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Le chouchou du mois de septembre 2018

Le mois de septembre ressemble beaucoup pour moi à un bilan de mes lectures estivales. Et comme je n’emporte en vacances que des livres de poche, j’aurais donc forcément publié beaucoup d’avis sur des romans édités au format poche. Et pour le coup, quelque soit le genre, vous pourrez trouver des suggestions de lecture qui conviendront à vos goûts.

Commençons donc notre tour d’horizon par le roman policier, le pur, le dur. Je ne sais pas pour vous, mais j’aime bien suivre un personnage récurrent, le retrouver dans de nouvelles enquêtes et le voir évoluer comme un pote que l’on retrouve de temps en temps. Dans Pyromane de Wojciech Chmielarz (Livre de poche), c’est Le Kub qui va nous assister et nous faire visiter la Pologne. Avec une enquête vicieuse et remarquablement construite, ce roman va vous donner un gout de Reviens-y !

Quand on parle de Reviens-y, j’avais adoré Jeux de dames, et j’ai poursuivi avec le même auteur Erreur d’aiguillage de Philippe Beutin (Editions Cairn), que j’ai bien aimé. Même si la trame est plus classique, il nous donne l’occasion de visiter la SNCF vue de l’intérieur et de faire la connaissance des ateliers de maintenance. C’est un roman à la fois noir dans le sujet et instructif dans son contexte.

Dans un tout autre genre, La dernière expérience d’Annelie Wendeberg (10/18) reprend le personnage du docteur Anna Kronberg, toujours amoureuse du célèbre détective Sherlock Holmes. Celle-ci est enlevée et séquestrée par le redoutable Professeur Moriarty dans un suspense à huis clos où il s’agit avant tout de déjouer un de ses complots.

C’est probablement le roman qui m’a le plus surpris. Ils vont tous mourir de Raphaël Grangier (Editions Cairn) est un thriller comme j’aimerai en lire plus souvent. Ça commence doucement, par une belle visite du Périgord, la tension monte, le suspense devient inquiétant et on termine par un mélange de Seven et du Silence des Agneaux totalement assumé. On y croit, on marche à fond et on ferme le livre le sourire aux lèvres, assuré d’avoir passé un excellent moment de lecture.

Qu’on se le dise : Alexis Aubenque est de retour. Je considère Alexis Aubenque comme le digne héritier des grands auteurs populaires. Et il est de retour avec sa série culte , River Falls. C’est donc une nouvelle trilogie qui démarre avec déjà deux tomes sortis : Retour à River Falls (Milady) et Des larmes sur River Falls (Bragelonne). Evidemment il faut lire le premier avant de lire le deuxième. Evidemment c’est très bien fait. Evidemment, c’est du divertissement avec des scénarii tordus comme Alexis sait les écrire.

Si vous préférez l’humour à la sauce cynisme, vous ne devriez pas rater L’hôtel du Grand Cerf de Franz Bartelt (Points) qui marque le retour en grande forme de Franz Bartelt. C’est une double enquête dans un hôtel à la frontière franco-belge et c’est un pur régal. Je vous ai aussi proposé La vie même de Paco Ignacio Taibo II (Rivages Noir) qui m’a fait découvrir un auteur qui, au travers de son personnage d’écrivain, va décrire l’état de son pays, le Mexique, pourri par les truands et la corruption.

Avant de passer à la rentrée littéraire, il fallait que je vous parle du troisième tome de la trilogie des ombres, Passage des ombres d’Arnaldur Indridason (Métailié). Indéniablement, c’est le meilleur des trois et j’ai retrouvé la magie du style de l’auteur islandais et une histoire très émouvante.

Allez, il est temps de parler de la rentrée littéraire. Commençons par un livre pas comme les autres, édité par une maison d’édition pas comme les autres : La flore et l’aphone de Guillaume Gonzalès (Kyklos). Un jeune homme irresponsable se découvre et découvre le monde autour de lui. C’est le genre de roman que l’on qualifie d’OLNI, Objet Littéraire Non Identifié.

J’ai évidemment lu et chroniqué La toile du monde d’Antonin Varenne (Albin Michel), car cet auteur est probablement l’auteur contemporain que je préfère. Il s’agit là aussi de la fin de la trilogie Bowman, avec sa fille qui va découvrir l’Exposition Universelle de Paris en 1900, découvrir l’Ancien Monde qui change, et se découvrir aussi en tant que femme libre. Même si je l’ai trouvé trop court, ce choc entre deux générations vaut largement le détour.

