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Ceux qui grattent la Terre de Patrick Eris

Editeur : Editions du Riez

Depuis ma lecture de Les arbres, en hiver, je m’étais promis de lire un autre roman de Patrick Eris. Cela tombe bien, L’Oncle Paul avec fait un très bon billet sur Ceux qui grattent la Terre et c’est un roman que j’avais reçu par les éditions du Riez, que je remercie au passage. Si ce roman est à classer dans le genre Fantastique, on y trouve un aspect psychologique et mystérieux qui permet de le situer entre différents genres.

Karin Frémont est une jeune femme qui habite Paris et est chômeuse de longue durée. La proposition d’un emploi de secrétaire pour le célèbre auteur Harald Schöringen est pour elle comme une bouée de sauvetage. Harald Schöringen est en effet un auteur réputé pour ses analyses d’événements surnaturels, qui est paralysé et finit sa vie dans un fauteuil roulant. Donc cet homme ne quitte jamais son gigantesque appartement situé sur les hauteurs de Montmartre et reste bien souvent enfermé dans ses pièces privées.

Karin est reçue par la secrétaire Helen White, qui va bientôt quitter son poste. Elle lui explique qu’Harald Schöringen n’est pas difficile à vivre, ne quittant que rarement son bureau. Il a besoin de quelqu’un qui classe sa documentation impressionnante et qui fasse des recherches pour lui. Parfois, il demandera qu’on lui fasse la cuisine ou qu’on aille lui chercher une pizza au coin de la rue. Karin ne peut qu’accepter ce poste.

Parmi les personnages que karin rencontre, il y a Farida, la femme de ménage. Celle-ci n’a pas plus de prérogatives qu’elle : elle n’a pas le droit de pénétrer dans le bureau de Schöringen. Il y a aussi la concierge, personnage discret, dont la santé semble se dégrader de jour en jour. En effet, elle ne dort plus la nuit depuis qu’elle entend d’étranges grattements sur les murs en faisant un bruit obsédant : scriiitch… scriiitch…

Karin, avec cet emploi, peut reprendre une vie sociale normale. Elle se remet à sortir, avec ses amis quand son travail de classement d’archives lui laisse du temps. Il y a juste ces cauchemars qui lui pourrissent ses nuits où un homme habillé en noir l’observe …

Avec un personnage principal dessinée avec juste ce qu’il faut, ce roman va en étonner plus d’un par sa façon de jouer avec les ambiances et de faire monter le suspense, tout en réservant une sacrée surprise pour la fin. C’est Karin qui va occuper la majeure partie de l’histoire, et plus elle va avancer (vous pouvez choisir Karin ou l’histoire pour remplacer le elle !), plus les mystères vont s’accumuler, et plus le lecteur va se demander dans quoi il a mis les doigts, ou plutôt les yeux. A sa façon de décrire les petits gestes quotidiens, à sa façon de faire avancer doucement le fil de l’intrigue, pour soudainement nous mettre en face des yeux une scène mystérieuse ou carrément stressante, j’ai pensé à Stephen King.

Car la vie de cette jeune femme est somme toute simple. Malgré cela, le stress monte avec les autres personnages qui ne dorment plus (et on les comprend !), ou bien avec la disparition d’un voisin sans laisser aucune nouvelle. On se doute bien qu’il y a anguille sous roche, mais avouez qu’une anguille à Paris, c’est rare ! Donc on parlera plus des mystères (… de Paris).

Puis, Karin et Schöringen vont quitter Paris. On en est déjà à la moitié du livre et les questions qui hantent le lecteur n’ont pas trouvé de réponse. Le fait de décor ne fait qu’amplifier cette sensation de mal-être où l’auteur s’amuse à nous emmener quelque part, mais plus on avance dans le livre, moins on comprend où il veut nous emmener ! Jusqu’à la fin ! Mes amis, cette fin est de celles qui rendent un livre inoubliable. Elle est de celles dont je ne peux rien dire et dont j’ai envie de parler ! Quelle frustration ! Et la dernière phrase est … tout bonnement géniale ! Lisez ce livre hors du commun, il ne se revendique pas être un chef d’œuvre, n’en est pas un mais je peux vous garantir que vous ne l’oublierez pas. Et le soir, dans votre lit, au moment de vous endormir, peut-être entendrez-vous vous aussi ce grattement mystérieux contre les murs … scriiitch… scriiitch…

