Le chouchou du mois de mars 2016

Ce mois de mars est à marquer d’une pierre blanche et je la garderai longtemps en mémoire, puisque c’est le mois où j’ai publié le premier avis de ma fille. Le papa gaga que je suis est forcément fier, heureux, et pour cette occasion, je me suis même permis de lire la première aventure des cousins Karlsson, appelée Espions et fantômes de Katarina Mazetti (Gaïa), puisqu’elle m’a harcelé.

C’est aussi l’occasion de rappeler que j’aurais décerné mon premier coup de cœur pour plusdeprobleme.com de Fabrice Pichon (Lajouanie). Ce roman que j’ai trouvé passionnant et impossible à lâcher, je voulais en faire mon chouchou. Mais avec le temps qui passait, je me suis aperçu que ses personnages revenaient régulièrement me hanter, un signe que je ne risque pas d’oublier ce roman de sitôt.

En ce qui concerne ma rubrique Oldies, j’ai découvert un roman rare : Une jolie fille comme ça de Alfred Hayes (Gallimard). Son écriture toute en finesse et subtilité est exceptionnelle et je me demande bien pourquoi cet auteur n’a pas été traduit plus tôt. En tout état de cause, le mal est réparé et nous pouvons enfin jouir de cette plume exceptionnelle.

Quand on parle de plume exceptionnelle, il fut aussi ajouter celle de Séverine Chevalier avec Clouer l’ouest de Séverine Chevalier (Manufacture de livres), un roman noir qui avec peu de mots arrive à dire tant de choses.

Quand on parle de polar, je ne peux que vous conseiller le deuxième tome des Visages de la vengeance, qui s’appelle T’es pas Dieu Petit bonhomme de Philippe Setbon (Caïman). Excellent de bout en bout, parce que simple mais tellement bien fait, ce roman monte encore un cran par rapport au précédent, à mon avis. Il y a aussi L’homme posthume de Jake Hinkson (Gallmeister) , deuxième roman de ce jeune auteur, (parfois) décrié sur le Net alors que son mélange de l’univers de David Lynch (Blue Velvet) et des frères Coen est des plus jouissif. C’est toujours aussi bien écrit et démontre que cet auteur est à suivre.

En ce qui concerne les auteurs que je suis, j’aurais publié mon avis sur la cinquième enquête de Charlie Parker, La maison des miroirs de John Connoly (Pocket), qui m’a paru bien en dessous des précédents de la série. J’aurais découvert un nouveau commissaire dans Piste noire de Antonio Manzini (Folio), que je vous engage à suivre car sa mauvaise humeur et son manque d’humilité sont littérairement jouissifs. La deuxième enquête du commissaire Bordelli se nomme Une sale affaire de Marco Vichi (Philippe Rey), elle se passe en 1964, elle est plus noire que la précédente mais c’est toujours aussi attachant, bien fait et passionnant. Enfin, j’aurais découvert l’univers de Amédée Mallock avec son dernier roman Le principe de parcimonie de Mallock (Fleuve noir)  , et je dois dire que c’est une sacrée découverte et je vous assure qu’on va en reparler !

Le titre du chouchou du mois revient donc à Pukhtu – Primo de DOA (Gallimard – Série Noire), pour la démesure de son intrigue, pour ses scènes de guerre extraordinaires, pour ses personnages si réels, pour ce qu’il montre, ce qu’il dit, ce qu’il tait.

Je vous donne rendez-vous le mois prochain et, en attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

Une sale affaire de Marco Vichi

Editeur : Philippe Rey

Traduction : Nathalie Bauer

Après un premier épisode sobrement intitulé Le commissaire Bordelli, et qui vient de sortir en format poche chez 10/18, voici la deuxième enquête de ce personnage décidément attachant et dont on ne va pas pouvoir se séparer.

