Piste noire de Antonio Manzini

Traduction de l’Italien par Samuel Sfez

Editions Denoêl – Collection Sueurs Froides – Mars 2015

Réédition : Folio – Mars 2016

Un nouveau personnage de flic fait son apparition sur la scène du polar : il s’agit du sous-préfet Rocco Schiavone. Si on peut au premier abord penser à un roman policier classique, c’est bien le personnage de Schiavone qui fait la différence.

Pur Romain d’origine, homme des villes, Rocco Schiavone se retrouve muté à Aoste, au pied des montagnes enneigées. Alors qu’il se balade avec ses Clarks, il se retrouve systématiquement avec les pieds mouillés à force de patauger dans la neige.

Amedeo Gunelli est conducteur de dameuse, cette machine qui remet à neuf les pistes de ski. Comme c’est un expert dans la conduite de ces machines infernales, son chef lui demande de faire la piste noire, la plus dangereuse. Il branche son iPod à fond et se lance dans son trajet dangereux. A un moment, la machine sursaute ; il a du rouler sur une pierre. Pour en être sur, il s’arrête, descend pour vérifier, et s’aperçoit qu’il vient de déchiqueter un corps humain. Il se retourne pour vomir.

Rocco Schiavone est chargé de cette enquête. Depuis peu, son poste ne s’appelle plus Commissaire mais sous-préfet. D’une nature agressive, il se rend compte que ses hommes ont piétiné la scène. Accident ou meurtre ? là est la question. Quand le médecin légiste trouve un mouchoir dans ce qui reste de la bouche du mort, Rocco Schiavone doit se rendre à l’évidence qu’il a affaire à un emmerdement puissance dix.

C’est un vrai roman policier qu’Antonio Manzini nous propose avec ce premier roman mettant en scène Rocco Schiavone. Au sens où l’action va se dérouler sur 5 jours, pendant lesquels le policier va amonceler les indices … jusqu’à trouver le ou les coupables. L’auteur se permet même de finir son livre par une scène digne de la grande Agatha Christie, en réunissant les habitants du village dans une église … ce qui est faire preuve de pas mal d’humour dans un pays très catholique.

Et d’ailleurs, de l’humour, on va en avoir pas mal dans ce roman, écrit à la première personne par Rocco lui-même. Car ce personnage de sous-préfet vaut son pesant de cacahuètes. Le fait qu’il soit un citadin et qu’il dénigre les bouseux de la campagne donne lieu à des scènes hilarantes, qui frisent le mauvais gout. Mais il faut dire qu’il a à faire avec une sacrée bande de d’ignares et d’idiots, qui n’ont aucune expérience avec les précautions à prendre sur une scène de crime.

Quand je dis que ça frise le mauvais gout, un enquêteur qui insulte les gens qu’il interroge, ou qui leur distribue des baffes comme on pourrait le faire avec un gosse, ce n’est pas commun. Et je dois dire que si parfois je trouve cela amusant, j’ai surtout trouvé ce personnage odieux, hautain et irrespectueux. D’où le rire jaune dont je parlais au dessus. Par moments, ça met mal à l’aise, mais par moments, c’est bigrement drôle. Ce qui est aussi un gage comme quoi ce roman fonctionne à merveille.

Ceci dit, un roman policier, genre Whodunit, avec un policier grossier et de mauvaise humeur, ce n’est peut-être pas suffisant comme argument pour le lire. Il faut juste que j’ajoute la petite cerise sur le gâteau. Car ce personnage de Rocco Schiavone est beaucoup plus complexe qu’on ne le croit. On sait bien peu de choses sur son passé, il n’est pas particulièrement propre au sens où il lui arrive de passer la ligne jaune, et il a connu un drame familial qui, tel qu’il est présenté, a fait que j’ai eu la gorge qui se serrait … alors que Rocco est tout de même odieux.

Comme quoi, un pur roman policier peut encore ravir nombre de lecteurs quand c’est bien fait. Et en ce qui la résolution de l’enquête, c’est impeccable de logique. Les indices ont été semés et donnés au lecteur. Rocco nous démontre dans les dernières pages qu’on aurait pu résoudre l’enquête à sa place ! Et quand en plus, on a un personnage aussi fort, je ne conclurai que par une seule remarque : C’est pour quand le prochain ? Ça tombe bien, il va bientôt sortir et s’appelle Froid comme la mort, aux éditions Denoël.

Ne ratez pas aussi l’excellente interview de l’auteur chez Le Concierge Masqué.

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8 réflexions sur « Piste noire de Antonio Manzini »

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