par exemple la relation entre le père et le fils, justement. La poursuite apparait tard dans l’histoire et même là, je n’y ai pas entendu le bruit de l’acier que l’on broit, je n’y ai pas vu le sang couler. Et comme je ne me suis pas attaché aux personnages, le résultat m’a paru bien fade et décevant. Finalement, j’ai ressorti le DVD de Duel de Steven Spielberg, et je me suis fait un bon trip autour de ce grand téléfilm.

L’encre et le sang de Laurent Scalese et Frank Thilliez (Pocket)

encre et sang

4ème de couverture :

Au fond d’un vieux garage hongkongais, elle est là. Elle l’attend.

La machine.

Il suffit de taper. Et tout s’écrira, dans la réalité.

Très vite, l’écrivain William Sagnier comprend qu’il tient là l’instrument de sa vengeance. La femme qui l’a trompé. L’homme qui lui a volé son livre. Tous ceux qui l’ont humilié, utilisé, détruit, seront punis à leur tour.

La vie, la mort, la toute-puissance au bout des doigts, là ou se mélangent l’encre et le sang…

Mon avis :

Voici encore une fois une excellente affaire, un roman inédit de deux auteurs reconnus. Et je peux vous dire qu’à la lecture, je me suis éclaté ! J’ai eu l’impression de revenir trente ans en arrière, et de retrouver en train de lire une nouvelle de Stephen King. Car on y retrouve une ambiance impeccable, une inventivité dans cette intrigue fantastique (dans les deux sens du terme. Et quand on a fini les 120 pages de cette histoire, on regrette que cela ne soit pas un peu plus long. Cette histoire, c’est du pur plaisir, de la jouissance littéraire à l’état pur.

Hécate de Frédéric Jaccaud (Gallimard série noire)

hecate

4ème de couverture :

«Le fait divers déverse, divertit, met en branle l’imagination mauvaise de tout un chacun. Sa nécessité ne fait pourtant aucun doute, parce qu’il agite les sentiments de pitié et de mépris sans aucune implication morale ; on ne ressent aucun remords en s’y projetant. Il commence et se termine dans l’impersonnel. Les acteurs de ces petites pièces décadentes n’incarnent personne en particulier ; ils évoluent à l’état brut de caractères théâtraux.»

Le 2 février 2010, Sacha X., médecin de Ljubljana, est retrouvé sans vie à son domicile, le corps déchiqueté par ses trois bullmastiffs. Là s’arrêtent les faits chroniqués en leur temps par la presse internationale. Entre alors en scène un jeune flic, Anton Pavlov, témoin imaginaire de cette scène indescriptible. Cet amoureux secret de littérature se laisse dès lors entraîner dans une quête du sens qui le mènera au-delà de l’obscène : comprendre l’histoire de cette mort étrange, trancher le voile et découvrir derrière celui-ci la beauté, la vérité ou la folie.

Mon avis :

D’un fait divers, Frédéric Jaccaud créé une nouvelle (ou un court roman) qui met franchement mal à l’aise. Entre les scènes explicites et très violente et la descente aux enfers de ce policier, l’auteur pose des questions et laisse le lecteur faire ses propres réponses. Le style de cette nouvelle est formidable, le sujet brulant, et l’ensemble assez impressionnant. On se retrouve en position de voyeur, et on se pose la question de ce qui peut passionner les gens qui s’intéressent aux faits divers. Si le fond est louable et intéressant, la forme parfois « donneuse de leçons » de certains passages peut agacer. En tout état de cause, je vous conseille cette lecture qui est assurément marquante, bien que la violence soit très explicite et donc que certaines pages ne soient pas à mettre entre toutes les mains.

Et n’oubliez pas le principal, lisez !

Des novellas pour vous …

Il semble que cela soit à la mode d’éditer de courts romans, dotés d’une centaine de pages. Pour l’éditeur c’est l’occasion d’offrir une offre alternative, pour le client c’est une possibilité de découvrir un auteur à moindre cout … quoique. Pour l’auteur, c’est en tous cas un exercice extrêmement difficile, se situant entre le roman et la nouvelle. Voici donc deux romans qui valent le coup d’être lus.