Ceux qui grattent la Terre s’avère un livre vicieux, obsédant, tout en simplicité.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

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Espace Jeunesse : Bleu Blanc Sang tome 3 de Bertrand Puard

Editeur : Hachette

Si vous lisez ce billet, c’est que vous avez déjà lu les deux premiers tomes. Si ce n’est pas le cas, je vais essayer de ne pas spolier les événements qui ont eu lieu dans les 2 précédents romans.

Quatrième de couverture :

Un mois et demi a passé depuis les terribles évènements qui ont clôturé la chasse aux tableaux de Justine Latour-Maupaz et qui ont fait vaciller le pouvoir en place. Retirée dans un manoir à la campagne, Eva Brunante se remet peu à peu de ses traumatismes en retrouvant les joies de la création, et en jurant qu’on ne l’y reprendra plus à jouer les héroïnes de thriller.

Pourtant, lors du vernissage de l’exposition-événement consacrée à l’artiste, au Louvre, un jeune homme venu des États-Unis surgit et confie à Eva posséder de quoi bouleverser à nouveau la donne autour de Justine Latour-Maupaz mais surtout autour de l’histoire de l’art tout entière.

Dans l’ultime tome de cette trilogie, Eva ira de surprise en surprise et apprendra que tous ces évènements autour de l’artiste n’étaient que les premiers soubresauts d’une rude bataille à venir.

Mon avis :

Avec un tel suspense à la fin du deuxième tome, je pensais que nous allions redémarrer dans la foulée … eh bien non ! Nous voilà transportés 6 mois après la fin du 2ème tome. Du coup, on se retrouve projeté en novembre 2018.

De nouveaux personnages font leur apparition, dont Caïssa, une jeune femme qu’un vieux monsieur va initier aux échecs, et un chef d’entreprise américain, christophe LAMBERT qui va hériter de l’entreprise de son père à la mort de ce dernier. Sauf qu’au même moment, il apprend que son père n’est pas son père biologique. Cela va l’amener à rejoindre la France alors qu’une exposition sur Justine Latour-Maupaz va être inaugurée.

Alors que les deux premiers tomes laissaient à beaucoup d’action, ce n’est plus le cas ici. On se retrouve avec une intrigue qui passe d’un camp à l’autre (voir mes précédents avis) mais cela ressemble plus à une résolution d’une énigme liée aux racines de chaque famille.

Si le style s’affirme, je trouve que ce roman s’adresse à des personnes plus âgées que les 15-16 ans visées initialement. Ou alors, l’auteur considère-t-il que son lectorat a grandi avec la lecture de ses romans ? Ce en quoi il n’aurait peut-être pas tort. Car je l’ai déjà dit et je le répète, il y a dans ces romans une initiation à la vie politique, les relations entre l’économie et la politique, les influences des lobbyistes, qui doivent permettre d’ouvrir les yeux aux plus jeunes.

Reste que la conclusion me laisse un peu perplexe : Je suis d’accord sur le fait que le monde de demain sera construit par les jeunes d’aujourd’hui. Pour autant, la destruction totale est-elle nécessaire ? Il m’a manqué un message plus positif, plus fédérateur dans cette fin qui laisse certes le lecteur réfléchir, mais qui sous-entend des solutions violentes qui n’en sont pas. Ceci dit, si un livre fait réagir, c’est qu’il est très bon … Et puis, le dernier chapitre est peut-être le premier pas vers un quatrième tome ?