Le poids du monde de David Joy (Sonatine) est le deuxième roman de cet auteur, qui s’affirme, dès son deuxième roman, comme l’auteur des démunis et des délaissés, des abandonnés du rêve américain. On y retrouve le thème de l’enfermement dans les campagnes américaines et c’est un roman noir étincelant comme une étoile dans le ciel.

Le titre du chouchou revient donc à Salut à toi, ô mon frère de marin Ledun (Gallimard), pour tout le plaisir qu’il apporte et pour toutes les choses dont il parle. On plante le décor : une famille nombreuse foutraque voit un des fils disparaître. Avec du rythme et de la bonne humeur, Marin Ledun sous des couverts de roman plus léger que ses précédents dit des choses importantes. Vivement la suite.

J’espère que ces avis vous seront utiles dans vos choix de lecture. Je vous donne rendez vous le mois prochain pour un nouveau titre de chouchou du mois. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

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Salut à toi, ô mon frère de Marin Ledun

Editeur : Gallimard – Série Noire

Après un séjour chez Ombres Noires Flammarion pour cinq romans fabuleux, Marin Ledun change de style et de maison d’édition pour un roman plus léger, ancré dans notre monde d’aujourd’hui. Une lecture distrayante et intelligente

La couverture présente le visage d’une jeune femme à l’envers, ayant les cheveux teints en rose. Elle s’appelle Rose et est l’aînée dans une famille nombreuse et originale et révoltée, voire rebelle.

« Un père, une mère et leurs six enfants. Deux filles, quatre garçons. Une équipe mixte de volley-ball et deux remplaçants, ma famille au grand complet. Neuf en comptant le chien. Onze si l’on ajoute les deux chats ».

Voilà une famille « normale », la famille Mabille-Pons. Si ce n’est que la mère est infirmière, le père clerc de notaire. Ils ne sont pas mariés car Adélaïde ne veut pas se conformer aux règles de la société. A cela s’ajoute six enfants, trois naturels, trois adoptés de pays en difficulté, dont Gus, le petit dernier, qui est un petit colombien.

Un matin, toute la famille se réveille et se prépare pour aller au travail. Gus manque à l’appel. Son lit qui n’est pas défait montre qu’il a découché. Peu après, on apprend qu’il est recherché pour le braquage d’un bureau de tabac qu’il aurait réalisé avec deux complices. Et voilà Rose, coiffeuse de son état, lancée dans cette enquête mais aussi témoin d’un monde de fous.

Clairement, ce roman n’a rien à voir avec les romans noirs précédents de Marin Ledun. Le ton y est léger, humoristique et vivace. Au premier plan, on y trouve évidemment le portrait d’une famille un peu foutraque, en rupture de ban d’une société qui veut ranger les gens dans des cases étiquetées. Chacun des personnages ont leur propre vie, leur propre psychologie, et Rose va nous décrire cette vie, entre révolte et mal-être liés à son âge. Je mettrais une mention spéciale à Adélaïde, mère courage, toujours en opposition avec la société et ses règles figées, prête à défendre ses enfants envers et contre tous.

De cette histoire simple, Marin Ledun nous montre tout le ridicule de cette situation mais aussi tous les travers auxquels on ne fait plus attention. On y parle de la position des femmes que l’on néglige ou n’écoute pas (les flics ne veulent parler qu’au père), du racisme ordinaire (Gus est forcément coupable puisque sa couleur de peau est trop foncée pour être honnête) mais aussi du clivage jeune – vieux (plus que jamais, dès qu’il y a un problème, c’est de la faute des jeunes).

L’intrigue, comme cette famille, est anarchique et passe au second plan, puisque c’est bien la peinture de la société qui passe en premier et la façon dont Rose nous en parle. Si cette lecture peut paraître divertissante, et m’a fait penser aux premiers romans de Daniel Pennac ou même de Gilles Legardinier de Demain j’arrête, elle nous met quelques évidences devant les yeux quelques travers qui font de cette lecture un excellent moment de divertissement intelligent par sa lucidité. Un roman pour la fraternité et contre la morosité. Et comme il y aura une suite à ce roman, je serai sans aucun doute au rendez vous.