Avril 1964. Casimiro, un ami de Bordelli et nain de son état, se présente à la porte du commissariat. Il demande à voir le commissaire de toute urgence. Du coté de Fiseole, dans un champ, il a vu un homme mort. Il n’y a pas de doute : du sang sortait de sa bouche. Bordelli prend cette affaire très au sérieux, et ils montent dans la coccinelle du commissaire pour aller voir ça de plus près, mais le corps a disparu. Par contre, ils se font attaquer par un chien que Bordelli parvient in extremis à abattre d’une balle dans la tête, à proximité d’une maison bourgeoise. Quand ils sonnent à la maison, la bonne leur dit qu’elle est seule et qu’elle n’a pas de chien.

Quelque temps après, une jeune fille est retrouvée morte dans un parc de la ville de Florence. Elle a été étranglée et mordue post-mortem sur le ventre. Ce meurtre dégoutte le commissaire et l’émeut beaucoup. Puis, c’est un autre corps que l’on retrouve quelques jours plus tard … ainsi que le corps de son ami Casimiro, empoisonné et enfermé dans une valise. C’en est trop pour le commissaire Casimiro.

Il y a indéniablement un vrai plaisir à lire les romans de Marco Vichi, une absence de rythme, une sorte de nonchalance qui donne envie de se prélasser au soleil. Il y a aussi ces petits détails de la ville de Florence, les petits plaisirs du commissaire, tout cela confère un charme bien particulier à cette lecture, un charme tout en séduction, un charme italien en somme. A cela, on retrouve comme dans la précédente enquête, tous les amis du commissaire qui ont autant d’importance que le commissaire lui-même. Cela donne un cadre cohérent avec de nombreux personnages tous formidablement vivants. A noter qu’il n’est pas utile d’avoir lu la précédente enquête pour suivre celle-ci, même si elle vient de ressortir en format poche chez 10/18.

On retrouve ce personnage de flic débonnaire, serein, qui avance grace à ses amis, motivé par ses rencontres, par ses repas gargantuesques. Il connait les petits truands et n’hésite pas à passer la main en faisant des leçons de morale, car les vrais crimes sont bien plus importants. Il y a surtout ces crimes de jeunes filles qui le révoltent, qui lui montrent ce qui est important dans la vie : sauver les gens.

C’est donc aussi un personnage sous haute tension, que l’on retrouve ici, dans une intrigue plus noire que la précédente, qui va faire autant appel à son instinct que dans la précédente mais qui est stressé car il a peur de retrouver un nouveau corps. Et puis, il y a toujours ses souvenirs de la guerre où on sait qu’il a combattu les nazis à partir de 1943 mais on ne sait pas ce qu’il a fait avant. Et puis, il y a toujours ces personnages secondaires qui sont toujours aussi importants et qui donnent une touche de véracité. Bref, il y a tant de choses, toutes ces touches qui font que j’aime le commissaire Bordelli. Super !

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude

Piste noire de Antonio Manzini

Traduction de l’Italien par Samuel Sfez

Editions Denoêl – Collection Sueurs Froides – Mars 2015

Réédition : Folio – Mars 2016

Un nouveau personnage de flic fait son apparition sur la scène du polar : il s’agit du sous-préfet Rocco Schiavone. Si on peut au premier abord penser à un roman policier classique, c’est bien le personnage de Schiavone qui fait la différence.

Pur Romain d’origine, homme des villes, Rocco Schiavone se retrouve muté à Aoste, au pied des montagnes enneigées. Alors qu’il se balade avec ses Clarks, il se retrouve systématiquement avec les pieds mouillés à force de patauger dans la neige.

Amedeo Gunelli est conducteur de dameuse, cette machine qui remet à neuf les pistes de ski. Comme c’est un expert dans la conduite de ces machines infernales, son chef lui demande de faire la piste noire, la plus dangereuse. Il branche son iPod à fond et se lance dans son trajet dangereux. A un moment, la machine sursaute ; il a du rouler sur une pierre. Pour en être sur, il s’arrête, descend pour vérifier, et s’aperçoit qu’il vient de déchiqueter un corps humain. Il se retourne pour vomir.