Mon avis sur le tome 1 est ici

Mon avis sur le tome 2 est ici

La lettre et le peigne de Nils Barrellon

Editeur : Jigal

Si vous devez lire un roman en ce moment, et que l’Histoire ne vous rebute pas, que vous cherchez à la fois un roman à énigme et un roman à message, un roman où on est tellement pris à la gorge par ce qui arrive aux personnages que certains passages vous laissent pantelants, au bord des larmes, alors ce roman est fait pour vous. Je ne connaissais pas l’auteur, c’est pour moi une découverte. Et pourtant, j’ai tourné la première page, avant tout poussé par la curiosité. Le premier chapitre m’a scotché …

Berlin, Avril 1945. La course poursuite est engagée entre les alliés pour récupérer la capitale allemande. Dans la ville en ruine, une femme erre dans les rues. Elle s’appelle Anna Schmidt et ses vêtements sont en lambeaux. Une femme accepte de l’héberger dans un immeuble, où les habitants se cachent dans la cave. Puis, les Russes débarquent et embarquent de jeunes filles et des femmes. Anna est choisie par un soldat. Il l’emmène dans un appartement de l’immeuble et la viole. Anna, résignée, ne songe même pas à résister. Elle veut survivre.

Berlin, 8 septembre 2012. Un vol vient d’avoir lieu au musée historique. Le gardien a été retrouvé assassiné. La caméra montre que deux hommes cagoulés ont pénétré l’enceinte et savaient parfaitement ce qu’ils venaient chercher. Seul un boitier contenant un peigne en ivoire et portant les sigles A.H. a été dérobé. Ce peigne aurait appartenu à Adolf Hitler. Anke Hoffer, qui appartient à la police fédérale criminelle est dépêchée de Francfort pour enquêter sur ce vol et ce meurtre.

Jacob Schmidt est bassiste dans un groupe de jazz et sort d’un concert. Il y a rencontré Ann, qui a eu une aventure avec un membre du groupe. Ils vont boire un coup et finissent par être bien entamés. Mais Ann veut passer la nuit seule alors Jacob rentre chez lui. C’est alors qu’il est agressé par deux hommes cagoulés, conduisant une BMW noire. Apparemment ils ont voulu le kidnapper. Le lendemain, en portant plainte au commissariat, il rencontre Anke.

On pourrait diviser ce roman en deux parties. La première fait la part belle à la famille Schmidt : Anna tout d’abord puis Josef son fils puis Jacob. La deuxième se passe en France, et j’y reviendrais. Car dans cette « première partie », l’auteur fait des allers-retours entre le présent de Jacob et sa sensation d’être poursuivi et persécuté et le passé de sa famille.

C’est 60 ans de l’histoire de l’Allemagne que Nils Barrellon va nous conter avec une aisance telle qu’on croirait qu’il est historien de formation. Il glisse quelques moments importants dans sa narration mais surtout, ce qui m’a fait fondre, c’est sa description d’une histoire de famille lambda au milieu de la grande histoire. C’est ces petites scènes communes qui, tout simplement deviennent des scènes très émouvantes, à tel point que j’avais l’impression de faire partie de cette famille, et j’en ai eu le cœur serré, gonflé d’amour pour Anna, Josef et Jacob.

Et quels personnages ! Anna est une mère amoureuse qui va tout faire pour élever, sauver et rendre son fils plus fort. Et elle va réussir ! Josef va devenir un mathématicien et gérer sa vie comme on résout des équations. Il va aussi tout faire pour son fils Jacob. Et Nils Barrellon arrive à nous faire entrer dans leur intimité avec une telle simplicité que c’en est époustouflant et surtout émouvant. C’en est impressionnant !

La deuxième partie, ou du moins, c’est comme ça que je l’ai ressenti commence quand Jacob débarque en France. A partir de ce moment là, il n’y a plus d’allers-retours passé-présent et le récit devient plus linéaire, plus classique. Le rythme s’accélère, la tension monte jusqu’au final surprenant, presque fataliste, en tous cas noir. Et cela clôt un roman à part, original dans sa forme sur les survivants, les battants de la deuxième guerre. Ce roman est une belle leçon de vie, une formidable réussite.

Je tiens aussi à signaler la couverture que je trouve tout simplement magnifique et fort bien trouvée par rapport au roman et à ce qu’il raconte.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul.