Le titre est tiré d’une chanson des Béruriers Noirs que j’avais vus en concert à l’époque et qui me manquent.

Ne ratez pas les avis de Livresàprofusion, Laulo, Nyctalopes , Yan , et Yvan

Ma ZAD de Jean Bernard Pouy

Editeur : Gallimard – Série Noire

Dès le début de 2018, nous avons eu droit à un événement : le retour de Jean Bernard Pouy aux affaires. Pour ceux qui comme moi ont découvert son auteur dès ses débuts, ce roman ressemble beaucoup à une bouffée de nostalgie. Car Pouy a gardé toute sa verve dans cette intrigue plantée dans l’actualité.

Camille Destroit vit dans une ferme qu’il a hérité de ses parents, dans le Nord de la France, dans la région nouvellement nommée Les Hauts de France. Il est acheteur de produits bio pour le supermarché EcoBioPlus et a réussi à imposer de petits producteurs locaux pour la qualité de leurs produits. Cette semaine de mars allait tout chambouler dans sa vie de révolté.

Alors qu’il apporte son soutien à des ZADistes qui s’opposent à la construction d’entrepôts gigantesques dont le chantier est dirigé par la société Valter, il se fait arrêter par les flics lors de l’évacuation musclée de la ZAD. Après un interrogatoire (humoristique), il est libéré et rentre chez lui pour découvrir que son hangar est livré aux flammes, du probablement à un incendie criminel.

Le lendemain, le directeur d’EcoBioPlus lui annonce son licenciement, arguant qu’ils ne peuvent supporter quelqu’un qui a passé sa nuit au poste de police. Accessoirement, la société Valter est actionnaire du supermarché. Camille décide de partir en villégiature en Bretagne pour se changer les idées, recharger ses batteries et son taux d’alcool. Mais son retour dans le Nord ne va pas arranger ses affaires.

ZAD = Zone A Défendre. C’est une nouvelle mode, d’utiliser des termes militaires pour nommer des zones de manifestation avec occupation des lieux. Jean Bernard Pouy ne pouvait pas passer au travers, et utiliser ce sujet en trame de fond pour planter son personnage, qui ressemble finalement à tous ceux qui ont parcouru ses romans. Camille est un excellent mélange d’homme individuellement responsable, collectivement impliqué mais avant tout un révolté lucide. Sans vouloir être un justicier anonyme, il se croit investi d’une mission : aider les autres tant que ça n’empiète pas sur sa liberté de penser et d’agir.

Le roman est évidemment centré sur le personnage de Camille et propose (j’allais dire comme d’habitude) un ton cynique, relevant les travers que nous subissons tous les jours. C’est évidemment un énorme plaisir de suivre ses déambulations, et on le suit avec un sourire aux lèvres, mais aussi parfois en étant conscient du ridicule de certaines situations. C’est finalement par l’humour que passent le mieux les messages …

Jean Bernard Pouy n’a rien perdu de sa verve, ni de ses digressions et il ne se gêne pas pour nous asséner quelques vérités bien senties. Il n’a rien perdu non plus de son amour des mots, de son amour de la langue, jouant avec eux comme un équilibriste qui ne laisse jamais tomber ses anneaux. Et il nous fait partager son amour de la culture, pas celle des intellos, mais la culture populaire au rang de base du savoir.

Je vous l’avais dit : Jean Bernard Pouy est de retour … et il est en pleine forme. Il nous offre à nouveau un roman contemporain plein d’humour et de rythme, de vérités et de jeux de mots. Il ne reste plus qu’à espérer qu’il nous en écrive encore quelques autres, pour notre plus grand plaisir d’amateur de polars.

Ne ratez pas les avis de Claude, Yvan et Christophe Laurent

Les corps brisés d’Elsa Marpeau

Editeur : Gallimard Série Noire

J’avais beaucoup aimé L’expatriée, son roman sorti en 2015. Et c’est mon ami Richard le Concierge Masqué qui a attiré mon attention sur ce roman en le sélectionnant pour le Grand Prix des Balais d’Or 2018. Effectivement, ce roman regorge de qualités.