Rocco Schiavone est chargé de cette enquête. Depuis peu, son poste ne s’appelle plus Commissaire mais sous-préfet. D’une nature agressive, il se rend compte que ses hommes ont piétiné la scène. Accident ou meurtre ? là est la question. Quand le médecin légiste trouve un mouchoir dans ce qui reste de la bouche du mort, Rocco Schiavone doit se rendre à l’évidence qu’il a affaire à un emmerdement puissance dix.

C’est un vrai roman policier qu’Antonio Manzini nous propose avec ce premier roman mettant en scène Rocco Schiavone. Au sens où l’action va se dérouler sur 5 jours, pendant lesquels le policier va amonceler les indices … jusqu’à trouver le ou les coupables. L’auteur se permet même de finir son livre par une scène digne de la grande Agatha Christie, en réunissant les habitants du village dans une église … ce qui est faire preuve de pas mal d’humour dans un pays très catholique.

Et d’ailleurs, de l’humour, on va en avoir pas mal dans ce roman, écrit à la première personne par Rocco lui-même. Car ce personnage de sous-préfet vaut son pesant de cacahuètes. Le fait qu’il soit un citadin et qu’il dénigre les bouseux de la campagne donne lieu à des scènes hilarantes, qui frisent le mauvais gout. Mais il faut dire qu’il a à faire avec une sacrée bande de d’ignares et d’idiots, qui n’ont aucune expérience avec les précautions à prendre sur une scène de crime.

Quand je dis que ça frise le mauvais gout, un enquêteur qui insulte les gens qu’il interroge, ou qui leur distribue des baffes comme on pourrait le faire avec un gosse, ce n’est pas commun. Et je dois dire que si parfois je trouve cela amusant, j’ai surtout trouvé ce personnage odieux, hautain et irrespectueux. D’où le rire jaune dont je parlais au dessus. Par moments, ça met mal à l’aise, mais par moments, c’est bigrement drôle. Ce qui est aussi un gage comme quoi ce roman fonctionne à merveille.

Ceci dit, un roman policier, genre Whodunit, avec un policier grossier et de mauvaise humeur, ce n’est peut-être pas suffisant comme argument pour le lire. Il faut juste que j’ajoute la petite cerise sur le gâteau. Car ce personnage de Rocco Schiavone est beaucoup plus complexe qu’on ne le croit. On sait bien peu de choses sur son passé, il n’est pas particulièrement propre au sens où il lui arrive de passer la ligne jaune, et il a connu un drame familial qui, tel qu’il est présenté, a fait que j’ai eu la gorge qui se serrait … alors que Rocco est tout de même odieux.

Comme quoi, un pur roman policier peut encore ravir nombre de lecteurs quand c’est bien fait. Et en ce qui la résolution de l’enquête, c’est impeccable de logique. Les indices ont été semés et donnés au lecteur. Rocco nous démontre dans les dernières pages qu’on aurait pu résoudre l’enquête à sa place ! Et quand en plus, on a un personnage aussi fort, je ne conclurai que par une seule remarque : C’est pour quand le prochain ? Ça tombe bien, il va bientôt sortir et s’appelle Froid comme la mort, aux éditions Denoël.

Ne ratez pas aussi l’excellente interview de l’auteur chez Le Concierge Masqué.

plusdeprobleme.com de Fabrice Pichon (Lajouanie)

Attention coup de coeur !

Fabrice Pichon, je le suis depuis ses débuts, depuis Vengeance sans visage, son premier roman policier. Pour ce roman, il change de maison d’édition, de style, de genre … et de lunettes (?) pour nous proposer un polar qui flirte entre le roman policier, le roman social, et le thriller. Fabrice Pichon a décidé de faire un mélange des genres et c’est une franche réussite.