 

Espace jeunesse : Bleu Blanc Sang Tome 2 de Bertrand Puard

Editeur : Hachette

Après un premier tome passionnant, voici donc mon avis sur le deuxième tome de cette trilogie, qui se révèle tout aussi épatant, et qui fait monter la pression.

Quatrième de couverture :

Eva Brunante a promis au patriarche de la riche et puissante famille Tourre de l’aider à retrouver les cinq toiles de Justine Latour-Maupaz encore dispersées à travers le monde et dont on ignore tout. À la clef, ni plus ni moins que la survie de l’empire Tourre. Car une seule œuvre sur les douze de l’artiste est à même de sauver la vie de Clarissa, la petite-fille du patriarche, atteinte d’une maladie orpheline.

Mais chaque seconde compte car en plus de l’état critique de Clarissa, son oncle, qui vient de conquérir l’Elysée, se lance lui-aussi dans la bataille pour priver sa nièce du remède et rafler l’intégralité de l’empire.

La quête des tableaux manquants de l’artiste fait entrer Eva dans une saga familiale haletante, traversée d’amours intenses et de haines féroces. Une quête qui poussera Eva à assumer son rôle, se révélant plein de ressources insoupçonnées, et à faire éclater la vérité contre ces hommes de pouvoir n’hésitant pas à salir la République dans le but de servir leur seul intérêt.

Mon avis :

Clairement, il vaut mieux avoir lu le premier tome avant de lire celui-ci. Ceci dit, c’est une trilogie, donc c’est un peu normal ; nous ne sommes pas là dans une série récurrente. Autre petite remarque, la quatrième de couverture parle de cinq toiles, alors qu’il s’agit en fait de quatre (Les juments de Diomède, Le lion de Némée, Le géant Géryon à trois têtes et Délivrer Thésée des enfers et vaincre Cerbère). Mais peu importe, on retrouve donc avec plaisir Eva, Hugo et Tiphaine dans la poursuite de leur quête.

D’un roman d’action, on passe ici à un roman d’aventures si je dois le définir en un mot. Eva en est le personnage central, et on va la suivre tout au long du livre. Elle va faire équipe avec Hugo et ils vont à nouveau faire face à des scènes qui vont les mettre en danger. Ils vont trouver les indices et découvrir un certain nombre de toiles … vous ne croyez tout de même pas que je vais tout vous révéler ! Il est à noter certaines scènes d’actions qui sont remarquablement réussies comme celle de Venise ou les visites d’une cave d’un château, et qui relancent à chaque fois l’intérêt de l’intrigue.

Enfin, si Eva, Tiphaine et Hugo font office de gentils dans cette histoire, les autres protagonistes sont toujours aussi troubles, alors que l’on voit apparaitre une nouvelle famille richissime, qui à la fois complexifie l’intrigue et à la fois relance une part de mystère à l’ensemble. Bref, on sent que l’auteur s’est amusé à construire son livre, et il sait nous le faire sentir. Et puis, la fin, loin d’être énigmatique comme celle du premier tome, nous laisse en plan avec des héros meurtris. Du coup, Bertrand Puard maintient le suspense pour un troisième tome que l’on attend avec impatience … et une certaine fébrilité.

A noter que les 3 tomes sont disponibles en librairie.

Espace Jeunesse : Bleu Blanc Sang de Bertrand Puard

Editeur : Hachette Jeunesse

Il y a plein de raisons pour lesquelles je vous présente ce roman. Et ce n’est pas parce qu’il est estampillé Jeunesse que vous devez passer votre chemin. D’ailleurs, la raison pour laquelle il est arrivé dans mes mains est presqu’une histoire à elle-seule. Les éditions Hachette me contactent pour me signaler leur sortie. J’aurais pu n’y jeter qu’un œil distrait. Sauf que le titre m’a attiré, a éveillé ma curiosité. Quel titre ! Et puis, la couverture, à la fois sobre mais énigmatique m’a beaucoup plu. Ensuite j’ai lu le résumé et cela rentrait bien dans mes critères … alors allons y !