Sarah est une championne de rallyes automobiles et est en avance dans la course au championnat du monde. Son principal adversaire Ralph Dichters la talonne de quelques points et si elle gagne cette course au Rallye de Monte Carlo, elle sera assurée du titre. Une seconde d’attention suffit à envoyer la voiture dans le ravin. Son copilote n’y survivra pas. Sarah connaîtra quelques semaines de coma, avant de se réveiller hémiplégique.

C’est son frère Nathan qui l’accompagne à la clinique, L’Herbe Bleue, perdue dans les bois vosgiens, dans laquelle elle va passer beaucoup de temps pour s’adapter à sa nouvelle condition d’handicapée. Elle va faire connaissance avec toute l’équipe médicale du Docteur Virgile Debonneuil, surnommé Docteur Lune à la psychologue, en passant par les infirmières ou le masseur. Heureusement, elle va avoir une voisine de chambre qui va l’aider à surmonter cette épreuve.

Mais petit à petit, des événements vont semer le doute dans son esprit. La malade qui l’a précédé dans son lit a mystérieusement disparue, certaines pièces sont fermées au public et les réactions de l’équipe médicale lui semblent bizarres. Quand sa voisine disparaît, sa paranoïa atteint des niveaux stressants difficiles à gérer.

Bâti en trois parties, ce roman relativement court d’environ 220 pages, est un roman à la construction implacable et plutôt classique. Dans la première partie (Le Paradis), d’une centaine de pages, on nous présente la clinique, en insistant bien sur la psychologie de Sarah. Dans la deuxième (Le Purgatoire), les événements étranges se succèdent avant d’aboutir en apothéose à des scènes d’horreur inimaginables. Je n’insisterai pas sur le fait que ce roman est basé sur des faits réels tant cela parait difficile à concevoir.

Du début (ou du moins à partir du deuxième chapitre) jusqu’à la fin, tout est fait pour faire ressentir un profond malaise autour de la situation de Sarah. D’ailleurs, Sarah est le personnage principal de cette histoire et ce sont ses réactions, ses pensées qui vont faire avancer l’intrigue. Tout le talent de l’auteure réside justement dans le fait qu’elle nous décrit une personne battante, une championne qui ne s’avoue jamais vaincue. D’ailleurs, sa décision est très claire : soit elle parvient à remarcher, soit elle se suicide. Il est inimaginable pour elle de passer sa vie dans un fauteuil roulant.

Ce roman est bouleversant en même temps qu’il est profondément dérangeant. Cela est du aussi au fait qu’il est remarquablement réussi. On se bat aux cotés de Sarah, on assiste à ses moments de déprime, on est heureux de ses réussites. Et on participe à sa paranoïa naissante en même temps que le stress monte. Et là où le roman s’avère particulièrement vicieux et fort, c’est que chaque petite victoire de Sarah qui lui procure une once d’espoir est immédiatement suivie par une défaite, une grande claque dans la figure. Cela donne une lecture éprouvante psychologiquement en même temps qu’un roman incroyablement noir.

Ce roman est incontestablement une incontestable réussite et une expérience qui vous fait passer par beaucoup de sentiments. J’ai déjà dit par le passé que les auteures féminins sont capables d’écrire des romans terriblement forts et noirs parce qu’elles ont justement le talent de toucher des sentiments profondément humains. C’est une nouvelle fois le cas ici, et je vous conseille avant d’attaquer ce roman, d’avoir un moral d’acier.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude

Pukhtu – Secundo de DOA

Editeur : Gallimard – Série Noire

J’avais été tellement impressionné par le premier tome, Pukhtu-Primo, que j’ai mis un peu de temps à ouvrir le deuxième, probablement par peur d’être déçu. Car le premier tome était tellement foisonnant, comportait tant de personnages et autant de fils narrateurs qu’il était difficile de ne pas être fasciné par l’ambition et la grandeur de ce roman qui montrait le bourbier du conflit Afghan en 2008.

Evidemment, je ne vais pas vous résumer le début de ce deuxième tome, sinon, je serais obligé de vous dévoiler une grande partie de l’intrigue du premier ! Sachez juste que ce deuxième tome débute par une dizaine de pages qui résument la situation du pays, et qui présentent de façon remarquablement claire les différents personnages et les différentes intrigues. De même, en fin de roman, nous avons droit à un glossaire et à une liste des personnages, dont la longueur montre la grandeur de ce roman.