Rouge ballast de Jean Paul Le Chevère (éditions des ragosses) :

Rouge Ballast

C’est un village perdu au milieu de nulle part, traversé par une unique voie de chemin de fer, et écrasé par les odeurs de mort qui émanent de l’abattoir. Gabrielle qui veut qu’on l’appelle Gaby est une jeune adolescente qui va au collège et doit s’occuper de ses deux jeunes frères Djezon et Jirès.

Son père Bruno travaille à l’abattoir puisque c’est la seule entreprise encore ouverte dans le coin et il s’est mis en ménage avec Louise puisque la mère de Gaby est morte. Ce qui inquiète Gaby, c’est la disparition de Mathilde, c’est la dernière en date à « avoir pris le train ». Selon les ragots du coin, plusieurs jeunes femmes se sont jetées du haut du pont qui passe sur la voie ferrée. Suicide ou meurtre ?

C’est un très court roman qui a la chance d’être vendu relativement peu cher : 10 euros pour 100 pages. Voici un roman narré par Gaby, avec son franc parler, son vocabulaire de jeune femme. Gaby nous raconte sa petite vie, les voisins, les histoires, les ragots. Finalement, elle rêve d’ailleurs, d’un ailleurs qu’elle ne connait pas mais elle n’est pas malheureuse.

Avec un style qui s’adapte à son sujet, l’auteur nous fait ressentir le désespoir ou plutôt le manque d’espoir de ces familles bloquées dans un village dont ils ne sortiront pas. Ce roman s’avère un bon roman noir que l’on lira plus pour sa performance dans sa création du langage adolescent que pour son intrigue simpliste. Un roman tout en ambiance, assez pesant mais agréable à lire, qui m’a donné l’impression d’avoir vécu dans ce village horrible.

 

Tu n’as jamais été vraiment là de Jonathan Ames (Editions Joelle Losfeld)

jamais été vraiment là

Joe est un ancien Marines, ancien du FBI, qui est retourné chez sa mère après avoir pêté un plomb lors d’une enquête difficile. Depuis, il travaille pour McCleary, qui lui trouve des missions à remplir. Il passe par l’épicier pour recevoir des messages, cela permet de rassurer sa paranoïa et d’éviter que l’on sache où il habite.

Ce matin là, McCleary lui demande d’aller voir le sénateur Votto. Sa femme vient de se suicider et sa fille a disparue. Il vient de recevoir un SMS lui donnant l’adresse où elle est détenue. Joe achète donc un marteau, son arme de prédilection et se rend à l’adresse indiquée. Mais les apparences sont trompeuses …

Voilà un livre coup de poing qui ne tourne pas autour du pot et qui va droit au but. En presque cent pages, Jonathan Ames nous brosse le portrait d’un homme qui aurait aimé se suicider, qui est une arme vivante que rien ne retient à la vie. Le style se colle parfaitement à l’action, et la traduction de Jean Paul Gratias est impressionnante tant elle parvient à nous retranscrire toute la noirceur du texte et la volonté de l’auteur d’écrire un roman dur, noir, violent et direct.

Quand on lit ce livre, il vaut mieux se préparer à recevoir des coups car les phrases sont toutes très visuelles et l’intrigue simple est faite de flashes comme autant de coups de marteau. Et si l’on peut regretter le prix un peu élevé (12,90€), c’est une lecture qui impressionne et qui restera longtemps dans ma mémoire. D’ailleurs, dans la rue, je me retourne au cas où je sois suivi par un homme portant un marteau …

Chronique virtuelle : Fais ton cinéma de André Delauré (Numeriklire)

Voici de retour la chronique virtuelle, qui concerne une lecture numérique. Ce sont 6 nouvelles écrites par André Delauré, dont j’avais adoré Fiché Coupable, qui sont suffisamment originales pour en parler ici.