5 juin 2018, 15H50, Paris. Dans la cathédrale Notre Dame, l’enterrement du Président de la République Jean-Baptiste Tourre va démarrer. Il a succombé à une tumeur au cerveau. C’est son frère et ministre Patrice Tourre qui va faire son éloge.

5 juin 2018, 16H05, Châteauroux. Deux hommes arrivent au musée Bertrand de Châteauroux, pour assurer le transport d’un tableau de Justine Latour-Maupaz vers New York. Le Métropolitan Muséum a en effet demandé son prêt pour une exposition sur les artistes femmes. Lors du trajet sur l’autoroute, la camionnette se fait attaquer au lance-roquette.

5 juin 2018, 10H10, New York. Dans la salle des enchères de Christie’s, Andrew Jackson le commissaire priseur s’apprête à passer une journée ennuyeuse. En effet, rien de ce qu’il propose ne va enflammer les foules a priori. Sa surprise est énorme quand il propose un tableau de Justine Latour-Maupaz, qui atteint la somme de 53 millions de dollars alors que la mise à prix n’était que de 10 000 dollars.

17 juillet 2018. Patrice Tourre a obtenu ce qu’il voulait : il est devenu Président de la République à la place de son maudit frère. Il doit faire face à une grave crise économique : la possible faillite de l’Italie. Eva Brunante, conseillère de banque, reçoit en rendez vous M .Collet. Il Actionveut soi-disant ouvrir un compte pour une tierce personne. Il aligne un chèque de 100 000 euros au nom d’Eva Brunante. Le client de M.Collet veut rencontrer Eva au sujet de Justine Latour-Maupaz. En effet, son père Richard et elle ont longuement étudié cette jeune peintre française. Eva refuse … mais décide d’appeler son père, avec qui elle n’a plus de contact depuis 10 ans, qui ne répond pas. Alors elle va aller le voir.

Je vais vous dire : Les adolescents ont de la chance !

Voici commence démarre ce roman, puisque je viens de vous résumer les 50 premières pages de ce premier tome d’une trilogie. Vous l’aurez compris, cela va vite, très vite, et il y a beaucoup de rebondissements. En fait, nous avons là un roman à suspense, qui va multiplier les personnages et les situations.

Pour résumer, il y a Patrice Tourre le Président de la République issu d’une famille immensément riche. Son père, le patriarche Jean Christophe ne voit que par Jean Baptiste et déteste son autre fils. Patrice avait une fille Clarissa qui est atteinte d’une maladie orpheline et à qui on ne prédit que quelques mois à vivre. Voilà pour le clan politique.

Du coté des Brunante, nous avons Eva, banquière, qui s’est brouillée avec son père Richard. La belle-mère d’Eva, puisque Richard est veuf et remarié, est un personnage que l’on verra peu, contrairement à Tiphaine, sa demi-sœur. Mais je ne vous en dis pas plus.

Enfin, on va voir apparaitre un groupuscule, nommé Riposte, qui a des tendances anarchistes, et qui veut faire tomber le gouvernement, tout détruire pour tout reconstruire ! Hugo en est un des fondateurs avec Charlotte Dugain. Il va être plongé dans ce maelstrom et se retrouver à enquêter avec Eva et Tiphaine.

Si je passe si longtemps à vous parler des personnages, et il y en a encore quelques autres, c’est bien parce qu’ils sont au centre de l’intrigue, qu’ils ont droit chacun à des chapitres, et surtout parce qu’ils sont très bien décrits, vivants. Si bien que le lecteur que je suis n’a pas eu de mal à reconnaitre. C’est un des gros points forts de ce livre. C’est aussi leur nombre qui me fait dire que ce livre s’adresse plutôt à des adolescents de 16 ans.

Si le style est fluide et simple, je n’ai pas eu l’impression que l’on prenait les jeunes pour des imbéciles. On y parle politique, business, argent, lutte de pouvoirs, mais aussi famille, quête et Histoire. Et pour tout vous dire, je pense que cela va ouvrir beaucoup de jeunes cerveaux à la complexité du monde tel que nous le connaissons aujourd’hui.