Comme dans le précédent tome, nous retrouvons la société de mercenaires 6N, payée par les Américains ; nous sommes plongés au centre du trafic de drogue ; nous sommes enfermés dans des geôles sales dans l’attente d’un interrogatoire musclé ou d’une mort prochaine ; nous sommes invités dans les grands salons parisiens où les hommes politiques flirtent avec les espions, où les journalistes draguent des femmes fatales, où le destin du monde se jouent entre faux semblants et vrais mensonges ; nous sommes face à un panorama complet de la situation politique, en nous ouvrant les yeux sur des situations qui nous dépassent, en nous montrant comment tout un chacun cherche à profiter de son prochain, au détriment des populations civiles. Dommage collatéral, disent-ils ! Le gros changement va se situer au niveau de la situation financière, puisque nous allons être plongés en plein cœur de la crise financière de 2008-2009.

Dans ce deuxième roman, les passages sur le terrain se font plus rares mais ils sont toujours aussi impressionnants de réalité. C’est écrit avec crudité, cruauté, réalisme, et violence. La situation ne s’améliore pas pour les Afghans, mais on ne voit pas comment cela pourrait s’améliorer puisque personne ne travaille dans ce sens.

Dans ce deuxième roman, nous sommes plus immergés dans les salons des hommes politiques qui dirigent le monde, qui prennent les grandes décisions parce qu’ils ont les informations qui comptent. On voit surtout des hommes et des femmes qui cherchent à tirer leur épingle du jeu, parlant à demi-mot, mentant pour obtenir plus d’informations, décrétant une action pour avancer leur pion. Amel et Chloé ont la part la plus importante dans ce roman et vont fréquenter tout ce qui peut influencer les décisions du monde.

J’ai eu l’impression qu’il y avait moins de fils narrateurs, moins de personnages, dans ce roman. J’ai eu l’impression que ce deuxième tome avait un peu perdu de la richesse du premier, alors que l’auteur sait parfaitement où il veut nous emmener. J’ai donc trouvé ce deuxième tome un poil en dessous du premier, même s’il fait une suite logique au premier. Et puis, DOA se permet de relier ses personnages avec ceux de ses précédents romans, et ça c’est vraiment fort. Avec Pukhtu, il a créé le trait d’union qui manquait entre tous ses romans et démontre qu’il est en train de construire une œuvre : La situation géopolitique moderne. Impressionnant.

Ne ratez pas les avis de Charybde2, Yan et Jean-Marc

Le chouchou du mois de mai 2017

Nous voici déjà en fin de mois. Je me suis aperçu que systématiquement, au mois de mai, je lis et chronique des romans issus de différentes régions du globe. Je vous convie donc à un petit voyage, ce qui est de bonne augure avant les grandes vacances qui approchent.

Nous allons commencer par les Etats Unis, destination pas forcément rassurante … Les éditions Points nous proposent un retour à Providence, ville où a vécu HP.Lovecraft, et rééditent dans de nouvelles traductions quelques nouvelles du Maître de l’Horreur. Les trois nouvelles (L’appel de Cthulhu, La Maison Maudite, Celui qui hante la Nuit) que j’aurais lus permettent de réhabiliter les grandes qualités de cet auteur hors normes.

Il n’est pas sur que Todd Robinson nous donne envie de visiter Boston. Pour le coup, il a créé deux personnages de videurs, dont les (més) aventures donnent lieu à de sacrées scènes de bourre-pif, agrémentées d’un excellent scenario. Tout l’équilibre de ses romans tiennent, à mon avis, dans le couple Boo et Junior et dans l’humour omniprésent des dialogues. Si j’ai adoré Cassandra, Une affaire d’hommes souffre de la séparation de ce couple pas comme les autres, alors que sa fin est tout bonnement géniale. Ces deux romans sont édités chez Gallmeister.