Ces 6 nouvelles s’inscrivent dans un cycle qui s’appelle Fais ton cinéma. Le principe, c’est d’écrire une nouvelle qui se situe entre le scenario et la pièce de théatre, mais qui est tout de même un roman au sens où l’auteur donne quelques pistes sur les décors et les émotions. Sinon, tout est dans l’art du dialogue. Pourquoi ? Pour que le lecteur se fasse lui-même une idée de la scène, pour qu’il se fasse son propre cinéma. Il est donc inutile de vous préciser que les dialogues sont écrits au cordeau, très pensés pour que cela fonctionne.

A ma connaissance, cela n’a jamais été fait. Mon avis est que cela fonctionne à merveille, mais que cela marche parce que ce sont des nouvelles, dont la lecture est de l’ordre de 15 à 30 minutes. Dans les 6 nouvelles présentées ci-dessous, certaines partent d’une situation simple et forment une scène de vie, d’autres me paraissent plus abouties et forment une vraie histoire, à propos de laquelle on regrette justement qu’elle ne soit pas plus longue.

Reste que j’ai adoré faire cette expérience, que cela marche formidablement bien, car en lisant doucement les premières pages, on arrive à se créer un véritable décor. C’est évidemment du au talent de l’auteur. Sinon, comme tout recueil de nouvelles, j’ai mes préférées, et j’ai adoré Mamie momie et Le plan Triple A. J’ai beaucoup aimé Amours Mortes et les Minettes auto-adhésives. Les deux dernières m’ont paru plus classiques, présentant moins d’intérêt, peut-être parce que ce ne sont pas des histoires noires.

Il faut savoir que pour lire ces nouvelles, il suffit d’aller sur le site de Numeriklire. Le premier épisode est gratuit, les suivants sont vendus 0,99€. Les détails sont ici : http://numerikseries.net/category/fais-ton-cinema/

1ère séance : Mamie Momie

Blandine, septuagénaire alerte, se fait arracher son sac à main en sortant de la pâtisserie. Pour beaucoup de dames de son âge, ce serait une catastrophe… pas pour Blandine. Une délicieuse intrigue portée par une vieille dame qui cache bien son jeu, et qui ne s’en laisse conter ni par la société, ni par ceux qui pensent pouvoir abuser d’elle en toute impunité.

2ème séance : Le plan Triple A

Le brave Henri, méridional pittoresque, réserve une surprise à son fils Jean-Louis. Une de ces surprises qui vous changent la vie : Agnès, sa nouvelle conquête. La beauté, la séduction, le charme incarné. Mais la belle roucoule en apparence, car elle cache de bien noirs desseins. Elle finira par faire un voyage tout à fait inattendu.

3ème séance : Amours mortes

La douce Mona, qui vient de disparaître, manquera beaucoup à Fabien. Elle était si belle, si amoureuse. Cynthia aimerait aider le veuf à tourner la page. Mal lui en prend. À trop vouloir plaire, Cynthia risque bien de perdre son identité, mais trouvera-t-elle l’amour ?

4ème séance : Les Minettes auto-adhésives

Daniel, quinquagénaire séduisant, est hospitalisé d’urgence. Sa fille Véronique découvre chez lui une étrange collection de sacs à main, de cartes d’identité de jeunes femmes, mais où sont les demoiselles ? Terrifiée de découvrir son père sous un nouveau jour, elle va tout mettre en œuvre pour l’aider à combattre ses démons.

5ème séance : Inhibitions

En proie à un vague à l’âme redoutable, nostalgique d’un cinéma d’antan, la jeune Cécile passe ses journées scotchées à son portable, glissant peu à peu dans une insidieuse dépression. Sa mère l’espionne discrètement, et n’est pas loin de la croire folle. Quel pourrait être le remède à ce mal-être, si ce n’est l’amour ?

6ème séance : Délicatesses

Vincent, directeur de banque, a réuni ses employés autour du sapin de Noël. Caroline, son épouse, n’apprécie guère la foule et les honneurs rendus à son mari, pour lequel elle ne ressent plus qu’une indifférence polie. Elle se réfugie dans le bureau directorial, à l’abri du bruit et de la fête. Bernard, sous-directeur de la succursale, entend bien tirer parti de ce manque d’appétence pour séduire Caroline.