Car l’autre grande force de ce roman, c’est le nombre de rebondissements, et cette faculté, après avoir planté le décor, de montrer que personne n’est ni blanc, ni noir, ou pour reprendre le titre, ni bleu, ni blanc ni rouge sang. Et comme c’est le premier tome d’une trilogie, j’ai hâte de lire la suite car il y a bien une explication à la fin, mais tant de questions en suspens.

Avis aux adolescents : courez acheter ce livre. Ça bouge, c’est prenant, et les personnages sont fantastiquement humains. Avis à leurs parents : N’hésitez pas à emprunter ce livre à vos enfants, car vous allez y prendre du plaisir. Pour ma part, je l’ai lu en 2 jours. C’est un signe, non ?

Condor de Caryl Ferey

Editeur : Gallimard

Comme beaucoup de lecteurs de polars, j’aime Caryl Ferey. J’aime Caryl Ferey pour ses intrigues. J’aime Caryl Ferey pour ses personnages. J’aime Caryl Ferey pour son humanisme. J’aime Caryl Ferey pour son honnêteté. J’aime Caryl Ferey pour ce qu’il nous montre du monde et de l’état dans lequel il est. Avec Condor, nous faisons étape au Chili.

Santiago du Chili. La manifestation étudiante fait rage Plaza Italia. Gabriela parcourt les rangs, armée de sa camera pour faire un reprortage qu’elle postera sur le Net. Elle y retrouve son amie Camila Araya, la présidente de la Fédération des Etudiants de l’université du Chili. La manifestation défend l’éducation pour tous, depuis que le Chili s’est libéré de la dictature de Pinochet pour plonger dans l’ultralibéralisme et des universités payantes qui coutent le salaire d’un ouvrier.

A 67 ans, Stefano a toujours la passion du cinéma et celle de partager la culture. Il héberge Gabriela depuis quatre ans, et lui propose de venir voir The Getaway de Sam Peckinpah à la Victoria, où ils rejoindront le Père Patricio. En pleine projection, la sœur Maria Inès leur demande venir voir le drame qui se déroule sur un terrain vague tout proche :

Quelques policiers tentent de maitriser la centaine de badauds qui observent le corps d’un jeune adolescent mort. Enrique, le fils de 14 ans du rédacteur en chef de Senal3 est étendu là, mort. Gabriela filme tout, car elle a remarqué des traces de poudre blanche. C’est le quatrième corps d’adolescent que l’on retrouve comme cela. Gabriela sait que la police ne fera rien pour élucider les morts de jeunes pauvres. On lui conseille alors de contacter un jeune avocat spécialiste des causes perdues Esteban.

Après la Nouvelle-Zélande («Haka», 1998, «Utu», 2004), l’Afrique du Sud («Zulu», 2008), et l’Argentine («Mapuche», 2012), Caryl Ferey pose ses valises au Chili. C’est l’occasion pour lui de montrer en 400 pages un pan de l’histoire de ce pays marqué par une dictature adoubée par les plus grands pays économiques, sous prétexte de lutter contre le communisme. Le pendant de cela, c’est que ce pays est tombé dans un ultralibéralisme, qui creuse les écarts entre les pauvres et les riches, et qui foule aux pieds le moindre humanisme. Il était donc logique que Caryl Ferey y installe son intrigue.

Si on peut regretter qu’au fil des pages, le personnage de Stefano disparaisse quelque peu, ce roman est bel et bien porté par ses deux personnages principaux Gabriela et Esteban. Ce sont deux personnages aussi opposés qu’on puisse l’imaginer, Gabriela étant une révoltée sans le sou et Esteban un avocat issu d’une famille immensément riche mais se battant pour les pauvres. Comme d’habitude, Caryl Ferey démontre tout son humanisme à travers ces personnages, et surtout faisant de son roman un reportage sur un pays où le seul leitmotiv est de faire toujours plus d’argent.