La banlieue lointaine de New-York sont tout de même plus calmes … quoique. Avec un roman purement psychologique, Darcey Bell nous propose un personnage de femme qui élève seule son fils, en manque d’amitié, et qui tient un blog formidable de maman idéale. Sauf que tout ce qu’elle imagine ne se passe pas tout à fait comme elle le voudrait, et qu’elle n’aurait jamais pu imaginer la machination dont elle va être victime. Le roman s’appelle Disparue (Hugo & Cie), et ça fait froid dans le dos …

Si l’auteur est irlandais, ses romans mettant en scène le détective Charlie Parker se déroulent dans la Maine. Pour L’empreinte des amants de John Connoly (Pocket), notre héros récurrent cherche à connaitre la vérité sur le suicide de son père. Cela nous donne un roman plus introspectif et attachant que les autres, mâtiné de fantastique, et c’est un des épisodes que j’ai beaucoup apprécié.

Si la nationalité de l’auteur est italienne, Le nu sur un coussin bleu de Massimo Nava (Editions des falaises) se déroule dans plusieurs pays d’Europe, de Monaco à Paris en passant par la Suisse. Ce roman policier classique dans la forme nous détaille le marché de l’art et c’est bigrement intéressant.

Une disparition inquiétante de Dror Mishani (Points) nous emmène dans une banlieue calme de Tel-Aviv. Si en Israël, la criminalité n’est pas élevée, ce roman nous présente un nouveau personnage de flic récurrent et nous propose un vrai questionnement sur le doute à travers un passionnant hommage à la littérature policière. A suivre donc …

Il n’est pas sur qu’au travers des romans que j’ai chroniqués, vous ayez plus envie de visiter la France. Prenez le cas du Havre, par exemple. On y rencontre des gens pas trop fréquentable, nazis sur les bords et pas que, et il faut toute la hargne d’un prêtre exorciste pour y faire un peu de ménage. Dieu pardonne, lui pas ! de Stanislas Petrosky (Lajouanie) traite d’un sujet grave et connu et c’est un putain de bouquin humoristique, politiquement incorrect comme le commerce et les idées de ces gens là.

Fourbi étourdi de Nick Gardel (Editions du Caïman) va nous faire traverser la France. Avec un humour décalé et plein de dérision, il nous montre des personnages formidables et tous les travers de notre société par le petit bout de la lorgnette. Une belle découverte.

La prophétie de Langley de Pierre Pouchairet (Jigal) est plutôt à ranger du coté des thrillers, ou du moins des romans d’action. Alors qu’il démarre dans une banque, où on découvre le travail des traders, le rythme s’accélère pour plonger dans le monde du terrorisme. La réputation de l’auteur n’est pas usurpée, loin de là, c’est un des meilleurs auteurs de romans d’action à l’heure actuelle, que j’ai découvert avec ce roman.

Quand on parle de traders et de gain de fric à tout prix, Il ne nous reste que la violence d’Eric Lange (La Martinière) nous montre un animateur radio confronté au rachat de sa radio et qui va trouver une solution originale et sanglante. Cela rappelle Le contrat de Donald Westlake, remis à jour, et le style direct comme un coup de poing emporte tout sur son passage. C’est incontestablement une des lectures les plus importantes du mois pour moi.

Le titre du chouchou du mois revient donc à Haute voltige de Ingrid Astier (Gallimard Série Noire), un roman populaire comme on n’en fait que trop rarement. Il y a tout dans ce roman, de la force des personnages aux scènes époustouflantes, des paysages des toits de Paris grandioses à la psychologie fine. Il y a surtout ce pari de faire revivre cette grande tradition du roman populaire, dans un style simple et Ô combien expressif, qui en font un divertissement très haut de gamme.

J’espère que j’aurais été d’une quelconque utilité dans le choix de vos lectures. Je vous donne rendez vous le mois prochain pour un nouveau titre de chouchou. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

 

Haute voltige d’Ingrid Astier

Editeur : Gallimard – Série Noire

Cela fait un bout de temps que je me devais de découvrir Ingrid Astier, ou du moins sa plume. C’est essentiellement l’avis de Jean Marc qui m’a décidé à la rencontrer lors de Quais du Polar. Nous avons eu une discussion d’un quart d’heure que j’ai beaucoup apprécié. Je lui avais promis de lire son roman et j’ai été totalement conquis. Haute voltige est un vrai roman populaire, dans la grande tradition française.