Marc Segarra est cadre dans une société d’assurance, en province. Il travaille comme un fou pour nourrir sa famille mais il ne se sort plus de ses dettes, entre ses emprunts et ses enfants, dont l’un est handicapé. Seulement, pour avoir droit à des aides, il faut être pauvre ! Marc Segarra a rendez vous avec le juge de la commission de surendettement, le juge Chauvin. Mais ce dernier n’est guère compréhensif, arguant que Marc n’a fait aucun effort pour vendre sa maison. Mais Marc ne veut pas laisser sa famille à la rue.

Son seul moment de distraction, c’est d’aller voir Sylvie, une prostituée de luxe. Auparavant, il passait la voir souvent ; maintenant, il se contente de quelques brefs instants de bonheur volés. Elle refuse de le faire payer, car elle est amoureuse de lui. Ce soir là, une brute épaisse force la porte et ordonne à Sylvie de payer 70% de ses gains au grand chef, qui s’appelle La Baleine, un Roumain qui règne que la prostitution de qualité.

Marc, dans un élan qu’il ne comprend pas, assomme le malabar et le menace en se présentant sous le nom du juge Chauvin. En partant, le balèze laisse son pistolet, que Marc récupère. Il devient le héros de Sylvie, s’il ne l’était pas déjà. Quelques jours plus tard, une lettre du juge arrive donnant à Marc quelques jours supplémentaires de survie. Mais il ne voit pas comment s’en sortir. Sauf s’il utilisait l’arme du mafieux qu’il a gardé … et s’il se mettait à son compte ? Et s’il créait une entreprise d’élimination ?

Je ne peux que vous conseiller de vous jeter sur ce roman, et de ne pas tenir compte de vos apriori devant la taille du pavé (plus de 600 pages) car c’est un livre que l’on du mal à lâcher une fois qu’on l’a ouvert. En fait, j’ai trouvé tout ce que j’aime dans un polar. Et quand c’est fait comme ça, c’est tout simplement génial.

Tout d’abord, on part d’une situation simple mais tristement réaliste : un pauvre gars comme vous et moi, criblé de dettes, étranglé par ses crédits. On entre tout de suite dans le personnage, sans fioritures mais avec tant de justesse qu’on le suit les yeux fermés. Puis, premier événement : ce personnage a une amante. Avec cette deuxième situation, l’auteur introduit un deuxième personnage … ce principe va se répéter jusqu’à ce que tous les personnages soient entrés en scène.

Une fois que Fabrice Pichon nous a décrit son échiquier, il va faire évoluer ses pions. Je ne sais pas comment il fait, mais il arrive à trouver à chaque fois des événements qui vont faire rebondir l’intrigue, et bouleverser la destinée des personnages. Cela joue en grande partie dans l’addiction que l’on ressent à la lecture. En fait, ce roman a une intrigue sautillante, un peu comme une balle en mousse … sauf qu’elle ne rebondit jamais dans la direction que l’on aurait pu imaginer.

Pour finir, il faut quand même avouer que si on se passionne pour ce roman, c’est aussi grâce à ses formidables personnages. Et on retrouve là tout l’art et le talent de cet auteur pour peindre des personnages plus vrais que nature, où chacun a une même importance. L’auteur nous les décrit avec justesse, c’en est d’ailleurs impressionnant, leurs actions et réactions sont toutes logiques, et du coup, on se retrouve impliqué dans l’histoire, car ce qui leur arrive nous parle … forcément.