Pour autant, l’intrigue n’est pas en reste puisqu’elle se déroule gentiment, jusqu’à dévoiler le sujet véritable du roman dans les dernières pages, sujet que l’on est bien incapable de trouver auparavant. Avant, nous aurons eu droit à un très bon polar, avec des scènes de suspense haletantes, des dialogues formidables et surtout un contexte des plus noirs, choquant, révoltant, scandaleux.

Je dois dire que ce roman m’a passionné mais que j’ai regretté que les personnages soient aussi stéréotypés (les gentils sont très gentils, les méchants sont très méchants) et qu’un peu plus de subtilité m’aurait poussé à mettre un coup de cœur. Et puis, il m’a manqué un peu de folie, un peu de passion, que je n’ai pas ressenti à la lecture, et qui est une des raisons pour lesquelles j’adore cet auteur. Ceci dit, ce roman n’est en aucun cas décevant pour moi, car c’est encore une fois un formidable voyage dans une contrée mal connue, pourrie par le règne de l’argent eu détriment des hommes et des femmes, présenté par des formidables personnages inoubliables.

L’étrange Halloween de M.Léo de Olivier Kourilsky

Editeur : Glyphe éditions

J’ai découvert Olivier Kourilsky lors de son précédent roman, Le 7ème péché. Il est donc inutile de vous dire que la première chose qui me vient à l’esprit pour parler de ce roman, c’est la maitrise de l’intrigue.

Léo Hernandez, dit le Mexicain, est planqué dans un hôtel avec une cargaison de drogue. Il se rend bien compte que, quand on complice José, s’absente avec une excuse bidon, Léo est aux abois. Quand il entend des bruits dans le couloir, il dilue la poudre blanche dans les toilettes juste avant que la police ne débarque. Quand Marchand, son patron, le convoque, c’est pour aller voir « Le Patron ».

Léo n’en mène pas large, et la Patron lui confie la mission de la dernière chance : Trouver 50 000 euros, montant de la cargaison perdue et aller chercher une autre livraison, en Angleterre cette fois ci. Pour l’argent, il va chez son complice José, car celui-ci a bien du mettre de l’argent au frais. Surpris par la femme de José, il est obligé de s’en débarrasser avant de récupérer de l’argent dans un trou caché derrière du lierre.

Avec des faux papiers, il embarque pour l’Angleterre, direction le château de Grwych au pays de Galles, un château connu pour ses fantômes ! C’est là bas qu’il doit remettre l’argent. C’est là-bas qu’il rencontre David et Agnès Timsit, un couple juif qui fait un pèlerinage dans ce lieu qui a accueilli des juifs pendant la seconde guerre mondiale. Le couple est accompagné de Pauline et de son petit ami Dylan. Sauf que Pauline est kleptomane et qu’elle va voler à Léo le carnet dans lequel il note tout !

On peut dire que ce roman est court mais il faut dire que cela va très vite. A coups de chapitres ne dépssant que rarement 6 à 7 pages, avec ses phrases où il n’y a que le strict minimum, avec cet équilibre parfait entre descriptions et dialogues, ce polar pur jus est un pur régal. On est vite emporté par le rythme, par les rebondissements et par les situations qui alternent entre humour et haute tension au fur et à mesure que l’on avance dans le livre.

Car Léo va bien relever le défi de réaliser cette mission de récupérer un paquet empli de drogue, mais il va être poursuivi par l’équipe du commandant Hubert Piron de la brigade des stupéfiants ainsi que par la bande de Marchand qui, une fois la mission remplie va vouloir se débarrasser de ce témoin gênant. Sans compter que le commissaire Maupas, ex-commissaire à la retraite, va faire son entrée vers le milieu du livre …

C’est un vrai plaisir de lire cette histoire maitrisée de bout en bout, d’autant plus les événements vont s’enchainer les uns après les autres, que beaucoup d’entre eux vont nous prendre par surprise, et que au bout du compte, on sort de ce livre heureux. Heureux d’avoir fait un bout de chemin avec ces personnages, heureux d’avoir lu une bonne histoire, heureux d’avoir passé un excellent moment sans autre prétention que de s’amuser. Une lecture plaisir, pur plaisir.

Ne ratez pas les avis de L‘oncle Paul et de Claude Le Nocher