Carmel et Mitch sont deux chauffeurs, qui sont chargés de convoyer des bijoux appartenant à un riche saoudien Nasser Al-Jaber, de Versailles au Bourget. Le convoi comporte plusieurs véhicules de luxe, le trajet est minutieusement mis au point, il n’y a pas de place pour l’improvisation. Sauf que des travaux sur l’A86 les obligent à changer leur trajet et à prendre l’A13. Sous un pont, le convoi est pris à partie par des hommes armés. Le casse se déroule sans violence, avec rapidité et efficacité. La seule victime se révèle être Carmel, abattu d’une balle. Le butin volé comporte des bijoux et la femme qui accompagnait Al-Jaber : Ylana.

L’équipe de Stephan Suarez est dépêché sur place. La violence et l’organisation du casse est tout simplement impressionnante. Rien n’a été laissé au hasard. Ceci dit, cela motive Suarez, il va enfin pour voir penser à autre chose qu’à un homme que l’on surnomme « Le Gecko ». En effet, cela fait plusieurs mois que Suarez et son équipe sont à la recherche d’un monte-en-l’air qui dérobe les bijoux et les œuvres d’art sans effusion de sang, en passant par les toits comme un équilibriste.

Astrakan reçoit ses hommes, Ranko et Redi, de retour du casse. Leur mission est accomplie à 100%. Rempli d’œuvre d’art, Astrakan est fier de présenter à Ylana les chefs d’œuvre qui ornent le salon de son appartement situé dans le XVIème arrondissement. En tant que trafiquant, à la tête d’un réseau international, il peut s’offrir ce qu’il veut, mais pas qui il veut. Et ilo vient de tomber amoureux d’Ylana. Il demande à ses hommes de les laisser, lui et elle.

Avec ce roman, Ingrid Astier atteint les hauts sommets. Elle convie tous les plus grands auteurs de roman populaire, et nous offre une visite de Paris vu des toits. C’est un vrai, grand, beau roman d’ aventure, tel qu’on en écrivait avant, remis au gout du jour, comme une sorte d’hommage envers nos grands auteurs (d’Alexandre Dumas à Maurice Leblanc, en passant par Eugène Sue) mais aussi une forme de réinvention d’un genre aujourd’hui bien trop oublié.

C’est un roman de personnages, avec en premier plan, le duel entre le Gekho et Suarez. Le premier, sorte de fils naturel d’Arsène Lupin mâtiné d’un John Robie (le voleur et personnage principal de La main au collet) est un adepte du beau, solitaire, et libre. En face de lui, on a Suarez, qui voue sa vie et sa carrière à la traque de ce voleur imprenable, espérant le prendre en flagrant délit. Entre les deux, il y a cette opposition entre liberté et contraintes, entre beauté d’un envol dans les airs et crasse de marcher dans la boue.

Cette opposition entre le lumineux et le gris est admirablement mis en scène par le style d’Ingrid Astier, à la fois sobre et efficace, prenant des envols quand il en est besoin, peignant des paysages avec une poésie et une évidence qui m’ont fait m’écarquiller les yeux. Ce qui fait que les 600 pages qui constituent ce roman m’ont paru passer bien vite, l’immersion dans l’histoire étant tout simplement obsédante.

Le lien entre les deux personnages principaux est lui aussi constitué d’une opposition plus marquée en terme de couleurs. D’un coté, la couleur rouge, nous avons Astrakan, un chef de gang de voleurs, sans pitié, d’une violence inouïe mais plein de contradictions par son amour pour Ylana (dont je suis tombé amoureux). De l’autre, la couleur bleue, limpide, calme, d’un Enki Bilal qui fait quelques apparitions pour représenter le beau immortel, indémodable et incontournable. Ingrid Astier nous montre aussi sa fascination pour l’art en général, que ce soit la littérature, la peinture ou la musique, et en cela, son roman est aussi une ode à l’art et à la beauté, qui rappelle par moments Charles Baudelaire.

De ce roman, prenant de bout en bout, je reteindrai, outre ses personnages, ses scènes impressionnantes, qu’elles soient intimes (quelles scènes d’amour), qu’elles soient stressantes (on ne peut s’empêcher de frissonner lors des escalades), qu’elles soient violentes (dont l’incroyable combat de Chessboxing), et aussi ces sentiments si humains tels que la haine, l’amour, l’envie, le besoin, la jalousie et l’obsession. Haute voltige se révèle être un roman remarquablement réussi, un des incontournables pour les vacances de cet été.