A la fermeture de ce livre, j’ai eu comme un déchirement. Parce que je ne voulais pas abandonner Marc, Sylvie, Marie et les autres, je ne voulais pas sortir de cette situation inextricable. Sans ressentir de sympathie particulière envers Marc, qui est tout de même un assassin, on s’attache à ces psychologies fortes, et on se laisse malmener avec plaisir. En fait, ce roman, c’est un peu comme un grand 8 qui vous secoue dans tous les sens, qui flirte avec le roman noir, la critique acerbe de la société de consommation, le roman policier, l’itinéraire d’un tueur, et j’en passe … Et ce qu’il y a de fort, dans ce roman, c’est qu’aucun de ces aspects n’est négligé, tout est parfaitement maitrisé. Ce livre est génial, je vous le dis !

Coupr de coeur

L’homme posthume de Jake Hinkson (Gallmeister)

Traduit par Sophie Aslanides

Editieur : Gallmeister Collection NeoNoir

Jake Hinkson m’avait fortement impressionné avec son premier roman, L’enfer de Church Street pour lequel je lui avais décerné un coup de cœur Black Novel. Ce roman a par ailleurs été distingué par le Prix Mystère de la critique 2016. Voici donc le deuxième roman de Jake Hinkson, qui s’avère être un auteur de grand talent.

Elliott Stilling se réveille à l’hôpital, les murs blancs l’éblouissent. Petit à petit, il se rappelle pourquoi il est allongé sur ce brancard. Il vient de faire une tentative de suicide, a avalé des dizaines de pilules. Le docteur annonce à haute voix qu’il est mort pendant trois minutes, mais ils ont réussi à le sauver. Avant de replonger dans l’inconscience, un visage d’ange lui apparaît, celui d’une infirmière.

Le lendemain, il se réveille dans une chambre. L’infirmière qui lui a donné l’envie de se battre est là. Elle s’appelle Felicia Vogan. Elle travaille aux urgences et est juste venue prendre de ses nouvelles. Ils discutent, se trouvent des affinités mais elle est obligée de partir travailler. Elliott ne veut pas rester là, partir avec que sa femme Carrie ne débarque. Il se lève péniblement, s’habille difficilement, et sort de l’hôpital.

Il s’assoit dans le square d’en face, au soleil. Il attend Felicia et quand elle sort, il la rejoint. Il lui propose d’aller boire un verre. Elle accepte mais elle doit rentrer chez elle pour se changer, car elle porte encore sa blouse d’infirmière. Sur le chemin, elle se fait arrêter par un flic, bedonnant, menaçant, un peu barré. Au lieu d’une amende pour excès de vitesse, DB, le flic, les accompagne jusque chez Felicia. Là bas, dans une petite maison charmante de banlieue, les attend la copie conforme de DB : le frère sosie de DB se nomme Tom et est muet. Il semblerait que les deux hommes attendent un troisième larron, Stan The Man. Les portes de l’enfer viennent de s’ouvrir …

Il y a tant de choses à dire sur ce roman qui pourtant ne fait même pas 200 pages ! On y retrouve toutes les qualités rencontrées dans le premier roman, et en particulier ce style si simple, si efficace que j’avais apprécié. Le sujet, en relation avec des bouseux, avec en arrière plan la religion, est aussi présent. Elliott est un ancien pasteur, marié puis divorcé … mais on en saura pas beaucoup plus avant d’avoir bien avancé dans le livre.

Car nous avons bien à faire avec un personnage mystérieux qui a eu un passé trouble et dramatique et qui veut tourner la page. Non seulement, il veut oublier son passé, mais il veut aussi changer de personnalité. De religieux il passe de l’autre coté de la ligne jaune, en étant embringuer dans un vol avec les autres cinglés DB, Tom et Stan. En fait, c’est un personnage tout en contradiction, qui à la fois cherche à s’oublier, mais aussi cherche une présence ; qui veut se punir et à la fois se venger ; c’est un personnage en colère contre la vie, contre l’injustice de la vie, contre les limites de la vie.

Ce qui est impressionnant dans ce court roman, c’est la façon qu’a l’auteur de construire ses personnages et l’ambiance, donnant autant d’importance aux personnages principaux qu’aux personnages secondaires. Et dans ce domaine là, on flirte avec des ambiances telles que l’on en rencontre dans Blue Velvet de David Lynch, dans lequel on peut rajouter des énergumènes complètement barrés que l’on pourrait rencontrer chez les frères Coen.

Bref, ce nouveau roman de Jake Hinkson confirme tout le bien que j’avais pu penser de cet auteur, un auteur à part qui sait construire ses propres intrigues et ses propres univers en empruntant avec beaucoup d’intelligence et de sagesse ce que l’on peut trouver chez les meilleurs du polar noir. Une réussite

La maison des miroirs de John Connoly (Pocket)

Voici le cinquième épisode des enquêtes de Charlie Parker, le personnage récurrent de John Connoly. Vous trouverez ci-joint mes avis sur les précédents romans et celui de Jean le Belge sur le sixième :

Episode 1 : Tout ce qui meurt ;

Episode 2 : Laissez toute espérance ;

Episode 3 : Le pouvoir des ténèbres ;

Episode 4 : Le baiser de Caïn ;

Episode 6 : L’ange noir (Par Jean le Belge) ;

Quatrième de couverture :

États-Unis, 1977. Un certain John Grady s’installe dans une petite ville du Maine. Après y avoir acheté une maison, il entreprend de la rénover. Mais très vite, ses voisins se posent des questions : les murs semblent recouverts de miroirs, et Grady passe ses journées à poser du papier peint avec une colle à l’odeur infâme, qui empoisonne tout le quartier. Au même moment, plusieurs petites filles disparaissent, et les soupçons se portent sur Grady. Alors que les policiers s’apprêtent à l’arrêter, il se suicide sous leurs yeux.

Pendant des années, la maison est restée à l’abandon, rachetée anonymement par le père d’une des fillettes, et plus personne n’a parlé de John Grady. Jusqu’à ce que la photo d’une petite fille, retrouvée dans la maison, ne fasse craindre une nouvelle vague de disparitions. Charlie Parker, détective privé, est chargé de découvrir l’identité de l’enfant avant qu’il ne soit trop tard.

Son enquête le met aux prises avec plusieurs illuminés, attirés comme des papillons par les scènes de crime. Un homme en particulier l’intrigue, celui qu’il surnomme le « Collectionneur » et qui réclame instamment, en paiement d’une dette contractée par John Grady, un des nombreux miroirs de la maison. Et cet homme étrange ne semble pas mû par un simple instinct d’antiquaire…

Mon avis :

Si on peut, comme je l’ai signalé, considérer les quatre premiers romans comme un cycle à part entière, ce court roman nous entraine dans une nouvelle série, dont un personnage inédit et mystérieux fait son apparition. Le Collectionneur est aussi inquiétant que bizarre puisqu’il collecte des objets ayant appartenu à des tueurs en série. Et tout ce qu’il demande, c’est d’obtenir un miroirs issu de la maison de John Grady.

Je m’attendais à un condensé de ce que John Connoly est capable de créer, à savoir nous inventer des personnages en passant en détail leur passé, peindre des paysages inquiétants au milieu d’un brouillard épais, nous mener par le bout du nez dans une enquête tortueuse. Malheureusement, je suis resté sur ma faim. Je trouve, en effet, que le format court laisse bien peu de place à l’imaginaire, même si le style moins disert et plus efficace que d’habitude, est passionnant.

Je ne peux donc pas conseiller pour débuter la série, car cela me semble plutôt comme un interlude entre deux cycles, comme je l’ai dit ci-dessus. Ceci dit, je dois tout de même ajouter qu’il y a un morceau remarquable dans ce livre, quand Charlie Parker se retrouve dans la scène finale dans la maison aux miroirs. Dans ce moment là, John Connoly est capable de nous emmener loin dans un paysage où toutes nos certitudes volent en éclats, où tout ce que l’on croit lire n’est en fait que le reflet de nos cauchemars.